On les appelle les « kushmen ». A Freetown comme à Monrovia, ils sont le visage effrayant d’une crise qui prend de court l’Afrique de l’Ouest. On les reconnaît à leurs silhouettes vacillantes, leurs regards absents, leurs corps parfois marqués par des plaies et des infections. Dans les rues des capitales de la Sierra Leone et du Liberia, ces groupes de jeunes hommes et femmes incarnent les ravages d’une drogue apparue il y a moins d’une décennie : le kush.
Les drogues de synthèse ont longtemps été cantonnées aux pays occidentaux. A la faveur de la mondialisation, elles gagnent désormais de nouveaux territoires, se répandant silencieusement, mais à une vitesse fulgurante. Derrière des chaînes d’approvisionnement toujours plus complexes – où se mêlent cartels, intermédiaires et revendeurs de rue – se déploie un marché d’une rentabilité inédite. Apparu au milieu des années 2010 en Sierra Leone, le kush s’est rapidement propagé au Liberia voisin. En quelques années à peine, la drogue, qui peut être fumée ou inhalée, aurait déjà fait des dizaines de milliers de morts, laissant derrière elle des villes meurtries.
Tout commence dans les ports. A Freetown comme à Monrovia, les cargaisons de composants chimiques affluent, acheminées depuis la Chine, l’Asie du Sud-Est ou encore l’Europe – notamment les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Si des lots de kush « prêts à l’emploi » circulent, l’essentiel est fabriqué sur place, dans des laboratoires clandestins disséminés dans les deux pays. Les ingrédients sont transformés en une drogue bon marché et surpuissante.
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Sentinel — Human
The text reads like high-impact investigative reporting, employing evocative language to describe a serious crisis while detailing complex supply routes.
