Les Girondins de Bordeaux ont perdu une nouvelle bataille qui les rapproche quasi inexorablement de la liquidation judiciaire. Le tribunal administratif de Paris a confirmé, vendredi 21 août, l’interdiction pour l’emblématique club de football de participer aux championnats nationaux, prononcée en juillet par les instances du sport français en raison de ses dérives financières.
Ses chances de sauvetage dépendent à présent de la future décision que va prendre son nouveau propriétaire, Sparta Capital, qui promettrait de renflouer solidement le club en cas de maintien en National 1 (4e division).
Le tribunal administratif, dernière voie juridique possible pour éviter la rétrogradation en Régional 1 (6e division), a écarté les arguments de « viabilité financière nouvelle », avancée jeudi à l’audience par les avocats de Sparta Capital. Ce fonds britannique, détenu par trois financiers français, avait racheté pour 1 euro symbolique le club girondin à l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois Gérard Lopez, à la fin du mois de juillet.
Les Girondins, sextuples champions de France, risquent une liquidation judiciaire en cas de retrait de leur repreneur. Dans un message publié notamment sur X, le club a dit prendre « acte avec regret de la décision » rendue vendredi par le tribunal et regretter « que les garanties importantes apportées ces dernières semaines pour assurer sa continuité, ne puissent faire l’objet d’un nouvel examen » par la direction nationale du contrôle de gestion (DNCG), le gendarme financier du football français.
Hors délai
Le fonds Sparta Capital avait en effet consigné 10,6 millions d’euros à la Caisse des dépôts, soit le montant manquant aux comptes des Girondins qui avait provoqué sa relégation par la DNCG, confirmée en appel, quelques jours avant le rachat. Cette décision n’avait pas été remise en cause par le Comité national olympique et sportif français (CNOSF), saisi a posteriori par le club. Quand bien même le repreneur disposait également de 10 autres millions d’euros en banque pour le renflouer en cas de maintien en National 1, et promettait d’y ajouter 20 millions pour « éponger les dettes », selon ses représentants, le tribunal a considéré ces éléments hors délai.
Dans son rendu, « le juge des référés a d’abord relevé que selon les textes applicables, la DNCG ne peut prendre en compte les documents ou les engagements dont les clubs se prévalent que s’ils sont dûment concrétisés à la date de l’audition devant la commission d’appel ».
Le club « va désormais étudier, dans les plus brefs délais, l’ensemble des voies de recours encore à sa disposition », ont annoncé les repreneurs. Dans un communiqué, le fonds Sparta Capital et les investisseurs associés de Park Bench ont demandé au comité exécutif de la Fédération française de football (FFF) de réexaminer sans délai le dossier, à la lumière des nouvelles garanties financières apportées, afin de réintégrer le club en National 1 (ex-National 2). Un recours devant le Conseil d’Etat est également envisagé.
Si le club « est maintenu dans cette division [Régional 1], cela entraînerait la fin du projet de reprise et donc sa liquidation », ont menacé les avocats de Sparta Capital, dans un courriel adressé à la presse, jeudi.
Redressement judiciaire en 2024
Dans ce scénario noir, le club deviendrait alors une structure associative, dirigée aujourd’hui par Jean-Louis Triaud, le président des Girondins de 1996 à 2017. « On peut fonctionner avec l’association durant une saison. Il n’y a pas besoin d’agir dans l’urgence », pour recréer une structure professionnelle, a assuré M. Triaud, mardi, dans les colonnes de Sud-Ouest.
Club centenaire sacré six fois champion de France en 1950 et 2009 et vainqueurs de quatre Coupes de France, les Girondins de Bordeaux ont connu une descente aux enfers ces dernières années sur fonds de difficultés sportives et financières, particulièrement après la reprise par Gérard Lopez en 2021.
Relégué sportivement en Ligue 2 en 2022, le club au scapulaire a ensuite été placé en redressement judiciaire en 2024, abandonnant au passage son statut professionnel et son très réputé centre de formation d’où sont sortis de grands internationaux français comme Alain Giresse, champion d’Europe en 1984, ou Bixente Lizarazu et Christophe Dugarry, champions du monde en 1998 et d’Europe en 2000.
Les Girondins de Bordeaux abattent donc leur dernière carte alors que, selon le journal Sud Ouest, des pressions politiques, médiatiques et économiques se sont exercées en coulisses ces derniers jours auprès de la FFF pour sauver le soldat bordelais.
