Skip to content
Project Gutenberg

Chroniques de J. Froissart, tome 06/13 : $b 1360-1366 (Depuis les préliminaires du traité de Brétigny jusqu'aux préparatifs de l'expédition du Prince de Galles en Espagne)

Froissart, Jean

2024frGutenberg #73768Original source
Note sur la transcription: L’orthographe d’origine a été conservée,
  mais les erreurs clairement introduites par le typographe ou à
  l’impression ont été corrigées.

  Le texte imprimé en gras ou en italiques dans l’original est
  représenté =en gras= ou _en italiques_.

  Certaines abréviations ne sont pas courantes: rº et vº se lisent
  recto et verso respectivement, Fº ou fº Folio ou folio; Fºs se lit
  Folios; ch{er} se lit chevalier.

  Les notes de bas de page ont été renumérotées et placées directement
  sous le paragraphe concerné.




    CHRONIQUES

    DE

    J. FROISSART




    9924--PARIS, TYPOGRAPHIE LAHURE
    Rue de Fleurus, 9




    CHRONIQUES
    DE
    J. FROISSART

    PUBLIÉES POUR LA SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE DE FRANCE
    PAR SIMÉON LUCE

    TOME SIXIÈME

    1360-1366

    (DEPUIS LES PRÉLIMINAIRES DU TRAITÉ DE BRÉTIGNY
    JUSQU’AUX PRÉPARATIFS DE L’EXPÉDITION DU PRINCE DE GALLES
    EN ESPAGNE)

    [Logo: SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE DE FRANCE.]

    A PARIS
    CHEZ Mme Ve JULES RENOUARD
    (H. LOONES, SUCCESSEUR)
    LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE DE FRANCE
    RUE DE TOURNON, Nº 6

    M DCCC LXXVI




EXTRAIT DU RÈGLEMENT.


ART. 14. Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et choisit les
personnes les plus capables d’en préparer et d’en suivre la publication.

Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire responsable
chargé d’en surveiller l’exécution.

Le nom de l’Éditeur sera placé en tête de chaque volume.

Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société sans
l’autorisation du Conseil, et s’il n’est accompagné d’une déclaration
du Commissaire responsable, portant que le travail lui a paru mériter
d’être publié.


_Le Commissaire responsable soussigné déclare que le tome VI de
l’Édition des_ CHRONIQUES DE J. FROISSART, _préparée par_ M. SIMÉON
LUCE, _lui a paru digne d’être publié par la_ SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE DE
FRANCE.

    _Fait à Paris, le 1er décembre 1876._

    _Signé_ L. DELISLE.

    _Certifié_,

    Le Secrétaire de la Société de l’Histoire de France,

    J. DESNOYERS.




SOMMAIRE.




CHAPITRE LXXXIV.

  1360. TRAITÉ DE BRÉTIGNY (§§ 474 à 490).


Édouard III et son armée sont toujours campés à Montlhéry[1].
Charles, duc de Normandie, régent du royaume, et les principaux
de son Conseil, les ducs d’Anjou et de Berry ses frères,
Gilles Aycelin de Montagu, évêque de Thérouanne, chancelier
de France, se décident à faire des ouvertures de paix au roi
d’Angleterre. Androuin de la Roche, abbé de Cluny, Simon de
Langres, maître des Frères Prêcheurs, Hugues de Genève,
seigneur d’Anthon[2], sont chargés de ces négociations[3]. Édouard III,
indigné au plus haut point de la descente des Français à
Winchelsea[4] dont il vient d’être informé, repousse d’abord, malgré
les avis du duc de Lancastre, toutes les propositions d’accommodement.
Il ne veut à aucun prix renoncer au titre de roi de France,
et son projet est, après être allé se rafraîchir deux ou
trois mois en Normandie et en Bretagne, de revenir devant Paris
au moment de la moisson et des vendanges. Il lève donc son
camp de Montlhéry[5] et se dirige vers le pays chartrain, pendant
que les trois envoyés du régent, duc de Normandie, reviennent
sans cesse à la charge pour le presser de conclure la paix. Au
moment où le monarque anglais et ses gens passent à Gallardon,
un orage effroyable éclate tout à coup accompagné d’éclairs, de
tonnerre, d’une trombe de vent, de grêle et de pierres d’une
grosseur énorme, qui terrifie les Anglais et leur tue hommes et
chevaux[6]. Édouard y voit un signe de la volonté de Dieu en
faveur de la paix; en même temps, le regard fixé sur l’église
Notre-Dame de Chartres[7] qu’il aperçoit dans le lointain, il fait
un vœu et se consacre à la Sainte Vierge. Après avoir campé la
nuit suivante sur le bord de la rivière de Gallardon[8], il n’en
continue pas moins le lendemain sa route vers Bonneval[9] et la marche
de Vendôme. Toutefois, il finit par céder aux supplications de
l’abbé de Cluny, et des négociations[10] s’engagent à Brétigny[11] près
de Chartres entre ses délégués et ceux du régent: les pourparlers
durent plusieurs jours et aboutissent à la conclusion d’un traité
de paix. P. 1 à 5, 237 à 241.

      [1] Édouard III fut logé en l’hôtel de Chanteloup (aujourd’hui
      château de Saint-Germain-lez-Arpajon), entre Montlhéry et Châtres
      (Arpajon), du mardi 11 mars au lundi 6 avril 1360. _Grandes
      Chroniques_, VI, 169 et Rymer, III, 480.

      [2] Isère, arr. Vienne, c. Meyzieu. Hugues de Genève, troisième
      fils d’Amédée, IIe du nom, comte de Genève, et d’Agnès de Chalon,
      était le vassal, du chef de sa seigneurie d’Anthon, de Charles,
      dauphin de Viennois.

      [3] Ces négociations infructueuses s’ouvrirent à la maladrerie
      de Longjumeau le vendredi saint 3 avril. Froissart omet de dire
      que les trois négociateurs qu’il nomme étaient des légats du
      Saint-Siége qu’Innocent VI avait envoyés en France, par une
      bulle datée d’Avignon le 3 mars 1360 (Rymer, III, 472; _Arch.
      Nat._, JJ91, nº 204), pour traiter de la paix; mais ces trois
      négociateurs ne prirent point part à la conférence de Longjumeau
      et n’arrivèrent à Paris que vers le 10 avril.

      [4] La descente des Français à Winchelsea, suivie du sac de ce
      port de mer, eut lieu le 14 mars 1360 (voyez notre _Histoire de
      du Guesclin; la jeunesse de Bertrand_, p. 307, 546 à 550). En
      outre, par un traité secret conclu à Paris le jeudi 30 janvier
      1360 (n. st.), dont tous les historiens semblent avoir ignoré
      l’existence, David Bruce, IIe du nom, roi d’Écosse, quoiqu’il fût
      alors prisonnier du roi d’Angleterre, s’étant fait représenter
      par Robert Erskine, chevalier, et Normand de Lesly, écuyer, avait
      conclu une alliance offensive et défensive avec Charles, régent,
      à condition que ledit régent fournirait dans un délai déterminé
      à son allié 50 000 marcs d’esterlins en or payables à Paris, au
      Palais Royal, en la Salle Neuve. _Arch. Nat._, J677, nº 7.

      [5] Édouard III ne leva son camp et ne prit le chemin de la
      Beauce que le dimanche 12 avril, jour de Quasimodo, au soir.
      _Grandes Chroniques_, VI, 171.

      [6] Le rédacteur des _Grandes Chroniques_, le mieux renseigné de
      tous les chroniqueurs sur ces événements, ne dit pas un mot de
      cet orage, qui paraît n’avoir eu d’autre effet que d’empêcher
      Édouard de marcher sur Chartres, comme le roi anglais en avait eu
      d’abord l’intention.

      [7] De Gallardon, en effet, on commence à apercevoir la flèche de
      la cathédrale de Chartres.

      [8] Cette rivière est la Voise qui se jette dans l’Eure à
      Maintenon.

      [9] Eure-et-Loir, arr. Chateaudun. Édouard et ses gens
      s’avancèrent jusqu’à Bonneval et même jusqu’à Chateaudun, et
      c’est un indice que l’orage survenu près de Gallardon n’eut pas
      une influence immédiate et déterminante sur la conclusion de la
      paix de Brétigny.

      [10] Les négociateurs, chargés des pleins pouvoirs du régent,
      partirent de Paris le lundi 27 avril et arrivèrent le même jour à
      Chartres.

      [11] Aujourd’hui hameau de 127 habitants de la commune de Sours,
      Eure-et-Loir, arr. et c. Chartres, à 9 kil. au sud-est de cette
      ville. Pendant que ses plénipotentiaires ou plutôt ceux de son
      fils le prince de Galles traitaient à Brétigny avec les envoyés
      du régent, Édouard lui-même avait rétrogradé et était venu se
      loger à Sours. Le régent, de son côté, se rendit à Chartres où
      il était le 7 mai. Les pourparlers commencèrent le vendredi
      1er mai et durèrent jusqu’au vendredi 8 du même mois. _Grandes
      Chroniques_, VI, 172, 173; Rymer, III, 485, 486.

Édouard III confirme[12] le traité de paix conclu à
Brétigny-lez-Chartres le 8 mai 1360 entre Édouard, prince de Galles, au
nom du roi d’Angleterre, et Charles, duc de Normandie, au nom de Jean,
roi de France. Dans la rédaction définitive, un peu différente du texte
primitif du traité qui fut quelques mois plus tard ratifié par les
deux rois, les conseillers français eurent soin d’insérer une clause
réservant le droit de suzeraineté de leur maître et pouvant servir de
point de départ à des revendications ultérieures[13]. P. 5 à 17, 241 à
243.

      [12] Le texte de cette confirmation, tel que le donne Froissart,
      se rapproche beaucoup pour le fond, sans être identique pour
      la forme, de la charte dite des renonciations, publiée par
      Rymer (III, 524 et 525). Seulement, comme l’a bien vu Dacier
      avec sa sagacité et sa conscience ordinaires (p. 528, note
      1), si Froissart ne s’est pas trompé sur la date de mois et
      de jour (25 mai), il s’est certainement trompé sur la date de
      lieu (Brétigny-lez-Chartres). Édouard III, en effet, était de
      retour en Angleterre et débarqua au port de Rye le lundi 18 mai
      (Rymer, III, 494). D’un autre côté, Jean avait donné pleins
      pouvoirs à son fils Charles pour traiter avec son adversaire,
      par acte daté du 1er avril 1360 (Martène, _Thes. Anecdot._,
      I, 1422 et 1423); et la ratification provisoire par les deux
      rois du traité de paix conclu à Brétigny eut lieu à la Tour de
      Londres le 14 juin suivant (_Bibl. Nat._, De Camps, portef. 46,
      fº 432). Antérieurement à cette date, il y a lieu de croire
      que tout se passa, au moins officiellement, d’abord entre les
      plénipotentiaires des fils aînés rassemblés pour cela à Brétigny,
      ensuite entre les fils aînés eux-mêmes de Jean et d’Édouard. Du
      reste, on trouve tout au long dans les _Grandes Chroniques_ (VI,
      175 à 200) la confirmation par le prince de Galles du traité
      conclu entre ses plénipotentiaires et ceux de Charles, duc de
      Normandie; or, cette confirmation est datée, _non de Brétigny,
      mais de Louviers en Normandie_, le 16 mai 1360 (_Ibid._, p. 199).
      Quoi qu’il en soit, la charte, dite des renonciations, publiée
      par Rymer, est datée de Calais le 24 octobre 1360.

      [13] Cette observation de Froissart, particulière à la rédaction
      d’Amiens (p. 242, 243), mérite d’être notée, parce qu’elle accuse
      l’interprétation que les juristes de Charles V voulaient donner,
      lorsque cette rédaction fut composée, à l’une des clauses du
      traité de Brétigny. Notre chroniqueur semble faire allusion à une
      convention subsidiaire par où le roi Jean, le 26 octobre, pendant
      son séjour à Boulogne-sur-Mer, prenait l’engagement de renoncer
      à tout droit de suzeraineté sur les provinces cédées, mais
      seulement lorsqu’il aurait été remis en possession d’une manière
      complète et effective de ce qui lui restait de son royaume
      (_Bibl. Nat._, fonds de Camps, portef. XLVI, fºs 553 à 559, 571 à
      580; ms. fr. nº 8359, fºs 45 vº et 51). Dès le 10 février 1361,
      les Anglais se plaignaient à Jean de Melun, comte de Tancarville,
      chargé d’une mission en Angleterre, que le roi de France eut reçu
      ou voulu recevoir l’appel du comte d’Armagnac et du sire d’Albret
      (Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1487 à 1489).

Une trêve est conclue entre les belligérants qui doit durer jusqu’au
terme de Saint-Michel prochain et de là en un an[14]. Charles, duc
de Normandie, ratifie[15] le traité de paix conclu à Brétigny entre
ses plénipotentiaires et ceux d’Édouard, prince de Galles. Cette
ratification et la publication de la trêve sont accueillies par tout le
royaume avec une joie unanime. Le roi d’Angleterre envoie quatre[16]
de ses barons à Paris et les charge de prêter serment[17] en son nom
sur le fait du traité de paix. Les Parisiens font à ces envoyés une
réception triomphale, sonnent les cloches à leur venue, jonchent
les rues de draps d’or sur leur passage; et le duc Charles, après
avoir reçu leur serment, leur fait fête et donne à chacun un beau
coursier ainsi qu’une épine de la couronne du Sauveur conservée à la
Sainte-Chapelle. P. 17 à 21, 243 à 245.

      [14] Cette trêve fut confirmée à Sours devant Chartres par
      Édouard, prince de Galles, le 7 mai 1360 (_Grandes Chroniques_,
      VI, 207 à 211), et à Chartres, par Charles, régent du royaume, le
      même jour (_Ibid._, 202 à 206). Le mandement de publication de
      la trêve, donné par le régent à Brétigny-lez-Chartres le 7 mai
      (_Ibid._, 206, 207), ne fut sans doute promulgué qu’à la suite
      d’une entrevue du duc Charles et du prince de Galles.

      [15] Cette ratification, dont le rédacteur des _Grandes
      Chroniques_ a publié le texte (VI, 200 et 201), est datée de
      Paris le 10 mai 1360.

      [16] Le roi d’Angleterre et le prince de Galles envoyèrent,
      non pas quatre, mais six chevaliers, trois bannerets et trois
      bacheliers (_Grandes Chroniques_, VI, 212 et 213).

      [17] Froissart commet ici une méprise. Les six chevaliers, dont
      il réduit par erreur le nombre à quatre, étaient chargés, non
      pas, comme le dit notre chroniqueur, de prêter serment au nom
      du roi d’Angleterre et du prince de Galles, mais au contraire
      d’assister, de la part des princes anglais leurs maîtres, à la
      prestation solennelle de serment de Charles, régent du royaume,
      sur le fait du traité de paix, prestation qui, on l’a dit plus
      haut, eut lieu à Paris le 10 mai 1360. En retour, six chevaliers
      français, trois bannerets et trois bacheliers, assistèrent, comme
      représentants du régent Charles, à la prestation solennelle du
      serment d’Édouard, prince de Galles, qui se fit dans l’église
      Notre-Dame de Louviers le vendredi 15 mai 1360 (_Grandes
      Chroniques_, VI, 212 à 214).

Édouard III fait diriger ses gens d’armes sur Calais par
Pont-de-l’Arche où ils doivent traverser la Seine et par Abbeville[18].
Il passe une nuit à Chartres où il fait ses dévotions et présente
une offrande à Notre-Dame[19], puis il se rend à Harfleur[20] où il
s’embarque avec ses enfants pour l’Angleterre. Il annonce à Jean son
prisonnier la fin de sa captivité, et les deux rois ratifient[21] de
concert les conventions arrêtées entre les députés et procureurs de
leurs deux fils aînés. De grandes fêtes ont lieu à cette occasion à
Londres où Jacques de Bourbon vient rejoindre les deux souverains,
puis à Windsor où Jean fait ses adieux à sa cousine la reine, enfin
à Douvres où il prend congé d’Édouard III[22]. Le roi de France met
à la voile pour retourner dans son royaume en compagnie du prince de
Galles, du duc de Lancastre, du comte de Warwich, de Jean Chandos et
débarque à Calais vers la Saint-Jean-Baptiste[23]. Il doit rester dans
cette ville jusqu’à ce qu’on ait payé la première échéance de sa rançon
qui est de six cent mille francs. Le duc de Normandie et ses deux
frères[24] se rendent à Amiens[25] pour être plus rapprochés du roi
leur père et aviser de concert avec lui aux mesures[26] à prendre pour
assurer sa mise en liberté. Sur ces entrefaites, Galéas Visconti, sire
de Milan[27], demande en mariage pour un de ses fils une des filles du
roi de France[28], moyennant quoi il s’engage à fournir à Jean les six
cent mille francs dont celui-ci à besoin; mais les pourparlers relatifs
à ce mariage entraînent des lenteurs qui empêchent Galéas de verser la
somme convenue en temps opportun[29]. Le roi de France doit attendre
que ses gens des comptes aient recueilli la première échéance de sa
rançon au moyen d’une aide extraordinaire levée sur ses sujets. P. 21 à
24, 245 à 248.

      [18] Le 23 décembre 1375, Charles accorda des lettres de
      rémission à Guiot Turpin de Wicquinghem (Pas-de-Calais, arr.
      Montreuil-sur-Mer, c. Hucqueliers), qui avait tué en 1360 un
      soudoyer anglais «comme, _environ la feste de la Penthecouste
      derrain passée ot quinze ans_ (24 mai 1360), pour lequel temps
      certain acord ou trèves estoient, si comme l’en disoit, entre
      nostre très cher seigneur et père, que Dieux absoille! et nous et
      Edouard d’Angleterre, plusieurs routes d’Anglois, _passons par
      nostre royaume pour s’en retourner à Calais, se fussent logiés en
      la dicte ville de Winkinguehen, dont les aucuns estoient de la
      route d’un des mareschaux d’Angleterre_, lesquelx, disans qu’ils
      povoient prendre partout vivres pour eulx et leurs chevaux,
      prindrent en la dicte ville, oultre ce qu’il leur falloit, pour
      leurs dis vivres, plusieurs autres biens comme draps, linges,
      robes, or et argent et plusieurs autres choses et firent moult
      d’autres oultrages contre la voulenté des bonnes gens habitanz
      de la dicte ville et à leur grant grief et desplaisir.» _Arch.
      Nat._, JJ108, nº 28.

      [19] D’après Jean de Venette (_Contin. G. de Nangiaco_, II, 310),
      plusieurs chevaliers allèrent, nus pieds, en pèlerinage, du camp
      anglais à la cathédrale de Chartres.

      [20] Froissart se trompe sur le lieu d’embarquement du roi
      d’Angleterre. C’est à Honfleur, comme le dit fort bien le
      rédacteur des _Grandes Chroniques_ (VI, 214), non à Harfleur,
      qu’Édouard mit à la voile pour l’Angleterre, le mardi 19 mai
      1360. Harfleur était alors occupé par une forte garnison
      française placée sous les ordres de Louis de Harcourt, vicomte
      de Châtellerault, lieutenant général en Normandie et ès Vexins
      français et normand (JJ87, nº 283), tandis que Honfleur, pris
      par les Anglais avant le 16 septembre 1357 (La Roque, _Hist.
      de la maison de Harcourt_, IV, 1881, 1882; JJ87, nºs 146, 315;
      JJ105, nº 13), ne fut définitivement évacué par les envahisseurs
      qu’entre les mois de février et de mai 1361 (Rymer, III, 547.
      _Bibl. Nat._, Quittances, XIII, 1144, 1186).

      [21] Le 14 juin 1360, Jean et Édouard dînèrent ensemble à la Tour
      de Londres et ratifièrent les conditions de paix arrêtées le 8
      mai précédent, près de Chartres, par les députés de leurs deux
      fils aînés, en présence de Philippe, duc d’Orléans, des comtes de
      Ponthieu, de Tancarville, d’Auxerre, de Joigny, de Sancerre, de
      Saarbruck, d’Adam de Melun, des seigneurs de Derval, d’Aubigny et
      de Maignelay (_Bibl. Nat._, fonds de Camps, XLVI, 432; _Grandes
      Chroniques_, VI, 215; Martène, _Vet. Script, nova collectio_, I,
      154).

      [22] C’est le prince de Galles, non Édouard III, qui fit la
      conduite au roi de France jusqu’à Douvres, en passant par
      Canterbury, d’où Jean adressa, le 5 juillet 1360, un mandement à
      ses gens des Comptes (_Bibl. Nat._, fonds de Camps, XLVI, 437).

      [23] Jean débarqua à Calais quinze jours après la
      Saint-Jean-Baptiste, le mercredi 8 juillet. _Gr. Chron._, VI,
      215. _Bibl. Nat._, fonds de Camps, XLVI, 438.

      [24] Froissart veut désigner ici les comtes d’Anjou et de
      Poitou; mais Louis, comte d’Anjou, qui se trouvait alors dans
      son comté où il épousa, le 9 juillet 1360, Marie de Bretagne,
      fille de Charles de Blois et de Jeanne de Penthièvre (le contrat
      de mariage est daté du château de Saumur en août 1360; dom
      Morice, _Preuves_, I, 1534 à 1537), et Jean, comte de Poitiers,
      alors en Languedoc où il était lieutenant du roi son père et
      à la cour d’Avignon (JJ93, nºs 107, 184), les comtes d’Anjou
      et de Poitou, dis-je, n’arrivèrent à Calais (P1379¹, nº 3116)
      et à Boulogne-sur-Mer (JJ88, nºs 86, 102, 115) qu’à la fin de
      septembre ou dans les premiers jours d’octobre.

      [25] Le dimanche 12 juillet, le régent Charles partit de Paris
      pour aller à Saint-Omer (_Gr. Chron._, VI, 215); mais il s’arrêta
      en route à Amiens d’où il a daté plusieurs actes (JJ91, nº 435).

      [26] Dès le lendemain de son débarquement, le 9 juillet, Jean
      adressait un mandement aux gens de sa Chambre des Comptes. Il
      les pressait de lui envoyer en un rôle: 1º les noms des villes
      qui contribuaient à sa rançon, 2º le chiffre de la quote-part
      afférente à chaque ville, 3º les noms des simples particuliers
      qui lui font prêt à son besoin (De Camps, XLVI, 438). Trois
      jours après ce mandement, le 12, un des secrétaires du roi, Jean
      Lemercier, de Gisors, envoya des instructions aux commissaires
      chargés de recueillir le premier terme de la rançon de Jean
      (_Bibl. de l’École des Chartes_, XXXVI, 81 à 90). Paris s’imposa
      à 100 000 vieux écus, Rouen à 20 000 moutons d’or vieux, Soissons
      à 8000 royaux (JJ88, nº 21), Vervins à 200 royaux d’or (JJ88, nº
      90).

      [27] Par acte daté de Paris en mai 1360, Charles régent accorda
      des lettres de bourgeoisie parisienne à «Amizus de Concorecio»,
      bourgeois de Milan, à la prière de son amé «Speronelus de
      Concorecio», fils d’_Amizus_, «_ad nos_ ex parte carissimi
      consanguinei nostri domini Galeaz, vicecomitis Mediolani, CETERIS
      DE CAUSIS _destinati_.» JJ91, nº 433.

      [28] Au mois d’avril 1361, en mariant sa fille Isabelle de France
      à Jean Galéas, dit Visconti, fils aîné de son cousin Galéas
      Visconti, seigneur de Milan, le roi Jean assigna en dot à sa dite
      fille les château et ville de Sommières (Gard, arr. Nîmes) valant
      3000 livres tournois de rente annuelle, les lieux de Vertus, de
      Rosnay et de la Ferté-sur-Aube (JJ107, nº 164). Un des oncles de
      Galéas Visconti était le féroce Barnabo.

      [29] Le 24 juillet 1363, Charles, duc de Normandie, fit mettre
      en garde en une chambre au-dessus du Trésor de l’abbaye de
      Saint-Denis «douze mille florins de Florence _venus de Milan_,
      dont Mgr en avoit donné trois mille à Saint Denis, avec huit
      cens frans pour la fondacion de sa chapelle.» _Bibl. Nat._, ms.
      fr. nº 21 447, fº 42. C’est à cause de ce mariage avec Isabelle
      de France que le 27 janvier 1394 (n. st.) Jean Galéas Visconti,
      père de Valentine de Milan, mariée à Louis, duc d’Orléans, fut
      autorisé par Charles VI à porter des fleurs de lis de France dans
      ses armes. J145, nº 433.

Le prince de Galles et le duc de Lancastre, lassés d’attendre en vain
à Calais le versement des six cent mille francs promis, retournent
en Angleterre. Ils laissent le roi de France sous la garde de quatre
chevaliers dont Jean paye les frais de séjour, en même temps qu’il
a à sa charge les siens propres[30]. Depuis 1357 et 1358, un grand
nombre de chevaliers et d’hommes d’armes anglais ont occupé des
forteresses[31] en France d’où ils rançonnent les habitants du plat
pays; Édouard III leur enjoint de vider ces forteresses. Quelques-uns
obéissent à cette injonction et vendent les lieux forts qu’ils
occupent; mais d’autres refusent de déloger, surtout ceux qui se
tiennent sur les marches de Normandie et de Bretagne, et continuent
de faire la guerre sous le couvert du roi de Navarre. Eustache
d’Auberchicourt vend bien cher la forteresse d’Attigny[32] aux gens du
pays, mais il ne parvint jamais dans la suite à se faire payer. Les
lieux forts du Laonnais, du Soissonnais, de la Picardie, de la Brie, du
Gâtinais et de la Champagne, sont évacués les premiers. Les capitaines
qui les occupaient retournent dans leur pays après fortune faite, ou
bien ils vont grossir les garnisons navarraises de Normandie[33].
Pendant ce temps, on est parvenu à recueillir de quoi faire face
au payement des six cent mille florins. On met cet argent en dépôt
provisoire à Saint-Omer[34] dans le trésor de l’abbaye de Saint-Bertin,
car les princes et les hauts barons de France, désignés comme otages
du traité, prennent des atermoiements et font des difficultés pour se
remettre entre les mains des Anglais[35]. P. 24 à 26, 248 et 249.

      [30] Un article du traité de Brétigny portait que le roi de
      France n’aurait rien à payer pendant le premier mois de son
      séjour à Calais pour sa garde, mais que pour chaque mois en plus
      il payerait 10 000 réaux (le réal vieux équivalait à 27 sous et
      le réal nouveau à 26). Arrivé à Calais le 8 juillet, le roi de
      France ne recouvra pleinement la liberté qu’après la ratification
      définitive du traité de Brétigny, le 24 octobre suivant. Il eut
      ainsi à payer ses frais de garde et de séjour pour deux mois
      et demi environ, du 8 août au 24 octobre, frais qui devaient
      s’élever par conséquent à 25 000 réaux. La quittance d’Édouard
      est datée de Calais le 24 octobre 1360 (J638, nº 5).

      [31] Nous avons dressé un tableau de ces lieux forts occupés par
      les Compagnies anglo-navarraises, de 1356 à 1364. _Histoire de
      Bertrand du Guesclin et de son époque; la jeunesse de Bertrand_,
      p. 459 à 509.

      [32] Eustache d’Auberchicourt vendit, vers le 19 mars 1360,
      Attigny (Ardennes, arr. Vouziers) 25 000 deniers d’or, et le
      16 juin suivant une autre forteresse, Autry (Ardennes, arr.
      Vouziers, c. Monthois), 8000 florins. On remarquera que Froissart
      semble plaindre sincèrement son compatriote de n’avoir pu se
      faire payer.

      [33] Ce fut le cas d’Eustache d’Auberchicourt qui alla tenir
      garnison à Carentan pour le roi de Navarre et rançonner les
      plantureux marais du Cotentin, après avoir exploité les plus
      fertiles plateaux des Ardennes.

      [34] Charles, régent du royaume, et les gens de son Conseil sont
      à Saint-Omer pendant la première quinzaine d’août (JJ88, nºs 24,
      68); ils sont à Boulogne-sur-Mer le 23 août (JJ88, nº 29), le 27
      août (JJ88, nº 70), le 7 (JJ88, nºs 66, 75), le 22 (JJ88, nº 109)
      et le 27 septembre (J332, nº 26), le 7 octobre (X2a 7, fºs 72 vº
      et 73) et le 17 octobre (X2a 7, fº 98 vº) 1360.

      [35] Par acte daté de Calais le 24 octobre 1360, Édouard III
      jure sur le corps de Jésus-Christ de bien traiter les otages,
      de les faire rendre à Boulogne-sur-Mer aussitôt que les choses
      pour lesquelles ils sont otages seront accomplies, de ne les pas
      mettre en prison fermée, enfin de les laisser s’ébattre par son
      royaume deux jours et une nuit. Martène, _Thes. Anecdot._, 1440
      et 1441.

Le roi de France séjourne à Calais depuis le mois de juillet jusqu’à la
fin d’octobre[36]; il crée son fils Louis, auparavant comte d’Anjou
et du Maine, duc d’Anjou et du Maine[37], et son fils Jean, auparavant
comte de Poitiers, duc de Berry et d’Auvergne[38]. Une fois le payement
du premier terme prêt et les otages venus à Saint-Omer, Édouard III
repasse la mer et vient à Calais[39]. Là, les deux rois de France
et d’Angleterre, qui dès lors s’appellent frères, se font lire et
ratifient définitivement[40] tous les articles du traité de Brétigny.
Ils se donnent à dîner tous les jours l’un à l’autre, à tour de rôle,
ainsi que leurs enfants[41]. Ils passent le temps en fêtes, pendant
que leurs gens achèvent de régler toutes les conventions relatives au
traité de paix. Chaque clause, chaque article du traité fait l’objet
d’une charte spéciale et distincte à laquelle les deux rois et leurs
enfants apposent leurs sceaux[42]. P. 26, 249, 250.

      [36] Débarqué à Calais le mercredi 8 juillet, Jean quitta cette
      ville le dimanche 25 octobre 1360, au matin, après y être resté
      cent neuf jours. _Gr. Chron._, VI, 217, 218.

      [37] La charte d’érection du comté d’Anjou et du Maine en duché
      pairie au profit de Louis, le second des fils du roi Jean, est
      seulement datée de Boulogne-sur-Mer _en octobre_ 1360 (_Arch.
      Nat._, P1334¹, nº 3); mais comme le roi de France ne séjourna
      dans cette ville que du dimanche 25 au jeudi 29 octobre, c’est
      entre ces deux dates que le titre de duc dut être conféré à Louis
      Ier d’Anjou.

      [38] La charte par laquelle le roi Jean crée Jean, son troisième
      fils, naguère comte de Poitiers et de Mâconnais, duc de Berry et
      d’Auvergne, est datée, comme la précédente, de Boulogne-sur-Mer
      en octobre 1360 (JJ91, nº 203); elle doit pour les mêmes raisons
      avoir été octroyée du 25 au 29 octobre 1360.

      [39] Le roi d’Angleterre arriva à Calais le vendredi 9 octobre.
      _Gr. Chr._, VI, 215.

      [40] Cette ratification définitive eut lieu le 24 octobre 1360.

      [41] Le roi de France était logé au château de Calais, tandis
      qu’Édouard III était descendu dans un hôtel de cette ville.

      [42] La plupart de ces protocoles séparés sont renfermés, parfois
      en double et même en triple exemplaire, dans trois cartons des
      Archives Nationales: le carton J638, qui contient 21 pièces
      cotées 1 à 21, et les cartons J639 et J640 qui en contiennent,
      l’un 18, l’autre 19, cotées 1 à 37. Ces documents ont presque
      tous été publiés par dom Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1427 à
      1464.

Suit le texte de l’une de ces chartes, datée de Calais le 24 octobre
1360, par laquelle Édouard et Jean contractent une alliance offensive
et défensive envers et contre tous, excepté le pape et l’empereur de
Rome[43]. P. 27 à 33.

      [43] Nous avons collationné le texte donné par Froissart,
      dans les passages où les manuscrits de ce chroniqueur ne nous
      fournissaient pas de bonne leçon, avec l’un des doubles de la
      charte originale, contenu dans le carton J639, nº 15. Froissart
      a reproduit le double de cette charte destiné au roi de France.
      Le double, destiné au roi d’Angleterre et revêtu en conséquence
      de la signature des princes et seigneurs français, est daté de
      Boulogne-sur-Mer le 26 octobre 1360. Il a été publié par Rymer.
      _Fœdera_, III, 530, 531.

Les deux rois se font lire cette charte, dite de confédération et
d’alliance, et la ratifient solennellement en présence de leurs enfants
et de leurs conseillers. L’évêque de Thérouanne, chancelier
de France[44], invite ensuite le roi d’Angleterre à faire les renonciations
auxquelles il s’était engagé par le traité de Brétigny. Les
commissaires des deux rois se réunissent en conférence et préparent
de concert la charte destinée à régler ces renonciations.
P. 33, 34, 250.

      [44] M. le duc d’Aumale (_Notes et documents relatifs au roi
      Jean_, p. 20) et M. Bardonnet (_Procès-verbal de délivrance à
      Jean Chandos_, p. 5) nous semblent s’être mépris lorsqu’ils ont
      pensé que le titre de chancelier de France porté par Gilles
      Aycelin de Montagu, IIe du nom, n’avait pu coexister légalement
      avec un titre, non semblable, mais analogue, donné dans le même
      temps à Jean de Dormans. Par acte daté de Saint-Denis le 18 mars
      1358 (n. st.), maître Jean de Dormans, archidiacre de Provins en
      l’église de Sens, fut nommé chancelier du régent du royaume, duc
      de Normandie, aux gages de 2000 livres parisis par an (_Bibl.
      Nat._, ms. fr., nº 20 691, fº 665; de Camps, XLVI, 316 et 317);
      mais dans l’acte même de nomination de Jean de Dormans, on eut
      soin de réserver expressément les droits de Gilles Aycelin de
      Montagu qui n’en resta pas moins chancelier de France jusqu’au 18
      septembre 1361.

Suit le texte[45] de cette charte, dite des renonciations, datée de
Calais le 24 octobre 1360, par laquelle Édouard III, en confirmation
du traité conclu à Brétigny et en retour de la cession qui lui est
faite par Jean des provinces y désignées, renonce au nom, au droit, aux
armes et à la revendication de la couronne et du royaume de France[46],
à tous droits de possession et de souveraineté sur la Normandie,
la Touraine, l’Anjou et le Maine, à tous droits de souveraineté et
d’hommage sur le duché de Bretagne et le comté de Flandre. P. 34 à 46.

      [45] Nous avons collationné le texte donné par Froissart, là où
      la leçon des divers manuscrits nous semblait fautive, sur la
      charte originale conservée dans le carton J639, nº 15.

      [46] Édouard III abandonna le titre de roi de France, qu’il
      prenait dans tous ses actes depuis sa déclaration de guerre
      à Philippe de Valois, le samedi 24 octobre 1360, après la
      ratification définitive du traité de Brétigny. _Gr. Chron._, VI,
      218.

Les deux rois se font lire cette charte et la ratifient en présence
de leurs conseillers; ils jurent sur les saints Évangiles et sur une
hostie consacrée de l’observer de point en point. Puis, on se réunit
de nouveau en conférence, à la requête du roi Jean, pour préparer un
mandement destiné à assurer l’évacuation des villes, châteaux et lieux
forts du royaume de France par les gens d’armes qui les détiennent sous
le couvert du roi d’Angleterre. P. 46, 47, 250, 251.

Suit le texte de ce mandement, daté de Calais le 24 octobre 1360, par
lequel Édouard III enjoint sous les peines les plus sévères à ses
capitaines, gardiens de villes et de châteaux, adhérents et alliés, de
vider, dans le délai d’un mois après qu’ils en auront été requis, les
lieux qu’ils occupent ès parties de France, en Picardie, en Bourgogne,
en Anjou, en Berry, en Normandie, en Bretagne, en Auvergne, en
Champagne, dans le Maine et en Touraine. P. 47 à 50.

Édouard et Jean, après avoir réglé toutes les questions qui les
concernent, s’occupent de la lutte toujours ouverte entre Jean de
Montfort et Charles de Blois au sujet de la succession de Bretagne,
mais ils ne s’arrêtent à rien de définitif par suite du peu
d’empressement du roi d’Angleterre[47]. Celui-ci est, au fond, bien
aise que les deux partis continuent de rester en armes dans le duché;
il voit dans cette guerre un débouché pour bon nombre de ses soudoyers,
forcés, en vertu du traité de Brétigny, de vider les forteresses
qu’ils occupent en France, et dont il redoute le retour en Angleterre
où ils pourraient être tentés de transporter les habitudes de pillage
contractées en pays conquis. A l’instigation du duc de Lancastre,
tout dévoué à Jean de Montfort[48], on se borne à proroger jusqu’à la
Saint-Jean-Baptiste (24 juin[49] 1361) les trêves qui duraient depuis
le siége de Rennes et qui devaient expirer le 1er mai de l’année
suivante. P. 50 à 52, 251.

      [47] Sur la question de Bretagne, le traité de Brétigny stipule
      seulement (art. 20) que, pendant l’année qui suivra l’arrivée
      de Jean à Calais, les deux rois feront tous leurs efforts pour
      amener un arrangement entre les deux prétendants. Si, au bout de
      cette année, Jean et Édouard ont échoué dans leurs tentatives de
      conciliation, les amis des deux compétiteurs auront encore une
      demi année pour revenir à la charge, après quoi «Charles de Blois
      et Jean de Montfort feront ce qui mieux leur semblera.» Rymer,
      III, 490, 491, 516.

      [48] Henri, duc de Lancastre, avait été lieutenant et capitaine
      général en Bretagne, du 14 septembre 1354 (Rymer, III, 312) au
      mois d’août 1358 (_Ibid._, 403).

      [49] En vertu de la convention conclue à Brétigny le 8 mai
      1360, la trêve entre les deux royaumes, où la Bretagne était
      comprise, fut prorogée, non, comme le dit Froissart, jusqu’à la
      Saint-Jean-Baptiste, mais jusqu’à la Saint-Michel (29 septembre)
      1361. Rymer, III, 662.

Le roi Jean, voulant faire participer les seigneurs anglais aux
témoignages d’amitié qu’il échange avec leur maître, fonde quatre
rentes annuelles et viagères, de deux mille francs chacune, au
profit de quatre chevaliers de l’entourage d’Édouard[50], et le
roi d’Angleterre accorde, de son côté, la même faveur à quatre
grands personnages[51] de la suite de son frère de France. Jean
confirme aussi, à la prière de son allié, la donation de la terre
de Saint-Sauveur-le-Vicomte, en Cotentin, faite par celui-ci à Jean
Chandos, terre que Godefroi de Harcourt a cédée naguère à Édouard III,
et dont le revenu annuel s’élève à seize mille francs[52]. On expédie
encore beaucoup d’autres chartes dont je ne puis faire mention, car
on emploie à ce travail les quinze jours que les deux rois et leurs
enfants passent ensemble à Calais. Ces pièces annexes ne font pas
double emploi et ne s’abrogent nullement les unes les autres; on a
soin, d’ailleurs, de les dater d’une manière uniforme[53], afin de leur
donner à toutes le même caractère d’authenticité: j’en ai pris depuis
copie sur les registres de la chancellerie des deux rois. P. 52, 53,
251, 252.

      [50] Ces quatre chevaliers étaient Gui de Bryan, Roger de
      Beauchamp, comte de Warwick, Renaud de Cobham et Gautier de Masny
      (_Gr. Chron._, VI, 220). L’assignation d’une rente de 2000 royaux
      d’or à Gui de Bryan est datée de Saint-Omer le 1er novembre 1360.
      Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1478 et 1479.

      [51] Édouard III assigna une rente annuelle et viagère de 3000
      réaux à Arnoul d’Audrehem, maréchal de France (J641, nº 12),
      une rente annuelle et viagère de la même somme à Jean de Melun,
      comte de Tancarville (J642, nº 3), une rente annuelle et viagère
      de 2000 écus à Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de
      France (J642, nº 5), une rente annuelle et viagère de 200 écus à
      Guillaume de Dormans, frère de Jean de Dormans auquel il succéda
      à la fin de 1361 comme chancelier du duc de Normandie. J641, nº
      18.

      [52] Par acte daté de Calais le 24 octobre 1360, le roi Jean
      confirma la donation faite par le roi d’Angleterre à Jean
      Chandos de toutes les terres qui avaient appartenu à Godefroi
      de Harcourt, moyennant toutefois l’hommage au duc de Normandie
      (Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1432; Rymer, III, 543, 544) dont
      la confirmation fut donnée à Boulogne-sur-Mer deux jours après
      celle de son père, le 26 octobre.

      [53] En effet ces pièces annexes du traité de Brétigny, qui sont
      fort nombreuses, sont presque toutes datées de Calais le 24
      octobre ou de Boulogne-sur-Mer le 26 octobre 1360.

Après la remise des otages[54] et le versement des six cent mille
florins[55], Édouard III donne à Jean, en son château de Calais, un
magnifique souper où ses enfants, le duc de Lancastre et les plus
hauts barons d’Angleterre servent à table tête nue; là, les deux rois
prennent congé l’un de l’autre. Le lendemain, veille de Saint-Simon
et Saint-Jude[56], Jean et les gens de sa suite quittent Calais pour
se rendre à pied en pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne, en compagnie
du prince de Galles et de ses deux frères, Lionel et Aymon. Le duc de
Normandie, qui les attend, fête le retour de captivité de son père en
lui offrant, ainsi qu’aux princes anglais, un somptueux festin dans
l’abbaye de Boulogne. Le lendemain, le prince de Galles et ses frères
retournent à Calais. La veille de la Toussaint[57] 1360, Édouard
III, les princes ses fils et les otages remis par le roi de France
s’embarquent ensemble pour l’Angleterre. P. 53 à 55, 252.

      [54] Ces otages durent être remis au prince de Galles à
      Boulogne-sur-Mer le lundi 26 octobre, après dîner. Dans la
      matinée, avant de quitter Boulogne pour se rendre à Calais sous
      la conduite du fils aîné du roi d’Angleterre, ils avaient juré
      l’alliance offensive et défensive conclue entre les deux rois.
      Rymer, III, 530, 531.

      [55] Le versement qui eut lieu à Calais le 24 octobre, ne fut que
      de 400 000 écus (J639, nº 6). 200 000 écus complémentaires furent
      payés, 100 000 le 26 décembre, 100 000 le 31 décembre suivant
      (J640, nº 34). En 1364, le florin valait 16 sous, et l’écu vieux
      21 sous 3 deniers. _Bibl, Nat._, ms. lat. nº 5957, fº 18 vº.

      [56] Le roi Jean partit de Calais pour se rendre à
      Boulogne-sur-Mer, non la veille de Saint-Simon et Saint-Jude,
      c’est-à-dire le 27 octobre, comme Froissart le dit par erreur,
      mais deux jours auparavant, le dimanche 25 au matin. _Gr.
      Chron._, VI, 217, 218.

      [57] La date donnée ici par Froissart est fort exacte. Édouard
      III et les otages français s’embarquèrent pour l’Angleterre le
      matin du samedi 31 octobre, avant le jour. _Gr. Chron._, VI, 219.

Noms de trente otages, tant princes du sang que grands seigneurs[58],
emmenés en Angleterre.--Noms des dix-huit villes qui fournissent
chacune deux otages bourgeois, outre Paris qui en fournit quatre.--Les
otages bourgeois peuvent s’ébattre dans les rues de Londres, et
l’on permet aux seigneurs français de chasser dans la campagne à
une certaine distance de cette ville et pendant un laps de temps
déterminé[59]. P. 55, 56, 253, 254.

      [58] Le nombre des otages nobles, fixé primitivement à quarante,
      fut réduit à trente en vertu d’une convention subsidiaire datée
      de Calais le 24 octobre 1360. Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1448.

      [59] Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1440, 1441.

Le roi Jean part de Boulogne-sur-Mer après la fête de la Toussaint[60]
et va à Saint-Omer[61], puis à Montreuil et à Hesdin[62], et de là à
Amiens[63], où il reste jusqu’à Noël. Il se rend ensuite à Paris[64],
où ses sujets de toutes les classes lui offrent des cadeaux de
bienvenue et lui font une réception enthousiaste. P. 56, 57, 254.

      [60] Le roi Jean partit de Boulogne-sur-Mer pour aller à
      Saint-Omer trois jours avant la Toussaint, le jeudi 29 octobre.
      Il fêta la Toussaint dans cette dernière ville; et les mardi et
      mercredi 3 et 4 novembre on y donna des joutes en son honneur.
      _Grandes Chroniques_, VI, 218 à 221.

      [61] Jean resta à Saint-Omer au moins jusqu’au 7 novembre,
      car nous avons deux mandements de ce prince, datés l’un du 2
      (_Ordonn._, III, 432), l’autre du 7 novembre (_Ibid._, 433), à
      Saint-Omer.

      [62] On connaît deux actes émanés de Jean et datés de Hesdin les
      14 (J1084, nº 5) et 16 novembre (JJ91, nº 217). Le roi de France
      paraît être retourné à Saint-Omer à la fin de ce mois, car un
      autre de ses actes est daté de cette ville le 30 novembre (JJ95,
      nº 53).

      [63] Jean ne resta pas à Amiens jusqu’à Noël, puisque dès le 5
      décembre il était de passage à Compiègne d’où il a daté la grande
      ordonnance édictant la levée de l’aide pour sa rançon de 12
      deniers pour livre sur la vente de toutes les marchandises, du
      cinquième sur la vente du sel et du treizième sur l’entrée des
      vins, ainsi que l’ordonnance fixant le prix des espèces d’or et
      d’argent. _Ordonn._, III, 433 à 442.

      [64] Jean, après avoir passé la soirée du vendredi 11 et la
      journée du samedi 12 décembre à l’abbaye de Saint-Denis où il se
      réconcilia avec son gendre Charles II, dit le Mauvais, roi de
      Navarre (Secousse, _Preuves des Mémoires sur Charles II_, 182
      à 185), fit son entrée à Paris le dimanche 13 décembre 1360.
      _Grandes Chroniques_, VI, 223.

Les commissaires d’Édouard III passent la mer et viennent en France
pour se faire délivrer les provinces cédées au roi d’Angleterre en
vertu du traité de Brétigny[65]. Cette délivrance demande beaucoup
de temps[66], parce que plusieurs seigneurs de Guyenne, notamment
les comtes de Périgord[67], d’Armagnac[68] et de Comminges[69], les
vicomtes de Caraman[70] et de Castelbon[71], prétendent que le roi de
France leur suzerain n’a pas le droit de les transporter sans leur
aveu, eux et leurs fiefs, sous une autre souveraineté que la sienne.
Les seigneurs et les bonnes villes du Poitou et de la Saintonge ne
font pas moins de difficultés pour passer sous la domination anglaise.
Il faut plus d’un an pour vaincre la résistance des habitants de la
Rochelle. Ils disent qu’ils aiment mieux rester Français et être
taillés tous les ans de la moitié de leur chevance, ou encore qu’ils
se soumettront aux Anglais des lèvres, mais de cœur jamais[72]. Jean
Chandos, nommé lieutenant-général du roi d’Angleterre dans ses
possessions d’outre-mer[73], vient prendre la saisine des provinces
cédées et recevoir au nom de son maître le serment de fidélité des
comtes, vicomtes, barons et chevaliers, ainsi que des cités, villes
et forteresses: il établit partout de nouveaux officiers, et fixe sa
résidence ordinaire à Niort, où il tient grand état. P. 57 à 59, 254 à
256.

      [65] La commission donnée à ce sujet par Édouard III à Richard
      de Stafford, sénéchal de Gascogne, Jean Chandos, Étienne de
      Cusyngton, Neel Loryng, Richard de Totesham, Adam de Houghton
      et Guillaume de Felton, est datée du 1er juillet 1361.
      Champollion-Figeac, _Lettres des rois et reines_, II, 135.

      [66] Les opérations de cette délivrance, commencées à
      Châtellerault le samedi 11 septembre 1361, ne se terminèrent
      que le lundi 28 mars 1362 à Angoulême; elles demandèrent par
      conséquent un peu plus de six mois et demi. Voyez la belle
      publication de M. Bardonnet. _Procès-verbal de délivrance à Jean
      Chandos._ Niort, in-8º, p. 9, 116. Le roi de France, de son côté,
      par lettres datées du Bois de Vincennes le 12 août 1361, avait
      nommé commissaires: les maréchaux d’Audrehem et Boucicaut, Louis
      de Harcourt, vicomte de Châtellerault, Guichard d’Angle, le sire
      d’Aubigny, sénéchal de Toulouse et le Bègue de Vilaines, sénéchal
      de Carcassonne. _Ibid._, p. 12 à 14.

      [67] Roger Bernard, comte de Périgord, prêta serment de fidélité
      au roi d’Angleterre à Montignac (Dordogne, arr. Sarlat) le jeudi
      30 décembre.

      [68] Jean I, comte d’Armagnac, de Fézensac et de Rhodez, qui, par
      contrat passé à Carcassonne le 24 juin 1360, avait marié sa fille
      aînée Jeanne d’Armagnac à Jean de France, alors comte de Poitiers
      et de Mâconnais, créé à la fin d’octobre de la même année duc de
      Berry et d’Auvergne.

      [69] Pierre Raymond, IIe du nom, comte de Comminges.

      [70] Arnaud d’Eauze (Gers, arr. Condom), vicomte de Caraman
      (Haute-Garonne, arr. Villefranche-de-Lauragais).

      [71] Roger Bernard de Foix, IIe du nom, vicomte de Castelbon,
      seigneur de Moncade. Le nom de cette vicomté est resté au château
      de Castelbon situé dans la commune de Betchat, Ariége, arr.
      Saint-Girons, c. Saint-Lizier.

      [72] Le roi Jean, sachant le prix qu’Édouard III attachait à la
      prise de possession de la Rochelle, cette clef de la Saintonge
      et du Poitou, avait écrit d’Angleterre dès le 8 juin 1360 pour
      inviter ses _chers et bons amis_, les maire, jurés et commune
      de la Rochelle, à envoyer vers lui leurs députés; le 18 juillet
      suivant, par un mandement daté de Calais, il renouvelle la même
      invitation (Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1428). Il envoie
      exprès à la Rochelle Arnoul, sire d’Audrehem, pour presser les
      habitants, et nous avons deux actes de ce maréchal de France,
      datés de cette ville les 5 et 8 août (JJ88, nºs 76, 93; Rymer,
      III, 558, 551; JJ88, nº 67). Les Rochellais s’exécutent enfin
      le 15 août et chargent Guillaume de Seris, Pierre Buffet, Jean
      Chaudrier et deux autres bourgeois d’aller trouver le roi de
      France à Calais (Martène, _Ibid._, 1427 à 1429). Par acte daté
      de cette ville le 24 octobre, Jean s’engage à livrer comme otage
      son très-cher fils Philippe, duc de Touraine, au cas où un mois
      après son départ de Calais la ville de la Rochelle n’aurait pas
      été remise entre les mains des Anglais (Rymer, III, 541; Martène,
      Ibid., 1449). A Boulogne-sur-Mer, le 26 octobre, il délie les
      Rochellais du serment d’obéissance (Martène, _Thes. Anecdot._,
      I, 1462 à 1464). Le même jour, il mande à Jean le Maingre, dit
      Boucicaut, maréchal de France, et à Guichard d’Angle, sénéchal
      de Saintonge, de délivrer royaument et de fait à son très-cher
      frère le roi d’Angleterre la possession des ville, château
      et forteresse de la Rochelle (_Bibl. Nat._, ms. fr. nº 8354,
      fº 22; De Camps, XLVI, 593 et 594). Enfin, par acte daté de
      Westminster le 28 janvier 1361, Édouard III, sur le rapport de
      Bertrand, seigneur de Monferrand, qu’il avait nommé gouverneur
      de la Rochelle le 38[*] octobre 1360 (Rymer, III, 548, 549),
      donne acte au roi de France de la _délivrance_ de la Rochelle à
      l’Angleterre, qui avait eu lieu le 6 décembre 1360 (Bardonnet,
      143 à 154; Rymer, III, 597). Par conséquent, la livraison ou,
      pour employer l’expression du temps, la _délivrance_ de la
      Rochelle aux Anglais avait demandé, non pas plus d’un an, comme
      le dit Froissart avec quelque exagération, mais des démarches et
      des négociations ininterrompues pendant sept ou huit mois.

      [*] Ainsi dans l’original [N. d. t.]

      [73] Par acte daté de Westminster le 20 janvier 1361, Édouard
      III nomme Jean Chandos, chevalier, baron de Saint-Sauveur en
      Normandie, son lieutenant et capitaine ès parties de France et
      conservateur spécial de la paix et des trêves ès dites parties.
      Rymer, III, 555.




CHAPITRE LXXXV.

  1360 ET 1361. FORMATION DE LA GRANDE COMPAGNIE.--1360, 28
    DÉCEMBRE. PRISE DU PONT-SAINT-ESPRIT.--1362, 6 AVRIL. BATAILLE DE
    BRIGNAIS (§§ 491 à 498.)


Le roi d’Angleterre nomme des commissaires chargés de faire évacuer
les forteresses occupées en France par des hommes d’armes à sa solde.
Parmi les capitaines de garnisons, quelques chevaliers et écuyers[74],
Anglais de nation, obéissent au mandement royal; d’autres y résistent
sous prétexte de guerroyer pour le roi de Navarre. Mais les bandes
de soudoyers étrangers, allemands, brabançons, gascons, flamands,
hainuyers, bretons, gascons ou de mauvais Français ruinés par les
guerres, loin de se disperser, exploitent à l’envi le royaume et
continuent leur vie de pillage. Les capitaines des garnisons ont
beau congédier leurs soudoyers, ceux-ci mettent à leur tête les
pires d’entre eux et reforment de nouvelles bandes. Les aventuriers
qui infestent la Champagne et la Bourgogne se donnent le surnom de
Tard-Venus. En Champagne, ils s’emparent du château de Joinville où
ils font un butin considérable que l’on évalue à cent mille francs; en
outre, ils ne consentent à le rendre que moyennant une rançon de vingt
mille francs[75]. Après avoir couru toute la province de Champagne, ils
dévastent les évêchés de Langres[76], de Toul et de Verdun. Ils entrent
ensuite en Bourgogne où ils sont appelés et soutenus par certains
chevaliers et écuyers de ce pays[77]; ils se tiennent longtemps aux
alentours de Besançon, de Dijon et de Beaune. Ils prennent et pillent
Vergy[78], Gevrey[79] en Beaunois, et s’attardent dans cette région
plantureuse. La réunion de ces bandes constitue la Grande Compagnie
dont l’effectif s’élève, pendant le carême de 1362, à quinze mille
combattants. Seguin de Badefol[80], le plus puissant de ces capitaines
d’aventuriers, n’a pas sous ses ordres moins de deux mille soudoyers.
On compte encore parmi ces chefs de bandes Talbart Talbardon[81], Guiot
du Pin[82], Espiote[83], le Petit Meschin[84], Bataillé[85], Frank
Hennequin[86], le bour Camus[87], le bour de Lesparre[88], le bour de
Breteuil[89], Naudon de Bageran[90], Lamit[91], Hagre l’Escot, Albrest,
Ourri l’Allemand, Bourdeille[92], Bernard[93] et Hortingo de la Salle,
Robert Briquet[94], Creswey[95], Amanieu d’Ortigue[96], Garciot du
Castel[97], Guyonnet de Pau[98]. Vers la mi-carême, les Compagnies se
mettent en mesure de marcher sur Avignon en passant par le comté de
Mâcon, le Lyonnais et le comté de Forez. P. 59 à 62, 256 à 258.

      [74] Par acte daté de Calais le 24 octobre 1360, Édouard III
      chargea Guillaume de Grantson et Nicolas de Tamworth de faire
      évacuer les forteresses de Champagne, de Brie, des duché et comté
      de Bourgogne, de l’Orléanais et du Gâtinais; Thomas Fogg et
      Thomas Caun celles du Perche, du Chartrain et du Drouais (pays de
      Dreux); le sire de Pommiers, Bérard et Arnaud d’Albret, celles du
      Berry, du Bourbonnais, de la Touraine et de l’Auvergne; Amauri de
      Fossat et Hélie de Pommiers, celles du Périgord, du Quercy et de
      l’Agenais; le captal de Buch, le sire de Monferrand et Thomas de
      Holland, celles de la Normandie, de l’Anjou et du Maine. Rymer,
      III, 546 et 547.

      [75] Le château de Joinville (Joinville-sur-Marne ou en Vallage,
      Haute-Marne, arr. Vassy) fut pris par une compagnie d’aventuriers
      allemands, qui se nommaient les Tard-Venus. Ce château,
      appartenant à Henri, comte de Vaudémont et sire de Joinville, fut
      occupé après le traité de Brétigny conclu le 8 mai 1360 («... son
      chastel de Joinville depuis nostre paiz pris par noz ennemis.»
      _Arch. Nat._, JJ91, nº 245), et avant le 24 octobre de la même
      année, puisque, dans la ratification définitive du traité du 8
      mai datée de Calais le 24 octobre 1360, on eut soin de stipuler
      expressément l’évacuation de Joinville (Rymer, III, 535, 546).
      Le sire de Joinville s’étant ruiné pour racheter son château, le
      roi Jean, par acte daté de Saint-Denis le 25 février 1362 (n.
      st.), lui constitua une rente annuelle et viagère de 2000 livres
      («ad relevanda gravamina que passus fuit et est in captione et
      detentione castri et ville suarum de Joinvilla». JJ91, nº 134).
      Gui, sire de Choiseul, paya aussi une grande somme de florins
      «pour le rachat de la forteresce de Joingville dont il estoit
      plesge et pour ce hostage en la ville de Meiz.» JJ91, nº 451.
      JJ93, nºs 9, 239. J1036, nºs 22 à 24. _Chroniques de Jean le
      Bel_, II, 274.

      [76] Voyez notre liste des lieux forts occupés par les Compagnies
      dans le diocèse de Langres. _Histoire de Bertrand du Guesclin_,
      p. 487 et 488.

      [77] En 1361, on découvrit que les Compagnies avaient des
      intelligences en Bourgogne; quatre capitaines de forteresses du
      duché furent révoqués, et le sire d’Estrabonne arrêté à Chalon
      (_Archiv. dép. de la Côte-d’Or_, fonds de la Chambre des Comptes
      du duché de Bourgogne, compte de Dimanche Vitel pour 1361;
      Finot, _Recherches sur les Compagnies en Bourgogne_, p. 16). Si
      l’on songe que Charles le Mauvais, roi de Navarre, éleva des
      prétentions sur le duché de Bourgogne après la mort de Philippe
      de Rouvre survenue le 21 novembre 1361, on ne doutera pas que les
      menées de ce prince perfide n’aient contribué particulièrement
      à attirer sur cette province le fléau des Compagnies, dont le
      nombre et l’audace redoublèrent lorsque le gendre du roi Jean,
      sans oser rompre ouvertement avec son beau-père, essaya de lui
      disputer sous main la succession du duché. On verra, dans une des
      notes suivantes, que quelques-uns des aventuriers qui infestèrent
      alors la Bourgogne, étaient d’origine navarraise. Les prétentions
      de Jean de Bourgogne, dernier descendant mâle de Jean de Chalon
      l’Antique, sur le comté de Bourgogne, dont Marguerite de France,
      grand’tante de Philippe de Rouvre et grand’mère de sa veuve,
      avait été reconnue héritière, en faisant éclater la guerre entre
      Jean et Marguerite, ces prétentions, dis-je, furent aussi l’une
      des causes qui mirent, dans le courant de 1362, le comté aussi
      bien que le duché de Bourgogne à la merci des Compagnies. Finot,
      _Ibid._, p. 70, 71.

      [78] Aujourd’hui Reulle-Vergy, Côte-d’Or, arr. Dijon, c. Gevrey.

      [79] Côte-d’Or, arr. Dijon. Tous les gourmets savent que le clos
      de Chambertin est situé sur la commune de Gevrey. Les Compagnies
      occupèrent aussi en 1361 un autre Givrey (auj. Givry-Cortiambles
      ou Givry-près-l’Orbize, Saône-et-Loire, arr. Chalon-sur-Saône),
      car le bailli de Chalon envoya, de Noël 1360 au 15 janvier
      1361, à Robert de Marnay, châtelain de Montaigu (château de
      Chauffailles, Saône-et-Loire, arr. Charolles), des hommes d’armes
      qui gardèrent le dit château depuis le 2 février jusqu’au mois
      d’août 1361 contre les gens des Compagnies qui étaient à Couches
      (auj. Couches-les-Mines, Saône-et-Loire, arr. Autun) et à Givry
      (_Archives de la Côte-d’Or_, fonds de la Chambre des Comptes de
      Bourgogne, B5251. _Inventaire_, ii, 237). Voyez notre liste des
      lieux forts occupés par les Compagnies en Bourgogne (_Hist. de
      du Guesclin_, p. 471, 497, 498, 507 à 509). Les trois volumes de
      l’inventaire des archives de la Côte-d’Or permettraient d’ajouter
      à cette liste près de cinquante forteresses.

      [80] Seguin de Badefol était l’un des quatre fils légitimes de
      Seguin de Gontaut, sire de Badefols (auj. Badefols-de-Cadouin,
      Dordogne, arr. Bergerac, c. Cadouin). Marié le 15 juin 1329
      à Marguerite de Berail, Seguin de Gontaut, père de Seguin de
      Badefol, eut trois autres fils, Jean, Pierre et Gaston, une
      fille, Dauphine mariée à Pierre de Cugnac, et cinq enfants
      naturels, dont deux fils et trois filles; dans son testament
      daté du 23 août 1371, il ne nomme point Seguin qui était mort
      empoisonné à la fin de 1365 et élit sa sépulture dans l’abbaye de
      Cadouin.

      [81] Ce chef de Compagnie est appelé _Taillevardon_ dans une
      lettre de rémission accordée le 10 juin 1379 à Guillemin Martin
      de «Cromeneau», au bailliage de Mâcon, qui avait quitté son pays
      natal «pour cause des gens de l’Archeprestre, de feu Guiot du Pin
      et de feu Taillevardon et de plusieurs autres gens d’armes qui
      lors (en 1362) gastoient et pilloient tout le pays...» _Arch.
      Nat._, JJ115, nº 70.--En 1363, un écuyer de Philippe le Hardi,
      lieutenant du roi son père dans le duché de Bourgogne, s’appelait
      Arnaud de Talbardon. (_Arch. de la Côte-d’Or_, fonds de la
      Chambre des Comptes, série B, liasse 371; _Invent._, I, 40.)
      D’après Paradin, le roi Jean fit pendre en 1362, à Trichastel,
      Tallebardon, Guillaume Pot et Jean de Chauffour; mais cet érudit
      est dans l’erreur au moins en ce qui concerne ces deux derniers
      routiers. Pot vivait encore en 1367 et Jean de Chauffour fut
      décapité à Langres vers le milieu de 1364.

      [82] Par acte daté de Paris en avril 1364, Charles V accorda des
      lettres de rémission à Jean Bruffaut, écuyer, né à la Vouzailles,
      en la sénéchaussée d’Anjou, à quatre lieues de Poitiers (Vienne,
      arr. Poitiers, c. Mirebeau), «comme à ceste Penthecouste prochain
      venant aura deux ans ou environ (5 juin 1362), il se fust parti
      de son pais et accompaignez avec Guyot du Pyn, nez de nostre
      royaume et lequel estoit ou au moins apparoit estre pour lors
      bon et loyal françois, et s’en feussent alez en lointains et
      estranges pays et par especial ès parties de Bourgoingne, pour
      nous servir et eulx adventurer bonnement et loyalement, sanz ce
      que le dit Jehan y pensast à nul mauvaiz, malice ou fraude, mais
      supposoit et tenoit estre le dit Guiot bon et loyal françois. Et,
      après certain temps, ycellui Guyot, le dit Jehan encore estant en
      sa compaignie, se mist et accompaigna avec certains Anglois et
      autres ennemiz et rebelles de nostre royaume et de nous.» Arch.
      Nat., JJ94, nº 46.--Dans une autre lettre de rémission en date
      du 10 juin 1379, on lit que «bien a quinze ans ou environ (en
      1363), feu Guyot du Pin et plusieurs autres pillars de sa suite
      et compaignie estoient sur le pays et y tenoient et occupoient
      le fort de Mannay (auj. Manlay, Côte-d’Or, arr. Beaune, c.
      Liernais), prenoient et raençonnoient hommes et femmes...» JJ115,
      nº 70.

      [83] Espiote, dont le nom s’écrit aussi Lespiote, était cantonné
      près de Chalon lorsque, le 20 novembre 1365, on lui apporta,
      ainsi qu’à une dizaine d’autres chefs de Compagnies, «lettres de
      par messire du Guesclin que tantos ils se departissent du duché
      et s’en allassent après li.» (_Arch. de la Côte-d’Or_, compte
      de Dimanche Vittel en 1365). Un messager qui portait une lettre
      des officiers du duc de Bourgogne à du Guesclin n’en fut pas
      moins dépouillé au delà de Dijon par la route d’Espiote. Finot,
      _Recherches_, p. 99.

      [84] Le Petit Meschin, d’origine gasconne, avait été dans
      sa jeunesse varlet d’homme d’armes, comme un autre chef de
      bande, Limousin. Il fut fait prisonnier par le bailli Huart de
      Raicheval, en 1368, devant Orgelet (Jura, arr. Lons-le-Saulnier).
      Finot, _Recherches_, p. 106. Le 11 mai 1369, Louis, duc d’Anjou,
      fit noyer dans la Garonne, à Toulouse, le Petit Meschin, ainsi
      que Perrin de Savoie. _Thalamus parvus_, p. 384.

      [85] D’après une interpolation du copiste d’un manuscrit de
      Froissart, manuscrit conservé aujourd’hui à la Bibliothèque
      de Leyde (ms. A 15 de notre classification), Bataillé était
      d’origine bretonne.

      [86] Sur ce Frank Hennequin, pauvre garçon d’Allemagne, voyez
      notre sommaire du t. V, p. 53 et 54. D’après un témoin dans
      l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois, ce Frank
      Hennequin tenait au mois de mai 1369 garnison pour Jean de
      Montfort à Carhaix, et saint Charles l’aurait frappé, puis
      guéri à Guingamp d’une paralysie générale. Frank Hennequin, en
      reconnaissance de ce miracle, aurait fait nu-pieds un pèlerinage
      à l’église des Frères Mineurs de Guingamp, «provoquant en duel
      quiconque nierait désormais la sainteté de Charles de Blois.»
      _Bibl. Nat._, ms. lat., nº 5381, t. II, fºs 216 et 217.

      [87] Le bour ou bâtard Camus, Navarrais ou Gascon d’origine,
      comme l’indique ce sobriquet de bour, passa en Italie après la
      bataille de Brignais avec Ilawkood, Creswey, Briquet (Froissart
      de Buchon, II, 407) et fut pris après décembre 1367 dans le
      château de Beauvoir (Nièvre, com. de Saint-Germain-Chassenay,
      arr. Nevers, c. Decize) par les gens du duc de Bourbon. C’est lui
      qui faisait jeter dans une fosse pleine de feu les prisonniers
      qui ne se voulaient ou ne se pouvaient racheter. _Chronique de
      Louis de Bourbon_, éd. de M. Chazaud, p. 16 à 20. _Archives
      départementales de la Côte-d’Or_, fonds de la Chambre des Comptes
      de Dijon, reg. B4406, 5498; _Invent._, II, 112, 273.

      [88] Cet aventurier gascon était un bâtard de la puissante maison
      de Lesparre (Gironde).

      [89] Le bour de Breteuil accompagna aussi Hawkood et Creswey en
      Italie (Froissart de Buchon, II, 407).

      [90] En janvier 1365, Charles V accorda des lettres de rémission
      à Naudon de Bageran, «né du pays de Gascoingne, capitaine de
      Compagnies.» JJ98, nº 720, fº 213.--En novembre et décembre 1367,
      le gouverneur de Nivernais fit payer la solde des gens d’armes
      opposés à messire Bernard de Lobrac, à Naudon de Baugerant, au
      bour Camus et à leurs gens «pleins de male volenté, lesquelz
      ennemis s’efforçoient de prendre villes et forteresses et
      demeurant sur le pays en novembre et decembre 1367.» _Arch.
      départ. de la Côte-d’Or_, fonds de la Chambre des Comptes, B5498;
      _Invent._, II, 273; Finot, _Recherches_, 105.--Naudon de Bageran,
      qui fut plus tard capitaine pour les Anglais du château de Segur
      en Limousin (Corrèze, arr. Brive, c. Lubersac), est mentionné
      comme mort en 1394. _Arch. Nat._, JJ146, nº 189.

      [91] Lami, routier breton, était capitaine de Longwy en 1365.
      Finot, p. 99.

      [92] Cet aventurier appartenait-il à la famille de Bourdeilles
      (Dordogne, arr. Périgueux, c. Brantôme)?

      [93] Bernard de la Salle, qui, le lundi 18 novembre 1359, étant
      au service du captal de Buch, escalada le château de Clermont
      avec des grappins d’acier, se mit à piller la Bourgogne après le
      traité de Brétigny. Il était encore dans cette province en 1368
      avec Bérard d’Albret, Gaillard de la Motte, Bernard d’Eauze, le
      bour de Badefol. _Arch. de la Côte-d’Or_, B9292; _Invent._, III,
      398.

      [94] Robert Briquet, après la bataille de Brignais, alla en
      Italie avec Creswey; il revint avec ce dernier ravager l’Anjou,
      vers 1367 «au temps que les gens de Compaignie, desquelles l’en
      disoit souverain capitaine un Anglois appelé Briquet, couroient
      par le pais d’Anjou ou environ.» Jean d’Andigné, capitaine du
      château de la Roche d’Iré (château de Loiré, Maine-et-Loire, arr.
      Segré, c. Candé), fit alors la guerre à ce Robert Briquet. JJ104,
      nº 164.

      [95] Sur Jean Creswey, voyez notre _Histoire de du Guesclin_, p.
      362.

      [96] Le prénom et le nom de cet aventurier indiquent clairement
      son origine gasconne. Il y a un Ortigues qui est aujourd’hui
      hameau de la commune de Cézac, Gironde, arr. Blaye, c.
      Saint-Savin.

      [97] D’après le témoignage d’Espaing de Léon, rapporté par
      Froissart (Chron., éd. de Buchon, II, 383), Garciot del ou
      du Castel était originaire de la région des Pyrénées, comme
      l’indique du reste son prénom de Garciot, diminutif de Garcia.
      Lorsque les chefs des Compagnies qui ravageaient les trois
      sénéchaussées de Toulouse, de Carcassonne et de Nîmes conclurent
      avec Arnoul, sire d’Audrehem, maréchal de France, et Henri,
      comte de Trastamare, le 23 juillet 1362, à Clermont en Auvergne,
      un traité qui fut confirmé à Paris le 13 août suivant, traité
      par lequel ces aventuriers s’engageaient à évacuer le royaume
      moyennant la somme de 100 000 florins, c’est entre les mains de
      Garciot du Castel que cet argent fut versé en décembre 1362 et
      en janvier 1363. «Item, solvit dictus Stephanus de Montemejano
      domino _Gassiono de Castello_, _capitaneo unius ex societatibus_,
      pro complemento de Cm florenis dictis societatibus promissis ut
      a regno exirent, de quibus per Bernardum Francisci, receptorem
      Nemausi, traditi et persoluti fuerunt IIIIxx Xm floreni, qui
      Xm floreni restantes, eidem domino Gassiono soluti, mandato
      dicti domini d’Audenehan, valent VIIIm franci. Item, solvit
      dictus Stephanus predicto domino Gassiono, pro dono sibi facto
      per dictum dominum d’Audenehan in recompensacione expensarum
      per eum factarum cum domino Garssia de Nassi, militi, eundo
      Parisius versus regem et alias diversas partes, pro tractatu
      habendo cum dictis capitaneis societatum ut exirent regnum: M
      floreni = VIIIc franci.» _Bibl. Nat._, ms. lat., nº 5957, fº
      14 vº.--Garciot ou Garcion du Castel était au service de Jean,
      comte d’Armagnac, lorsqu’il fut fait prisonnier par le comte de
      Foix à la bataille de Launac (Haute-Garonne, arr. Toulouse, c.
      Grenade-sur-Garonne), livrée le lundi 5 décembre 1362. Vaissète,
      _Hist. du Languedoc_, IV, 321.

      [98] Cet aventurier était, comme son nom l’indique, originaire
      de Pau en Béarn. Pau n’était encore à cette époque qu’un simple
      village de la rive droite du Gave, qui servait de station aux
      bergers de la vallée d’Ossau lorsqu’ils allaient hiverner leurs
      troupeaux dans les landes immenses du Pont-Long. Le 11 mai
      1369, Louis, duc d’Anjou, fit décapiter et écarteler Amanieu de
      l’Artigue (ou d’Ortigue), Noli Pavalhon et Boulhomet (peut-être
      faut-il lire: Guyonnet) de Pau, qui avaient conspiré avec le
      Petit Meschin et Perrin de Savoie, pour livrer le duc leur maître
      aux Anglais. _Thalamus parvus_, p. 384.

Le roi Jean mande à son cousin Jacques de Bourbon[99] de marcher
contre les Compagnies. Le comte de la Marche, qui se tient alors en
Languedoc où il vient de livrer à Jean Chandos les cités, villes,
seigneuries et forteresses de Guyenne cédées aux Anglais par le traité
de Brétigny[100], se rend par Montpellier et Avignon dans le comté de
Forez auprès de la comtesse de Forez, sa sœur[101], et de Renaud de
Forez[102], beau-frère de la comtesse. Il appelle sous les armes les
seigneurs d’Auvergne, de Limousin, de Provence, de Savoie, du Dauphiné,
du duché et du comté de Bourgogne[103], et il les concentre entre Lyon
et Mâcon. Louis, comte de Forez[104] et Jean de Forez[105], son frère,
neveux de Jacques de Bourbon, se rendent les premiers à l’appel de leur
oncle. P. 62 à 64, 259.

      [99] Jacques de Bourbon, I du nom, comte de la Marche, comte de
      Pontieu avant la cession de ce comté au roi d’Angleterre par le
      traité de Brétigny, 3me fils de Louis I, duc de Bourbon, et de
      Marie de Hainaut, oncle de Louis II, duc de Bourbon, marié à
      Jeanne de Châtillon-Saint-Pol. Anselme, _Hist. généal._, I, 318.

      [100] Ce fut Jean le Maingre, dit Boucicaut, et non Jacques
      de Bourbon, qui fit cette remise à Jean Chandos (Bardonnet,
      _Procès-verbal de délivrance_, p. 105 à 110). Seulement, le roi
      Jean put charger son cousin le comte de la Marche, comme le
      raconte Froissart, d’une mission officieuse auprès des grands
      seigneurs du parti français, qui firent des difficultés pour se
      soumettre au traité de Brétigny, tels que les comtes de Périgord
      et d’Armagnac.

      [101] Jeanne de Bourbon, l’aînée des filles de Louis I, duc de
      Bourbon, et de Marie de Hainaut, mariée à Avignon le 14 février
      1318 à Guigue, VII du nom, comte de Forez, mort en 1360.

      [102] Renaud de Forez, second fils de Jean I, comte de Forez,
      frère de Guigue VII, comte de Forez, fut fait prisonnier à
      Brignais. Anselme, _Hist. généal._, VI, 730.

      [103] Froissart dit que «le jeune duc» envoya vers Jacques de
      Bourbon les chevaliers et écuyers, tant du duché que du comté de
      Bourgogne. Notre chroniqueur commet ainsi un anachronisme. Ces
      expressions de jeune duc ne peuvent s’appliquer qu’à Philippe de
      Rouvre, qui mourut le 21 novembre 1361, plus de cinq mois avant
      la bataille de Brignais.

      [104] Louis, fils de Guigue VII et de Jeanne de Bourbon, avait
      succédé en 1360, comme comte de Forez, à son père. D’après
      Froissart, il était encore en 1362 sous la tutelle de Renaud de
      Forez, son oncle paternel; il était né à Saint-Galmier en 1338.

      [105] Jean de Forez, second fils de Guigue VII et de Jeanne de
      Bourbon, sœur de Jacques de Bourbon.

Les chefs des Compagnies, après avoir concentré leurs bandes aux
environs de Chalon[106] et de Tournus, prennent la résolution
d’envahir le Forez et de marcher contre les gens d’armes du roi de
France[107]. Ils ravagent le Beaujolais[108], le Lyonnais, assiégent en
vain Charlieu[109], passent par Montbrison et s’emparent du château de
Brignais[110], à trois lieues de Lyon, où ils attendent les Français
qui les poursuivent sous les ordres de Jacques de Bourbon. Noms des
principaux seigneurs qui ont répondu à l’appel du comte de la Marche.
P. 64, 65, 259 à 261.

      [106] Au moyen âge, les foires froides (d’hiver) et chaudes
      (d’été) de Chalon étaient le centre d’un négoce immense.
      Les marchands du midi et du nord de l’Europe s’y donnaient
      rendez-vous. Les produits de l’Italie et du Levant remontaient
      la Saône jusqu’à Chalon et jusqu’à Saint-Jean-de-Losne; et
      ces deux villes, aujourd’hui si déchues, possédaient alors
      des entrepôts considérables où on déposait les marchandises.
      Saint-Jean-de-Losne était le principal péage où l’on percevait
      des droits de transit sur les marchandises exportées du royaume
      en l’Empire ou importées du comté de Bourgogne ou de l’Empire
      dans le duché de Bourgogne ou dans le royaume de France.
      L’entrepôt de cette ville s’appelait la _Maison des Balles_, à
      cause des balles de laines ou d’autres denrées qu’y déposaient
      les marchands (_Archives de la Côte-d’Or_, B3455). Ces richesses,
      on le comprend, étaient de nature à éveiller la convoitise des
      chefs des Compagnies. Voilà pourquoi ces pillards, après avoir
      tenté vainement, à la fin de 1361 et dans les deux premiers mois
      de 1362, de surprendre Chalon pendant les foires (_Arch. de la
      Côte-d’Or_, B3561), s’emparèrent de Saint-Jean-de-Losne ou du
      moins détruisirent les moulins de cette ville et pillèrent le
      grand magasin d’entrepôt appelé _Maison des Balles_ (_Ibid._,
      B3440 et 3434). Maîtres des passages de la Loire, ils pillent
      et tuent «les marchans venans ès foires de Chalon.» (_Ibid._,
      B3564). On est obligé de faire garder par des hommes d’armes «les
      frontières de Chalon pendant les foires» (_Ibid._, B3561); et
      l’on fait placer une cloche au-dessus de la tour neuve du château
      de cette ville, «pour esveiller les guettes.» (_Ibid._, B3566).

      [107] La ville de Tournus (Saône-et-Loire, arr. Mâcon) est située
      au nord de Mâcon et au sud de Chalon, sur la rive droite de la
      Saône. Grâce à l’occupation simultanée de Saint-Jean-de-Losne et
      de Tournus, les Compagnies commandaient le cours de la Saône en
      amont et en aval de Chalon.

      [108] Les Anglo-Gascons avaient fait irruption en Beaujolais dès
      le mois de juin 1360 (_Archives de la Côte-d’Or_, B8074).

      [109] Loire, arr. Roanne, sur la rive droite de la Loire.
      Charlieu, comme le dit Froissart, dépendait alors du comté
      de Mâcon, et ressortait au bailliage de cette ville. Si les
      Compagnies échouèrent devant Charlieu, elles s’emparèrent de
      Marcigny (Saône-et-Loire, arr. Charolles), surnommé alors
      _les Nonnains_, à cause d’un prieuré de filles de l’ordre de
      Saint-Benoît, dont plusieurs actes établissent l’occupation
      par les routiers à cette date (JJ108, nº 370; JJ114, nº 180).
      Marcigny est situé sur la rive droite de la Loire, et les
      Compagnies purent traverser le fleuve en cet endroit pour se
      rendre du Charollais dans le Forez.

      [110] Rhône, arr. Lyon, c. Saint-Genis-Laval, à 13 kil. au
      sud-ouest de Lyon. Ce bourg, arrosé par le Garon, petite rivière
      qui se jette dans le Rhône à Givors, est traversé par la route
      de Lyon à Saint-Étienne. Au quatorzième siècle, il y avait à
      Brignais un château fort, muni de fossés et d’une enceinte, et,
      d’après M. Allut (_les Routiers et la bataille de Brignais_,
      Lyon, Louis Perrin, 1859, p. 23), quelques pans de mur de la
      première enceinte subsistent encore. Par une bulle datée de
      Lyon le 13 avril 1251 (_Arch. du Rhône_, fonds de la seigneurie
      de Brignais, nº 2), Innocent IV avait donné la seigneurie de
      Brignais au chapitre de Saint-Just de Lyon. Par conséquent, quand
      Froissart dit que les Compagnies prirent le château de Brignais
      et le seigneur et sa femme dedans, notre chroniqueur se trompe,
      ou il veut désigner le châtelain qui gardait ce château pour le
      chapitre de Saint-Just.

Jacques de Bourbon[111], après avoir rassemblé ses gens d’armes à
Lyon, quitte cette ville et s’avance dans la direction de Brignais.
Les Compagnies dissimulent le gros de leurs forces derrière de hautes
collines[112] et ne font montre que de cinq à six mille hommes postés
sur un mamelon[113] appuyé à ces collines et surplombant le chemin que
suivent les Français. Jacques de Bourbon, trompé par ce stratagème,
fait nouveaux chevaliers son fils, Pierre de Bourbon, ainsi que
son neveu, le comte de Forez, et donne l’ordre à l’Archiprêtre, qui
commande son avant-garde, à Jean de Chalon et à Robert de Beaujeu,
d’attaquer les gens des Compagnies. Ceux-ci, des hauteurs où ils se
tiennent et où sont entassés d’énormes monceaux de cailloux[114], font
pleuvoir une grêle de pierres sur les assaillants, et jettent ainsi le
désordre dans les rangs des chevaliers français[115]. Pendant ce temps,
les mieux armés et les mieux montés des gens des Compagnies contournent
la montagne et viennent tomber à l’improviste sur les derrières de
l’ennemi. Les Français sont mis en pleine déroute. L’Archiprêtre[116],
le vicomte d’Uzès[117], Renaud de Forez, Robert et Louis de
Beaujeu[118], Jean et Louis de Chalon, les seigneurs de Tournon, de
Roussillon, de Chalançon et de Groslée sont faits prisonniers. Le jeune
comte de Forez et le seigneur de Montmorillon sont tués[119]. Jacques
de Bourbon et son fils Pierre, blessés mortellement et rapportés à
Lyon, succombent peu de jours après l’action[120]. Cette bataille de
Brignais se livre le vendredi après les Grandes Pâques (ou le 12 avril
1361[121]). P. 65 à 69, 261 à 265.

      [111] Le principal organisateur de l’armée vaincue à Brignais par
      les Compagnies ne fut pas Jacques de Bourbon, mais Jean de Melun,
      comte de Tancarville, que le roi Jean, par acte daté de Beaune le
      25 janvier 1362 (n. st.), avait établi son lieutenant en tout son
      duché de Bourgogne, en tout le bailliage de Mâcon et de Lyonnais,
      dans les comtés de Forez et de Nevers, dans les baronnies de
      Beaujeu et de Donzy, dans les duchés de Berry et d’Auvergne,
      dans tout le comté de Champagne et de Brie, enfin dans tous
      les bailliages de Sens et de Saint-Pierre-le-Moutier, en le
      chargeant spécialement «de faire host et chevauchées encontre les
      Compaingnes et autres noz ennemis qui s’efforceront de meffaire
      en nostre dit royaume.» _Arch. Nat._, JJ93, nº 301.--Jean de
      Melun, comte de Tancarville, était à Dijon en février 1362 (JJ93,
      nº 301), à Beaune en mars (JJ93, nº 36), à Autun aussi en mars,
      où il convoqua le ban et l’arrière-ban du duché, tandis que les
      abbés et prieurs furent sommés de fournir selon l’usage les
      charrois, sommiers et contributions (Dom Plancher, _Hist. de
      Bourgogne_, II, 245).

      [112] Ces collines sont probablement celles des Barolles, situées
      à peu près à égale distance de Saint-Genis et de Brignais, à
      droite du chemin par où l’on va de la première de ces localités à
      la seconde.

      [113] D’après l’historiographe Sauvage (_Chronique de Froissart_,
      Lyon, 1559, 4 vol. in-fol., note 88), ce mamelon est le lieu
      dit encore aujourd’hui le bois Goyet, où cet érudit, dans une
      excursion faite à Brignais le 27 juillet 1558, constata des
      tranchées de trois pieds de profondeur et de cinq à six pieds
      de largeur, «parmi monceaux de caillous au dedans du fort.» Le
      plan incliné des collines des Barolles se prolongeait autrefois
      jusqu’au pied de ce mamelon dont il n’était séparé que par
      l’ancienne route de Saint-Genis à Brignais. Quoi qu’il en
      soit, c’est sur les dépendances d’une petite ferme nommée _les
      Saignes_, située entre le pied de la colline des Barolles et le
      bourg de Brignais, à droite du chemin qui va de Saint-Genis à ce
      bourg, que l’on a trouvé autrefois, en labourant, des fers de
      lance et des débris d’armures. Allut, _les Routiers_, p. 228.

      [114] Le P. Menestrier prétend que les deux mille charrettées de
      pierres dont parle Froissart provenaient de l’aqueduc de Brignais
      (restes d’un aqueduc romain destiné à amener du Mont-Pila à Lyon
      les eaux du Gier); les gens des Compagnies auraient ruiné cet
      aqueduc pour avoir de quoi lapider les hommes d’armes du comte de
      Tancarville. Il faut plutôt, à l’exemple de M. Allut, attribuer
      la présence de ces amas de cailloux à la nature pierreuse du
      terrain des Barolles, où les travaux de la culture ont nécessité
      de tout temps l’extraction de ces cailloux. Les paysans en font
      encore aujourd’hui, lorsqu’ils défrichent leurs terres, des tas
      considérables qu’ils appellent _chirats_ (_Les Routiers_, p. 212).

      [115] D’après Mathieu Villani, et un chroniqueur de Montpellier
      contemporain de la bataille, dont la version est plus
      vraisemblable que celle de Froissart, les gens des Compagnies
      attaquèrent les premiers et surprirent les Français, selon le
      chroniqueur florentin, plusieurs heures avant le jour, selon
      l’annaliste roman, à l’heure de none (3 heures du soir). Les
      routiers qui venaient de rendre, le 25 mars précédent, le château
      de Saugues (Haute-Loire, arr. le Puy) à Arnoul, sire d’Audrehem,
      maréchal de France, lieutenant du roi en Languedoc, avaient fait
      leur jonction avec ceux de Brignais pour écraser les hommes
      d’armes du comte de Tancarville et de Jacques de Bourbon.

      [116] Arnaud de Cervolle ou de Servolle, surnommé l’Archiprêtre
      de Vélines, fut fait prisonnier par un Périgourdin son
      compatriote, le bour ou le bâtard de Monsac (Dordogne, arr.
      Bergerac, c. Beaumont). Le roi Jean paya une grande partie,
      sinon la totalité de la rançon de cet habile spéculateur en
      aventures guerrières: «Domino Arnaldo de Servola, militi,
      dicto l’Arceprestre, pro denariis mandato domini nostri regis
      et Petri Scatisse, thesaurarii Francie, traditis domino
      d’Audeneham, marescallo Francie, tanquam fidejussori suo erga
      _spurium de Monsaco, cujus spurii idem dominus Arnaudus fuit
      prisonarius_..., pro financia ipsius domini Amaudi: Vm floreni
      valentes IIIIm franci.» _Bibl. Nat._, ms. lat. nº 5957, fº 15
      (fin de 1362).--Par acte daté de Royalieu près Compiègne en juin
      1362, le roi Jean se reconnut redevable de 35 000 florins envers
      l’avide partisan qui en réclamait 100 000 et lui donna en gage
      son château de Cuisery en la comté de Bourgogne (Saône-et-Loire,
      arr. Louhans). _Arch. Nat._, JJ91, nº 447.

      [117] Froissart oublie de mentionner Jean de Melun, comte de
      Tancarville, Jean, comte de Saarbruck (_Grandes Chroniques_, VI,
      226), qui furent aussi faits prisonniers à Brignais, ainsi que
      Guillaume de Melun, chevalier, chambellan du duc de Normandie,
      à qui ledit duc, par acte daté de Conflans le 8 mai 1362, donna
      1000 francs d’or «pour paier sa rançon aus ennemis desquelz il
      a esté pris _en la besongne qui derrain a esté vers Lion sur
      le Rosne_.» JJ92, nº 87.--Jean de Melun, comte de Tancarville,
      lieutenant du roi en Bourgogne, avait payé sa rançon ou avait été
      mis en liberté sous caution peu de jours après la bataille; car,
      par acte daté de _Lyon sur le Rhône en avril_ 1362, il accorda
      des lettres de rémission à un certain Jean Doublet, «comme il
      avoit esté avecques les Grans Compaingnes en la bataille devant
      Brinays en laquelle il prist nostre très chier et bon ami messire
      Gerart de Toury (maréchal du duché de Bourgogne), par l’induccion
      duquel il est retournez à l’obeissance du roi nostre sire, et
      ledit messire Gerart a delivré à plein de sa prison sans raençon
      et s’est departis des dites Compaingnes...» JJ93, nº 34.

      [118] Robert et Louis de Beaujeu étaient les fils de Guichard,
      seigneur de Beaujeu, et de sa troisième femme, Jeanne de
      Châteauvillain (Anselme, VI, 732 et 733). D’après la chronique
      romane de Montpellier, le jeune seigneur de Beaujeu, Antoine,
      né le 12 août 1343, et fils d’Edouard, sire de Beaujeu, tué
      au combat d’Ardres en 1351, assistait aussi à la bataille de
      Brignais, non, comme le dit cette chronique, avec ses frères,
      mais avec ses deux oncles, frères consanguins de son père, Louis
      et Robert.

      [119] D’après le dernier historien des seigneurs de Noyers
      (Petit, _Monographie des sires de Noyers_, Auxerre, 1874, in-8),
      Jean de Noyers, comte de Joigny, aurait été tué aussi à la
      bataille de Brignais. Le rédacteur des _Grandes Chroniques_ et le
      père Anselme auraient confondu, selon M. Petit, Jean de Noyers,
      comte de Joigny, avec son neveu Miles de Noyers IX, ou, d’après
      cet érudit, XII du nom, fait prisonnier à Poitiers en 1356, à
      Brion en 1359, et mort dans son lit en 1369.

      [120] Voici le texte de l’inscription gravée sur la pierre
      sépulcrale de ces deux princes. Ce marbre, autrefois placé dans
      l’église des Dominicains de Confort à Lyon, a été découvert en
      1856 dans la cuisine d’un maçon, et on le conserve aujourd’hui
      dans le musée lapidaire de cette ville: «Cy gist messire Jacques
      de Bourbon, conte de la Marche, qui morut à Lyon à la bataille
      de Brignecz, qui fut l’an mil CCCLXXII (pour 1362), le mercredy
      devant les Rameaulx.--Iten (sic), cy gist messire Pierre de
      Bourbon, conte de la Marche, son filz, qui morut à Lyon de cette
      mesme bataille l’an dessus dict. Priés pour eulz.» Dans cette
      inscription refaite en 1472, selon la conjecture ingénieuse et
      vraisemblable de M. Allut, le graveur a mis par mégarde 1372 au
      lieu de 1362. _Les Routiers_, p. 231 à 249.

      [121] Les deux dates données par Froissart sont fausses. La
      bataille de Brignais se livra le mercredi avant les Rameaux, 6
      avril 1362. Le rédacteur des _Grandes Chroniques_ (VI, 225) et
      l’annaliste roman du _Thalamus parvus_ (p. 360) sont d’accord sur
      ce point avec l’inscription gravée sur la pierre tombale des deux
      princes; et l’on a peine à comprendre que dom Vaissète, si exact
      d’ordinaire, ait rapporté cet événement à l’année 1361 (_Hist. du
      Languedoc_, IV, 312). L’erreur des Bénédictins a entraîné celle
      de presque tous les historiens modernes.

Les habitants de Lyon recueillent les victimes et les fuyards de
Brignais. Jacques de Bourbon meurt de ses blessures dans cette ville
trois jours après la bataille, et Pierre de Bourbon ne survit que
peu de temps à son père. Après leur victoire, les Compagnies mettent
au pillage le comté de Forez[122]. Seguin de Badefol, qui a sous ses
ordres trois mille combattants, s’empare d’Anse, château situé sur la
Saône, à une lieue[123] en amont de Lyon, d’où il rançonne le comté
de Mâcon, l’archevêché de Lyon, la terre du seigneur de Beaujeu et
tout le pays environnant jusqu’à Marcigny-les-Nonnains. Les autres
chefs de bandes, Naudon de Bageran, Espiote[124], Creswey, Robert
Briquet, Ortingho et Bernardet de la Salle, Lamit, Bataillé, le bour
Camus, le bour de Breteuil[125], le bour de Lesparre, marchent sur
Avignon pour mettre à rançon le pape et les cardinaux. Apprenant
qu’on vient de déposer une somme considérable dans la forteresse du
Pont-Saint-Esprit[126], située sur le Rhône, à sept lieues en amont
d’Avignon, Bataillé, Guyot du Pin, Espiote, les bours Camus et de
Lesparre, Lamit et le Petit Meschin font une chevauchée de quinze
lieues pendant la nuit; ils arrivent au point du jour devant le
Pont-Saint-Esprit qu’ils prennent par escalade, et où ils trouvent
d’immenses richesses. Ils tiennent dès lors à discrétion les deux rives
du Rhône, le côté de l’Empire comme celui du royaume de France et
courent jusqu’aux portes d’Avignon. P. 69 à 72, 265 à 267.

      [122] Les Compagnies avaient envahi le Forez dès le mois
      de janvier 1362, car vers la fête de l’Épiphanie ou 6
      janvier de cette année, la bande du Petit Meschin occupa
      le prieuré d’Estivareilles (Loire, arr. Montbrison, c.
      Saint-Bonnet-le-Château), à une lieue de Viverols (Puy-de-Dôme,
      arr. Ambert), dans la haute, moyenne et basse justice de Henri
      de Rochebaron, chevalier, seigneur de Montarcher (Loire, arr.
      Montbrison, c. Saint-Jean-Soleymieux): «Circa festum Epiphanie
      ultimo preteritum (6 janvier 1362), alii nostri inimici vel
      rebelles ac aliqui de Societate Parvi Mesquini, depredatores
      et regni nostri malivoli nostrorumque subjectorum oppressores,
      dictum prioratum occupaverunt et aliquandiu tenuerunt.» _Arch.
      Nat._, JJ91, nº 313.

      [123] Anse (Rhône, arr. Villefranche-sur-Saône) n’est pas à
      une lieue, comme le dit Froissart, mais à 22 kil. en amont
      de Lyon, sur la rive droite de la Saône. La seigneurie et le
      château d’Anse, dont il reste d’imposants débris, appartenaient
      aux chanoines du chapitre cathédral de Saint-Jean, comtes de
      Lyon. D’après Froissart, Seguin de Badefol se serait emparé
      d’Anse presque immédiatement après la bataille de Brignais. Ce
      routier prend, en effet, le titre de capitaine d’Anse dans une
      pièce en date du 12 mai 1362, qui faisait partie au dernier
      siècle des archives du comte de Gontaut-Saint-Geniès et dont dom
      Villevieille (Bibl. nat., _Trésor généalogique_, au mot Badefol)
      a donné l’analyse. Mais personne n’ignore que la compilation du
      savant religieux, si précieuse du reste, fourmille d’erreurs; et
      d’autre part, le rédacteur de la chronique romane du _Thalamus
      parvus_, l’un des chronologistes les plus exacts du quatorzième
      siècle, dit que Seguin de Badefol s’empara d’Anse vers la fin de
      novembre 1364: «Item, entorn la fin de novembre (1364), Seguin
      de Badafol pres per escalament, egal mattinas, lo luoc d’Aussa
      (lisez: Anssa) prop Lyon en Bergonha, local tenc long temps,
      entro a XIII de setembre l’an LXV que ne yssi am finanssa de
      XLVm floris.» _Thalamus parvus_, p. 367.--Par lettres datées de
      Mâcon le 6 novembre 1364, Jean de Salornay, chantre et capitaine
      de cette ville, manda à Jacques de Vienne, sire de Longwy (Jura,
      arr. Dôle, c. Chemin), capitaine général pour le roi en Bourgogne
      et Mâconnais, que messire Seguin de Badefol était venu à grande
      force et s’était emparé nuitamment de la ville d’Anse, le priant
      de pourvoir à la sûreté du pays (_Arch. de la Côte-d’Or_, fonds
      de la Chambre des Comptes de Bourgogne). A la fin de ce mois,
      Seguin menaça Lyon du côté de la porte de la Lanterne (_Ibid._, B
      8550; Invent., III, 269); et Janiard Provana, bailli de Valbonne
      et châtelain de Montluel (Ain. arr. Trévoux) pour le comte de
      Savoie, dut garder la rive gauche de la Saône à la tête de 33
      cavaliers armés (Ibid., B 8551; _Invent._, III, 269). En juin
      1365, Seguin faisait encore épier les villes de Bresse (_Ibid._,
      B 7590; _Invent._, III, 142), et quelques-uns de ses bandits
      furent pendus à Pont-de-Veyle par le «carnassier» ou bourreau de
      Mâcon (_Ibid._, B 9291; _Invent._, III, 397). Cf. _Arch. Nat._,
      JJ97, nºs 70, 203, 387; JJ111, nº 290; JJ112, nº 198.

      [124] Le 24 août 1362, fête de Saint-Barthélemy, à neuf heures
      du matin, le gascon Espiote, en compagnie de deux autres chefs
      de Compagnies, l’allemand Jean Hanezorgues et le gascon P. de
      Montaut, passa à Saint-Martin-de-Prunet, près de Montpellier.
      Ces Compagnies allèrent se loger à Mireval, à Vic, à la Veyrune
      et à Pignan (Hérault, arr. Montpellier, c. de Frontignan et de
      Montpellier); et, la nuit suivante, elles mirent le feu aux
      palissades qui entouraient Pignan, Mireval et Vic. _Thalamus
      parvus_, p. 361.

      [125] Après la bataille de Brignais, le bour de Breteuil ou
      de Bretalh, à la tête d’environ douze cents combattants, alla
      ravager l’Auvergne, où, le 3 juin 1362, il fut taillé en pièces
      devant Montpensier (Puy-de-Dôme, arr. Riom, c. Aigueperse) par
      quatre cents Espagnols et Castillans, sous les ordres de Henri,
      comte de Trastamare. C’est à la suite de cette défaite que
      quelques-uns des principaux chefs des Compagnies s’engagèrent
      à évacuer le royaume en vertu du traité, conclu à Clermont en
      Auvergne le 23 juillet suivant, dont il a été question plus haut
      (p. XXIII, note 97) et dont le texte a été publié plusieurs
      fois, notamment par Hay du Chastelet (_Hist. de du Guesclin_, p.
      313 à 315). Le 24 août 1362, à trois heures du soir, le bâtard
      de Bretalh et Bertuquin, capitaines de Compagnies, arrivèrent
      à Montpellier, se logèrent aux Frères Mineurs, et le lendemain
      matin se mirent en route pour la sénéchaussée de Carcassonne. Du
      25 au 31 août, le Navarrais Garciot du Castel, l’Anglais Jean
      Aymeri et le Petit Meschin passèrent aussi devant Montpellier.
      _Thalamus parvus_, p. 361.

      [126] Gard, arr. Uzès, sur la rive droite du Rhône, à 30
      kil. en amont d’Avignon. Le Pont-Saint-Esprit fut pris par
      les Compagnies, non, comme le dit Froissart, après Brignais,
      c’est-à-dire en 1362, mais dans la nuit du dimanche 27 au
      lundi 28 décembre 1360, «aquel an meteys an LX, la nuog dels
      Innocens, fo pres lo luoc de Sant Esprit sus lo Roze per une
      companha d’Anglezes et de fals Franceses...» _Thalamus parvus_,
      p. 357.--Notre chroniqueur a raison de dire que les Compagnies,
      qui infestaient à la fin de 1360 la sénéchaussée de Beaucaire
      et de Nîmes, s’emparèrent par surprise du Pont-Saint-Esprit,
      afin de faire main basse sur un «grant tresor» qu’elles y
      croyaient déposé. Ce grand trésor, c’était le premier versement
      fait par les contribuables des trois sénéchaussées de Toulouse,
      de Carcassonne et de Nîmes sur l’aide levée pour la rançon du
      roi Jean. Mais ce que Froissart semble avoir ignoré, c’est que
      les Compagnies, malgré l’habileté avec laquelle elles avaient
      organisé l’espionnage, firent leur coup de main un ou deux jours
      trop tôt. Les deux commis, chargés par le trésorier de France
      à Nîmes, d’aller au Pont-Saint-Esprit remettre le montant de
      ce versement entre les mains de Jean Souvain, ch{er}, alors
      sénéchal de Beaucaire, qui devait le porter au roi à Paris sous
      bonne escorte, ces deux commis, dis-je, nommés maître Jean de
      Lunel et Jean Gilles, n’arrivèrent à Avignon avec les besaces
      de cuir contenant le produit de l’aide que le 26 décembre. Dès
      le surlendemain, à la nouvelle que le Pont-Saint-Esprit venait
      d’être pris par les Compagnies, et que Jean Souvain avait fait
      une chute mortelle en voulant repousser leur assaut, Jean
      de Lunel et Jean Gilles n’eurent rien de plus pressé que de
      rebrousser chemin et de retourner à Nîmes avec leur argent.
      «Pro expensis factis per magistrum Johannem de Lunello qui una
      cum Johanne Egidii portaverunt (sic) apud Avinionem XXVIe die
      decembris CCCLX, de mandato dicti domini thesaurarii Francie, in
      besaciis corii, Vm IIc mutones, IIm Vc regales veteres, IIm et C
      scuta vetera et M IIIIc regales novos, pro ipsis abinde portandis
      Parisius dicto domino regi per dominum Johannem Silvani, militem,
      tunc senescallum Bellicadri, tunc accedere Parisius debentem pro
      conducenda moneta redempcionis regis que tunc portabatur per
      communitates senescalliarum Tholose et Carcassonne. Et cum fuit
      (Johannes Silvani) in loco Sancti Spiritus, in crastinum locus
      in quo dictus senescallus erat, pro arripiendo iter suum, fuit
      ab Anglicis inimicis regni occupatus. Et opportuit ibi ipsos cum
      dicta moneta remanere cum dicto thesaurario Francie et domino
      Rothomagensi cardinali, per tres dies, donec fuit deliberatum
      quod custodiretur donec itinera essent magis secura. Et reversi
      fuerunt apud Nemausum cum dicta moneta usque ad mensem marcii quo
      fuit missa per personas inferius declaratas dicto domino regi.
      In quo viagio fuerunt per quinque dies cum tribus equitaturis
      et expendiderunt IX francos III grossos.» (_Bibl. Nat._, fonds
      latin, nº 5957, fº 25 vº). Cf. _Grandes Chroniques_, VI, 223;
      _Chronique de Jean le Bel_, II, 274 à 277; _Histoire de Nismes_,
      par Léon Mesnard, II, 220 à 225. _Arch. Nat._, JJ92, nº 80.

A la nouvelle de la prise du Pont-Saint-Esprit[127], beaucoup de
Compagnies, cantonnées en Champagne et en Brie, en Orléanais, dans
le Chartrain, le comté de Blois, l’Anjou, le Maine et la Touraine,
prennent à leur tour le chemin de la vallée du Rhône, envahissent le
Comtat et la Provence[128]. P. 72, 73, 267, 268.

      [127] Dès le 8 janvier 1361, Innocent VI écrit à Louis, évêque
      élu de Valence, de continuer à l’avertir des agissements de la
      Grande Compagnie (Martène, _Thes. Anecdot._, II, 846); le 9, il
      mande auprès de lui don Juan Fernandez de Heredia, châtelain
      d’Amposta et prieur de Saint-Gilles (_Ibid._, 847 et 848); le 10,
      il écrit au gouverneur du Dauphiné et à Philippe de Rouvre, duc
      de Bourgogne, pour les prier d’empêcher les gens des Compagnies
      de traverser leurs terres et les prévenir de la croisade
      prêchée contre ces brigands (_Ibid._, 848, 849) que le pape a
      sommés en vain d’évacuer le Pont-Saint-Esprit «castrum Sancti
      Spiritus, Uticensis diocesis»; le 17, il s’adresse pour la même
      fin au roi de France, au duc de Normandie, au duc de Touraine
      (_Ibid._, 851, 852, 854, 855); le 18, à Jean, comte d’Armagnac,
      et à Gaston, comte de Foix (_Ibid._, 857); le 23, à l’empereur
      Charles IV, roi de Bohême (_Ibid._, 859 à 861), et à Rodolphe,
      duc d’Autriche (_Ibid._, 862 à 864); le 26, à Robert, sire de
      Fiennes, connétable de France, que le roi Jean vient d’envoyer
      avec Arnoul, sire d’Audrehem, maréchal de France, contre les
      Compagnies (_Ibid._, 867); à Pierre, roi d’Aragon (_Ibid._, 868,
      869), et à Amédée, comte de Savoie (_Ibid._, 864, 865). Enfin, le
      28 janvier 1361, Innocent VI charge Pierre Sicard, chanoine de
      Narbonne, de diriger la construction d’une enceinte de remparts
      dont il veut entourer sa cité d’Avignon «super constructione
      mœniorum seu murorum clausuræ civitatis nostræ Avinionensis.»
      _Thes. Anecdot._, II, 869.--Cette enceinte, commencée en 1361 par
      ordre d’Innocent VI, et terminée sous le pontificat d’Urbain V,
      successeur d’Innocent, est celle qui subsiste encore aujourd’hui,
      du moins en partie.

      [128] Dans le courant du mois de février 1361, Innocent VI écrit
      à Louis, évêque élu de Valence, à Amédée, comte de Savoie, à
      l’archevêque de Lyon, à celui de Vienne, à l’évêque de Viviers,
      à Adhémar, comte de Valentinois, pour les prier de s’opposer au
      passage des brigands qui, «de diversis regni Franciæ partibus»,
      s’avancent et viennent rejoindre ceux qui se sont établis au
      Pont-Saint-Esprit. Martène, _Thes. Anecdot._, II, 872 à 874.

Le pape Innocent VI, affamé dans Avignon ainsi que le sacré collége,
prêche la croisade contre ces brigands. Le cardinal d’Ostie[129], mis
à la tête de l’expédition projetée, convoque à Carpentras ceux qui en
veulent faire partie; mais comme on ne donne à ces croisés que des
indulgences, ils retournent bientôt chez eux et quelques-uns vont même
grossir les bandes des Compagnies. P. 73, 74, 268, 269.

      [129] Ce cardinal est le fameux Pierre Bertrandi, cardinal évêque
      d’Ostie. Froissart l’appelle sans doute Pierre du Moustier ou
      du Monestier (Ardèche, arr. Tournon, c. Annonay), parce qu’il
      était seigneur de cette localité ainsi que de Colombier, qui
      s’est appelé depuis lors, en souvenir de ce prélat illustre,
      Colombier-le-Cardinal (Ardèche, arr. Tournon, c. Serrières).
      JJ81, nº 815. Cf. l’abbé de Sade, _Mémoires sur Pétrarque_, III,
      564 et 565.

L’avortement complet de cette croisade oblige le pape[130] à faire
remettre une somme considérable à Jean, marquis de Montferrat, à
charge de prendre à ses gages les gens des Compagnies, maîtres du
Pont-Saint-Esprit, pour les emmener en Italie[131]. Les principaux
chefs de ces bandes se laissent enrôler, sauf Seguin de Badefol
qui tient Anse, et vont faire la guerre à Galéas et à Barnabo,
seigneurs de Milan. Pendant ce temps, Seguin de Badefol s’empare de
Brioude[132] d’où il ravage tout le pays d’Auvergne. Ses gens d’armes
font des excursions jusqu’au Puy, à la Chaise-Dieu[133], à Clermont, à
Montferrant[134], à Chilhac[135], à Riom, à Nonette[136], à Issoire, à
Vodables[137], à Saint-Bonnet-l’Arsis[138] et sur toutes les terres
du comte dauphin[139] alors otage en Angleterre. Après une occupation
de plus d’une année, Seguin de Badefol évacue Brioude[140] moyennant
finance et se retire avec ses trésors en Gascogne, son pays natal.
J’ai ouï dire depuis que cet aventurier eut une fin tout à fait
tragique[141]. P. 74 à 76, 269 à 271.

      [130] Innocent VI entra en négociations avec les brigands du
      Pont-Saint-Esprit dès la première quinzaine de février. Le 13
      de ce mois, il députa Juan Fernandez de Heredia, châtelain
      d’Amposta, prieur de Saint-Gilles de l’ordre de Saint-Jean de
      Jérusalem, le dominicain Eumène Begamon, son pénitencier, et
      Étienne de la Tuile, de l’ordre des Frères Mineurs, bachelier
      en théologie, vers «Waltero, militi et capitaneo gentis
      armigeræ quæ Magna Societas dicitur, et Johanni Scakaik ac
      Ricardo Mussato, Armigero Nigro, ejusdem capitanei marescallis
      et conestabulariis.» Le malheureux pape s’efforce de prendre
      les routiers par la douceur. «Benigne ac placide intelleximus
      qualiter vos, obedientiam vestram nostris beneplacitis et
      mandatis promptius offerentes, contra nos et romanam curiam
      vestrum nullatenus dirigebatis propositum, nec nos et sedem
      apostolicam vel curiam ipsam intendebatis aliqualiter
      perturbare.» Martène, _Thes. Anecdot._, II, 882 et 883.

      [131] Par un bref daté d’Avignon le 8 des ides de juin (6 juin)
      1361, Innocent VI donna quittance générale à son amé fils Juan
      Fernandez de Heredia, à qui Regnault, évêque d’Autun, son
      trésorier, «de mandato nostro super hoc facto eidem oraculo vivæ
      vocis», avait compté de la main à la main 14 500 florins d’or,
      en le chargeant de les remettre à Jean, marquis de Montferrat,
      et «per eumdem marchionem certis gentibus armigeris quæ Magna
      Societas dicebantur.» Martène, _Ibid._, 995.--La peste, qui
      éclata alors à Avignon et qui sévit dans la vallée du Rhône avec
      une intensité effrayante, fut néanmoins la principale cause
      qui détermina les Compagnies à évacuer le Pont-Saint-Esprit
      et à suivre le marquis de Montferrat en Italie (Martène,
      _Thes. Anecdot._, II, 1027; Villani, l. X, cap. XLVI). A la
      Voulte-sur-Rhône (Ardèche, arr. Privas), «la mortalité a esté si
      grande que _de dix l’un n’est eschappé_.» _Arch. Nat._, JJ95, nº
      161.

      [132] Seguin de Badefol s’empara de Brioude le 13 septembre
      1363, de grand matin: «Item a XIII de setembre (1363), davan
      matinas, lo dig mossen Segui de Badafol pres lo luoc de Brieude
      en Alvernhe, e lo tenc ben entorn x meses e plus.» _Thalamus
      parvus_, p. 363.--La prise de Brioude est par conséquent
      antérieure de plus d’un an à celle d’Anse, d’où il suit que
      Froissart, en racontant ces deux faits, a interverti complétement
      l’ordre chronologique. Le témoignage de l’auteur de la chronique
      romane de Montpellier est confirmé par une lettre de rémission
      accordée en juin 1366 à Jean Baille, sergent royal au bailliage
      d’Auvergne, «comme, _environ trois anz a_, la ville de Briode
      eust esté prise par les ennemis de nostre royaume _et ycelle
      eussent tenu l’espace d’un an ou environ_, en laquelle ville
      le dit Jehan, sa femme et enfanz demouroient, et à la prinse
      d’icelle ville fu le dit Jehan pris par les diz ennemis et mis à
      grant raençon.» _Arch. Nat._, JJ97, 107.--Dans une autre lettre
      de rémission octroyée en mai 1365 à Bertrand Basteir, marchand
      de Brioude, il est fait mention de «la prise de la dicte ville
      de Brioude faicte nagueires par Seguin de Baldefol et ses aliez,
      ennemis de nostre royaume.» JJ98, nº 279. Cf. sect. judic.,
      X1a20, fº 47.--Peu après la prise de Brioude, Arnoul d’Audrehem,
      lieutenant en Languedoc, par un mandement daté de Nîmes le
      13 octobre 1363, poussait la faiblesse jusqu’à autoriser les
      habitants du Velai à s’imposer une aide extraordinaire pour payer
      rançon à Seguin de Badefol à la suite d’un pactis récemment
      conclu «cum ipso et ejus tirannida Societate.» _Bibl. Nat._,
      ms. lat., nº 10 002, fº 32 vº.--Par acte passé à Clermont le 21
      mai 1364, les trois États d’Auvergne et le gouverneur du duché
      pour le duc de Berry, alors otage en Angleterre, rachetèrent
      Brioude ainsi que Varennes (auj. Varennes-Saint-Honorat, arr. le
      Puy, c. Allègre) des mains de Seguin de Badefol. _Archives des
      Basses-Pyrénées_, arm. Albret, invent. C, chap. iii.

      [133] Haute-Loire, arr. Brioude.

      [134] Aujourd’hui section de Clermont-Ferrand.

      [135] Haute-Loire, arr. Brioude, c. Lavoûte-Chilhac. Dans notre
      texte (p. 76, l. 4), on a imprimé, par erreur: Tillath. Lisez:
      Cillach.

      [136] Puy-de-Dôme, arr. Issoire, c. Saint-Germain-Lembron.

      [137] Puy-de-Dôme, arr. et c. Issoire.

      [138] Saint-Bonnet-l’Arsis nous est inconnu. Le contexte ne nous
      permet pas de voir là deux localités distinctes, par exemple
      Saint-Bonnet et Lastic, suivant la leçon de quelques éditeurs;
      car, dans ce cas, Larsis ou l’Arsis devrait être précédé, comme
      les autres noms de lieu, de la préposition à. Peut-être _l’Arsis_
      ou _le Brûlé_ est-il un ancien surnom de Saint-Bonnet-le-Château
      (Loire, arr. Montbrison), par opposition à Saint-Bonnet-le-Froid
      (Haute-Loire, arr. Yssingeaux, c. Montfaucon). Le voisinage
      de ces deux localités donne au moins quelque vraisemblance à
      cette hypothèse. Seguin de Badefol pilla aussi l’hôtel-Dieu de
      Montbrison (_Arch. Nat._, sect. adm., P1409³, nº 1394).

      [139] Béraud 1er, comte de Clermont et dauphin d’Auvergne, marié
      à Marie de Villemur, fut en effet l’un des otages du traité
      de Brétigny (Rymer, III, 515). Les domaines du comte Dauphin
      s’étendaient entre Clermont et Brioude.

      [140] S’il fallait en croire un curieux et charmant récit d’un
      ancien chef de Compagnie nommé le Bascot de Mauléon, rapporté par
      Froissart, après le départ pour Anse de Seguin de Badefol, Louis
      Roubaut, de Nice, lieutenant de Seguin, aurait occupé Brioude,
      à la place de son maître. Un autre routier nommé Limousin
      aurait obtenu les faveurs d’une maîtresse, «une trop belle
      femme», que Roubaut, pendant un voyage à Anse, avait laissée à
      Brioude. Informé du fait, Roubaut, pour se venger, aurait chassé
      ignominieusement Limousin, après l’avoir fait «mener et courir
      tout nud en ses braies parmi la ville.» Limousin se serait vengé
      à son tour en faisant tomber Roubaut dans une embuscade où le
      bandit niçois fut taillé en pièces et pris par le seigneur de
      la Voulte et les habitants du Puy (Froissart de Buchon, II,
      411 à 413), à la Batterie (auj. hameau de Graix, Loire, arr.
      Saint-Étienne, c. Bourg-Argental), entre Annonay et Saint-Julien.
      Cet engagement, où Louis Roubaut fut battu et fait prisonnier, se
      livra le vendredi 2 mai 1365. _Thalamus parvus_, p. 368.

      [141] Lorsque Seguin évacua Brioude en vertu d’une convention
      conclue à Clermont le 21 mai 1364, il ne se retira pas
      immédiatement en Gascogne; mais, dans les premiers jours du mois
      de novembre de cette année, il s’empara d’Anse, comme nous avons
      déjà eu lieu de le dire plus haut. Après huit mois d’occupation,
      dans le courant de juillet 1365, il s’engagea, envers le pape
      Urbain V, à rendre cette forteresse aux chanoines de Saint-Jean,
      comtes de Lyon, qui en étaient seigneurs, moyennant l’absolution
      et une somme de 40 000 petits florins, ou 32 000 francs, dont une
      moitié devait être payée à Anse dans les premiers jours d’août,
      et l’autre moitié à Rodez au terme de Noël suivant. Seguin
      s’engageait, en outre, à faire sortir ses compagnons du royaume,
      et consentait, en garantie de l’exécution de cette clause, à
      livrer messire Seguin son père et ses frères comme otages à
      Avignon. Le pape, de son côté, promettait de donner l’absolution
      aux compagnons de Seguin de Badefol, au cas où ceux-ci voudraient
      aller au voyage d’outre-mer «avec les autres qui y doivent aler
      en la compaignie de l’Archiprestre.» A cette occasion, les
      consuls de Lyon prêtèrent 4000 florins au chapitre de Saint-Jean,
      et fournirent en outre les otages, qui furent envoyés à Avignon
      jusqu’à l’entier acquittement des 20 000 florins restants. Le
      roi Charles V vint aussi au secours des comtes de Lyon; il
      leur fit don d’une somme de 12 000 francs, pour le payement de
      laquelle on leva 3 gros par feu sur les habitants du Lyonnais et
      du Gévaudan (_Arch. Nat._, K49, nº 5), et un franc et un florin
      par feu sur ceux de l’Auvergne (_Bibl. Nat._, Quittances, XV,
      192). Le chapitre de Saint-Jean reprit possession du château
      d’Anse dès le mois d’août, puisqu’on le voit nommer, le 30 de
      ce mois, Guillaume de Chalamont, chevalier, capitaine de ce
      château, aux gages annuels de 400 écus d’or (_Arch. du Rhône_,
      arm. Énoch, vol. 20, nº 26; Allut, _les Routiers_, p. 155 à 170).
      Toutefois, au mois de novembre 1365, Seguin de Badefol était
      encore à Anse, ou du moins il était supposé y être, car il figure
      parmi les routiers à qui Bertrand du Guesclin fit porter, le 20
      de ce mois, une lettre où il les invitait à vider le pays et à
      le suivre (_Archives de la Côte-d’Or_, fonds de la Chambre des
      Comptes de Bourgogne, B1423). Quoi qu’il en soit, du Guesclin
      réussit à entraîner Seguin. Seulement, ce routier voulut,
      chemin faisant, rendre visite au roi de Navarre à l’instigation
      duquel il avait naguère saccagé le royaume, et mal lui en prit.
      Charles le Mauvais, à qui Seguin réclamait un arriéré de solde,
      trouva plus simple de l’empoisonner que de le payer. Telle est
      la fin tragique à laquelle Froissart fait allusion, et qu’il
      faut rapporter aux derniers jours du mois de décembre 1365:
      «Item, en lo dich mes de dezembre (1365), lo sobredich Segui de
      Badafol mori à Pampalona (Pampelune, en Navarre) per lo fuoc de
      Sant Anthoni.» _Thalamus parvus_, p. 370. Cf. Martène, _Thes.
      Anecdot._, I, 1576, et Secousse, _Preuves de l’histoire de
      Charles le Mauvais_, p. 381 et 411.




CHAPITRE LXXXVI.

  1361. MORT DU DUC DE LANCASTRE.--MORT DU DUC DE BOURGOGNE ET
    PARTAGE DE SA SUCCESSION.--1362. MORT DU PAPE INNOCENT VI ET
    ÉLECTION D’URBAIN V.--VOYAGE ET SÉJOUR DU ROI JEAN A LA COUR
    D’AVIGNON.--CRÉATION DE LA PRINCIPAUTÉ D’AQUITAINE EN FAVEUR DU
    PRINCE DE GALLES ET ARRIVÉE D’ÉDOUARD DANS SA NOUVELLE PRINCIPAUTÉ
    (§§ 499 à 502).


Mort de Henri, duc de Lancastre[142]. Ce duc laisse deux filles,
l’aînée, Mathilde, mariée au comte Guillaume de Hainaut, et la jeune
Blanche, à Jean, comte de Richmond, fils d’Édouard III, qui devient duc
de Lancastre du chef de sa femme.--Mort de Philippe, dit de Rouvre,
duc de Bourgogne[143], marié à la jeune Marguerite, fille de Louis,
comte de Flandre. Marguerite[144], mère du comte de Flandre, succède à
Philippe, son petit neveu, dans la possession des comtés d’Artois et
de Bourgogne. Jean de Boulogne a pour sa part les comtés d’Auvergne et
de Boulogne[145]. Enfin, Jean, roi de France, hérite à titre de plus
proche parent[146], du duché de Bourgogne, au grand déplaisir du roi de
Navarre[147] qui prétend avoir des droits sur cette succession ainsi
que sur la Champagne et la Brie. P. 76, 77, 271 et 272.

      [142] Un mandement d’Édouard III, en date du 16 avril 1361
      (_Rymer_, III, 614), est adressé à Henri, duc de Lancastre.
      Cependant Knyghton, chanoine de Leicester (_apud Twysden_, II,
      2625) dit que Henri de Derby mourut dans le carême qui suivit
      le traité de Brétigny, c’est-à-dire au plus tard dans les
      vingt-et-un premiers jours de mars 1361. Le duc de Lancastre fut
      enterré près de la porte septentrionale de l’église collégiale
      de Leicester, qu’il avait fondée à côté d’un hôpital destiné à
      recevoir cent pauvres malades.

      [143] Philippe, dit de Rouvre, mourut le 21 novembre 1361, cinq
      mois à peine après son mariage avec Marguerite de Flandre,
      accompli le 1er juillet précédent, alors que Marguerite n’avait
      pas encore atteint sa douzième année.

      [144] Marguerite de France, mariée le 2 juin 1320 à Louis II,
      comte de Flandre, mère de Louis III, dit de Male, et grand’mère
      de Marguerite de Flandre, était la seconde fille de Philippe
      le Long et de Jeanne, comtesse de Bourgogne et d’Artois.
      Cette princesse, sœur de Jeanne de France, mariée à Eudes IV,
      recueillit les comtés de Bourgogne et d’Artois du chef de sa mère
      Jeanne, bisaïeule de Philippe de Rouvre.

      [145] Jeanne de Boulogne, fille de Guillaume, comte d’Auvergne
      et de Boulogne et de Marguerite d’Évreux, mariée en premières
      noces à Philippe de Bourgogne, dont elle eut Philippe de Rouvre,
      remariée le 19 février 1349 à Jean, roi de France, mourut à
      Argilly le même jour que son fils, c’est-à-dire le 21 novembre
      1361. Jean d’Auvergne ou de Boulogne, qui, par suite de ce double
      décès, entra en possession des comtés de Boulogne et d’Auvergne,
      était, ainsi que le cardinal Gui de Boulogne, l’oncle de Jeanne
      du côté paternel. Jean et Gui étaient les fils de Robert VII,
      comte d’Auvergne et de Boulogne, et de sa seconde femme, Marie de
      Flandre, tandis que Guillaume, père de Jeanne de Boulogne, était
      le fils de ce même Robert VII et de sa première femme, Blanche de
      Clermont. Anselme, _Hist. généal._, VIII, 56 et 57.

      [146] Le roi Jean, fils de Jeanne de Bourgogne, sœur d’Eudes
      IV, grand-père de Philippe de Rouvre, était par conséquent le
      neveu d’Eudes IV, le cousin germain du fils d’Eudes, Philippe
      de Bourgogne, tué au siége d’Aiguillon le 22 septembre 1346, et
      l’oncle à la mode de Bretagne de Philippe de Rouvre, fils de
      Philippe de Bourgogne.

      [147] Charles II, roi de Navarre, dit le Mauvais, petit-fils
      par sa mère de Marguerite de Bourgogne, première femme de Louis
      le Hutin et sœur d’Eudes IV, était seulement le cousin issu
      de germain du dernier duc de Bourgogne. Pour couper court à
      ces prétentions de son gendre, le roi Jean, par une ordonnance
      rendue au Louvre lez Paris au mois de novembre 1361, réunit
      perpétuellement à la Couronne: 1º le duché de Bourgogne, 2º
      les comtés de Champagne et de Brie, 3º le comté de Toulouse.
      _Ordonn._, IV, 212 et suiv.

Le roi de France entreprend de visiter son nouveau duché[148]
et d’aller voir le pape à Avignon; il part de Paris vers la
Saint-Jean-Baptiste 1362[149], après avoir nommé Charles son fils
aîné régent pendant son absence, et arrive à Avignon aux approches
de Noël suivant[150]. Innocent VI meurt sur ces entrefaites[151].
Les cardinaux de Boulogne et de Périgord se disputent les voix du
conclave. Ne pouvant réunir la majorité, parce qu’ils se tiennent en
échec l’un l’autre, ils prennent le parti de faire élire un simple
moine, abbé de Saint-Victor de Marseille, qui devient pape sous le nom
d’Urbain V[152]. Informé que Pierre de Lusignan, roi de Chypre, doit
venir bientôt à Avignon, Jean passe l’hiver à Villeneuve et dans ses
villes du midi, en attendant l’arrivée du vainqueur des Sarrasins, du
conquérant de Satalie[153]. P. 77 à 79, 272 à 274.

      [148] Le voyage du roi Jean en Bourgogne pour prendre possession
      de son nouveau duché, n’a rien de commun, quoi qu’en dise
      Froissart, avec le voyage à Avignon. Le voyage en Bourgogne eut
      lieu en décembre 1361 et janvier 1362, tandis que le voyage à
      Avignon ne se fit, comme nous le montrerons plus loin, qu’aux
      mois d’octobre et de novembre de cette même année 1362. Voici
      les principales étapes du voyage en Bourgogne. 1361, 5 décembre:
      départ du bois de Vincennes (_Gr. Chron._, VI, 225); du 5 au 9
      décembre: passage à Moret (JJ91, nº 30), à Sens (JJ91, nº 31), à
      Villeneuve-le-Roi (JJ119, nº 415), à Saint-Florentin (JJ91, nº
      100), à Auxerre (JJ91, nº 230), à Tonnerre (JJ91, nº 33). Jean
      arriva à Dijon le 10 décembre et confirma le jour même de son
      arrivée le traité conclu à Guillon le 10 mars 1360 (dom Plancher,
      _Hist. de Bourg._, t. II, Preuves, p. CCLXXII à CCLXXVI). C’est
      encore à Dijon que ce prince confirma, le 23 décembre suivant,
      les libertés et franchises des habitants de cette ville (JJ91,
      nº 44). 1362 (n. st.), 2 janvier, à Talant (JJ91, nºs 46, 56,
      57, 98); 7 janvier, à Rouvre (dom Plancher, II, Preuves, CCLXVI
      et CCCLXVII); 16 janvier, à Cîteaux (_Ibid._, CCCLXVII et
      CCCLXVIII); 20 et 25 janvier, à Beaune (JJ91, nºs 103 à 106:
      JJ93, nº 69); février, à Arnay-le-Duc (JJ91, nºs 69 à 71). Le
      roi Jean, après avoir passé par Châtillon-sur-Seine (JJ91, nº
      68) et Troyes (JJ91, nºs 84 et 85) pendant la première quinzaine
      de février, était de retour au bois de Vincennes le 17 février
      (JJ91, nº 221).

      [149] Froissart commet ici, comme l’a déjà fait remarquer dom
      Vaissète (_Hist. du Languedoc_, IV, 572), une grave erreur de
      date. Le roi Jean ne partit point de Paris vers le 24 juin; il
      était encore dans cette ville non à la fin, comme le dit dom
      Vaissète, mais dans les premiers jours de septembre (JJ91, nºs
      368, 370), au manoir de Tourvoye, près Provins (K179, liasse
      21, nº 4); à Torcenay (K179, liasse 28, nº 2128); à Troyes le
      30 septembre et dans les premiers jours d’octobre (P1377², nº
      2891. JJ119, nº 219. JJ93, nºs 1 à 12); à Châtillon-sur-Seine
      (JJ93, nºs 13 et 14); à Villaines-en-Duesmois (JJ93, nº 15), à
      Beaune (JJ93, nºs 18 à 20, 37, 38), à Chalon (JJ93, nºs 21, 35,
      36, 39, 40, 41, 43, 51, 54 à 56) en octobre; à Tournus, le 22
      octobre (JJ93, nº 69); à Mâcon (_Ordonn._, III, 594, 595, 599)
      dans les derniers jours d’octobre. Le roi de France n’arriva à
      Villeneuve-lez-Avignon que dans les premiers jours de novembre
      (_Ordonn._, III, 600).

      [150] La fête de Noël se célèbre le 25 décembre. On a vu par la
      note précédente que Jean arriva à Villeneuve-lez-Avignon dans les
      premiers jours de novembre. Par conséquent, Froissart place près
      de deux mois trop tard l’arrivée du roi de France à Avignon ou du
      moins à Villeneuve-lez-Avignon.

      [151] Etienne Aubert, né à Mont près Pompadour au diocèse de
      Limoges, élu pape, sous le nom d’Innocent VI, le 18 décembre
      1352, mourut à Avignon le lundi 12 septembre 1362, après un
      pontificat de 9 ans 8 mois 26 jours depuis son couronnement.
      Froissart place la mort de ce pape après l’arrivée du roi Jean à
      Avignon, tandis qu’elle eut lieu près de deux mois auparavant.

      [152] Le 22 septembre 1362, dix jours après les funérailles
      d’Innocent VI, les cardinaux présents à Avignon entrèrent au
      conclave au nombre de vingt, y compris Androuin de la Roche
      arrivé dans la capitale du Comtat alors qu’Innocent était à
      l’agonie. Par suite de la lutte qui s’établit entre les cardinaux
      de Boulogne et de Périgord, les membres du sacré collége furent
      plus d’un mois dans le conclave avant de convenir d’un pape. Ils
      ne parvinrent à se mettre d’accord qu’en portant leur choix sur
      quelqu’un qui n’était pas leur collègue, Guillaume Grimoard, abbé
      de Saint-Victor de Marseille, qui fut élu pape le 28 octobre,
      quelques jours seulement avant l’arrivée du roi Jean à Avignon.
      Guillaume, né au château de Grizac (alors paroisse de Bédouès,
      aujourd’hui commune de Pont-de-Montvert, Lozère, arr. Florac),
      au diocèse de Mende, successivement professeur de droit canon à
      l’université de Montpellier, abbé de Saint-Germain d’Auxerre,
      puis en 1358 de Saint-Victor de Marseille, légat en Italie au
      moment de son élection, entra secrètement à Avignon le 30 octobre
      et fut sacré évêque et couronné pape le dimanche 6 novembre sous
      le nom d’Urbain V. D’après Raynaldi, le roi Jean ne serait allé
      visiter le nouveau pape et n’aurait fait son entrée à Avignon que
      le 20 novembre 1362.

      [153] Aujourd’hui Satalieh, Turquie d’Asie, province d’Anatolie,
      sur la Méditerranée, à l’entrée du golfe du même nom. C’est
      l’ancienne Attalie qui tirait son nom d’Attale son fondateur.
      D’après les _Grandes Chroniques_ (VI, 225), Satalie fut prise par
      Pierre Ier, roi de Chypre, le jeudi 1er juillet 1361.

Édouard III crée Édouard, prince de Galles, son fils aîné, prince
d’Aquitaine[154]; Lionel, son second fils, naguère comte d’Ulster,
duc de Clarence; Jean, son troisième fils, auparavant comte de
Richmond, duc de Lancastre[155]; et il demande pour son quatrième
fils Aymon, comte de Cambridge, la main[156] de Marguerite, fille
du comte de Flandre et veuve de Philippe de Rouvre.--Mort d’Isabelle
de France[157], fille de Philippe le Bel et mère d’Édouard III.
Après avoir assisté aux obsèques de sa grand’mère, Édouard, prince
d’Aquitaine et de Galles, qui vient de se marier à Jeanne de Kent,
veuve de Thomas de Holland[158], quitte l’Angleterre et fait voile vers
le continent[159] où il se rend pour prendre possession de sa nouvelle
principauté; il débarque à la Rochelle et y reste quatre jours. P. 79 à
81, 274, 275.

      [154] Édouard, prince de Galles, fut créé prince d’Aquitaine le
      19 juillet 1362. Rymer, III, 668, 669.

      [155] Jean, dit de Gand, à cause du lieu de sa naissance, était
      marié à Blanche, la seconde fille de Henri de Derby, duc de
      Lancastre.

      [156] Ces négociations furent entamées peu après la mort de
      Philippe de Rouvre, premier mari de Marguerite de Flandre, dès
      le commencement de l’année 1362. Par acte daté de son château de
      Windsor le 8 février de cette année, Édouard III donna pleins
      pouvoirs à l’évêque de Wincester, au comte de Suffolk, etc., pour
      négocier cette affaire auprès de son très-cher cousin le comte de
      Flandre. Rymer, III, 636.

      [157] Froissart s’est trompé de quatre ans sur la date de cet
      événement. Cette princesse mourut en novembre 1358, avant le 20
      de ce mois. Rymer, III, 411.

      [158] Froissart n’a mentionné ce mariage, contracté malgré
      l’opposition du pape et d’Édouard III et qui fut l’une des causes
      du départ du prince de Galles pour l’Aquitaine, Froissart,
      dis-je, n’a mentionné ce mariage à sa date que dans la seconde
      rédaction représentée par le manuscrit d’Amiens. Voyez p. 274.

      [159] Le 29 août 1362, Édouard III autorisa son très-cher fils,
      le prince d’Aquitaine et de Galles, qui avait contracté des
      dettes à l’occasion de son départ pour l’Aquitaine, à faire son
      testament afin de donner des gages et une hypothèque, le cas
      échéant, à ses créanciers, «cum in obsequium nostrum ad partes
      _Vasconiæ profecturus est_.» Rymer, III, 676.

Jean Chandos, gouverneur d’Aquitaine pour le roi d’Angleterre, va de
Niort où il réside à la Rochelle au-devant du prince; il l’accompagne
à Poitiers où tous les feudataires de Poitou[160] et de Saintonge
viennent rendre hommage à leur nouveau suzerain. Le prince d’Aquitaine
se dirige ensuite vers Bordeaux. Il fait en compagnie de la princesse
un long séjour dans cette ville et y reçoit le serment des seigneurs
de Gascogne[161]. Grâce à sa médiation, la paix est conclue[162]
entre les comtes de Foix et d’Armagnac qui sont depuis longtemps en
guerre. Il fait Jean Chandos connétable, et Guichard d’Angle maréchal,
d’Aquitaine. Il distribue les meilleurs offices de la principauté aux
chevaliers de son entourage et à des Anglais, au grand mécontentement
des gens du pays. P. 81, 82, 275 à 277.

      [160] Les feudataires de Poitou prêtèrent serment de foi et
      hommage à Édouard, prince d’Aquitaine et de Galles, au château
      de Benon, le 1er septembre 1363; à Niort, le 3 septembre; au
      monastère de Saint-Maixent, le 6; en l’église cathédrale de
      Saint-Pierre de Poitiers, le 13; en l’église des Frères Mineurs
      de la même ville, le 14; en la chambre du prince d’Aquitaine,
      à Poitiers, le 23; au palais de Poitiers, le 29 de ce mois
      (Delpit, _Documents français en Angleterre_, p. 108 à 114). Les
      feudataires de Saintonge avaient prêté serment du 23 au 29 août
      précédent (_Ibid._, p. 106 à 107), ceux d’Angoumois, du 18 au 21
      août (_Ibid._, p. 104 à 106), ceux de Périgord, de Quercy et de
      Rouergue, à Bergerac, à Sainte-Foy et en l’église Saint-Front de
      Périgueux, du 4 au 15 août (_Ibid._, p. 100 à 104).

      [161] C’est du 9 au 30 juillet 1363, avant de se rendre en
      Poitou, qu’Édouard, prince d’Aquitaine et de Galles, duc de
      Cornouaille et comte de Chester, reçut le serment des feudataires
      de Gascogne, soit dans l’église cathédrale de Saint-André, soit
      dans le palais de l’archevêque de Bordeaux. Delpit, _Documents
      français_, p. 86 à 100.

      [162] Cette paix fut conclue en l’église Saint-Volusien de Foix
      le 14 avril 1363 à la suite de la victoire remportée par le comte
      de Foix à Launac le 5 décembre précédent (dom Vaissète, _Hist.
      de Languedoc_, IV, _Preuves_, 281 à 284); mais le roi Jean et
      le pape Urbain V eurent beaucoup plus de part que le prince
      d’Aquitaine à la réconciliation des deux comtes.




CHAPITRE LXXXVII.

  1363. ARRIVÉE ET SÉJOUR DE PIERRE 1er, ROI DE CHYPRE, A
    AVIGNON.--PROJET DE CROISADE.--TRAITÉ CONCLU ENTRE ÉDOUARD III ET
    LES QUATRE OTAGES DES FLEURS DE LIS.--VOYAGES DU ROI DE CHYPRE A
    PARIS, EN NORMANDIE ET EN ANGLETERRE.--1364. RETOUR DE JEAN II A
    LONDRES.--VOYAGE DE PIERRE 1er EN AQUITAINE.--MORT DU ROI DE FRANCE
    A LONDRES ET AVÉNEMENT DE CHARLES V (§§ 503 à 510).


Arrivée de Pierre Ier, roi de Chypre, à Avignon[163]. Les rois de
France et de Chypre prennent la croix[164] à l’instigation d’Urbain V.
P. 82 à 84, 277 et 278.

      [163] Pierre Ier, roi de Chypre, fit son entrée à Avignon le
      mercredi saint 29 mars 1363. Baluz., _Vitæ pap. Aven._, I, 401,
      983.

      [164] Les rois de France et de Chypre et un troisième roi dont
      Froissart ne parle pas, Valdemar III, roi de Danemark, prirent
      la croix le vendredi saint, 31 mars 1363, le surlendemain de
      l’arrivée du roi de Chypre. Valdemar III était arrivé à Avignon
      le 26 février, un mois environ avant Pierre Ier: «Die vigesima
      sexta februarii, rex Daciæ intravit curiam (Avenionis), qua de
      causa ignoratur.» Baluz., _Vitæ pap. Aven._, I, 401.

Après Pâques 1363, départ d’Avignon des rois de Chypre[165] et de
France[166]. Voyages de Pierre Ier à Prague[167] auprès de l’empereur
Charles IV, roi de Bohême, en Allemagne, dans le duché de Juliers, en
Brabant, en Flandre où il rencontre à Bruges le roi de Danemark qui a
quitté son royaume pour le venir voir, en Hainaut. Le roi de Chypre
s’efforce de recruter dans tous ces pays des adhérents à la croisade
projetée. P. 84 à 86, 278 à 280.

      [165] Pierre Ier partit d’Avignon le mercredi 31 mai 1363
      (_Ibid._, I, 401).

      [166] Le roi Jean, après avoir fait ses adieux au Saint-Père
      le 9 mai (_Ibid._, I, 401), quitta Villeneuve-lez-Avignon pour
      retourner en France, entre le 15 et le 17 mai 1363 (_Bibl. Nat._,
      ms. lat. nº 10002, fºs 53, 55 vº et 56). Voici les principales
      étapes de son retour: à Bagnols-du-Gard, le 17 mai (ms. lat. nº
      10002, fºs 55 vº et 56); au Pont-Saint-Esprit (JJ93, nº 242), à
      Romans (X2a7, fºs 191 vº et 196 vº), entre le 17 et le 28 mai;
      à Lyon, le 28 (P1360¹, nº 797) et le 31 mai (ms. lat. nº 10002,
      fº 17 vº). Pierre Ier, parti d’Avignon le 31 mai, alla rejoindre
      le roi de France à Lyon. Après quoi, Jean se remit en route vers
      Paris. Il était à Chalon le 7 juin (ms. lat. nº 10002, fº 1),
      à Beaune entre le 7 et le 27 juin (JJ93, nºs 263, 279 à 281),
      à Talant-sur-Dijon le 27 juin, où il nomma son plus jeune fils
      Philippe, duc de Touraine, son lieutenant en Bourgogne (JJ95, nº
      43), à Troyes (JJ91, nºs 483, 489; JJ95, nº 140), puis à Provins
      (JJ91, nº 485), dans les premiers jours de juillet, et il arriva
      à Paris dans la première quinzaine de ce mois (JJ91, nºs 486 à
      488, 490). Le 23 juillet, il tint cour plénière à la Noble Maison
      de Saint-Ouen (K48, nº 33).

      [167] Il est invraisemblable et à peu près impossible que Pierre
      Ier, roi de Chypre, ait fait alors ce voyage à Prague dont parle
      Froissart, quoique la version du brillant chroniqueur ait été
      adoptée par le dernier et savant historien de Chypre, M. de
      Mas-Latrie (_Hist. de Chypre_, II, 240, en note). Parti, comme
      nous venons de le voir, d’Avignon le 31 mai 1363, Pierre Ier
      était en Normandie à la fin d’août, à Rouen et à Caen, où le
      dauphin Charles fêtait sa venue, au commencement de septembre
      de la même année (_Contin. chron. G. de Nangiaco_, II, 330 et
      331; _Chronique des quatre premiers Valois_, 128). On admettra
      difficilement que deux mois et demi aient pu suffire au roi
      de Chypre pour se rendre d’Avignon en Bohême et pour revenir
      en Normandie après avoir parcouru l’Allemagne, le duché de
      Juliers, le Brabant et le Hainaut. D’ailleurs, deux chroniqueurs,
      d’ordinaire plus exacts que Froissart, Jean de Venette et
      l’auteur de la _Chronique des Valois_, affirment que Pierre Ier,
      après son départ d’Avignon, accompagna le roi Jean en France:
      «Et, istis sic ordinatis, reversus est ad Franciam indilate
      (Johannes, rex Franciæ), _et rex Cypri similiter venit illuc_.»
      _Contin. G. de Nangiaco_, II, 330.

Traité conclu entre Édouard III et les quatre ducs d’Orléans, d’Anjou,
de Berry et de Bourbon, otages en Angleterre[168]. Édouard s’engage à
mettre en liberté ces quatre otages sous certaines conditions; et, en
attendant que ces conditions soient remplies, les ducs sont internés
à Calais[169]. L’embarras des finances vient se joindre au projet de
croisade pour faire traîner en longueur les négociations relatives à ce
traité, au grand mécontentement du duc d’Anjou. D’un autre côté, le roi
de Navarre se prépare à recommencer les hostilités et prend à sa solde
les Compagnies qui reviennent de Lombardie, pour faire la guerre au
royaume[170]. P. 86, 87, 280, 281.

      [168] Aux termes de ce traité, conclu à Londres en novembre 1362,
      Édouard III s’engageait à mettre en liberté les quatre ducs
      d’Orléans, d’Anjou, de Berry et de Bourbon, appelés les quatre
      princes des Fleurs de Lis, moyennant le prix de 200 000 florins
      et la cession de la terre de Belleville et du comté de Gaure.
      En outre, le duc d’Orléans devait donner en gage au roi anglais
      les châteaux de Chizé, de Melle, de Civray et de Villeneuve,
      sis en Poitou et Saintonge, ainsi que le château de Beaurain
      situé en Pontieu. Il était convenu aussi que la Roche-sur-Yon,
      Dun-le-Roi et Ainay lez Dun-le-Roi (auj. Ainay-le-Vieil) seraient
      livrés à Édouard en échange de la mise en liberté des comtes de
      Braisne, de Grantpré, des seigneurs de Montmorency, de Clères, de
      Hangest et d’Andrezel (Rymer, III, 681, 682). Par acte daté de
      Villeneuve-lez-Avignon, le 26 janvier 1363, le roi Jean confirma
      le traité conclu entre son frère, ses deux fils, le duc de
      Bourbon et Édouard III, au mois de novembre précédent. Il pria
      seulement le roi anglais de vouloir bien mettre en liberté Pierre
      d’Alençon, le comte dauphin d’Auvergne et le seigneur de Coucy
      au lieu et place du comte de Grantpré, des seigneurs de Clères
      et d’Andrezel (Rymer, III, 685); mais Édouard ne voulut pas
      consentir à cette modification.

      [169] Par acte daté du 15 mai 1363, Philippe, duc d’Orléans,
      comte de Valois et de Beaumont, Louis, duc d’Anjou et comte du
      Maine, Jean, duc de Berry et d’Auvergne, Louis, duc de Bourbon
      et comte de Clermont, auxquels Édouard III avait permis de
      venir et de résider à Calais jusqu’à l’entier accomplissement
      des conditions stipulées dans le traité qui devait assurer leur
      mise en liberté, promirent de retourner otages en Angleterre, si
      une entente définitive ne parvenait pas à s’établir au sujet de
      l’exécution de ce traité (Rymer, III, 700). Vers la mi-mai 1363,
      une nef d’Abbeville transporta de Londres à Calais les garnisons
      de salle, de chambre, les harnais de joute, les lévriers et
      chiens, ainsi que les seize domestiques, clercs et valets de
      Philippe, duc d’Orléans (Rymer, III, 699).

      [170] Sur les préparatifs de guerre et les menées hostiles du roi
      de Navarre en 1363, voyez notre _Histoire de du Guesclin_, p. 409
      à 414.

Au retour de son voyage en Allemagne, le roi de Chypre va voir le roi
de France à Paris[171], le dauphin duc de Normandie à Rouen[172] et
le roi de Navarre à Cherbourg[173]; il essaye en vain de réconcilier
les enfants de Navarre avec le roi Jean et le dauphin Charles. De
Cherbourg, Pierre Ier revient à Caen, passe par Pont-de-l’Arche,
Abbeville, Rue, Montreuil et arrive à Calais où il ne trouve que les
ducs d’Orléans, de Berry et de Bourbon, car le duc d’Anjou a rompu son
otagerie et est retourné en France[174]. P. 87 à 89, 281 à 283.

      [171] Aucun acte ne constate la présence du roi Jean à Paris
      depuis la seconde quinzaine d’août 1363 jusqu’au départ de ce
      prince pour l’Angleterre. Par conséquent, les deux rois de France
      et de Chypre n’ont pu se trouver ensemble dans cette ville qu’à
      la fin de juillet ou pendant la première quinzaine d’août de
      cette année.

      [172] Jean de Venette rapporte ce voyage du roi de Chypre à Rouen
      au mois de septembre 1363: «Et ivit dominus rex Cypri usque
      Rothomagum atque Cadomum, ubi fuit _in mense septembri hujus
      anni_ (1363) receptus solemniter per ducem Normaniæ, scilicet
      dominum Karolum, primogenitum regis Franciæ, et per nobiles
      et burgenses.» (_Contin. chron. G. de Nangiaco_, II, 330 et
      331.)--L’itinéraire du dauphin Charles s’accorde parfaitement
      avec la version du second continuateur de Nangis: ce prince fit
      sa résidence principale, pour ne pas dire unique, à Rouen, entre
      le 13 août et le 11 septembre 1363 (JJ92, nºs 298, 299, 237,
      238, 290, 239 à 241, 305). L’auteur de la _Chronique des quatre
      premiers Valois_ (p. 128) dit en effet que le roi de Chypre passa
      bien un mois avec le duc de Normandie.

      [173] Ce voyage de Pierre Ier à Cherbourg est d’autant plus
      douteux, que l’auteur de la _Chronique des Valois_, loin de le
      mentionner, raconte que le roi de Chypre, après avoir résidé
      à Rouen, alla voir le duc de Bretagne. D’ailleurs, Charles le
      Mauvais ne mit pas le pied à Cherbourg ni en Normandie dans le
      courant de 1363; il passa toute cette année dans son royaume de
      Navarre. De plus, Philippe de Navarre, frère de Charles et son
      lieutenant en Normandie, ne nourrissait alors aucun sentiment
      hostile contre le royaume; il était en si bons termes avec le roi
      Jean que celui-ci venait de le mettre à la tête de la croisade
      projetée contre les Sarrasins (_Chron. des Valois_, p. 128 et
      129).

      [174] Nous avons l’acte par lequel Louis, duc d’Anjou et comte
      du Maine, avait fait serment de ne pas partir de Calais et
      de retourner en Angleterre en cas de non exécution du traité
      de novembre 1362 (_Bibl. Nat._, ms. lat. nº 6049, fº 89), et
      M. Kervyn de Lettenhove en a publié un fragment (_Chroniques
      de Froissart_, VI, 506 à 508). D’après une chronique latine
      conservée aujourd’hui dans la bibliothèque de la ville de Berne,
      le duc d’Anjou, pendant son internement à Calais, aurait demandé
      la permission de faire un pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne,
      en jurant de revenir. Il aurait trouvé à Boulogne sa jeune et
      charmante femme, fille de Charles de Blois, et au retour de son
      pèlerinage, au lieu de regagner Calais, il se serait laissé
      attendrir par les larmes de la duchesse d’Anjou et se serait
      dirigé vers le château de Guise, que Marie de Bretagne lui
      avait apporté en dot. Le duc de Normandie, envoyé par son père
      à Saint-Quentin vers le fugitif, n’aurait pu le décider à se
      remettre entre les mains des Anglais. Quoi qu’il en soit, le
      dauphin Charles ne semble pas avoir gardé longtemps rancune à
      Louis, car les deux frères échangèrent des étrennes au premier
      de l’an 1364. Le duc d’Anjou donna au duc de Normandie «une
      petite croix d’or à pierres de voirre à mettre en l’oratoire
      Monseigneur», et reçut du dauphin «un gobelet d’or fait à manière
      d’un cuvier à une rose au fond.» _Bibl. Nat._, ms. fr. 21447,
      fºs 3 vº et 7.--Par un acte daté de Westminster le 20 novembre
      1364, Édouard III somma le duc d’Anjou de comparaître à Londres
      par-devant lui dans 20 jours, l’accusant d’avoir enfraint «garde
      and avez parti hors de nostre puissance, sans demander ne avoir
      sur ce nostre congié par noz lettres ne autrement...; parmi ce
      vous avez moult blemi l’onur de vous et de tout vostre lignage.»
      Rymer, III, 756.--Ce même jour, le monarque anglais requit le
      roi et les pairs de France de forcer le duc d’Anjou à revenir se
      constituer prisonnier à Londres. Rymer, III, 755 à 757.

Pierre Ier va rendre visite à Londres[175] au roi d’Angleterre
qui, pressé de participer à la croisade projetée, refuse de
prendre un engagement formel.--Entrevue des rois de Chypre et
d’Écosse[176].--Édouard III fait cadeau à son hôte d’une nef nommée
_Catherine_, construite en vue d’un voyage à Jérusalem, ancrée alors
dans le havre de Sandwick, qui avait coûté douze mille francs. «Un fait
que je ne m’explique pas, ajoute Froissart, c’est que, deux ans après
le départ du roi de Chypre, cette nef était encore à Sandwick, où je la
vis. Je suis porté à croire que ce prince la laissa dans ce port pour
s’éviter l’embarras de la traîner après lui plutôt que pour d’autres
motifs[177]. Je demandai la raison de ce fait, lors de mon passage à
Sandwich, mais personne ne put me renseigner à cet égard.» P. 89 à 92,
283 à 285.

      [175] Pierre Ier arriva à Londres le lundi 6 novembre 1363. Il
      amenait avec lui deux rois ou princes païens, l’un qui était
      prisonnier et qu’une chronique latine contemporaine appelle le
      roi «de Lecto», l’autre, non prisonnier, dit «le seigneur de
      Jérusalem» qui se convertit à Londres à la foi chrétienne et qui
      reçut du roi d’Angleterre son parrain le nom d’Édouard.

      [176] David Bruce vint à la cour de Westminster le lundi qui
      suivit l’arrivée du roi de Chypre, c’est-à-dire le lundi 13
      novembre. Un chroniqueur anglais fait remarquer à cette occasion
      avec un certain orgueil que cinq rois se trouvèrent alors en même
      temps à Londres, et il ajoute, en homme nourri des légendes de la
      Table Ronde, que cela ne s’était pas vu depuis le temps d’Arthur
      qui eut un jour six rois tributaires pour commensaux à une grande
      fête donnée en son palais de Kaerleon. _Eulogium historiarum_,
      III, 233.

      [177] Froissart insinue ici, sans l’oser dire expressément, que
      la crainte de la dépense fut la principale raison qui empêcha le
      roi de Chypre de profiter du cadeau d’Édouard III et d’équiper
      _la Catherine_. On reconnaît dans ce langage respectueux et
      circonspect l’habitué de la cour de Westminster et de Windsor,
      le digne secrétaire de la reine Philippe de Hainaut. L’histoire
      est tenue à moins de réticences. Au moment même de son séjour en
      Angleterre, Pierre Ier dut se trouver dans une véritable gêne,
      parce qu’il ne put toucher, au moins immédiatement, une somme de
      7000 florins que sa femme, la reine de Chypre, lui avait envoyée
      pendant la seconde moitié de 1363. Aussi, par acte daté d’Albi le
      24 décembre de cette année, le maréchal de France Arnoul, sire
      d’Audrehem, alors lieutenant du roi Jean ès parties de Languedoc,
      manda au viguier de Narbonne de contraindre par la saisie et au
      besoin par la vente de leurs biens les héritiers de feu Raymond
      Sarralhan, en son vivant bourgeois de Montpellier, patron d’un
      navire de Provence, qui refusaient de délivrer au roi de Chypre
      une somme de 7000 florins naguère confiée par la reine de Chypre
      audit Raymond, à titre de commande ou de dépôt ou par manière
      de change, pour la porter ès parties de France et la remettre à
      première réquisition au roi Pierre Ier dont elle était destinée
      à défrayer les dépenses (_Bibl. Nat._, ms. lat. nº 10002, fº
      45). Le 14 janvier suivant, le roi de Chypre n’était pas encore
      parvenu à se faire payer, car, par un mandement en date de ce
      jour, le lieutenant du roi en Languedoc enjoignit à deux sergents
      de saisir les personnes et de vendre aux enchères les biens des
      héritiers de Raymond Sarralhan (_Ibid._, fº 47).

Le roi de Chypre retourne d’Angleterre[178] en France par Boulogne et
va rejoindre à Amiens le roi de France, les ducs de Normandie, d’Anjou
et de Touraine. Ensuite, il passe par Beauvais, Pontoise, Poitiers,
Niort, et va voir le prince de Galles à Angoulême[179].--Sur ces
entrefaites, le roi de France, qui se tient alors à Amiens[180], se
décide malgré l’opposition de son conseil, à retourner en Angleterre,
pour faire des excuses à Édouard III au sujet du départ du duc d’Anjou.
Il nomme le duc de Normandie régent et gouverneur du royaume pendant
son absence, promet le duché de Bourgogne à Philippe, son plus jeune
fils[181], et se dirige vers Boulogne par Hesdin[182], où il a une
entrevue avec le comte de Flandre, et où il s’arrête du 22 au 28
décembre, et par Montreuil-sur-Mer. P. 92 à 94, 285 à 287.

      [178] Arrivé vers la Toussaint en Angleterre où des joutes furent
      données en son honneur à Smithfield (Londres, archives de la
      garderobe à Carlton Ride, rouleaux 37 et 38), le roi de Chypre
      était encore le 24 novembre à Londres d’où il a daté plusieurs
      lettres (Archives générales de Venise, _Commemoriali_, VII, fº
      27 vº, d’après M. de Mas-Latrie). Pierre Ier revint en France
      pendant la première quinzaine de décembre.

      [179] Quoi qu’en dise Froissart, le roi de Chypre n’alla pas
      en Aquitaine immédiatement après son retour d’Angleterre. Nous
      savons par Jean de Venette (_Contin. chron. Guill. de Nangiaco_,
      II, 332) que Pierre Ier vint peu après Noël, en compagnie du
      dauphin régent, à Paris. A l’occasion du premier de l’an 1364,
      le duc de Normandie donna comme étrenne à son hôte «une aiguière
      et un gobelet d’or qui ne sont en nul inventaire» _Bibl.
      Nat._, ms. fr. nº 21447, fº 7.--Le 29 février suivant, le roi
      de Chypre assista à la séance solennelle du Parlement où fut
      jugé le différend entre Bertrand du Guesclin et Guillaume de
      Felton (X2a7, fº 143; _Hist. de du Guesclin_, p. 405, note 2).
      Jean de Venette constate la présence de ce prince aux obsèques
      du roi Jean dans les derniers jours d’avril (_Cont. Guill. de
      Nangiaco_, II, 339); et l’auteur de la _Chronique des quatre
      premiers Valois_ (p. 144) nomme Pierre de Lusignan parmi les
      grands personnages qui accompagnèrent Charles V à Reims lors de
      son couronnement le 19 mai suivant. Le voyage du roi de Chypre
      en Aquitaine, à moins qu’il n’ait eu lieu en janvier et pendant
      les trois premières semaines de février 1364, ne peut être que
      postérieur à ces événements.

      [180] De nombreux actes constatent la présence du roi Jean à
      Amiens pendant les dix ou douze premiers jours de décembre. JJ95,
      nºs 82, 83, 84, 131 _ter_ et _quatuor_, 132 _bis_. JJ94, nº 9.
      X2a7, fº 121 vº. K48, nº 36. _Bibl. Nat._, Chartes royales, IV,
      149. _Ordonn._, III, 646.

      [181] C’est à Germigny-sur-Marne, non à Amiens, le 6 septembre
      1363, que le roi Jean érigea le duché de Bourgogne en
      duché-pairie et le donna à Philippe, «reducentes servitia que
      carissimus Philippus quartogenitus, qui, sponte expositus mortis
      periculo, nobiscum imperterritus et impavidus stetit in acie
      prope Pictavis vulneratus, captus et detentus.» (dom Plancher,
      _Hist. de Bourg._, II, CCLXXVIII et CCLXXIX). Seulement, c’est à
      Amiens que le roi de France assigna à son fils aîné le dauphin,
      comme une sorte de compensation, le duché de Touraine dont
      Philippe avait joui avant d’être investi du duché de Bourgogne.
      JJ95, nº 132.

      [182] Le roi Jean était arrivé à Hesdin dès le 15 décembre
      (JJ95, nº 140 _bis_; JJ94, nºs 24, 25; JJ95, nºs 85, 142 _bis_;
      _Ordonn._, III, 649, 655, 662).

Jean s’embarque à Boulogne[183] et débarque à Douvres dans
l’après-midi, la veille de l’Apparition des trois Rois. Il passe à
Canterbury, à Eltham[184], qui est alors la résidence de la cour
d’Angleterre, et arrive à Londres, où il va se loger à l’hôtel de
Savoie[185]. Les deux rois et leurs enfants se donnent des fêtes et
échangent sans cesse des visites en allant en barque l’un chez l’autre
par la Tamise, qui coule au pied du manoir de Savoie et du palais de
Westminster. P. 94 à 96, 287 à 289.

      [183] Ceci n’est pas tout à fait exact. Jean mit à la voile de
      Boulogne le mercredi soir 3 janvier et débarqua à Douvres le
      lendemain jeudi 4 janvier 1364, l’avant-veille, et non la veille,
      de l’Épiphanie. Le roi de France était monté à bord du navire
      qui devait le transporter en Angleterre dès le mardi 2; mais
      la flottille de transport, composée de vingt navires, resta à
      l’ancre dans le port de Boulogne pendant toute cette journée.

      [184] Château situé dans le comté de Kent, à 3 lieues S. S. E. de
      Londres.

      [185] L’hôtel ou manoir de Savoie, aujourd’hui détruit, était
      situé sur la rive gauche de la Tamise, au sud du Strand, et il en
      faut chercher l’emplacement aux abords de Wellington-Street. _La
      Savoy chapel_, consumée par un incendie en 1864, mais qui a été
      reconstruite depuis aux frais du gouvernement, rappelle encore
      le souvenir de cette résidence historique. Le roi Jean fit son
      entrée à Londres le dimanche 14 janvier; et les bourgeois et les
      gens des métiers de la cité, au nombre de mille chevaux, revêtus
      des insignes de leurs corporations, allèrent au-devant de lui
      jusqu’à Eltham. _Grandes Chroniques_, VI, 228 et 229.

Pierre Ier passe un mois à Angoulême à la cour du prince d’Aquitaine;
il fait un voyage à la Rochelle et prêche partout la croisade[186].
A son retour à Paris, il apprend que le roi Jean est tombé malade
à Londres[187], d’où le maréchal Boucicaut vient d’en apporter
la nouvelle au dauphin.--Charles le Mauvais, qui se tient à
Cherbourg[188], mande en Normandie son cousin, le captal de Buch, alors
hôte du comte de Foix[189], pour lui donner la direction de la guerre
qu’il veut faire à la France.--Sur ces entrefaites, le roi Jean meurt à
l’hôtel de Savoie[190]. Le dauphin Charles, qui hérite de la couronne
par suite du décès de son père, redouble ses préparatifs pour tenir
tête aux Navarrais[191]. P. 97 à 99, 289, 290.

      [186] Sur ce voyage du roi de Chypre en Aquitaine, voyez une des
      notes précédentes, p. XLVI, note 179.

      [187] Le roi Jean tomba malade au commencement de mars.

      [188] Nous avons déjà eu l’occasion de relever cette erreur
      vraiment grossière. Charles le Mauvais était alors en Navarre.

      [189] Fils de Jean de Grailly, IIe du nom, et de Blanche de
      Foix, Jean de Grailly, IIIe du nom, captal de Buch (aujourd’hui
      la Teste de Buch, Gironde, arr. Bordeaux), était par sa mère le
      cousin germain de Gaston Phœbus, comte de Foix.

      [190] Le roi Jean mourut à Londres le lundi 8 avril 1364, vers
      minuit.

      [191] Ces préparatifs sont, comme nous l’avons fait remarquer
      plus haut, antérieurs à la maladie du roi Jean dont la mort
      n’eut d’autre effet que de les activer. Jean II mourut à Londres
      dans la nuit du 8 au 9 avril, et, le 12 de ce mois, Charles V
      adressait un mandement aux maîtres de ses forêts «pour qu’il
      soit faict hastivement, ainsi qu’il l’a ordonné, cent milliers
      de viretons avec plusieurs autres artilleries necessaires et
      convenues pour la defence du pays,» dont le bois doit être pris
      dans la forêt de Roumare pour être délivré à Richard de Brumare,
      garde du clos des galées de Rouen, chargé de la confection
      de ces viretons et artilleries. Du Châtellier, _Invasions en
      Angleterre_, Paris, 1872, in-12, p. 13 et 14.




CHAPITRE LXXXVIII.

  1364. PRISE DE MANTES ET DE MEULAN (7 ET 11 AVRIL).--BATAILLE DE
    COCHEREL (16 MAI).--COURONNEMENT DE CHARLES V (19 MAI).--CAMPAGNE
    DU DUC DE BOURGOGNE EN BEAUCE (JUIN).--SIÉGE ET REDDITION DE LA
    CHARITÉ (§§ 510 à 529).


En ce temps s’armait[192] pour le roi de France un chevalier breton
nommé Bertrand du Guesclin, dont jusqu’alors la renommée n’avait guère
dépassé la Bretagne où il avait toujours tenu le parti de Charles de
Blois contre Jean de Montfort.--Aussitôt qu’il est informé de la mort
de Jean son père, le duc de Normandie, devenu le roi Charles V, charge
le maréchal Boucicaut d’aller rejoindre du Guesclin devant Rolleboise
afin d’aviser de concert avec Bertrand aux moyens de reprendre Mantes
et Meulan au roi de Navarre[193]. P. 100, 290.

      [192] Froissart semble croire que Bertrand du Guesclin n’entra
      au service de la France qu’au commencement de 1364. Nous avons
      prouvé ailleurs que le futur connétable se mit à la solde
      de Pierre de Villiers, capitaine de Pontorson pour le duc
      d’Orléans, frère du roi, dès 1354, et que le dauphin Charles,
      duc de Normandie, l’institua capitaine de cette forteresse le 13
      décembre 1357. _Hist. de du Guesclin_, p. 119 à 127, 248, 249,
      522, 523.

      [193] Du Guesclin prit Mantes par surprise le dimanche 7 avril.
      D’un autre côté, le roi Jean mourut à Londres dans la nuit du
      8 au 9 avril. Le rapprochement de ces deux dates montre que
      Froissart s’est trompé. Le dauphin, duc de Normandie, n’attendit
      pas la mort de son père pour concerter et faire exécuter les
      mesures qui aboutirent à la prise de Mantes et de Meulan.

Rolleboise[194] est un beau et fort château, situé sur le bord de la
Seine, à une lieue de Mantes. Les gens de Compagnie qui occupent ce
château sous les ordres d’un capitaine nommé Wauter [Straël][195],
originaire de Bruxelles, font la guerre pour leur propre compte et
mettent au pillage les possessions du roi de Navarre aussi bien que
le royaume de France. Le duc d’Anjou, Bertrand du Guesclin, le comte
d’Auxerre, Antoine, sire de Beaujeu, assiégent Rolleboise depuis
quelques semaines au moment où Boucicaut vient apporter à Bertrand
l’ordre de s’emparer à tout prix de Mantes et de Meulan. Voici le
stratagème que ces deux capitaines imaginent. Boucicaut se présente un
jour à l’une des portes de Mantes à la tête de cent chevaux seulement.
Il fait semblant d’être poursuivi par les brigands de Rolleboise et
prie instamment les gardiens de lui donner entrée dans l’enceinte.
Ceux-ci consentent à ouvrir la porte, et Bertrand, qui s’est posté
dans le voisinage avec ses Bretons, profite de cette circonstance pour
pénétrer dans Mantes dont il se rend maître et qu’il met au pillage. Le
jour même de la prise de cette ville, une troupe de Bretons chevauche
en toute hâte vers Meulan où ils se disent envoyés par Guillaume de
Gauville, capitaine d’Évreux pour le roi de Navarre. On les croit sur
parole, on leur ouvre les portes et Meulan a le même sort que Mantes.
Les maisons sont livrées au pillage et une partie de la population est
massacrée[196]. P. 100 à 105, 290 à 292.

      [194] Seine-et-Oise, arr. Mantes, c. Bonnières. La tour de
      Rolleboise, dont il reste d’imposants débris, située à 9 kil. de
      Mantes, entre cette ville et Vernon, sur une hauteur qui domine
      la Seine, était occupée en 1363 et 1364 par un petit nombre de
      brigands anglo-brabançons qui y vivaient avec une femme. Les gens
      du pays et les habitants de Rouen, opprimés par ces brigands, ne
      purent prendre cette tour, tant elle était haute et inexpugnable.
      Rachetée à prix d’or vers Pâques (13 avril) 1365, la tour de
      Rolleboise fut démolie de fond en comble par les gens du pays
      d’après l’ordre du roi Charles V. Des ouvriers d’une force
      herculéenne, armés de marteaux de fer, mirent beaucoup de temps à
      l’abattre, car les murs avaient plus de neuf pieds d’épaisseur.
      Le second continuateur de Guillaume de Nangis, le moine Jean de
      Venette, dit que déjà de son temps les ruines de cette tour,
      dont naguère on n’admirait pas la prodigieuse élévation sans une
      certaine stupeur, jonchaient au loin le sol environnant. _Contin.
      chron. Guill. de Nangiaco_, II, 357, 358.

      [195] Wauter Straël est le véritable nom du capitaine de
      Rolleboise. Ce nom nous est fourni par une lettre de rémission
      octroyée par Charles V en octobre 1368 à «Gautier Strael,
      escuier, nez de Broisselle... ayant tenu et occupé contre nostre
      voulenté le fort de Rouleboise.» _Arch. Nat._, JJ99, nº 416.--La
      forme _Obstrate_, donnée par Froissart, est une corruption
      d’_Estralle_ qui nous représenterait fidèlement la prononciation
      française et populaire du flamand _Straël_ au quatorzième siècle.
      La forme _Strot_, altération de _Strol_, employée par l’auteur de
      la _Chronique des Valois_ (p. 138), semblerait provenir plutôt de
      la prononciation anglaise de _Straël_.

      [196] Ces pages, où Froissart raconte la ruse imaginée par
      Boucicaut pour pénétrer dans Mantes, peuvent être citées comme
      un modèle de narration vive et pittoresque. Cela a le charme
      du roman, mais c’est un roman. Si l’on veut savoir comment
      les choses se sont passées en réalité, il faut interroger un
      témoin contemporain, qui appartenait, selon toute probabilité,
      au clergé de Rouen, et qui, dans tous les cas, semble avoir vu
      de très-près ces événements. _Chronique des quatre premiers
      Valois_, p. 135 à 142. _Histoire de Bertrand du Guesclin_, p. 417
      à 429.--Toutefois, il est certain que Boucicaut accompagna le
      duc de Normandie dans le voyage que celui-ci fit au Goulet et à
      Vernon vers la mi-avril 1364. On lit, en effet, dans un mandement
      en date du 4 mai suivant: «Comme... le mareschal Bouciquaut...
      ait moult grandement frayé... pour estre avec nous et à nostre
      conseil et à venir en nostre compaignie _à Meurlant et à Mante où
      nagaires allasmes_.» L. Delisle, _Mandements de Charles V_, p. 10.

Le captal de Buch débarque au havre de Cherbourg à la tête de quatre
cents hommes d’armes. Le roi de Navarre le met[197] à la tête des
forces qu’il rassemble pour faire la guerre au roi de France, et lui
adjoint un chevalier anglais nommé Jean Jouel, qui dispose de trois
cents combattants de la même nation.--Le duc de Normandie, de son
côté, ne reste pas inactif. A la nouvelle de la maladie dont le roi
son père vient d’être atteint à Londres, il redouble ses préparatifs
militaires[198]. Du Guesclin et Olivier de Mauny son neveu[199]
reçoivent l’ordre de quitter Mantes où ils se tiennent avec leurs
Bretons et de s’avancer dans la direction de Vernon pour y faire
frontière contre les Navarrais. Philippe, duc de Bourgogne[200],
Arnaud de Cervolle, dit l’Archiprêtre, marié à la veuve du seigneur
de Châteauvillain tué à la bataille de Poitiers[201], conseiller
et compère du duc de Bourgogne, le comte d’Auxerre, le vicomte de
Beaumont[202], Antoine, seigneur de Beaujeu, Louis de Chalon, Amanieu
de Pommiers[203], Petiton de Curton, le soudic de [la Trau[204]],
le sire de Mussidan[205], chef et conducteur des gens du seigneur
d’Albret, sont les principaux chevaliers qui figurent dans l’armée
de du Guesclin.--[Brumor[206]] de Laval, chevalier breton du parti
français, est fait prisonnier par Gui de Gauville, jeune chevalier de
la garnison d’Évreux, au retour d’une chevauchée contre les Navarrais
de cette ville. P. 105 à 108, 292, 293.

      [197] On retrouve ici l’erreur que nous avons déjà signalée.
      Pendant que tout ceci se passe, le chroniqueur de Valenciennes
      continue de supposer Charles le Mauvais à Cherbourg, tandis qu’en
      réalité il était alors dans son royaume de Navarre.

      [198] Sur ces préparatifs, antérieurs à la mort du roi Jean,
      voyez plus haut, p. XLVIII, note 191.

      [199] Il faut se garder de confondre, à l’exemple de savants
      d’ailleurs très-autorisés (_Inventaire des Archives nationales;
      collection de sceaux_, I, 661) les Mauny de Bretagne avec les
      Mauny de Haute Normandie (Mauni, fief et château de la commune
      de Saint-Nicolas-d’Attez, Eure, arr. Évreux, c. Breteuil),
      et surtout avec les Masny des environs de Douai dont le nom
      s’écrivait souvent Mauny au moyen âge (auj. Masny, Nord, arr. et
      c. Douai). Les armes, du reste, étaient différentes. Les Mauny
      de Bretagne portaient un croissant, et les Masny trois chevrons.
      La terre patrimoniale des Mauny, ancien fief et seigneurie de
      Bretagne, est représentée par le hameau actuel de ce nom situé en
      le Quiou (Côtes-du-Nord, arr. Dinan, c. Évran). Le Quiou est un
      peu à l’est de Broons, dont il n’est séparé que par les communes
      de Saint-Maden et d’Yvignac. Olivier de Mauny, dont il est ici
      question, était le neveu à la mode de Bretagne, c’est-à-dire le
      fils d’un cousin germain de Bertrand du Guesclin.

      [200] Dom Plancher dit (_Hist. de Bourgogne_, II, 302) que
      Philippe partit de Dijon le 16 avril 1364 pour se rendre à la
      cour de France et ne revint dans son duché que le 13 novembre
      suivant, mais cela semble en contradiction avec le passage
      suivant extrait par M. Finot d’un registre de la Chambre
      des comptes de Bourgogne: «Lettres en date du 4 mai 1364 de
      Messeigneurs de Voudenoy et d’Aigremont au duc qui estoit
      à Rouvres, l’avertissant qu’il prist garde de sa personne,
      parce qu’il y avoit un parti de par delà la Saône qui vouloit
      l’enlever.» Finot, _Recherches_, p. 88.

      [201] Il y a plusieurs erreurs dans ce peu de mots. Jeanne de
      Châteauvillain, remariée le 2 mai 1362 à Arnaud de Cervolle,
      l’aînée des filles et la principale héritière de Jean III du
      nom, seigneur de Châteauvillain, et de Marguerite de Noyers,
      n’était nullement, comme le dit Froissart, veuve d’un seigneur
      de Chateauvillain tué à la bataille de Poitiers. Elle avait été
      mariée en premières noces avant 1345 à Jean, seigneur de Thil en
      Auxois et de Marigny en Champagne, en secondes noces, à Hugues de
      Vienne VI du nom, seigneur de Saint-Georges, qui vivait encore le
      25 janvier 1358 (n. st.). Anselme, II, 343, VII, 799, 800.

      [202] Louis, vicomte de Beaumont (Beaumont-sur-Sarthe ou
      le-Vicomte, Sarthe, arr. Mamers), marié à Lyon le 13 novembre
      1362 à Isabelle de Bourbon, fille de Jacques de Bourbon, comte de
      la Marche, blessé mortellement à Brignais.

      [203] A peine monté sur le trône, Charles V eut soin de
      s’attacher par des pensions quelques-uns des principaux
      seigneurs de Gascogne, déjà mécontents du gouvernement du prince
      d’Aquitaine et de Galles. Amanieu de Pommiers, notamment, fit
      hommage au roi de France pour mille livres tournois de rente
      et promit de servir le dit roi contre tous excepté le roi
      d’Angleterre. _Arch. Nat._, J626, nº 105.

      [204] La Trau est aujourd’hui un château ruiné de la commune de
      Préchac (Gironde, arr. Bazas, c. Villandraut). Le seigneur de
      Préchac s’intitulait, tantôt _soudic_, tantôt _soudan_ de la
      Trau. Le Soudan de la Trau, chevalier banneret, reçut en 1364
      2,905 florins d’or de Florence de bon poids, pour le reste de
      ses gages et de la solde des archers et des gens d’armes de sa
      compagnie ayant servi en Bourgogne sous le duc Philippe (_Arch.
      de la Côte d’Or_, fonds de la Chambre des Comptes, série B,
      liasse 357; _Invent._, I, 38). Le 2 octobre 1364, ce même soudic,
      chevalier et sire de Didonne (auj. Saint-Georges-de-Didonne,
      Charente-Inférieure, arr. Saintes, c. Saujon), fit hommage à
      Charles V pour le château de Beauvoir sis en la sénéchaussée
      de Toulouse (_Arch. Nat._, J622, nº 75; J400, nº 60), et il
      renouvela cet hommage en 1365 (J622, nº 66). Deux ans environ
      après l’aveu du 2 octobre 1364, c’est-à-dire le 10 juin 1366,
      ce soudic ou soudan de la Trau n’en faisait pas moins hommage à
      Bordeaux, au prince d’Aquitaine, pour cette même seigneurie de
      Didonne (Maichin, _Hist. de Saintonge_, 1671, in-fº, p. 172).

      [205] Dordogne, arr. Ribérac.

      [206] Froissart appelle ce personnage Braimon de Laval. Le
      véritable nom de ce chevalier, manceau et angevin plutôt que
      breton, était Gui de Laval, dit Brumor, fils aîné de Foulque
      de Laval et de Jeanne Chabot, dame de Rais. Marié en premières
      noces à Jeanne de Montmorency, dame de Blaison (Maine-et-Loire,
      arr. Angers, c. les Ponts-de-Cé) et de Chemillé (Maine-et-Loire,
      arr. Cholet), Brumor de Laval se remaria à Thiphaine de Husson,
      fille de Fraslin de Husson, chevalier, seigneur de Ducey (Manche,
      arr. Avranches), de Champcervon (Manche, arr. Avranches, c. la
      Haye-Pesnel) et de Chérencé (auj. Chérencé-le-Héron, Manche, arr.
      Avranches, c. Villedieu), et de Clémence du Guesclin, la plus
      jeune des sœurs du futur connétable. Gui de Laval, dit Brumor,
      devint ainsi, par suite de ce mariage, le neveu par alliance de
      Bertrand du Guesclin.

Retour du roi de Chypre d’Aquitaine à Paris[207].--Funérailles du roi
Jean à l’abbaye de Saint-Denis[208].--Préparatifs pour le couronnement
de Charles V à Reims.--Arrivée du captal de Buch à Évreux. P. 108 à
110, 293 à 295.

      [207] Pierre Ier, roi de Chypre, était à Paris le 29 février
      1364. Voyez plus haut, p. XLVI, note 179.

      [208] Les obsèques du roi Jean furent célébrées, malgré
      l’épuisement du Trésor, avec un grande magnificence. On dépensa à
      ces obsèques, en trois jours, du 27 au 29 avril, dix-sept mille
      sept cent soixante et une livre de cire, qui, à 23 francs les
      cent livres, coûtèrent 4,805 francs 7 deniers parisis. _Bibl.
      Nat._, Quittances, XV, nº 21.

Jean de Grailly part d’Évreux[209] et s’avance vers Pont-de-l’Arche
pour couper le passage de la Seine à du Guesclin et aux Français. Les
principaux chevaliers de l’armée du captal sont le sire de Sault[210],
banneret du royaume de Navarre, l’anglais Jean Jouel, Pierre de
Sacquenville, Guillaume de Gauville, Bertrand du Franc, le bascle de
Mareuil[211].--Sur son chemin, le captal rencontre un héraut nommé
le Roi Faucon qui arrive du camp français; dialogue échangé entre ce
héraut et le captal.--Jean de Grailly refuse de recevoir un autre
héraut appelé Prie envoyé vers lui par l’Archiprêtre, le mercredi de la
Pentecôte[212]. P. 110 à 112, 295 à 297.

      [209] Le lundi 13 mai, le captal de Buch était à Vernon, où la
      reine Blanche de Navarre, veuve de Philippe VI de Valois, dévouée
      de cœur à la cause du roi de Navarre son frère, offrit un dîner
      magnifique au généralissime de Charles le Mauvais.

      [210] La seigneurie de Sault (auj. Sault-de-Navailles,
      Basses-Pyrénées, arr. et c. Orthez) était située, non en Navarre,
      mais en Béarn.

      [211] Tous les historiens semblent avoir ignoré jusqu’à ce jour
      que le bascle ou le bascon de Mareuil appartenait à la famille
      béarnaise de Sault. Le surnom de _bascle_, _bascon_ ou _basquin_
      est un équivalent de notre mot basque, qui, au moyen âge, servait
      à désigner les Béarnais aussi bien que les Navarrais proprement
      dits. Le véritable nom de l’aventurier qui périt à Cocherel
      est Jean de Sault, ainsi que le prouve la quittance suivante
      dont nous devons l’indication à notre savant collègue M. Demay:
      «Sachent tous que je Jehan de Sault, dit le bascon de Mareul,
      escuier, sergant d’armes du roy de Navarre notre seignour, ay eu
      et receu de Jehan des Ylles, viconte de Coutances pour nostre
      dit seigneur, la somme de cent livres tourneis pour cest present
      terme de la Saint Michiel, en rabatant de la somme de deulx cens
      livres tourneis que je pren chacun an sur la recepte de la dicte
      vicontey à ma vie tant seulement du don de mon dit seigneur.
      De laquelle somme de cent livres je me tiens pour bien paié et
      promet aporter quitance envers le dit monseignour au dit viconte.
      En tesmoing de cen, j’ay seellé ces lettres de mon seel. Donné à
      Gavray, le Ve jour d’octobre mil ccc soixante et trois.» _Bibl.
      Nat._, Titres scellés de Clairambault, vol. 101, fº 7859.

      [212] En 1364, le mercredi de la Pentecôte est tombé le 15 mai.

Marche, dispositions et ordre de bataille des Navarrais. P. 113 à 115,
297 à 299.

Marche, dispositions et ordre de bataille des Français. P. 115 et 116,
299, 300.

Ruse de guerre imaginée par les Gascons du parti français: trente
hommes d’armes des plus hardis et des mieux montés sont chargés
spécialement d’attaquer le captal dès le début de l’action, de le
prendre et de l’emporter de vive force loin du champ de bataille. P.
116, 117, 300.

Sur le refus du comte d’Auxerre, les barons français mettent du
Guesclin à leur tête et adoptent d’un commun accord comme cri de
ralliement le cri d’armes de Bertrand: Notre Dame! Guesclin! Cependant
la matinée s’avance, et les Français commencent à souffrir de la faim
et de la chaleur. On délibère sur la conduite à tenir: les uns sont
d’avis d’aller offrir la bataille à l’ennemi sur les hauteurs[213]
où il s’est retranché; toutefois on finit par se ranger à l’opinion
des plus sages qui conseillent d’attendre en bon ordre l’attaque des
Navarrais. P. 117 à 121, 300 à 302.

      [213] Jean de Grailly, captal de Buch, occupa, dès la journée du
      mercredi 15 mai, le sommet et les pentes d’une colline escarpée
      qui domine le village de Cocherel, situé sur la rive droite de
      l’Eure, à l’endroit où un pont mettait alors en communication les
      deux tronçons d’une très-ancienne route reliant ensemble Vernon
      et Évreux. Cocherel (auj. Houlbecq-Cocherel, Eure, arr. Évreux,
      c. Vernon), situé sur la rive droite de l’Eure à environ 2 kil. ½
      de cette rivière, est à peu près à égale distance d’Évreux,
      de Pacy, de Vernon et d’Acquigny, places qui étaient alors
      fortifiées et occupées par les Navarrais.

Du Guesclin a recours à un stratagème pour faire descendre l’ennemi en
rase campagne. Il donne l’ordre à ses gens de battre en retraite et de
retourner sur leurs pas avec armes et bagages de l’autre côté de la
rivière. L’anglais Jean Jouel, en voyant ce mouvement, croit que ses
adversaires cherchent à s’échapper et veut leur donner la chasse. Le
captal s’y refuse; mais son lieutenant, qui brûle d’en venir aux mains,
ne se peut plus contenir: il s’élance à la poursuite des Français.
Force est alors à Jean de Grailly, qui ne peut ni ne veut laisser
Jean Jouel[214] se mesurer seul contre les Français, d’abandonner ses
positions et de descendre de la colline. L’ennemi une fois pris au
piège, les Français font volte-face, reprennent l’offensive, et la
bataille commence. Sous prétexte qu’il ne peut porter les armes contre
certains chevaliers de l’armée navarraise, l’Archiprêtre quitte le
champ de bataille dès le début de l’action, mais il ordonne à ses gens
de rester pour prêter main forte aux Français. P. 121 à 125, 302 à 305.

      [214] Ce Jean Jouel avait été en quelque sorte lâché sur la
      Normandie par Édouard III, furieux de la mauvaise foi de Louis,
      duc d’Anjou, qui refusait de revenir se constituer otage en
      Angleterre: «Puis manda le dit roi Edouart à monseigneur Jehan
      Jouel, qui avoit et tenoit plusieurs fors en Normandie, qu’il
      guerroiast en France en son propre nom comme Jehan Jouel, et fut
      une guerre couverte.» _Chronique des quatre premiers Valois_,
      p. 409.--Les Compagnies tenaient alors la France tellement à
      discrétion que, de tous les points du royaume, leurs chefs
      purent se rendre en Normandie et amener des renforts au captal
      de Buch sans être inquiétés. Il en vint jusque des confins
      du Berry, du Nivernais, du Bourbonnais et de l’Auvergne. Il
      faut lire le charmant épisode des chroniques de Froissart, où
      un aventurier basque, nommé le Bascot de Mauléon, capitaine
      du Bec-d’Allier (auj. forges de la commune de Cuffy, Cher,
      arr. Saint-Amand-Mont-Rond, c. la Guerche) en 1364, raconte,
      vingt-quatre ans après ces événements, à notre chroniqueur,
      son commensal à l’hôtel de la Lune, à Orthez, ses prouesses de
      routier et notamment la part qu’il prit à la bataille de Cocherel
      où il fut fait prisonnier par un Gascon du parti français, l’un
      de ses cousins, appelé Bernard de Terride, qui le rançonna à
      mille francs: «Quant les nouvelles me furent venues que le captal
      mon maistre estoit en Costentin et assambloit gens à son povoir,
      pour le grant desir que je avois de le voir, je me partis de mon
      fort à douze lances et me mis en la route messire Jehan Jouel
      et messire Jacqueme Planthin et vinsmes sans dommage et sans
      rencontre qui nous portast dommage devers le captal.» _Froissart
      de Buchon_, éd. du Panthéon, II, 408.

Les Navarrais, quoique surpris, ne se déconcertent pas. Ils
font passer en avant leurs archers; mais les Français sont si bien
protégés par leurs pavois que le trait de l’ennemi ne leur fait
presque aucun mal. Les Bretons et les Gascons se couvrent de
gloire. Les trente hommes d’armes d’élite, montés sur fleur de
coursiers, que l’on a spécialement chargés de s’assurer de la
personne du généralissime de l’armée navarraise, vont droit au
captal, l’enlèvent après une résistance désespérée, l’emportent
loin du champ de bataille et le mettent en lieu sûr[215].
P. 125 à 127, 305 et 306.

      [215] On a ici la version anglo-gasconne de la bataille de
      Cocherel que Froissart, pendant son séjour à Bordeaux à la cour
      du prince d’Aquitaine et de Galles en 1366 et 1367, s’était fait
      raconter par le Roi Faucon et aussi sans doute par quelques-uns
      des seigneurs gascons, ralliés dès lors au parti anglais, qui
      avaient combattu à Cocherel dans les rangs français. Cette
      version est un conte inventé à plaisir et, comme nous l’avons
      dit ailleurs, une pure gasconnade. Pour prouver que la prise du
      captal par les Gascons ne se peut soutenir, il suffit de citer
      les lignes suivantes d’un acte authentique où Jean de Grailly
      reconnaît qu’il a été fait prisonnier par un écuyer breton,
      bien connu, nommé Roland Bodin: «Je Jehan de Greilly, captal du
      Buch, de ma pure et franche voulenté, reconnois et confesse par
      ces présentes que, comme pieça, en la bataille qui fu decoste
      Coicherel en Normandie, _Rolant Bodin, escuier, m’eust pris et
      fusse son loyal prison_...» _Arch. Nat._, J616, nº 6. Cf. _Hist.
      de B. du Guesclin_, p. 448 à 450, 600 à 603.

Les Gascons[216] et notamment les gens du seigneur d’Albret, ayant à
leur tête Amanieu de Pommiers, Petiton de Curton, le soudic de la Trau,
parviennent à s’emparer du pennon du captal que défendent le bascle
de Mareuil et Geffroi de Roussillon. Le bascle de Mareuil est tué, et
Geffroi de Roussillon est fait prisonnier par Amanieu de Pommiers.
En revanche, le sire de Mussidan[217] est blessé grièvement et perd
trois de ses écuyers; le soudic de la Trau, de son côté, a un bras
cassé. Du Guesclin vient au secours de la bataille ou division du comte
d’Auxerre, qui commence à plier, mais le vicomte de Beaumout périt
dans cette rescousse. Bertrand accourt ensuite prêter main-forte aux
Picards qui ont affaire à la division anglaise de l’armée du captal.
Jean Jouel, chef de cette division, est terrassé et fait prisonnier
par Olivier de Mauny, neveu de du Guesclin, qui le remet à un de
ses écuyers nommé Guyon de Saint-Pern[218]; le capitaine anglais
meurt des suites de ses blessures le soir même de la bataille. Cet
engagement coûte la vie à deux chevaliers picards, Baudouin, sire
d’Annequin[219], maître des arbalétriers de France, et Louis de
Haverskerque. Finalement, les Français restent maîtres du champ de
bataille. Guillaume de Gauville[220], Pierre de Sacquenville, Bertrand
du Franc tombent entre les mains des vainqueurs[221]. Le reste de
l’armée navarraise se débande et gagne la forteresse d’Acquigny[222].
Cette bataille de Cocherel se livre le jeudi 16 mai 1364. P. 127 à 130,
306 à 310.

      [216] Froissart a beaucoup surfait l’influence qu’ont pu avoir
      les Gascons sur l’heureuse issue de la journée du 16 mai. Nous
      avons prouvé ailleurs, en nous appuyant sur le témoignage
      très-explicite de quatre chroniqueurs contemporains, que Bertrand
      gagna la bataille de Cocherel, d’abord grâce à sa retraite
      feinte, ensuite à la faveur du mouvement tournant exécuté au
      dernier moment par une réserve de ses Bretons qui chargèrent en
      queue les Anglo-navarrais. _Hist. de du Guesclin_, p. 446, note 4.

      [217] Raymond de Montaut, seigneur de Mussidan (Dordogne, arr.
      Ribérac), avait prêté serment de foi et hommage au prince
      d’Aquitaine et de Galles, en l’église Saint-Front de Périgueux,
      le 13 août 1363. (Delpit, _Documents français en Angleterre_,
      p. 104). Arnaud Amanieu, sire d’Albret (auj. Labrit, Landes,
      arr. Mont-de-Marsan), voulant accompagner Charles V à Reims et
      assister à la cérémonie du couronnement du roi de France, avait
      placé ses gens d’armes sous la conduite du sire de Mussidan.

      [218] Ces détails intéressants sont empruntés à un manuscrit des
      Chroniques de Froissart conservé aujourd’hui à la bibliothèque
      de l’université de Leyde. Ce manuscrit, désigné dans notre
      classement des manuscrits de Froissart et dans nos variantes
      sous le nº 17, paraît être l’œuvre de deux copistes; mais les
      interpolations que nous signalons n’appartiennent qu’à l’un
      de ces copistes qui semble être le même que le scribe à qui
      nous devons les manuscrits nºs 6474 et 6475 de la Bibliothèque
      Nationale (nº 15 de notre classement). Or, le copiste de ce
      dernier manuscrit s’appelait Raoul Tainguy. Ce nom accuse une
      origine bretonne, et en effet presque toutes les interpolations,
      que nous avons relevées dans les deux manuscrits dont nous venons
      de parler, se rapportent à la Bretagne et surtout à Bertrand du
      Guesclin et à ses compagnons d’armes. C’est d’après le manuscrit
      de Raoul Tainguy, conservé à la Bibliothèque Nationale sous les
      nºs 6474 et 6475, que nous avons pu donner dans nos variantes (p.
      299) la liste des principaux chevaliers bretons qui combattirent
      à Cocherel, et cette liste est tellement exacte, qu’on la
      croirait dressée d’après une montre authentique. La miniature,
      qui forme l’en-tête de ce manuscrit, est aux couleurs (_blanc_,
      _vermeil_, _vert_ et _noir_) et porte la devise (_jamès_) de
      Charles VI. Du Guesclin y est représenté avec un costume de
      cérémonie brodé à ses armes, debout, tête nue, tenant de la main
      droite son épée et de la main gauche l’épée de connétable. La
      physionomie du célèbre capitaine a une expression individuelle
      si prononcée, qu’il est impossible de n’y pas voir un portrait.
      On lit sur la feuille de garde du 1er volume de ce manuscrit
      (nº 6474): «Ce manuscrit, _échappé du château du Verger_, a
      été envoyé par M. Marchand de la part de M. le prince de Rohan
      pour la bibliothèque de M. le prince de Soubise. Ce 21 avril
      1779.» La terre et le château du Verger, en Anjou (auj. château
      de la commune de Seiches, Maine-et-Loire, arr. Baugé), avaient
      passé aux Rohan à la fin du quatorzième siècle par le mariage
      de Charles de Rohan avec Catherine du Guesclin, dame du Verger,
      fille unique de Bertrand du Guesclin, II du nom, marié à Isabeau
      d’Ancenis et neveu à la mode de Bretagne du connétable qui lui
      avait légué par testament, le 10 juillet 1380, deux cents livres
      de rente assises sur sa seigneurie de Sens. Il y a lieu de croire
      par conséquent que le manuscrit provenant du Verger, et dont
      l’écriture trahit la fin du quatorzième siècle ou les premières
      années du quinzième, a appartenu à Catherine du Guesclin. Le
      manuscrit de la bibliothèque de Leyde, qui est aussi en grande
      partie l’œuvre de Raoul Tainguy, provient de la même région que
      son congénère de la Bibliothèque Nationale, car on y lit ces mots
      en marge, à la partie supérieure du premier feuillet: «Premier
      volume de l’histoire de messire Jehan Froissart _achepté à
      Angers_ par moi C. (Claude) Fauchet l’an 1593; fut relié à Tours;
      me cousta 5 livres 2 sous en tout.» Raoul Tainguy a farci le
      texte de Froissart, dans le manuscrit de Leyde, d’interpolations
      qui n’ont pas une saveur bretonne moins prononcée que celles
      du manuscrit de la Bibliothèque Nationale. Le chroniqueur de
      Valenciennes nomme-t-il, par exemple, les principaux aventuriers
      qui accompagnèrent le prince de Galles en Espagne, Tainguy
      ajoutera à cette liste le nom d’un de ses compatriotes qu’il
      désignera ainsi: «Maleterre, breton, nez de Saint Melair lez
      Cancalle où sont les bonnes oestres.» _Ms. de la bibliothèque de
      l’université de Leyde, fonds Vossius_, nº 9, fº 344 vº.

      [219] Baudouin de Lens, sire d’Annequin (Pas-de-Calais, arr.
      Béthune, c. Cambrin), était depuis dix ans le fidèle compagnon
      d’armes de Bertrand du Guesclin avec lequel il avait organisé
      des joutes à Pontorson dès 1354 (_Hist. de du Guesclin_, p. 122,
      note 2). Environ trois semaines avant Cocherel, le 25 avril,
      Baudouin, sire d’Annequin, avait donné quittance de 1088 francs
      d’or qui lui avaient été assignés «pour certain service par lui
      fait ou roy nostre dit seigneur devant Rolleboise.» _Bibl. Nat._,
      Quittances, XV, nº 7.

      [220] Charles V donna vers 1366, les château et seigneurie
      de Tillières (auj. Tillières-sur-Avre, Eure, arr. Évreux,
      c. Verneuil) à Gui le Baveux, seigneur de Longueville, «en
      recompense de ce qu’il avoit fait prisonnier en la bataille
      proche Cocherel Guillaume de Gauville, ennemi du roi.» _Arch.
      Nat._, J217, nº 23.

      [221] A la liste des prisonniers de Cocherel on peut ajouter
      Geffroi de Roussillon pris par Amanieu de Pommiers, l’Anglais
      Robert Chesnel par Gaudry de Ballore (_Arch. Nat._, sect.
      jud., X1a 19, fºs 300 et 301), le Navarrais Pierre d’Aigremont,
      capitaine du Bois-de-Maine, par un écuyer du diocèse de Quimper
      (_Bibl. Nat._, ms. lat. nº 5381, II, 175), Jacques Froissart,
      secrétaire du roi de Navarre (_Bibl. Nat._, Quittances, XV,
      211), Jean de Trousseauville, cher (_Ibid._, XV, 258), Colin de
      Fréville, écuyer (_Arch. Nat._, JJ146, nº 364), Jean de Launoy,
      bourgeois d’Évreux (JJ116, nº 111,), enfin Baudouin de Bauloz,
      Jean Gansel, Lopez de Saint-Julien, capitaines navarrais d’Anet,
      de Livarot et de Saint-Sever (_Arch. Nat._, J381, nº 3).

      [222] Eure, arr. et c. Louviers. En 1364, Acquigny était au
      pouvoir des Navarrais. _Bibl. Nat._, Quittances, XV, 264.

Gui de Gauville, fils de Guillaume de Gauville, arrive sur le champ de
bataille à la tête de la garnison navarraise de Conches; à la nouvelle
de la défaite des siens, il reprend en toute hâte le chemin de sa
forteresse. Les trente qui ont enlevé le captal le transportent à
Vernon[223] et de là à Rouen. P. 130 à 132, 310, 311.

      [223] Vernon avait été cédé par le dauphin régent le 21 août
      1359, en échange de Melun, à la reine Blanche de Navarre, veuve
      de Philippe de Valois, ainsi que Vernonnet, Pontoise, Neaufles,
      toute la vicomté de Gisors à l’exception de la ville et du
      château, Neufchâtel et Gournay. Blanche, sœur de Charles le
      Mauvais, était toute dévouée à son frère; et, s’il faut en croire
      le Cauchois Pierre Cochon, la châtelaine de Vernon, trompée par
      la feinte de Bertrand, se hâta trop de fêter la victoire du
      captal de Buch: «Si avint que messire Bertran se retray et fist
      passer ses sommages oultre la rivière (d’Eure). Les nouvelles
      vindrent à la royne Blanche que les Franchois estoient desconfits
      et, celles nouvelles oyes, menestriex commenchèrent à corner, et
      dames et damoiselles à danser et demener si grant joye que nul
      ne le peust penser. Et tantost après, en mainz de deux hores,
      oïrent autres nouvelles. De quoy les vielles furent mises soubz
      le banc et fu la grant joye tournée à grant plor. Et avoit la
      dite roine une grant huche toute plaine de linges, robes et de
      chausses semellées à poulaine, qui couroient pour le temps, à
      leur donner après la bataille; et pour ce que le roy de Franche
      oy parler de celle grant joye et que Vernon estoit trop entre
      les forteresches des Navarrois, elle fu mise hors.» _Chronique
      Normande de P. Cochon_, publiée par M. Charles de Beaurepaire,
      Rouen, 1870, p. 111 et 112.--Il est certain, en effet, que
      presque tous les actes, émanés de la chancellerie de la reine
      Blanche postérieurement à la bataille de Cocherel, sont datés de
      son château de Neaufles (aujourd’hui Neaufles-Saint-Martin, Eure,
      arr. les Andelys, c. Gisors). _Bibl. Nat._, Quitt., XV (voir
      p.59-64-71), 167, 218.

Charles V reçoit la nouvelle de cette victoire à Reims[224] où il est
allé se faire couronner roi de France.--Noms des principaux personnages
qui assistent au couronnement.--Retour de Charles V à Paris. P. 132 à
134, 311 à 313.

      [224] Charles V reçut la nouvelle de la victoire de Cocherel
      la veille de son sacre, le samedi 18 mai, deux jours après la
      bataille, au moment où il arrivait aux portes de Reims. Cette
      nouvelle lui fut apportée par deux messagers, l’un, Thomas
      Lalemant, son huissier d’armes, à qui il assigna en récompense
      200 livres parisis de rente (_Arch. Nat._, JJ96, nº 372),
      l’autre Thibaud de la Rivière, écuyer breton de la Compagnie
      de du Guesclin, qu’il gratifia de 500 livres tournois de rente
      (_Catalogue Joursanvault_, I, 6, nº 33; 309, nº 1710).

Charles V investit Philippe son plus jeune frère du duché de
Bourgogne[225], et, à la prière de celui-ci, pardonne à l’Archiprêtre
sa conduite à Cocherel. Il fait couper la tête à Pierre de
Sacquenville à Rouen[226]. Guillaume de Gauville, fait prisonnier à
Cocherel, est échangé contre Brumor de Laval, captif à Évreux. Le
captal de Buch est transféré de Paris à Meaux[227] où il doit tenir
prison. Bertrand du Guesclin rachète au prix de cinq ou six mille
francs le château de Rolleboise à Wauter [Straël], capitaine de cette
forteresse.--Charles V met sur pied trois armées. La première, sous les
ordres du duc de Bourgogne, va mettre le siége devant Marchelainville,
en Beauce; la seconde, dont Bertrand du Guesclin est le chef, opère
dans la direction du Cotentin et sur les marches de Cherbourg; la
troisième enfin, commandée par Jean de la Rivière, assiége le château
d’Acquigny[228]. P. 134 à 137, 313 à 315.

      [225] Quoique Philippe eût été créé duc de Bourgogne par le roi
      Jean à Germigny-sur-Marne dès le 6 septembre 1363, Charles V
      continua de donner à son plus jeune frère le titre de «duc de
      Touraine» jusqu’au 2 juin 1364, jour où il se décida à confirmer
      au profit de Philippe la donation du duché de Bourgogne faite
      par son père (dom Plancher, _Hist. de Bourgogne_, II, Preuves,
      CCLXXVIII). Une particularité que tous les historiens semblent
      avoir ignorée, c’est que Charles V, par acte daté de son château
      du Goulet, le 18 avril 1364, dut promettre à son second frère
      Louis, duc d’Anjou, qu’au cas où il viendrait à avoir des
      héritiers mâles légitimes aptes à lui succéder sur le trône, il
      donnerait à perpétuité à son dit frère le duché de Touraine,
      tant la cité et le château de Tours, que toutes les autres
      appartenances de ce duché. _Arch. Nat._, J375, nº 3.

      [226] Pierre de Sacquenville fut exécuté à Rouen entre le 27
      mai et le 13 juin 1364. Le 13 juin 1364, Charles V donna à son
      amé et féal cher et chambellan Pierre de Domont les châteaux,
      forteresses ou manoirs de Sacquenville (Eure, arr. et c. Évreux)
      et de Bérengeville ainsi que les terres, situées en Brie et en
      Champagne, confisquées sur Pierre de Sacquenville, «comme il
      se feust mis en la bataille du captal de Buch pour le roy de
      Navarre, ennemi de nous et de notre royaume, contre noz bons
      et loyaux chevaliers et subgiez et en ycelle bataille, à la
      desconfiture du dit captal et sa compaignie, le dit Pierre ait
      esté pris et, comme traitre de nous et de nostre royaume, _amené
      en noz prisons en nostre ville de Rouen et illeucques pour ses
      demerites executez_ (_Arch. Nat._, JJ96, nº 116). A la même date,
      les châteaux ou manoirs de Corvail et de Couvay, confisqués comme
      les précédents sur feu Pierre de Sacquenville, furent donnés à
      Jean de Gaillon, sire de Grosley. _Ibid._, nº 118.

      [227] Au commencement du mois de septembre 1364, la belle
      reine Jeanne d’Évreux, veuve de Charles le Bel, dame de
      Château-Thierry, qui nourrissait un sentiment tendre pour
      le captal de Buch, obtint du roi que le vaincu de Cocherel
      reviendrait tenir prison à Paris. _Hist. de du Guesclin_, p. 600
      à 603.

      [228] Du 14 juillet au 20 août, Mouton, sire de Blainville,
      capitaine pour le roi au diocèse de Rouen par deçà Seine, alla
      assiéger Acquigny, à la tête d’une troupe qui comprenait à la fin
      du siége 44 chevaliers, tant bannerets que autres, et 105 écuyers
      (_Bibl. Nat._, Quitt., XV, 49, 53). Mouton leva au commencement
      de septembre le siége d’Acquigny pour aller avec le duc de
      Bourgogne sur les bords de la Loire renforcer le siége mis par
      les Français devant la Charité.

Louis de Navarre, frère puîné de Charles le Mauvais, Robert
Knolles, Robert Ceni, Robert Briquet, Creswey, à la tête de
douze cents combattants, ravagent le pays compris entre Loire et
Allier, le Bourbonnais et surtout les environs de Moulins, de
Saint-Pierre-le-Moutier[229] et de Saint-Pourçain. Bernard et Hortingo
de la Salle, ayant sous leurs ordres quatre cents compagnons,
s’emparent par surprise de la Charité-sur-Loire[230] dont les
habitants se réfugient à Nevers. A la nouvelle de la prise de cette
ville, Louis de Navarre envoie aux vainqueurs un renfort de trois cents
armures de fer sous les ordres de Robert Briquet et de Creswey. P. 137
à 139, 315, 316.

      [229] L’une de ces forteresses, situées entre Loire et Allier,
      était encore occupée en 1367 par un routier navarrais nommé
      le bour Camus. Nous voulons parler de Beauvoir qu’il nous est
      impossible d’identifier même d’une manière dubitative, ainsi que
      l’a fait M. Chazaud (_La Chronique du bon duc Loys de Bourbon_,
      p. 16, note 2), avec Beauregard. Beauvoir est aujourd’hui un
      château de Saint-Germain-Chassenay, Nièvre, arr. Nevers, c.
      Decize. Ce lieu fort était tombé de bonne heure au pouvoir
      des Compagnies, car dès 1358 Pierre de Chandio, châtelain de
      Decize pour le comte de Flandre et de Nevers, faisait réparer le
      pont-levis du château confié à sa garde, «pour obvier à la male
      volenté des Englois qui tenoient plus de cent forteresses...
      Droy, _Beauvoir_, Vitry, Isenay, Saint Gracien sur Allier,...
      lesquelz plusieurs fois se misent en essey de eschaler, embler
      et prendre la ville et le chastel de Decize.» _Arch. de la Côte
      d’Or_, B4406; _Invent._, II, 112.--La reddition de Beauvoir et
      la prise du bour Camus par les gens du duc de Bourbon durent
      avoir lieu après décembre 1367 (_Ibid._, B5498; _Invent._,
      II, 273).--Un peu au nord-est de Beauvoir, sur la rive droite
      de la Loire, les Compagnies anglo-navarraises tenaient à la
      même époque le château de Montécot dont les ruines informes
      se voient encore à Sémelay, Nièvre, arr. Château-Chinon, c.
      Luzy. L’identification, faite par M. Chazaud, de Montécot avec
      Montesche nous paraît inadmissible. _La Chronique du bon duc Loys
      de Bourbon_, p. 16, note 3.

      [230] La date de l’occupation de la Charité-sur-Loire (Nièvre,
      arr. Cosne), qui n’a été donnée jusqu’à ce jour d’une manière
      un peu précise par aucun historien, doit être fixée au mois
      d’octobre 1363. Cela résulte d’une lettre de rémission accordée
      par Charles V en janvier 1367 (n. st.) à Jeannet Sardon ou Sadon,
      de la Charité-sur-Loire, «comme, en la fin du moys de septembre
      _en l’an_ MCCCLXIII, le fort de la tour de Bèvre (auj. château
      de Germigny, Nièvre, arr. Nevers, c. Pougues, sur la rive droite
      de la Loire, à peu près à égale distance de Nevers au sud et de
      la Charité-sur-Loire au nord) eust esté et fust prins par aucuns
      Angloiz, noz enemis _et cellui an la ville de la Charité dessus
      dicte eust esté et fust ou moys d’octobre ensuivant prinse par
      autres Angloiz, Gascons et autres gens de Compaignie_, eulx
      portans pour lors noz enemis, lesquelles forteresses, ainsin
      prises, furent detenues et occupées par noz diz ennemis _bien par
      l’espace de sèze ou dix et sept moys ou environ_: durant lequel
      temps, le dit Sardon, qui pour l’empeschement de noz diz enemis
      ne povoit demourer en la dicte ville de la Charité, demoura
      en la ville de Sancerre en l’ostel et ou service de Estienne
      de Heriçon, bourgois du dit lieu de Sancerre, son oncle. Si
      advint que par pluseurs foys les diz enemis furent et vindrent
      en la dicte ville de Sancerre, tant pour traictier de finances
      ou raençons d’aucuns de leurs Compaignons qui prins y furent
      par pluseurs intervalles par nostre amé et feal le conte de
      Sancerre et sez frères et par leurs genz qui contre yceulx enemis
      firent moult honorable et loyal guerre et leur portèrent très
      grans domaiges, si comme l’en dit, comme pour traictier de la
      raençon de pluseurs personnes du pays que les enemis y tindrent
      prisonniers par devers eulx. Et mesmement les diz enemis, tenans
      la dicte ville de la Charité, furent et repairèrent pluseurs foiz
      en la dicte ville de Sancerre pour traictier de la delivrance
      de la dicte Charité, duquel traictié le dit conte fu par aucune
      partie du temps chargié, si comme l’en dit, auxquielz enemis,
      tant pour ce que il fussent plus favorables et gracieux à la
      delivrance de leurs prisonniers et à passer et consentir lez
      traictiez de la dicte delivrance de la Charité et afin de
      apaisier leurs malvaises et dures volentez et que il n’ardissent
      les maisons et manoirs du dit Sadon et du dit Estienne son oncle,
      ycellui Sadon tint aucune foiz compaignie en la dicte ville de
      Sancerre et leur vendi et delivra vins, advenes et autres choses,
      et merchanda avec eulx de chevaulx et d’autres choses, tant pour
      lui et pour le dit Estienne son oncle comme pour le traictié et
      delivrance d’aucuns prisonniers qui prins furent ou temps dessus
      dit, tant en la dicte tour de Bèvre comme en la dicte ville de la
      Charité...» _Arch. Nat._, JJ97, nº 638, fº 178.

Prise de Marchelainville[231] par le duc de Bourgogne et d’Acquigny par
Jean de la Rivière. P. 139 à 141, 316, 317.

      [231] Auj. hameau de Péronville, Eure-et-Loir, arr. Châteaudun,
      c. Orgères. Les ruines du fort de Marchelainville sont encore
      marquées sur la carte de Cassini. La forme de ce nom de lieu,
      dans les divers manuscrits de Froissart, est _Marceranville_,
      _Marcerainville_, _Macerenville_, _Macheranville_ (p. 139, 315).
      M. de Barante (_Hist. des ducs de Bourgogne_, éd. de Bruxelles,
      1837, I, 74) a identifié la forteresse ainsi désignée avec
      Marchéville (Eure-et-Loir, arr. Chartres, c. Illiers), mais cette
      identification ne soutient pas l’examen.

Siége, prise et rasement du fort de Chamerolles[232] par le duc
de Bourgogne.--Siége et prise du château de Dreux et du fort de
Preux[233].--Reddition du fort de Couvay[234].--Le duc de Bourgogne
quitte la Beauce[235], et, après avoir eu une entrevue avec le roi
son frère à Vaux-la-Comtesse en Brie, accourt à la tête de toutes ses
forces en Bourgogne où il force le comte de Montbéliard et ses alliés
d’Allemagne, qui ont profité de l’absence de Philippe pour envahir le
duché, à rebrousser chemin et à repasser précipitamment le Rhin[236].
P. 141 à 143, 317 à 320.

      [232] Château situé à Chilleurs-aux-Bois, Loiret, arr. et c.
      Pithiviers. Les ruines de ce lieu fort sont, comme celles de
      Marchelainville, marquées sur la carte de Cassini. Par acte daté
      de Paris en septembre 1367, Charles V octroya une lettre de
      rémission à Thibaud de Grassay, écuyer, seigneur de Tremblevif
      (Loir-et-Cher, arr. Romorantin, c. Salbris) qui «en l’an LXIII,
      environ la Saint Denis (9 octobre), avait fortifié l’église de ce
      village, s’y ravitaillant aux dépens du plat pays des environs et
      employant le produit de ses rapines à mettre la dite église en
      état de résister aux attaques des Compagnies, «excepté une queue
      de vin que ycellui suppliant vendi pour faire couvrir un jaque,
      _quant il ala servir nostre très cher et très amé frère le duc de
      Bourgoigne quant il fu devant le fort de Chameroles_...» _Arch.
      Nat._, JJ97, nº 413, fº 106.--D’après le récit de Froissart,
      le fort de Chamerolles devait être situé dans le voisinage de
      Marchelainville. M. de Barante s’est donc trompé en voulant
      reconnaître dans le premier de ces deux forts un «Camerolles»
      qu’il faudrait aller chercher à mi-chemin de Montargis et de
      Gien et un peu à l’est de ces deux villes (auj. hameau de
      Châtillon-sur-Loing, Loiret, arr. Montargis).

      [233] Vers le milieu de 1364, le château de Dreux n’était plus
      depuis longtemps au pouvoir des Compagnies, et nous révoquons
      en doute jusqu’à preuve du contraire cette partie du récit de
      Froissart. Quant à Preux, que M. de Barante a transformé en
      Preuil, nous ne connaissons aucun lieu fort de ce nom en Beauce,
      dans le pays chartrain ou le Perche.

      [234] On peut lire à volonté dans les manuscrits de Froissart
      _Connai_, _Connay_, _Couvai_ ou _Couvay_. Nous avons préféré la
      forme _Couvai_, nom de lieu qui s’est conservé en composition
      dans Crécy-Couvé, Eure-et-Loir, arr. et. c. Dreux. Quoi qu’il en
      soit, l’identification faite par M. de Barante du _Couvai_ de
      Froissart avec un _Conneray_, nom de lieu qui nous est inconnu
      (serait-ce Connerré, Sarthe, arr. le Mans, c. Montfort?), cette
      identification est tout à fait inadmissible: le temps et l’usage
      contractent souvent les formes, mais ne les allongent jamais,
      surtout à l’intérieur des mots. V. _Hist. des ducs de Bourgogne_,
      I, 75.

      [235] Une montre publiée par dom Plancher (_Hist. de Bourgogne_,
      III, 556) nous fait connaître les principaux chevaliers qui
      servirent en Beauce sous le duc de Bourgogne. On y distingue le
      comte de la Marche, Simon, comte de Braine, Jean le Maingre,
      dit Boucicaut, maréchal de France, Enguerrand, sire de Coucy,
      Amauri, sire de Craon, Antoine, sire de Beaujeu, Jean de Vienne
      et Robinet de Chartres, écuyer. Philippe, duc de Bourgogne,
      dut quitter la Beauce, pour se rendre à la cour du roi son
      frère, du 10 au 24 août 1364, car c’est entre ces deux dates
      que Charles V fit un séjour en Brie, soit à Crevecœur, soit à
      Vaux, soit à Crécy. L. Delisle, _Mandements de Charles V_, p.
      31 à 33, nºs 66 à 70.--Cette campagne du duc de Bourgogne en
      Beauce fut entreprise presque au lendemain de la victoire de
      Cocherel, dans le courant de juin 1364. Du Guesclin semble avoir
      été chargé au début de la direction générale des opérations.
      Dans deux quittances de Renier le Coutelier, vicomte de Bayeux
      et trésorier des guerres, en date des 15 et 24 juin, Bertrand
      est qualifié _capitaine général de la province de Rouen et du
      bailliage de Chartres ou encore lieutenant du roi entre Loire
      et Seine_ (_Bibl. Nat._, Quitt., XV, 29, 34). C’est seulement
      dans la dernière semaine de juin que le comte de Longueville fut
      envoyé en Basse Normandie contre les Navarrais (La Roque, _Hist.
      de la maison de Harcourt_, IV, 2300). Bertrand était à Caen le
      21 juin (_Bibl. Nat._, ms. fr. nº 22469, fº 77); il assiégeait
      Valognes le 9 juillet (_Arch. Nat._, JJ98, nº 210) et, le 11,
      il avait pris cette ville (_Ibid._, JJ108, nº 329). Le 24, il
      était de passage à Saint-Lo (_Ibid._, JJ96, nº 429). Il allait
      renforcer la petite armée qui, dès le 12 juillet, avait mis le
      siége devant Échauffour (Orne, arr. Argentan, c. Merlerault),
      sous les ordres du maréchal de la Ferté, de Pierre, seigneur
      de Tournebu, et de Guillaume du Merle, seigneur de Messey. Les
      machines des assiégeants lancèrent 2960 pierres, et les assiégés
      ne se rendirent qu’au bout de 42 jours. (_Bibl. Nat._, ms. fr. nº
      4987, fº 91; Quittances, XV, nº 72³).

      [236] Philippe, alors duc de Touraine, avait lancé les
      Compagnies sur le comté de Bourgogne dès le mois de décembre
      1363. La comtesse Marguerite avait appelé sous les armes la
      noblesse comtoise, après avoir fait rompre le pont d’Apremont
      (Haute-Saône, arr. et c. Gray); et le comte de Montbéliard et
      Jean de Neufchâtel, neveu du comte, s’étaient mis à la tête
      de cette noblesse. Le 25 juillet 1364, Ancel de Salins avait
      signé à Villers-Farlay un traité de paix avec le duc au nom de
      la comtesse; mais le comte de Montbéliard et son neveu avaient
      refusé d’y souscrire. A la fin du mois de septembre suivant,
      apprenant que le comte de Montbéliard, à la tête de quinze cents
      lances recrutées en Alsace et en Allemagne, s’était avancé
      jusqu’à Châtillon-sur-Seine, le duc de Bourgogne s’était mis à
      sa poursuite avec l’Archiprêtre et l’avait forcé à chercher un
      refuge en Alsace, où Arnaud de Cervolle alla porter le ravage,
      ainsi que dans les comtés de Bourgogne et de Montbéliard. Finot,
      _Recherches_, p. 92.

      Le connétable[237] et les deux maréchaux[238] de France mettent
      le siége devant la Charité; ils sont bientôt rejoints par le
      duc de Bourgogne[239], revenu de sa chevauchée dans le comté
      de Montbéliard. Bertrand du Guesclin[240] lui-même, après une
      campagne dans le Cotentin, Jean de la Rivière[241], après la
      levée du siége d’Évreux, viennent renforcer les assiégeants. La
      garnison de la Charité fait souvent des sorties, et, dans une
      de ces escarmouches, Robert d’Alençon, fils du comte d’Alençon,
      Louis d’Auxerre, fils et frère des deux comtes d’Auxerre[242],
      sont faits chevaliers. Louis de Navarre, cantonné sur la
      frontière d’Auvergne, appelle au secours des assiégés Robert
      Knolles, Gautier Hewet et Mathieu de Gournay; mais le comte
      de Montfort a pris ces chevaliers anglais à son service pour
      assiéger le fort château d’Auray, et il a besoin plus que jamais
      de leur aide pour tenir tête à Charles de Blois son concurrent,
      qui se prépare à lui faire la guerre à la tête d’une puissante
      armée. P. 145, 146, 320 à 322.

      [237] Robert, dit Moreau, sire de Fiennes.

      [238] La première rédaction (p. 145, lignes 4 et 5) dit que
      ces maréchaux étaient Boucicaut et Mouton, sire de Blainville.
      Boucicaut était en effet maréchal de France et il prit part au
      siége de la Charité. Quant à Jean de Mauquenchy, dit Mouton, sire
      de Blainville, il assista aussi à ce siége, à la fin de septembre
      et dans les premiers jours d’octobre (_Bibl. Nat._, Quitt., XV,
      66, 95), et il y eut plusieurs chevaux tués et affolés (Delisle,
      _Mandements de Charles V_, p. 48, nº 93); mais il ne fut fait
      maréchal de France que le 20 juin 1368 (Anselme, _Hist. généal._,
      VI, 756). La seconde rédaction (p. 321) substitue Arnoul, sire
      d’Audrehem, à Mouton, sire de Blainville.

      [239] Philippe, duc de Bourgogne, avait mis le siége devant le
      fort de Moulineaux (auj. hameau de la Bouille, Seine-Inférieure,
      arr. Rouen, c. Grand-Couronne) à la fin d’août et dans les
      premiers jours de septembre. _Le 8 septembre_, Guillaume de
      Calletot, cher, était envoyé avec un autre chevalier, quinze
      hommes d’armes et deux archers étoffés «en l’aide de très
      excellent et puissant prince mgr le duc de Bourgoigne _qui a
      mis un siège devant le fort de Moulineaux_.» _Bibl. Nat._,
      Quitt., XV, 54 à 57.--Rappelé par l’invasion des Compagnies sur
      les frontières de son duché, Philippe quitta précipitamment
      la Normandie et n’arriva devant la Charité qu’à la fin de
      septembre, car nous avons une lettre de Philippe adressée à
      Jacques de Vienne, son lieutenant dans le Lyonnais, et datée de
      _Cosne-sur-Loire, le lundi 30 septembre_ (dom Plancher, _Hist. de
      Bourgogne_, II, 300). D’un autre côté, le mandement de Charles V
      mentionnant la présence _devant la Charité_ de Mouton, sire de
      Blainville, «en la compaignie de nostre très chier et amé frère
      le _duc de Bourgoigne_», est du 7 octobre 1364.

      [240] Quoi qu’en dise Froissart, il est presque impossible
      d’admettre que du Guesclin ait pu assister au siége de la
      Charité. Le 20 août 1364, le nouveau comte de Longueville, sire
      de Broons et de la Roche Tesson, chambellan du roi, s’intitulait
      encore «lieutenant général en _Normandie_» dans une quittance
      de cent francs d’or de l’argenterie du roi délivrée à Renier
      le Coutelier (_Bibl. Nat._, dép. des mss., Titres originaux,
      au mot _du Guesclin_). Peu avant le 20 septembre, Charles V
      donnait l’ordre d’annuler les assignations de deniers faites
      antérieurement à Bertrand sur les receveurs de Chartres,
      d’Évreux, de Lisieux de Séez, de Bayeux, de Coutances et
      d’Avranches (_Bibl. Nat._, Quitt., XV, 62); et cette annulation
      serait inexplicable, s’il fallait admettre avec Froissart que du
      Guesclin servait alors le roi de France devant la Charité. Le 29
      septembre suivant, le vainqueur de Cocherel prenait part à la
      bataille d’Auray. Entre ces deux dates, on voit qu’il ne reste
      pas de place pour un voyage à la Charité et le retour en Bretagne.

      [241] Dès le commencement de juillet 1364, Mouton, sire de
      Blainville, avait mis le siége devant Évreux (_Bibl. Nat._,
      Quittances, XV, 53). Au mois de _septembre_ suivant, Charles V
      accorda une lettre de rémission à Jean le Rebours, doyen, vicaire
      et official d’Évreux, partisan du roi de Navarre, «à la requeste
      de Hue de Chastillon, maistre de nos arbalestriers (nommé en
      remplacement de Baudouin, sire d’Annequin, tué à Cocherel), de
      Jean, sire de la Rivière et de Preaux, nostre chambellan, et de
      Mouton, sire de Blainville, nostre conseiller, _qui ont esté et
      sont de par nous à siége devant la dicte ville_.» _Arch. Nat._,
      JJ96, nº 256, fº 85 vº.--Les Français avaient déjà levé le siége
      d’Évreux en octobre, car _dans le courant de ce mois_ le roi
      octroya une lettre de rémission à Jean Quieret, seigneur de
      Fransu, chevalier, et à Godefroi de Noyelle, écuyer, considéré
      que «dicti miles et Godefridus _coram civitate Ebroycensi_ in
      comitiva dilecti et fidelis militis et cambellani nostri Johannis
      de Riparia _fuerunt_...» _Arch. Nat._, JJ96, nº 294, fºs 93 et 94.

      [242] En 1364, Jean de Chalon, IV du nom, fils aîné de Jean de
      Chalon, III du nom, comte d’Auxerre et de Tonnerre, prenait le
      titre de comte d’Auxerre concurremment avec son père, quoique
      celui-ci, prisonnier non racheté des Anglais, fût encore vivant.
      Le père Anselme (_Hist. généal._, VIII, 419) se trompe en faisant
      mourir Jean III avant 1361. _Bibl. Nat._, Clairambault, xxvii,
      1993.

Louis de Navarre, en qui la garnison de la Charité met toute son
espérance, évacue l’Auvergne pour se rendre en Normandie dans la région
de Cherbourg[243]. Charles V est obligé de rappeler ses gens d’armes
de la Charité pour les enrôler au service de son cousin Charles de
Blois[244], et il invite le duc de Bourgogne son frère à traiter avec
les assiégés. On permet à ceux-ci de se retirer où bon leur semblera,
après leur avoir fait prêter serment de ne point s’armer contre le
royaume pendant trois ans. Les habitants de la Charité rentrent dans
leurs foyers, et le duc de Bourgogne retourne en France[245]. P. 147,
148, 322.

      [243] Louis de Navarre, frère de Charles le Mauvais, arriva en
      Normandie, non pas, comme le dit Froissart, après la mort de
      Philippe de Navarre, comte de Longueville, décédé dès le 29
      août 1363, mais après la défaite du captal de Buch à Cocherel,
      vers le milieu du mois d’octobre 1364. Le premier acte que nous
      connaissions, qui atteste l’arrivée et la présence de Louis
      de Navarre en Normandie, est daté _de Mortain le 21 octobre
      1364_; Louis, comte de Beaumont le Roger, prend dans cet acte
      le titre de _lieutenant du roi de Navarre en France, Normandie
      et Bourgogne_ (_Bibl. Nat._, Quitt., XV, 92). D’autres actes,
      émanés de Louis de Navarre, sont datés de Cherbourg le 31 octobre
      (_Ibid._, nº 99), de Bricquebec, le 2 novembre (_Ibid._, nº 104),
      de Valognes, le 16 novembre (_Ibid._, nº 110), d’Avranches, le 16
      décembre 1364 (_Ibid._, nºs 113 et 114), d’Évreux, le 14 février
      1365 (_Ibid._, nº 136), de Pontaudemer, le 19 février (_Ibid._,
      nº 138), d’Évreux, le 22 mars (_Ibid._, nº 151), de Cherbourg, le
      10 avril (_Ibid._, nº 156), les 12 et 20 août (_Ibid._, nºs 195,
      197), de Bricquebec, le 4 novembre (Ibid., nº 226), de Cherbourg,
      le 13 novembre (_Ibid._, nº 232), de Gavray, le 24 novembre
      (_Ibid._, nº 238), de Bricquebec, les 11 et 12 décembre (_Ibid._,
      nºs 245, 246), de Gavray, le 19 décembre (_Ibid._, nº 251),
      d’Avranches, le 20 décembre 1365 (_Ibid._, nº 252).

      [244] Ce ne fut point, comme Froissart le dit par erreur, pour
      les enrôler au service de Charles de Blois, que le roi de France
      rappela les gens d’armes envoyés devant la Charité, car le retour
      de ces gens d’armes est postérieur à la bataille d’Auray. Cette
      bataille se livra le 29 septembre, et à cette date, Mouton, sire
      de Blainville, par exemple, n’était pas encore revenu du siége
      de la Charité, puisque l’on fut obligé, «en l’absence de ce
      chevalier, capitaine pour le roy ès cité et diocèse de Rouen», de
      confier la défense du pays à Regnault des Illes, bailli de Caux
      (_Bibl. Nat._, Quitt., XV, 66). Traqué à outrance sur tous les
      points de la Normandie depuis la journée du 16 mai 1364, le parti
      navarrais essaya dans le courant de septembre de mettre à profit
      le départ du duc de Bourgogne et du sire de Blainville pour la
      Charité, de Bertrand du Guesclin pour la Bretagne; il crut que
      les circonstances étaient favorables pour regagner le terrain
      perdu depuis Cocherel. Les choses en vinrent à ce point que l’on
      craignit un instant que le clos des galées de Rouen, ce grand
      arsenal de la France au quatorzième siècle, ne tombât au pouvoir
      des Navarrais qui occupaient Moulineaux; et l’on mit sur pied en
      toute hâte douze hommes d’armes, vingt arbalétriers et archers
      chargés spécialement de la défense de ce clos (_Bibl. Nat._,
      Quitt., XV, 58). C’est pour ces motifs que Charles V rappela
      ses gens d’armes de la Charité et que, comme nous le montrerons
      dans une des notes du chapitre suivant, il dut voir avec un
      certain déplaisir Bertrand du Guesclin interrompre une campagne
      signalée par tant de succès et laisser la Normandie à peu près
      sans défense pour aller en Bretagne mettre l’épée du vainqueur de
      Cocherel au service de Charles de Blois.

      [245] Le duc de Bourgogne, après le siége de la Charité, ne
      retourna pas en France. Le 26 novembre 1364, il fit son entrée
      solennelle à Dijon en compagnie de son frère le duc d’Anjou. Au
      mois de janvier de l’année suivante, il entreprit une expédition
      contre les Compagnies qui ravageaient la Champagne et assiégea
      Nogent-sur-Seine. Dom Plancher, III, 13, 557, 568.




CHAPITRE LXXXIX.

  1364, 29 SEPTEMBRE. BATAILLE D’AURAY.--1365, 12 AVRIL. TRAITÉ DE
    GUÉRANDE (§§ 530 à 545.)


Le roi de France, apprenant que la guerre va se rallumer entre Jean
de Montfort et Charles de Blois, envoie à ce dernier un secours de
mille lances sous les ordres de Bertrand du Guesclin[246]. Charles,
après avoir rassemblé une armée à Nantes[247], quitte cette ville
pour marcher contre le comte de Montfort qui a mis le siége devant
Auray. Noms des principaux chevaliers, tant bretons que français,
qui ont répondu à l’appel du duc de Bretagne. Au moment du départ,
Jeanne de Penthièvre exhorte son mari à repousser toute proposition
d’accommodement. Charles de Blois se met en marche et arrive à
Rennes[248] avec son armée. P. 148 à 152, 323 à 327.

      [246] Du Guesclin, en allant mettre son épée au service de
      Charles de Blois, à la fin de septembre 1364, semble avoir obéi
      bien plutôt à l’inspiration de la fidélité et du dévouement
      qu’aux ordres du roi de France. Charles V, en effet, put être
      contrarié de voir le vainqueur de Cocherel s’éloigner de la
      Normandie au moment où le parti navarrais, réduit à la défensive
      depuis la journée du 16 mai, tendait à reprendre l’offensive et
      redoublait d’audace dans toutes les parties de cette province.
      Quoi qu’il en soit, il est certain que, dès les premiers jours
      d’août 1364, le roi de France fit tous ses efforts pour prévenir
      le conflit et dépêcha auprès des deux compétiteurs Pierre Domont,
      l’un de ses chambellans et Philippe de Troismons, l’un de ses
      conseillers, commis pour «aller devers le duc de Bretagne et
      le comte de Montfort pour certaines choses touchans l’onneur
      et proufit du royaume.» _Bibl. Nat._, Quitt., XV, 46; cf. les
      nºs 41 et 47.--Et lorsque les hostilités furent sur le point
      d’éclater, lorsque Bertrand eut quitté la Normandie pour aller
      rejoindre le prince au service duquel il avait fait ses premières
      armes, Charles V n’eut rien de plus pressé que de casser aux
      gages le chevalier breton, comme le prouve un curieux mandement
      des trésoriers généraux des aides, en date du 20 septembre
      1364, dont le texte est signalé et publié ici pour la première
      fois: «De par les generauls tresoriers. Jehan l’Uissier, nous
      vous mandons que des deniers de vostre recepte vous paiez et
      delivrez à Rollant Fournier, notaire du Chastellet de Paris,
      pour l’escripture de sept paires de lettres de vidimus du dit
      Chastellet faisans mencion des lettres du roy nostre sire
      encorporées ès diz vidimus, par lesquelles le roy nostre dit
      seigneur rappelloit l’assignacion faicte à monseigneur Bertran du
      Glesquin, conte de Longueville, sur les esleuz et receveurs de
      Chartres, d’Évreux, de Lisieux, de Sées, de Baieux, de Coustances
      et d’Avranches: pour chascune lettre, iii sous parisis valent
      XXI sous parisis. Et, par rapportant ceste presente cedule
      avecques lettres de quittance sur ce du dit notaire, la dicte
      somme de xxi sous parisis sera allouée en voz comptes sanz aucun
      contredit. Escript à Paris le XXe jour de septembre l’an mil
      ccclxiiii.» _Bibl. Nat._, Quitt., XV, nº 62.--Quand on connaît
      cet acte, il est impossible d’admettre avec Froissart que du
      Guesclin ait fourni à Charles de Blois un renfort de mille
      lances. Sans doute, Bertrand ne put guère amener en Bretagne que
      sa compagnie proprement dite, composée surtout de ses parents ou
      alliés de Bretagne et de Normandie. L’un de ces derniers, Robert
      de Brucourt, cher, seigneur de Maisy (Calvados, arr. Bayeux, c.
      Isigny), marié à Alice Paynel, fut fait prisonnier à Auray par
      un homme d’armes anglais nommé Thomas Caterton. Celui-ci exigea
      une rançon de quatorze mille francs. Robert de Brucourt, se
      trouvant hors d’état de payer cette somme, l’emprunta à Bertrand
      du Guesclin, son cousin, auquel il dut engager toutes ses terres
      et seigneuries à titre hypothécaire. _Arch. Nat._, JJ109, nº 427.

      [247] Au mois d’août 1364, Charles de Blois ne se trouvait pas à
      Nantes, mais à Guingamp; et Cuvelier est beaucoup plus exact que
      Froissart dans les deux vers suivants:

          Tout droit à une ville, qui nommée est Guinguans,
          Fu faite la semonce des hardiz combatans.

          (Vers 5412 et 5413.)

      [248] Charles de Blois, partant de Guingamp pour aller au secours
      d’Auray assiégé par Montfort, se serait détourné de son chemin en
      passant par Rennes, et il n’avait garde de suivre l’itinéraire
      indiqué par Froissart. Il fit sa première et principale étape à
      Josselin, où les contingents qui n’avaient pas rallié Guingamp
      vinrent le rejoindre. Cuvelier, _Chronique de Bertrand du
      Guesclin_, édit. de Charrière, I, 203, vers 5467 et 5476.

Huit lieues de pays séparent Rennes d’Auray[249]. Charles de Blois part
de Rennes un vendredi[250] et se vient loger à trois lieues d’Auray.
L’armée franco-bretonne s’avance dans le plus bel ordre. A cette
nouvelle, Jean de Montfort et ses principaux capitaines, Jean Chandos,
Robert Knolles, Eustache d’Auberchicourt, Hugh de Calverly, Gautier
Hewet, Mathieu de Gournay, tiennent conseil. On décide qu’on ira à la
rencontre de l’ennemi, et le lendemain samedi la plus grande partie de
l’armée assiégeante exécute un mouvement rétrograde et vient se placer
en travers du côté par où s’avance Charles de Blois, pour lui barrer le
chemin d’Auray[251]. Arrivés en présence des forces anglo-bretonnes,
Charles et les siens s’arrêtent dans une position avantageuse au
milieu de grandes bruyères[252]. P. 152 à 154, 327, 328.

      [249] Froissart travaillait sans avoir sous les yeux aucune carte
      des pays où se sont passés les événements qu’il raconte dans
      ses Chroniques. Aussi sa géographie est-elle très défectueuse,
      surtout quand il s’agit de régions où l’infatigable narrateur
      n’avait pas été conduit par son humeur curieuse ou les hasards
      de sa vie errante. Personne n’ignore que la distance qui sépare
      Rennes d’Auray est, non pas de huit, mais de plus de vingt lieues.

      [250] Nous avons dit, dans une des notes précédentes, que Charles
      de Blois avait fait sa première halte à Josselin (Morbihan,
      arr. Ploërmel). La distance de Josselin à Auray (Morbihan, arr.
      Lorient) est de douze à quinze lieues. L’étape suivante se fit,
      pendant la nuit du vendredi 27 au samedi 28 septembre, dans la
      lande de Lanvaux (à 3 kil. au N. de Rochefort, entre la rivière
      d’Arz et le cours de la Claie). Un témoin qui déposa en 1371 dans
      l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois «... vidit
      semel dictum dominum Carolum de Blesiis, dum ibat ad conflictum
      de Aurroyo in quo fuit mortuus, jacentem in abbatia de Longis
      Vallibus supra quamdam sargiam, præcinctum ad carnem quadam
      corda.» _Bibl. Nat._, ms. lat., nº 5381, t. II, fº 158. Cf.
      Cuvelier, vers 5760 et 5761.

      [251] A la nouvelle de l’approche de Charles de Blois, Jean
      de Montfort, qui venait de s’emparer d’Auray, abandonna ses
      positions et vint occuper, sur la rive droite du Loch, les
      hauteurs de la Forêt et de Rostevel, dans les environs de
      la gare actuelle d’Auray. La rivière seule le séparait des
      Franco-Bretons campés dans le bois de Kermadio. Ces détails
      topographiques, extraits d’une chronique inédite de la Chartreuse
      d’Auray conservée à l’abbaye de Solesmes, sont empruntés à un
      très-intéressant mémoire de dom François Plaine intitulé: _La
      journée d’Auray d’après quelques documents nouveaux. Mémoires de
      l’association bretonne_, Saint-Brieuc, 1875, in-8º, p. 87 et 88.

      [252] Après avoir passé la nuit du 27 au 28 septembre dans la
      lande de Lanvaux, l’armée de Charles de Blois s’était remise
      en marche le samedi 28 par Plumergat (Morbihan, arr. Lorient,
      c. Auray). En peu d’heures, on atteignit Keranna, aujourd’hui
      Sainte-Anne, et ensuite les bois de Kermadio, sur la rive gauche
      du Loch; mais il n’y eut qu’une partie des troupes à s’avancer si
      loin: le reste de l’armée s’échelonna entre le manoir de Kermadio
      et les moulins du duc en Trevalleray. Dom François Plaine, _Mém.
      de l’association bretonne_, p. 88.

Par le conseil de Bertrand du Guesclin, Charles de Blois partage
son armée en trois batailles ou divisions, chacune de mille
combattants[253], et une arrière-garde. Bertrand commande la première
de ces batailles, les comtes d’Auxerre et de Joigny la seconde, Charles
de Blois la troisième. Les seigneurs de Rais, de Rieux, de Tournemine,
du Pont forment l’arrière-garde. Le duc chevauche de rang en rang,
excitant chacun à faire son devoir; il affirme sur son âme et sa part
de paradis[254] que c’est pour son bon et juste droit que l’on va
combattre. P. 154, 155, 328, 329.

      [253] Ce même nombre de quatre mille donné approximativement
      par le P. Péan de Quélen (dom Morice, _Preuves de l’histoire
      de Bretagne_, II, 11), par Cuvelier (vers 5758), par Guillaume
      de Saint-André (vers 1129) confirme sur ce point la version de
      Froissart. Il paraît y avoir eu beaucoup de recrues dans les
      rangs des Franco-Bretons (_Bibl. Nat._, ms. lat. nº 5381, t.
      I, fº 109), et Cuvelier mentionne parmi les champions du duc
      de Bretagne un jeune damoiseau qui n’avait pas quinze ans:
      «Chevaliers fu là faiz, n’ot pas quinze ans passez.» Vers 5915.

      [254] Le saint et le héros sont si intimement fondus en la
      personne de Charles de Blois qu’il est impossible de les
      distinguer: «Carolus, antequam iret ad conflictum de Aurroyo in
      quo mortuus fuit, adeo infirmus fuerat per septem septimanas quod
      se sustinere non poterat; sed illa infirmitate non obstante,
      ipse semper super straminibus, ut præfertur, jacebat. Et dum per
      istum et alios cubicularios suos reprehendebatur pro eo quod ad
      conflictum ire volebat in tali debilitate, ipse dicebat: «Ego ibo
      defendere populum meum: placeret modo Deo quod contentio esset
      solum inter me et adversarium meum, absque eo quod alii propter
      hoc morirentur!» _Bibl. Nat._, ms. lat. nº 5381, fº 175.

Jean Chandos, chargé dans l’autre camp de la direction suprême, divise
aussi l’armée de Montfort en trois batailles et une arrière-garde. Il
met à la tête de la première bataille Robert Knolles, Gautier Hewet et
Richard Burleigh; la seconde a pour chefs Olivier de Clisson, Eustache
d’Auberchicourt et Mathieu de Gournay; enfin, Chandos s’est réservé
pour lui-même le commandement de la troisième où il doit combattre aux
côtés du comte de Montfort. Chacune de ces batailles se compose de cinq
cents hommes d’armes et de trois cents archers[255]. Après beaucoup de
difficultés, Hugh de Calverly consent à être le chef de la réserve ou
arrière-garde qui compte cinq cents combattants. P. 155 à 157, 329 à
331.

      [255] S’il fallait accepter les données de Froissart,
      l’effectif de l’armée de Montfort ne se serait élevé qu’à
      environ trois mille deux cents combattants. L’auteur de la
      _Chronique des quatre premiers Valois_, le plus exact des
      chroniqueurs du quatorzième siècle, fait remarquer en effet
      que les Franco-Bretons avaient l’avantage du nombre: «Et avoit
      monseigneur Charles de Bloiz plus grant nombre de gent que
      n’avoit le conte de Montfort.» Guillaume de Saint-André, dont on
      a le droit, il est vrai, de suspecter le témoignage, ne donne à
      Montfort que dix-huit cents hommes: «Montfort n’est que à dix
      huit cens.» vers 1130. Si l’on excepte Olivier de Clisson et la
      clientèle de ce grand seigneur, Montfort n’avait pour ainsi dire
      sous ses ordres que des Anglais. Or, les contingents disponibles
      des garnisons anglaises de la Bretagne et du Poitou ne pouvaient
      guère dépasser deux mille ou deux mille cinq cents combattants.

Le samedi [28 septembre[256]] 1364, les deux armées sont en face
l’une de l’autre dans l’ordre que nous venons d’indiquer. Le sire
de Beaumanoir, qui ne se peut armer parce qu’il est prisonnier des
Anglo-Bretons, va en parlementaire d’un camp à l’autre et parvient à
obtenir un répit entre les deux parties jusqu’au lendemain, à l’heure
de soleil levant. Le châtelain d’Auray profite de ce répit pour se
rendre auprès de Charles de Blois, son maître, qui l’assure que
l’ennemi lèvera le siége le lendemain par accord ou par bataille[257].
Les Anglais, de leur côté, sachant que leurs adversaires sont à
bout de ressources, ont pris la résolution de ne se prêter à aucun
accommodement. P. 157 à 159, 331 à 333.

      [256] On lit dans Froissart: «le samedi 8 octobre.» Il y a là
      deux erreurs. En 1364, le 8 octobre tomba un mardi, et non un
      samedi, et la veille de la bataille d’Auray doit être rapportée,
      non au 8 octobre, mais au samedi 28 septembre.

      [257] Cet épisode est purement romanesque. Le comte de Montfort
      venait de s’emparer de la ville et avait forcé la garnison du
      château d’Auray à capituler, lorsque Charles de Blois arriva pour
      faire lever le siége de cette forteresse.

Le dimanche, de grand matin, les chevaliers des deux armées assistent
à la messe et communient et, un peu après soleil levant, se mettent
en ordre de bataille comme le jour précédent. Le sire de Beaumanoir
revient au camp de Jean de Montfort où il porte des propositions de
paix. Chandos, qui veut à tout prix livrer bataille, ne le laisse pas
venir jusqu’au comte et prend sur lui de répondre à ce parlementaire:
«Messire Jean de Montfort sera aujourd’hui duc de Bretagne ou il mourra
à la peine.» Puis il va trouver Montfort et, pour l’exciter, il met
dans la bouche de Charles de Blois les paroles qu’il vient lui-même de
prêter auparavant au compétiteur de Charles[258]. Grâce à cette ruse
mensongère, les deux prétendants sont également exaspérés, et leurs
partisans se disposent à en venir aux mains, les Franco-Bretons en
invoquant Dieu et saint Yves, les Anglo-Bretons en se recommandant à
Dieu et à saint Georges. P. 159 à 162, 333 à 335.

      [258] C’est Charles de Blois, et non Jean Chandos, qui rompit
      définitivement les négociations. Les capitaines anglais, dont
      Montfort n’était que l’instrument, voulaient conserver le droit
      de lever des rançons sur la Bretagne pendant cinq années. Le
      mari de Jeanne de Penthièvre aima mieux courir les chances
      d’une bataille que de laisser ses sujets en butte à de telles
      vexations. Cela résulte de l’affirmation d’un témoin oculaire,
      Geoffroi de Dinan, cher, qui déposa sous la foi du serment, en
      1371, dans l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois:
      «... Die conflictus prædicti de Aurroyo, dum ipse (Carolus de
      Blesiis) cum suis gentibus armorum paratus fuisset ad bellum
      in campo contra adversarios suos etiam ex adverso paratos
      contra ipsum, perlocutum fuit de tractatu habendo cum ipso ex
      parte dictorum adversariorum suorum, dummundo ipsi haberent
      redemptiones a popularibus sui ducatus usque ad quinquennium,
      prout antea de facto habuerant. Et cum nobiles viri dominus de
      Ruppeforti et vicecomes Rohanni, presentes ibidem in armis et
      de parte ipsius existentes, tractatui hujusmodi consentirent,
      dicens dictus dominus de Ruppeforti quod, quantum in ipso erat,
      prædiligebat summam triginta milium librarum levari et exigi a
      subditis suis, quam ipsa die debellare; ac dixit presenti testi
      quod ipse iret ad dictum dominum Carolum et sibi diceret quod
      melius sibi foret permittere hujusmodi redemptiones levari a
      dictis popularibus quam eventum belli expectare. _Qui presens
      testis accessit ad dictum dominum Carolum, et hoc ex parte
      dictorum nobilium eidem nunciavit. Quod cum audisset, respondit
      quod prædiligebat incidere in eventum belli, ad voluntatem Dei,
      quam permittere populum suum talibus miseriis et angustiis
      prægravari quibus compatiebatur, et pro ipsis pugnare volebat, ut
      dicebat, et finaliter pugnavit ac mortuus fuit._» _Bibl. Nat._,
      ms. lat. nº 5381, t. I, fºs 360 vº et 361.

Du côté des Français, chaque homme d’armes est muni d’une lance
retaillée à la longueur de cinq pieds et d’une hache qui pend à la
ceinture ou qu’on porte suspendue au cou. La bataille de Bertrand du
Guesclin vient attaquer celle de Robert Knolles et de Gautier Hewet.
Les archers anglais commencent à tirer, mais leurs adversaires sont
si bien protégés par leurs pavois que les traits ne les atteignent
pas. Ces archers jettent alors leurs arcs, et quelques-uns d’entre eux
parviennent à s’emparer des haches des hommes d’armes de du Guesclin.
Pendant ce temps, la bataille de Charles de Blois en vient aux mains
avec celle de Jean de Montfort. Les gens de ce dernier ont d’abord le
dessous, mais Hugh de Calverly, qui se tient sur aile, accourt leur
prêter main-forte et parvient à rétablir le combat. P. 162, 163, 335 à
337.

Olivier de Clisson, Eustache d’Auberchicourt, Richard Burleigh, Jean
Boursier, Mathieu de Gournay[259], ont affaire à la bataille des comtes
d’Auxerre et de Joigny. La mêlée devient telle que toutes les batailles
ou divisions des deux armées se confondent, excepté l’arrière-garde
de Hugh de Calverly, qui se tient toujours en réserve du côté des
Anglo-Bretons. Olivier de Clisson, une hache de guerre à la main, fait
merveille d’armes; mais il a un œil crevé par la pointe d’une hache
ennemie qui a rompu la visière de son bassinet. Les comtes d’Auxerre et
de Joigny sont blessés grièvement et faits prisonniers sous le pennon
de Jean Chandos; le sire de [Trie[260]], grand banneret de Normandie,
est tué; les Franco-Bretons, qui combattaient aux côtés de ces
seigneurs, se laissent alors entraîner à une panique et à une débandade
générales. P. 164 à 166, 337 à 339.

      [259] On a publié, d’après une liste manuscrite dressée au
      dix-huitième siècle par Yves Duchesnoy, les noms des principaux
      capitaines qui combattirent à Auray sous Jean Chandos (_Revue
      des provinces de l’Ouest_, III, 203). Cf. un opuscule intitulé:
      _Jean Chandos, connétable d’Aquitaine et sénéchal du Poitou_, par
      Benjamin Fillon, 1856, p. 13, note 1.

      [260] «Prie» est la leçon que donnent tous les manuscrits; mais
      comme Froissart ajoute que ce chevalier était un grand banneret
      de Normandie, on peut supposer qu’il a voulu désigner le seigneur
      de Trie.

Les deux batailles de du Guesclin et de Charles de Blois soutiennent
encore la lutte. Toutefois les Anglo-Bretons de Montfort maintiennent
mieux leurs lignes et gagnent du terrain, grâce surtout à l’appui de
la réserve commandée par Hugh de Calverly[261]. Jean Chandos, à la
tête d’une troupe nombreuse d’Anglais, accourt prêter main-forte à la
division opposée à celle de Bertrand du Guesclin. Après une résistance
désespérée, Bertrand et le seigneur de Rais sont faits prisonniers
par les gens de Jean Chandos. Le reste des forces franco-bretonnes se
rallie autour de Charles de Blois qui se bat comme un lion. Bientôt
la bannière de Charles est jetée par terre et conquise, et Charles
lui-même est tué[262]. On a prétendu que, le matin de la bataille, les
chevaliers des deux armées s’étaient donné le mot de ne pas prendre à
rançon le chef de l’armée opposée, s’il venait à tomber entre leurs
mains, mais de le mettre à mort. Parmi les bannerets de Bretagne,
Charles de Dinan, les seigneurs de Léon, d’Ancenis, d’Avaugour, de
Lohéac, de Kergorlay, de Malestroit, du Pont, sont tués. Le vicomte
de Rohan, les seigneurs de Léon, de Rochefort, de Rais, de Rieux, de
Tournemine, Henri de Malestroit, Olivier de Mauny, les seigneurs de
Riville, de Fréauville et d’Esneval, outre les comtes d’Auxerre, de
Joigny et Bertrand du Guesclin, sont faits prisonniers. Cette bataille
se livre dans les environs d’Auray le [29 septembre[263]] 1364. P. 166
à 169, 339 à 342.

      [261] D’après la chronique de la Chartreuse d’Auray, dont la
      rédaction relativement moderne, repose en général sur une
      tradition orale non interrompue, Hugh de Calverly s’était
      embusqué dans le bois de Kerlain.

      [262] En 1371, six ans après l’événement, Georges de Lesven,
      écolâtre et chanoine de Nantes, maître ès arts et bachelier en
      médecine, rapportait comme une tradition très-autorisée que
      Charles de Blois s’était constitué prisonnier lorsqu’un partisan
      de Montfort (d’après les traditions de la maison de Penthièvre,
      Pierre de Lesnérac, Guérandais d’origine) le tua par trahison:
      «_per magnum spatium temporis postquam captus fuit per inimicos
      suos et se reddiderat prisonarium eisdem, ipsi inimici eumdem
      occiderunt_ ac armis et aliis vestimentis suis despoliaverunt ac
      ipsum indutum cilicio ad carnem invenerunt.» _Bibl. Nat._, ms.
      lat. nº 5381, t. I, fº 54. Cf. dom Morice, _Preuves de l’histoire
      de Bretagne_, II, 7.

      [263] Froissart, par suite de l’erreur que nous avons déjà
      signalée, assigne à la bataille d’Auray la date du 9 octobre.
      Il est constant que cette bataille se livra le dimanche 29
      septembre 1364, le jour de la fête de saint Michel. On a pu dire,
      en réfléchissant à cette coïncidence et par allusion à la part
      prise par les Anglais, dont saint Georges était le patron, au
      succès de Montfort, que saint Michel avait fait les honneurs de
      cette journée à saint Georges. Peu de temps avant la bataille
      d’Auray, Charles de Blois était allé pieds nus en pèlerinage au
      Mont-Saint-Michel où il avait fait cadeau aux religieux d’une
      relique de saint Yves, comme en témoignait l’inscription suivante
      gravée sur un reliquaire en vermeil de la célèbre abbaye: «C’est
      la coste saint Yves que monseigneur Charles de Blois cy donna.»
      Dom Huynes, _Hist. du Mont-Saint-Michel_, II, 44.

Les principaux seigneurs anglo-bretons, laissant à leurs gens le soin
de poursuivre les fuyards, viennent se désarmer à l’ombre d’une haie et
font compliment à Jean de Montfort de sa victoire. Celui-ci en reporte
tout l’honneur sur Jean Chandos qu’il invite à boire après lui dans son
hanap. Et, quand il apprend la mort de son adversaire Charles de Blois,
il se fait conduire auprès du cadavre de son cousin dont la vue excite
ses regrets et lui arrache des larmes[264]. Jean Chandos s’empresse de
mettre fin à cette scène attendrissante. Les restes de Charles de Blois
sont portés à Rennes et de là à Guingamp. P. 169 à 171, 342 à 344.

      [264] Il faut lire dans le texte tout ce récit empreint de je
      ne sais quel charme mélancolique qui va jusqu’à l’éloquence.
      Toutefois, il est impossible de ne pas faire remarquer que
      la générosité prêtée ici à Montfort s’accorde assez mal avec
      l’irrévérence des Anglais attestée par un témoin oculaire, Frère
      Geoffroi Rabin, dominicain de la maison de Nantes: «Et postmodum,
      _dum ipse dominus Carolus fuisset dearmatus et despoliatus
      omnibus vestimentis suis per Anglicos_, vidit aliquos dictorum
      Anglicorum tenentes quoddam cilicium album quod dicebant fuisse
      et esse cilicium dicti domini Caroli quod habebat indutum, quod
      quasi pro nihilo reputantes ad terram dimiserant.» _Bibl. Nat._,
      ms. lat. nº 5381, t. I, fºs 192 vº et 193.

Le comte de Montfort donne trêve pour enterrer les morts, et Charles
V envoie en Bretagne Louis, duc d’Anjou, son frère, pour réconforter
Jeanne de Penthièvre, veuve de Charles de Blois.--La nouvelle de la
victoire d’Auray est apportée à Édouard III à Douvres, cinq jours
après la bataille[265], par un varlet poursuivant armes que le roi
d’Angleterre fait sur le champ héraut sous le nom de Windsor, et c’est
de ce héraut ainsi que de certains chevaliers des deux partis que
Froissart tient son récit de cette journée mémorable[266]. P. 171 à
174, 344 à 346.

      [265] Le cinquième jour après la bataille d’Auray nous reporte
      au 4 octobre; or, la veille, c’est-à-dire le 3 octobre, Édouard
      III a daté l’un de ses actes de Canterbury, ville située, comme
      chacun sait, sur la route de Londres à Douvres (Rymer, III, 749):
      l’assertion de Froissart offre par conséquent un haut degré de
      vraisemblance.

      [266] L’historien et le critique ne doivent pas un instant
      perdre de vue que le récit de Froissart, relatif à la journée
      d’Auray, dérive principalement du héraut anglais Windsor, comme
      la narration que le même chroniqueur a consacrée à l’affaire de
      Cocherel provient surtout du roi d’armes ou héraut anglo-gascon
      Faucon.

Cette nouvelle comble de joie Édouard III et Louis, comte de Flandre,
qui se sont donné rendez-vous à Douvres pour traiter, moyennant
dispense du pape Urbain V, du mariage d’Aymon, comte de Cambridge,
l’un des fils du roi d’Angleterre, avec Marguerite, fille du comte de
Flandre et veuve du dernier duc de Bourgogne, Philippe de Rouvre[267].
P. 174, 175, 346 à 348.

      [267] Les conventions relatives à ce projet de mariage, qui ne se
      réalisa point, sont datées de Douvres, le 19 octobre 1364. Rymer,
      III, 751.

Siége d’Auray, de Jugon et de Dinan[268], par le comte de Montfort;
reddition de ces trois places.--Siége de Quimper-Corentin. P. 175 à
177, 348 à 350.

      [268] Dinan et Jugon se rendirent à Montfort dans le courant du
      mois d’octobre 1364. Dom Morice, _Preuves_, I, 1583.

De l’avis de ses conseillers, frappés des progrès croissants et des
conquêtes du vainqueur d’Auray, Charles V envoie Jean de Craon,
archevêque de Reims, le seigneur de Craon et le maréchal Boucicaut[269]
à Quimper-Corentin[270] en qualité de plénipotentiaires et les charge
de traiter avec Jean de Montfort[271]. Celui-ci demande du temps pour
en référer à Édouard III, son beau-père et son protecteur, d’après
les inspirations duquel il règle toute sa politique; puis, il pose
ses conditions que les ambassadeurs français soumettent à leur tour
au roi leur maître et au duc d’Anjou. Finalement, la paix est conclue
aux conditions suivantes: 1º Jean de Montfort sera reconnu duc de
Bretagne, mais s’il meurt sans héritiers légitimes, le duché retournera
aux enfants de Charles de Blois. 2º Jean fera hommage du duché au roi
de France, son suzerain. 3º Jeanne de Penthièvre, veuve de Charles
de Blois, sera maintenue en possession du comté de Penthièvre dont
le revenu est évalué à vingt mille francs[272]. Jean de Montfort
interviendra de tout son pouvoir auprès d’Édouard III pour faire mettre
en liberté ses cousins Jean et Gui, les deux fils aînés de Charles de
Blois, qui sont encore détenus prisonniers en Angleterre. P. 177 à 181,
350 à 352.

      [269] Par acte daté de Paris le 25 octobre 1364, Charles V
      donna pleins pouvoirs pour traiter de la paix à Jean de Craon,
      archevêque de Reims et au maréchal Boucicaut (_Ibid._, 1584); il
      n’est fait dans cet acte aucune mention d’Amauri, sire de Craon.

      [270] Il est très-vraisemblable, suivant une conjecture fort
      plausible de Dacier (p. 615 de son édition, note 1), que les
      préliminaires de la paix furent arrêtés devant Quimper-Corentin
      qui se rendit à Montfort le 17 novembre de cette année (_Ibid._,
      1585 et 1586); mais la paix ne fut conclue définitivement et
      signée qu’à Guérande le samedi 12 avril de l’année suivante, la
      veille de Pâques.

      [271] Par acte daté d’Angers le 11 mars 1365 (n. st.), Jeanne de
      Penthièvre, qui continuait de s’intituler «duchesse de Bretagne»,
      chargea de ses pleins pouvoirs Hugues de Montrelais, évêque de
      Saint-Brieuc, Jean, sire de Beaumanoir, Gui de Rochefort, sire
      d’Assérac, et maître Gui de Cleder. _Ibid._, 1587 et 1588.

      [272] Le traité de Guérande maintient en outre Jeanne de
      Penthièvre en possession de la vicomté de Limoges. Froissart
      donne seulement les grandes lignes de ce traité, qu’il faut lire
      dans sa teneur pour en avoir une idée exacte. _Ibid._, 1588 à
      1599.

Charles V rend à Olivier, sire de Clisson, ses terres sises dans le
royaume, que Philippe de Valois avait autrefois confisquées, et le
rallie ainsi au parti français[273].--Jean de Montfort se marie à
la fille de la princesse de Galles que Jeanne de Kent avait eue de
son premier mariage avec Thomas de Holland[274], et les noces sont
célébrées à Nantes.--Les reines Jeanne d’Évreux et Blanche de Navarre,
la première tante et la seconde sœur de Charles le Mauvais, font mettre
en liberté le captal de Buch à qui le roi de France donne le château
de Nemours[275] dont le revenu est évalué à trois mille francs. Le
prince de Galles ayant témoigné son mécontentement de l’acceptation
de ce don, le captal renvoie son hommage à Charles V et renonce à la
donation faite en sa faveur.--En vertu d’un traité conclu entre les
rois de France et de Navarre, Charles V conserve Mantes et Meulan
et assigne en dédommagement à son beau-frère d’autres châteaux en
Normandie[276].--Louis de Navarre emprunte soixante mille florins[277]
au roi de France pour passer en Lombardie où il va épouser la reine de
Naples, mais il ne survit que peu de temps à ce mariage[278]. P. 181 à
183, 352, 353.

      [273] Le dauphin, duc de Normandie, avait travaillé de bonne
      heure à rallier Clisson au parti français. Dès le 27 septembre
      1360, il avait rendu à Olivier la moitié de la baronnie de Thury
      (auj. Thury-Harcourt, Calvados, arr. Falaise) et la terre du
      Thuit (_Notre-Dame du_ THUIT est marquée comme ruine sur la
      carte de Cassini, nº 94, au N. O. de la forêt de Cinglais, sur
      la rive droite de l’Orne, à 16 kil. S. de Caen, entre Boulon et
      les Moutiers), que le sire de Clisson devait tenir dans le duché
      de Normandie et qui avaient été confisquées (_Arch. Nat._, JJ87,
      nº 274). Aussitôt après le traité de Guérande, cette habile
      politique, servie par la morgue et les convoitises des Anglais,
      auxiliaires de Montfort, réussit à rattacher peu à peu et par
      degrés Clisson et sa puissante clientèle au parti français
      (_Ibid._, JJ113, nº 162). Jeanne de Penthièvre, qui avait nommé
      Olivier son lieutenant et gouverneur en ses terres et pays de
      Bretagne (_Bibl. Nat._, ms. lat. nº 5381, II, 83 à 85; dom
      Morice, _Preuves_, I, 1631 et 1632), Jeanne de Penthièvre fut
      le principal intermédiaire de cette réconciliation définitive,
      accomplie au mois de septembre 1367, et en vertu de laquelle
      Charles rétablit le fils unique et l’héritier de Jeanne de
      Belleville dans la possession de toutes ses terres confisquées
      (_Arch. Nat._, K166{6}, nº 17{6}).

      [274] Jean de Montfort, devenu duc de Bretagne, veuf en premières
      noces de Marie d’Angleterre, l’une des filles d’Édouard III,
      morte vers 1363 après quelques mois de mariage, épousa en 1366
      Jeanne Holland, fille de Thomas Holland et de la fameuse Jeanne
      de Kent, devenue en 1362 princesse de Galles et d’Aquitaine par
      son mariage avec le prince Noir. Jeanne Holland mourut en 1384.

      [275] Seine-et-Marne, arr. Fontainebleau. Nous ne connaissons
      aucun acte qui mentionne cette donation de Nemours au captal de
      Buch; mais Christine de Pisan dit aussi que Jean de Grailly fut
      comblé de faveurs par Charles V et qu’il reçut même le titre de
      chambellan du roi de France (_Le livre des faits et bonnes mœurs
      du sage roi Charles_, 1re partie, chap. XXX).

      [276] Par le traité de paix conclu à Paris le 6 mars 1365 (n.
      st.) entre les rois de France et de Navarre, il fut stipulé
      que Charles le Mauvais aurait, non comme le dit Froissart, des
      châteaux situés en Normandie, mais la ville et la baronnie de
      Montpellier en dédommagement de Mantes, de Meulan et du comté
      de Longueville (_Arch. Nat._, J617, nº 31; Secousse, _Mémoires
      sur Charles II_, II, 222 à 231). La confirmation de ce traité
      par Charles V est, suivant la judicieuse remarque de M. Delisle
      (_Mandements de Charles V_, p. 104, n. 2 et p. 112) antérieure au
      20 juin de la même année (Secousse, _Mémoires_, II, 254 à 256).

      [277] Louis de Navarre emprunta à Charles V, non pas 60 000, mais
      50 000 florins d’or fin du coin de France, appelés francs. Le 4
      avril 1366 (n. st.), il engagea son comté de Beaumont-le-Roger,
      Bréval et Anet à son royal créancier qui devait toucher le revenu
      de ces terres évalué à 8000 livres, jusqu’à parfait remboursement
      de la somme prêtée (_Arch. Nat._, J617, nº 32).

      [278] Froissart commet ici deux erreurs. Louis de Navarre épousa
      en 1366, non la reine de Sicile, mais Jeanne de Sicile, duchesse
      de Duras, fille de Charles de Sicile duc de Duras et de Marie
      de Sicile, et il survécut si bien à ce mariage qu’il mourut
      seulement en 1372, dans la Pouille et fut enterré à Naples.
      (Anselme, _Hist. généal._, I, 291). Louis de Navarre quitta
      Évreux vers la fin d’avril 1366, et il n’est plus fait mention de
      sa présence en Normandie à partir du 20 de ce mois (_Bibl. Nat._,
      Quitt., XVI, 290). Le captal de Buch, mis en liberté par Charles
      V, remplit, dès les derniers mois de 1365 et jusqu’à la fin de
      1366, les fonctions de lieutenant du roi de Navarre en Normandie
      (_Ibid._, XV, 224). Ayant appris, sur ces entrefaites, que le
      prince de Galles se disposait à entrer en Espagne pour restaurer
      don Pèdre et renverser don Henri de Trastamare soutenu par du
      Guesclin, le vaincu de Cocherel rassembla en toute hâte les
      débris des Compagnies anglo-navarraises aux environs d’Avranches
      où il avait donné rendez-vous à Jean, duc de Lancastre, et se mit
      en route pour Bordeaux. Le dernier acte de sa lieutenance est un
      mandement daté de Genest (Manche, arr. Avranches, c. Sartilly),
      le 22 décembre 1366, par lequel il enjoignit de payer 88 livres
      II sous «pour certains vivres qui furent amenez à Genez pour la
      despense de monseigneur le duc de Lancastre et de nous.» _Ibid._,
      XVI, 340.




CHAPITRE XC.

  1365, OCTOBRE-1366, MAI. EXPÉDITION DE DU GUESCLIN ET DES
    COMPAGNIES EN ESPAGNE.--1366, 5 AVRIL. DON PÈDRE EST DÉTRÔNÉ ET
    DON HENRI, COMTE DE TRASTAMARE, EST PROCLAMÉ ROI DE CASTILLE.--14
    AOUT. VICTOIRE REMPORTÉE PAR LES COMPAGNIES ANGLO-GASCONNES
    PRÈS DE MONTAUBAN.--23 SEPTEMBRE. TRAITÉ D’ALLIANCE ENTRE LE
    PRINCE D’AQUITAINE ET DE GALLES, DON PÈDRE ET LE ROI DE NAVARRE;
    PRÉPARATIFS MILITAIRES DU PRINCE DE GALLES ET DÉMÊLÉS AVEC LE SIRE
    D’ALBRET (§§ 546 à 559).


Redoublement des ravages des Compagnies dans le royaume de France à
la suite des traités qui ont mis fin aux guerres de Navarre et de
Bretagne; la principauté d’Aquitaine seule est à l’abri du fléau;
plaintes et récriminations contre le roi d’Angleterre[279] et le
prince de Galles son fils. Charles V et Urbain V essayent en vain
d’envoyer les gens des Compagnies en Hongrie faire la guerre contre les
Turcs[280]. P. 183 à 185, 353, 354.

      [279] Le 24 novembre 1364, Édouard III somma Eustache
      d’Auberchicourt, Robert Scot et Hugh de Calverly, chevaliers
      anglais, qui faisaient la guerre au royaume de France, «à l’ombre
      du roy de Navarre», de licencier leurs bandes. _Bibl. Nat._,
      collection Bréquigny, XV, 38.

      [280] Froissart semble faire allusion ici à un projet
      d’expédition contre les infidèles conçu vers le milieu de 1365
      par le pape Urbain V. Le trop fameux Arnaud de Cervolle, dit
      l’Archiprêtre, devait être le chef de cette expédition (V. plus
      haut, p. XXXV, note 141). Le samedi 5 avril 1365, Urbain fulmina
      une bulle d’excommunication contre les Compagnies (_Arch. Nat._,
      J711, nº 302²).

Lutte entre don Pèdre, roi de Castille et Henri, comte de Trastamare,
frère naturel de don Pèdre[281].--Griefs du roi de France et du
pape contre don Pèdre, meurtrier de sa femme Blanche de Bourbon[282]
et excommunié par le Saint-Père[283]. Bertrand du Guesclin, fait
prisonnier par Jean Chandos à Auray, dont Charles V, Urbain V et don
Henri de Trastamare ont payé la rançon fixée à cent mille francs[284],
se met à la tête des gens des Compagnies pour les emmener en Espagne
au secours de don Henri contre don Pèdre. A du Guesclin se joignent
plusieurs chevaliers anglais ou à la solde du prince de Galles,
Hugh de Calverly[285], Gautier Hewet, Mathieu de Gournay, Eustache
d’Auberchicourt[286], Bertucat d’Albret[287]. De cette expédition font
aussi partie un certain nombre de seigneurs français, en première
ligne le jeune comte de la Marche qui veut venger la mort de sa cousine
Blanche de Bourbon[288], Antoine, sire de Beaujeu[289], Arnoul, sire
d’Audrehem, maréchal de France[290], le Bègue de Villaines[291], le
Bègue de Villiers[292], le sire d’Antoing[293], en Hainaut, Alard de
Briffœuil[294], Jean de Neuville[295], Gauvain de Bailleul, Jean de
Berguette, Lallemand de Saint-Venant[296]. Le rassemblement général
a lieu à Perpignan[297], sur les confins de l’Aragon. L’effectif de
toutes ces bandes s’élève à trente mille hommes. Là sont tous les chefs
des Compagnies, Robert Briquet[298], Jean Creswey, Naudon de Bageran,
Lami, Maleterre, le Petit Meschin, les bours Camus, de Lesparre et
de Breteuil, Bataillé, Espiote, Amanieu d’Ortigue, Perrot de Savoie.
Le roi d’Aragon, allié de don Henri, fait le meilleur accueil aux
Compagnies[299] avec l’aide desquelles il reconquiert les villes et
forteresses de son royaume, occupées naguère par don Pèdre. Celui-ci
se voit bientôt abandonné de l’immense majorité de ses sujets qui se
déclarent pour le comte de Trastamare. Accompagné de don Fernand de
Castro[300], le seul de ses courtisans qui lui soit resté fidèle, de
sa femme[301] et de ses deux filles Constance[302] et Isabelle[303], il
s’enferme avec ses trésors dans le château de Séville[304] d’où il fait
voile[305] bientôt vers la Galice et se réfugie à la Corogne. P. 185 à
192, 354 à 360.

      [281] Don Alphonse XI du nom, roi de Castille, était mort à la
      fleur de l’âge le vendredi saint, 27 mars 1350. Il ne laissait
      qu’un fils légitime, don Pèdre, alors âgé de quinze ans et
      quelques mois, dont la mère doña Maria était une infante de
      Portugal, fille du roi Alphonse IV, surnommé _le Brave_. Don
      Alphonse avait eu en outre de son union illégitime avec une
      jeune veuve d’une illustre maison de Séville, doña Léonor de
      Guzman, dix enfants naturels, neuf garçons et une fille. L’aîné
      de ces bâtards, don Henri, avait été fait de bonne heure comte de
      Trastamare et, aussitôt après l’avénement au trône de l’héritier
      légitime, s’était posé en rival de don Pèdre.

      [282] Blanche de Bourbon, la seconde des filles de Pierre Ier,
      duc de Bourbon, et d’Isabelle de Valois, sœur cadette de Jeanne
      de Bourbon, mariée à Lyon en juillet 1349 à Charles dauphin,
      depuis Charles V, avait épousé don Pèdre, roi de Castille, par
      contrat passé en l’abbaye de Preuilly, le 23 juillet 1352 (_Arch.
      Nat._, J603, nº 55). Abandonnée dès les premiers mois de son
      mariage en faveur d’une maîtresse, nommée doña Maria de Padilla,
      cette princesse mourut en 1361, et la rumeur publique accusa don
      Pèdre de cette mort, «jussu Petri mariti crudelis», ainsi que
      portait l’inscription tracée à Jerez sur le tombeau de Blanche
      (Llaguno, _ad Ayala_, p. 328, note 3).

      [283] Innocent VI avait été pendant les dernières années de son
      pontificat en lutte presque continuelle avec don Pèdre, auprès
      duquel il avait député avec le titre de légat le célèbre Gui de
      Boulogne, cardinal évêque de Porto (Martène, _Thes. Anecdot._,
      II, 964, 997 et 998; _Arch. Nat._, L377, caps. 217, nº 57).
      Urbain V, successeur d’Innocent VI, prit ouvertement parti pour
      Pierre IV, roi d’Aragon, et même pour le comte de Trastamare
      contre don Pèdre.

      [284] Charles V contribua au payement de cette rançon pour
      une somme de quarante mille florins d’or, dont nous avons les
      quittances délivrées par Jean Chandos; et en retour Bertrand
      du Guesclin fit le serment, par acte daté de son château de la
      Roche-Tesson le 22 août 1365, d’emmener les Compagnies hors du
      royaume, engageant au roi le comté de Longueville en cas de
      non exécution de cette promesse (_Arch. Nat._, J281, nºs 4, 5
      et 6; Charrière, _Chronique de B. du Guesclin_, II, 393 à 395:
      Charrière a daté à tort du 20 et du 27 août deux pièces qui ont
      été l’une et l’autre libellées à la Roche Tesson le 22 août).
      Bertrand renouvela cet engagement par acte passé à Paris le
      mardi 30 septembre, dans l’hôtel à l’enseigne du _Papegaut_,
      près de Sainte-Opportune (_Ibid._, J381, nº 4bis). Aussitôt
      après l’accomplissement de cette formalité, il se mit en route
      pour l’Espagne; il était de passage à Auxerre, le 10 octobre
      (_Arch. Nat._, X1a38, fº 246), à Avignon, du 12 au 16 novembre
      (_Ibid._, K49, nº 5, fº 7), à Montpellier, du 29 novembre au 3
      décembre (_Thalamus parvus_, p. 369), enfin à Barcelone, à la
      cour de Pierre, roi d’Aragon, du 1er au 9 janvier 1366 (Zurita,
      _Annales_, l. IX, c. 61; _Arch. Nat._, X1a38, fº 246). Prosper
      Mérimée a supposé par erreur que du Guesclin avait levé, à
      l’occasion de son passage à Avignon vers la fin de 1365, une
      rançon de 5000 florins sur les habitants du Comtat. Du Guesclin
      ne commit cette exaction que deux ans plus tard, dans le cours
      d’une campagne qui se termina le 8 avril 1368 par la prise de
      Tarascon. V. _Hist. de don Pèdre Ier_, p. 407, note 1.

      [285] Ce chevalier accompagna du Guesclin sans l’aveu et même
      contre le gré du roi d’Angleterre, puisque celui-ci, par acte
      daté du 6 décembre 1365, alors que Bertrand et ses compagnons
      d’aventure étaient déjà en route pour l’Espagne, manda à Jean
      Chandos, à _Hugh de Calverlé_, à Nicol de Dagworth et à William
      de Elmham, chevaliers, de prendre des mesures pour que nuls gens
      d’armes de sa ligeance, assemblés en certaines Compagnies, ne
      pussent entrer au royaume d’Espagne pour faire guerre à noble
      prince le roi de Castille son cousin. Rymer, III, 779.

      [286] Dans le courant du mois d’août 1365, Bertrand du Guesclin,
      en vertu d’un traité passé avec Louis de Navarre et Eustache
      d’Auberchicourt, lieutenants de Charles le Mauvais en basse
      Normandie, avait consenti à rendre les château et ville de
      Carentan au roi de Navarre, moyennant une rançon de 14 000
      francs; et en outre Olivier de Mauny, capitaine de Carentan pour
      son cousin, s’était fait donner 3535 francs à titre d’arrérages
      des rançons (_Bibl. Nat._, ms. fr. 10 367, fº 20).

      [287] Ce Bertucat était un cadet, sinon même un bâtard, de la
      puissante maison d’Albret, et le père Anselme ne l’a pas classé
      dans sa généalogie de cette famille. Parmi ces seigneurs anglais
      ou anglo-gascons qui accompagnèrent du Guesclin en Espagne,
      Froissart n’a pas mentionné le plus important. Nous voulons
      parler de Guardia Raymond, cher, seigneur d’Aubeterre (auj.
      Aubeterre-sur-Dronne, Charente, arr. Barbezieux), qui paraît
      avoir été le grand recruteur et condottière des compagnies
      anglo-gasconnes. Il prétendit plus tard que, le 10 octobre
      1365, à Auxerre, Bertrand lui avait souscrit une obligation de
      2400 francs d’or; le 6 et le 9 janvier 1366, à Barcelone, deux
      autres obligations l’une de 6066 francs d’or et l’autre de 2060
      florins du coin du roi d’Aragon, cette dernière de moitié avec
      Arnoul, sire d’Audrehem, maréchal de France; enfin, le 20 juillet
      suivant, à Albatera, en Castille, une quatrième obligation de
      4000 florins d’or. L’année suivante, le sire d’Aubeterre ayant
      combattu à Najera dans l’armée du prince de Galles contre don
      Henri de Trastamare, du Guesclin avait différé de payer le
      chevalier anglo-gascon, qui mourut sans avoir pu réussir à se
      faire rembourser. Plus de vingt ans après ces événements, en
      1390, Jean Raymond, frère et héritier de Guardia Raymond, intenta
      pour ce fait devant le Parlement à Olivier du Guesclin, comte
      de Longueville, le principal héritier du connétable, un procès
      dont les pièces, qui seront analysées à la fin du second volume
      de notre _Histoire de du Guesclin_, nous ont permis d’établir
      pour la première fois d’une manière sûre les principales étapes
      ainsi que les dates précises de l’expédition de du Guesclin et
      des Compagnies en Espagne (_Arch. Nat._, sect. jud., X1a 1475, fº
      87, vº; X1a 37, fºs 333 vº et 334; X1a 1475, fºs 176, 178 vº et
      179; X1a 38, fºs 246 et 247). Une fois arrivés à Montpellier, les
      brigands des Compagnies voulurent être payés avant de continuer
      leur route; et du Guesclin fut obligé, pour les satisfaire,
      d’emprunter 10 000 francs aux bourgeois de cette ville: «Et
      alèrent à Montpellier dont ne vouldrent partir, se ilz n’avoient
      argent; et pour ce emprunta (Bertrand) à certains bourgois dix
      mille francs, et lors partirent.» X1a 1475, fº 176.

      [288] Jean de Bourbon, Ier du nom, comte de la Marche, fils de
      Jacques de Bourbon blessé mortellement à la bataille de Brignais,
      et de Jeanne de Châtillon-Saint-Pol, était le cousin germain de
      Blanche de Bourbon, fille de Pierre Ier, frère aîné de Jacques de
      Bourbon. Anselme, _Hist. généal._, I, 298, 300, 319.

      [289] Antoine, sire de Beaujeu, fils d’Édouard, sire de Beaujeu,
      tué au combat d’Ardres en 1351, et de Marie du Thil, passa à
      Montpellier, en faisant route pour l’Espagne, le 13 janvier 1366;
      mais l’auteur de la chronique romane l’a sans doute confondu
      avec son oncle Louis auquel il donne à tort le titre de seigneur
      de Beaujeu qu’Antoine seul avait le droit de porter: «Item, a
      XIII del dich mes (de janvier 1366), passet a Montpellier M.
      Loys, senhor de Beljoc, en Bergonha, am sa companha, e segui los
      autres.» _Thalamus parvus_, p. 370.--Le sire de Beaujeu retourna
      en Espagne trois ans plus tard et, avant de partir pour ce pays,
      fit son second testament daté de Beaujeu le 12 mai 1369. _Arch.
      Nat._, P. 1368¹, nº 1586; _Musée des Archives_, p. 220 à 223.

      [290] Arnoul, sire d’Audrehem, l’un des premiers protecteurs de
      du Guesclin qu’il avait pu apprécier dès la fin de 1353, pendant
      qu’il était lieutenant du roi Jean en basse Normandie (_Hist.
      de du Guesclin_, p. 118 et 119), avait été envoyé en Languedoc
      vers le mois de janvier 1361 (voyez plus haut, p. XXXII, note
      127), en compagnie de Robert, dit Moreau, sire de Fiennes,
      connétable de France, avec le titre de capitaine de la Langue
      d’Oc (dom Vaissete, _Hist. de Languedoc_, IV, 314), de capitaine
      général dans toute la Langue d’Oc (_Ibid._, Preuves, 276), enfin
      de lieutenant du roi ès parties de Langue d’Oc (_Arch. Nat._,
      JJ93, nº 216). Le 23 juillet 1362, de concert avec Henri, comte
      de Trastamare, il avait passé à Clermont en Auvergne avec les
      principaux routiers un traité tendant à faire évacuer le royaume
      par les Compagnies (voyez p. XXIII, note 97). Le 13 août 1362,
      il avait été nommé par le roi Jean lieutenant général en toute
      la Langue d’Oc (_Arch. Nat._, JJ93, nº 241), et depuis lors il
      n’avait cessé de lutter avec plus de courage que de succès contre
      les bandes qui infestaient le midi. Le sire d’Audrehem, aussi
      modeste que brave, dut contribuer plus peut-être que personne à
      faire charger du Guesclin d’une entreprise aussi difficile que la
      conduite des Compagnies en Espagne.

      [291] Pierre de Villaines, chevalier, dit le Bègue, qui tirait
      son nom du fief de Villaines (Seine-et-Oise, arr. Pontoise, c.
      Écouen), mentionné dès le mois de mai 1360 comme sénéchal de
      Carcassonne et de Béziers (_Arch. Nat._, JJ91, nº 302), paraît
      avoir conservé cette charge jusque vers la fin de 1362. Créé
      chambellan du dauphin, duc de Normandie, il guerroyait dans les
      premiers mois de 1363 aux environs de Falaise où il fut fait
      prisonnier (_Ibid._, JJ92, nº 208). Là sans doute il connut du
      Guesclin, qui l’entraîna en Espagne où il devint comte de Ribadeo.

      [292] Adam de Villiers, dit le Bègue, seigneur de
      Villiers-le-Bel, de Vitry en Brie et de la Tour de Chaumont. Le
      Bègue de Villiers fit montre à Pontorson le 1er février 1356
      (n. st.) avec cinq écuyers et donna quittance au même lieu
      le 11 avril suivant (_Bibl. Nat._, Titres originaux, au mot
      _Villiers_). Adam servait sous son frère aîné Pierre de Villiers,
      capitaine de Pontorson, et c’est alors sans doute que les deux
      frères eurent l’occasion d’apprécier Bertrand, et se lièrent avec
      le chevalier breton. Par acte daté d’Avignon le 26 janvier 1366,
      Pierre de Villiers, qualifié «officier procureur de Bertrand de
      Clesquin, comte de Longueville et seigneur de la Roche Tesson»,
      donna quittance au trésorier du pape de trente-deux florins
      (_Arch. Nat._, L377, d’après Arch. du Vatican, Miscell., boîte
      222, nº 3).

      [293] Auj. Belgique, prov. Hainaut, arr. Tournay, à 7 kil. de
      Tournay.

      [294] Auj. dép. de Vasmes-Audemez, Belgique, prov. Hainaut, arr.
      Tournay, c. Péruwelz.

      [295] Jean de Neuville était le neveu d’Arnoul, sire d’Audrehem,
      et après la prise de son oncle à Poitiers, il exerça par intérim
      l’office de maréchal de France de 1356 à 1360. _Arch. Nat._,
      JJ86, nº 283; JJ90, nºs 101 et 232; JJ95, nº 11.

      [296] Bailleul, Berguette, Saint-Venant, sont des localités
      situées dans la même région que Valenciennes, et Froissart a pris
      soin de mentionner les chevaliers qui portent ces noms, parce
      qu’ils étaient ses compatriotes.

      [297] Les Compagnies touchèrent à Perpignan ce qu’on peut appeler
      leur solde d’entrée en campagne ou du moins un à-compte sur cette
      solde; mais il arriva qu’après avoir reçu l’argent, quelques-unes
      de ces bandes n’eurent rien de plus pressé que de revenir sur
      leurs pas et de rentrer en France: «... alie certe Societates,
      _que pagamentum_, ut dicebatur, ceperant _in Perpigniaco,
      retrocedebant in regno Francie_ (24 décembre 1365).» _Arch.
      Nat._, K49, nº 5, fº 8 vº.

      [298] Ces Compagnies s’avançaient vers l’Espagne par bandes
      isolées et se comportaient partout où elles passaient comme
      si elles avaient été déjà en pays ennemi. C’est ainsi que
      Robert Briquet occupa entre le 5 et le 8 novembre le fort de
      Belesgar près de Montpellier; «Item, a V de novembre, Robert
      Briquet, capitani d’una autra companha de Bretos, pres lo fort
      de Belesgar et aqui estet entro a VIII de dezembre.» _Thalamus
      parvus_, p. 369.--Quelques jours auparavant, le 1er novembre,
      c’étaient G. d’Aignay, Aufret de Guébriant et Henri de Dinan qui
      passaient devant Montpellier à la tête de Compagnies bretonnes;
      le 13, d’autres Bretons occupaient Aigremont (Gard, arr. Alais,
      c. Ledignan) et y restaient plusieurs jours; le 18, c’était
      le Gascon Bras de Fer, lieutenant du bour de Caupène (Gers,
      arr. Condom, c. Nogaro), qui mettait au pillage les environs
      de Montpellier (_Ibid._); le 3 décembre, c’était le Limousin
      qui entrait dans cette ville et s’y arrêtait deux jours; le 6
      décembre, apparaissait Robert Lescot avec une compagnie d’Anglais
      (_Ibid._, p. 370); le 9, c’était le tour du seigneur d’Aubeterre,
      capitaine d’une bande d’Anglo-gascons; le 18, c’étaient le
      vicomte de Lomagne et un chevalier d’Auvergne, nommé Jean de la
      Roche, qui se logeaient à Saint-Martin-de-Londres (Hérault, arr.
      Montpellier); enfin, du 7 au 10 janvier 1366, l’Anglo-gascon
      Raynaud de Vignolles et les Bretons Eon Budes et Thibaud du Pont
      venaient camper entre les Matelles et Montarnaud. Les dernières
      bandes, composées d’Allemands et de Bretons, dont le chroniqueur
      de Montpellier nous ait signalé le passage, s’écoulèrent les 18
      et 19 février 1366 (_Ibid._, p. 371).

      [299] Pierre IV, roi d’Aragon, contribua aussi bien que le comte
      de Trastamare au payement de la solde des Compagnies: «Et alèrent
      jusques à Barsalonne, et par le tresorier du roy Henry furent
      paiez... Et après eurent un aultre paiement à Sarragosse dont
      il ne vouldrent partir jusquez à ce que de tout le temps passé
      eussent esté paiez, _et le furent par le roy d’Aragon_ et messire
      Bertran.» _Arch. Nat._, sect. jud., X1a 1475, fº 176.--Par un
      traité conclu à Monzon le vendredi saint 31 mars 1363, Pierre
      IV et le comte de Trastamare s’étaient engagés à détrôner don
      Pèdre à frais communs et à se partager la Castille (_Arch. génér.
      d’Aragon_, legajo de Autografos, appendice G). Mérimée, _Histoire
      de don Pèdre I_er, éd. de 1874, p. 346, 545 et 546.--Dans un
      festin que Pierre IV offrit aux chefs des Compagnies à Barcelone
      le 1er janvier 1366, du Guesclin s’assit à la droite du roi,
      qui avait à sa gauche l’infant Raymond Berenger, son oncle
      (Chronique de Pedro IV rédigée par lui-même en catalan et publiée
      par Carbonell, _Chroniques de Espanya_, p. 196). Pour payer les
      mercenaires français, le roi d’Aragon fut obligé de vendre ses
      biens patrimoniaux par acte daté de Saragosse le 12 mars 1366
      (_Archiv. génér. d’Aragon_, reg. 1213, p. 42 et suiv.), car il
      lui fallut ajouter aux 100 000 florins qu’il avait promis aux
      chefs des Compagnies un supplément de 20 000 florins. Mérimée,
      _Hist. de don Pèdre_, p. 411.

      [300] Ce Fernand de Castro était le frère de la célèbre Inez de
      Castro, surnommée _Port du Héron_, dont les tragiques aventures,
      racontées avec une naïveté pleine de saveur par l’excellent
      chroniqueur portugais Fernan Lopes, sont devenues de bonne heure
      une sorte de légende romanesque où les poëtes de tous les pays,
      à l’exemple de Camoëns, ont aimé à puiser des inspirations.
      Quelques-unes des plus belles pages de la chronique de Fernan
      Lopes ont été traduites par M. Ferdinand Denis (_Chroniques
      chevaleresques de l’Espagne et du Portugal_, Paris, 1839, in-8,
      I, 107 à 165). Quoiqu’en dise Froissart, don Fernand de Castro
      n’accompagna pas don Pèdre dans sa retraite sur Séville; il se
      trouvait alors en Galice dont il était gouverneur pour le roi de
      Castille.

      [301] Ce titre de femme ne peut s’appliquer ni à Blanche de
      Bourbon, épouse légitime de don Pèdre, morte en 1361, ni à la
      fameuse doña Maria de Padilla, la principale concubine du roi de
      Castille. Dans son testament écrit à Séville pendant l’hiver de
      1362, don Pèdre désigne, il est vrai, doña Maria comme sa femme,
      mais on sait que l’heureuse rivale de Blanche de Bourbon n’avait
      survécu que quelques mois à cette infortunée princesse. Lorsqu’il
      rédigea son testament, don Pèdre entretenait quatre maîtresses,
      Mari Ortiz, Mari Alfon de Fermosilla, Juana Garcia de Sotomayor
      et Urraca Alfon Carrillo; il fit à la première un legs de 2000
      doubles castillanes, aux trois autres un legs de 1000 doubles
      seulement, à la condition qu’elles entreraient en religion toutes
      les quatre après la mort de leur bienfaiteur, jaloux jusque dans
      la mort. Si don Pèdre n’emmena qu’une femme avec lui en 1366 dans
      sa retraite sur Séville, ce fut sans doute Mari Ortiz qui paraît
      avoir été une sorte de sultane favorite.

      [302] Constance devait épouser plus tard Jean de Gand, duc de
      Lancastre, fils d’Édouard III.

      [303] Isabelle fut mariée dans la suite à Edmond, duc d’Yorck,
      frère du duc de Lancastre.

      [304] Le 28 mars 1366, veille du dimanche des Rameaux, don Pèdre,
      qui se trouvait alors à Burgos, avait fait charger ce qu’il avait
      de plus précieux sur des mules et s’était sauvé précipitamment
      avec les infantes ses filles, n’ayant pour toute escorte que
      les six cents cavaliers maures qui composaient sa garde. Il
      avait gagné Tolède, d’où il n’avait pas tardé à reculer jusqu’à
      Séville. Ayant fait venir dans cette ville tout l’or et l’argent
      monnayés qu’il gardait dans le château d’Almodovar del Rio, il
      l’avait fait embarquer sur une galère et avait chargé Martin
      Yanez de se rendre avec ce trésor à Tavira, en Portugal; mais le
      propre amiral de don Pèdre, le Génois Boccanegra, s’étant mis à
      la poursuite de Martin Yanez, captura le trésor, qu’il s’empressa
      de livrer à don Henri, pour se concilier les bonnes grâces de son
      nouveau maître. Ce trésor s’élevait à trente-six quintaux d’or,
      sans compter une quantité considérable de pierreries. Boccanegra
      reçut comme salaire de sa trahison la riche seigneurie d’Otiel.
      Salazar, _Casa de Lara_, t. II, lib. XII. Mérimée, _Hist. de don
      Pèdre_, p. 486.

      [305] Don Pèdre ne s’embarqua point pour se rendre en Galice;
      il prit la voie de terre et essaya d’abord de chercher un
      refuge en Portugal. Presque assiégé dans l’Alcazar de Séville
      par ses sujets ameutés contre lui, il monta à cheval et sortit
      pour ainsi dire furtivement de la capitale de l’Andalousie
      avec les deux infantes et une fille naturelle de don Henri son
      rival, surnommé doña Léonor des Lions. Il était suivi du maître
      d’Alcantara, Martin Lopez, de son chancelier et de deux cents
      cavaliers seulement. Repoussé par le roi de Portugal Pierre Ier,
      le monarque fugitif n’eut d’autre parti à prendre que de gagner
      la Galice où commandait en maître don Fernand de Castro qui lui
      était entièrement dévoué.

Gomez Carrillo[306], les grands maîtres de Calatrava[307] et de
Saint-Jacques[308] prennent parti pour le comte de Trastamare devant
qui toutes les villes ouvrent leurs portes[309]. Don Henri est couronné
roi, fait comtes ses deux frères don Sanche[310] et don Tello[311],
sans oublier les chefs des Compagnies[312] auxiliaires qu’il comble de
faveurs. P. 192, 193, 360.

      [306] Gomez Carillo était camarero mayor du prétendant don Henri,
      comte de Trastamare.

      [307] Don Diego Garcia de Padilla, frère de doña Maria de
      Padilla, grand maître de Calatrava sous don Pèdre. Pero Lopez de
      Ayala (_Cronica del rey don Pedro_, p. 410) confirme sur ce point
      le témoignage de Froissart.

      [308] Don Garcia Alvarez de Tolède, grand maître de Santiago,
      laissé par don Pèdre dans Tolède avec 600 hommes d’armes,
      s’empressa de livrer, après un semblant de résistance, cette
      ville à don Henri et résigna son office en faveur de Gonzalo
      Mexia, vieux serviteur du prétendant, moyennant quoi il fut
      gratifié de deux domaines considérables et d’une grosse somme
      d’argent.

      [309] Le comte de Trastamare et ses auxiliaires avaient occupé
      successivement Borja, Calahorra, où don Henri s’était fait
      proclamer roi de Castille, Briviesca, enfin Burgos où le
      prétendant avait été couronné en grande pompe dans le monastère
      de las Huelgas le jour de Pâques 5 avril 1366.

      [310] Don Sanche fut fait comte d’Albuquerque (Espagne, province
      d’Estramadure, sur la frontière de Portugal). Il recueillit ainsi
      l’important héritage de don Juan d’Albuquerque qui, depuis la
      mort du fils de ce célèbre capitaine, avait été réuni au domaine
      royal de Castille.

      [311] Don Tello reçut le titre de seigneur de Biscaye et fut en
      outre pourvu du fief de Castaneda.

      [312] Tous les érudits prétendent, sur la foi d’Ayala, que don
      Henri donna alors à Bertrand du Guesclin le titre de comte de
      Trastamare et la seigneurie de Molina avec d’immenses domaines
      (Buchon, _Chroniques de Froissart_, éd. du Panthéon, I, 506,
      note 5; Mérimée, _Hist. de don Pèdre_, p. 421). Cette assertion
      n’est pas tout à fait exacte. Le titre qui fut alors conféré
      au comte de Longueville est celui de duc, non de comte, de
      Trastamare (_Arch. Nat._, J381, nº 7; L377, d’après Arch. du
      Vatican, Miscellanea, arm. XV, caps. 2, nº 22; _Thalamus parvus_,
      p. 382). Quant au duché de Molina, Bertrand n’en fut investi,
      du moins à perpétuité et à titre héréditaire, que par acte daté
      de Séville le 4 mai 1369 (dom Morice, _Preuves de l’histoire de
      Bretagne_, I, 1628 à 1631). D’après Ayala, Hugh de Calverly,
      chef des bandes anglo-gasconnes, fut fait comte de Carrion (auj.
      Carrion-de-los-Condes, Espagne, prov. Léon, à 64 kil. O. de
      Burgos), et le comte de Denia, qui commandait les auxiliaires
      aragonais, devint marquis de Villena (Espagne, prov. Murcie, à
      64 kil. N. N. E. de Murcie et à 88 kil. S. O. de Valence). Le
      nouveau marquis eut en partage tous les biens qui avaient composé
      la dot de la comtesse de Trastamare.

Après le couronnement de don Henri, le comte de la Marche, Arnoul,
sire d’Audrehem, et le sire de Beaujeu retournent en France[313]; mais
Bertrand du Guesclin[314] et Olivier de Mauny[315] avec les Bretons,
Hugh de Galverly et Eustache d’Auberchicourt avec les Anglais,
restent en Espagne pour aller faire la guerre contre les Sarrasins
de Grenade.--Retiré à la Corogne avec sa femme, ses deux filles et
don Fernand de Castro, don Pèdre envoie des messagers vers le prince
d’Aquitaine et de Galles pour le prier de venir à son secours contre
le bâtard Henri. Le prince, après en avoir délibéré avec les gens de
son conseil, accueille favorablement cette demande, et cinq chevaliers
anglais partent pour la Corogne afin de ramener à Bordeaux le roi
détrôné de Castille. Sur ces entrefaites, don Pèdre se rend lui-même à
Bayonne. P. 193 à 199, 360 à 365.

      [313] Le licenciement des Compagnies eut lieu vers le mois de
      mai 1366, après l’entrée de don Henri à Séville où le trésor de
      don Pèdre livré par l’amiral Boccanegra fournit les moyens de
      payer la solde de ces bandes: «Et de là alèrent à Burges (Burgos)
      où ilz entrèrent et orent grant finance, tant des Sarrazins que
      Chrestians que des Juis. Et avoient juré et promis non faire
      guerre à messire Bertran ne au roy Henry jusquez un an après leur
      retour. Et après avoient prise Tolète (Tolède) et y orent grant
      finance. Après, _prindrent Sebille_ (Séville) _où ilz trouvèrent
      le tresor du roi Pietre, dont ils furent paiez_, POUR EULX
      RETOURNER.» _Arch. Nat._, X1a 1475, fº 176.

      [314] Ayala (p. 422), d’accord sur ce point avec Froissart, dit
      que don Henri garda à son service Bertrand du Guesclin et Hugh de
      Calverly ainsi que quinze cents lances choisies surtout parmi les
      bandes françaises et bretonnes. Le sire d’Audrehem resta aussi en
      Espagne.

      [315] Lorsque Bertrand était parti pour l’Espagne à la fin
      de 1365, Olivier de Mauny, alors capitaine de Carentan pour
      le comte de Longueville, n’avait pas accompagné son cousin.
      Olivier de Mauny, seigneur de Lesnen (fief situé en Saint-Thual,
      Ille-et-Vilaine, arr. Saint-Malo, c. Tinténiac), n’arriva en
      Languedoc que vers le milieu de 1366. Il passa devant Montpellier
      le premier juin de cette année et, après avoir mis au pillage
      tous les environs de cette ville récemment cédée au roi de
      Navarre, se remit en route, le 5, dans la direction d’Agde:
      «Item, le primier jorn de junh (1366), M. Olivier de Mauni et
      M. G. Boten (il faut sans doute lire: Geffroi Budes, d’Uzel,
      Côtes-du-Nord, arr. Loudéac, le même qui déposa le 17 septembre
      1371 dans l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois;
      dom Morice, _Preuves_, II, 10), cavaliers de Bretanha, capitanis
      d’alcunas grans companhas, am las dichas companhas se alojeron
      als barris deis Augustis et en los autres de Montpellier et à
      Castel Nou et en los autres luocs entorn Montpellier, et estant
      aqui gasteron motas tozelieyras et motas sivadieyras et autres
      camps de Montpellier et dels dichs autres luocs, et y feron motz
      autres mals, e puoys a V jorns del dich mes, s’en desalotjeron et
      aneron s’en en Agades (Agde, Hérault, arr. Béziers), per seguir
      las autras companhas.» _Thalamus parvus_, p. 372.--Olivier de
      Mauny se rendait en Aragon où il allait prendre possession du
      poste de capitaine et châtelain de Borja (Aragon, sur la Huccha,
      à 25 kil. S. E. de Taraçona, à la limite de l’Aragon et de la
      Navarre), que venait de lui confier son cousin Bertrand nommé
      par Pierre IV comte de Borja, en récompense de ses services. En
      1375, du Guesclin vendit ce comté à l’archevêque de Saragosse,
      moyennant le prix de 27 000 florins d’or (communication de M. le
      marquis de Santa Coloma).

Arrivée et séjour de don Pèdre à Bordeaux[316]. Il promet de faire
roi de Castille Édouard, le jeune fils du prince de Galles, et de
distribuer ce qu’il a conservé de ses trésors[317] aux gens d’armes
du prince. Celui-ci, malgré les avis de ses conseillers qui le
détournent d’une intervention armée en faveur du roi détrôné, est
disposé à prendre parti pour ce dernier, d’abord parce que, souverain
légitime, don Pèdre a été supplanté par un bâtard, ensuite, parce
que l’adversaire de don Henri de Trastamare a été de tout temps pour
l’Angleterre un allié fidèle. Toutefois, avant de mettre ce dessein à
exécution, le prince d’Aquitaine veut avoir l’avis de ses vassaux et
des grands feudataires de sa principauté. P. 199 à 204, 365.

      [316] La relation de Lopez de Ayala diffère un peu de celle de
      Froissart. Le chroniqueur espagnol prétend que don Pèdre se
      rendit d’abord de Santiago à la Corogne où il reçut le sire de
      Poyane et un autre chevalier gascon députés par le prince de
      Galles pour l’inviter à se rendre dans ses États d’Aquitaine. De
      la Corogne le roi détrôné de Castille gagna Saint-Sébastien et
      de là Bayonne. Arrivé dans cette dernière ville, il fit savoir
      son arrivée au prince et, sans attendre que celui-ci vînt à
      sa rencontre, alla au-devant de lui jusqu’au Cap Breton (auj.
      Landes, arr. Dax, c. Saint-Vincent-de-Tyrosse). Quelques jours
      après l’entrevue de Capbreton, le prince d’Aquitaine, don Pèdre
      et Charles, roi de Navarre, se donnèrent rendez-vous à Bayonne,
      et ce ne fut qu’après cette conférence que l’ex-roi de Castille
      alla lui-même à Bordeaux. Froissart, qui se trouvait alors dans
      cette ville à la cour du prince, devait, selon la judicieuse
      remarque de Buchon, être mieux informé de ces détails que Lopez
      de Ayala attaché au service personnel de don Henri de Trastamare.

      [317] Don Pèdre n’avait emporté que trente-six mille doubles; la
      plus forte partie de son trésor et ses joyaux, confiés à Martin
      Yanez et saisis par l’amiral Boccanegra, étaient devenus, comme
      nous l’avons dit plus haut, la proie de don Henri de Trastamare.

Le prince d’Aquitaine convoque à un parlement à Bordeaux les
seigneurs et barons, tant de Poitou, de Saintonge, de Rouergue, de
Quercy, de Limousin, que de Gascogne. On lui conseille d’en référer
au roi d’Angleterre, son père, et quatre chevaliers sont envoyés à
cette fin à Londres. Édouard III, après avoir consulté les gens de
son Parlement, est d’avis que son fils donne suite à son projet et
entreprenne une expédition pour remettre don Pèdre sur le trône.
Les barons d’Aquitaine, convoqués de nouveau, demandent qui payera
leur solde. Don Pèdre promet d’employer tous ses trésors, qui sont
immenses, au payement de cette solde; et le prince anglais, de son
côté, se charge de pourvoir aux frais de l’expédition et de faire
les avances nécessaires jusqu’à l’arrivée en Castille. Jean Chandos
et Thomas de Felton vont à Pampelune inviter Charles le Mauvais à se
rendre à Bayonne, afin qu’on s’entende avec lui sur les conditions du
passage à travers ses états; car l’armée du prince ne peut pénétrer
en Espagne sans traverser la Navarre en franchissant les défilés de
Roncevaux[318]. P. 204 à 209, 366, 367.

      [318] Roncevaux ou Roncesvalles, vallée et port ou passage situé
      en Navarre, sur le versant espagnol des Pyrénées, entre Pampelune
      et Saint-Jean-Pied-de-Port. Roland, chef de l’arrière-garde de
      l’armée de Charlemagne, y fut vaincu par les Sarrasins et y périt
      le 15 août 778.

Le prince d’Aquitaine, don Pèdre et le roi de Navarre ont ensemble à
Bayonne[319] des conférences qui durent plusieurs jours. Moyennant le
payement d’une somme de cent vingt mille francs[320] et la cession de
Logroño[321], de Salvatierra[322] et de Saint-Jean-Pied-de-Port[323],
Charles le Mauvais consent à laisser passer à travers son royaume
l’armée qui doit se rendre en Espagne pour rétablir don Pèdre sur le
trône de Castille. L’allié de don Pèdre s’empresse de rappeler près
de lui ceux de ses hommes d’armes que du Guesclin a enrôlés sous la
bannière du comte de Trastamare. Eustache d’Auberchicourt, Hugh de
Calverly, Gautier Hewet, Mathieu de Gournay[324], Jean Devereux,
répondent les premiers à l’appel du prince et quittent l’Espagne pour
retourner à Bordeaux. Bientôt après le départ de ces chevaliers,
quelques-uns des principaux capitaines d’aventure, Robert Briquet, Jean
Creswey, Robert Ceni, Bertucat d’Albret, Garciot du Castel, Naudon
de Bageran, les bours de Lesparre, Camus et de Breteuil, reprennent
aussi le chemin de la Gascogne pour aller offrir leurs services au
prince d’Aquitaine.--Du Guesclin, de son côté, se rend auprès du roi
d’Aragon, du duc d’Anjou qui se tient alors à Montpellier, et du roi de
France[325], afin d’engager ces princes à prendre parti pour Henri de
Trastamare et à lui envoyer des renforts. P. 209 à 213, 367 à 369.

      [319] «Nos igitur Petrus, rex Castellæ et Legionis, Carolus, rex
      Navarræ et Edwardus, princeps Aquitaniæ, supradicti, convenientes
      in unum _in civitate Baionensi_.» Rymer, III, 800.--Cette
      citation prouve que les conférences préliminaires, où le prince
      d’Aquitaine, les rois de Castille et de Navarre s’entendirent
      sur les conditions de leur alliance, se tinrent, comme le dit
      Froissart, à Bayonne; mais le traité lui-même ne fut rédigé et
      signé par les plénipotentiaires des trois contractants qu’à
      Libourne, dans le couvent des Frères Mineurs du dit lieu, le 23
      septembre 1366. _Ibid._, 800 à 807.

      [320] _Le traité porte_ 200 000 _florins d’or vieux_: «El rey don
      Pedro pagara al rey de Navarra _dozientas vezes mil florines de
      oro_.» Rymer, III, 801, 1re col., I. 21 et 22.

      [321] Espagne, prov. Burgos, sur l’Ebre, à 88 kil. E. de Burgos.

      [322] Espagne, prov. Alava, à 240 kil. E. N. E. de Vittoria.
      Ayala dit que don Pèdre s’engagea à céder au roi de Navarre la
      province de Guipuzcoa (cap. Saint-Sébastien) et celle de Logroño.

      [323] Basses-Pyrénées, arr. Mauléon. Don Pèdre s’engageait,
      d’un autre côté, à céder au prince d’Aquitaine une partie de
      la Biscaye, particulièrement les ports de mer et le château
      d’Ordiales; il se reconnaissait en outre le débiteur du prince
      pour une somme de 550 000 florins d’or au coin de Florence. Cette
      somme et 56 000 florins, avancés par le prince et payés au roi
      de Navarre, devaient être remboursés dans le délai d’un an. Les
      jeunes infantes, filles de Marie de Padilla, ainsi que les femmes
      et les enfants des seigneurs castillans émigrés, demeureraient
      en otage à Bordeaux jusqu’au payement intégral de cette dette.
      Rymer, III, 802, 703. Ayala, p. 433.

      [324] Vers le milieu de 1366, don Henri de Trastamare avait
      dépêché ce Mathieu de Gournay à Lisbonne pour obtenir du roi de
      Portugal qu’il demeurât neutre dans la lutte qui allait s’ouvrir.
      Vicomte de Santarem, _Quadro de relações politicas_, III,
      26, d’après Mérimée, p. 439.

      [325] Il y a tout lieu de croire, malgré l’assertion de
      Froissart, que du Guesclin ne se rendit pas de sa personne auprès
      du roi de France à la fin de 1366.

A la nouvelle de l’expédition projetée par le prince d’Aquitaine et de
Galles pour rétablir don Pèdre sur le trône de Castille, Pierre, roi
d’Aragon, fait alliance avec don Henri de Trastamare[326], et interdit
aux Compagnies anglo-gasconnes, qui veulent quitter l’Espagne pour
rejoindre la bannière du prince, le passage à travers l’Aragon et la
Catalogne. Ces Compagnies sont enrôlées définitivement au service du
prince d’Aquitaine par Jean Chandos envoyé en mission dans le pays
basque auprès de leurs chefs; et à la prière de ce chevalier, Gaston
Phœbus, comte de Foix, consent à laisser passer les routiers et leurs
bandes sur son territoire. P. 213 à 216, 369, 370.

      [326] Le 10 octobre 1363, don Henri de Trastamare s’était obligé
      par le traité de Benifar, de livrer à Pierre IV, roi d’Aragon,
      le royaume de Murcie et en outre dix villes importantes des deux
      Castilles, Requena, Moya, Otiel, Canyet, Cuenca, Molina, Medina
      Celi, Almazan, Soria, Agreda. Sommé vers le milieu de 1366 de
      mettre ce traité à exécution (_Arch. génér. d’Aragon_, reg. 1293
      _Secretorum_, p. 127), le rival de don Pèdre, pour s’assurer
      l’alliance de Pierre IV dans la lutte qui allait s’ouvrir, avait
      consenti à céder au roi d’Aragon le royaume de Murcie.

Par le conseil de Jean Chandos et de Thomas de Felton, le prince
de Galles, non content d’avoir fait fondre les deux tiers de son
argenterie, sollicite et obtient d’Édouard III cent mille francs[327]
pour subvenir aux frais de l’expédition projetée. P. 216 à 218, 371,
372.

      [327] La somme que le roi d’Angleterre mit à la disposition de
      son fils fut prélevée sur une des échéances de la rançon du roi
      Jean. Le 1er mars 1366, Édouard III, confirmant un acte en date
      du 13 décembre 1363, assigna à son fils aîné Édouard, prince de
      Galles, 60 000 écus d’or à prendre sur le premier payement du
      second million dû par le roi de France, _ou qui premièrement se
      doit faire du second million_ (Rymer, III, 787). Par acte daté
      d’Ax (Ax-sur-Ariége, Ariége, arr. Foix), le 29 janvier 1367 (n.
      st.), Édouard, prince d’Aquitaine et de Galles, donna procuration
      à Jean des Roches, sénéchal de Bigorre, pour recevoir en son lieu
      et place 30 000 francs sur la rançon du roi Jean (_Arch. Nat._,
      J642, nº 2{7}).

Le sire d’Albret s’engage à servir le prince d’Aquitaine et de Galles
à la tête de mille lances. Apprenant que les gens des Compagnies, au
nombre de trois mille, après avoir franchi les Pyrénées, doivent passer
entre Toulouse et Montauban, Gui d’Azay, sénéchal de Toulouse, les
sénéchaux de Carcassonne[328], de Nîmes[329] et le [vicomte[330]] de
Narbonne marchent à la poursuite de ces pillards[331] à la tête de
cinq cents lances et de quatre mille bidaus. P. 218 à 220, 372 à 374.

      [328] C’est Arnaud d’Espagne qui était alors sénéchal de
      Carcassonne.

      [329] Le sénéchal de Beaucaire et de Nîmes s’appelait Gui de
      Prohins.

      [330] Aimeri de Lara, vicomte de Narbonne, à qui Froissart donne
      par erreur le titre de comte, amiral de France du 28 octobre
      1369 à février 1373, mourut en 1382 et fut enterré à l’abbaye de
      Fontfroide, au diocèse de Narbonne (auj. château de la commune de
      Narbonne). Anselme, _Histoire généal._, VII, 759, 760.

      [331] Olivier de Mauny, avant d’aller prendre possession de son
      poste de capitaine de Borja pour Bertrand du Guesclin, s’était
      mis à la poursuite des Compagnies anglo-gasconnes, et était
      accouru au secours de Louis, duc d’Anjou, frère du roi de France
      et son lieutenant en Languedoc, dont ces bandes avaient envahi le
      gouvernement. Le 13 août 1366, Olivier, à la tête de ses Bretons
      renforcés des gens d’armes du duc d’Anjou et des arbalétriers de
      la commune de Toulouse, attaqua l’une de ces bandes retranchée
      derrière les palissades de Montech (Tarn-et-Garonne, arr.
      Castelsarrasin, à 12 kil. S. O. de Montauban), la mit en déroute,
      lui tua cent hommes, fit quatre-vingt prisonniers et captura cinq
      cents chevaux «Item en aquel an meteys (1366), a XIII d’aost, los
      gens d’armas de mossenhor Olivier de Mauni et de la comuna de
      Tholoza, aneron armatz combattre una companha d’Angles que era en
      los barris de Montuoch, en Tolzan, e los desconfiron si que n’i
      ac entorn LXXX pres e C mortz et entorn Vc cavalguaduras prezas:
      els autres fugiron.» _Thalamus parvus_, p. 372.

Traquée par les Français, une des bandes anglo-gasconnes se réfugie
dans Montauban; et Jean Trivet, capitaine anglais de cette forteresse,
dans une entrevue qu’il a avec Gui d’Azay et le vicomte de Narbonne,
refuse de livrer des gens d’armes qui viennent rallier la bannière du
prince son maître[332]. P. 220 à 223, 374 à 376.

      [332] Charles V s’étant plaint au roi d’Angleterre, précisément
      à l’occasion de l’affaire de Montauban, de ce que les Compagnies
      s’autorisaient du prince d’Aquitaine pour faire guerre au royaume
      de France, Édouard III adressa à son fils aîné une lettre assez
      sévère où on lit ce qui suit: «Et les dites gentz d’armes et
      Compaignies, requis paravant (le combat livré devant Montauban)
      par les gentz de nostre dit frère (le roi de France) par quoi et
      par qui et en quel noun il venoient faire guerre en la terre de
      nostre dit frère, respondirent que c’estoit de par vous et pur
      vous et en vostre noun, et que de ce il avoient voz lettres et
      mandement: lesquelles choses seroient, se il est ainsi, contre la
      paix et alliances, à grant deshonour et esclaundre de nous et de
      nostre estat, et aussi de vous et de noz filz, prelatz et autres
      gentz de nostre roialme, et nous desplairoit très durement, ne ne
      pourriens en nulle manère ces choses par dissimulacion passer,
      sans y mettre remède.» Rymer, III, 808.

Une bataille se livre sous les murs de Montauban entre les Français et
les gens des Compagnies commandés par Robert Ceni[333] et Bertucat
d’Albret[334]. Les Français sont bien trois contre un; mais Jean Trivet
et les soudoyers de la garnison viennent à la rescousse des routiers,
et les habitants de la ville eux-mêmes font pleuvoir sur les Français
une grêle de pierres[335]. En outre, le bour de Breteuil, Naudon de
Bageran amènent aux Anglo-gascons pendant l’action un renfort de quatre
cents combattants de troupes fraîches[336]. Les Français sont mis en
pleine déroute. Gui d’Azay, les vicomtes de Narbonne et d’Uzès, le
seigneur de Montmorillon, les sénéchaux de Carcassonne, de Beaucaire et
plus de cent chevaliers sont faits prisonniers. Cet engagement a lieu
devant de Montauban la veille de la mi-août 1366. P. 223 à 226, 376 à
379.

      [333] En 1368, ce Robert Ceni ou Cheni fut fait prisonnier
      dans l’abbaye fortifiée d’Olivet (auj. lieu-dit de la commune
      de Saint-Julien-sur-Cher, Loir-et-Cher, arr. de Romorantin, c.
      Menetou-sur-Cher, sur la rive gauche du Cher), par Louis de
      Sancerre, Gui le Baveux et le gouverneur de Blois. Robert Cheni
      eut la tête tranchée ainsi que tous les routiers placés sous ses
      ordres. _Bibl. Nat._, ms. fr. nº 4987, fº 87 vº.

      [334] La lettre du roi d’Angleterre, dont nous venons de citer
      un fragment, mentionne en outre parmi les chefs de ces bandes
      Rocamadour, le bour Camus, Garciot du Castel et un routier nommé
      Frère Darrère, que dom Vaissete appelle Fierderrière. _Hist. du
      Languedoc_, IV, 332.

      [335] Le combat n’eut pas lieu au pied des remparts de Montauban,
      comme le raconte Froissart, mais à la Villedieu (Tarn-et-Garonne,
      arr. Castelsarrasin, c. Montech), à 12 kil. à l’ouest de
      Montauban. «Et l’endemain (14 août 1366), ledit seneschal (de
      Toulouse) et ses gentz chevauchèrent après les dites gentz
      d’armes et compaignes _jusqes près d’une ville appelée la Ville
      Dieu, près de Montauban, en la terre et obeissance de nostre
      dit frère_, et illoec s’arrestèrent les dites gentz d’armes et
      Compaignes et se mistrent en arroy de combattre...» Rymer, III,
      808, col. 1.

      [336] La défaite fut amenée par la défection d’une bande de
      routiers à la solde du duc d’Anjou qui, après avoir promis de
      rester simples spectateurs du combat, prirent parti pour les
      Anglo-gascons, aussitôt que l’action fut engagée et chargèrent en
      queue les Français. «Deux centz combattantz anglais, qui avoient
      au commencement esté avecques les gentz de nostre dit frère (le
      roi de France) et s’estoient retraitz, parceq’il disoient qu’il
      ne se combatroient point encontre les ditz gentz d’armes et
      Compaignes, parceq’il estoient de leur alliance et serement, et
      q’il venoient de vostre principauté (c’est Édouard III qui écrit
      au prince d’Aquitaine), corurent par darrère sur les gentz de
      nostre dit frère, et adonc furent les gentz de nostre dit frère
      desconfiz et pris et mors une partie.» Rymer, III, 808, col.
      2.--L’auteur de la chronique romane de Montpellier dit, de son
      côté, que Gui d’Azay, sénéchal de Toulouse, Arnaud d’Espagne,
      sénéchal de Carcassonne, le bour de Béarn, les vicomtes de
      Narbonne et de Caraman et beaucoup d’autres vaillants hommes «y
      foron nafratz et apreyzonatz per la tracion de IIc homes d’armas
      angles loscals anavon am los Frances; els Frances, cofizan
      se d’els, los avian meses en l’arieregarda, e quant venc al
      combatre, els feriron sus los Frances.» _Thalamus parvus_, p. 372.

Bertucat d’Albret, Robert Ceni, Jean Trivet, Robert d’Aubeterre[337],
le bour de Breteuil et Naudon de Bageran se partagent le butin.
Les prisonniers s’engagent à payer rançon à Bordeaux dans un délai
convenu et sont mis en liberté à cette condition; mais le pape Urbain
V leur défend sous peine d’excommunication de verser les sommes
promises et déclare nuls tous engagements pris envers les gens des
Compagnies[338]. Ceux-ci adressent des réclamations à Jean Chandos,
connétable d’Aquitaine, qui élude leurs plaintes pour ne pas froisser
le Saint-Père. P. 226 à 228, 379, 380.

      [337] Ce Robert d’Aubeterre appartenait sans doute à la même
      famille que Guardia Raymond, sire d’Aubeterre, qui avait été
      comme nous l’avons dit plus haut, le principal condottière des
      Compagnies anglo-gasconnes emmenées en Espagne par Bertrand du
      Guesclin, à moins que Froissart n’ait fait confusion et n’ait
      voulu désigner le sire d’Aubeterre lui-même. Il est certain que
      celui-ci alla rejoindre le prince de Galles sous les ordres
      duquel il combattit à Najera: «Toutes les debtes d’Aubeterre
      furent confisquéez, car le sire estoit juré messire Bertran et se
      tourna contre lui. _Oultre, il fu depuis ou royaulme de France
      avec les Compaignes._» _Arch. Nat._, sect. jud., X1a 1475, fº 176.

      [338] Urbain V, l’un des papes les plus grands et les plus saints
      qui aient régi la chrétienté, combattait alors les Compagnies
      sans trêve ni merci et lançait contre elles à coups redoublés les
      foudres apostoliques. Par une bulle datée d’Avignon le 2 mai 1366
      et adressée à l’archevêque de Toulouse, il venait d’excommunier
      et de frapper des plus terribles anathèmes les bandes de pillards
      cantonnées en France et spécialement dans le Languedoc (_Arch.
      Nat._, L312, nº 9). S’il fallait en croire le duc d’Anjou dans
      les instructions qu’il remit en 1376 à ses ambassadeurs auprès
      de don Henri, roi de Castille, l’affaire de la Villedieu aurait
      coûté plus de trois millions au royaume de France.

L’effectif des Compagnies anglo-gasconnes s’élève à douze mille
soudoyers: le prince de Galles les prend à ses gages depuis la fin
d’août 1366 jusqu’à l’entrée de février 1367. D’un autre côté, don
Henri de Trastamare retient à son service les soudoyers français et
surtout les bandes bretonnes dont les principaux chefs sont, après
Bertrand du Guesclin, Silvestre Budes[339], Alain de Saint-Pol,
Guillaume du Bruel et Alain de Lakouet[340].--Sur ces entrefaites,
Jean, duc de Lancastre[341], vient amener au prince de Galles son
frère un renfort de quatre cents hommes d’armes et de quatre cents
archers. Le roi de Majorque, dépouillé de ses états par le roi
d’Aragon, se rend aussi, vers la même époque, à la cour de Bordeaux
où il expose ses griefs, et on lui donne l’assurance qu’au retour de
l’expédition d’Espagne on l’aidera à recouvrer son royaume[342]. Le
prince d’Aquitaine reçoit continuellement des plaintes au sujet des
désordres de tout genre commis par les gens des Compagnies qu’il a
enrôlés à son service; mais il attend la délivrance de la princesse
sa femme, qui est sur le point d’accoucher, et on lui conseille de
laisser passer la fête de Noël avant de s’engager dans les défilés
de Roncevaux[343]. Le 7 décembre, il écrit au sire d’Albret de lui
amener deux cents lances, au lieu de mille, comme il avait été convenu
d’abord. Le sire d’Albret se fâche et répond qu’il renonce à servir
le prince, car il ne saurait trier ces deux cents lances parmi les
mille qu’il avait retenues pour faire partie de l’expédition. Le prince
d’Aquitaine est outré de dépit d’une telle réponse et se montre bien
résolu à ne pas laisser cette insolence impunie; toutefois, le comte
d’Armagnac accourt à Bordeaux et réussit à obtenir la grâce du sire
d’Albret, son neveu[344], grâce à l’entremise de Jean Chandos et de
Thomas de Felton. Cet incident n’en doit pas moins être considéré comme
le point de départ de la brouille entre le prince de Galles et le sire
d’Albret[345]. P. 228 à 234, 380 à 382.

      [339] Silvestre Budes, fils de Guillaume Budes et de Jeanne du
      Guesclin, seigneur d’Uzel (auj. Uzel-près-l’Oust, Côtes-du-Nord,
      arr. Loudéac), était le cousin de Bertrand du Guesclin dont, s’il
      faut en croire d’Argentré, il porta la bannière à la bataille de
      Najera. Il était frère de Geffroi Budes dont nous avons eu déjà
      l’occasion de parler.

      [340] Cet Alain de Lakonet ou de Lakouet était sans doute le
      frère de Yon ou Yvon de Lacouet, «chevalier de Bretaigne», dont
      Olivier de Mauny se porta garant vis-à-vis du roi de France le 26
      avril 1368. _Arch. Nat._, J621, nº 72.

      [341] Par acte daté de Westminster le 20 octobre 1366, Édouard
      III mande à deux de ses sergents d’armer dans les ports de
      Plymouth, de Dartmouth, de Weymouth et de Fowey, vingt navires
      destinés à transporter en Aquitaine Jean, duc de Lancastre,
      avec des hommes d’armes et des archers (Rymer, III, 810). Le
      départ d’Angleterre de Jean de Gand dut avoir lieu peu après le
      2 novembre, jour où le roi son père lui accorda un sauf-conduit
      (_Ibid._, 812). Cf. p. LXXVIII, note 278.

      [342] Jayme II, roi de Majorque, père de Jayme dont il est
      question dans ce passage de Froissart, avait été détrôné par
      Pierre IV, roi d’Aragon, dit le Cérémonieux, qui avait réuni
      le royaume de Majorque à l’Aragon par un acte solennel du 29
      mars 1344. Dans une campagne entreprise pour reconquérir ses
      États, Jayme II fut blessé grièvement et mourut des suites de
      ses blessures le 25 octobre 1349. Pour subvenir aux frais de
      cette dernière et malheureuse tentative, il avait vendu au roi
      de France, le 18 avril 1349, pour 120 000 écus d’or, tout ce
      qui lui restait de son royaume, c’est-à-dire les seigneuries de
      Montpellier et de Lattes (Hérault, arr. et c. Montpellier). Sa
      veuve Yolande, qui continuait de s’intituler reine de Majorque,
      se remaria à Othon, duc de Brunswick, et celui-ci autorisa sa
      femme, le 20 novembre 1353, à traiter avec le roi de France au
      sujet de 1000 livres de rente viagère qu’elle réclamait du dit
      roi pour son douaire (_Arch. Nat._, J598, nº 21). Jayme, fils
      de Jayme II, qui prit part à l’expédition du prince de Galles
      en Espagne, était le troisième mari de Jeanne I de Naples,
      petite-fille de Robert, roi de Naples, qu’il avait épousée le
      14 décembre 1362. Jeanne avait succédé comme reine de Naples à
      Robert son aïeul mort le 19 janvier 1343.

      [343] Pour se rendre de Guyenne en Castille, il n’y avait
      au quatorzième siècle qu’une seule route où une armée pût
      s’engager avec de la cavalerie; c’était celle qui, passant par
      Saint-Jean-Pied-de-Port, longe la fameuse vallée de Roncevaux, et
      qui, après avoir franchi la cime des Pyrénées par un col élevé,
      suit le cours de l’Arga pour venir déboucher sur Pampelune.

      [344] Mathe d’Armagnac, seconde femme de Bernard Ezy et mère
      d’Arnaud Amanieu, sire d’Albret, vicomte de Tartas, fille de
      Bernard VI, comte d’Armagnac et de sa première femme Isabelle
      d’Albret, était l’aînée des deux sœurs de Jean I, comte
      d’Armagnac. Par conséquent, Arnaud Amanieu, sire d’Albret, qui
      figure dans ce récit, était bien, comme le dit Froissart, le
      neveu du comte d’Armagnac. Anselme, _Hist. généal._, III, 415,
      VI, 209.

      [345] Le mécontentement du sire d’Albret avait une cause
      moins chevaleresque que celle qui est indiquée ici par le
      secrétaire de la reine d’Angleterre, alors l’un des hôtes et des
      historiographes de la cour de Bordeaux. Arnaud Amanieu avait été
      gratifié d’une rente annuelle de 1000 livres sterling, équivalant
      à 6000 francs d’or, sur la cassette d’Édouard III, mais cette
      rente était si mal payée, qu’à la fin de 1368, on devait au
      titulaire dix ans d’arrérages, soit 60 000 francs. Le 4 mai 1368,
      Charles V maria Marguerite de Bourbon, l’une des sœurs cadettes
      de sa femme, au sire d’Albret et, le 19 novembre suivant, il
      s’engagea à verser entre les mains de son nouveau beau-frère les
      60 000 francs d’arrérages dus par le roi d’Angleterre, et en
      outre à lui servir la rente annuelle de 6000 francs promise, mais
      non payée, par Édouard III: c’est en reconnaissance de ces deux
      actes si profondément politiques qu’Arnaud Amanieu se décida,
      vers la fin de cette année, à porter appel devant le Parlement
      de Paris de ses démêlés avec le prince d’Aquitaine, en d’autres
      termes, à fournir au roi de France, qui était prêt, un prétexte
      pour se faire attaquer et pour poursuivre, sous les apparences
      d’une guerre défensive, la revanche de Poitiers et de Brétigny.
      _Arch. Nat._, JJ99, nº 345.




     [1] CHRONIQUES
         DE J. FROISSART.


         LIVRE PREMIER.


         § 474. Li intention dou roy Edowart d’Engleterre
         estoit tèle que il enteroit en ce bon pays de Biausse
         et se trairoit tout bellement sus celle belle, douce et
         bonne rivière de Loire, et se venroit tout cel esté
      5  jusques apriès aoust rafreschir en Bretagne. Et tantost
         sus les vendenges, qui estoient moult belles apparans,
         il retourroit en France et venroit de rechief
         mettre le siège devant Paris, car point ne voloit retourner
         en Engleterre, pour ce qu’il en avoit au
     10  partir parlé si avant, si aroit eu se intention dou dit
         royaume, et lairoit ses gens par ses forterèces, qui
         guerre faisoient pour lui, en France, en Brie, en Campagne,
         en Pikardie, en Pontieu, en Vismeu, en Vexin
         et en Normendie, guerriier et heriier le royaume de
     15  France, et si taner et fouler les cités et les bonnes
         villes que de leur volenté il s’acorderoient à lui.

         Adonc estoient en Paris li dus de Normendie et si
     [2] doy frère, et li dus d’Orliiens, leurs oncles, et tous li
         plus grans consaulz de France, qui imaginoient bien
         le voiage dou roy d’Engleterre, et comment il et ses
         gens fouloient et apovrissoient le royaume de France,
      5  et que ce ne se pooit longement tenir ne souffrir,
         car les rentes des signeurs et des eglises se perdoient
         generaument partout. Adonc estoit canceliers de
         France uns moult sages et vaillans homs messires
         Guillaumes de Montagut, evesques de Tieruane, par
     10  qui conseil on ouvroit en partie en France, et bien
         le valoit, en tous estas, car ses consaulz estoit bons et
         loyaus. Avoecques lui estoient encores doi clerc de
         grant prudense, dont li uns estoit abbes de Clugni,
         et li autres mestres des Frères Preeceurs, et le appelloit
     15  on frère Symon de Lengres, mestres en divinité.
         Cil doi clerch darrainnement nommet, à le priière,
         [requeste[346]] et ordenance dou duc de Normendie et
         de ses frères et dou duch d’Orliiens, leur oncle, et
         de tout le grant conseil de France entirement, se partirent
     20  de Paris sus certains articles de pais, et messires
         Hughes de Genève, signeur d’Antun, en leur compagnie,
         et s’en vinrent devers le roy d’Engleterre
         qui cheminoit en Biausse par devers Gaillardon. Si
         parlèrent cil doi prelat et li chevaliers au dit roy
     25  d’Engleterre, et commencièrent à trettier pais entre
         lui et ses alliiés et le royaume de France et ses alliiés,
         asquelz trettiés li dus de Lancastre et li princes de
         Galles, li contes de le Marce et pluiseur hault baron
         [d’Engleterre[347]] furent appellé.

             [346] Ms. A 7, fº 224 vº.--Mss. B 1, t. II, fº 146, B 3 et
             4 (lacune).

             [347] Ms. B 4, fº 221.--Ms. B 1, t. II (lacune).

     [3] Si ne fu mies cilz trettiés si tost acomplis, quoiqu’il
         fust entamés, mès fu moult longement demenés. Et
         toutdis aloit li rois [d’Engleterre] avant, querant le cras
         pays. Cil trettieur, comme bien consilliet, ne voloient
      5  mies le roy lassier ne leur pourpos anientir; car il
         veoient le royaume de France en si povre estat et si
         grevé que en trop grant peril il estoit, se il attendoient
         encores un esté. D’autre part, li rois d’Engleterre demandoit
         [et requeroit[348]] les offres si grandes et si prejudiciales
     10  pour tout le royaume de France, que à envis
         s’i acordoient li signeur pour leur honneur. Et si couvenoit
         par pure necessité qu’il fust ensi ou auques priès,
         se il voloient venir à pais: siques tous leurs trettiés
         et leurs parlemens durèrent dixsept jours, toutdis en
     15  poursievant le roy d’Engleterre. Li dessus nommet
         prelat et li sires d’Antun, messires Hughes de Genève,
         qui moult bien estoit et volentiers oys en le court
         dou roy d’Engleterre, renvoioient tous les soirs ou de
         jour à aultre leurs trettiés et leurs procès devers le
     20  duch de Normendie et ses frères en le cité de Paris,
         et sus quel fourme ne estat il estoient, pour avoir
         response quel cose en estoit bon à faire, et dou
         sourplus comment il se maintenroient. Cil procet et
         ces parolles estoient consilliet secretement et examiné
     25  souffissamment en le cambre dou duch de Normendie,
         et puis estoit rescrit justement et parfaitement li intention
         dou duch de Normendie et li advis de son
         conseil as dis trettieurs: par quoi riens ne se passoit,
         de l’un costé ne d’autre, qu’il ne fust bien specefiiet
     30  et justement cancelé.

             [348] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

     [4] Là estoient, en le cambre dou roy d’Engleterre
         sus son logeis, ensi comme il cheoit à point et qu’il
         se logoit sus son chemin, tant devant le cité de
         Chartres comme ailleurs, des dessus dis trettieurs
      5  françois grans offres mises avant, pour venir à conclusion
         et à fin de guerre et à ordenance de pais,
         asquelz coses li rois d’Engleterre fu trop durs à entamer;
         car li intentions de lui estoit tèle que il voloit
         demorer rois de France, comment que il ne le
     10  fust mies, et morir rois de France, et voloit ostoiier
         en Bretagne, en Blois, en Tourainne cel esté, si com
         ci dessus est dit. Et, se li dus de Lancastre ses cousins,
         que moult amoit et creoit, li euist otant desconsilliet
         le pais à faire que il li consilloit, il ne s’i fust
     15  point acordés; mais il li remoustroit moult sagement
         et disoit: «Monsigneur, ceste guerre que vous tenés
         au royaume de France, est moult mervilleuse et trop
         fretable pour vous. Vos gens y gaagnent, et vous y
         perdés et alewés le temps. Tout consideret, se vous
     20  guerriiés selonch vostre oppinion, vous y userés vostre
         vie, et c’est fort que vous en venés ja à vostre
         entente. Si vous conseille que, entrues que vous en
         poés issir à vostre honneur, vous en issiés et prendés
         les offres que on vous presente; car, monsigneur,
     25  nous poons plus perdre sus un jour que nous n’avons
         conquis dedens vingt ans.»

         Ces parolles et pluiseurs aultres belles et soubtieves,
         que li dus de Lancastre remoustroit fiablement en
         istance de bien au roy d’Engleterre, convertirent si le
     30  dit roy, parmi le grasce dou Saint Esperit qui y ouvra
         ossi; car il avint à lui et à toutes ses gens ossi, lui
         estant devant Chartres, un grant miracle qui moult le
     [5] humilia et brisa son corage, car entrues que cil trettieur
         [franchois[349]] aloient et preeçoient le dit roy et
         son conseil et encores nulle response agreable n’en
         avoient, uns orages, uns tempès et uns effoudres si
      5  grans et si horribles descendi dou ciel en l’ost le roy
         d’Engleterre, que il sambla bien proprement à tous
         ceulz qui là estoient, que li siècles deuist finer, car il
         cheoient de l’air pières si grosses que elles tuoient
         hommes et chevaus, et en furent li plus hardi tout
     10  eshidé. Et adonc regarda li rois d’Engleterre devers
         l’eglise Nostre Dame de Chartres, et se voa et rendi
         devotement à Nostre Dame, et prommist, si com il
         dist et confessa depuis, que il s’accorderoit à le pais.
         A ce donc estoit il logiés en un village assés priès de
     15  Chartres qui s’appelle Bretegni, et là fu li certainne
         ordenance et compositions faite et jettée de le pais,
         sus certains poins et articles qui ci ensievant sont
         ordonné. Et pour ces coses plus enterinement faire
         et poursievir, li trettieur d’une part, et d’autre grant
     20  clerch en droit dou conseil le roy d’Engleterre, ordonnèrent
         sus le fourme de la pais, par grant deliberation
         et par bon avis, une lettre qui s’appelle la
         chartre de la pais, dont la teneur s’ensieut ensi.

             [349] Ms. B 4.--Ms. B 1, t. II, fº 146 vº (lacune).


         § 475. «Edowart, par le grasce de Dieu roy d’Engleterre,
     25  signeur d’Irlande et d’Aquitainne, à tous ceulz
         qui ces presentes lettres veront, salut. [Savoir faisons
         que,] comme pour les dissentions, debas, descors et
         estris, meus et esperés à mouvoir entre nous et nostre
         très chier frère le roy de France, certains tretteurs
     [6] et procureurs de nous et de nostre très chier fil
         ainsnet Edouwart, prince de Galles, aians à ce souffissant
         pooir et auctorité pour nous et pour lui et nostre
         royaume, d’une part, et certains aultres trettieurs et
      5  procureurs de nostre dit frère et de nostre très chier
         neveu Charle, duch de Normendie, [dalphin de
         Vienne], fil ainsné de nostre dit frère de France, aiant
         pooir et auctorité de son dit père en ceste partie,
         pour son dit père et pour lui, soient assamblé à Bretegni
     10  priès de Chartres, ouquel lieu est trettié, parlé
         et acordé finable pais et concorde des trettieurs et
         procureurs de l’une et l’autre partie sus les dissentions,
         debas, guerres et descors devant dis, lesquelz
         trettiés et paix les procureurs de nous et de nostre
     15  dit fil, pour nous et pour lui, et les procureurs de
         nostre dit frère et de nostre dit neveu, pour son père
         et pour lui, jurront sus saintes Ewangiles, tenir,
         garder et acomplir ce dit trettié, [et ossi le jurerons
         et nostre dit filz ossi, ainsi comme dessus est dit
     20  et que il s’en sievra ou dit trettié[350]]: parmi lequel
         acort, entre les aultres coses, nostre frère de France
         et son filz devant dis sont tenu et ont prommis baillier
         et delivrer et delaissier à nous, nos hoirs et successeurs
         à tous jours, les cités, contés, villes, chastiaus,
     25  forterèces, terres, isles, rentes et revenues et aultres
         coses qui s’ensievent, avoech ce que nous tenons en
         Ghiane et en Gascongne, à tenir et possesser perpetuelment,
         à nous et à nos hoirs et à nos successeurs,
         ce qui est en demainne, en demainne, et ce
     30  qui est en fief, en fief, et par le temps et manière chi
     [7] apriès esclarcis: c’est à savoir, la cité, le chastiel et
         la conté de Poitiers et toute la terre et le pays de
         Poito, ensamble le fief de Thouwart et la terre de
         Belleville, le cité et le chastiel de Saintes et toute la
      5  terre et le pays de Saintonge par deçà et par delà la
         Charente, avoech la ville, chastiel et forterèce de le
         Rocelle et leurs appertenances [et appendances]; la
         cité et le chastiel d’Agens et la terre et le pays d’Aginois;
         la cité, la ville et le chastiel et toute la terre de
     10  Pieregorch, la terre et le pays de Piereguis; la cité et
         le chastiel de Limoges, la terre et le pays de Limozin;
         la cité et le chastiel de Chaours et la terre et le
         pays de Caoursin; la cité, le chastiel et le pays de
         Tarbe, et la terre, le pays et la conté de Bigorre; la
     15  conté, la terre et le pays de Gauvre; la cité et le chastiel
         d’Angouloime, et la conté, la terre et le pays
         d’Angoulesmois; le chastiel, le ville et la cité de Rodais,
         et la conté, la terre et le pays de Roerge. Et se
         il y a, en la ducé d’Aquitainne, aucuns signeurs,
     20  comme le conte de Fois, le conte d’Ermignach, le
         conte de Laille, les visconte de Quarmaing, le conte
         de Pieregorch, le visconte de Limoges ou aultres qui
         tiennent aucunes terres ou lieus dedens les mètes des
         dis lieus, il en feront hommage à nous et tous aultres
     25  services et devoirs deus à cause de leurs terres et
         lieus, en le manière qu’il les ont fais dou temps
         passé, tout soit ce que nous ou aucuns des rois d’Engleterre
         anciennement n’i aions rien eu; en apriès, la
         visconté de Moustruel sus mer, en le manière que
     30  dou temps passé aucun roy d’Engleterre l’ont tenu,
         et, se en la ditte terre de Moustruel ont esté aucun
         debat dou partage de la terre, nostre frère de France
     [8] nous a prommis que il le nous fera esclarcir au plus
         hasteement comme il pora, lui revenu en France; la
         conté de Pontieu tout entierement, sauf et excepté
         que, se aucunes coses y ont esté alienées par les
      5  rois d’Engleterre qui ont regné pour le temps et ont
         ancienement tenu la ditte conté et appertenances, [en[351]]
         aultres personnes que as rois de France, nostre dit
         frère ne si successeur ne seront pas tenus de le rendre
         à nous. Et, se les dittes allienations ont esté faites
     10  des rois de France qui ont esté pour le temps, sans
         aucun moiien, et nostre dit frère le tiegne en present
         en sa main, il les laissera à nous entierement, excepté
         que, se les rois de France les ont eus par escange à
         aultres terres, nous deliverons ce qu’il en a eu par
     15  escange, ou nous laisserons à nostre dit frère les
         coses ensi alienées. Mès, se li roy d’Engleterre qui
         ont esté pour le temps de lors, en avoient aliené ou
         transporté aucune cose en autres personnes que ès
         rois de France, et ossi depuis il soient venus ès
     20  mains de nostre dit frère, espoir par partage, nostre
         dit frère ne sera pas tenus de les nous rendre. Et
         ossi, se les coses dessus dittes doient hommage, nostre
         dit frère les baillera à aultres qui en feront hommage
         à nous et à nos successeurs; et, se les dittes
     25  coses ne doient hommage, il nous baillera un teneur
         qui nous en fera le devoir, dedens un an proçain
         apriès ce que il sera partis de Calais. Item, le chastiel
         et le ville et la signourie de Calais, le chastiel, le
         ville et la signourie de Merk, les villes, chastiaus et
     30  signouries de Sangates, Coulongne, Hames, Walle et
     [9] Oye, avoech tières, bois, marès, rivières, rentes, signouries,
         advoesons d’eglises, et toutes aultres apertenances
         et lieus entregisans dedens les mètes et
         bondes qui s’ensievent, c’est à savoir de Calais
      5  jusques au fil de le rivière par devant Gravelines,
         et ossi par le fil meismes de la rivière [tout entour
         Lengle, et aussi par la rivière qui va par delà Poil,
         et aussi par mesme la rivière[352]] qui chiet ou grant
         lay de Ghines, jusques à Fretin, et d’illuech par le
     10  vallée entour le montagne de Calkuli, encloant
         meisme la montagne, et ossi jusques à la mer, avoech
         Sangate et toutes ses appertenances; le chastiel et le
         ville et tout entirement la conté de Ghines avoech
         toutes les terres, villes, chastiaus, forterèces, lieus,
     15  hommes, hommages, signouries, bois, foriès, droitures
         d’icelles, ossi entierement comme li contes de
         Ghines darrainnement mort les tenoit au temps de
         sa mort. Et obeiront les eglises et les bonnes gens
         estans dedens les limitations de la ditte conté de
     20  Ghines, de Calais et de Merk et des aultres lieus dessus
         dis, à nous, ensi comme il obeissoient à nostre
         dit frère et au conte de Ghines qui fu pour le temps:
         toutes lesquelz coses, comprises en ce present article
         et l’article proçain precedent de Merk et de Calais,
     25  nous tendrons en demainne, excepté les hiretages
         des eglises, [qui demourront as dites eglises[353]] entierement,
         quel part qu’il soient assis, et ossi excepté les
         hyretages des aultres gens des pays de Merk et de
         Calais assis hors de le ville et fremeté de Calais
    [10] jusques à le value de cent livrées de terre par an, de la
         monnoie courant ou pays, et en desous, [lesquels
         hiretages leur demourront jusques à le value dessus
         dite et en desous[354]]; mès [les] habitations et hyretages
      5  assis en la ditte ville de Calais avoech leur apertenances
         demorront [en demaine à nous pour en
         ordenner à nostre volunté. Et ossi demorront[355]] as
         habitans en la terre, ville et conté de Ghines, tous
         leurs demainnes entierement et y [revenront[356]] plainnement,
     10  sauf ce qui est dit par avant des confortacions,
         mètes et bondes dessus dittes en l’article de Calais,
         et tous les isles adjacens as terres, pays et lieus avant
         nommés, ensamble avoech tous les aultres isles, lesquelz
         nous tenions ou temps dou dit trettié. Et euist
     15  esté pourparlé que nostre dit frère et son ainsnet fil
         renonçassent as [dis] ressors et souverainnetés et à
         tout le droit qu’il poroient avoir as coses dessus
         dittes, et que nous les tenissions comme voisins, sans
         nul ressort et souverainneté de nostre dit frère ou
     20  royaume de France, et que tout le droit que nostre dit
         frère avoit ès coses dessus dittes, il nous cedast et
         transportast perpetuelement et à tous jours. Et ossi
         euist esté pourparlé que samblablement nous et
         nostres dit filz renoncissions expresseement à toutes
     25  les coses qui ne doient estre baillies ou delivrées à
         nous par le dit trettié, et par especial au nom et au
         droit de la couronne et dou royaume de France, et
         hommage, souverainneté et demainne de la ducée de
    [11] Normendie, de la conté de Tourainne, des contés d’Angou
         et du Mainne, de la souverainneté et hommage de
         la conté et dou pays de Flandres, de la souverainneté
         et hommage de la ducée de Bretagne, excepté que le
      5  droit dou conte de Montfort, tel qu’il le poet et doit
         avoir en la ducé [et pais[357]] de Bretagne, nous reservons
         et metons par mos exprès hors de nostre trettié, sauf
         tant que nous et nostre dit frère de France venu à
         Calais en ordenerons si à point, par le bon avis et
     10  conseil de nos gens à ce deputés, que nous metterons
         à pais et à acord le dit conte de Montfort et nostre
         cousin messire Charle de Blois, qui demande et calenge
         droit à l’iretage de Bretagne. Et renonçons à
         toutes aultres demandes que nous faisions ou faire
     15  porions, pour quelque cause que ce soit, exceptet les
         coses dessus dittes qui doient demorer et estre baillies
         à nous et à nos hoirs, et que nous leur transportissions,
         cessissions et delaississions tout le droit que
         nous porions avoir à toutes les coses qui à nous ne
     20  doient estre baillies: sus lesquelz coses, apriès pluiseurs
         altercations eues sur ce, et par especial pour ce
         que les dittes renunciations [ne se font pas de present,
         avons finablement accordé avec nostre dit
         frère par la manière qui s’ensuit, c’est assavoir que
     25  nous et nostre dit ainsné filz renoncerons et ferons
         et avons promis à faire les renunciations[358]], transpors,
         cessions et delaissemens dessus dis, quant et si tost
         que nostre dit frère ara bailliet à nous ou à nos
         gens especialment de par nous deputés, la cité et le
    [12] chastiel de Poitiers et toute la terre et le pays de
         Poito, ensamble le fief de Touwart et la terre de Belleville,
         le cité et le chastiel d’Agen, et toute la terre
         et le pays d’Aginois, la cité et le chastiel de Pieregorch
      5  et toute la terre et le pays de Piereguis, la
         chité et le chastiel de Caours et toute la terre et le
         pays de Quersin, la chité et le chastiel de Rodais et
         toute la terre et le pays de Roerge, la cité et le chastiel
         de Saintes et toute la terre et le pays de Saintonge,
     10  le chastiel et le ville de le Rocelle et toute la
         terre et le pays de Rocellois, le cité et le chastiel de
         Limoges et toute la terre et le pays de Lymozin, le
         cité et le chastiel d’Angouloisme, la terre et le pays
         d’Angoulesmois, la terre et le pays de Bigorre, la
     15  terre de Gauvre, la conté de Pontieu et la conté de
         Ghines: lesquelz coses nostre dit frère nous a prommis
         à baillier, en le fourme que ci dessus est contenu,
         ou à nos especiaus deputés, dedens un an ensievant,
         lui parti de Calais pour retourner en France.
     20  Et tantos ce fait, devant certainnes personnes que
         nostre dit frère deputera, nous et nostre dit ainsnet
         fil ferons en nostre royaume en Engleterre ycelles
         renunciations, transpors, cessions et delaissemens,
         par foy et par sierement solenelment, et d’icelles ferons
     25  bonnes lettres ouvertes seelées de nostre grant
         seel, par [la] manière et fourme comprises en nos
         aultres lettres sur ce faites, et que compris est ou dit
         trettiet, lesquèles nous envoierons à la feste de l’Assumption
         Nostre Dame proçainnement ensiewant, en
     30  l’eglise des Augustins en le ville de Bruges, et les ferons
         baillier à ceulz que nostre dit frère y envoiera
         lors pour les recevoir. Et, se dedens le terme qui mis
    [13] y est, nostre dit frère ne pooit baillier ne delivrer
         aisiement à nous ou à nos deputés les cités, villes,
         chastiaus, lieus, forterèces et pays ci dessus nommés,
         comment que il en doie faire son plain pooir sans
      5  nulle dissimulation, il les nous doit delivrer et baillier
         ou faire delivrer et baillier dedens le terme de
         quatre mois ensievant l’an acomplit. Avoech toutes
         ces coses et aultres qui s’ensievront chi apriès, est
         dit et acordé par le teneur dou trettié que nous,
     10  renvoiié et ramené nostre frère de France en le ville
         de Calais, six sepmainnes apriès ce que il y sera venus,
         nous devons recevoir, ou nos gens à ce especialment
         de par nous deputés, six cens mille frans, et par quatre
         ans ensievant cescun an six cens mille frans, et de
     15  ce delivrer et mettre en ostage et envoiier demorer en
         nostre cité de Londres en Engleterre des plus nobles
         dou royaume de France, qui point ne furent prisonnier
         à le bataille de Poitiers, et de dix neuf cités et
         villes des plus notables dou royaume de France, de
     20  çascune deux ou quatre hommes, ensi comme il
         plaira à nostre conseil. Et tout ce acompli, les hostages
         venus à Calais et le premier paiement paiiet, ensi
         que dit est, nous devons nostre frère de France et
         Phelippe son jone fil delivrer quittement en le ville
     25  de Boulongne sus mer, et tous ceulz qui avoech yaus
         furent prisonnier à le bataille de Poitiers, qui ne seroient
         rançonné à nous ou à nos gens, sans paiier
         nulles raençons. Et pour ce que nous savons de verité
         que nostres cousins messires Jakemes de Bourbon,
     30  qui pris fu à le bataille de Poitiers, a tousjours
         mis et rendu grant painne à ce que pais et acord
         fuissent entre nous et nostre dit frère de France, en
    [14] quelconque estat qu’il soit, rançonnés ou à rançonner,
         nous le deliverons sans coust et sans fret avoecques
         nostre dit frère en le ville de Boulongne, mès
         que cilz trettiés soit tenus ensi que nous esperons
      5  qu’il le sera. Et ossi nous a prommis nostre dit frère
         que il et son ainsnet fil renonceront et feront samblablement
         lors et par le manière dessus ditte les renonciations,
         transpors, cessions et delaissemens, acordés
         par le dit trettié à faire de leur partie, si comme
     10  est dit dessus. Et envoiera nostre frère ses lettres
         patentes seelées de son grant seel as dis lieus et termes,
         pour les baillier et delivrer as gens qui de par
         nous y seront deputé, samblablement, comme dit est.
         Et ossi nous a prommis et acordé nostre dit frère
     15  que li et si hoir surserront, jusques as termes des
         dittes renunciations dessus esclarcis, de user de
         souverainnetés et ressors en toutes les cités, contés, villes,
         chastiaus, forterèces, pays, terres, isles et lieus que
         nous tenions ou temps dou dit trettié, lesquelz nous
     20  doient demorer par le dit trettié, et as aultres qui à
         cause des dittes renunciations et dou dit trettié nous
         seront baillies et doient demorer à perpetuité à nous
         et à nos hoirs, sans ce que nostre dit frère ou ses
         hoirs ou aultres, à cause de le couronne de France,
     25  jusques as termes dessus esclarcis et yceulz [durans[359]],
         puissent user d’aucuns services de souverainneté ne
         demander subjection sur nous, nos hoirs, nos subjès
         d’icelles, presens et à venir, ne querelles ou appiaus
         en leur court recevoir, ne rescrire à ycelles, ne de
     30  juridition aucune user à cause des cités, contés,
    [15] chastiaus, villes, terres, islez et lieus proçainnement
         nommez. Et nous a ossi acordé nostre dit frère que
         nous, nos hoirs ne aucuns de nos subgès, à cause
         des dittes cités, contés, chastiaus, villes, pays, terres,
      5  isles et lieus proçains avant dis, comme dit est, soions
         tenus ne obligiés del recognoistre nostre souverain,
         ne de faire aucune subjection, service ne devoir à lui
         ne à ses hoirs ne à le couronne de France jusques as
         termes des renunciations devant dittes. Et ossi acordons
     10  et prommetons à nostre dit frère que nous et
         nos hoirs [surserrons[360]] de nous appeller et porter title
         et nommer roy de France, par lettres ou aultrement,
         jusques as termes dessus nommés et yceulz [durans[361]].
         Et combien que ès articles dou dit acord et trettié de
     15  le pais, ces presentes lettres ou aultres dependans des
         dis articles ou de ces presentes ou aultres quelconques
         que elles soient, soient ou fuissent aucunes [pareilles[362]],
         ou fait aucun que nous ou nostre dit frère
         deissions ou feissions, [qui[363]] sentesissent translation
     20  ou renunciations taisibles ou expresses des ressors et
         souverainnetés, est li intentions de nous et de nostre
         dit frère que les avant dis souverainnetés et ressors
         que nostre dit frère se dit avoir ens ès dittes terres
         qui nous seront baillies, comme dit est, demorront
     25  en l’estat ouquel elles sont à present; mais toutesfois
         il surserra de en user et demander subjection, par
         le manière dessus ditte, jusques as termes dessus
         esclarcis. Et ossi volons et acordons à nostre dit frère
    [16] que, apriès ce que il ara baillies les dittes cités, contés,
         chastiaus, villes, forterèces, terres, pays, isles et
         lieus dessus nommés, ensi que baillier les nous doit
         ou à nos deputés, parmi sa delivrance et renunciations,
      5  transpors et cessions qui sont à faire de se
         partie par lui et par son ainsné fil, faites et envoiiés
         as dis lieus et jour à Bruges les dittes lettres, et bailliés
         as deputés de par nous, que la renunciation,
         cession, transport et delaissement à faire de nostre
     10  partie soient tenues pour faites. Et par habundant
         nous renunçons dès lors par exprès au nom, au droit
         et au calenge de le couronne et dou royaume de France
         et à toutes les coses où nous devons renuncier par
         force dou dit trettié, si avant comme pourfiter pora
     15  à nostre dit frère et à ses hoirs. Et volons et acordons
         que par ces presentes le dit trettiet de pais et
         acord fait entre nous et nostre dit frère, [ses[364]] subgès,
         alliiés et adherens d’une part et d’autre, ne soit,
         quant as aultres coses contenues en ycelli, empiré et
     20  afoibli en aucune manière; mais volons et nous plaist
         que il soient et demeurent en leur plainne force et
         virtu. Toutes lesquèles coses en ces presentes lettres
         escriptes, nous, rois d’Engleterre [dessus dit[365]], volons,
         octroions et prommetons loyaument et en bonne foy,
     25  et par nostre sierement fait sus le corps de Dieu et
         sur saintes Ewangiles, tenir, garder, enteriner et
         acomplir sans fraude et sans mal engin de nostre
         partie. Et à ce et pour ce faire, obligons à nostre dit
         frère de France nous et nos hoirs, presens et à venir,
    [17] en quelque lieu qu’il soient. Et renonçons par nos
         dis fois et sieremens, à toutes exceptions de fraude, de
         decevance, de crois [prinse[366]] et à prendre, et à impetrer
         dispensation de pape ou d’autre au contraire,
      5  laquèle, se impetrée estoit, nous volons estre nulle et
         de nulle valeur, et que nous ne nous en puissions
         aidier, et as drois disans que royaume ne pora estre
         devisé et general renonciation [non[367]] valloir fors en
         certainne manière, et à tout ce que nous porions faire,
     10  dire ou opposer au contraire en jugement et dehors.
         En tesmoing desquèles coses, nous avons fait mettre
         nostre grant seel à ces presentes lettres, données à
         Bretegni dalés Chartres, le vingt cinquime jour dou
         mois de may, l’an de grasce Notre Signeur mil trois
     15  cens et soixante.»

             [350] Ms. B 4, fº 221 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 147 (lacune).

             [351] Ms. B 3, fº 236.--Ms. B 1, t. II, fº 147 vº (lacune).

             [352] _Arch. Nat._, J638, nº 1.--Ms. B 1, t. II, fº 148
             (lacune).

             [353] Ms. B 4, fº 222 vº.--Ms. B 1 (lacune).

             [354] Ms. B 4, fº 222 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 148 vº
             (lacune).

             [355] _Arch. Nat._, J638, nº 1.--Ms. B 1, t. II, fº 148 vº
             (lacune).

             [356] Ms. B 4, fº 222 vº.--Ms. B 1: «renderont.»--Ms. B 3,
             fº 236: «appartiendront.»

             [357] Ms. B 4, fº 222 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 148 vº
             (lacune).

             [358] _Arch. Nat._, J638, nº 3.--Ms. B 1, t. II, fº 149
             (lacune).

             [359] Ms. A 8, fº 220 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 150: «durer.»

             [360] Ms. B 4, fº 237.--Ms. B 1: «sursurrons.»

             [361] Ms. A 8, fº 220 vº.--Ms. B 1: «durer.»

             [362] Ms. A 8, fº 220 vº.--Ms. B 1: «parolles.»

             [363] Ms. B 4, fº 223 vº.--Ms. B 1: «qu’il.»

             [364] Ms. A 8, fº 220 vº.--Mss. B: «les.»

             [365] Ms. B 4, fº 223 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 150 vº
             (lacune).

             [366] Ms. B 3, fº 237 vº.--Mss. B 1 et B 4 (lacune).

             [367] Ms. B 3.--Mss. B 1 et B 4 (lacune).


         § 476. Quant ceste lettre, qui s’appelle li une des
         chartres de le paix, car encores en y eut des aultres
         faites et seelées en celle anée en le ville de Calais, si
         com je vous en parleray, quant temps et lieus seront,
     20  fu jettée, on le moustra au roy d’Engleterre et à son
         conseil. Liquelz rois et ses consaulz, quant il l’eurent
         oy lire, respondirent as trettieurs qui de ce s’estoient
         ensonniiet et en istance de bien cargié: «elle nous
         plaist moult bien ensi.»

     25  Dont fu ordonné que li abbes de Clugni et frères
         Jehans de Lengres et messires Huges de Genève, sires
         d’Antun, qui pour le duch de Normendie y estoient
         commis, partesissent de là, la chartre grossée et seelée
    [18] avoech eulz, et venissent à Paris devers le duch
         et son conseil et leur remoustrassent l’ordenance
         dessus ditte et en fesissent au plus briefment qu’il
         peuissent relation.

      5  Li dessus nommé s’i acordèrent volentiers et retournèrent
         à Paris où il furent receu à grant joie. Si
         se traisent devers le duch de Normendie et ses frères,
         le duch d’Orliiens present et le plus grant partie dou
         conseil de France. Là remoustrèrent li dessus dit
     10  moult couvignablement sus quel estat il avoient parlé
         et quel cose fait et esploitié; il furent volentiers oy,
         car la pais estoit moult desirée. Là fu la dessus ditte
         lettre leute et bien examinée, ne onques n’i fu de
         point ne d’article debatue; mais seela li dus de Normendie
     15  comme ainsnés filz dou roy de France et
         hoirs dou roy son père. Et furent assés tost apriès li
         dessus dit trettieur renvoiiet devers le roy d’Engleterre
         qui les attendoit en son host priès de Chartres.
         Quant il furent venu, il n’i eut mies grans parlemens,
     20  car il disent que à toutes ces coses li dus de
         Normendie, si frère, leurs oncles et tous li consaulz
         de France estoient doucement et benignement
         acordé.

         Ces nouvelles plaisirent grandement bien au roy
     25  d’Engleterre et à son conseil. Adonc, pour le mieulz
         faire que laissier, et pour plus grant seurté, fu en
         l’ost le roy d’Engleterre une triewe criée à durer jusques
         à le Saint Michiel en un an à tenir fermement
         et establement entre le royaume de France et le
     30  royaume d’Engleterre et tous leurs adherens et alliés,
         d’une part et d’aultre, et dedens ce terme, bonne
         pais entre les dis rois et leurs parties. Et tantost
    [19] furent ordonné sergant d’armes de par le roy de
         France, commis et envoiiet de par le duch de Normendie,
         qui se esploitièrent parmi le royaume de
         France de chevaucier et de noncier publikement ens
      5  es cités, villes, chastiaus, bours et forterèces, ceste
         triewe et esperance de pais, lesquèles nouvelles furent
         partout volentiers oyes.

         Encores revenu les dessus dis trettieurs en l’ost le
         roy d’Engleterre, il requisent au dit roy et à son conseil,
     10  que quatre baron d’Engleterre, comme procureur,
         à lui venissent avoech yaus en le cité de Paris
         pour venir jurer le pais en son nom, pour mieulz
         apaisier le peuple: laquel cose li rois d’Engleterre
         acorda moult volentiers. Et y furent ordonné et envoiié
     15  li sires de Stanfort, messires Renaulz de Gobehem,
         messires Guis de Briane et messires Rogiers de
         Biaucamp, banereth. Cil quatre signeur, à l’ordenance
         de leur signeur, se partirent et se misent au
         chemin avoecques l’abbé de Clugni et monsigneur
     20  Hughe de Genève, et chevaucièrent tant qu’il vinrent
         au Montleheri.

         Quant cil de Paris sceurent leur venue, par le
         commandement dou duch de Normendie, toutes les
         religions et li clergiés, en grant reverense et à pourcessions,
     25  widièrent de le cité et vinrent bien avant
         sus les camps contre les barons d’Engleterre dessus
         nommés, et les amenèrent ensi moult honnourablement
         dedens Paris. Et encores vinrent contre yaus
         pluiseur hault signeur et grant baron de France, qui
     30  lors se tenoient dedens Paris, et sonnèrent toutes les
         cloches de Paris à leur venue. Et furent, à ce donc
         qu’il entrèrent en le cité, toutes les grans rues
    [20] jonchies et parées de draps d’or, ossi honnourablement
         comme on pooit aviser et deviser; et ensi
         furent il amené au palais qui richement estoit appareilliés
         pour eulz recevoir. Là estoient li dus de Normendie,
      5  si frère, leurs oncles li dus d’Orliiens et
         grant fuison de prelas et de signeurs dou royaume
         de France, qui les recueillièrent bellement et reveramment.

         Là fisent au palais, present tout le peuple, cil
     10  quatre baron d’Engleterre sierement et jurèrent ou
         nom dou roy leur signeur et de ses enfans, sus le
         corps Jhesu Cris sacré et sus saintes Ewangiles, à tenir
         et à acomplir le dit trettié de le pais, si com ci dessus
         est esclarcis. Ces coses faites, il furent mené ou
     15  palais, et là festiié et honnouré très grandement dou
         duch de Normendie, de ses frères et des haus barons
         de France qui là estoient. Apriès ce, il furent mené
         en le Sainte Chapelle dou palais, et lor furent moustrées
         les plus belles reliques et li plus digne jeuiel
     20  dou monde qui là estoient et sont encores, et meismement
         la sainte couronne dont Diex fu couronnés
         à son saintisme traveil. Et en donna li dus de Normendie
         à çascun des chevaliers une des plus grandes
         espines de la ditte couronne, laquèle cose cescuns
     25  des chevaliers prisa moult et le tint au plus noble
         jeuiel que on li peuist donner. Et furent là ce jour
         et le soir et l’endemain, jusques apriès disner; et
         quant il prisent congiet, li dus de Normendie fist à
         çascun donner un moult biel et bon coursier richement
     30  paré et ensellé, et pluiseurs aultres biaus jeuiaus,
         desquelz je me passerai assés briefment, et dont il
         remerciièrent grandement le duc de Normendie.

    [21] Apriès ce, il se partirent dou dit duc et des signeurs
         qui là estoient, moult amiablement, et s’en
         retournèrent devers le roy lor signeur, et y vinrent
         l’endemain assés matin en grant compagnie de gens
      5  d’armes qui les convoiièrent jusques à là, et qui devoient
         ossi le roy d’Engleterre et ses gens conduire
         jusques à Calais, et faire ouvrir cités, villes et chastiaus,
         pour yaus laissier passer [parmy[368]] paisieulement
         et aministrer tous vivres.

             [368] Ms. B 4, fº 225.--Ms. B 1, t. II, fº 152 (lacune).


     10  § 477. Quant il furent parvenu jusques en l’ost le
         roy d’Engleterre leur signeur, il li recordèrent com
         honnourablement il avoient esté receu, et li remoustrèrent
         les dignes jeuiaus que li dus de Normendie
         lor avoit donnés. De quoi li rois eut grant joie et
     15  festia grandement le connestable de France et les
         signeurs qui là estoient venu, et leur donna biaus
         dons et grans jeuiaus et assés.

         Adonc fu ordonné que toutes manières de gens se
         deslogassent et traisissent bellement et en pais devers
     20  le Pont de l’Arce, [pour[369]] là passer le Sainne, et puis
         vers Abbeville, pour passer le Somme, et puis aller
         tout droit à Calais. Dont se deslogièrent toutes manières
         de gens et se misent au chemin. Et avoient
         ghides et chevaliers de France envoiiés de par le
     25  duch de Normendie qui les conduisoient et les menoient
         ensi comme il devoient aler.

             [369] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

         Li rois d’Engleterre, quant il se parti, passa parmi
         la cité de Chartres et y herbega une nuit. A l’endemain,
    [22] il vint moult devotement et si enfant en l’eglise
         de Nostre Dame, et y oïrent messe; et y fisent grande
         offrande et puis s’en partirent et montèrent à cheval.
         Si entendi que li rois et si enfant vinrent à Harflues
      5  en Normendie, et là passèrent il le mer et retournèrent
         en Engleterre. Li demorant de l’host vinrent
         au mieulz qu’il peurent sans damage et sans
         peril, et partout leur estoient vivre appareillié pour
         leur argent jusques en le ville de Calais. Et là prisent
     10  li François congiet d’yaus qui les avoient aconvoiiés.
         Si passèrent li Englès depuis, au plus bellement qu’il
         peurent, sans damage et sans peril et retournèrent en
         Engleterre.

         Sitost que li rois d’Engleterre fu retournés arrière
     15  en son pays, qui y vint auques des premiers, il se
         traist à Londres. Et fist mettre hors de prison le roy
         de France et le fist venir secretement au palais à
         Wesmoustier; et se trouvèrent en le chapelle dou
         dit palais. Là remoustra li rois d’Engleterre au roy
     20  de France tous les trettiés de le pais, et comment ses
         filz li dus de Normendie, ou nom de lui, avoit juret
         et seelé à savoir quel cose il en disoit. Li rois de
         France, qui ne desiroit aultre cose fors sa delivrance,
         à quel meschief que ce fust, et issir hors de prison,
     25  ne l’euist jamais contredit ne mis empeecement à ces
         ordenances; mès respondi que Diex en fust loés
         quant pais estoit entre yaus. Quant messires Jakemes
         de Bourbon seut ces nouvelles, si en fu durement
         resjoys; et vint à Londres au plus tost qu’il peut
     30  devers l’un roy et l’autre qui li fisent grant cière.
         Depuis chevaucièrent il tout ensamble et li princes
         de Galles en leur compagnie; et vinrent à Windesore
    [23] là où madame la royne estoit, qui moult fu resjoie de
         leur venue et de la pais dou roy son signeur et dou
         roy de France son cousin. Si eut là grans approcemens
         d’amours entre ces parties, et donnés et rendus
      5  grans dons et biaus jeuiaus. Depuis fu il acordé que
         li rois de France et ses filz et li baron de France, qui
         là estoient pour le temps, se partesissent et se traisissent
         devers Calais. Adonc prisent il congiet à la royne
         d’Engleterre et à ses filles, qui moult estoit lie de le
     10  pais et dou departement dou roy de France. Si
         aconvoia li rois d’Engleterre le roy de France jusques
         à Douvres, et là le tint tout aise ens ou chastiel de
         Douvres deux jours, et tous les François ossi. Au
         tierch jour, il entrèrent en mer, li princes de Galles,
     15  li dus de Lancastre, li contes de Warvich, messires
         Jehans Chandos et pluiseur aultre signeur en leur
         compagnie, et arrivèrent à Calais environ le Saint
         Jehan Baptiste. Si se tinrent en le ditte ville de
         Calais tout aisiement, et attendirent là un terme les
     20  messagiers dou duch de Normendie qui devoient
         aporter le finance de six cens mille frans [de France[370]].
         Mais li paiemens ne vint mies si tost comme on esperoit
         que il deuist venir, car il ne fu pas si tost recueilliés
         des officiiers dou roy de France. Si vinrent li dus de
     25  Normendie et si doi frère en le cité d’Amiens, pour
         mieulz oïr tous les jours nouvelles dou roy leur père
         et attendre à ses besongnes et à sa delivrance. Et
         entrues se coeilloit li paiemens parmi le dit royaume.
         Si entendi et oy recorder adonc que messires Galeas,
     30  sires de Melans et de pluiseurs cités en Lombardie,
    [24] fist ce premier paiement, parmi un trettiet qui se
         mist avant adonc, car il avoit un sien fil à marier;
         si rouva au roy de France que il li vosist donner et
         acorder une sienne fille: parmi tant il paieroit ces
      5  six cens mille frans. Li rois de France qui se veoit
         en dangier, pour avoir l’argent plus appareilliet, s’i
         acorda legierement. Or ne fu mies cilz mariages si
         tost fais ne acordés ne confremés, pour quoi la
         finance ne fu mies si tost apparillie ne ne vint avant.
     10  Si couvint ce dangier souffrir au roy de France et
         attendre l’ordenance de ses gens.

             [370] Ms. A 8, fº 222 vº.--Mss. B (lacune).


         § 478. Quant li princes de Galles et li dus de Lancastre,
         qui se tenoient à Calais dalès le roy de France,
         veirent que li termes passoit et que li paiemens point
     15  ne s’approçoit, si eurent volenté de retourner en
         Engleterre. Et misent ordenance [en ce[371]], et laissièrent
         le roy de France en le garde de quatre moult
         souffissans chevaliers, monsigneur Renault de Gobehem,
         monsigneur Gautier de Mauni, monsigneur Gui
     20  de Briane et monsigneur Rogier de Biaucamp. Et
         paioit li rois de France ses frès et les frès de ces
         signeurs et de leurs gens: si montèrent grant fuison
         le terme de quatre mois qu’il furent à Calais.

             [371] Ms. B 4, fº 225 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 153 (lacune).

         Or vous parlerons d’aucuns chevaliers englès, chapitains
     25  de garnisons, qui se tenoient en France et
         estoient tenus deux ans ou trois en avant, ançois
         que pais se fesist. Cil qui avoient apris à guerriier et
         à heriier le pays, furent moult courouciés de ces
         nouvelles, quant il eurent commandement dou roy
    [25] d’Engleterre qu’il partesissent; mès amender ne le
         peurent. Si vendirent li pluiseur leurs forterèces à
         chiaus dou pays environ, et en reçurent grant argent.
         Et puis s’en partirent li aucun; et li aucun ne s’en
      5  veurent mies partir ensi, qui avoient apris à pillier.
         Et fisent guerre comme en devant, en l’ombre dou
         roy de Navare; et ce furent cil qui se tenoient sus
         les marces de Normendie et de Bretagne. Mès messires
         Eustasses d’Aubrecicourt, qui se tenoit dedens
     10  le ville de Athegni, quant il s’en parti, le vendi bien
         et chier à chiaus dou pays. Or prist il simplement
         ses couvens, dont il fu depuis mal paiiés, et si n’en
         eut aultre cose. Si se partirent tout cil qui tenoient
         forterèces en Laonnois, en Soissonnois, en Pikardie,
     15  en Brie, en Gastinois et en Campagne. Si retournoient
         li aucun, qui avoient assés gaegniet, en leurs
         pays, ou qui estoient tanet de guerriier, et li pluiseur
         se retraioient en Normendie devers les forterèces
         navaroises.

     20  Or vint cilz paiemens de ces six cens mille florins en
         le ville de Saint Omer et fu tous quois, mis et arestés
         en l’abbeye c’on dist de Saint Bertin, sans porter
         adonc plus avant, car li aucun hault baron de France,
         qui esleu et nommé estoient pour estre ostagiier et
     25  entrer en Engleterre, refusoient et ne voloient venir
         avant et en faisoient grant dangier. De quoi, se li
         argens fust paiiés et delivrés en le ville de Calais as
         Englès, et li signeur de France ne volsissent entrer
         en ostagerie, ensi que couvens et ordenance de
     30  trettié se portoient, la ditte somme des florins fust
         perdue, la pais fust brisie, et li rois Jehans de France
         fust remenés arrière en Engleterre. Sus ces coses
    [26] avoit bien manière et avis de regarder comment on
         en peuist user.


         § 479. Ensi demora li rois de France à Calais, dou
         mois de jullet jusques en le fin dou mois d’octembre.
      5  Quant ces coses furent si approcies que li paiemens
         premiers tous pourveus, si com chi dessus est dit,
         et venu à Saint Omer cil qui devoient entrer en ostagerie
         pour le roy de France, et li rois d’Engleterre
         enfourmés de toutes ces coses, il rapassa le mer à
     10  grant quantité de signeurs et de barons et vint de
         rechief à Calais. Là eut grans parlemens de l’une
         partie et l’autre dou conseil des deux rois qui par
         l’ordenance de le paix s’appelloient frère. Là furent
         de rechief leutes, avisées et bien examinées les lettres
     15  qui s’appellent chartre de le pais, à savoir se
         riens y avoit à mettre ne à oster ne nul article à
         corrigier. Et tous les jours donnoient li doy roy l’un
         à l’autre à disner, et leurs enfans, si grandement et
         si estoffeement que merveilles seroit à penser. Et estoient
     20  en reviaus et en recreations ensamble si ordonneement
         que grant plaisance y prendoient toutes
         manières de gens au regarder. Et laissoient li doi
         roy leurs gens et leurs consaulz couvenir dou sourplus:
         siques entre yaus il fu là avisé et regardé pour
     25  le milleur et pour le plus grant seurté que aultres
         lettres, comprendans tous les articles de le pais, fuissent
         escriptes et seelées les deux rois presens et leurs
         enfans. Et pour tant que li certains arrès de le pais
         venoit et descendoit dou roy d’Engleterre, ces lettres
     30  qui furent là faites dient ensi.


    [27] § 480. «Edouwars, par le grasce [de] Dieu roy d’Engleterre,
         signeur d’Irlande et d’Acquitainne, à tous
         ceulz qui ces presentes lettres veront, salut. Savoir faisons
         que nous, pensans et considerans que les rois et
      5  princes crestiiens, qui voelent bien gouvrener le peuple
         qui leur est subget, doient fuir et eschiewer guerres,
         dissentions et discors, dont Diex est offendus, et
         querre et amer, pour eulz et pour leurs subgès, pais,
         unité et concorde, par laquèle l’amour dou souverain
     10  roy des roys poet estre acquise, li subget sont gouvrené
         en transquilité et as perilz des guerres est obvié,
         et recordans les grans maulz, damages et afflictions
         que nostre royaume et no subget ont soustenu par
         lonch tamps, pour cause et occasion des guerres et
     15  descors qui ont duré longement entre nous et nostre
         très chier frère le roy de France, et les royaumes,
         subgès, amis et aidans et alliiés d’une part et d’autre,
         sur laquèle entre nous et nostre dit frère finablement
         est fais bons accors, et bonne pais refourmée, et desirans
     20  ycelle garder [et] tenir, et perseverer en vraie
         amour perpetuelment par bonnes et fermes alliances
         entre nous et nostre dit frère, nos hoirs et les royaumes
         voisins et les subgès de l’un et de l’autre, par
         quoi justice en soit mieuls gardée et exersée, les
     25  drois et les signouries de l’un et de l’autre mieulz
         deffendus, les rebelles, malfaiteurs, desobeissans [à]
         l’un [et] à l’autre estre plus aisiement constrains à obéir
         [et cesser des rebellions et excès[372],] et toute crestienté
         estre maintenue en plus paisieule estat, et la Terre
     30  Sainte en poroit estre mieus secourue et aidie; et
    [28] toutes ces coses et aultres attendans, et considerans
         que nostre Saint Père le pape ait dispensé, par grant
         deliberation avoech nous et nostre dit frère de France,
         c’est à savoir avoec nous et tous nos subgès, tant de
      5  gens d’eglise comme de seculers, sus toutes les
         confederations, alliances, couvenances, obligations,
         liens et sieremens qui [pourroient[373]] iestre entre nous,
         nostre royaume et nos subgès, d’une part, et le pays
         et les bonnes villes, [gens et subgès[374]] de le conté de
     10  Flandres, d’autre part; comme le bien et l’effect de la
         ditte pais entre nous et nostre dit frère de France,
         les royaumes [et] subgès de France et d’Engleterre,
         poeent estre empeeciet par ycelles, et pour ce les ait
         le dit nostre Saint Père cassées, ostées, anullées et
     15  irritées dou tout, si comme en ses lettres et procès
         sur ce fait est plus plainnement contenu: pour
         consideration des cessions et causes dessus dittes, et
         ossi [voulliantz[375]] acomplir, en tant comme touchier
         nous poet, le dit acort fait sus les dittes alliances, si
     20  comme ottriié l’avons comme dit est, et [eue[376]] sur
         ce très grande et meure deliberation, avons fait et
         par ces presentes faisons pour nous, nos enfans, nos
         hoirs et successeurs, nostre roialme, noz terres quelconques
         et nos subjiz, d’une part, et le royaume de
     25  France, ses terres et ses subgès, d’autre part, perpetuelles
         alliances, confederations, amistés, pactions et
         couvenances qui apriès s’ensievent: c’est assavoir
         que nous, nos enfans, nos hoirs et successeurs, nostre
    [29] royaume, no terre et nos subgès quelconques,
         presens et à venir, nés et à nestre, serons à tousjours
         mès à nostre dit frère de France, ses hoirs, ses enfans
         et successeurs, le royaume de France, ses terres et
      5  ses subgès quelconques, bons, vrais et loyaus amis et
         alliiés, et les garderons à nostre loyal pooir, leurs
         honneurs et leurs drois. Et où nous sarions ne porions
         savoir leur deshonneur, leur vitupère et leur
         damage, nous leur noncerions ou ferions noncier. Et
     10  empeecerons et greverons de tout nostre pooir leurs
         ennemis [presens et advenir[377]], nés et à nestre, quelz
         qu’il soient; ne nul [conseil[378]], confort ne ayde encontre
         eulz ne soufferons ne ne donrons, par quelque
         cause et occasion que ce soit ou puist estre, en appert
     15  ou en repost, ne ne dirons ne ferons; ne yceulz
         ennemis, au damage et prejudisse de nostre dit frère,
         ses hoirs ou le royaume de France, secretement ne
         receptrons ne recevrons, ne recepter ne recevoir ferons
         ou soufferons en aucune manière, en nostre
     20  royaume ou aultres nos terres et nos signouries; ne
         par yceulz royaume et terres ou aucun d’eulz, ou prejudisce
         et damage de nostre dit frère, ses hoirs successeurs,
         le royaume de France, ses terres et ses subgès,
         leurs dis ennemis passer ne demorer sciamment soufferons;
     25  ne aultrement yceulz ennemis, pour nous ou
         pour aultres, en appert ou en repost, sour quelque
         title ou couleur que ce soit, contre nostre frère, ses
         hoirs ou ses subgès et le royaume de France et aultres
         terres, ne porterons ne soustendrons; nos amis
    [30] et nos alliiés à leur amour et alliances, se il nous en
         requièrent, de nostre pooir enduirons. Et ne soufferons
         aucuns de nos subgès ne aultres quelconques
         aler ne entrer ou royaume de France ou aultres terres
      5  de nostre dit frère, ses enfans, hoirs et successeurs,
         pour y faire guerre, damage ou offense aucune,
         as gages ou au service d’autrui ou aultrement, par
         quelconques cause et manière que ce soit; ançois les
         empeecerons et destourberons de tout nostre pooir.
     10  Et, se aucun de nos subgès faisoient le contraire ou
         aucune guerre villainne ou damage à nostre dit frère
         ou royaume de France, par terre ou par mer, à
         ses enfans, hoirs et successeurs ou subgès, nous les
         en punirons ou ferons punir si grandement qu’il sera
     15  exemples à tous aultres. Et de tout nostre pooir ferons
         reparer et radrecier tous les damages, attemptes ou
         emprises fais contre ces presentes alliances, se nous
         en sommes requis. Et toutes fois que nostre dit frère,
         ses hoirs et successeurs aront mestier de nostre ayde,
     20  et il nous en requerront ou feront requerre, nous,
         encontre toute personne qui puisse vivre et morir,
         leur aiderons et donrons tout le bon conseil, confort
         et ayde, à leurs propres frès et despens, que nous
         ferions ou porions faire pour nostre propre fait et
     25  besongne, et sans fraude et mal engin, non contrestant
         quelconques aultres alliances, amistés et confederations
         que nous et nostre predicesseur avons
         eues ou temps passé à quelconques aultres persones,
         asquèles toutes et çascune d’icelles nous renonçons
     30  dou tout pour nous, nos successeurs, royaume, terres
         et subgès à tous jours mès par ces presentes, reservé
         toutesvoies et exepté le pape et le saint collège de
    [31] Romme, et l’empereur de Romme qui ores est, lesquels
         nous ne volons estre compris en ces presentes
         alliances, en aucune manière. Et pour ce que les
         alliances, confederations, couvenances, pactions et
      5  aultres coses dessus dittes et çascune d’icelles soient
         plus fermement tenues, gardées et acomplies, nous
         avons juré sus le saint corps Jhesu Cris sacré, et encore
         jurons et prommetons par le foy de nostre corps
         et en parolle de roy, les coses dessus dittes et çascune
     10  d’icelles tenir fermement et acomplir à tous
         jours, sans les enfraindre en tout ou en [partie, en]
         aucune manière, par quelconques cause et occasion
         que ce soit. Et, se nous faisions, procurions ou souffrions
         sciamment le contraire estre fait, ce que Diex
     15  ne voeille, nous volons estre tenu et reputé en tous
         liex et en toutes places et en tous cas, pour faulz,
         mauvais et desloyaus parjure, et encourre en tel
         blasme et tel diffame comme roy sacré doit encourir
         en tel cas. Par ces presentes alliances, nous n’entendons
     20  ne volons que aucun prejudice se face à nous
         ne à nos hoirs et subgès, par quoi nous [et] eulz ne
         porions et porons recepter, porter et tenir tous les
         banis dou royaume de France et afuis, presens et à
         venir, nés et à nestre, par quelconques cause et occasion
     25  que ce soit, par manière qui a esté fait et
         acoustumé de faire ou temps passé. Et soumettons,
         quant à toutes ces coses, nous, nos hoirs et successeurs,
         à le juridition et cohertion de l’eglise de Romme.
         Et volons et consentons, tant comme en nous, que
     30  nostre Saint Père le pape conferme toutes ces coses,
         en donnant monitions et mandemens generaulz sour
         l’acomplissement d’icelles contre [nous], nos hoirs et
    [32] successeurs et contre tous nos subgès, soient communes,
         collèges, universités ou personnes singulères
         quelconques, et en donnant sentenses generaulz
         d’escumeniement, de suspention et de [interdiction[379]],
      5  pour estre encourut par nous et par eulz, sitost que
         nous et euls ferons ou attempterons, en occupant
         ville, chastiel et forterèce, ou aultre cose quelconque
         faisant, ratefiant ou aggrevant, en donnant conseil,
         confort, faveur ou aide, celeement ou en appert,
     10  contre la ditte pais et ces certainnes alliances. Et
         avons fait samblablement jurer toutes les devant
         dittes coses par nostre très chier fil ainsné le prince
         de Galles, et nos filz puisnés, Leonniel, conte de
         Dulnestre, Jehan, conte de Ricemont, Aymon, conte
     15  de Langlée, et nos cousins, monsigneur Phelippe de
         Navare, et les dus de Lancastre et de Bretagne, le
         conte de Stanfort et le conte de Sallebrin, le signeur
         de Mauni, Gui de Briane, Renault de Gobehem, le
         captal de Beus, le signeur de Montferrant, Jame
     20  d’Audelée, Rogier de Biaucamp, Jehan Chandos,
         Raoul de Ferrières, chapitainne de Calais, Edowart
         le Despensier, Thomas et Guillaume de Felleton,
         Eustasse d’Aubrecicourt, Franke de Halle, Jehan de
         Montbray, Bietremieus de Bruwes, Henri de Persi,
     25  Nicole de Tambourne, Richart de Stafort, Guillaume
         de Grantson, Jehan de Gommegnies, Raoul Spigreniel,
         Gastonnet de Graili et Guillaume Bourtonne,
         chevaliers. Et ferons ossi jurer samblablement, au
         plus tost que faire porons bonnement, nos aultres
     30  enfans et la plus grant partie des prelas, des eglises,
    [33] contes, barons et aultres nobles de nostre royaume.
         En tesmoing de laquel cose, nous avons fait mettre
         nostre seel à ces presentes lettres, données en nostre
         ville de Calais, le vingt quatrime jour dou mois d’octembre,
      5  l’an de grasce Nostre Signeur mil trois cens
         et soixante.»

             [372] _Arch. Nat._, J639, nº 15.

             [373] Ms. B 3, fº 240.--Ms. B 1, t. II, fº 154 (lacune).

             [374] Ms. B 4, fº 226 vº.--Ms. B 1 (lacune).

             [375] _Arch. Nat._, J639, nº 15.

             [376] _Arch. Nat._, J639, nº 15.

             [377] Ms. B 4, fº 226 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 154 vº
             (lacune).

             [378] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

             [379] _Arch. Nat._, J639, nº 15.--Ms. B 1: «juridition.»
             Fº 155 vº.


         § 481. Quant ceste lettre, qui s’appelle confederation
         et alliance entre le roy de France et le roy
         d’Engleterre, fu grossée et seelée sus le fourme et
     10  manière que vous avés oy, on le lisi et publia devant
         les deux rois et tous leurs enfans et consaulz qui là
         estoient present. Si sambla à çascun estre belle et
         bonne et grant conjonction d’amour et de pais.
         Adonc se traisent d’un lés li consaulz dou roy de
     15  France, et consillièrent une longhe espasse ensamble
         sus les renonciations que li rois d’Engleterre devoit
         faire et avoit prommis à faire par le trettié de le
         pais donné et ordonné à Bretegni priès de Chartres,
         lui venut à Calais.

     20  Quant il en eurent parlé ensamble, il se traisent
         devers le roy d’Engleterre et son conseil, le roy de
         France present qui avoit toutdis parlé à lui, tant que
         ses gens avoient consilliet. Et là requist li evesques
         de Tieruane, canceliers de France et promeus à estre
     25  cardinaulz, au dit roy d’Engleterre que il volsist
         acomplir de point en point le dit trettié de le pais
         et tous les articles, à le cautèle dou temps à venir.
         Li rois d’Engleterre respondi qu’il en estoit tous
         desirans, mès que on li desist de quoi et comment.

     30  Là fu aportée la ditte chartre de le pais et leute
         generalment. Et apriès ce li consauls dou roy de
    [34] France requisent que une chartre auques samblable
         à ceste, faisans mention plainnement des renunciations,
         fust grossée pour mieus confermer leurs ordenances
         et apaisier toutes gens as quelz la pais pooit
      5  touchier. Li rois d’Engleterre et ses consaulz l’acordèrent
         legierement et volentiers. Dont furent li trettieur
         et li plus grant partie dou conseil de l’un roy
         et de l’autre mis ensamble. Et là fu une grosse lettre
         jettée de rechief et puis escripte notablement et
     10  grossée sus la date de la precedent alliance et
         confederation: laquèle chartre des renunciations dist
         ensi.


         § 482. «Edowars, par le grasce de Dieu roy d’Engleterre,
         signeur d’Irlande et d’Acquitainne, à tous
     15  ceulz qui ces presentes veront, salut. Savoir faisons
         que nous avons prommis et prommetons baillier ou
         faire baillier et delivrer realment et de fait au roy
         de France nostre très chier frère ou à ses deputés
         especiaus en celle partie as frères Augustins dedens
     20  la ville de Bruges, au jour de la feste Saint Andrieu
         proçain venant en un an, lettres seelées de nostre
         grant seel en las de soie, en cire vert, ou kas que
         nostre dit frère ara fait les renonciations qu’il doit
         faire de se partie et nostre très chier neveu son fil
     25  ainsné, et ycelles baillier à nos gens ou deputés au
         dit lieu et terme, par le manière que obligié y sont:
         desquèles lettres la teneur de mot en mot s’ensieut
         ensi.

         Edowars, par le grace de Dieu roi d’Engleterre,
     30  signeur d’Irlande et d’Acquitainne, savoir faisons à
         tous presens et à venir que, comme guerres mortèles
    [35] aient longement duret entre nous, qui avons
         reclamé avoir droit au royaume et à le couronne de
         France, d’une part, et le roy Phelippe de France
         lui vivant, et après son decès entre nostre très chier
      5  frère son fil le roy Jehan de France, d’autre part,
         et aient porté moult grans damages, non pas seulement
         à nous et à tout nostre royaume, mès as
         royaumes voisins et à toute crestienté; car par les
         dittes guerres sont maintes fois avenues batailles
     10  mortèles, occisions de gens, pillemens, arsures et
         destruction de peuple et perilz de ames, defloration
         de pucelles et de viergenes, deshonnestemens de
         femmes mariées et veves, et arsures de villes, de abbeies
         et de manoirs et de edefisses, roberies et [oppressions[380]],
     15  guettemens de voies et de chemins, justice
         en est fallie et la foy crestiienne refroidie et
         marchandise perie, et tant d’autres malefisces et horribles
         fais s’en sont ensievoit qu’il ne poeent estre dit,
         nombret ne escript, par lesquèles nostre dit royaume
     20  et li aultre royaume par crestienneté ont soustenu
         moult d’afflictions et de damages inreparables. Pour
         quoi, nous, considerans et pensans les maulz dessus
         dis et que vraisamblable estoit que plus grant s’en
         poroient venir ou temps à venir, et aians grant pité
     25  et grant compassion de nostre peuple qui, en le
         [prosecucion[381]] de nos guerres, ont exposé leurs corps et
         leurs biens à tous perilz, sans eskiewer despens et
         mises, dont nous devons bien avoir perpetuèle memore,
         avons pour ce soustenu par pluiseurs fois
    [36] trettié de pais, premierement par le moiien de honnourables
         pères en Dieu pluiseurs cardinaulz et messages
         de nostre Saint Père le pape, qui à grant diligense
         [et instance[382]] y travillièrent pour le temps de
      5  lors, et depuis ce y ait eu pluiseurs trettiés pourparlés
         et pluiseurs voies touchies entre nous et nostre
         dit frère de France. Finablement, ou mois de may
         darrainnement passet, vinrent en France messages
     10  de par nostre Saint Père le pape, nostre très chier et
         feal l’abbet de Clugni, frères Symons de Lengres,
         mestre en divinité, mestre de l’ordene des Frères
         Preeceurs, et Hughe de Genève, chevalier, signeur
         d’Antun, où nous estions lors en nostre host. Et tant
         alèrent et vinrent li dit message devers nous et
     15  devers nostre très chier neveu Charle duc de Normendie,
         dalphin de Viane et regent pour le temps
         dou royalme de France, que en pluiseurs lieus se
         assamblèrent trettieurs d’une partie et d’aultre, pour
         parler et trettiier de pais entre nous et nostre dit frère
     20  de France et les royaumes de l’un et de l’autre. Et
         au darrainnier se assamblèrent li dit trettieur et procureur
         de par nous et de par nostre ainsné fil le
         prince de Galles, as coses dessus escriptes par especial
         deputés, et li procureur et trettieur de nostre dit
     25  frère et son ainsné fil, aiant à ce pooir et auctorité
         de l’un et de l’autre, à Bretegni priès de Chartres, ouquel
         lieu fu parlé, trettié et acordé des trettieurs et
         procureurs de l’une partie et l’autre, sus tous les
         discors, dissentions et guerres que nous et nostre dit
     30  frère avions l’un contre l’autre: lequel trettié et pais
    [37] li procureur d’une partie et d’autre, pour l’une partie
         et pour l’autre, jurèrent sus saintes Ewangiles tenir
         et garder; et apriès le jurèrent nostres dis filz
         [solempnelment[383]] pour nous et pour lui, et le dit nostre
      5  neveu le duch de Normendie, aiant à ce pooir, pour
         son dit père nostre frère et pour lui. Apriès ces coses
         ensi faites et à nous raportées et exposées, consideret
         que nostre dit frère de France s’acordoit et consentoit
         au dit trettiet et voloit ycelui et la pais tenir,
     10  garder et acomplir de sa partie, yceulz trettiés et
         pais, dou conseil et consentement de pluiseurs de
         nostre sanch et linage, dus, contes, chevaliers et
         gens d’eglise, de [barons[384]] et aultres nobles, bourgois
         et aultres sages de nostre royaulme, pour apaisier
     15  les guerres, les maulz et les doleurs dessus
         dis dont le peuple estoit si malement mené, si com
         dessus est dit et escript, à l’onneur et la glore dou
         roy des roys, et pour reverense de Sainte Eglise,
         de nostre Saint Père le pape et de ses messages,
     20  avons consenti et consentons, et le rattefions, greons
         et approuvons, comme, par le teneur dou dit trettié
         et pais, nostre dit frère de France doit delivrer et
         delaissier, et a baillié, delivré et delaissié, si comme
         il est contenu en ses lettres sur ce faites plus plainnement,
     25  à perpetuité à nous, pour nous et pour nos
         hoirs et successeurs, à tenir perpetuelment [et] à
         tous jours toutes les coses qui s’ensievent, par le manière
         que nostre dit frère et ses filz et leurs ancisseurs
         rois de France les ont tenu dou temps passé,
    [38] c’est à savoir, ce qui est en souverainneté, à tenir en
         souverainneté [et ce qui est en demaine, tenir en
         demaine[385]], et ce qui est en fief, à tenir en fief,
         et sans rappiel à tous jours mès pour lui ne pour ses
      5  hoirs, quelzconques qu’il soient, presens et à venir:
         c’est à savoir la cité et le chastiel et toute [la conté
         de Poitiers, et toute[386] la terre et le pays de Poito,
         ensamble le fief de Towart et la terre de Belleville,
         la cité et le chastiel de Saintes et toute la terre et le
     10  pays de Saintonge par deçà et par delà le Charente,
         la cité et le chastiel d’Agen, la terre et le pays d’Aghinois,
         la chité, le chastiel et toute la conté de
         Pieregorch et la terre et le pays de Piereguis, le cité
         et le chastiel de Limoges et toute la terre et le pays
     15  de Limozin, la chité et le chastiel de Chaours et toute
         la terre et le pays de Quersin, le ville, le chastiel et
         [tout] le pays de Tarbe, et la terre, pays et conté de
         Bigorre, la conté, la terre et le pays de Gauvre, le
         cité et le chastiel d’Angouloisme et toute la terre
     20  et le pays d’Angoulesmois, la cité et le chastiel
         de Rodais et toute la terre et le pais de Roerge,
         et ce que nous ou aultres rois d’Engleterre anciennement
         tindrent en le ville de Moustruel sus mer
         et ès apertenances. Item, la conté de Pontieu tout
     25  entierement, sauf et excepté et selonch la teneur
         de l’article contenu ou dit trettié qui de la ditte
         conté fait mention. Item, le chastiel et le ville
         [de Calais, le chastiel et ville[387] et la signourie de
         Merk, les villes, chastiaus et signouries de Sangattes,
    [39] Coulongne, Hames, Walle et Oye, avoec les terres,
         bois, marès, rivières, rentes, signouries et aultres
         [choses[388] contenues en l’article dou trettiet faisant de
         ce mention. Item, le chastiel, le ville et tout entierement
      5  la conté de Ghines, avoech toutes les terres,
         villes, chastiaus, forterèces, lieus, hommes, hommages,
         signouries, bois, foriès et droitures, selonc la
         teneur de l’article faisant de ce mention plus plainnement
         ou dit trettié, et avoech les isles et adjacens
     10  tierres, pays et lieus avant nommés, ensamble avoech
         tous les aultres isles et adjacens tierres, pays et
         lieus avant nommés, ensamble avoech tous les autres
         isles, lesquels nous tenions à present et tenons,
         c’est à entendre ou temps dou dit trettié. [Et
     15  comme par la forme et manière du dit traictié[389]] et
         de le pais, nous et nostre dit frère le roy de France
         devons et avons prommis, par foy et par sierement,
         l’un à l’autre, yceulz trettiés et pais tenir et garder et
         acomplir et non venir encontre, et soions tenu, nous
     20  et nostre dit frère et nos fils ainsnés dessus dis,
         par obligation et prommesse, par fois et par sieremens
         fais d’une partie et d’aultre, certainnes renunciations
         l’un pour l’autre, selonch la fourme et teneur
         dou dit article entre les aultres ou dit trettié de le
     25  pais, dont la fourme est tèle: Item, est acordé que le
         roy de France et son ainsnet fil le regent, pour eulz
         et pour leurs hoirs et pour tous les rois de France et
         leurs successeurs à tous jours, et au plus tost qu’il se
         pora faire, sans mal engin, et au plus tart dedens le
    [40] Saint Michiel prochain venant en un an, renderont
         et bailleront au dit roy d’Engleterre et à tous ses
         hoirs et successeurs, et transporteront en eulz tous
         les honneurs et regalités, obedienses, hommages,
      5  ligeautés, vassaus, fiés, services, recognissances, sieremens,
         droitures, mère et mixte impare, toutes manières
         de juriditions, hautes et basses, ressors, sauvegardes,
         signouries et souverainnetés qui apertenoient,
         apertiennent et poront en aucune manière apertenir
     10  as rois et [à] la couronne de France ou à aucune aultre
         personne, pour cause dou roy et de la couronne
         de France, hoirs ne successeurs, tant de signeurs
         comme de subgès nobles ou non nobles, en quelque
         temps que ce soit, ès cités, contés, chastiaus, terres,
     15  pays, isles et lieus avant nommés, ou en aucun
         d’iceulz, et à leur apertenances et apendances quelconques,
         ou ès personnes, vassaus et subgès quelconques
         d’iceulz, soient prince, duc, conte, visconte,
         arcevesque, evesque et aultres prelas d’eglise, barons,
     20  nobles et aultres quelconques, sans riens à eulz,
         leurs hoirs et successeurs, la couronne de France ou
         aultre que ce soit, retenir ne reserver en yceulz, pour
         quoi il ne leurs hoirs ou successeurs ou aucuns rois
         de France, ou aultres que ce soit, à cause dou roy et
     25  de la couronne de France, aucune cose y poront calengier
         ou demander ou temps à venir sus le roy
         d’Engleterre, ses hoirs et ses successeurs, ou sus aucuns
         des vassaus et subgès avant dis pour cause des
         pays et lieus avant nommés, ensi que toutes les avant
     30  nommées personnes et leurs hoirs et successeurs
         [perpetuelment seront hommes lieges et subgiz du
         roi d’Engleterre et à touz ses heirs et successours[390],
    [41] et que le dit roy d’Engleterre, ses hoirs et ses
         successeurs, toutes les personnes, cités, contés, terres,
         pays, isles, chastiaus et lieus avant nommés et toutes
         leurs apertenances et leur appendances aront et tenront,
      5  et à eulz demorront plainnement, perpetuelment
         et franchement en leur signourie, souverainneté,
         obeissance, ligeauté et subjection, comme les
         rois de France les avoient et tenoient ens ou temps
         passé, et que li dis rois d’Engleterre, ses hoirs et ses
     10  successeurs, aront et tendront perpetuelment et paisieulement
         tous les pays avant nommés, avoech leurs
         apertenances et appendances et les aultres coses
         avant nommées, en toute francise et liberté perpetuèle,
         comme signeur souverain et lige et voisin au
     15  roy de France et au dit royaume de France, sans y
         recognoistre souverainneté ou faire obeissance, hommage,
         ressort, subjection et sans faire ou temps à
         venir aucun service et recognissance au roy ne à le
         couronne de France, des contés, cités, chastiaus,
     20  terres, pays, isles, lieus et personnes avant nommées
         ou pour aucune d’icelles. Item, est acordé que li
         rois de France et ses ainsnés filz renonceront expressement
         as dis ressors et souverainnetés et à tout le
         droit qu’il ont ou poront avoir à toutes les coses
     25  qui par ce present trettié doient appertenir au roy
         d’Engleterre. Et samblablement li rois d’Engleterre
         et ses ainsnés filz renonceront expressement à toutes
         les coses qui par ce present trettié ne doient estre baillies
         ne données au roy d’Engleterre, et à toutes les
     30  demandes qu’il faisoit au roy de France, et par especial
    [42] au nom, au droit, as armes et au calenge de la
         couronne de France et dou royaume, à l’ommage et
         souverainneté et demainne de la ducé de Normendie,
         de la ducé de Tourainne, des contés d’Ango et
      5  du Mainne, et à la souverainneté et hommage de la
         ducé de Bretagne, et à la souverainneté et hommage
         de la conté et dou pays de Flandres, et à toutes aultres
         demandes que li rois d’Engleterre faisoit en devant
         ou temps dou dit calenge ou faire poroit ou
     10  temps à venir au dit royaume de France, par quelconque
         cause que ce soit, oultre et excepté ce qui
         par ce present trettié doit demorer ou estre bailliés
         [au roy d’Engleterre et à ses hoirs. Et transporteront,
         cesseront et delaisseront li un roy à l’autre, perpetuelement
     15  tout le droit que chascuns d’eulx a ou peut
         avoir en toutes les choses qui par ce present trettiet
         doivent demourer ou estre baillies[391]] à çascun d’eulz;
         et dou temps et lieu où et quant les dittes renonciations
         se feront, [parleront et ordeneront les deus
     20  rois à Calays ensemble[392]]. Et pour ce que nostre dit
         frère de France et son ainsnet fil, pour tenir et
         acomplir les articles de la pais et accors dessus dis,
         ont renonciet expressement as ressors et souverainnetés
         compris ès dis articles, et à tout le droit qu’il
     25  avoient ou avoir pooient en toutes les coses dessus
         dittes que nostre dit frère nous a à baillier, delivrer
         et delaissier et ès aultres qui d’or en avant nous doient
         demorer ou apertenir par les dis trettiés et pais:
         [nous, parmi les dittes choses, renonchons expressement
    [43] à toutes les choses qui par les dis traitteurs et
         pais] ne doivent estres baillies ne demorer à nous,
         pour nous ne pour nos hoirs, et à toutes les demandes
         que nous faisions ou porions faire envers nostre
      5  dit frère de France, et par especial, au nom et au
         droit de la couronne et dou royaume de France, à
         l’ommage, souverainneté et demainne de la ducé de
         Normendie, dou ducé de Tourainne, des contés
         d’Ango et du Mainne, et à la souverainneté et hommage
     10  dou pays et de la conté de Flandres, et à la
         souverainneté et hommage de la ducé de Bretagne,
         et à toutes aultres demandes que nous faisions ou
         faire porions à nostre dit frère, pour quelque cause
         que ce fust, oultre et excepté ce que par ce present
     15  trettié doit demorer à nous et à nos hoirs. Et en lui
         transportons, cessons et delaissons, et il en nous, et
         li uns en l’autre, au mieulz que nous poons, tout le
         droit que cescuns de nous poroit ou poet avoir en
         toutes les coses qui par le dit trettiet et pais doient
     20  demorer ou estre baillies à çascun de nous, sauf et
         reservé as eglises et gens d’eglises ce qui à eulz apertient
         ou poet apertenir, et que tout ce qui a esté
         occuppé et est detenu dou leur pour ocquison des
         guerres leur soit [recompensé, restitué[393] et] rendu et
     25  delivré, et que les villes et forterèces et tous les habitans
         en ycelles seront et demorront en tèles libertés
         et francises comme elles estoient par devant en
         nostre main et signourie, et leur seront confremés
         par nostre dit frère de France, se il en est requis, se
     30  contraires ne sont as coses devant dittes. Et soumetons,
    [44] quant à toutes ces coses, nous et nos hoirs et
         successeurs à le juridition et cohertion de l’eglise de
         Romme. Et volons et consentons que nostre Saint
         Père le pape conferme toutes ces coses, en donnant
      5  monitions et mandemens generauls sus l’acomplissement
         d’icelles contre nous, nos hoirs et successeurs,
         et contre tous nos subgès, soient communes, collèges,
         universités ou personnes singulères quelconques,
         en donnant sentenses generauls d’escumeniement,
     10  de suspention et d’entredit, pour estre encheut
         par nous ou par eulz par ce fait et si tost que nous ou
         eulz ferons ou attempterons, en occuppant ville ou
         chastiel, cité ou forterèce, ou aultre quelconque cose
         faisant, ratefiant ou [aggreant[394]], en donnant conseil,
     15  confort, faveur ne ayde, celeement ou en appert,
         contre la ditte pais: desquèles sentenses il ne puissent
         estre absols jusques qu’il aient fait plenière satisfacion
         à tous ceulz qui par celui fait aront soustenu
         ou soustendront damage. Et avoech ce volons et
     20  consentons que nostre Saint Père le pape, pour ce
         que plus fermement soit tenue et gardée la ditte pais
         à perpetuité, toutes pactions, confederations, alliances
         et couvenances, comment que elles puissent estre
         nommées, qui poront estre prejudiciales ou obviier
     25  par quelque voie à la ditte pais ou temps present ou
         à venir, supposé que elles fuissent fermes ou vallées
         par painnes et par sieremens ou confremées de nostre
         Saint Père le pape ou d’autres, soient quassées,
         irritées et mises au noient, comme contraire au bien
    [45] commun et au bien de [paix commune[395]] et pourfitable
         à toute crestienté, et desplaisans à Dieu, et
         tous sieremens [fais en tel cas soient relaciés, et
         diserné par le dit nostre Saint Père le pape, que
      5  nuls ne soit tenus à tels seremens[396]], alliances et
         couvenances tenir ou garder, et deffendre que ou temps
         à venir ne soient [faites[397]] tèles ou samblables; et, se
         de fait aucuns attemptoit et faisoit le contraire, que
         dès maintenant les casse et irrite, et rende nulles et
     10  de nulle vertu, et nientmains nous les en punirons,
         comme violateurs de pais, par painne de corps et de
         biens, si comme li cas le requerra et que raisons le
         vodra. Et, se nous faisions, procurions ou souffrions
         estre fait le contraire, que Diex ne voeille! nous
     15  volons estre tenu et reputé pour desloyal et mençongier,
         et volons encourir en tel blasme et diffame
         comme rois sacrés doit encourir en tel cas. Et jurons
         sus le corps Jhesu Cris sacré les coses dessus dittes
         tenir, garder et acomplir et encontre non venir par
     20  nous ou par aultre, par quelque cause ou manière
         que ce soit. Et pour ce que les dittes coses et çascune
         d’icelles soient, de point en point et par le fourme
         et manière dessus ditte, tenues et acomplies, nous
         obligons nous, nos hoirs et tous les biens de nous et
     25  de nos hoirs, à nostre dit frère le roy de France et
         à ses hoirs, et jurons sus saintes Ewangiles, par
         nous corporelment touchies, que nous parlerons,
         attenderons et acomplirons, ou cas dessus dit, toutes
    [46] les devant dittes coses par nous prommises et
         acordées, comme devant est dit. Et volons que, ou
         cas que nostre dit frère et nostre dit neveu aroient
         faites les renonciations et envoiies et baillies, comme
      5  dit est, et les dittes lettres ne fuissent baillies à nostre
         dit frère ou à ses deputés, au lieu, au terme et
         par le [fourme et[398] manière que dessus est dit, dès
         lors ou cas dessus dit, nos presentes lettres et quanques
         compris est dedens, aient tant de vigheur, d’effect
     10  et fermeté comme aroient nos aultres lettres par
         nous prommises et baillies, comme dessus est dit,
         sauf toutesvoies et reservé pour nous, nos hoirs et
         successeurs, que les dittes lettres dessus encorporées
         n’aient aucun effect, ne ne nous puissent porter aucun
     15  prejudisse ou damage jusques à ce que nostre
         dit frère et nostre dit neveu aront faites, envoiies et
         baillies les dittes renunciations par le manière dessus
         ditte, et si souffissamment baillies et delivrées en
         temps et en liu que il souffisse à nous et à nostre
     20  especial conseil, et ossi qu’il ne s’en puissent aidier
         contre tous nous, nos hoirs et successeurs, en aucune
         manière, se non ou cas dessus dit. En tiesmoing
         de laquel cose, nous avons fait mettre nostre seel à
         ces presentes lettres, données à Calais, le vingt quatrime
     25  jour dou mois de octembre, l’an de grasce
         Nostre Signeur mil trois cens et soissante.»

             [380] Ms. A 8, fº 225 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 156 vº:
             «expressions.»

             [381] _Arch. Nat._, J639, nº 11.

             [382] Ms. B 4, fº 228.--Ms. B 1, t. II, fº 156 vº (lacune).

             [383] _Arch. Nat._, J639, nº 11--Ms. B 1, t. II, fº 157:
             «personellement.»

             [384] Ms. B 4, fº 228 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 157 (lacune).

             [385] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

             [386] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

             [387] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

             [388] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

             [389] Ms. B 3, fº 242.--Ms. B 1, t. II, fº 157 vº (lacune).

             [390] _Arch. Nat._, J639, nº 11.

             [391] Ms. B 4, fº 229 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 158 vº
             (lacune).

             [392] _Arch. Nat._, J639, nº 11.

             [393] Ms. A 8, fº 227 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 159 (lacune).

             [394] Ms. A 8, fº 227 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 159:
             «aggrevant.»

             [395] Ms. A 8, fº 227 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 159 vº:
             «pays commun.»--Ms. B 4, fº 230: «paix commun.»

             [396] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

             [397] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

             [398] Ms. B 4, fº 230.--Ms. B 1, t. II, fº 160 vº (lacune).


         § 483. Quant ceste arrière chartre, qui s’appelle
         lettre des renonciations tant d’un roy comme de
         l’autre, fu escripte, grossée et seelée, on le lisi et
    [47] publia generaument en le cambre dou Conseil, presens
         les deux rois dessus nommés et leurs consauls: si
         sambla à çascun à estre belle et bonne, bien dittée et
         bien ordenée. Et là de rechief jurèrent li doy roy et
      5  leur doy ainsnet fil, sus les saintes ewangiles corporelment
         touchies et sus le corps Jhesu Cris sacré, à
         tenir, garder et acomplir et non enfraindre tous les
         coses dessus dittes. Depuis encores, par l’avis et regard
         dou roy de France et de son estroit conseil et
     10  sus le fin de leur parlement, fu requis li rois d’Engleterre
         que il volsist donner et acorder une commission
         general qui s’estendesist sus tous ciaulz qui
         pour le temps tenoient en l’ombre de se guerre
         villes, chastiaus ou forterèces ou royaume de France,
     15  par quoi il euissent cause, commandement et cognissance
         de vuidier et partir.

         Li rois d’Engleterre, qui ne voloit que tout bien
         et bonne pais nourir entre lui et son frère le roy de
         France, ensi que juré et prommis l’avoit, descendi à
     20  ceste requeste legierement, et li sambla de raison.
         Et commanda à ses gens que elle fust faite sus le
         milleur fourme que on poroit, à l’entente et discretion
         dou roy de France son frère et de son conseil.
         Adonc de rechief se remisent li plus especial dou
     25  conseil des deux rois dessus nommés ensamble, et
         fu là jettée, escripte et puis grossée, par l’avis de
         l’un et de l’autre, une commission dont la teneur
         s’ensieut ensi.


         § 484. «Edouwars, par le grasce de Dieu roy d’Engleterre,
     30  signeur d’Irlande et d’Acquitainnes, à tous
         nos chapitainnes, gardes de villes et de chastiaus,
    [48] adherens et alliiés estans ès parties de France, tant
         en Pikardie, en Bourgongne, en Ango, en Berri, en
         Normendie, en Bretagne, en Auvergne, en Campagne,
         en [Mainne[399]] et en Tourainne et en toutes les
      5  mètes et limitations dou demainne et de le tenure
         de France, salut. Comme paix et acord soient fait
         entre nous, nos alliiés, aidans et adherens, d’une
         part, et nostre très chier frère le roy de France, ses
         alliiés et adherens, d’autre part, sus tous les debas
     10  et descors que nous avons eu dou temps passet ou
         porions avoir ensamble, et aions juré sus le corps
         Jhesu Cris la ditte pais, et ossi nostre très chier fil et
         ainsné et aultres enfans, et cil de nostre sanch avoec
         pluiseurs prelas, barons, chevaliers et des plus notables
     15  de nostre royaume; et ossi ont juré nostre dit
         frère et nostre dit neveu le duch de Normendie et
         nos aultres neveus ses enfans et pluiseur de leur
         sanch avoech pluiseurs prelas, barons, chevaliers dou
         dit royaume de France; comme ensi soit ou aviegne
     20  que aucun guerrieur de nostre royaume et de nos
         subgès se poront efforcier de faire ou d’entreprendre
         aucune cose contre la ditte pais, en prenant ou detenant
         forterèces, villes, cités ou chastiaus, ou faisant
         pillage ou prenant gens ou arrestant leurs corps,
     25  leurs biens ou marchandises, ou aultres coses faisant
         contre la ditte pais, de quoi il nous desplairoit très
         grandement et ne le porions nullement ne vorrions
         passer sus l’ombre de dissimulation en aucune manière,
         nous volons obviier de tout nostre pooir ès
     30  coses dessus dittes. Si volons, desirons et ordonnons
    [49] par deliberation de notre conseil, de certainne sieute,
         que, se nulz de nos subgès, de quelconques estat ne
         condition qu’il soit, face ou efforce de faire contre
         le pais, en faisant pillages, prenant ou detenant forterèces,
      5  personne ou biens quelconques dou royaume
         de France ou aultres de nostre dit frère, de ses subgès,
         alliiés et adherens ou aultres quelconques facent
         contre la ditte pais, et il n’est delaissié, cessé et deporté
         de ce faire et rendre les damages que fais ara
     10  dedens un mois apriès ce que il ara esté sur ce requis
         par aucuns de nos officiiers, sergans, persones
         publiques, [que[400]] par tel fait seulement et sans aultres
         procès, condempnation ou declaration il soient dès
         lors tous reputés pour banis de nostre royaume et
     15  de tout nostre pooir et ossi dou royaume et terre de
         nostre dit frère, et tous leurs biens confisqués et
         obligiés à nous et à nostre demainne. Et se il pooient
         estre trouvé en nostre royaulme, nous commandons
         et volons expressement que punitions en soit faite
     20  comme de traittes et rebelles à nous, par le manière
         qu’il est acoustumé à faire en crime de l’estat majestal,
         sans faire sur ce grace, remission, souffrance ne
         pardon. Et samblablement le volons faire de nos
         subgès, de quelconque estat qu’il soient, qui en
     25  nostre royaume deçà et delà la mer prenderont, occuperont
         et detenront forterèces quelconques contre
         le volenté à ceulz de qui elles seront, ou qui bouteront
         feus, ranceneront villes ou personnes, en facent
         pillages ou roberies, ou feront ou esmouveront
    [50] guerre en nostre pooir et sous nos subgès. Si mandons,
         commandons et enjoindons destroitement et
         expressement à tous nos seneschaus, baillieus, prevos,
         chastellains ou aultres nos officiiers, sur quanque
      5  il se poeent fourfaire envers nous, et sus painne
         de perdre leurs offisses, qu’il publient et facent publiier
         ces presentes par tous les lieus notables de
         leurs senescaudies, baillietés, prevostés et chastelleries,
         et que nulz, ce mandement oy et veu, ne demeure
     10  en forterèce qu’il tiegne ou dit royaume de
         France hors de l’ordenance et dou trettiet de le
         pais, sus à estre ennemis à nous et à nostre dit frère
         le roy de France, et toutes les coses dessus dittes
         gardent et facent garder enterinement et acomplir
     15  de point en point. Et sacent tout que, se il en sont
         negligent ou defallant, avoech le painne dessus ditte,
         nous leur ferons rendre les damages à tous ceulz qui
         par leur deffaute ou negligense aront esté grevés ou
         damagiés. Et avoech ce les en punirons par tel manière
     20  qu’il sera exemples à tous aultres. En tesmoing desquèles
         coses, nous avons fait faire cestes nos lettres
         patentes, données à Calais le vingtquatrime jour dou
         mois d’octembre, l’an de grasce Nostre Signeur mil
         trois cens et soissante.»

             [399] Ms. B 3, fº 244.--Mss. B 1 et B 4: «Humainne.»

             [400] Tous les manuscrits de Froissart et même le texte
             original du protocole (_Arch. Nat._, J638, nº 16bis)
             portent: «qui», que nous n’en considérons pas moins comme
             une mauvaise leçon.


     25  § 485. Apriès toutes ces coses faites et devisées et
         ces lettres et commissions baillies et delivrées, et si
         bien tout ordonné par l’avis adonc de l’un et de l’autre
         que les parties se tenoient pour content, voirs est
         qu’il fu parlé de monsigneur Charle de Blois et de
     30  monsigneur Jehan de Montfort sus l’estat de Bretagne,
         car cescuns reclamoit avoir grant droit à l’iretage
    [51] de Bretagne. Et quoique là en fust parlementé
         et regardé comment on poroit couchier les coses et
         yaus apaisier, riens n’en fu diffiniement fait; car, si
         com je fui depuis enfourmés, li rois d’Engleterre et
      5  li sien n’i avoient mies trop grant affection. Car il
         presumoient le temps à venir, pour ce que il couvenoit
         toutes manières de gens d’armes de leur costé
         partir et vuidier des garnisons et forterèces qu’il tenoient
         à present et avoient tenu ou royaume de
     10  France, et retraire quel part que fust; et mieulz valoit
         et plus pourfitable estoit que cil guerrieur et
         pilleur se retraisissent en la ducé de Bretagne, qui est
         uns des cras pays dou monde et bons pour tenir
         gens d’armes, que donc qu’il revenissent en Engleterre,
     15  car leur pays en poroit estre perdus et robés.

         Ceste imagination fist assés briefment passer les Englès
         le parlement et l’article de Bretagne, dont ce fu
         pechiés et mal fait que on n’en esploita aultrement;
         car, se li doy roy volsissent bien acertes par l’avis
     20  de leurs consaulz, pais euist là esté entre les parties
         dessus dittes, et se fust cescuns tenus à ce que on li
         euist donné et departi, et si euist messires Charles de
         Blois reus ses enfans qui gisoient prisonnier en Engleterre,
         et si euist plus longement vescu qu’il ne
     25  fist. Et pour ce qu’il n’en fu riens fait, onques les
         guerres ne furent si grandes en la ducé de Bretagne,
         en devant l’ordenance de la pais des deux rois dont
         nous parlons maintenant, que elles ont estet depuis,
         si com vous orés avant en l’ystore et par les signeurs,
     30  barons et chevaliers dou pays de Bretagne qui ont
         soustenu l’une opinion et l’autre: siques li dus
         Henris de Lancastre, qui fil vaillans sires, sages et
    [52] imaginatis, et qui trop durement amoit le conte de
         Montfort et son avancement, dist au roy Jehan de
         France, present le roy d’Engleterre et le plus grant
         partie de leurs consaulz: «Sire, encores ont les
      5  triewes de Bretagne, qui furent prises et données
         devant Rennes, à durer jusques au premier jour de
         may qui vient. Là en dedens envoiera li rois nos
         sires, par le regard de son conseil, gens de par lui
         et de par son fil le jone duch monsigneur Jehan de
     10  Montfort, en France devers vous, et cil aront pooir
         et auctorité d’entendre et de prendre tel droit que li
         dis messires Jehans poet avoir de le succession son
         signeur de [père] à la ducé de Bretagne, et que vous
         et vos consaulz et li nostres mis ensamble en ordonneront.
     15  Et pour plus grant seurté, c’est bon que les
         triewes soient ralongies jusques à le Saint Jehan
         Baptiste ensievant.» Ensi fu il fait comme li dessus
         dis dus de Lancastre le parlementa, et puis parlèrent
         li signeur d’aultre cose.


     20  § 486. Li rois Jehans de France, qui avoit grant
         desir de retourner en son royaume, et c’estoit raisons,
         moustroit au roy d’Engleterre de bon corage
         tous les signes d’amour qu’il pooit et ossi à son neveu
         le prince de Galles, et li rois d’Engleterre otant bien
     25  à lui. Et par plus grant conjonction d’amour, li doi
         roy, quoique il s’appelassent par l’ordenance de le
         pais frère, donnèrent à quatre chevaliers, cescuns de
         son costé, le somme de huit mil frans françois de
         revenue par an, c’est à entendre cescun deux mil.
     30  Et pour ce que la terre de Saint Salveur le Visconte
         en Constentin, qui venoit au roy d’Engleterre dou
    [53] costé monsigneur Godefroy de Harcourt, par don et
         par vendage que li dis messires Godefrois en avoit
         fait au dit roy d’Engleterre, si com il est contenu ci
         dessus en ce livre, et que la ditte terre estoit hors
      5  de l’ordenance dou trettié de le pais, et couvenoit
         que, quiconques tenist la terre, qu’il en fust homs de
         fief et d’ommage au roy de France, et pour celi cause
         li rois d’Engleterre l’avoit donné et reservé à monsigneur
         Jehan Chandos, qui pluiseurs biaus services li
     10  avoit fais et à ses enfans. De quoi li rois de France,
         par grant deliberation de corage et d’amour, le conferma
         et seela, à le priière dou roy d’Engleterre, au
         dit monsigneur Jehan Chandos, à tenir et possesser
         ensi comme son bon hyretage. Si es ce une moult
     15  belle terre et rendable, car elle vault bien une fois
         l’an seize mil frans. Encores avoech toutes ces coses
         furent pluiseurs aultres lettres faites et alliances,
         desquèlez je ne puis mies dou tout faire mention; car
         quinze jours ou environ que li doy roy et leur enfant
     20  et leurs consaulz furent en le ville de Calais, tous les
         jours y avoit parlemens et nouvelles ordenances, en
         reconfermant et alloiant le paix. Et d’abundant
         renouvelloient lettres, sans brisier ne corrompre les
         premières, et les faisoient toutes sus une datte pour
     25  estre mieulz seures et plus approuvées, desquèles je
         euch depuis le copie par les registres de le cancelerie
         de l’un roy et l’autre.


         § 487. Quant toutes ces coses furent si bien devisées
         et ordonnées que nulz n’i savoit ne pooit par raison
     30  riens amender ne corrigier, et que on ne cuidoit
         mies, par les grandes alliances et obligations où li doy
    [54] roy et leur enfant estoient loiiet et avoient juret, que
         ceste pais se deuist brisier, mais si fist, si com vous
         orés avant ens ou livre, et que tout cil qui devoient
         estre ostagiier pour le redemption dou roy de France
      5  furent venu à Calais, et que li rois d’Engleterre
         leur eut juré à tenir et garder paisieulement en son
         royaume, et que li sis cens mil florin furent paiiet
         as deputés le roy d’Engleterre, li dis rois d’Engleterre
         donna au roy de France en son chastiel de Calais un
     10  moult grant souper et bien ordonné. Et servirent si
         enfant et li dus de Lancastre et li plus grant baron
         d’Engleterre à nus chiés. Apriès ce souper, prisent finablement
         li doy roy congiet li un à l’autre moult amiablement,
         et retourna li rois de France à son hostel.

     15  A l’endemain, qu’il fu la vigile Saint Symon et Saint
         Jude, se parti li rois de France de Calais, et tout cil de
         son costet qui partir se devoient. Et se mist li rois de
         France tout à piet en istance que pour venir en pelerinage
         à Nostre Dame de Boulongne, et li princes
     20  de Galles et si doi frère en se compagnie, monsigneur
         Leonniel et monsigneur Aymon. Et ensi vinrent il
         tout de piet et devant disner jusques à Boulongne,
         où il furent receu à grant joie. Et là estoit li dus de
         Normendie, qui les attendoit. Si vinrent li dessus dit
     25  signeur tout à piet en l’eglise Nostre Dame de Boulongne,
         et fisent leurs offrandes moult deuement, et
         puis tournèrent en l’abbeye de laiens, qui estoit appareillie
         pour le roy recevoir et les enfans dou roy
         d’Engleterre. Si furent là ce jour et la nuit ensievant
     30  dalés le roy en grant revel; et l’endemain bien
         matin il retournèrent à Calais devers le roy leur père,
         qui les attendoit. Si repassèrent tout cil signeur
    [55] ensamble le mer et li ostagiier de France: ce fu la
         vigile de Toussains l’an mil trois cens et soissante.


         § 488. Or est raisons que je vous nomme tous les
         nobles dou royaume de France qui entrèrent en Engleterre
      5  pour le roy de France: premierement monsigneur
         Phelippe duc d’Orliiens jadis filz dou roy
         Phelippe de France, en apriès ses deux neveus, le
         duch d’Ango et le duch de Berri, et puis le duch de
         Bourbon, le conte d’Alençon, monsigneur Jehan
     10  d’Estampes, Gui de Blois pour le conte Loeis de
         Blois son frère, le conte de Saint Pol, le conte de
         Harcourt, le conte daufin d’Auvergne, monsigneur
         Engherant signeur de Couci, monsigneur Jehan de
         Lini, le conte de Porsiien, le conte de Brainne, le
     15  signeur de Montmorensi, le signeur de Roie, le
         signeur de Praiiaus, le signeur d’Estouteville, le signeur
         de Clères, le signeur de Saint Venant, le
         signeur de la Tour d’Auvergne, le signeur d’Englure,
         le signeur de Trainiel, le signeur de Maulevrier,
     20  le signeur de Bouberk et le signeur d’Andresel
         et encores des aultres que je ne puis ou sai
         tous nommer. Ossi de la bonne cité de Paris, de
         Thoulouse, de Roem, de Rains, de Bourges en Berri,
         de Tours en Touraine, de Lyons sus le Rosne, de
     25  Sens en Bourgongne, d’Orliiens, de Troies, de Chaalons
         en Champagne, d’Amiens, de Biauvais, d’Arras,
         de Tournay, de Kem en Normendie, de Saint Omer,
         de Lille et de Douay, de çascune deux ou quatre
         bourgois. Si passèrent finablement tout le mer et
     30  s’en vinrent amanagier en le bonne cité de Londres.
         Là les recarga li rois d’Engleterre au maieur de Londres
    [56] et à ses officiiers, et leur commanda et enjoindi,
         sur quanqu’il se pooient meffaire envers lui, que il
         fuissent à ces signeurs et à ces gens courtois, et les
         fesissent yaus et leurs gens tenir en pais, car il estoient
      5  en se garde. Li commandemens dou roy fu
         tenus et bien gardés en toutes manières. Et aloient
         cil hostagier jeuer sans peril et sans rihote aval le
         cité de Londres et environ. Et li signeur aloient cachier
         et voler à leur volenté et yaus esbatre et deduire
     10  sus le pays et veoir les dames et les signeurs
         ensi comme il leur plaisoit; ne onques ne furent
         constraint, mais trouvèrent le roy d’Engleterre moult
         amiable et moult courtois. Or parlerons un petit dou
         roy de France qui estoit venus à Boulongne.


     15  § 489. Li rois de France ne sejourna gaires à Boulongne
         sus mer, mès s’en parti tantost apriès le fieste
         de le Toussains, et vint à Moustruel et puis à Hedin,
         et fist tant que il entra en le bonne cité d’Amiens, et
         partout estoit il receus grandement et noblement.
     20  Quant il eut esté à Amiens, où il se tint priès jusques
         au Noel, il s’en parti et vint à Paris. Là fu il solennelment
         et reveramment receus, et à grans pourcessions
         de tout le clergié de Paris amenés et aconvoiiés
         jusques au palais là où il descendi, et messires Phelippes
     25  ses filz ossi, et tout li signeur qui avoecques
         le roy estoient. Et là fu li disners grans et nobles et
         bien estoffés. Je ne vous aroie jamais devisé com
         poissamment li rois de France fu recueilliés, à ce retour
         en son royaume, de toutes manières de gens,
     30  car il y estoit moult desirés. Se li donna on des biaus
         dons et fist on des riches presens, et le vinrent veoir
    [57] et viseter li prelat et li baron de son royaume, et le
         festioient et conjoissoient ensi comme il apertenoit,
         et li rois les recevoit doucement et bellement, car
         moult bien le savoit faire.


      5  § 490. Assés tost apriès ce que li rois Jehans fu
         retournés en France, passèrent le mer li commis et
         establi de par le roy d’Engleterre pour prendre le
         possession de[s] terres, des pays, des contés, des
         seneschaudies, des cités, des villes, des chastiaus et des
     10  forterèces qui li devoient estre baillies et delivrées
         par le trettiet de le pais. Si ne fu mies si tost fait,
         car pluiseurs signeurs en le Langue d’och ne veurent
         mies de premiers obeir ne yaus rendre au roy d’Engleterre,
         quoique li rois de France les quittast de foy
     15  et d’ommage, et leur venoit à trop grant contraire et
         diversité ce que estre englès les couvenoit, et especialment
         ens ès lontainnes marces, le conte de Pieregorch,
         le conte de Comminges, le visconte de
         Chastielbon, le visconte de Quarmain, le signeur de
     20  Taride, le signeur de Pincornet et pluiseur aultre.
         Et s’esmervilloient trop dou ressort dont li rois de
         France les quittoit. Et disoient li aucun que il n’apertenoit
         mies à lui à quitter et que par droit il ne le
         pooit faire, car il estoient en le Gascongne trop anciiennement
     25  chartret et privilegiiet dou grant Charlemainne,
         qui fu rois de France et d’Alemagne et emperères
         de Romme, que nuls rois de France ne pooit
         mettre le ressort en aultre court qu’en le sienne, et
         pour ce ne veurent mies cil signeur de premiers legierement
     30  obeir. Mais li rois de France, qui voloit
         tenir et à son pooir acomplir ce qu’il avoit juret et
    [58] seelet, y envoia monsigneur Jakemon de Bourbon,
         son chier cousin, liquelz apaisa le plus grant partie
         de ces signeurs. Et devinrent homme cil qui devenir
         le devoient au roy d’Engleterre, li contes d’Ermignach,
      5  li sires de Labreth et moult d’aultres qui à le
         priière dou roy de France et de monsigneur Jakemon
         de Bourbon obeirent, com envis que ce fust.

         A l’autre costé, ossi sus le marine, en Poito et en
         Rocellois et tout en Saintonge, vint il à trop grant
     10  desplaisir as barons, as chevaliers et as bonnes villes
         dou pays, quant il les couvint estre englès. Et par
         especial cil de le ville de le Rocelle ne s’i voloient
         acorder et s’escusèrent par trop de fois, et detriièrent
         plus d’un an que onques il ne veurent laissier entrer
     15  Englès en leur ville. Et se poroit on esmervillier des
         douces, amiables et piteuses parolles qu’il escrisoient
         et rescrisoient au roy de France, en suppliant pour
         Dieu que il ne les volsist mies quitter de leurs fois
         ne eslongier de son demainne ne mettre en mains
     20  estragnes, et que il avoient plus chier à estre tailliet
         tous les ans de le moitiet de leur chavance que donc
         que il fuissent ens ès mains des Englès. Sachiés que
         li rois de France, qui veoit leur bonne volenté et
         loyauté et ooit leurs escusances moult souvent, avoit
     25  grant pité d’yaus; mais il leur mandoit et rescrisoit
         affectueusement et songneusement que il les couvenoit
         obeir: aultrement la pais seroit enfrainte et brisie,
         par lequel coupe ce seroit trop grant prejudisse
         au royaume de France. Siques quant cil de le Rocelle
     30  veirent le destroit, et que escusances ne moustrances
         ne priières que il fesissent ne valloient riens,
         il obeirent, mès ce fu à trop grant dur. Et disent bien
    [59] li plus notable de le ville de le Rocelle: «Nous aourrous
         les Englès des lèvres, mais li coers ne s’en mouvera
         ja.»

         Ensi eut li rois d’Engleterre le saisine et possession
      5  de la ducé d’Aquitainnes, de la conté de Pontieu et de
         Ghines et de toutes les terres que il devoit avoir par
         deçà la mer, c’est à entendre ou royaume de France,
         qui li estoient données et acordées par l’ordenance
         dou trettié. Et proprement en ceste anée passa messires
     10  Jehans Chandos, comme regens et lieutenans de
         par le roy d’Engleterre, et vint prendre le possession
         de toutes les terres dessus dittes, les fois et les hommages
         des contes, des viscontes, des barons et des
         chevaliers, des cités, des villes et des forterèces, et
     15  mist et institua partout seneschaus, baillieus, officiiers
         à sen ordenance, et vint demorer à Niorth. Si
         tenoit li dis mesires Jehans Chandos grant estat et
         noble, et bien avoit de quoi, quant li rois d’Engleterre
         qui moult l’amoit le voloit, et certes il en estoit
     20  bien merites, car il fu doulz chevaliers, courtois et
         amiables, larges, preus; sages et loyaus en tous estas
         et qui vaillamment se savoit estre et avoir entre tous
         signeurs et toutes dames, onques chevaliers de son
         temps mieus de li.


     25  § 491. Entrues que li commis et deputé de par le
         roy d’Engleterre prendoient les saisines et possessions
         des terres dessus dittes, si com ordenance de
         trettié et de pais se portoit, estoient aultre commis et
         establi ossi de par le roy d’Engleterre ens ès mètes
     30  et limitations de France avoecques les gens dou roy
         de France, qui faisoient vuidier et partir toutes
    [60] manières de gens d’armes des fors et des garnisons qu’il
         tenoient. Et leur commandoient et enjoindoient
         estroitement, sus à perdre corps et avoir et estre
         ennemi au roy d’Engleterre, que il baillassent et delivrassent
      5  les forterèces qu’il tenoient as gens dou
         roy de France. Là avoit aucuns chapitainnes, chevaliers
         et escuiers de le nation et dou ressort d’Engleterre
         qui obeissoient et qui rendoient ou faisoient rendre
         par leurs compagnons les dis fors qu’il tenoient.
     10  Et s’en y avoit ossi de telz qui ne voloient obeir;
         et disoient qu’il faisoient guerre en l’ombre et nom
         dou roy de Navarre. Et encores en y avoit assés d’estragnes
         nations qui estoient grant chapitainne et
         grant pilleur qui ne s’en voloient mies partir si legierement
     15  telz que Alemans, Braibençons, Flamens,
         Haynuiers, Bretons, Gascons, mauvais François qui
         estoient apovri des guerres: se voloient recouvrer au
         guerriier le dit royaume de France. De quoi telz manières
         de gens perseverèrent en leur mauvaisté et
     20  fisent depuis moult de mauls ou dit royaume, oultre
         tous chiaus qui grever les voloient. Et quant les
         chapitainnes des dis fors estoient parti courtoisement
         et avoient rendu ce qu’il tenoient et il se trouvoient
         sus les camps, il donnoient leurs gens congiet. Cil
     25  qui avoient apris à pillier et qui bien savoient que
         de retourner en leur pays ne lor estoit point pourfitable,
         ou espoir n’i osoient il retourner pour les villains
         fais dont il estoient acusé, se cueilloient ensamble
         et faisoient nouviaus chapitainnes et prendoient
     30  par droite election tout le pieur des leurs, et
         puis chevauçoient oultre en sievant l’un l’autre. Si
         se recueillièrent premierement en Champagne et en
    [61] Bourgongne, et fisent là grandes routes et grandes
         compagnies qui s’appelloient les Tart Venus, pour
         tant que il avoient encores peu pilliet ens ou
         royaume de France. Si vinrent et prisent soudainnement
      5  en Campagne le fort chastiel de Genville et très
         grant avoir dedens que on y avoit assamblé de tout
         le pays d’environ sus le fiance dou fort lieu. Et quant
         ces Compagnes eurent trouvé ce grant avoir, qui bien
         estoit prisiés à cent mil frans, il le departirent entre
     10  yaus tant qu’il peut durer. Et tinrent le chastiel un
         temps; et coururent et gastèrent tout le pays de
         Champagne, l’evesqué de Vredun, de Toul et de
         Lengres. Et quant il eurent assés pilliet, il passèrent
         oultre, mès il vendirent ançois le chastiel de Genville
     15  à chiaus dou pays et en eurent vingt mil
         frans.

         Et puis entrèrent en Bourgongne et là s’en vinrent
         esbatre et reposer et rafreschir, en attendant l’un
         l’autre; et y fisent moult de mauls et de villains fais,
     20  car il avoient de leur acord aucuns chevaliers et escuiers
         dou pays qui les menoient et conduisoient. Si
         se tinrent un grant temps entours Besençon, Digon
         et Biaune et robèrent tout celi pays, car nulz n’aloit
         au devant. Et prisent le bonne ville de Givri en
     25  Biaunois et le robèrent et pillièrent toute, et se tinrent
         là un temps et entours Vregi pour le cause dou
         cras pays. Et toutdis accroissoit leurs nombres, car
         cil qui se partoient des forterèces et lesquels leur
         mestre donnoient congiet, se traioient tous celle part.
     30  Si furent bien dedens le quaresme quinze mil combatans.
         Quant il se trouvèrent si grant nombre, il ordonnèrent
         et establirent entre yaus pluiseurs chapitainnes
    [62] à qui il obeirent dou tout. Si vous en
         nommerai aucuns. Li plus grans mestres entre yaus
         estoit uns chevaliers de Gascongne, qui s’appelloit
         messires Segins de Batefol: cilz avoit de se route
      5  bien deux mil combatans. Encores y estoient Talbart
         Talbardon, Guios dou Pin, Espiote, le Petit Meschin,
         Batillier, Hanekin François, le Bourch Camus,
         le Bourc de Lespare, Naudon de Bagherant, le
         Bourch de Bretueil, Lamit, Hagre l’Escot, Albrest,
     10  Ourri l’Alemant, Bourduelle, Bernart de la Sale, Robert
         Briket, Carsuelle, Ainmenion d’Ortige, Garsiot
         dou Chastiel, Guionet de Paus, Hortingo de la Salle
         et pluiseurs aultres.

         Si se avisèrent ces Compagnes, environ le mi quaresme,
     15  qu’il se trairoient vers Avignon et iroient
         veoir le pape et les cardinaulz. Si passèrent oultre et
         entrèrent en le conté de Mascons et s’adrecièrent
         pour venir en le conté de Forès, ce bon cras pays,
         et vers Lyons sus le Rosne.


     20  § 492. Li rois de France entendi ces nouvelles
         que ces Compagnes monteplioient ensi, qui gastoient
         et essilloient son royaume: si en fu durement courouciés;
         car il li fu dit et remoustré par grant especialité
         de conseil que ces Compagnes poroient si
     25  montepliier que ilz feroient plus de mauls et de villains
         fais ou royaume de France, ensi que ja faisoient,
         que li guerre des Englès n’euist fait. Si eut avis et
         conseil li dis rois que d’envoiier contre yaus et combatre.
         Si en escrisi li rois de France especiaument et
     30  souverainnement devers son cousin, monsigneur
         Jakemon de Bourbon, qui se tenoit adonc en le ville
    [63] de Montpellier; et avoit mis nouvellement monsigneur
         Jehan Chandos en le saisine et possession de
         pluiseurs terres, cités, villes et chastiaus de la ducé
         de Ghiane, si comme ci dessus est contenu. Et li
      5  mandoit li dis rois que il se fesist chiés contre ces
         Compagnes et presist tant de gens d’armes de tous
         costés que il fust fors assés pour yaus combatre.

         Quant messires Jakemes de Bourbon entendi ces
         nouvelles, il s’avala incontinent vers Avignon sans
     10  faire nulle part point d’arrest. Et envoioit partout
         lettres et messages en priant et commandant les nobles,
         chevaliers et escuiers, ou nom dou roy de
         France, que il traisissent avant devers Lyons sus le
         Rosne, car il voloit ces males gens combatre. Li dis
     15  messires Jakemes de Bourbon estoit tant amés des
         gentilz hommes parmi le royaume de France que
         cescuns obeissoit à lui très volentiers. Si le sievoient
         chevalier et escuier de tous costés, d’Auvergne, de
         Limozin, de Prouvence, de Savoie et de le daufiné
     20  de Viane. Et d’autre part ossi revenoient grant fuison
         de chevaliers et d’escuiers de la ducé et de la conté
         de Bourgongne, que li jones dus de Bourgongne y
         envoioit. Si se traioient toutes ces gens d’armes et
         passoient oultre, ensi qu’il venoient, devers Lyons sus
     25  le Rosne et en le conté de Mascons. Si s’en vint messires
         Jakemes de Bourbon en le conté de Forès dont
         la contesse de Forès sa suer estoit dame de par ses
         enfans, car li contes de Forès ses maris estoit nouvellement
         trespassés. Et gouvrenoit pour le temps
     30  d’adonc messires Renaulz de Forès, frères au dit
         conte, la conté de Forès, liquelz recueilla le dit
         monsigneur Jakemon et ses gens moult liement. Et
    [64] là estoient si doi neveu, et neveu ossi à monsigneur
         Jakemon, à qui il les representa moult doucement.
         Li dis messires Jakemes les reçut moult bellement et
         les mist dalés lui pour chevaucier et yaus armer et
      5  pour aidier à deffendre leur pays, car les Compagnes
         tiroient à venir celle part.


         § 493. Quant ces routes et ces Compagnes, qui se
         tenoient vers Chalon sus la Sone et environ Tournus
         et tout là en ce bon pays et cras, entendirent que li
     10  François se recueilloient et assambloient pour yaus
         combatre, si se traisent les chapitainnes tout ensamble
         pour avoir avis et conseil comment il se maintenroient.
         Si nombrèrent entre yaus leurs gens et
         leurs routes et trouvèrent qu’il estoient environ seize
     15  mil combatans, uns c’autres. Si disent ensi entre
         yaus: «Nous irons contre ces François qui nous desirent
         à trouver et les combaterons à nostre avantage,
         se nous poons, ne mies aultrement. S’aventure donne
         que li fortune soit pour nous, nous serons tout riche
     20  et recouvré pour un grant temps, tant en bons prisonniers
         que nous prenderons que en ce que nous
         serons si redoubté où nous irons que nus ne se mettera
         contre nous; et se nous perdons, nous serons
         paiiet de nos gages.»

     25  Cilz pourpos fu entre yaus tenus et arrestés. Si se
         deslogièrent et montèrent contremont par devers les
         montagnes pour entrer en le conté de Forès et venir
         sus le rivière de Loire. Et trouvèrent en leur chemin
         une bonne ville qui s’appelle Chierleu, dou bailliage
     30  de Mascons; si l’environnèrent et assallirent fortement
         et se misent en grant painne dou prendre. Et
    [65] y furent à l’assaut un jour tout entier, mès riens n’i
         fisent, car elle fu bien gardée et bien deffendue des
         gentilz hommes dou pays qui s’i estoient retrait:
         aultrement elle euist esté prise. Il passèrent oultre et
      5  s’espardirent parmi la terre le signeur de Biaugeu
         qui marcist illuech, et y fisent moult de maulz. Et
         puis tantost entrèrent en l’arcevesquié de Lyons; et
         ensi qu’il aloient et cheminoient, il prendoient petis
         fors où il se logoient et fisent moult de destourbiers
     10  partout où il conversèrent. Et prisent un chastiel, et
         le signeur et la dame dedens, qui s’appelle Brinay, à
         trois liewes de Lyons sus le Rosne. Là se logièrent il
         et arrestèrent, car il entendirent que li François estoient
         tout trait sus les camps et apparillié pour yaus
     15  combatre.


         § 494. Ces gens d’armes, assamblés avoech monsigneur
         Jakemon de Bourbon qui se tenoit à Lyons
         sus le Rosne et là environ, entendirent que les Compagnes
         approçoient durement et avoient pris le ville
     20  de Brinay et encores des aultres fors, et gastoient et
         exilloient tout le pays. Si despleurent moult ces nouvelles
         à monsigneur Jakemon de Bourbon, pour tant
         que il avoit en gouvrenance le conté de Forès, la
         terre à ses neveus, et ossi fist il à tous les aultres. Si
     25  se misent as camps, et se trouvèrent grant fuison de
         bonnes gens d’armes, chevaliers et escuiers, et
         chevaucièrent par devers les ennemis et envoiièrent
         leurs coureurs devant pour savoir quels gens il trouveroient.

     30  Or vous dirai le grant malisse des Compagnes: il
         estoient logiet sus une montagne et avoient envoiiet
    [66] desous, [en lieu[401]] où on ne les pooit aviser ne approcier,
         la droite moitié de leurs gens et les mieus à
         harnas, et laissièrent ces coureurs françois, tout de
         fait aviset, approcier si priès d’yaus que il les euissent
      5  bien, se il volsissent. Et retournèrent cil sans
         damage devers monsigneur Jakemon de Bourbon et
         le viconte d’Usès et messire Renault de Forès et les
         signeurs qui là les avoient envoiiés. Si en recordèrent
         au plus priès qu’il peurent de ce que il avoient
     10  veu et disent ensi: «Nous avons veu les Compagnes
         rengies et ordenées sus un tertre, et bien avisé à
         nostre loyal pooir; mais, tout consideré, il ne sont
         non plus de cinq ou de six mil hommes là environ,
         et encores sont il si mal armé que merveilles.»

             [401] Ms. B 4, fº 234 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 166 vº
             (lacune).

     15  Quant messires Jakemes de Bourbon oy ce raport,
         si dist à l’Arceprestre qui estoit assés priès de lui:
         «Archeprestre, vous m’aviés dit qu’il estoient bien
         quinze mil combatans, et vous oés tout le contraire.»
         --«Sire, respondi li Arceprestres, encores n’en y
     20  cuide jou mies mains; et se il n’i sont, Diex y ait
         part! C’est tout pour nous, si regardés que vous
         volés faire.»--«En nom Dieu, respondi messires
         Jakemes de Bourbon, nous les irons combatre ou
         nom de Dieu et de saint Jorge.»

     25  Là fist li dis messires Jakemes arrester sus les
         camps toutes ses banières et ses pennons et ordonna
         ses batailles et mist en très bon arroy ensi que pour
         tantost combatre, car il veoient leurs ennemis devant
         yaus. Et fist là pluiseurs nouviaus chevaliers: premierement
     30  son ainsné fil messire Pière, et leva banière,
    [67] et son neveu le jone conte de Forès, et leva
         banière ossi, et le signeur de Villars et de Rousseillon,
         et leva banière, et li sires de Tournon, et li sires
         de Montelimar et li sires de Groulée, de le Daufiné.
      5  Là estoient messires Robers et messires Loeis de
         Biaugeu, [messires Loys[402]] de Chalon, messires Huges
         de Viane, li vicontes d’Uzès et pluiseurs bons chevaliers
         et escuiers de là environ, qui tout se desiroient
         à avancier pour honneur, et ruer ces Compagnes
     10  jus qui vivoient sans nul title de raison. Si fu
         ordonnés li Arceprestres, qui s’appelloit messires Renaulz
         de Cervole, à gouvrener la première bataille et
         l’entreprist volentiers, car il fu hardis et appers chevaliers
         durement et avoit en se route plus de quinze
     15  cens combatans.

             [402] Ms. B 4, fº 235.--Ms. B 1, t. II, fº 167 (lacune).

         Ces gens de Compagnes, qui estoient en une montagne,
         veoient trop bien l’ordenance et le couvenant
         des François, mès on ne pooit veoir le leur ne yaus
         approcier, fors à meschief et à dangier. Et estoient sus
     20  une montagne où il avoit plus de mil charetées de
         rons cailliaus: ce leur fist trop d’avantage et de pourfit,
         je vous dirai par quel manière. Ces gens d’armes de
         France, qui les desiroient et voloient combatre, comment
         qu’il fust, ne pooient venir à yaus ne approcier,
     25  s’il ne costioient celle montagne où il estoient tout
         aresté. Siques, quant il vinrent par desous yaus, cil
         d’amont qui estoient tout avisé de leur fait et pourveu
         cescuns de grant fuison de cailliaus, car il ne les
         couvenoit que baissier et prendre, commencièrent à
     30  jetter si fort et si ouniement et si roit sus ciaus qui
    [68] les approçoient, qu’il effondroient bacinès, com fors
         qu’il [fussent, et navroient et mehaignoient telement
         gens d’armes que nuls ne pooit ne osoit aler ne
         passer avant, com bien que targiés il[403] fust. Et fu ceste
      5  première bataille si foulée que onques depuis ne se
         peut bonnement aidier. Adonc au secours approcièrent
         les aultres batailles, messires Jakemes de Bourbon,
         ses filz et ses neveus, et leurs banières et grant
         fuison de bonnes gens qui tout s’aloient perdre, dont
     10  ce fu damages et pités que il n’ouvrèrent par plus
         grant avis et milleur conseil.

             [403] Ms. B 4, fº 235.--Ms. B 1, t. II, fº 167 (lacune).

         Bien avoient dit li Arceprestres et aucun chevalier
         anciien qui là estoient que on aloit combatre
         les Compagnes en trop grant peril ou parti où il
     15  se tenoient et que on se souffresist tant que on les
         euist eslongiés de ce fort où il estoient mis, si les
         aroit on plus aise; mais il n’en peurent onques
         estre oy. Ensi que messires Jakemes de Bourbon et
         li aultre signeur, banières et pennons devant yaus,
     20  approçoient et costioient celle montagne, li plus
         nice et li pis armé des Compagnes les afoloient, car
         il jettoient si roit et si ouniement ces pières et ces
         cailliaus sus ces gens d’armes qu’il n’i avoit si
         hardi ne si bien armé qui ne les ressongnast. Et
     25  quant il les eurent tenus en tel estat et bien batus
         une grande espasse, leur grosse bataille fresce et
         nouvelle vinrent autour de celle montagne et trouvèrent
         une aultre voie, et estoient ossi drut et ossi
         serré comme une brousse. Et avoient leurs lances
     30  toutes recopées à le mesure de six piés ou environ,
    [69] et puis s’en vinrent en cel estat de grant volenté,
         en escriant d’une vois: «Saint George!» ferir en
         ces François. Si en reversèrent à celle première
         empainte pluiseurs par terre. Là eut grant riflic et
      5  grant touellis des uns et des aultres. Et se abandonnoient
         et combatoient ces Compagnes si très hardiement
         que merveilles seroit à penser, et reculèrent les
         François. Et là fu li Arceprestres bien bons chevaliers
         et vaillamment se combati, mès il fu si entrepris
     10  et si menés par force d’armes que durement fu
         navrés et bleciés et retenus à prisonnier, et pluiseur
         chevalier et escuier de se route.

         Que vous feroi je lonch parlement de celle besongne?
         Li François en eurent le pieur, et y fu durement
     15  navrés messires Jakemes de Bourbon, et ossi
         fu messires Pières ses filz. Et y fu mors li jones
         contes de Forès et pris messires Renaulz de Forès
         ses oncles, li vicontes d’Usès, messires Robers de Biaugeu,
         messires Loeis de Chalon et plus de cent chevaliers.
     20  Encores à grant dur furent raporté en le
         cité de Lyons sus le Rosne messires Jakemes de
         Bourbon et messires Pières ses filz. Ceste bataille de
         Brinay fu l’an de grasce Nostre Signeur mil trois
         cens soissante et un, le venredi apriès les Grandes
     25  Paskes.


         § 495. Trop furent cil des marces où ces Compagnes
         se tenoient esbahi, quant il oïrent recorder que
         leurs gens estoient desconfi. Et n’i eut si hardi, ne
         tant euist bon chastiel et fort, qui ne fremesist; car
     30  li sage supposèrent et imaginèrent tantost que grans
         meschiés en nesteroit et mouteplieroit, se Diex
    [70] proprement n’i metoit remède. Cil de Lyons furent
         moult effraé quant il entendirent que la journée estoit
         pour les Compagnes; toutes fois, il recueillièrent
         moult doucement toutes manières de gens qui de le
      5  bataille retournoient. Et furent par especial moult
         couroucié et destourbé de le navrure monsigneur
         Jakemon de Bourbon et de monsigneur Pière son fil;
         et les vinrent moult bellement viseter, et les dames
         et les damoiselles de le ville, dont il estoit bien amés.
     10  Messires Jakemes de Bourbon trespassa de ce siècle
         trois jours apriès ce que la bataille eut esté, et messires
         Pières ses filz ne vesqui nient longhement puissedi.
         Si furent de tout plaint et regreté. De la mort
         dou dit monsigneur Jakemon fu li rois de France ses
     15  cousins moult courouciés, mais amender ne le peut,
         se li couvint passer.

         Or vous parlerons de ces Compagnes comment il
         perseverèrent ensi que gens tout resjoy et reconforté
         de leurs besongnes, pour le belle journée qu’il avoient
     20  eu, dont il eurent grant pourfit tant ou grant gaaing
         qu’il eurent sus le place comme en bons prisonniers.
         Ces dittes Compagnes menèrent bien le temps à leur
         volenté en celui pays, car nulz n’aloit à l’encontre.
         Tantost apriès le desconfiture de Brinay, il entrèrent
     25  et s’espardirent parmi le conté de Forès et le gastèrent
         et pillièrent toute, excepté les forterèces. Et pour
         ce que il estoient si grans routes que uns petis pays
         ne leur tenoit nient, il se partirent en deux pars. Et
         retint messires Seguis de Batefol le mendre part;
     30  toutes fois, il avoit bien en se part trois mil combatans.
         Si s’en vint sejourner et demorer en Anse,
         une ville sus le Sone à une liewe de Lyons, et le fist
    [71] fortement remparer et fortefiier. Et se tenoient ses
         gens environ celle marce, où il y a un des cras pays
         dou monde. Si couroient et rançonnoient à leur aise
         et volenté tout le pays par deçà et par delà le Sonne,
      5  le conté de Mascons, l’arcevesquié de Lyons, le tière
         le signeur de Biaugeu et tout le pays jusques à Marcelli
         les Nonnains et le conté de Nevers. Li aultre
         partie des Compagnes, Naudon de Bagherant, Espiote,
         Carsuelle, Robert Briket, Ortingho et Bernardet
     10  de la Salle, Lamit, le bourch Camus, le bourch
         de Bretuel, le bourch de Lespare et pluiseur, tout
         d’une sorte et alliance, s’avalèrent devers Avignon et
         disent que il iroient veoir le pape et les cardinaus
         et aroient de leur argent, ou il seroient heriiet de
     15  grant manière; et se tenroient là en ce contour et
         tout l’esté, tant pour attendre les raençons de leurs
         prisonniers que pour veoir comment la paix des
         deux rois se tenroit. En alant ce chemin d’Avignon,
         il prendoient villes et fors, ne riens ne se tenoit
     20  devant yaus, car li pays estoit durement effraés, et
         là en celle marce il n’avoient onques eu point de
         guerre: si ne se savoient li homme des petis fors
         tenir ne garder contre telz gens d’armes.

         Si entendirent ces Compagnes que au Pont Saint
     25  Esperit, à sept liewes priès d’Avignon, il y avoit grant
         avoir et grant tresor dou pays d’environ, qui là
         estoit recueilliés et rassamblés et mis sus le fiance
         de le forterèce. Si avisèrent entre yaus li compagnon,
         se il pooient prendre le Pont Saint Esperit,
     30  il lor vaurroit trop, car il seroient mestre et signeur
         dou Rosne et de chiaus d’Avignon. Si estudiièrent
         tant et jettèrent leur avis que, à ce que j’ai depuis
    [72] oy recorder, Batillier, Guiot dou Pin, Lamit et Petit
         Meschin chevaucièrent et leurs routes une nuit toute
         nuit bien quinze liewes et vinrent sus le point dou
         jour à le ditte ville dou Pont Saint Esperit, et
      5  l’eschiellèrent et le prisent et tous chiaus et toutes celles
         qui dedens estoient, dont ce fu pités et damages, car
         il y occirent tamaint preudomme, et violèrent tamainte
         dame et damoiselle. Et y conquisent si grant
         avoir que sans nombre, et grandes pourveances pour
     10  vivre un an tout entier. Et pooient par celi pont
         courir à leur aise et sans dangier, une heure ou
         royaume de France et l’autre en l’Empire. Si se ravalèrent
         et rassamblèrent là tout li compagnon, et
         couroient tous les jours jusques ens ès portes d’Avignon.
     15  De quoi li papes et tout li cardinal estoient
         en grant angousse et en grant paour. Et avoient ces
         Compagnes dou Pont Saint Esperit fait un chapitainne
         souverain entre yaus, qui se faisoit adonc
         communement appeller amis à Dieu et anemis à
     20  tout le monde.


         § 496. Encores avoit adonc en France grant fuison
         de pilleurs englès, gascons et alemans, qui voloient,
         ce disoient, vivre, et y tenoient des forterèces et des
         garnisons. Quoique li commis de par le roy d’Engleterre
     25  leur euissent commandé à vuidier et partir, il
         n’avoient pas tout obei, dont moult desplaisoit au
         roy de France et à son conseil. Mais quant li pluiseur
         de ces pillars, qui se tenoient en divers lieus ou
         royaume de France, entendirent que leur compagnon
     30  avoient ruet jus monsigneur Jakemon de Bourbon
         et bien deux mil chevaliers et escuiers et pris
    [73] tamaint bon et riche prisonnier, et de rechief pris et
         conquis le ville dou Pont Saint Esperit et si grant
         avoir dedens que sans nombre, et esperoient encores
         que il conquerroient Avignon où il metteroient à
      5  merci le pape et les cardinaulz et tout le pays de
         Prouvence, cescuns eut en pourpos d’aler celle part
         en convoitise de pluiseurs maulz faire et plus gaegnier.
         Ce fu la cause pour quoi pluiseur pilleur et
         guerrieur laissièrent leurs fors et s’en alèrent devers
     10  leurs compagnons, en esperance de plus pillier.


         § 497. Quant li papes Innocens VIe et li collèges
         de Romme se veirent ensi vexé et guerriiet par ces
         maleoites gens, si en furent durement esbahi et ordonnèrent
         une croiserie sus ces mauvais crestiiens
     15  qui se mettoient en painne de destruire crestienneté,
         ensi comme les Wandeles fisent jadis, sans title de
         nulle raison, et gastoient tous les pays où il conversoient
         sans cause, et roboient sans deport quanqu’il
         pooient trouver, et violoient femmes vielles et jones
     20  sans pité, et tuoient hommes et femmes et enfans
         sans merci qui riens ne leur avoient mefait. Et qui
         plus de villains fais y faisoit, c’estoit li plus preus et
         li mieulz parés. Si fisent li papes et li cardinal sermonner
         de le crois partout publikement, et absoloient
     25  de painne et de coupe tous chiaus qui prendoient le
         crois et qui s’abandonnoient de corps et de volenté
         pour destruire celle mauvaise gent et leur compagnie.
         Et eslisirent li dit cardinal monsigneur Pière
         dou Moustier cardinal d’Arras, dit d’Ostie, à estre
     30  chapitainne de celle ditte croiserie, liquelz se traist
         tantost hors d’Avignon et s’en vint demorer et
    [74] sejourner à Carpentras, à quatre liewes d’Avignon, et
         retenoit toutes manières de gens et de saudoiiers qui
         venoient devers li et qui voloient sauver leurs ames
         et acquerre les pardons de le croiserie. Pluiseur s’en
      5  alèrent celle part, chevaliers et escuiers et aultres,
         qui cuidoient avoir grans bienfais dou pape, avoech
         les pardons deseure dis; mès on ne leur voloit riens
         donner. Si s’en partoient et aloient li aucun en Lombardie.
         Li aultre retournoient en leurs pays, et li
     10  aultre se mettoient en le mauvaise compagnie qui
         toutdis accroissoit de jour en jour. Si se departirent
         en pluiseurs lieus et pluiseurs compagnies, et fisent
         otant de chapitainnes comme de compagnies.


         § 498. Ensi herriièrent il le pape et les cardinaulz
     15  et les marces d’environ Avignon et y fisent moult de
         maulz jusques bien avant en l’esté l’an mil trois cens
         soissante et un. Or avint que li papes et li cardinal
         s’avisèrent d’un moult gentil chevalier et bon guerrieur,
         le markis de Montferrat, qui avoit grant temps
     20  tenu guerre contre les signeurs de Melans et encores
         faisoit. Si le mandèrent, et il vint en Avignon. Si fu
         moult festiiés et honnourés dou pape et de tous les
         cardinaus. Là fu trettié devers lui que, parmi une
         grande somme de florins qu’il devoit avoir, il metteroit
     25  hors de le terre dou pape et de là environ les
         Compagnes et les menroit en Lombardie. Si trettia li
         dis markis de Montferrat devers les chapitainnes des
         Compagnes et les amena à ce que, parmi soissante
         mil florins qu’il eurent pour departir entre yaus, et
     30  ossi grans gages que li dis markis leur ordonna, il
         s’acordèrent à ce qu’il iroient en Lombardie, et
    [75] avoecques tout ce il seroient absols de painne et de
         coupe. Tout ce fait, acompli et acordé et les florins
         paiiés, il rendirent le ville dou Pont Saint Esperit et
         laissièrent le marce d’Avignon et passèrent oultre
      5  avoecques le dit markis, dont li rois Jehans et tous
         ses royaumes furent grandement resjoy quant il se
         veirent quitte de telz gens; mès encores en retournèrent
         assés en Bourgongne. Et ne se parti mies
         adonc messires Seghins de Batefol qui tenoit Anse,
     10  pour trettié ne cose que on li seuist prommettre.
         Mais li dis royaumes, en pluiseurs lieus, fu plus à pais
         que devant, quant les plus grans routes des Compagnes
         en furent parties et passées oultre avoecques le
         dit markis en le tière de Pieumont. Liquelz markis
     15  en fist trop bien se besongne sus les signeurs de Melans,
         et conquist villes, chastiaus et forterèces et pays
         sus yaus. Et eut pluiseurs rencontres et escarmuces sus
         yaus à sen honneur et pourfit. Et le misent les Compagnes
         dedens un an ou environ tout au dessus de
     20  sa guerre, et li fisent en partie avoir sen entente des
         deux signeurs de Melans, monsigneur Galeas et monsigneur
         Bernabo, qui depuis regnèrent en grant prosperité.
         Et quant pais fu entre yaus et le markis, li
         aucun de ces compagnons, qui avoient assés gaagniet
     25  et qui estoient tanet de guerriier, retournèrent
         en leurs nations; mais li plus grant partie se misent
         encores au malfaire et retournèrent en France.

         Dont il avint que messires Seghins de Batefol, qui
         s’estoit tenus tout le temps en le garnison de Anse sus
     30  le rivière de Sone, prist, embla et esciella une bonne
         cité en Auvergne, c’on dist Brude, et siet sus le rivière
         d’Aillier. Si se tint là dedens plus d’un an et le
    [76] fortefia telement qu’il ne doubtoit nul homme. Et
         couroit tout le pays d’environ jusques au Pui, jusques
         à la Casse Dieu, jusques à Clermont, jusques à
         Tillath, jusques à Montferr[a]nt, à Rion, à le Nonnète,
      5  à Ysoire, à Oudable, à Saint Bonnet l’Arsis et toute
         la terre le conte daufin qui estoit pour le temps ostagiers
         en Engleterre, et y fist trop durement de
         grans damages. Et quant il eut honni et apovri le
         pays de là environ, il s’en parti par acord et par trettié
     10  et enmena tout son pillage et son grant tresor, et
         se retraist en Gascongne dont il estoit issus. Dou dit
         monsigneur Seghin ne sçai je plus avant, fors tant
         que j’ay oy depuis compter qu’il morut assés mervilleusement.
         Diex li pardoinst tous ses meffais!


     15  § 499. En ce temps trespassa de ce siècle en Engleterre
         li gentilz dus Henris de Lancastre, de quoi
         li rois et tout li hault baron dou pays furent durement
         courouciet, se amender le peuissent. De lui
         demorèrent deux filles, madame Mehaut et madame
     20  Blance. Li ainsnée eut le conte Guillaume de Haynau,
         filz à monsigneur Loeis de Baivière et à madame
         Margherite de Haynau, et la mainsnée eut monsigneur
         Jehan, conte de Ricemont, fil au roy d’Engleterre,
         qui fu depuis dus de Lancastre de par madame
     25  sa femme. Par le mort dou duc Henri de Lancastre
         et monsigneur Jakemon de Bourbon demora
         li trettiés à poursievir de monsigneur Jehan de Montfort
         qui s’appelloit dus de Bretagne et de monsigneur
         Charle de Blois, qui avoient esté pourparlé
     30  en le ville de Calais, si com ci dessus est dit, dont
         grans maulz et grans guerres avinrent depuis ens
    [77] ou pays de Bretagne, si com vous orés avant en
         l’ystore.

         Auques en celle saison ossi trespassa de ce siècle
         li jones dus de Bourgongne qui s’appelloit messires
      5  Phelippes, par laquèle mort vaghièrent pluiseur pays,
         car il estoit grans sires durement: premierement
         dus de Bourgongne, contes de Bourgongne, contes
         d’Artois, [d’Auvergne[404]] et de Boulongne, palatins [et
         seigneur de Salins[405]]. Et avoit à femme une jone
     10  damoiselle, fille au conte Loeis de Flandres de l’une
         des filles le duch Jehan de Braibant. Dont il avint
         que par proismeté madame Margherite, mère au dit
         conte de Flandres, se traist à le conté d’Artois et à
         le conté de Bourgongne et en fist foy et hommage
     15  au roy de France. Ossi messires Jehans de Boulongne
         [fut conte d’Auvergne, et lui vint par droite
         succession[406]] la conté de Boulongne et en devint homs
         au roy de France. Avoech tout ce, li rois Jehans de
         France par proismeté retint et prist la ducé de Bourgongne
     20  et tous les drois de Campagne, dont il desplaisi
         grandement au roy de Navare, se amender le
         peuist, car il s’en disoit hoirs et successères de la
         ditte conté de Campagne. Mais ses demandes ne li
         vallirent onques nulle cose; car li rois Jehans le
     25  haioit durement: se dist bien que ja il ne tenroit
         piet de terre en Brie ne en Champagne.

             [404] Ms. A 8, fº 236.--Ms. B 1, t. II, fº 170 (lacune).

             [405] Ms. A 8.--Ms. B 1: «de Brie et sires des foires de
             Campagne.»

             [406] Ms. A 8.--Ms. B 1: «contes d’Auvergne, se traist par
             droite succession à.»


         § 500. En ce temps vint en pourpos et en devotion
    [78] au roy de France qu’il iroit en Avignon veoir le
         pape et les cardinaus, tout jeuant et esbatant et visetant
         la ducé de Bourgongne qui nouvellement li
         estoit escheue. Si fist li dis rois faire ses pourveances
      5  et se parti de le cité de Paris entours le Saint Jehan
         Baptiste l’an mil trois cens soissante et deux, et laissa
         monsigneur Charle, son ainsnet fil le duch de Normendie,
         regent et gouvreneur dou royaume de France.
         Si enmena li dis rois avoecques li monsigneur Jehan
     10  d’Artois, comte d’Eu, son cousin germain, que moult
         amoit, le conte de Tankarville et le conte de Dammartin,
         monsigneur Boucicau, mareschal de France,
         et monsigneur Ernoul d’Audrehen, monsigneur Tristran
         de Maignelers, le grant prieur de France et
     15  pluiseurs aultres. Et chemina tant li dis rois à petites
         journées et à grans despens, et en sejournant de
         ville en ville et de cité en cité en le ducé de Bourgongne,
         que il vint environ [la feste de Noel] à Villenove
         dehors Avignon. Là estoit ses hostelz appareilliés
     20  pour lui et pour ses gens et toutes ses grosses
         pourveances faites. Si fu très grandement conjoïs et
         festiiés dou pape et de tout le collège d’Avignon. Et
         visetoient souvent l’un l’autre, li rois de France le
         pape, et li cardinal le dit roy. Si se tint à Villenove
     25  tout le temps et toute le saison ensievant.

         Environ le Noel, trespassa de ce siècle li papes
         Innocens. Si furent li cardinal en grant discort de
         faire pape, car çascuns le voloit estre, et par especial
         li cardinaulz de Boulongne et li cardinaulz de Pieregorch,
     30  qui estoient li plus grant de tout le collège.
         De quoy, par leur dissension, et qu’il furent grant
         temps en conclave, li collèges se misent et arrestèrent
    [79] dou tout en l’ordenance et disposition des deux cardinaulz
         dessus nommés. De quoi, quant il veirent
         que il avoient falli à le papalité et qu’il ne le pooient
         estre, il disent ensamble que nulz des aultres ossi ne
      5  le seroit. Si eslisirent l’abbé de Saint Victor de Marselle,
         qui estoit moult sains homs et de belle vie,
         grans clers et qui moult avoit travilliet pour l’eglise
         en Lombardie et ailleurs. Si le mandèrent li doi cardinal
         que il venist en Avignon. Il vint au plus tost
     10  qu’il peut: si reçut ce don en bon gré, et fu creés
         papes et appellés Urbains Ve. Si regna depuis en
         grant prosperité et augmenta moult l’eglise et y fist
         pluiseurs biens à Romme et ailleurs. Assés tost apriès
         sa creation, entendi li rois de France que messires
     15  Pières de Lusegnon, rois de Cippre et de Jherusalem,
         devoit venir en Avignon et avoit apassé mer.
         Si dist li rois de France qu’il attenderoit sa venue,
         car moult grant desir avoit de lui veoir, pour les
         biens qu’il en avoit oy recorder et le guerre qu’il
     20  avoit fait as Sarrasins, car voirement avoit li rois de
         Cippre pris nouvellement le forte cité de Sathalie sus
         les ennemis de Dieu et occis tous chiaus et celles
         qui y furent trouvé.


         § 501. En ce meisme temps et en cel yvier eut
     25  grans parlemens en Engleterre sus les ordenances dou
         pays et especialment sus les enfans dou roy d’Engleterre.
         Car on regarda et considera que li princes
         de Galles tenoit grant estat et noble, et bien le pooit
         faire, car il estoit vaillans homs durement; mais il
     30  laioit ce biel et grant hyretage d’Aquitainne, où tous
         biens et toutes habondances estoient. Se li fu
    [80] remoustré et dit dou roy son père que il se volsist
         traire de celle part, car il y avoit bien terre en la
         ducé pour tenir si grant estat comme il vorroit. Ossi
         li baron et li chevalier dou pays d’Aquitainne le voloient
      5  avoir dalés yaus et en avoient priiet le roy son
         père, quoique messires Jehans Chandos leur fust doulz,
         amiables et bien courtois et compains en tous estas,
         mais encores avoient il plus chier leur naturel signeur
         que nul autre. Li princes descendi legierement
     10  à ceste ordenance et se apparilla grandement et estoffeement,
         ensi comme il apertenoit à lui, à son estat
         et à madame sa femme. Et quant tout fu pourveu,
         il prisent congiet au roy et à la royne et à leurs frères
         et se partirent d’Engleterre et nagièrent tant par mer,
     15  yaus et leurs gens, qu’il arrivèrent à le Rocelle.

         Nous soufferons un petit à parler dou prince et
         parlerons encores d’aucunes ordenances qui furent
         en celle saison faites et instituées en Engleterre. Il
         fu fait et ordonné, par l’avis dou roy premierement
     20  et de son conseil, que messires Lyonniaus, secons
         filz dou roy d’Engleterre, qui s’appelloit contes de
         Dulnestre, fust en avant nommés et escris dus de Clarense;
         secondement, [que] messires Jehans, filz dou
         dit roy puisnés, qui s’appelloit contes de Ricemont,
     25  fust en avant nommés et pourveus de la ducé de Lancastre,
         laquèle terre li venoit de par madame Blance
         sa femme, pour la succession dou bon duc Henri de
         Lancastre. Encores fu adonc avisé et consideré entre
         le roy d’Engleterre et son conseil que, se messires
     30  Aymons, qui s’appelloit contes de Cantbruge, pooit
         venir par voie de mariage à le fille dou conte de
         Flandres qui estoit veve, on ne le poroit miex mettre
    [81] ne assener. Et quoiqu’il en fust adonc proposé, il
         n’en fu pas sitost trettié, car il couvenoit ceste cose
         faire par moiiens, et si estoit la dame encores assés
         jone.

      5  En ce temps trespassa la mère dou roy d’Engleterre,
         madame Ysabiel de France, fille jadis au biau
         roy Phelippe de France. Se li fist li rois d’Engleterre
         ses filz faire son obsèque as Frères Meneurs à Londres
         noblement et grandement et très reveramment. Et y
     10  furent tout li prelat et li baron d’Engleterre et li signeur
         de France qui ostagier estoient. Et fu ce fait
         ains le departement dou prince et de le princesse.
         Et tantost apriès, si comme ci dessus [est] dit, il se
         partirent d’Engleterre et nagièrent tant par mer qu’il
     15  arrivèrent en le Rocelle, où il furent receu à grant
         joie, et là reposèrent par quatre jours.


         § 502. Sitost que messires Jehans Chandos, qui
         grant temps avoit gouvrené la ducé d’Aquitainne,
         entendi ces nouvelles et la venue dou prince et de
     20  la princesse, il se parti de Niorth où il se tenoit et
         s’en vint à belle compagnie de chevaliers et d’escuiers
         en le ville de le Rocelle. Si se conjoïrent et
         festiièrent grandement li princes et ilz et madame la
         princesse et tout li compagnon qui se cognissoient.
     25  Si fu li princes amenés à grant joie à Poitiers, et là
         le vinrent veoir tout li baron et li chevalier de Poito
         et de Saintonge qui pour le temps s’i tenoient, et li
         fisent feaulté et hommage. Puis chevauça li princes
         de cité en cité et de ville en ville et prist partout les
     30  fois et les hommages, ensi comme il apertenoit dou
         faire, et vint à Bourdiaus et là se tint un grant temps,
    [82] et toutdis la princesse dalés lui. Si le vinrent là veoir
         li conte, li visconte, li baron et li chevalier de Gascongne;
         et li princes les reçut tous liement et s’acointa
         si bellement d’yaus que tout s’en contentèrent.
      5  Et meismement li contes de Fois le vint veoir auquel
         li princes fist grant feste. Et fu adonc la pais faite de
         lui et dou conte d’Ermignach, qui un grant temps
         s’estoient heriiet et guerriiet. Assés tost après fu fais
         connestables de tout le pays d’Aquitainne messires
     10  Jehans Chandos, et mareschaus messires Guiçars
         d’Angle. Si pourvei li princes les chevaliers de son
         hostel et chiaus qu’il amoit de ces biaus et grans
         offisces parmi la ducé d’Aquitainne; et raempli ces
         seneschaudies et ces bailliages de chevaliers d’Engleterre
     15  qui tantost tinrent grant estat et poissant, espoir
         plus grant que cil dou pays ne volsissent, mais
         point n’en aloit par leur ordenance. Nous lairons à
         parler dou prince d’Aquitainnes et de Galles et de la
         princesse et parlerons dou roy Jehan de France qui
     20  se tenoit à Villenove dehors Avignon.


         § 503. Environ le Candeler l’an de grasce mil trois
         cens soissante et deux, descendi li rois Pierres de Cipre
         en Avignon, de laquèle venue la cours fu moult resjoïe.
         Et alèrent pluiseur cardinal contre lui et l’amenèrent
     25  au palais devers le pape Urbain qui liement
         et doucement le reçut, et ossi fist li rois de France
         qui là estoit presens. Et quant il eurent là esté une
         espasse et pris vin et espisses, li doi roy se partirent
         dou pape, et se retraist çascuns à son hostel. Ce
     30  terme pendant, se fist uns gages de bataille devant le
         roy de France, à Villenove dehors Avignon, de deux
    [83] moult apers chevaliers de Gascongne, monsigneur Aymeniou
         de Pumiers et monsigneur Fouque d’Arciac.
         Quant il se furent combatu bien et chevalereusement
         assés ensamble, li dis rois de France fist trettier de
      5  le pais et les acorda de leur rihote. Ensi se tinrent
         cil doi roy tout ce temps et le quaresme en Avignon
         ou priès de là: si visetoient souvent le pape qui les
         recueilloit doucement.

         Or avint pluiseurs fois en ces visitations que li
     10  rois de Cippre remoustra au pape, present le roy
         de France et les cardinaulz, comment pour sainte
         crestiennetet ce seroit noble cose et digne qu’i[l] ouveroit
         le saint voiage d’oultre mer et qu’i[l] iroit sus
         les ennemis de Dieu. A ces parolles entendoit li
     15  rois de France volentiers et bien proposoit en soi
         meismes qu’il iroit, se il pooit vivre trois ans tant
         seulement, pour deux raisons. Li une estoit que
         li rois Phelippes ses pères l’avoit jadis voé et prommis;
         la seconde, pour traire hors dou royaume de
     20  France toutes manières de gens d’armes, nommés
         Compagnes, qui pilloient et destruisoient sans nul
         title de raison son royaume et pour sauver leurs
         ames. Ce pourpos garda et reserva li rois de France
         en soi meismes, sans parler à nullui, jusques au jour
     25  dou saint venredi que papes Urbains preeça en sa
         chapelle en Avignon, present les deux rois de France
         et de Cipre et le saint collège.

         Apriès la predicacion faite qui fu moult humle et
         moult devote, li rois Jehans de France par grant devotion
     30  emprist la crois et le voa et pria doucement au
         pape que il li volsist acorder et confremer. Li papes li
         acorda volentiers et benignement. Là presentement
    [84] l’emprisent et encargièrent messires Tallerans, cardinal
         de Pieregorch, messires Jehans d’Artois, contes
         d’Eu, li contes de Dammartin, li contes de Tankarville,
         messire Ernoulz d’Audrehen, li grans prieur
      5  de France, messires Boucicaus et pluiseur aultre chevalier
         qui là estoient present et dedens le cité d’Avignon
         pour le jour. De ceste emprise fu durement
         liés li rois de Cipre et en regratia grandement Nostre
         Signeur et le tint à grant vertu et mistère.


     10  § 504. Tout ensi que vous poés oïr, emprisent et
         enchargièrent, dessus leur deseurain vestement, la vermelle
         crois, li rois Jehans de France et li dessus nommet.
         Avoech tout ce, nos sains pères li papes le confrema
         et l’envoia preecier en pluiseurs lieus, et non pas par
     15  universe monde: je vous dirai cause pour quoi. Li
         rois de Cipre, qui là estoit venus en istance de ce
         esmouvoir et qui avoit empris et en plaisance de
         venir veoir l’empereour de Romme et tous les haus
         signeurs de l’Empire, le roi d’Engleterre ossi et en
     20  sievant tous les chiés des signeurs crestiens, ensi
         comme il fist, si com vous orés avant en l’ystore, offri
         au Saint Père et au roi de France corps, chevance et
         parole pour dire et remoustrer, là partout où il venroit
         et s’embateroit, le grasce et le devotion de leur
     25  voiage, pour faire y encliner et descendre tous signeurs
         qui de ce aroient mention. Si estoit cilz dis
         rois tant creus et honnourés et de raison que on
         disoit que, parmi son travel et le certainneté qu’il
         remousteroit à tous signeurs de ce voiage, avanceroit
     30  plus tous coers que aultres predicacions. Si s’en
         souffri on à preecier hors dou royaume de France,
    [85] et sus ce pourpos s’arrestèrent. Tantost apriès Paskes
         qui furent l’an mil trois cens soissante trois, li rois
         de Cipre parti d’Avignon et dist qu’il voloit aler
         veoir l’Empereur et les signeurs de l’Empire, et puis
      5  revenroit par Braibant, par Flandres et par Haynau,
         ou dit royaume de France. Si prist congiet au pape
         et au roy de France qui en tous cas s’acquittèrent
         trop bien devers lui en dons et en jeuiaus et en
         grasces que li papes li fist et à ses gens. Assés tost
     10  apriès le departement dou roy de Cipre, li rois de
         France prist congiet et s’en ala devers le ville de
         Montpellier pour viseter la Langue d’och où il n’avoit
         en grant temps esté.

         Or parlerons dou roy de Cipre et dou voiage qu’il
     15  fist. Il chemina tant par ses journées qu’il vint en Alemagne,
         en une cité que on appelle Prage, et là trouva
         il l’empereur, monseigneur Charle de Behaigne, qui
         le reçut liement et grandement, et tout li signeur de
         l’Empire qui dalés lui estoient. Si fu li rois de Cipre à
     20  Praghe et là environ bien trois sepmainnes et enhorta
         grandement en l’Empire ce saint voiage. Et partout,
         ensi comme il ala et passa parmi Alemagne, li Emperères
         le fist deffretiier. Puis vint li dis rois de Cipre en
         le ducé de Jullers, où li dus li fist grant feste. Et de là
     25  s’avala il en Braibant, où li dus ossi et la duçoise le
         reçurent grandement et liement en le bonne ville de
         Brouxelles en disners, en soupers, en joustes, en reviaus
         et en esbatemens, car bien faire le savoient;
         et li donnèrent au departement grans dons et biaus
     30  jeuiaus. Puis s’en parti li dis rois de Cipre et s’en ala
         en Flandres veoir le conte Loeis, qui ossi le reçut
         et festia grandement. Et trouva à ce donc li rois de
    [86] Cipre le roy de Danemarke en le bonne ville de
         Bruges; et disoit on là communement que cilz rois
         avoit passet mer pour venir veoir le roy de Cipre. Si
         se conjoïrent et festiièrent assés. Et par especial li
      5  contes Loeis de Flandres conjoy et festia très
         honnourablement en le ville de Bruges le dit roy de
         Cipre, et fist tant que li dis rois se contenta grandement
         de lui et des barons et des chevaliers de sa
         terre. Si se tint tout cel estet li dis rois de Cipre, en
     10  faisant son voiage depuis le departement d’Avignon,
         en l’Empire et sus ces frontières pour enhorter ce
         saint voiage empris: de quoi pluiseur signeur avoient
         grant joie et desiroient bien que il se fesist.


         § 505. En ce temps avoit li rois d’Engleterre fait
     15  grasce à quatre dus qui estoient hostagier en Engleterre
         pour le roy de France, c’est à savoir le duch
         d’Orliens, le duch d’Ango, le duch de Berri et le
         duch de Bourbon, et se tenoient cil quatre signeur à
         Calais. Et pooient chevaucier quel part qu’il voloient
     20  trois jours hors de Calais, et au quatrime dedens
         soleil esconsant revenir. Et l’avoit fait li rois d’Engleterre
         en istance de bien, et pour ce qu’il fuissent
         plus proçain de leur pourcach de France et que il
         songnassent de leur delivrance ensi qu’il faisoient.
     25  Les quatre signeurs dessus dis estans à Calais, il envoiièrent
         pluiseurs fois grans messages de par yaus
         au roy de France et au duch de Normendie son
         ainsné fil qui là les avoient mis, en yaus remoustrant
         et priant qu’il entendesissent à leur delivrance,
     30  ensi que juré et prommis leur avoient, quant il entrèrent
         en Engleterre; ou aultrement il y entenderoient
    [87] eulz meismes et ne se tenroient point pour
         prisonnier. Quoique cil signeur, ensi que vous savés,
         fuissent très proçain dou roy, leur messagier et
         promoteur n’estoient mies oy ne delivré à leur aise,
      5  dont grandement en desplaisoit as signeurs dessus
         dis et par especial au duch d’Ango, et disoit bien
         qu’il y pourveroit de remède, comment qu’il s’en
         presist. Or estoit adonc li royaumes et li consaulz
         dou roy et dou duch de Normendie durement chargiés
     10  et ensonniiés, tant pour le crois que li rois de
         France avoit adonc encargiet que pour le guerre dou
         roy de Navarre, qui guerrioit et herioit fortement le
         royaume de France et avoit remandé aucuns des
         chapitainnes des Compagnes en Lombardie pour
     15  mieulz faire sa guerre. Ce estoit la principal cause
         pour quoi on ne pooit legierement entendre as quatre
         dus dessus nommés ne leurs messagiers delivrer,
         quant il estoient venu en France.


         § 506. Quant li rois de Cipre eut visetés et veus
     20  les signeurs et les pays dessus nommés, il retourna
         en France et trouva à Paris le roy Jehan et le duc de
         Normendie et grant fuison de signeurs, barons et
         chevaliers de France que li rois y avoit mandés pour
         le roy de Cipre mieulz festier. Si y eut une espasse
     25  de temps grans reviaus et grans esbatemens et ossi
         grans parlemens et grans consaulz comment ceste
         croiserie, à savoir estoit, se poroit parfurnir à honnour
         tant dou roy de France comme de son royaume. Et
         pour ce en parloient et proposoient li aucun leur avis
     30  que il veoient le dit royaume grevé et occupé de
         guerres, de Compagnes, de pilleurs et de reubeurs
    [88] qui y descendoient et venoient de tous pays. Si ne
         sambloit pas bon as pluiseurs que cilz voiages se
         fesist jusques à tant que li royaumes fust en milleur
         estat ou à tout le mains on euist pais au roy de Navare.
      5  Non obstant ce et toutes guerres, nulz ne pooit
         abrisier ne oster le devotion dou roy de France que
         il ne fesist le pelerinage; et l’acorda et jura au roy
         de Cipre à estre à Marselle dou march qui venoit en
         un an que on compteroit l’an mil trois cens soissante
     10  quatre, et que sans faute adonc il passeroit et liveroit
         passage et pourveances à tous chiaus qui passer
         vorroient.

         Sus cel estat, se parti li rois de Cipre dou roy
         de France et vei que il avoit bon terme encores
     15  de retraire en son pays et de faire ses pourveances.
         Si dist et considera en soi meismes que il voloit aler
         veoir le roy Charle de Navare son cousin et trettiier
         bonne pais et acord entre lui et le roy de France. Si
         se mist à voie en grant arroy et issi de Paris et prist
     20  le chemin à Roem et fist tant qu’il y parvint. Là le
         reçut li arcevesques de Roem, messires Jehans
         d’Alençon ses cousins, moult grandement et le tint
         dalés li moult aisiement trois jours. Au quatrime, il
         s’en parti et prist le chemin de Kem et esploita tant
     25  qu’il passa les gués Saint Clement et vint en la forte
         ville de Chierebourc. Là trouva il le roy de Navare
         et monsigneur Loeis son frère à bien petit de gens.
         Cil doi signeur de Navare recuellièrent le roy de
         Cipre liement et grandement et le festiièrent selonc
     30  leur aisement moult honnourablement, car bien le
         pooient et savoient faire.

         En ce termine que li rois de Cipre se tenoit dalés
    [89] yaus, il s’avança de trettiier pour pais, se trouver le
         peuist, entre ces signeurs, d’une part, et le roy de
         France, d’autre; et en parla par pluiseurs fois moult
         ordonneement, car il fu sires de grant avis et bien
      5  enlangagiés. A toutes ses parolles respondirent cil doi
         signeur de Navare ossi moult gracieusement et se excusèrent
         en ce que point n’estoit leur coupe que il n’estoient
         bon ami au roy de France et au royaume, car
         grant desir avoient de l’estre, mès que on leur rendesist
     10  leur hiretage que on leur tenoit et empeeçoit à
         tort. Li rois de Cipre euist volentiers amoienet ces
         besongnes, se il peuist, et veu que li enfant de Navare
         se fuissent mis sus lui, mès leurs trettiés ne s’estendirent
         mies si avant. Quant li rois de Cipre eut esté à
     15  Chierebourc environ quinze jours, et que li dessus
         dit signeur l’eurent festiiet selonch leur pooir moult
         grandement, il prist congiet d’yaus et dist qu’il ne
         cesseroit jamais si aroit esté en Engleterre et là preecié
         et enhorté au dit roy d’Engleterre et à ses enfans
     20  le crois à prendre. Si se parti de Cierebourch et fist
         tant par ses journées qu’il vint à Kem et passa outre
         et vint au Pont de l’Arce et là passa le Sainne. Et
         puis chevauça tant par ses journées qu’il entra en
         Pontieu et passa le rivière de Somme à Abbeville et
     25  puis vint à Rue et à Moustruel et puis à Calais où il
         trouva trois dus, le duch d’Orliens, le duch de Berri
         et le duch de Bourbon, car li dus d’Ango estoit retournés
         en France, je ne sçai mies sus quel estat.


         § 507. Cil troi duch dessus nommet reçurent, ensi
     30  comme prisonnier en la ditte ville de Calais, le roy
         de Cipre moult liement, et li rois ossi s’acointa
    [90] d’yaus moult doucement. Si furent là ensamble plus
         de douze jours. Finablement, quant li rois de Cipre
         eut vent à volenté, il passa le mer et arriva à Douvres.
         Si se tint là et rafreschi par deus jours, entrues
      5  que on descarga ses vaissiaus et mist hors ses chevaus.
         Puis chevauça li dis rois de Cipre à petites
         journées à sen aise et s’en vint devers le bonne cité
         de Londres. Quant il y parvint, il y fu grandement
         bien festiiés et conjoïs des barons de France qui là
     10  se tenoient et ossi de chiaus d’Engleterre qui chevaucièrent
         contre lui, car li rois d’Engleterre y envoia
         ses chevaliers, le conte de Herfort, monsigneur
         Gautier de Mauni, le signeur Despensier, monsigneur
         Raoul de Ferrières, monsigneur Richart de Pennebruge,
     15  monsigneur Alain de Boukeselle et monsigneur
         Richart Sturi, qui l’acompagnièrent et amenèrent
         jusques à son hostel parmi la cité de Londres.

         Je ne vous poroie mies dire ne compter en un jour
         les nobles disners, les soupers, les festiemens et les
     20  conjoïssemens, les dons, les presens, les jouiaus c’on
         fist, donna et presenta, especialment li rois d’Engleterre
         et la royne Phelippe, sa femme, au gentil roy
         Pière de Cipre. Et, au voir dire, bien y estoient tenu
         dou faire, car il les estoit venus veoir de loing et à
     25  grant fret, et tout pour enhorter et enditter le roy
         que il volsist prendre la vermeille crois et aidier à
         ouvrir ce passage sus les ennemis de Dieu. Mais li
         rois d’Engleterre s’escusa bellement et sagement et
         dist ensi: «Certes, biaus cousins, j’ay bien bonne
     30  volenté d’aler en ce voiage, mais je sui en avant trop
         vieulz, si en lairai convenir mes enfans. Et je croi que,
         quant li voiages sera ouvers, que vous ne le ferés pas
    [91] seulz; ains arés des chevaliers et des escuiers de ce
         pays qui vous y serviront volentiers.»--«Sire, dist li
         rois de Cipre, vous parlés assés, et croy bien que
         voirement y venront il pour Dieu servir et yaus avancier,
      5  mès que vous leur acordés, car li chevalier et li
         escuier de ceste terre traveillent volentiers.»--«Oil,
         dist li rois d’Engleterre, je ne leur debateroie
         jamès, se aultres besongnes ne me sourdent et à mon
         royaume, dont je ne me donne de garde.»

         Onques li rois de Cipre ne peut aultre cose impetrer 1O
         au roy d’Engleterre ne plus grant clarté de
         son voiage, fors tant que toutdis fu il liement et
         honourablement festiiés en disners et en grans soupers.
         Et avint ensi en ce termine que li rois David
     15  d’Escoce avoit à besongnier en Engleterre devers le
         roy, siques, quant il entendi sus son chemin que li
         rois de Cipre estoit à Londres, il se hasta durement
         et se prist moult priès de lui trouver. Et vint li dis
         rois d’Escoce si à point à Londres que encores n’estoit
     20  il point partis. Si se recueillièrent et conjoïrent
         grandement cil doi roy ensamble, et leur donna de
         recief li rois d’Engleterre deux fois à souper ou palais
         de Wesmoustier. Et prist là li rois de Cipre congiet
         au roy d’Engleterre et à le royne, qui li donnèrent
     25  à son departement grans dons et biaus jeuiaus. Et
         donna li rois d’Engleterre au roy de Cipre une nef
         qui s’appelloit Katherine trop belle et trop grande
         malement. Et l’avoit li rois d’Engleterre meismement
         fait faire et edefiier ou nom de lui pour passer oultre
     30  en Jherusalem, et prisoit on ceste nef nommée Katherine
         douze mil frans, et gisoit adonc ou havene
         de Zanduich. De ce don remercia li rois de Cipre le
    [92] roy d’Engleterre moult grandement, et l’en sceut
         grant gret. Depuis ne sejourna il gaires ens ou pays,
         mès eut volenté de retourner en France. Encores
         avoech toutes ces coses li rois d’Engleterre deffretia
      5  le roy de Cipre de tout ce qu’il et ses gens despendirent,
         alant et venant, en son royaume. Mais je ne sçai
         que ce fu, car il laissa le vaissiel dessus nommé à
         Zanduic, ne point ne l’enmena avoecques lui, car
         depuis deux ans apriès je le vi là arester à l’ancre.


     10  § 508. Or se parti li rois de Cipre d’Engleterre et
         rapassa le mer à Boulongne. Si oy dire sus son chemin
         que li rois de France, li dus de Normendie, li
         dus d’Ango et messires Phelippes ses mainsnés frères
         et li grans consaulz de France devoient estre en le
     15  bonne cité d’Amiens. Si tira li rois de Cipre celle part
         et y trouva le roy de France voirement nouvellement
         venu et une partie de son conseil. Si fu d’yaus grandement
         festiiés et conjoïs, et leur recorda la grigneur
         partie de ses voiages, liquel l’oïrent et l’entendirent
     20  volentiers. Quant il eut là esté une espasse, il dist
         que il n’avoit riens fait jusques à tant que il aroit veu
         le prince de Galles son cousin et dist, se il plaisoit à
         Dieu, que il l’iroit veoir ains son retour et les barons
         de Poito et d’Aquitainne. Tout ce li acorda li rois de
     25  France assés bien. Mais il li pria chierement à son
         departement que il ne presist nul aultre voiage à son
         retour, fors parmi France. Li rois de Cipre li eut en
         couvent.

         Si se parti li rois de Cipre d’Amiens et chevauça
     30  vers Biauvais et passa le Sainne à Pontoise et fist
         tant par ses journées que il vint à Poitiers. A ce donc
    [93] estoient li princes et la princesse en Angouloime. Et
         là devoit avoir moult proçainnement une très grant
         feste de quarante chevaliers et de quarante escuiers,
         attendans dedens que madame la princesse devoit
      5  bouter hors de ses cambres à sa relevée, car elle
         estoit acoucie d’un biau fil qui s’appelloit Edouwars
         ensi com son père. Sitost que li princes sceut la
         venue dou roy de Cipre, il envoia devers lui par especial
         monsigneur Jehan Chandos et grant fuison
     10  des chevaliers de son hostel, qui l’amenèrent en grant
         reviel et moult honnourablement devers le prince,
         qui le reçut ossi humlement et grandement en tous
         estas que il avoit esté nulle part receus sus tout son
         voiage.

     15  Nous lairons un petit à parler dou roy de Cipre et
         parlerons dou roy de France et vous compterons en
         quel istance ilz et ses consaulz estoient venu à Amiens.
         Je fui adonc enfourmés, et voirs estoit, que li rois
         Jehans avoit pourpos et affection d’aler en Engleterre
     20  veoir le roy Edouwart son frère et la royne
         d’Engleterre sa suer. Et pour ce avoit il là assamblé
         une partie de son conseil, et ne li pooit nulz brisier
         ne oster ce pourpos. Si estoit il fort consilliés dou
         contraire. Et li disoient pluiseur prelat et baron de
     25  France que il entreprendoit une grant folie, quant il
         se voloit mettre encores ou dangier dou roy d’Engleterre.
         Il respondoit à ce et disoit que il avoit trouvé
         ou roy d’Engleterre son frère, en le royne et en ses
         neveus leurs enfans, tant de loyauté, d’onneur, d’amour
     30  et de courtoisie que il ne s’en pooit trop loer
         et que en riens il ne se doubtoit d’yaus qu’il ne li
         fuissent courtois, loyal et ami en tous cas. Et ossi il
    [94] voloit excuser son fil le duch d’Ango qui estoit retournés
         en France.

         A ceste parolle n’osa nulz parler dou contraire,
         puisque il l’avoit ensi arresté et affremé en lui. Si
      5  ordonna là de recief son fil le duch de Normendie
         à estre regens et gouvrenères dou royaume de
         France jusques à son retour. Et prommist bien à
         son mainsné fil, monsigneur Phelippe, que, lui revenu
         de ce voiage où il aloit, il le feroit duch de
     10  Bourgongne et le ahireteroit de le ducé. Quant
         toutes ces coses furent bien faites et ordonnées à sen
         entente et ses pourveances en le ville de Boulongne,
         il se parti de le cité d’Amiens et se mist à voie et
         chevauça tant qu’il vint à Hedin. Là s’arresta il et
     15  tint son Noel. Et là le vint veoir li contes Loeis de
         Flandres qui moult l’amoit, et li rois lui, et furent
         ensamble ne sai trois jours ou quatre. Le jour des
         Innocens, se parti li dis rois de Hedin et prist le chemin
         de Moustruel sus Mer. Et li contes de Flandres
     20  retourna arrière en son pays.


         § 509. Tant esploita li rois Jehans qu’il vint à
         Boulongne, et se loga en l’abbeye, et tant i sejourna
         qu’il eut vent à volenté. Si estoient avoecques
         li et de son royaume pour passer le mer, messires
     25  Jehans d’Artois, contes d’Eu, li contes de Dammartin,
         li grans prieur de France, messires Boucicaus,
         mareschaus de France, messires Tristrans de
         Maignelers, messires Pierres de Villers, messires Jehans
         de Ainville, messires Nicolas Brake et pluiseur
     30  aultre. Quant leurs nefs furent toutes chargies et li
         maronnier eurent bon vent, il le segnefiièrent au roy.
    [95] Si entra li rois en son vaissiel environ mienuit, et
         toutes ses gens ens ès aultres, et furent à l’ancre celle
         première marée jusques au jour devant Boulongne.
         Quant il se desancrèrent, il eurent vent à volenté:
      5  si tournèrent devers Engleterre. Si arrivèrent à Douvres
         environ heure de vespres; ce fu l’avant vigile
         de l’Apparition des trois Rois.

         Ces nouvelles vinrent au roy d’Engleterre et à
         la royne qui se tenoient adonc à Eltem, un moult
     10  bel manoir dou roy à sept liewes de Londres, que
         li rois de France estoit arivés et descendus à Douvres.
         Si envoia tantost des chevaliers de son hostel
         celle part, monsigneur Bietremiu de Bruwes, monsigneur
         Alain de Boukeselle et monsigneur Richart
     15  de Pennebruge. Chil se partirent dou roy et chevaucièrent
         devers Douvres, et trouvèrent là encores
         le roy de France; si le conjoïrent et bienvegnièrent
         grandement et li disent que li rois leurs sires
         estoit moult liés de sa venue. Li rois de France les
     20  en crut legierement. L’endemain au matin monta
         li dis rois à cheval, et montèrent tout cil qui avoecques
         lui estoient, et chevaucièrent devers Cantorbie,
         et vinrent là au disner. A entrer en l’eglise de
         Saint Thumas, fist li rois de France grant reverense
     25  et donna au corps saint un moult riche jeuiel
         et de grant valeur. Si se tint là li dis rois deux
         jours: au tierch jour il s’en parti et chevauça le chemin
         de Londres, et fist tant par ses journées qui
         estoient petites, qu’il vint à Eltem où li rois d’Engleterre
     30  et la royne et grant fuison de signeurs,
         de dames, de damoiselles estoient tout appareilliet
         pour lui recevoir. Ce fu un dimence à heure de
    [96] relevée qu’il vint là: si i eut entre celle heure et le
         souper grans danses et grans caroles, et là estoit li
         jones sires de Couci, qui s’efforçoit de bien danser et
         de canter quant son tour venoit. Et volentiers estoit
      5  veus des François et des Englès; car trop bien li
         affreoit à faire quanqu’il faisoit.

         Je ne vous puis mies de tout parler ne recorder
         com honourablement li rois d’Engleterre et la
         royne reçurent le roy de France; et quant il se
     10  parti de Eltem, il vint à Londres. Si vuidièrent
         toutes manières de gens par connestablies contre lui
         et le recueillièrent en grant reverense. Et ensi fu
         amenés, en grant fuison de menestraudies, jusques
         en l’ostel de Savoie qui estoit ordenés et appareilliés
     15  pour lui. Ens ou dit hostel avoecques le roy
         estoient herbergiet cil de son sanch, li ostagier de
         France: premierement, ses frères li dus d’Orliens,
         ses filz li dus de Berri; si cousin, li dus de Bourbon,
         li contes d’Alençon, Guis de Blois, li contes
     20  de Saint Pol et moult d’aultres. Si se tint là li
         rois de France une partie de l’ivier entre ses gens
         liement et amoureusement, et le visetoient souvent
         li rois d’Engleterre et si enfant, li dus de Clarense, li
         dus de Lancastre et messires Aymons. Et furent par
     25  pluiseurs fois en grans reviaus et recreations ensamble,
         en diners et en soupers et aultres manières en
         cel hostel de Savoie et ou palais de Wesmoustier, qui
         siet priès de là, où li rois de France aloit secretement,
         quant il voloit, par le rivière de le Tamise. Si regretèrent
     30  pluiseurs fois cil doy roy monsigneur Jakemon
         de Bourbon, et disoient bien que ce fu grans damages
         de lui, car trop bien li affreoit à estre entre signeurs.


    [97] § 510. Nous lairons un petit à parler dou roy
         Jehan de France, et parlerons dou roy de Cipre qui
         vint en Angouloime devers le prince de Galles, son
         cousin, qui le reçut liement. Ossi fisent tout li baron
      5  et li chevalier de Poito et de Saintonge qui dalés le
         prince estoient, li viscontes de Touwars, li jones
         sires de Pons, li sires de Partenai, messires Loeis de
         Harcourt, messires Guiçars d’Angle; et des Englès,
         messires Jehans Chandos, messires Thumas de Felleton,
     10  messires Neel Lorinch, messires Richars de Pontchardon,
         messires Symons de Burlé, messires Bauduins
         de Fraiville, messires d’Aghorisses et li aultre.
         Si fu li rois de Cipre moult festiés et bien honnourés
         dou prince, de la princesse, des barons et des chevaliers
     15  dessus dis, et se tint illuech plus d’un mois.
         Et puis le mena messires Jehans Chandos jewer et
         esbatre parmi Saintonge et parmi Poito, et veoir le
         bonne ville de le Rocelle, où on li fist grant feste. Et
         quant il eut partout esté, il retourna en Angouloime
     20  et fu à celle grosse feste que li princes y tint, où il
         eut grant fuison de chevaliers et d’escuiers.

         Assés tost apriès la feste, li rois de Cipre prist
         congiet dou prince et des chevaliers dou pays; mès
         ançois leur eut il remoustré pourquoi il estoit là
     25  venus, et pourquoi especialment il portoit la crois
         vermeille, et comment [li papes li avoit confirmé,
         et la dignité du voiaige, et comment[407]] li rois de
         France, par devotion, et pluiseur grant signeur
         l’avoient empris et juré. Li princes et li chevalier
     30  li respondirent moult courtoisement que c’estoit
    [98] voirement uns voiages où toutes gens d’onneur et
         de bien par raison devoient bien entendre, et que,
         s’il plaisoit à Dieu que li passages fust ouvers, il
         ne le feroit mies seuls, mès en aroit de chiaus qui
      5  se desirent à avancier. De ces responses se tint
         li rois de Cipre tous contens, et se parti dou dit
         prince et de la princesse et des barons dou pays.
         Mès messires Jehans Chandos le veult acompagnier,
         ensi qu’il fist, et li tint toutdis compagnie tant qu’il
     10  fu hors de le prinçauté.

             [407] Ms. B 4, fº 242.--Ms. B 1, t. II, fº 177 (lacune).

         Si me samble que li rois de Cipre retourna arrière
         par devers France pour revenir à Paris, en istance de
         ce que pour trouver le roy revenu: mais non fera,
         car li rois de France estoit, en l’ostel de Savoie, en
     15  Engleterre, acouciés malades; et aggrevoit tous les
         jours, dont trop grandement desplaisoit au roy d’Engleterre
         et à le royne, car li plus sage medecin dou
         pays le jugoient en grant peril. Et de ce estoit tout
         enfourmés li dus de Normendie, qui se tenoit à Paris
     20  et qui avoit le gouvrenement de France, comment
         li rois de France ses pères estoit fort grevés de maladie;
         car messires Boucicaus estoit rapassés le mer
         et en avoit enfourmé le dit duch.

         Se ceste nouvelle estoit sceue en France, li rois de
     25  Navare, qui se tenoit en Chierebourch, en savoit ossi
         toute la certainneté, dont il n’estoit mies courouciés;
         car il esperoit que, se li rois de France moroit,
         sa guerre en seroit plus belle. Si escrisi secretement
         devers monsigneur le captal de Beus son cousin, qui
     30  se tenoit adonc dalés le conte de Fois, son serourge,
         en lui priant chierement que il volsist venir parler à
         lui en Normendie, et il le feroit signeur et souverain
    [99] par dessus tous ses chevaliers. Li captaus, qui desiroit
         les armes et qui estoit par linage tenus de servir son
         cousin monsigneur de Navare, obei et se parti dou
         conte de Fois, et s’en vint par le prinçauté, et pria
      5  aucuns chevaliers et escuiers sus son chemin. Mès
         petit en eut, car point ne se voloient adonc armer li
         Englès, ne li Gascon, ne li Poitevin, pour le fait dou
         roy de Navare, contre le couronne de France; car il
         sentoient les alliances, jurées à Calais entre le roy
     10  d’Engleterre leur signeur et le roy de France, si grandes et
         si fortes qu’il ne les voloient mies blecier ne brisier.

         Siques, ce terme pendant et le captal de Beus
         venant en Normendie devers le roy de Navare, li rois
         Jehans de France trespassa de ce siècle, en Engleterre,
     15  en l’ostel de Savoie, dont li rois d’Engleterre
         et la royne et tout leur enfant et pluiseur baron
         d’Engleterre furent moult courouciet, pour l’onneur
         et la grant amour que li rois de France, depuis la
         pais faite, leur avoit moustré. Li dus d’Orliens, ses
     20  frères, et li dus de Berri, ses filz, qui de le mort le
         roy de France leur signeur estoient moult courouciet,
         envoiièrent ces nouvelles en grant haste devers
         le duch de Normendie, qui se tenoit à Paris. Quant li
         dis dus en sceut la verité de la mort le roy son père,
     25  fu il moult courouciés, ce fu raisons; mès ilz, comme
         cilz qui se sentoit successères de l’iretage de France
         et de la couronne, et qui estoit enfourmés aucunement
         dou roy de Navare, comment il avoit pourveu
         et pourveoit encores tous les jours ses garnisons en
     30  le conté d’Evrues, et qu’il metoit sus gens d’armes
         pour lui guerriier, s’avisa que il y pourveroit de remède
         et de conseil, se il pooit.

   [100] En ce temps s’armoit et estoit toutdis armés françois
         uns chevaliers de Bretagne qui s’appelloit messires
         Bertrans de Claiekin. Li biens de lui, et la
         proèce n’estoit mies encores grandement renommée
      5  ne cogneue, fors entre les chevaliers et escuiers qui
         l’antoient et ens ou pays de Bretagne, où il avoit
         demoré et toutdis tenu la guerre pour monsigneur
         Charle de Blois contre le conte de Montfort. Cilz
         messires Bertrans estoit et fu toutdis durement ewireus
     10  chevaliers et bien amés de toutes gens d’armes,
         et ja estoit il grandement en le grasce dou duc de
         Normendie, pour les vertus qu’il en ooit recorder.
         Dont il avint que, sitos que li dus de Normendie seut
         le trespas dou roy son père, ensi que cilz qui se
     15  doubtoit grandement dou roy de Navare, il dist à
         monsigneur Boucicau, mareschal de France: «Messire
         Boucicau, partés de ci, avoech ce que vous avés
         de gens, et chevauciés vers Normendie. Vous i trouverés
         messire Bertran de Claiekin; si vous prendés
     20  priès, je vous pri, vous et lui, de reprendre sus le
         roy de Navare la ville de Mantes, par quoi nous
         soions signeur de la rivière de Sainne.» Messires
         Boucicaus respondi: «Sire, volentiers.» Adonc se
         parti il, et emmena avoecques lui grant fuison de
     25  bons compagnons, chevaliers et escuiers, et prist le
         chemin de Normendie par devers Saint Germain en
         Laie, et donna à entendre à tous chiaus qui avoecques
         lui estoient, qu’il aloit devant le chastiel de Roleboise,
         que manière de gens nommés Compagnes
     30  tenoient.


         § 511. Roleboise est un chastiaus biaus et fors
   [101] durement, seans sus le rivière de Sainne, à une liewe
         priès de Mantes, et estoit à ce temps garnis et raemplis
         de compagnons gens d’armes qui faisoient
         guerre d’yaus meismes, et couroient otant bien sus
      5  le terre le roy de Navare que sus le royaume de
         France. Et avoient un chapitainne à qui il obeissoient
         dou tout, et qui les retenoit et paioit parmi
         certains gages qu’il leur donnoit. Et estoit cilz nés de
         le ville de Brouxelles, et s’appelloit Wautre Obstrate,
     10  apert homme d’armes et outrageus durement. Cilz et
         ses gens avoient le pays de là environ tout pilliet et
         robet, et n’osoit nulz aler de Paris à Mantes, ne de
         Mantes à Roem ne à Pontoise, pour chiaus de le
         garnison de Roleboise. Et n’avoient cure à qui: otant
     15  bien les gens le roy de Navare ruoient il jus, quant
         il les trouvoient, que les François; et par especial il
         constraindoient si chiaus de Mantes, qu’il n’osoient
         issir hors de leurs portes, et se doubtoient plus
         d’yaus que des François.

     20  Quant messires Boucicaus se parti de Paris, quoiqu’il
         donnast à entendre que il alast celle part, il
         se faindi de prendre le droit chemin de Roleboise,
         et attendi monsigneur Bertran de Claiekin et se route,
         qui avoit en devant chevauciet devant le cité d’Evrues
     25  et parlementé à chiaus de dedens; mès on ne li
         avoit volu ouvrir les portes: ançois avoient cil d’Evrues
         fait samblant que de lui servir de pierres et
         de mangonniaus, et de traire à lui et à ses gens, se
         il ne se fust si legierement partis des barrières où il
     30  estoit arrestés. Et estoit messires Bertrans de Claiekin
         retrais arrière devers le mareschal Boucicau, qui l’attendoit
         sus un certain lieu assés priès de Roleboise.
   [102] Quant il se furent trouvé, il estoient bien cinq cens
         hommes d’armes.

         Si eurent li doi chapitainne, messires Bertrans et
         messires Bouchicaus, sus les camps là, moult grant
      5  parlement ensamble, à savoir comment il se maintenroient,
         ne par quel manière il poroient avoir le ville
         de Mantes, où il tiroient. Si consillièrent entre yaus que
         messires Boucicaus, lui centime de chevaus tant seulement,
         chevauceroit devant et venroit à Mantes, et
     10  feroit l’effraé, et diroit à chiaus de le ville que cil de
         Roleboise le cacent et que il le laissent [entrer] ens. Se
         il y entre, tantost il se saisira de le porte, et messires
         Bertrans et se grosse route tantost venront ferant batant,
         et enteront en le ville et en feront leur volenté:
     15  se il ne l’ont par celle voie, il ne poeent mies veoir
         comment il l’aient. Toutesfois pour le milleur cilz
         consaulz fu tenus, et le tinrent entre yaus li signeur en
         secré, et se parti messires Boucicaus et le route qu’il
         devoit mener, et chevaucièrent à le couverte par devers
     20  Mantes, et messires Bertrans d’autre part, et
         se misent il et li sien en embusche assés priès de
         Mantes.

         Quant messires Boucicaus et se route deurent
         approcier la ville de Mantes, il se desroutèrent ensi
     25  comme gens desconfis et mis en cace. Et s’en vint li
         dis mareschaus, espoir lui dixime, et li aultre petit à
         petit le sievoient. Si s’arresta devant la barrière, car
         toutdis y avoit gens qui le gardoient, et dist: «Harou,
         bonnes gens de Mantes, ouvrés vos [portes et
     30  nous laissez entrer dedens[408]] et nous recueilliés; car
   [103] veci ces mourdreours et pillars de Roleboise qui nous
         encaucent et nous ont desconfis par grant mesaventure.»
         --«Qui estes vous, sire?» dient cil qui là estoient
         et qui la barrière et le porte gardoient.--«Signeur,
      5  je sui Boucicaus, mareschaus de France, que li
         dus de Normendie envoioit devant Roleboise, mais
         il m’en est trop mal pris; car li larron de dedens
         m’ont ja desconfi, et me couvient fuir, voelle ou non,
         et me prenderont à mains et ce que j’ai de remanant
     10  de gens, se vous ne nous ouvrés le porte bien
         tost.» Cil de Mantes respondirent, qui cuidièrent
         bien que il leur desist verité: «Sire, nous savons
         bien voirement que cil de Roleboise sont nostre ennemi
         et li vostre ossi, et n’ont cure à qui il aient la
     15  guerre, et d’autre part que li dus de Normendie vos
         sires nous het pour le cause dou roy de Navare
         nostre signeur: si sommes en grant doubte que nous
         ne soions deceu par vous qui estes mareschaus de
         France.»--«Par ma foy, signeur, dist il, nennil;
     20  je ne sui ci venus en aultre entente que pour grever,
         comment qu’il m’en soit mal pris, la garnison de
         Roleboise.»

             [408] Ms. A 8, fº 242 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 178 vº
             (lacune).

         A ces parolles, ouvrirent cil de Mantes leur barrière
         et leur porte, et laissièrent ens passer monsigneur
     25  Boucicau et se route, et toutdis venoient
         gens petit à petit. Entre les darrainiers des gens
         monsigneur Boucicau et les gens monsigneur Bertran,
         n’eurent cil de Mantes nul loisir de refremer
         leur porte; car quoique messires Boucicaus et li plus
     30  grant partie de ses gens se traissent tantost à hostel
         et se desarmèrent pour mieuls apaisier chiaus de le
         ville, li darrainnier qui estoient Breton, se saisirent
   [104] des barrières et de le porte. Et n’en furent mies mestre
         cil de le ville, car tantos messires Bertrans et se
         route vinrent les grans galos, qui estoient mis en
         embusche, et entrèrent en le ville, et escriièrent:
      5  «Saint Yve! Claiekin! A le mort, à le mort tous Navarois!»
         Dont entrèrent cil Breton par ces hostels;
         si pillièrent et robèrent tout ce qu’il trouvèrent, et
         prisent des bourgois desquels qu’il veurent pour leurs
         prisonniers, et en tuèrent ossi assés.

     10  Et tantos incontinent qu’il furent entré en Mantes,
         ensi com vous oés recorder, une route de Bretons se
         partirent et ferirent chevaus des esporons et ne cessèrent
         si vinrent à Meulent une liewe par delà et entrèrent
         en le ville assés soubtievement; car il disent que
     15  c’estoient gens d’armes que messires Guillaumes de
         Gauville, chapitainne d’Evrues, envoioit là, et que
         otant ou plus en estoient demoret à Mantes. Cil de
         Meulent cuidièrent proprement que il deissent verité,
         pour tant qu’il estoient venu le chemin de Mantes et
     20  ne pooient venir aultre voie que par là ne avoir
         passé le Sainne fors au pont à Mantes. Si les crurent
         legierement et ouvrirent leurs barrières et leurs portes
         et misent en leur ville ces Bretons qui tantost se
         saisirent des portes et escriièrent: «Saint Yve! Claikin!»
     25  Et commencièrent à occire et à decoper ces
         gens qui furent tout esperdu et prisent à fuir et à
         yaus sauver, cescuns qui mieuls mieulz, quant il se
         veirent ensi deceu et trahi et n’eurent nul pooir
         d’yaus recouvrer ne sauver.

     30  Ensi furent Mantes et Meulent prises, dont li dus
         de Normendie fu moult joians, quant il en sceut les
         nouvelles, et li rois de Navare moult courouciés,
   [105] quant il en sceut la verité. Si mist tantost gardes et
         chapitainnes especiaulz partout ses villes et ses chastiaus,
         et tint à trop grant damage le perte de Mantes
         et Meulent, car ce li estoit par là une trop belle
      5  entrée en France.


         § 512. En celle propre sepmainne arriva li captaus
         de Beus ou havene de Chierebourch, à bien quatre
         cens hommes d’armes. Se li fist li rois de Navare
         grant feste, et le recueilla moult doucement, et li
     10  remoustra, en lui complaindant dou duch de Normendie,
         comment on li avoit pris et emblé ses villes,
         Mantes et Meulent, et se mettoient encores en painne
         tous les jours li François de tollir le demorant. Li
         captaus li dist: «Monsigneur, se il plaist à Dieu,
     15  nous irons au devant et esploiterons telement que
         vous les rarés, et encores des aultres. On dist que li
         rois de France est mors en Engleterre: si verra on
         pluiseurs nouvelletés avenir en France temprement,
         parmi ce que nous y renderons painne.» De la venue
     20  du captal de Beus fu li rois de Navare tous reconfortés,
         et dist que il le feroit temprement chevaucier
         en France. Si manda li dis rois gens de toutes pars,
         là où il les pooit avoir. Adonc estoit en Normendie,
         sus le marine, uns chevaliers d’Engleterre qui autrefois
     25  se estoit armés pour le roy de Navare, et estoit
         apers homs d’armes durement, et l’appelloit on monsigneur
         Jehan Jeuiel: cils avoit toutdis de se route
         deux cens ou trois cens combatans. Li rois de Navare
         escrisi devers lui et le pria que il le volsist venir servir
     30  à ce que il avoit de gens, et il li remeriroit grandement.
         Messires Jehans Jeuiaus descendi à le priière
   [106] dou roy de Navare et vint devers lui tost et apertement,
         et se mist dou tout en son service.

         Bien savoit et estoit enfourmés li dus de Normendie
         que li rois de Navare faisoit son amas de gens
      5  d’armes et que li captaus de Beus en seroit chiés et
         gouvrenères. Si se pourvei selonc ce et escrisi devers
         monsigneur Bertran de Claiekin qui se tenoit à
         Mantes, et li manda que il et si Breton fesissent frontière
         contre les Navarois et se mesissent as camps,
     10  et il li envoieroit gens assés pour combatre le poissance
         dou roy de Navare. Et ordonna encores li dis
         dus de Normendie à demorer monsigneur Boucicau
         en le ville de Mantes, et de garder là le frontière et
         Mantes et Meulent, pour les Navarois. Tout ensi fu
     15  fait comme li dus ordonna. Si se parti messires Bertrans
         à tout ses Bretons et se mist sus les camps par
         devers Vernon. En briefs jours, envoia li dus de Normendie
         devers lui grans gens d’armes en pluiseurs
         routes, le conte d’Auçoirre, le visconte de Byaumont,
     20  le signeur de Biaugeu, monsigneur Loeis de Chalon,
         monsigneur l’Arceprestre, le mestre des arbalestriers
         et pluiseurs bons chevaliers et escuiers. Encores estoient
         en ce temps issu de Gascongne et venu en
         France, pour servir le duch de Normendie, li sires
     25  de Labreth, messires Aymenions de Pumiers, messires
         Petitons de Courton, messires li soudis de Lestrade
         et pluiseur aultre appert chevalier et escuier:
         de quoi li dis dus de Normendie leur savoit grant
         gret, et leur donna tantos grans gages et grans pourfis,
     30  et leur pria que il volsissent aler et chevaucier
         en Normendie contre ses ennemis. Li dessus nommet,
         qui ne desiroient ne demandoient aultre cose
   [107] que les armes, obeirent volentiers et se misent en
         arroi et en ordenance et vuidièrent de Paris, et
         chevaucièrent devers Normendie, excepté le corps dou
         signeur de Labreth. Cilz demora à Paris dalés le
      5  duch, mès ses gens alèrent en celle chevaucie.

         En ce temps, issi des frontières de Bretagne, des
         basses marces devers Alençon, uns chevaliers bretons
         françois qui s’appelloit messires Braimons de Laval,
         et vint sus une ajournée courir devant le cité d’Evrues;
     10  si avoit en se compagnie bien quarante lances,
         tous Bretons. A ce donc estoit dedens Evrues uns
         jones chevaliers qui s’appelloit messires Guis de
         Gauville. Sitost qu’il entendi l’effroi de chiaus d’Evrues,
         il se courut armer et fist armer tous les compagnons
     15  saudoiiers qui laiens ou chastiel estoient, et
         puis montèrent sus leurs chevaus et vuidièrent par
         une porte desous le chastiel et se misent as camps.
         Messires Braimons avoit ja fait se emprise et se
         moustre et s’en retournoit tout le pas. Evous venu
     20  monsigneur Gui de Gauville, monté sus fleur de
         coursier, le targe au col et le glave ou poing, et escrie
         tout en hault: «Braimon, Braimon, vous n’en
         irés pas ensi, il vous fault parler à chiaus d’Evrues:
         vous les estes venus veoir de si priès qu’il vous voelent
     25  aprendre à cognoistre.»

         Quant messires Braimons se oy escrier, si retourna
         son coursier et abaissa son glave, et s’adreça droitement
         dessus monsigneur Gui. Cil doi chevalier se consievirent
         de grant ravine telement sus les targes, que
     30  les glaves volèrent en tronçons; mès il se tinrent si
         francement que onques ne se partirent des arçons, et
         passèrent oultre. Au retour qu’il fisent, il sacièrent leurs
   [108] espées, et tantost s’entremellèrent leurs gens. De premières
         venues, il en y eut tamaint reversé, d’une part
         et d’aultre. Là eut bon puigneis, et se acquittèrent
         li Breton moult loyaument, et se combattirent vassaument;
      5  mès finablement il ne peurent obtenir le
         place, ançois les couvint demorer, car gens croissoient
         toutdis sus yaus. Et furent tout mort ou pris;
         onques nuls n’en escapa, et prist messires Guis de
         Gauville monsigneur Braimon de Laval, et l’enmena
     10  comme son prisonnier dedens le chastiel d’Evrues,
         [et ossi y furent menés tous les aultres qui pris estoient.
         Ensi eschei de ceste aventure, dont messires
         Guis fu durement prisiés et amés dou roy de Navare
         et de tous ceux de la ville d’Evrues[409].]


     15  § 513. Auques en ce temps, retourna en France li
         rois de Cipre qui revenoit d’Aquitainne, et s’en vint
         droitement à Paris et se traist devers le regent le duc
         de Normendie. A ce donc estoient dalés lui si doi
         frère, li dus d’Ango et messires Phelippes, qui puis fu
     20  dus de Bourgongne, et attendoient le corps dou roy
         leur père, que on raportoit d’Engleterre. Si leur aida
         à complaindre li dis rois de Cipre leur duel, et il
         meismes prist en grant desplaisance ceste mort dou
         roy de France, pour le cause de ce que ses voiages
     25  en estoit arrierés, et s’en vesti de noir. Or vint li
         jours que li corps dou dit roy de France, qui estoit
         embausumés et mis en un sarcu, approça Paris, lequel
         corps messires Jehans d’Artois, li contes de
         Dammartin et li grans prieus de France raconduisoient.

   [109] Si vuidièrent de Paris li dus de Normendie et
         si frère et li rois de Cipre et la grigneur partie dou
         clergiet de Paris, et alèrent tout à piet oultre Saint
         Denis en France; et là fu il aportés et ensepelis en
      5  grant solennité. Et canta li arcevesques de Sens la
         messe le jour de son obsèque.

             [409] Ms. B 4, fº 244 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 180 vº
             (lacune).

         Apriès le service fait et le disner qui fu moult grans
         et moult nobles, li signeur et li prelat retournèrent
         tout à Paris. Si eurent parlement et conseil ensamble
     10  à savoir comment il se maintenroient, car li royaumes
         ne pooit longement estre sans roy. Si fu consilliet
         par l’avis des prelas et des nobles que on se trairoit
         devers le cité de Rains, pour couronner à roy
         monsigneur Charle, duch de Normendie. Lors fist
     15  on appareillier moult grandes pourveances par tout
         ensi que li nouviaus rois devoit aler, passer et demorer,
         et par especial en le cité de Rains. Si en escrisi
         cilz qui s’appelloit encores dus de Normendie
         à son oncle, monsigneur Wincelart, duc de Braibant
     20  et de Lussembourc, et ossi au conte de Flandres,
         en priant que il volsissent estre à son couronnement.
         Et estoit li jours assignés au jour de le Trinité
         proçain venant.

         Entrues que ces besongnes, ces pourveances et cil
     25  signeur s’ordonnoient, s’approçoient ossi li François et
         li Navarois en Normendie. Et ja estoit venus en le cité
         de Evrues li captaus de Beus, qui là faisoit son amas
         et sen assamblée de gens d’armes et de compagnons
         tout partout où il les pooit avoir. Si parlerons de lui
     30  et de monsigneur Bertran de Claiekin, et d’une belle
         journée de bataille qu’il eurent le joedi devant le
         Trinité, que li dus de Normendie devoit estre couronnés
   [110] et consacrés à roy de France, ensi qu’il fu en
         l’eglise cathedral de Rains.


         § 514. Quant messires Jehans de Graili, dis et
         nommés captaus de Beus, eut fait son amas et sen
      5  assamblée, en le cité de Evrues, de gens d’armes,
         d’arciers et de brigans, il ordonna ses besongnes et
         laissa en le ditte cité chapitainne, un chevalier qui
         s’appelloit messires Legiers d’Orgesi, et envoia à Konces
         monsigneur Gui de Gauville, pour faire frontière
     10  sus le pays, et puis se parti de Evrues à tout ses gens
         d’armes et ses arciers, car il entendi que li François
         chevauçoient, mais il ne savoit quel part. Si se mist
         as camps, en grant desir que d’yaus combatre; si
         nombra ses gens et se trouva sept cens lances, trois
     15  cens arciers et bien cinq cens aultres hommes aidables.
         Là estoient dalés lui pluiseur bon chevalier et
         escuier, et par especial uns banerès dou royaume de
         Navare, qui s’appelloit li sires de Saus; et li plus
         grans après et li plus apers et qui tenoit le plus
     20  grande route de gens d’armes et d’arciers, c’estoit uns
         chevaliers d’Engleterre, qui s’appelloit messires Jehans
         Jeuiel. Si y estoient messires Pierres de Sakenville,
         messires Guillaumes de Gauville, messires
         Bertrans dou Franc, le bascle de Maruel et pluiseur
     25  aultre, tout en grant volenté d’encontrer monsigneur
         Bertran et ses gens et de combatre. Si tiroient à venir
         devers Pasci et le Pont de l’Arce; car bien pensoient
         que li François passeraient là le rivière de Sainne,
         voires se il ne l’avoient ja passé.

     30  Or avint que, droitement le merkedi de le Pentecouste,
         si com li captaus et se route chevauçoient au
   [111] dehors d’un bois, il encontrèrent d’aventure un hiraut
         qui s’appelloit le Roy Faucon, et estoit cilz au
         matin partis de l’ost des François. Si tretost que li
         captaus de Beus le vei, bien le recongneut et li fist
      5  grant cière, car il estoit hiraus au roy d’Engleterre,
         et li demanda dont il venoit et se il savoit nulles nouvelles
         des François. «En nom Dieu, monsigneur,
         dist il, oïl: je me parti hui matin d’yaus et de leur
         route, et vous quièrent ossi et ont grant desir de
     10  vous trouver.»--«Et quel part sont il? ce dist li
         captaus; sont il deçà le Pont de l’Arce ou delà?»--«En
         nom Dieu, dist Faucons, sire, il ont passé le
         Pont de l’Arce et Vrenon, et sont maintenant, je
         croi, assés priès de Pasci.»--«Et quelz gens sont
     15  il, dist li captaus, et quelz capitainnes ont il? Di le
         moi, je t’en pri, doulz Faucon.»--«En nom Dieu,
         sire, il sont bien mil et cinq cens combatans et toutes
         bonnes gens d’armes. Si y sont messires Betran
         de Claiekin, qui a le plus grant route de Bretons, li
     20  contes d’Auçoirre, li viscontes de Byaumont, messires
         Loeis de Chalon, li sires de Biaugeu, monsigneur
         le mestre des arbalestriers, monsigneur l’Arceprestre,
         messires Oudars de Renti. Et si y sont
         de Gascongne, vostre pays, les gens le signeur de
     25  Labreth, messires Petiton de Courton et messires
         Perducas de Labreth; si y est messires Aymenions de
         Pumiers et messires li soudis de Lestrade.»

         Quant li captaus oy nommer les Gascons, si fu durement
         esmervilliés, et rougia tous de felonnie, et
     30  replika sa parolle en disant: «Faucon, Faucon, es[t]
         ce à bonne verité ce que tu dis que cil chevalier de
         Gascongne, que tu nommes, sont là, et les gens le
   [112] signeur de Labreth?»--«Sire, dist li hiraus, par
         ma foi, oïl.»--«Et où est li sires de Labreth? dist li
         captaus.»--«En nom Dieu, sire, respondi Faucons,
         il est à Paris dalés le regent le duch de Normendie,
      5  qui s’appareille fort pour aler à Rains, car
         on dist ensi partout communement que dimence qui
         vient, il s’i fera sacrer et couronner.» Adonc mist li
         captaus sa main à sa tieste, et dist ensi que par mautalent:
         «Par le cap saint Antone, Gascon contre
     10  Gascon s’esprouveront.»

         Adonc parla li Rois Faucons pour Prie, un hiraut
         que li Arceprestres envoioit là, et dist au captal:
         «Monsigneur, assés priès de ci m’attent uns hiraus
         françois que li Arceprestres envoie devers vous, liquels
     15  Arceprestres, à ce que j’entens par le hiraut,
         parleroit à vous volentiers.» Dont respondi li captaus
         et dist à Faucon: «Faucon, dittes à ce hiraut
         françois qu’il n’a que faire plus avant, et qu’il die à
         l’Arceprestre que je ne voeil nul parlement à lui.»
     20  Adonc s’avança messires Jehans Jeuiel, et dist: «Sire,
         pourquoi? Espoir est ce pour nostre proufit.» Dont
         dist li captaus: «Jehan, Jehan, non est; mès est li
         Arceprestres si grans baretères, que, se il venoit jusques
         à nous, en nous comptant gengles et bourdes,
     25  il aviseroit et imaginerait nostre force et nos gens:
         si nous poroit tourner à grant contraire. Si n’ai cure
         de ses parlemens.» Adonc retourna li Rois Faucons
         devers Prie son compagnon qui l’attendoit au coron
         d’une haie, et escusa monsigneur le captal bien et
     30  sagement, tant que li hiraus en fu tous contens, et
         raporta arrière à l’Arceprestre tout ce que Faucons li
         avoit dit.


   [113] § 515. Ensi eurent li François et li Navarois cognissance
         li uns de l’autre, par le raport des deux
         hiraus; si se consillièrent et avisèrent sur ce et se
         radrecièrent ensi que pour trouver l’un l’autre. Quant
      5  li captaus eut oy dire à Faucon quel nombre de gens
         d’armes li François estoient et qu’il estoient bien
         quinze cens, il envoia tantost certains messages en le
         cité d’Evrues, devers le chapitainne, en lui segnefiant
         que il fesist vuidier et partir toutes manières de jones
     10  compagnons armerés dont on se pooit aidier, et
         traire devers Cocheriel; car il pensoit bien que là en
         cel endroit trouveroit il les François, et sans faute,
         quel part qu’il les trouvast, il les combateroit. Quant
         ces nouvelles vinrent en le cité d’Evrues à monsigneur
     15  Legier d’Orgesi, il le fist criier et publiier, et
         commanda estroitement que tout cil qui à ceval
         estoient, incontinent se traissent devers le captal. Si
         en partirent de recief plus de six vingt, tous jones
         compagnons, de le nation de le ville.

     20  Ce merkedi, se loga à heure de nonne li captaus sus
         une montagne, et ses gens tout environ; et li François
         qui les desiroient à trouver, chevaucièrent avant
         et tant qu’il vinrent sus une rivière que on claime ou
         pays Yton, et keurt autour devers Evrues et nest de
     25  bien priès de Konces; si se logièrent ce merkedi tout
         aisiement, à heure de relevée, ens uns biaus prés tout
         dou lonch ceste rivière.

         Le joedi au matin, se deslogièrent li Navarois, et
         envoiièrent leurs coureurs devant, pour savoir se il
     30  oroient nulles nouvelles des François; et li François
         envoiièrent ossi les leurs, pour savoir se il oroient
         nulles telles nouvelles des Navarois. Si en raportèrent
   [114] cescuns à se partie, en mains d’espasse que de deux
         liewes, certainnes nouvelles; et chevauçoient li Navarois,
         ensi que Faucons les menoit, droit à l’adrèce,
         le chemin qu’il estoit venus. Si vinrent environ heure
      5  de prime sus les plains de Coceriel, et veirent les
         François devant yaus, qui ja ordonnoient leurs batailles,
         et y avoit grant fuison de banières et de pennons,
         et estoient par samblant plus tant et demi qu’il
         ne fuissent.

     10  Si se arrestèrent li dit Navarois tout quoi au dehors
         d’un petit bos qui là siet, et puis se traisent avant les
         chapitainnes et se misent en ordenance. Premierement,
         il fisent trois batailles bien et faiticement tout
         à piet, et envoiièrent leurs chevaus, leurs males et
     15  leurs garçons en ce petit bois qui estoit dalés yaus, et
         establirent monsigneur Jehan Jeuiel en le première
         bataille, et li ordonnèrent tous les Englès, hommes
         d’armes et arciers. La seconde eut li captaus, et
         pooient estre en se bataille environ quatre cens
     20  combatans, uns c’autres. Si estoient dalés le captal li
         sires de Saus en Navare, uns jones chevaliers, et se
         banière, et messires Guillaumes de Gauville et messires
         Pierres de Sakenville. La tierce eurent troi
         aultre chevalier, messires li bascles de Marueil, messires
     25  Bertrans dou Franc et messires Sanses Lopins,
         et estoient ossi environ quatre cens armeures de fier.

         Quant il eurent ordonné leurs batailles, il ne s’eslongièrent
         point trop lonch l’un de l’autre, et prisent
         l’avantage d’une montagne qui estoit à le droite
     30  main entre le bois et yaus, et se rengièrent tout de
         front sus celle montagne par devant leurs ennemis.
         Et misent encores, par grant avis, le pennon dou
   [115] captal en un fort buisson espinerés, et ordonnèrent
         là autour soissante armeures de fier pour le garder
         et deffendre. Et le fisent par manière d’estandart
         pour yaus ralloiier, se par force d’armes il estoient
      5  espars; et ordonnèrent encores que point ne se devoient
         partir ne descendre de le montagne pour cose
         qui avenist, mès, se on les voloit combatre, on les
         alast là querre.


         § 516. Tout ensi ordonné et rengié se tenoient
     10  Navarois et Englès, d’un costé, sus le montagne que
         je vous di. Entrues ordonnoient li François leurs batailles,
         et en fisent trois et une arrière garde. La
         première eut messires Bertrans de Claiekin à tout les
         Bretons, et fu ordonnés pour assambler à le bataille
     15  dou captal. La seconde [eut li contes d’Auçoirre: si
         estoient avecques lui gouverneurs de celle bataille[410]] li
         viscontes de Byaumont et messires Bauduins d’Anekins,
         mestres des arbalestriers, et eurent avoech yaus
         les François, les Normans et les Pikars, monsigneur
     20  Oudart de Renti, monsigneur Engherant d’Uedin,
         monsigneur Loeis de Haveskierkes et pluiseurs aultres
         bons chevaliers et escuiers. La tierce eut li Arceprestres
         et les Bourghegnons avoech lui, monsigneur
         Loeis de Chalon, le signeur de Biaugeu, monsigneur
     25  Jehan de Viane, monsigneur Gui de Frelai, monsigneur
         Hughe de Viane et pluiseurs aultres; et devoit
         assambler ceste bataille au bascle de Marueil et à se
         route. Et l’autre bataille qui estoit pour arrière garde,
   [116] estoit toute purainne de Gascons, desquelz messires
         Aymenions de Pumiers, messires li soudis de Lestrade,
         messires Perducas de Labreth et messires Petiton
         de Courton furent souverain et meneur.

             [410] Ms. A 8, fº 245 vº.--Mss. B: «eurent li contes
             d’Auçoirre et li viscontes de Byaumont et messires
             Bauduins d’Anekins.» Ms. B 1, fº 183.

      5  Or eurent là cil chevalier gascon un grant avis; il
         imaginèrent tantost l’ordenance dou captal et comment
         cil de son lés avoient mis et assis son pennon sus
         un buisson, et le gardoient aucun des leurs, car il en
         voloient faire leur estandart. Si disent ensi: «Il est de
     10  necessité que, quant nos batailles seront assamblées,
         nous nos traions de fait et adreçons de grant volenté
         droit au pennon le captal, et nous mettons en painne
         dou conquerre; se nous le poons avoir, nostre ennemi
         en perderont moult de leur force et seront en
     15  peril de estre desconfi.» Encores avisèrent cil dit
         Gascon une aultre ordenance qui leur fu moult pourfitable
         et qui leur parfist leur journée.


         § 517. Assés tost apriès que li François eurent ordonnées
         leurs batailles, li chief des signeurs se misent
     20  ensamble et consillièrent [un grant temps[411]] comment il
         se maintenroient; car il veoient leurs ennemis grandement
         sus leur avantage. Là disent li Gascon dessus
         nommet une parolle qui fu volentiers oye: «Signeur,
         nous savons bien que ou captal a un ossi preu et seur
     25  chevalier et conforté de ses besongnes que on trouveroit
         aujourd’ui en toutes terres, et tant comme il
         sera sus le place et pora entendre au combatre, il
         nous portera trop grant damage; si ordonnons que
         nous mettons as chevaux trente des nostres, tous
   [117] des plus appers et plus hardis par avis, et cil trente
         n’entendent à aultre cose fors yaus adrecier devers
         le captal. Et entrues que nous entenderons à conquerre
         son pennon, il se metteront en painne, par
      5  le force de leurs coursiers et de leurs bras, à desrompre
         le priesse et de venir jusques au dit captal; et de
         fait [il prenderont le captal[412]] et tourseront et
         l’emporteront entre yaus, et [menront[413]] à sauveté où que
         soit, et ja n’i attenderont fin de bataille. Nous disons
     10  ensi que, se il [puet[414]] estre pris ne retenus par celle
         voie, la journée sera nostre, tant fort seront ses gens
         esbahi de sa prise.»

             [411] Ms. B 4, fº 246 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 183 (lacune).

             [412] Ms. A 3, fº 246.--Ms. B 1, t. II, fº 183 vº: «il le
             prenderont.»

             [413] Ms. A 8.--Ms. B 1: «l’emporteront.»

             [414] Ms. B 4, fº 246 vº.--Ms. B 1: «poent.»

         Li chevalier de France et de Bretagne, qui là estoient,
         acordèrent ce conseil legierement et disent
     15  que c’estoit uns bons avis et que ensi seroit fait. Si
         triièrent et eslisirent tantost, entre leurs batailles,
         trente hommes d’armes des plus hardis et plus entreprendans
         par avis, qui fuissent en leurs routes,
         et furent monté cil trente cescun sus bons coursiers,
     20  les plus legiers et plus rades qui fuissent sus le place,
         et se traisent d’un lés sus les camps, avisé et enfourmé
         quel cose il devoient faire, et li aultre demorèrent
         tout à piet sus les camps en [leur[415]] ordenance, ensi
         qu’il [devoient[416]] estre.

             [415] Ms. B 4.--Ms. B 1: «se.»

             [416] Ms. A 8, fº 246 vº.--Ms. B 1: «le devoit.»


     25  § 518. Quant cil signeur de France eurent ordonné
         à leur avis leurs batailles, et que cescuns savoit quel
   [118] cose il devoit faire, il regardèrent entre yaus et
         pourparlèrent longement quel cri pour le journée il crieroient,
         et à laquèle banière [ou pennon[417]] il se retrairoient.
         Si furent grant temps sus un estat que de
      5  criier: «Nostre Dame! Auçoirre!» et de faire pour
         ce jour leur souverain dou conte d’Auçoirre. Mais li
         dis contes ne s’i volt onques acorder, ançois s’escusa
         moult bellement, en disant: «Signeur, grant mercis
         de l’onneur que vous me portés et volés faire; mais
     10  tant comme à present je ne voeil pas ceste, car je
         sui encores trop jones pour encargier si grant fais et
         tèle honneur, et s’est la première journée arrestée où
         je fui onques: pour quoi vous prenderés un aultre de
         moi. Ci sont pluiseur bon chevalier, monsigneur
     15  Bertran [de Claquin[418]], monsigneur l’Arceprestre,
         monsigneur le Mestre[419], monsigneur Loeis de Chalon
         monsigneur Aymenion de Pumiers, monsigneur Oudart
         de Renti, qui ont esté en pluiseurs grosses besongnes
         et journées arrestées, et scèvent mieulz comment
     20  telz besongnes se doivent gouvrener que je ne
         face: si m’en deportés, et je vous en pri.»

             [417] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

             [418] Ms. B 3, fº 259 vº.--Ms. B 1 (lacune).

             [419] Ms. A 17, fº 311: «Baudouin d’Annequins.» Baudouin
             d’Annequin était maître des arbalétriers.

         Adonc regardèrent tout li chevalier qui là estoient
         l’un l’autre, et li disent: «Contes d’Auçoirre, vous
         estes li plus grans de mise, de terre et de linage qui
     25  ci soit; si poés bien et de droit estre nos chiés.»--«Certes,
         signeur, respondi il, vous dittes vostre
         courtoisie: je serai aujourd’ui vos compains, et
         morrai et viverai et attenderai l’aventure dalés vous;
   [119] mès de souverainneté n’i voeil je point avoir.» Adonc
         regardèrent il l’un par l’autre lequel donc il ordonneroient.
         Si y fu avisés et regardés pour le milleur
         chevalier de toute le place, et qui plus s’estoit combatus
      5  de le main et qui mieulz savoit ossi comment
         telz coses se devoient maintenir, messires Bertrans
         de Claiekin. Si fu ordonné de commun acord que
         on crieroit: «Nostre Dame! Claiekin!» et que on
         s’ordonneroit celle journée dou tout par le dit monsigneur
     10  Bertran.

         Toutes ces coses faites et establies, et cescuns
         sires desous se banière ou sen pennon, il regardoient
         leurs ennemis qui estoient sus le tierne, et point ne
         partoient de leur fort, car il ne l’avoient mies en
     15  conseil ne en volenté: dont moult anoioit as François,
         pour tant que [il les veoient grandement en
         leur avantage, et aussi que[420]] li solaus commençoit
         hault à monter, qui leur estoit uns grans contraires;
         car il faisoit malement chaut. Si le ressongnoient
     20  tout li plus seur; car encor estoient il tout enjun et
         n’avoient toursé ne porté vin ne vitaille avoech
         yaus, qui riens leur vausist, fors aucuns signeurs qui
         avoient petis flaconciaus plains de vin, qui tantost
         furent vuidiet. Et point ne s’estoient de ce pourveu ne
     25  avisé dou matin, pour ce que il se cuidoient tantost
         combatre que il seroient là venu et sans arrest. Et
         non fisent, ensi que il apparu; mès les detriièrent li
         Englès et li Navarois par soutilleté ce qu’il peurent,
         et fu plus de remontière ançois que il se mesissent
     30  ensamble pour combatre.

             [420] Ms. B 4, fº 247.--Ms. B 1, t. II, fº 184 (lacune).

   [120] Quant li signeur de France en veirent le couvenant,
         il se remisent ensamble par manière de conseil,
         à savoir comment il se maintenroient et se on
         les iroit combatre ou non. A ce conseil n’estoient il
      5  mies bien d’acort, car li aucun voloient que on les
         alast requerre et combatre, comment qu’il fust, et
         que c’estoit grans blasmes pour yaus, quant tant y
         mettoient. Là debatoient li aucun mieulz avisé ce
         conseil, et disoient que, se on les aloit combatre
     10  ens ou parti où il estoient et ensi aresté sus leur
         avantage, on se metteroit en très grant peril; car
         des cinq il aroient les trois. Finablement, il ne pooient
         estre d’acort que [de[421]] yaus aler combatre. Bien
         veoient et consideroient li Navarois le manière d’yaus,
     15  et disoient: «V[e]és les ci: il venront tantost à nous
         pour nous combatre; il en sont en grant frefel et
         grant volenté.»

             [421] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

         Là avoit aucuns chevaliers et escuiers normans, prisonniers
         entre les Englès et Navarois, qui estoient recrus
     20  sus leurs fois; et les laissoient paisieulement lor
         mestre aler et chevaucier, pour tant qu’il ne se pooient
         armer, deviers les François. Se disoient cil as signeurs
         de France: «Signeur, avisés vous, car, se la journée
         d’ui se depart sans bataille, nostre ennemi seront demain
     25  trop grandement reconforté; car on dist entre
         yaus que messires Loeis de Navare y doit venir à bien
         trois cens lances.» Siques ces parolles enclinoient
         grandement les chevaliers et les escuiers de France à
         combatre, comment qu’il fust, les Navarois. Et en
     30  furent tout appareillié et ahati par trois ou par quatre
   [121] fois; mès toutdis vaincoient li plus sage et disoient:
         «Signeur, attendons encores un petit et veons comment
         il se maintenront; car il sont bien si grant et
         si presumptueus que il nous desirent otant à combatre,
      5  que nous faisons eulz.»

         Là en y avoit pluiseur durement foulés et malmenés,
         pour le grant caleur que il faisoit, car il estoit
         sus l’eure de nonne; si avoient juné toute la matinée,
         et estoient armé et feru dou soleil parmi leurs
     10  armeures qui estoient escaufées. Si disoient bien cil:
         «Se nous nos alons combatre ne lasser contre celle
         montagne, ou parti où nous sommes, nous serons
         perdu d’avantage; mès retreons nous meshui en
         nostres logeis, et de matin arons nous aultre conseil.»
     15  Ensi estoient il en diverses opinions.


         § 519. Quant li chevalier de France, qui ces gens
         avoient sus leur honneur à conduire et à gouvrener,
         veirent que li Navarois et li Englès d’une sorte ne
         partiroient point de leur fort, et que il estoit [ja[422]] haute
     20  nonne, et si ooient les parolles que li prisonnier
         françois qui venoient de l’ost des Navarois, leur disoient,
         et si veoient le grigneur partie de leurs gens
         durement foulé et travilliet pour le chaut, si leur
         tournoit à grant desplaisance. Si se remisent ensamble
     25  et eurent aultre conseil, par l’avis de monsigneur
         Bertran de Claiekin, qui estoit leurs chiés et à qui il
         obeissoient. «Signeur, dist il, nous veons que nostre
         ennemi nous detrient à combatre, et si en sont en
         grant volenté, si com je l’espoir; mès point ne
   [122] descenderont de leur fort, se ce ne n’est par un parti
         que je vous dirai. Nous ferons samblant de nous retraire
         et de non combatre meshui, ossi sont nos gens
         durement foulé et travilliet pour le chaut; et ferons
      5  tous nos varlès, nos harnois et nos chevaus passer
         tout bellement et ordonneement outre ce pont et
         l’aigue et retraire à nos logeis, et toutdis nous tenrons
         sus èle et entre nos batailles en agait, pour veoir
         comment il se maintenront. Se il nous desirent à
     10  combatre, il descenderont de leur montagne et nous
         venront requerre tout au plain. Tantost que nous
         verons leur couvenant, se il le font ensi, nous serons
         tout appareillié de retourner sus yaus, et ensi les
         arons nous mieulz à nostre aise.» Cilz consaulz fu
     15  arestés de tous, et le tinrent pour le milleur entre yaus.
         Adonc se retraist cescuns sires entre ses gens et dessous
         se banière ou son pennon, ensi comme il devoit
         estre, et puis sonnèrent leurs trompètes et fisent
         grant samblant d’yaulz retraire; et commandèrent
     20  tout chevalier et escuier et gens d’armes, leurs varlès
         et garçons à passer le pont et mettre oultre le rivière
         leur harnas. Si en passèrent pluiseur en cel estat et
         priès ensi que tout, et depuis aucunes gens d’armes
         faintement.

             [422] Ms. B 4, fº 247 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 184 vº
             (lacune).

     25  Quant messires Jehans Jeuiel, qui estoit appers
         chevaliers et vighereus durement et qui avoit grant
         desir des François combatre, perçut le manière comment
         il se retraioient, si dist au captal: «Sire, sire,
         descendons apertement; ne veés vous le manière
     30  comment li François s’enfuient?» Dont respondi li
         captaus et dist: «Messire Jehan, messire Jehan, ne
         creés ja que si vaillant homme qu’il sont là, s’enfuient
   [123] ensi; il ne le font fors par malisse et pour nous
         attraire.» Adonc s’avança messires Jehans Jeuiaus,
         qui moult engrans estoit de combatre, et dist à ceulz
         de sa route, et en escriant: «Saint Jorge! Passés
      5  avant! Qui m’aime, se me siewe: je m’en vois combatre.»
         Dont se hasta il, son glave en son poing, par
         devant toutes les batailles, et estoit ja avalés jus
         de le montagne et une partie de ses gens, ançois
         que li captaus se meuist. Quant messires li captaus
     10  veit que c’estoit acertes et que Jehans Jeuiel
         s’en aloit combatre sans lui, se le tint à grant
         presumption, et dist à chiaus qui dalés lui estoient:
         «Alons, alons, descendons la montagne apertement;
         messires Jehans Jeuiaus ne se combatera point sans
     15  mi.» Dont s’avancièrent toutes les gens dou captal,
         et ils premierement, son glave en son poing.

         Quant li François qui estoient en agait, les veirent
         descendus et venus ou plain, si furent tout resjoy et
         disent entre yaus: «Veci che que nous demandions
     20  hui tout le jour.» Adonc retournèrent il tout à un fais,
         en grant volenté de recueillier leurs ennemis, et
         escriièrent d’une vois: «Nostre Dame! Claiekin!» Si
         drecièrent leurs banières devers les Navarois, et
         commencièrent les batailles à assambler de toutes pars,
     25  et tout à piet. Evous monsigneur Jehan Jeuiel tout
         devant, le glave ou poing, qui corageusement vint
         assambler à le bataille des Bretons, desquels messires
         Bertrans estoit chiés, et là fist tamainte grant apertise
         d’armes, car il fu hardis chevaliers malement. Dont
     30  s’espardirent ces batailles, cil chevalier et cil escuier
         sus ces plains, et commencièrent à lancier, à ferir et à
         fraper de toutes armeures, ensi que il les avoient à
   [124] main, et à entrer en l’un l’autre par vasselage, et yaus
         combatre de grant volenté. Là crioient li Englès et li
         Navarois d’un lés: «Saint Jorge! Navare!» et li
         François: «Nostre Dame! Claiekin!» Là furent moult
      5  bon chevalier, dou costet des François: premierement
         messires Bertrans de Claiekin, li jones contes d’Auçoirre,
         li viscontes de Byaumont, messires Bauduins
         d’Anekins, messires Loeis de Chalon, li jones sires de
         Biaugeu messires Anthones, qui là leva banière, messires
     10  Loeis de Haveskierke, messires Oudars de Renti,
         messires Engherans d’Uedins; et d’autre part, li Gascon,
         qui avoient leur bataille et qui se combatoient à
         par yaus: premierement messires Aymenions de Pumiers,
         messires Perducas de Labreth, messires li soudis
     15  de Lestrade, messires Petiton de Courton et pluiseur
         aultre, tout d’une sorte. Et s’adrecièrent cil
         Gascon à le bataille dou captal et des Gascons: ossi
         il avoient grant volenté d’yaus trouver. Là eut grant
         hustin et dur puigneis, et fait tamainte grant apertise
     20  d’armes.

         Et pour ce que en armes on ne doit point mentir
         à son loyal pooir, on me poroit demander que li
         Arceprestres, qui là estoit uns grans chapitains et
         qui tenoit grant route, estoit devenus, pour ce que
     25  je n’en fai nulle mention. Je vous en dirai le verité.
         Si tretost que li Arceprestres vei l’assamblement
         de le bataille et que on se combateroit, il se
         bouta hors des routes; mais il dist à ses gens et à
         celui qui portoit se banière: «Je vous ordonne et
     30  commande, sur quanques vous poés fourfaire envers
         moy, que vous demorés et attendés fin de journée.
         Je me pars sans retourner, car je ne me puis hui
   [125] combatre ne estre armés contre aucuns chevaliers
         qui sont par delà; et, se on vous demande de mi, si
         en respondés ensi à chiaus qui en parleront.» Adonc
         se parti il, et uns siens escuiers tant seulement, et rapassa
      5  le rivière et laissa les aultres couvenir. Onques
         François ne Breton ne s’en donnèrent garde, pour
         tant que il veoient ses gens et se banière jusques en
         le fin de le besongne, et le cuidoient dalés yaus. Or
         vous parlerons de le bataille, comment elle fu perseverée,
     10  et des grans apertises d’armes qui y furent faites
         celle journée, ensi que vous orés.


         § 520. Au commencement de le bataille, quant
         messires Jehans Jeuiel fu descendus, et toutes gens le
         sievirent dou plus priès qu’il peurent, et meismement
     15  li captaus et se route, et cuidièrent avoir le journée
         pour yaus; mès il en fu tout aultrement. Quant li
         Navarois veirent que li François estoient retournet
         par bonne ordenance, il conçurent tantost qu’il s’estoient
         fourfet. Nonpourquant, comme gens de grant
     20  emprise, il ne s’esbahirent de riens, mès eurent bien
         intention de tout recouvrer par bien combatre. Si
         reculèrent un petit et se remisent ensamble, et puis
         se ouvrirent et fisent voie à leurs arciers qui estoient
         derrière yaus, pour traire. Quant li arcier furent devant,
     25  si s’eslargirent et commencièrent à traire de
         grant manière; mès li François estoient si fort armé
         et si bien paveschié contre le tret, que onques il n’en
         furent grevé, se petit non, ne pour ce n’en laissièrent
         il point à combatre, mès entrèrent, et tout à piet, ens ès
     30  Navarois et Englès, et cil entre eulz de grant volenté.
         Là eut grant bouteis et lanceis des uns as aultres, et
   [126] tolloient à l’un l’autre, par force de bras et de luitier,
         leurs lances et leurs haces et les armeures dont
         il se combatoient; et se prendoient et fiançoient prisonniers
         li un l’autre, et se approçoient de si priès
      5  que il se combatoient main à main si vaillamment
         que nulles gens mieulz. Si poés bien croire que en
         tel presse et en tel peril il en y avoit des mors et des
         reversés grant fuison; car nulz ne s’espargnoit, d’un
         costet ne d’aultre. Et vous di que li François n’avoient
     10  que faire de dormir ne de reposer sus leur
         bride, car il avoient gens de grant fait et de hardie
         emprise à le main: si couvenoit çascun acquitter
         loyaument à son pooir et deffendre son corps, et
         garder son pas et prendre son avantage, quant il venoit
     15  à point; aultrement il euissent esté tout desconfi.
         Si vous di pour verité que li Breton et li
         Gascon y furent là très bonnes gens, et y fisent pluiseurs
         belles apertises d’armes.

         Or vous voeil je compter des trente qui estoient
     20  esleu pour yaus adrecier au captal, et [estoient[423]] trop
         bien monté sus fleurs de coursiers. Chil qui n’entendoient
         à aultre cose que à leur emprise, si com cargié
         en estoient, s’en vinrent tout serré là où li captaus se
         combatoit moult vaillamment d’une hace et donnoit
     25  les cops si grans que nulz ne l’osoit approcier, et
         rompirent le priesse par force de chevaus, et ossi
         [parmi[424]] l’ayde des Gascons qui leur fisent voie. Cil
         trente qui estoient trop bien monté, ensi que vous
         savés, et qui savoient quel cose il devoient faire, ne
   [127] veurent mies ressongnier le painne ne le peril; mès
         vinrent jusques au captal et l’environnèrent, et s’arrestèrent
         dou tout sur lui, et le prisent et embracièrent
         de fait entre yaus par force, et puis vuidièrent
      5  le place et l’emportèrent en cel estat. Et en ce lieu
         eut adonc grant abateis et dur puigneis, et se commencièrent
         toutes les batailles à converser de celle
         part, car les gens dou captal, qui sambloient bien
         foursené, crioient: «Rescousse au captal! Rescousse!»
     10  Nientmains, ce ne leur peut valoir ne aidier: li captaus
         en fu portés et ravis en le manière que je
         vous di, et mis à sauveté; de quoi, en l’eure que ce
         avint, on ne savoit encores de verité liquel en aroient
         le milleur.

             [423] Ms. B 3, fº 261 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 186 vº
             (lacune).

             [424] Ms. B 4, fº 248 vº.--Ms. B 1 (lacune).


     15  § 521. En ce toueil et en ce grant hustin et froisseis,
         et que Navarois et Englès entendoient à sievir le
         trace dou captal qu’il en veoient mener [et porter[425]]
         devant yaus, dont il sambloient tout foursené, messires
         Aymenions de Pumiers, messires Petiton de
     20  Courton, messires li soudis de Lestrade et les gens le
         signeur de Labreth, d’une sorte, entendirent de grant
         volenté à yaus adrecier au pennon le captal qui estoit
         en un buisson et dont li Navarois faisoient leur estandart.
         Là eut grant hustin et dur et forte bataille,
     25  car il estoit bien gardés et de bonnes gens, et par
         especial messires li bascles de Marueil et messires
         Joffrois de Rousseillon y estoient. Là eut fait tamainte
         grant apertise d’armes, mainte prise et mainte rescousse,
         et maint homme blecié et navré et reversé
   [128] par terre, qui onques depuis ne se relevèrent. Toutesfois,
         li Navarois, qui là estoient dalés ce buisson et
         le pennon dou captal, furent ouvert et reculé par
         force d’armes, et mors li bascles de Marueil et pluiseur
      5  aultre, et pris messires Joffrois de Rousseillon et
         fianchiés prisons de monsigneur Aymenion de Pumiers,
         et tout li aultre qui là estoient, mort ou pris
         ou reculé si avant qu’il n’en estoit là nulle nouvelle
         entours le buisson, quant li pennons dou dit captal
     10  fu pris et conquis et deschirés et rués par terre.

             [425] Ms. B 4.--Ms. B 1, t. II, fº 187 vº (lacune).

         Entrues que li Gascon entendoient à ce faire, li Pikart,
         li François, li Normant, li Breton et li Bourghegnon
         se combatoient d’autre part moult vaillamment. Et
         bien leur besongnoit, car li Navarois les avoient reculés,
     15  et [estoit demourez[426]] mort entre yaus, dou costé
         des François, li viscontes de Byaumont, dont ce fu
         damages; car il estoit à ce jour jones chevaliers et
         bien tailliés de valloir encores grant cose. Si l’avoient
         ses gens à grant meschief porté hors de le priesse
     20  ensus de le bataille, et là le gardoient. Je vous di,
         si com je oy depuis recorder ceulz qui y furent d’un
         costé et d’autre, que on n’avoit point veu la pareille
         bataille de celle, de otèle quantité de gens, estre ossi
         bien combatue comme celle fu; car il estoient tout à
     25  piet et main à main. Si s’entrelaçoient li un dedens
         l’autre, et s’esprouvoient au bien combatre de telz
         armeures qu’il portoient; et par especial de ces haces
         donnoient il si grans horions que tout s’estonnoient.
         Là furent navré et durement blecié messires Petitons
     30  de Courton et messires li soudis de Lestrade, et telement
   [129] que depuis, pour le journée, ne se peurent aidier.
         Messires Jehans Jeuiel, par qui la bataille commença
         et qui de premiers moult vassaument avoit
         assaillis et envaïs les François, y fist ce jour tamainte
      5  grant apertise d’armes, et ne daigna onques reculer, et
         se embati si avant qu’il fu durement bleciés et navrés
         en pluiseurs lieus ou corps et ou cief, et fu pris et
         fianciés prisons d’un escuier de Bretagne desous le
         banière monsigneur Bertran de Claiekin: adonc fu il
     10  portés hors de la presse. Li sires de Biaugeu, messires
         Loeis de Chalon, les gens de l’Arceprestre, avoech
         grant fuison de bons chevaliers et escuiers de Bourgongne,
         se combatoient d’autre part moult vaillamment
         et bien savoient à qui respondre; car une route
     15  de Navarois et les gens à monsigneur Jehan Jeuiel
         leur estoient au devant. Et vous di que li François
         ne l’avoient point d’avantage, car il trouvoient dures
         gens merveilleusement contre yaus. Messires Bertrans
         et si Breton se acquittèrent loyaument bien et
     20  se tinrent tousjours ensamble, en aidant l’un l’autre.
         Et ce qui desconfi les Navarois et Englès, ce
         fu la prise du captal, qui fu pris très le commencement,
         et le conquès de son pennon, où ses gens
         ne se peurent ralloiier. Li François obtinrent le
     25  place, mès il leur cousta grandement des leurs; et y
         furent mort, de leur costé, li viscontes de Byaumont,
         si com vous avés oy, messires Bauduins d’Anekins,
         mestres des arbalestriers, messires Loeis de Haveskierke
         et pluiseur aultre. Et des Navarois, mors uns
     30  banerès de Navare qui s’appelloit li sires de Saus, et
         grant fuison de ses gens dalés lui, et mors messires
         li bascles de Marueil, uns apers chevaliers durement,
   [130] si com dessus est dit, et ossi morut ce jour prisonniers
         messires Jehans Jeuiel. Si y furent pris messires
         Guillaumes de Gauville, messire Pierres de Sakenville,
         messires Joffrois de Roussellon, messires
      5  Bertrans dou Franch et pluiseur aultre: petit s’en
         sauvèrent que tout ne fuissent ou mort ou pris
         sus le place. Ceste bataille fu en Normendie assés
         priès de Coceriel, par un joedi, le [seizième[427]] jour
         de may, l’an de grasce mil trois cens soissante
     10  quatre.

             [426] Ms. A 8, fº 249.--Mss. B: «estoient demoret.»
             _Mauvaise leçon._

             [427] Ms. A 2.--Mss. B: «quatorzime.» Ms. B 1, t. II,
             fº 187 vº.


         § 522. Apriès ceste desconfiture, et que tout li
         mort estoient ja desvesti, et que cescuns entendoit à
         ses prisonniers, qui les avoit, ou à lui mettre à point,
         qui bleciés estoit, et que ja la grignour partie des
     15  François avoient rapasset le pont et le rivière et se
         retraioient à leurs logeis, tout foulé et tout lassé, furent
         il en aventure d’avoir aucun meschief, dont il
         ne se donnoient garde. Je vous dirai comment.

         Messires Guis de Gauville, filz à monsigneur Guillaume
     20  de Gauville, qui pris estoit sus le place, estoit
         partis de Konces, une garnison navaroise; car
         il avoit entendu que leurs gens se devoient combatre,
         ensi qu’il fisent; et durement s’estoit hastés pour
         estre à celle journée, ou à tout le mains il esperoit
     25  que à l’endemain on se combateroit. Si voloit estre
         dalés le captal, comment qu’il fust, et avoit en se
         route environ cinquante lances de bons compagnons
         et tous bien montés. Li dis messires Guis et se route
         s’en vinrent tout, à brochant les grans eslais, jusques

   [131] en le place où la bataille avoit esté. Li François, qui
         estoient derrière et qui nulle garde ne s’en donnoient
         de celle sourvenue, sentirent la friente; si se reboutèrent
         tantost tous ensamble et s’en vinrent
      5  contre les Navarois, en escriant: «Retournés! Retournés!
         Veci les ennemis!» De cel effroi furent
         li pluiseur moult effraé, et là fist messires Aymenions
         de Pumiers à leurs gens un grant confort: encores
         estoit il, et toute se route, sus le place. Sitos comme
     10  il vei ces Navarois approcier, il se retrest sus dextre
         et fist desvoleper son pennon, et lever et mettre tout
         hault sus un buisson, par manière d’estandart, pour
         ralloiier leurs gens.

         Quant messires Guis de Gauville, qui en haste
     15  estoit adreciés sus le place, en vei le manière et recognut
         le pennon monsigneur Aymenion de Pumiers,
         et oy escrier: «Nostre Dame! Claiekin!» et ne perçut
         nullui de chiaus qu’il demandoit, mès en veoit
         grant fuison tous mors gesir par terre, si cogneut
     20  tantost que leurs gens avoient estet desconfi, et li
         François obtenu le place. Si fist tant seulement un
         puigneis, sans faire nul samblant de combatre, et
         passa oultre assés priès de monsigneur Aymenion de
         Pumiers qui estoit tous appareilliés de lui recueillier,
     25  se il fust traist avant, et s’en rala son chemin ensi
         comme il estoit venus: je croi bien que ce fu devers
         le garnison de Conces.

         Or parlerons nous des François comment il perseverèrent.
         La journée, ensi que vous avés entendu,
     30  fu pour yaus, et rapassèrent le soir oultre le rivière,
         et se traisent à leurs logeis, et se aisièrent de ce qu’il
         eurent. Si fu li Arceprestres durement demandés et
   [132] deparlés, quant on se perçut qu’il n’avoit point estet
         a le bataille et qu’il s’en estoit partis sans parler. Si
         l’escusèrent ses gens au mieulz qu’il peurent. Et sachiés
         que li trente, qui le captal ravirent et emportèrent,
      5  ensi que vous avés oy, ne cessèrent onques de chevaucier,
         si l’eurent amené ou chastiel de Vrenon et
         là dedens mis à sauveté. Quant ce vint à l’endemain,
         il se deslogièrent et toursèrent tout, et chevaucièrent
         par devers Vrenon, pour venir en le cité de
     10  Roem, et tant fisent qu’il y parvinrent. En le cité et
         ou chastiel de Roem laissièrent il une partie de
         leurs prisonniers, et s’en retournèrent li pluiseur à
         Paris, tout liet et tout joiant, c’estoit raisons; car il
         avoient eu une moult belle journée pour yaus, et
     15  moult pourfitable pour le royaume de France. Car,
         se li contraires fust avenus as François, messires li
         captaus de Beus euist fait un grant escars en France;
         car il avoit empris et en pourpos que de chevaucier
         jusques à Rains, au devant dou duch de Normendie,
     20  qui ja y estoit venus pour lui faire couronner et
         consacrer, et la duçoise sa femme o lui; mès Diex ne
         le veult mies consentir: ce doit on moult bien
         esperer.


         § 523. Ces nouvelles s’espardirent en pluiseurs
     25  lieus, que li captaus estoit pris et toutes ses gens rués
         jus. Si en acquist messires Bertrans de Claiekin grant
         grasce et grant renommée de toutes manières de
         gens ou royaume de France, et en fu ses noms moult
         eslevés. Si vinrent les nouvelles jusques au duch de
     30  Normendie qui estoit à Rains; si s’en resjoy grandement
         et en loa Dieu pluiseurs fois. Si en fu sa cours
   [133] et toutes les cours des signeurs qui là estoient venu
         à son couronnement, plus liet et plus joiant.

         Ce fu le jour de le Trinité l’an de grasce Nostre
         Signeur mil trois cens soissante quatre que li rois
      5  Charles, ainsnés filz dou roy Jehan de France, fu
         couronnés et consacrés à roy en le grant eglise Nostre
         Dame de Rains, et ensi madame la royne sa femme,
         fille au duch Pière de Bourbon, de reverent père en
         Dieu monsigneur Jehan de Cran, arcevesque de
     10  Rains. Là furent li rois Pières de Cippre, li dus
         d’Ango, li dus de Bourgongne, messires Wincélaus
         de Behagne, dus de Lussembourch et de Braibant,
         oncles au dit roy, li contes d’Eu, li contes de Dammartin,
         li contes de Tankarville, li contes de Wedimont,
     15  messires Robers d’Alençon, li arcevesques de
         Sens, li arcevesques de Roem et tant de prelas et de
         signeurs que je ne les aroie jamais tous nommés: si
         m’en passerai briefment. Si y furent adonc les festes
         et les solennités grandes. Et demorèrent li rois de
     20  France et la royne en le cité de Rains cinq jours. Si
         y eut grans dons et grans presens donnés et presentés
         as signeurs estragniers, dont la plus grant
         partie prisent là congiet au dit roy et retournèrent
         en leurs lieus.

     25  Si retourna li rois de France devers Paris à petites
         journées et à grans esbatemens, et grant fuison
         de prelas et de signeurs avoecques lui, et toutdis li
         fist li rois de Cippre compagnie. On ne vous poroit
         mies dire ne recorder, en un jour d’esté, les solennités
     30  ne les grans reviaus que on li fist en le cité de
         Paris, quant il y entra. Si estoient ja revenu à Paris
         la grigneur partie des signeurs et chevaliers qui
   [134] avoient esté à le besongne de Koceriel. Si leur fist
         li rois grant fieste et les vei moult volentiers, et par
         especial monsigneur Bertran de Claiekin et les chevaliers
         de Gascongne, monsigneur Aymenion de Pumiers
      5  et les autres, car li sires de Labreth avoit esté
         à son couronnement.


         § 524. A le revenue dou roy de France à Paris, fu
         pourveus et ravestis dou duçainné de Bourgongne
         messires Phelippes ses mainsnés frères. Et se parti de
     10  Paris à grant gent et en ala prendre le saisine et possession
         et l’ommage des barons, chevaliers, cités,
         chastiaus et bonnes villes de la ditte ducé. Quant li
         dus de Bourgongne eut viseté tout son pays, il retourna
         en France en grant solas, et ramena avoecques
     15  lui son compère monsigneur l’Arceprestre, et le rapaisa
         au roy parmi bonnes escusances que li Arceprestres
         moustra au dit roy de ce que adonc, à le journée
         de Coceriel, il ne se pooit armer contre le captal. Et
         meismement li captaus, qui estoit adonc amenés à
     20  Paris dalés le roy et qui avoit juret à là tenir prison,
         et à le priière le signeur de Labreth et des Gascons li
         avoit li dis rois eslargi celle grasce, aida le dit Arceprestre
         à escuser devers le roy et les chevaliers de
         France qui parloient villainnement sus se partie. Et
     25  ossi il avoit fait de nouviel aucuns biaus services au
         roy de France et au duch de Bourgongne, car il
         avoit en la ditte ducé de Bourgongne ruet jus, au
         dehors de Digon, bien quatre cens pillars, des quelz
         Guios dou Pin, Tallebart Tallebardon, Jehan de Caufour
     30  et Thiebaut de Caufour estoient meneur et chapitainne:
         pour quoi li rois descendi plus legierement
   [135] à lui faire grasce et de pardonner son mautalent.

         Si fist li dis rois en ce temps coper le chief à
         monsigneur Pière de Sakenville, en le cité de Roem,
      5  pour tant qu’il avoit esté navarois; et messires Guillaumes
         de Gauville n’en euist eu mies mains, se
         n’euist esté messires Guis ses filz, qui segnefia au roy
         de France que, se on faisoit son père nulle griefté,
         il le feroit samblablement à monsigneur Braimont de
     10  Laval, un grant signeur de Bretagne, qu’il tenoit son
         prisonnier ens ou chastiel d’Evrues. De quoi li linages
         dou chevalier, qui sentoient leur cousin en ce
         peril, en parlèrent au roy et fisent tant que par escange
         il reurent monsigneur Braimont, et messires
     15  Guillaumes de Gauville fu delivrés: ensi se portèrent
         les pareçons. Si fu envoiiés li captaus, de Paris à
         Miaus en Brie, et là tenoit prison, entrues que li dus
         de Bourgongne fist une chevaucie en Biausse dont je
         vous parlerai. Mais ançois racquitta messires Bertrans
     20  de Claiekin le chastiel de Roleboise, dont Wautre
         Obstrate estoit chapitains; mais ançois qu’il le volsist
         rendre, il en eut une grande somme de florins, ne
         sçai cinq ou six mil frans, et puis s’en retourna arrière
         en Braibant dont il estoit.

     25  Encores se tenoient pluiseurs forterèces en Kaus,
         en Normendie, ou Pierce, en Biausse et ailleurs qui
         trop fort herioient le royaume de France, li aucun
         en l’ombre dou roy de Navare, et li aultre d’eulz
         meismes, pour pillier et pour rober sus le royaume
     30  à nul title de raison. Si en desplaisoit grandement
         au roy de France, car les complaintes en venoient
         tous les jours à lui: si y veult pourveir de remède.
   [136] Et y envoia son frère le duc de Bourgongne, et grant
         fuison de bons chevaliers et escuiers en se compagnie.
         Et fist li dis dus son mandement et son amas
         de gens d’armes en le cité de Chartres. Si se partirent
      5  de là, quant tout furent assamblé, et se traisent par
         devers Macheranville, un moult fort chastiel que li
         Navarois tenoient. Et pour constraindre mieulz à
         leur aise le dit chastiel, il en fisent mener et achariier
         avoech eulz pluiseurs engiens de la cité de Chartres.
     10  Si estoient en le compagnie dou duch de Bourgongne
         messires Bertrans de Claiekin, messires Boucicaus,
         mareschaus de France, li contes d’Auçoirre, messires
         Loeis de Chalon, li sires de Biaugeu, messires Aymenions
         de Pumiers, li sires de Rainneval, li Beghes de
     15  Vellainnes, messires Nicoles de Ligne, mestre des
         arbalestriers pour le temps, messires Oudars de
         Renti, messires Engherans du Edins et pluiseur aultre
         bon chevalier et escuier.

         Si s’arroutèrent ces gens d’armes par devers Marcerainville,
     20  et estoient bien cinq mil combatans.
         Quant il se veirent si grant fuison sus les camps,
         si eurent conseil que il se departiroient en trois
         pars, pour plus tost constraindre leurs ennemis:
         desquèles pars messires Bertrans de Claiekin en prenderoit
     25  jusques à mil combatans et s’en iroit par deviers
         Constentin et sus les marces de Chierebourch,
         pour garder là les frontières que li Navarois ne
         fesissent nul damage au pays de Normendie. Si se
         departi li dis messires Bertrans de le route dou
     30  duch et enmena avoecques lui monsigneur Loeis de
         Sanssoirre, le conte de Joni, monsigneur Ernoul
         d’Audrehen et grant fuison de chevaliers et d’escuiers
   [137] de Bretagne et de Normendie. L’autre charge
         eut desous lui messires Jehans de le Rivière et se
         departi ossi de le route dou duch, et en se compagnie
         grant fuison de chevaliers et d’escuiers de
      5  France et de Pikardie. Et entrèrent cil en le conté
         d’Evrues et s’en vinrent seoir devant un chastiel que
         on dist d’Akegni. Et li dus de Bourgongne et la plus
         grosse route s’en vinrent devant Macerenville; si le
         assegièrent et environnèrent de tous poins. Et fisent
     10  tantost drecier et ass[eo]ir les engiens par devant,
         qui jettoient nuit et jour à le forterèce et durement le
         constraindoient.


         § 525. Entrues que ces gens d’armes estoient ensi
         en Biausse et en Normendie et que il guerrioient asprement
     15  et fortement les Navarois et les ennemis
         dou royaume, estoit [sur les marches d’Auviergne, à
         tout bien trois mille combatans[428]], messires Loeis de
         Navare, frères mainnés au roy de Navare et ossi à
         monsigneur Phelippe qui fu, car ja estoit il trespassés
     20  de ce siècle, liquels messires Loeis avoit encargiet
         le fais de le guerre pour le roy son frère, et avoit
         deffiiet le roy de France, pour tant que ceste guerre
         touchoit au calenge de lor hiretage, si com enfourmés
         estoit, et avoit rassamblés depuis le bataille de
     25  Koceriel, et rassambloit encores tous les jours, gens
         d’armes, là où il les pooit avoir. Si avoit tant fait
         par moiiens et par chapitains de Compagnes, dont
         encores avoit grant fuison ens ou royaume de
         France, que il avoit bien douze cens combatans en
   [138] se route. Et estoient dalés lui messires Robers Canolles,
         messires Robers Ceni, messires Robers Brikés
         et Carsuelle. Et estoient ces gens d’armes, qui
         tous les jours croissoient, logiet entre le rivière de
      5  Loire et le rivière d’Allier, et avoient courut une
         grant partie dou pays de Bourbonnois environ Moulins
         en Auvergne et Saint Pierre le Moustier et Saint
         Poursain.

             [428] Ms. d’Amiens.--Mss. B et A (lacune).

         De ces gens d’armes que messires Loeis de Navare
     10  menoit, se parti une route de compagnons, environs
         quatre cens, desquels Bernars de la Salle et
         Hortingo estoient conduiseur, et passèrent le Loire
         au dehors de Marcelli les Nonnains, et puis chevaucièrent
         tant par nuit, car les jours il se tenoient ens
     15  ès bois sans yaus amoustrer, que sus un ajournement
         il vinrent à la Charité sus Loire, une grosse
         ville et bien fremée: si l’eschiellèrent sans nul estri
         et se boutèrent dedens. Or aida adonc Diex trop
         bien chiaus de le ville; car, se cil compagnon se
     20  fuissent hasté, il euissent pris et eu hommes et femmes
         et moult grant pillage en la Charité; mès riens n’en
         fisent: je vous dirai pourquoi. A ce lés par où il
         entrèrent en le ville de le Charité, a une grande
         place entre le porte et le ville, où nuls ne demeure.
     25  Si cuidièrent adonc li compagnon que les gens euissent
         fait embusce en le ville et qu’il les attendesissent:
         si n’osèrent aler avant jusques atant qu’il fu
         grans jours. En ce terme se sauvèrent cil de la ville;
         car, si tretos comme il sentirent leurs ennemis ensi
     30  venus, il enportèrent à effort leurs milleurs coses ens
         ès batiaus qui estoient sus le rivière de Loire, et misent
         femmes et enfans tout à loisir, et puis nagièrent
   [139] à sauveté devers la cité de Nevers, qui siet à cinq
         liewes de là. Quant il fu grans jours, li Navarois et
         Englès et Gascon qui avoient eschiellé le ville, se
         traisent avant et trouvèrent les maisons toutes vuides.
      5  Si eurent conseil que celle ville il tenroient et le
         fortefieroient, car elle lor seroit trop bien seans pour
         courir deçà et delà le Loire. Si envoiièrent tantost
         noncier tout leur fait à monsigneur Loeis de Navare
         qui se tenoit en le marce d’Auvergne, comment il
     10  avoient esploitié et qu’il tenoient le Charité sus Loire.
         De ces nouvelles fu li dis messires Loeis tous joians,
         et y envoia incontinent monsigneur Robert Briket
         et Carsuelle, à bien trois cens armeures de fier. Cil
         passèrent parmi le pays sans contredit, et entrèrent
     15  par le pont sus Loire en la Charité. Quant il se trouvèrent
         ensamble, si furent plus fort, et commencièrent
         à guerriier fortement et destroitement le dit
         royaume, et couroient à leur aise et volenté par deçà
         et delà le Loire, ne nulz ne leur aloit au devant, et
     20  toutdis leur croissoient gens. Or vous parlerons dou
         duch de Bourgongne et dou siège de Macerenville.


         § 526. Tant sist li dis dus devant Macerainville et
         le constraindi et apressa, par assaus et par les engiens
         qui jettoient nuit et jour, que cil qui dedens estoient
     25  se rendirent, salve leurs corps et leurs biens; si s’en
         partirent, et tantost li dus en envoia prendre le saisine
         et le possession par ses mareschaus, monsigneur
         Boucicau et monsigneur Jehan de Viane, mareschal
         de Bourgongne. Et delivra li dus le chastiel à un escuier
     30  de Biausse qui s’appelloit Phelippos de Chartres.
         Cilz le prist en garde et quarante compagnons avoech
   [140] li. Puis s’en parti li dus et toute li hos, et s’en vinrent
         devant un aultre chastiel que on dist Chameroles.
         Si le assegièrent ces gens d’armes tout environ,
         car il siet en plain pays; et y fist on asseoir et drecier
      5  les engiens qui estoient amené de Chartres. Cil
         engien estoient grant durement, et en y avoit quatre
         qui moult constraindirent et travillièrent chiaus de
         le forterèce.

         Or vous parlerons ossi un petit de monsigneur
     10  Jehan de le Rivière qui tenoit siège devant Akegni,
         assés priès de Passi, en le conté d’Evrues, et avoit en
         se route bien deux mil combatans, car il estoit si
         bien dou roy qu’il voloit: se li faisoit on ses finances
         et ses delivrances à sa volenté. Ens ou chastiel
     15  d’Akegni avoit Englès, Normans, François et Navarois,
         qui là estoient retrait puis la bataille de Coceriel. Et
         se tinrent et deffendirent cil le chastiel moult bien,
         et ne les pooit on mies bien avoir à sen aise, car il
         estoient bien pourveu d’artillerie et de vivres: pour
     20  quoi il se tinrent plus longuement. Toutes fois finablement
         il furent si mené et si apressé qu’il se rendirent,
         salves leurs vies et leurs biens, et se partirent et se
         retraisent dedens Cherebourch. Si prist messires Jehans
         de la Rivière la saisine dou dit chastiel d’Akegni
     25  et le rafreschi de nouvelles gens, et puis se desloga et
         parti et toutes ses hos, et se traisent par devant la
         ville et la cité d’Evrues. Si estoient avoecques lui et
         de se carge messires Hues de Chasteillon, li sires de
         Kauni, messires Mahieus de Roie, li sires de Montsaut,
     30  li sires de Helli, li sires de Cresekes, li sires de Saintpi,
         messires Oudars de Renti, messires Engherans du
         Edins et pluiseur bon chevalier et escuier de France.
   [141] Par dedens la cité d’Evrues estoient, pour le garder,
         messires Guillaumes de Gauville et messires Legiers
         d’Orgesi qui trop bien en songnièrent. Si avoient il
         souvent l’assaut, mès il estoient si bien sus leur garde
      5  qu’il n’en faisoient compte.


         § 527. Entrues que messires Jehans de le Rivière
         et li dessus dit baron et chevalier de France seoient
         devant la cité d’Evrues, li dus de Bourgongne apressa
         si chiaus de Chamerolles qu’il ne peurent plus durer
     10  et se rendirent simplement en le volenté dou duch.
         Si furent pris à merci tout li saudoiier estragnier,
         mès aucun pillars de le nation de France qui là s’estoient
         bouté furent tout mort. Là vinrent en l’ost li
         bourgois de Chartres et priièrent au duch de Bourgongne
     15  qu’il leur volsist donner, pour le salaire de
         leurs engiens, le chastiel de Chamerolles qui moult
         les avoit heriiés et cuvriiés dou temps passé. Li dus
         leur acorda et donna en don à faire ent leur volenté.
         Tantost cil de Chartres misent ouvriers en oevre, et
     20  abatirent et rasèrent tout par terre le dit chastiel: onques
         n’i laissièrent pierre sur aultre.

         Adonc se desloga li dis dus et passa oultre, et s’en
         vint devant un autre chastiel que on dist Drue[s], qui
         siet ou plain de le Biausse, et le tenoient pillart. Si
     25  le conquisent li François par force, et furent tout
         mort cil qui dedens estoient. Puis passèrent oultre et
         s’en alèrent devant un aultre fort que on dist Preus:
         si le assegièrent et environnèrent de tous costés, et y
         livrèrent tamaint assaut, ançois que le peuissent
     30  avoir. Finablement, cil de Preus se rendirent, salve
         leurs corps, mais aultre cose il n’en portèrent:
   [142] encores couvint il demorer en le prison dou dit duch,
         en sa volenté, tous chiaus qui François estoient. Si
         fist li dus de Bourgongne par ses mareschaus prendre
         le saisine dou chastiel de Preus, et puis le donna à
      5  un chevalier de Biausse que on appelloit messire
         Pierre dou Bois Ruffin. Cilz le fist remparer et ordener
         bien et à point, et le garda toutdis depuis bien et
         souffissamment.

         Apriès ces coses faites, li dus de Bourgongne et
     10  une partie de ses gens s’en vinrent rafrescir en le cité
         de Chartres. Quant il eurent là esté cinq jours, il
         s’en partirent et se traisent par devant le chastiel de
         Couvai, et le assegièrent de tous poins. Ceste garnison
         de Couvai avoit fait moult de destourbiers ens
     15  ou pays d’environ: pour tant se prendoit li dus de
         Bourgongne plus priès comment il le peuist avoir, et
         bien disoit qu’il ne s’en partiroit, si les aroit à sa
         volenté, et avoit fait drecier par devant jusques à six
         grans engiens qui jettoient ouniement à le forterèce
     20  et moult le travilloient. Quant cil de Couvai veirent
         que il estoient si apressé, si commencièrent à trettier,
         et se fuissent volentiers rendu, salve leurs corps et
         leurs biens; mais li dus n’i voloit entendre, se il ne
         se rendoient simplement: ce que il n’euissent jamais
     25  fait, car il savoient bien qu’il estoient tout mort
         d’avantage.

         Entrues que cil siège, ces prises, cil assaut et ces
         chevaucies se faisoient en Biausse et en Normendie,
         couroient d’autre part messires Loeis de Navare et
     30  ses gens en le Basse Auvergne et en Berri, et y tenoient
         les camps, et y honnissoient et apovrissoient
         durement le pays, ne nulz n’aloit au devant. Et ossi
   [143] chil de le Charité faisoient autour d’yaus che qu’il
         voloient; dont les complaintes en venoient tous
         les jours au roy de France. D’autre part, li contes
         de Montbliar avoecques aucuns alliiés d’Alemagne
      5  estoient entré en la ducé de Bourgongne par devers
         Besençon, et y honnissoient ossi tout le pays: pour
         quoi li rois de France eut conseil qu’il briseroit tous
         ces sièges de Biausse et de Normendie, et envoieroit
         le duch de Bourgongne son frère en son pays; car
     10  bien y besongnoit. Si le manda incontinent qu’il desfesist
         son siège et se retraisist devers Paris, car il le
         couvenoit aler d’autre part, et se li segnefia clerement
         l’afaire ensi qu’il aloit.

         Quant li dus oy ces nouvelles, si fu tous pensieus,
     15  tant pour son pays que on li ardoit, que
         pour ce qu’il avoit parlé si avant dou siège de Couvai,
         qu’il ne s’en partiroit si les aroit à sa volenté.
         Si remoustra ce à son conseil, et trouva que, ou cas
         que li rois le remandoit, qui là l’avoit envoiiet, il
     20  s’en pooit bien partir sans fourfet, mais on n’en
         fist nul samblant à chiaus de Couvai. Si leur fu demandé
         des mareschaus se il se voloient rendre simplement.
         Ils respondirent que nennil, mès volentiers
         se renderoient, salve leurs corps et leurs biens.
     25  Finablement, li dus vei que partir le couvenoit: si
         les laissa passer parmi ce trettié, et rendirent le chastiel
         de Couvai au dit duch, et s’en partirent, si com
         chi dessus est dit. Si en prist li dus de Bourgongne
         le saisine et le possession et puis le delivra à un escuier
     30  de Biausse qui s’appelloit Phelippes d’Arcies.
         Chilz le rempara bien et biel et le repourvei et rafreschi
         de tous bons compagnons.

   [144] Ce fait, li dus de Bourgongne et ses gens d’armes
         s’en revinrent à Chartres. Si recarga li dus le plus grant
         partie de ses gens au conte d’Auçoirre et au mareschal
         Boucicau et à monsigneur Loeis de Sansoirre. Si se
      5  parti et en mena avoecques lui monsigneur Loeis de
         Chalon, le signeur de Biaugeu, monsigneur Jehan de
         Viane et tous les Bourghignons. Et chevaucièrent
         tant qu’il revinrent à Paris. Si passèrent oultre les
         gens d’armes, sans point d’arrest, en alant devers
     10  Bourgongne. Mès li dus s’en vint devers le roy son
         frère, qui se tenoit à Vaus la Contesse en Brie, et là
         fu il un jour tant seulement dalés lui et puis s’en
         parti. Si esploita tant qu’il vint à Troies en Campagne,
         et puis passa oultre et prist le chemin de Lengres,
     15  et partout mandoit gens efforciement.

         Et ja s’estoient cueilliet et pourveu li Bourghegnon
         grandement et mis en frontière contre les ennemis.
         Et là estoit li Archeprestres, sires de Chastielvillain, li
         sires de Vregi, li sires de Grantsi, li sires de Sombrenon,
     20  li sires de Rougemont, et uns moult riches et haulz
         genlilz homs qui s’appelloit Jehans de Bourgongne,
         li sires d’Epoises, messires Hughes de Viane, li sires
         de Trichastiel et proprement li evesques de Lengres.
         Si furent encores li baron et li chevalier de Bourgongne
     25  moult resjoï, quant leurs sires fu venus. Si chevaucièrent
         contre leurs ennemis, de quoi on disoit
         bien que il estoient quinze cens lances, mais il n’osèrent
         attendre, sitost que il sentirent la venue dou dit
         duch et de ses gens. Si se retraisent arrière oultre le
     30  Rin; mais li Bourghegnon ne se faindirent mies d’entrer
         en le conté de Montbliar et en ardirent une
         grant partie.


   [145] § 528. Entrues que ceste chevaucie se fist en
         Bourgongne, envoia li rois de France monsigneur
         Moriel de Fiennes son connestable et ses deux mareschaus,
         monsigneur Boucicau et monsigneur Mouton
      5  de Blainville, et grant fuison de chevaliers et escuiers,
         par devant la Charité sus Loire, liquel y misent
         le siège, si tost comme il y furent venu, et le assegièrent
         d’un costé bien et fortement. Si aloient li
         compagnon, pour leurs corps avancier, priès que tous
     10  les jours escarmucier à chiaus de dedens. Là y avoit
         des apertises d’armes faites pluiseurs. Et y tinrent le
         siège li dis connestables et li doi mareschal de France,
         sans point partir jusques adonc que li dus de Bourgongne
         et la plus grant partie de ses gens, qui avoient
     15  chevaucié avoecques lui en le conté de Montbliar,
         furent tout revenu en France devers le roy et le trouvèrent
         à Paris.

         Sitost que li dus de Bourgongne fu là revenus, li
         dis rois l’envoia à plus de mil lances devant la
     20  Charité. Ensi fu li sièges renforciés. Et se fist chiés
         de toutes ces gens d’armes li dus de Bourgongne.
         Et estoient bien li François à siège par devant la
         Charité plus de trois mil lances, chevaliers et escuiers.
         De quoi li pluiseur se aloient souvent enventurer
     25  et escarmucier à chiaus de le garnison. Si
         en y avoit des navrés des uns et des aultres. Et là
         furent fait chevalier et levèrent banière, à une sallie
         que chil de le Charité fisent hors, messires Robers
         d’Alençon, filz au conte d’Alençon qui demora à
     30  Creci, et messires Loeis d’Auçoirre, filz au conte
         d’Auçoirre et frères au conte d’Auçoirre qui là estoit
         presens. Si furent durement li compagnon de le
   [146] Charité apressé, et se fuissent volentiers parti par
         composition se il peuissent; mès li dus de Bourgongne
         n’i voloit entendre, se il ne se rendoient simplement.

      5  En ce temps, estoit sus le marce d’Auvergne,
         messires Loeis de Navare qui destruisoit et ardoit
         ossi là à ce lés tout le pays, et assambloit et prioit
         gens de tous costés pour venir secourir ses gens de
         le Charité; car volentiers ewist levé le siège, et avoit
     10  bien deux mil combatans. Et avoit li dis messires
         Loeis de Navare envoiiet en Bretagne devers monsigneur
         Robert Canolle et monsigneur Gautier Huet
         et monsigneur Mahieu de Gournay et aucuns chevaliers
         et escuiers qui là estoient dalés le conte de
     15  Montfort, en priant que il se volsissent prendre priès
         de lui venir servir, et que sans faute il iroit combatre
         les François qui gisoient assés esparsement devant
         la Charité. Chil chevalier d’Engleterre i desiroient
         moult à aler; mès, en ce temps, seoit li dis
     20  contes de Montfort devant le fort chastiel d’Auroy
         en Bretagne, que li rois Artus fist jadis fonder, et
         avoit juré qu’il ne s’en partiroit si l’aroit pris et conquis
         à sa volenté. Avoech tout ce, il entendoit que
         messires Charles de Blois estoit en France et pourcachoit
     25  devers le roi de France à avoir gens d’armes
         pour venir lever le siège et yaus combatre. Si ne
         laissoit mies volentiers ces chevaliers et escuiers
         d’Engleterre partir de lui, car il ne savoit quel besongne
         il en aroit; mès en mandoit et en prioit tous les
     30  jours là où il en pensoit à avoir et à recouvrer, tant
         en Engleterre comme en la ducé d’Aquitainne.


   [147] § 529. On voet bien dire et maintenir que cil qui
         estoient en garnison en le Charité sus Loire, euissent
         eu fort temps; car li dus de Bourgongne, qui tenoit
         par devant toute la fleur de le chevalerie de France,
      5  les avoit ja durement apressés et tolut le rivière, que
         nulles pourveances ne leur pooient venir. Si en estoient
         li compagnon durement esbahi; car messires
         Loeis de Navare, où leur esperance de reconfort
         gisoit, estoit retrès et s’en raloit en Normendie devers
     10  Chierebourch, par l’ordenance et avis dou roy son
         frère. Mès che que messires Charles de Blois estoit
         pour le temps dalés le roy de Franche son cousin, et
         li remoustroit pluiseurs voies de raison où li rois se
         sentoit grandement tenus de lui aidier contre le conte
     15  de Montfort, et faire le voloit, si en chei trop bien à
         chiaus de le Charité sus Loire; car, ensi que je vous
         ay dit comment il estoient apressé, li rois de France,
         pour deffaire ce siège, afin que messires Charles de
         Blois euist plus de gens d’armes, manda au duch de
     20  Bourgongne son frère, que il presist chiaus de le
         Charité en trettié et les laiast passer, parmi tant qu’il
         rendesissent le forterèce et qu’il jurassent ossi solennelment
         que, dedens trois ans, pour le fait dou roy
         de Navare ne s’armeroient.

     25  Quant li dus vei le mandement dou roy son frère,
         si fist remoustrer par ses mareschaus as chapitainnes
         de le Charité, le trettié par où il pooient venir et
         descendre à acord. Cil de le Charité, qui se veoient
         en bien perilleus parti, y entendirent volentiers, et
     30  jurèrent solennelment à yaus non armer contre le
         royaume de France, le terme de trois ans, pour le
         fait dou roy de Navare. Parmi tant, on les laissa
   [148] paisieulement partir; mais il n’enportèrent riens dou
         leur, et s’en alèrent la plus grant partie tout à piet,
         et passèrent parmi le royaume de France, sus le
         conduit dou duc de Bourgongne. Ensi reconquisent
      5  li François le ville de la Charité sus Loire, et y revinrent
         cil [et celles[429]] de le nation qui vuidié en estoient
         et ailleurs alé demorer; et se deffist li sièges,
         et retourna li dus de Bourgongne arrière en France,
         et en remena tous ses Bourghegnons, dont il avoit
     10  grant plenté.

             [429] Ms. B 4, fº 253 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 193 vº
             (lacune).

         Or vous parlerons de monsigneur Charlon de
         Blois, comment il persevera, et d’une grant assamblée
         de gens d’armes qu’il mist sus et amena en Bretagne,
         et de monsigneur Jehan de Montfort, comment
     15  il se pourvei ossi à l’encontre.


         § 530. Li rois de France acorda à son cousin, monsigneur
         Charle de Blois, que il euist de son royaume
         jusques à mil lances, et escrisi à monsigneur Bertran
         de Claiekin, qui estoit en Normendie, que il s’en
     20  alast en Bretagne pour aidier et conforter monsigneur
         Charle de Blois contre monsigneur Jehan de Montfort.
         De ces nouvelles fu li dis messires Bertrans
         moult resjoïs, car il avoit toutdis tenu le dit monsigneur
         Charle pour son naturel signeur. Si se parti
     25  de Normendie à tout che que il avoit de Bretons et
         chevauça devers Tours en Tourainne pour aler en
         Bretagne. Et messires Boucicaus, mareschaus de
         France, s’en vint en Normendie en son lieu tenir le
         frontière. Tant esploita li dis messires Bertrans et
   [149] se route que il vint à Nantes en Bretagne, et là
         trouva le dit monsigneur Charle et madame sa fame
         qui le rechurent liement et doucement, et li sceurent
         très grant gré de ce qu’il estoit ensi venus. Et
      5  eurent là parlement ensamble, comment il se maintenroient;
         car ossi y estoient li grigneur partie des
         barons de Bretagne, et avoient tout pourpos et affection
         de aidier monsigneur Charle, et le tenoient
         tout à duc et à signeur. Et pour venir lever le siège
     10  de devant Auroy et combatre monsigneur Jehan de
         Montfort, ne demorèrent lons jours que grant baronnie
         et chevalerie de France et de Normendie vinrent,
         li contes d’Auçoirre, li contes de Joni, li sires de
         Friauville, li sires de Prie, li Bèghes de Vellainnes et
     15  pluiseur bon chevalier et escuier, tout d’une sorte
         et droite gens d’armes.

         Ces nouvelles vinrent à monsigneur Jehan de Montfort
         qui tenoit son siège devant Auroy, que messires
         Charles de Blois faisoit grant amas de gens d’armes, et
     20  que grant fuison de signeurs de France li estoient venu
         et venoient encores tous les jours, avoecques l’ayde
         et confort qu’il avoit encores des barons, chevaliers et
         escuiers de la ducé de Bretagne. Sitost que messires
         Jehans de Montfort entendi ces nouvelles, il le segnefia
     25  fiablement en la ducé d’Aquitainne as chevaliers
         et escuiers d’Engleterre qui là se tenoient, et
         especialment à monsigneur Jehan Chandos, en lui
         priant chierement que à che grant besoing il le volsist
         venir conforter et consillier, et que il apparoit
     30  en Bretagne uns biaus fais d’armes, auquel tout signeur,
         chevalier et escuier, pour leur honneur avanchier,
         devoient volentiers entendre. Quant messires
   [150] Jehans Chandos se vei priiés si affectueusement dou
         conte de Montfort, si en parla à son signeur le prince
         de Galles, à savoir que bon en estoit à faire. Li princes
         li respondi qu’il y pooit bien aler sans nul fourfet;
      5  car ja faisoient li François partie contre le dit conte
         en l’ocquison de monsigneur Charle de Blois, et qu’il
         l’en donnoit bon congiet.

         De ces nouvelles fu li dis messires Jehans Chandos
         moult liés, et se pourvei bien et grandement et pria
     10  pluiseurs chevaliers et escuiers de la ducé d’Acquitainnes;
         mès trop petit en alèrent avoecques lui, se il
         n’estoient Englès. Toutesfois il enmena bien deux
         cens lances et otant d’arciers, et chevauça tant parmi
         Poito et Saintonge, qu’il entra en Bretagne et vint au
     15  siège devant Auroy. Et là trouva il le conte de Montfort
         qui le recheut liement et grandement, et fu moult
         resjoïs de sa venue: ossi furent proprement messires
         Oliviers de Cliçon, messires Robers Canolles et li aultre
         compagnon; et leur sambloit proprement et generaument
     20  que nulz maulz ne leur pooit avenir, puisqu’il
         avoient monsigneur Jehan Chandos en leur compagnie.
         Si passèrent le mer [hastivement[430]] d’Engleterre
         en Bretagne pluiseur chevalier et escuier qui desiroient
         leurs corps à avancier et yaus combattre as
     25  François, et vinrent par devant Auroy, en l’ayde dou
         conte de Montfort, qui tout les rechut à grant joie.
         Si estoient bien Englès et Breton, quant il furent
         tout assamblé, seize cens combatans, chevaliers et
         escuiers et gens d’armes, et environ huit cens ou
     30  neuf cens arciers.

             [430] Ms. B 4, fº 254.--Ms. B 1, t. II, fº 194 vº (lacune).


   [151] § 531. Nous revenrons à monsigneur Charle de
         Blois qui se tenoit en la bonne cité de Nantes et là
         faisoit son amas et son mandement de chevaliers et
         escuiers de toutes pars, là où il en pensoit à recouvrer
      5  par priière, car bien estoit enfourmés que li
         contes de Montfort estoit durement fors et bien reconfortés
         d’Englès. Si prioit les barons, les chevaliers
         et les escuiers de Bretagne, dont il avoit
         eus et recheus les hommages, que il li vosissent aidier
     10  à garder et à deffendre son hyretage contre ses
         ennemis. Si vinrent des barons de Bretagne, pour lui
         servir et à son mandement, li viscontes de Rohem, li
         sires de Lyon, messires Charles de Dignant, li sires
         de Rays, li sires de Rieus, li sires de Tournemine, li
     15  sires d’Ansenis, li sires de Malatrait, li sires de Kintin,
         li sires d’Avaugor, li sires de Rocefort, li sires de
         Gargoulé, li sires de Lohiac, li sires dou Pont et
         moult d’aultres que je ne puis mies tous nommer. Si
         se logièrent cil signeur et leurs gens en le cité de
     20  Nantes et ens ès villages d’environ. Quant il furent
         tout assamblé, on les esma à vingt cinq cens lances
         parmi chiaus qui estoient venu de France. Si ne veurent
         point ces gens d’armes là faire trop lontain sejour,
         mais consillièrent à monsigneur Charle de Blois
     25  de chevaucier par devers les ennemis.

         Au departement et au congiet prendre, madame la
         femme à monsigneur Charle de Blois dist à son mari,
         present monsigneur Bertran de Claiekin et aucuns
         barons de Bretagne: «Monsigneur, vous en alés deffendre
     30  et garder mon hiretage et le vostre, car ce qui
         est mien est vostre, lequel messires Jehans de Montfort
         nous empeece et a empeechiet un grant temps à
   [152] tort et sans cause: ce set Dieus et li baron de Bretagne
         qui chi sont comment j’en sui droite hiretière.
         Si vous pri chierement que, sus nulle ordenance ne
         composition ne trettié d’acort ne voeilliés descendre
      5  que li corps de la ducé ne nous demeure.» Et ses maris
         li eut en couvent. Adonc se parti, et se partirent
         tout li baron et li signeur qui là estoient, et prisent
         congiet à leur dame qu’il tenoient pour duçoise. Si
         se aroutèrent et acheminèrent ces gens d’armes et
     10  ces hos par devers Rennes et tant esploitièrent qu’il
         y parvinrent. Si se logièrent dedens la cité de Rennes
         et environ et s’i reposèrent et rafreschirent, pour
         aprendre et mieulz entendre dou couvenant de leurs
         ennemis.


     15  § 532. Entre Rennes et Auroy, là où messires Jehans
         de Montfort seoit, à huit liewes de pays. Si
         vinrent ces nouvelles au dit siège que messires Charles
         de Blois approçoit durement et avoit la plus belle
         gent d’armes, les mieulz ordenés et armés que on
     20  euist onques mès veus issir de France. De ces nouvelles
         furent li plus des Englès qui là estoient, qui
         desiroient à combatre, tout joiant. Si commencièrent
         cil compagnon à mettre leurs armeures à point et à
         refourbir leurs lances, leurs daghes, leurs haces, leurs
     25  plates, haubregons, hyaumes, bachinés, visières, espées
         et toutes manières de harnas, car bien pensoient
         qu’il en aroient mestier et qu’il se combateroient.
         Adonc se traisent en conseil les chapitainnes
         de l’host, li contes de Montfort premierement, messires
     30  Jehans Chandos, par lequel conseil en partie il
         voloit user, messires Robers Canolles, messires
   [153] Ustasses d’Aubrecicourt, messires Hues de Cavrelée,
         messires Gautiers Hués, messires Mahieus de Gournay
         et li aultre. Si regardèrent et considerèrent cil
         baron et cil chevalier, par le conseil de l’un et de
      5  l’autre et par grant avis, qu’il se retrairoient au matin
         hors de leurs logeis, et prenderoient terre et place
         sus les camps, et là aviseroient de tous assens, pour
         mieus avoir ent le cognissance. Si fu ensi nonciet et
         segnefiiet parmi leur host que cescuns fust à l’endemain
     10  appareilliés et mis en arroi et en ordenance de
         bataille, ensi que pour tantost combatre. Ceste nuit
         passa: l’endemain vint, qui fu par un samedi, que li
         Englès et Breton d’une sorte issirent hors de leurs
         logeis et s’en vinrent moult faiticement et ordeneement
     15  ensus dou dit chastiel d’Auroy, et prisent place
         et terre et distrent et affremèrent entre yaus que là
         attenderoient il leurs ennemis.

         Droitement ensi que entours heure de prime,
         messires Charles de Blois et toute sen host vinrent,
     20  qui s’estoient parti le venredi apriès boire de la cité
         de Rennes, et avoient celle nuit jëu à trois petites
         liewes priès d’[Auroy]. Et estoient les gens à monsigneur
         Charlon de Blois le mieus ordené et le plus
         faiticement et mis en milleur couvenant que on
     25  peuist veoir ne deviser. Et chevauçoient si serré que
         on ne peuist jetter un estuef que il ne cheist sus
         pointe de glave, tant les portoient il proprement roides
         et contremont. De yaus veoir et regarder proprement,
         li Englès gens d’onneur y prendoient grant
     30  plaisance. Si se arrestèrent li François, sans yaus desroyer,
         devant leurs ennemis, et prisent terre entre
         grans bruières; et fu commandé de par leur mareschal
   [154] que nulz n’alast avant sans commandement ne
         fesist course, jouste ne empainte. Si se arrestèrent
         toutes gens d’armes, et se misent en arroi et en bon
         couvenant ensi que pour tantos combatre, car il
      5  n’esperoient aultre cose et en avoient grant desir.


         § 533. Messires Charles de Blois, par le conseil
         de monsigneur Bertran de Claiekin, qui estoit là uns
         grans chiés et moult creus et alosés des barons de
         Bretagne, ordonna ses batailles, et en fist trois et
     10  une arrière garde. Et me samble que messires Bertrans
         eut le première, avoecques grant fuison de bons
         chevaliers et escuiers de Bretagne. La seconde eurent
         li contes d’Auçoirre et li contes de Joni, avoecques
         grant fuison de bons chevaliers et escuiers de France.
     15  Et la tierce eut et la grigneur partie messires Charles
         de Blois, et en sa compagnie pluiseurs haus barons de
         Bretagne. Et estoient dalés lui li viscontes de Rohem,
         li sires de Lyon, li sires d’Avaugor, messires Charles
         de Dignant, li sires d’Ansenis, li sires de Malatrait et
     20  pluiseur aultre. En l’arrière garde estoient li sires de
         Rais, li sires de Rieus, li sires de Tournemine, li sires
         dou Pont et moult d’aultres bons chevaliers et escuiers,
         et avoit en çascune de ces batailles bien mil
         combatans. Là aloit messires Charles de Blois de bataille
     25  en bataille amonester et priier çascun moult
         bellement et doucement, qu’il volsissent estre loyal
         et preudomme et bon combatant; et retenoit sus
         s’ame et sa part de paradys, que ce seroit sus son
         bon et juste droit que on se combateroit. Là li
     30  avoient tout en couvent li un par l’autre que si bien
         s’en acquitteroient qu’il leur en saroit gré. Or vous
   [155] parlerons dou couvenant des Englès et des Bretons
         de l’autre costé, et comment il ordonnèrent leurs
         batailles.


         § 534. Messires Jehans Chandos, qui estoit chapitains
      5  et souverains regars dessus yaus tous, quoique
         li contes de Montfort en fust chiés, car li rois d’Engleterre
         li avoit ensi escript et ossi mandé que souverainnement
         et especialment il entendesist as besongnes
         de son fil, que bien tenoit pour fil, car il
     10  avoit eu sa fille par cause de mariage, estoit devant
         aucuns barons et chevaliers de Bretagne qui se tenoient
         dalés monsigneur Jehan de Montfort, et avoit
         bien imaginé et consideré le couvenant des François,
         lequel en soi meismes il prisoit durement et ne s’en
     15  peut taire. Si dist: «Se Diex m’ayt, il appert hui
         que toute fleur d’onneur et de chevalerie est par
         delà, avoecques grant sens et bonne ordenance.» Et
         puis dist tout en haut as chevaliers qui oïr le peurent:
         «Signeur, il est heure que nous ordenons
     20  nos batailles, car nostre ennemi nous en donnent
         exemple.» Cil qui l’oïrent, respondirent: «Sire,
         vous dittes verité, et vos estes chi nos mestres
         et nos consilliers: si en ordenés à vostre entente,
         car dessus vous n’i ara point de regart, et si savés
     25  mieuls tous seuls comment tel cose se doit maintenir
         que nous ne faisons entre nous aultres.»

         Là fist li dis messires Jehans Chandos trois batailles
         et une arrière garde, et mist en la première monsigneur
         Robert Canolle, monsigneur Gautier Huet et monsigneur
     30  Richart Burlé; en la seconde, monsigneur
         Olivier de Cliçon, monsigneur Eustasse de Aubrecicourt
   [156] et monsigneur Mahieu de Gournay. La tierce
         il ordonna au conte de Montfort, et demora dalés
         lui; et avoit en çascune bataille cinq cens hommes
         d’armes et trois cens arciers. Quant ce vint sus le
      5  arrière garde, il appella monsigneur Hue de Cavrelée
         et li dist ensi: «Messire Hue, vous ferés l’arrière
         garde et arés cinq cens combatans desous vous en
         vo route, et vous tenrés sus èle, et ne vous mouverés
         de vostre pas, pour cose qui aviegne, se vous ne veés
     10  le besongne que nos batailles branlent ou ouvrent par
         aucune aventure; et là où vous les verés branler ou
         ouvrir, vous vos trairés et les reconforterés et rafreschirés:
         vous ne poés faire aujourd’ui milleur esploit.»

         Quant messires Hues de Cavrelée entendi monsigneur
     15  Jehan Chandos, si fu tous honteus et moult courouciés.
         Si dist: «Sire, sire, bailliés vostre arrière garde
         à un aultre qu’à moy, car je ne m’en quier ja ensonniier.»
         Et puis dist encores ensi: «Chiers sires, en
         quel manière ne estat m’avés vous desveu que je ne
     20  soie ossi bien tailliés de moy combatre tout devant
         et des premiers c’uns aultres?» Dont respondi messires
         Jehans Chandos moult aviseement et dist ensi:
         «Messire Hue, messire Hue, je ne vous establis mies
         en l’arrière garde pour cose que vous ne soiiés uns
     25  des bons chevaliers de nostre compagnie. Et sçai
         bien et de verité que très volentiers vous combateriés
         des premiers; mais je vous y ordonne pour tant
         que vous estes uns sages et avisés chevaliers, et se
         couvient que li uns y soit et le face. Si vous pri chierement
     30  que vous le voelliés faire. Et je vous ai en
         couvent que, se vous le faites, nous en vaurrons
         mieulz, et vous meismes y acquerrés haulte honneur.
   [157] Et plus avant je vous prommeth que toute la première
         requeste dont vous me prierés je le feray et y
         descenderai.»

         Nientmains, pour toutes ces parolles, li dis messires
      5  Hues ne s’i voloit acorder et tenoit et affremoit
         ce pour son grant blasme, et prioit pour Dieu et à
         jointes mains que on y mesist un aultre, car briefment
         il se voloit combatre tous des premiers. De ces
         parolles et responses estoit messires Jehans Chandos
     10  si courouciés que priès sur le point de larmiier; si
         dist encores moult doucement: «Messire Hue, ou il
         fault que vous le faciés ou je le face. Or regardés lequel
         il vault mieulz.» Adonc s’avisa li dis messires
         Hues et fu à ceste darrainne parolle tous confus, si
     15  dist: «Certes, sire, je sçai bien que vous ne me
         requeriés de nulle cose qui tournast à men deshonneur,
         et je le ferai volentiers puisqu’ensi est.» Adonc
         prist messires Hues de Cavrelée ceste bataille qui
         s’appelloit arrière garde, et se trest sus les camps arrière
     20  des autres sus èle, et se mist en bonne ordenance.


         § 535. Ensi, ce samedi, au matin, qui fu le huitime
         jour dou mois de octembre l’an mil trois cens soissante
         quatre, furent ces batailles ordenées les unes
     25  devant les aultres ens uns biaus plains, assés priès
         d’Auroi en Bretagne. Si vous di que c’estoit moult
         belle cose à veoir et à considerer, car on y veoit banières,
         pennons parés et armoiiés de tous costés
         moult richement. Et par especial li François estoient
     30  si souffissamment et si faiticement que c’estoit uns
         grans deduis dou regarder.

   [158] Or vous di que, entrues qu’il ordonnoient et avisoient
         leurs batailles et leurs besongnes, li sires de
         Biaumanoir, uns grans barons et riches de Bretagne,
         aloit de l’un à l’autre, traittiant et pourparlant de la
      5  pais; car volentiers l’i euist veu, pour les perils eskiewer,
         et s’en ensonnioit de bonne manière, et le
         laissoient li Englès et li Breton de Montfort aler et
         venir et parlementer à monsigneur Jehan Chandos
         et au conte de Montfort, pour tant qu’il estoit, par
     10  foy fiancie, prisonniers par devers yaus, et ne se
         pooit armer. Si mist ce dit samedi maint pourpos et
         tamainte pareçon [avant[431]], pour venir à pais; mais nulle
         ne s’en fist, et detria la besongne, toutdis alant de
         l’un à l’autre, jusques à nonne; et par son sens il impetra
     15  des deux parties un certain respit pour le jour et
         le nuit ensievant jusques à l’endemain à soleil levant.
         Si se retraist çascuns en son logeis ce samedi, et se
         aisièrent de ce qu’il eurent: il avoient assés de quoi.

             [431] Ms. B 4, fº 256.--Ms. B 1, t. II, fº 197 (lacune).

         Ce samedi au soir, issi li chastelains d’Auroi de sa
     20  garnison, pour tant que li respis couroit de toutes parties,
         et s’en vint paisieulement en l’ost de monsigneur
         Charle de Blois, son mestre, qui le rechut liement. [Si
         appelloit on le dit escuier Henry de Sauternelle, appert
         homme d’armes durement, et enmena[432]] en se compagnie
     25  quarante lanches de bons compagnons, tous
         armés et bien montés, qui li avoient aidiet à garder
         la forterèce. Quant messires Charles de Blois vei son
         chastelain, se li demanda tout en riant de l’estat dou
         chastiel. «En nom Dieu, dist li dis chastelains,
   [159] monsigneur, Dieu merci, si sommes encores bien pourveu
         pour le tenir deux mois ou trois, se il se besongne.»
         --«Henri, Henri, respondi messires Charles, demain
         dou jour serés vous delivrés de tous poins, ou par
      5  acort de pais ou par bataille.»--«Sire, ce dist li escuiers,
         Diex y ait part!»--«Par ma foy, Henri, dist
         messires Charles, qui reprist encores la parolle, par
         la grasce de Dieu, j’ai en ma compagnie jusques à
         vingt cinq cens hommes d’armes, de ossi bonne estoffe
     10  et [ossi[433]] appareilliés d’yaus acquitter, qu’il en
         y ait nulz ou royaume de France.»--«Monsigneur,
         respondi li escuiers, c’est uns grans avantages: si en
         devés loer Dieu et regraciier grandement, et ossi
         monsigneur Bertran de Claiekin et les barons de
     15  France et de Bretagne, qui vous sont venu servir si
         courtoisement.»

             [432] Ms. B 4, fº 256.--Ms. B 1, t. II, fº 197 (lacune).

             [433] Ms. B 3, fº 269 vº.--Mss. B 1 et B 4 (lacune).

         Ensi se esbatoit de parolles li dis messires Charles
         de Blois à ce Henri, et dont à l’un et puis à l’autre,
         et passèrent ses gens celle nuitie moult aisiement.
     20  Ce soir fu priiés moult affectueusement messires
         Jehans Chandos d’aucuns Englès, chevaliers et escuiers,
         qu’il ne se vosist mies assentir à la pais de
         leur signeur et de monsigneur Charle de Blois, car il
         avoient tout aleuet et despendu: si estoient povre. Si
     25  voloient par bataille ou tout parperdre ou recouvrer.
         Et messires Jehans Chandos leur eut en couvent.


         § 536. Quant ce vint le dimence au matin, cescuns
         en son host se apparilla, vesti et arma. Si dist on
         pluiseurs messes en l’ost monsigneur Charle de Blois,

   [160] et se acumenia qui acumeniier se veult. Et ossi fisent
         il en tel manière en l’ost dou conte de Montfort. Un
         petit apriès soleil levant, se retraist cescuns en se
         bataille et en son arroi, ensi qu’il avoient esté le jour
      5  devant.

         Assés tost apriès, revint li sires de Biaumanoir,
         qui portoit les trettiés et qui volentiers les euist
         acordés, se il peuist. Et s’en vint premiers, à chevauçant,
         devers monsigneur Jehan Chandos, qui issi
     10  de se bataille si tretost comme il le vei, et laissa le
         conte de Montfort dalés qui il estoit, et s’en vint sus
         les camps parler à lui. Quant li sires de Biaumanoir
         le vei, si le salua moult haultement et li dist: «Messire
         Jehan, messire Jehan, je vous pri, pour Dieu,
     15  que nous mettons ces deux signeurs à acord; car ce
         seroit trop grans pités, se tant de bonnes gens comme
         il y a ci, se combatoient pour leurs oppinions aidier
         à soustenir.»

         Adonc respondi messires Jehans Chandos tout au
     20  contraire des parolles qu’il avoit mis avant le nuit
         devant, et dist: «Sire de Biaumanoir, je vous pri,
         ne chevauciés meshui plus avant; car nos gens dient
         que, se il vous poeent enclore entre yaus, il vous
         occiront. Avoech tout ce, dites à monsigneur Charle
     25  de Blois, que, [comment qu’il en aviengne[434]], messires
         Jehans de Montfort se voet combatre et issir de
         tous trettiés de pais et d’acort, et dist [ensi que
         aujourd’ui[435]] il demorra dus de Bretagne par bataille, ou
         il morra en le painne.» Quant li sires de Biaumanoir
   [161] entendi monsigneur Jehan Chandos ensi parler, si
         s’enfelleni et fu moult courouciés, et dist: «Chandos,
         Chandos, ce n’est mies li intention de monsigneur
         qu’il n’ait plus grant desir de combatre que messires
      5  Jehans de Montfort, et ossi ont toutes nos gens.» A
         ces parolles il se parti, sans plus riens dire, et retourna
         devers monsigneur Charle de Blois et les barons
         de Bretagne qui l’attendoient.

             [434] Ms. A 8, fº 257.--Mss. B (lacune).

             [435] Ms. B 4, fº 256 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 197 (lacune).

         D’autre part, messires Jehans Chandos se retraist
     10  devers le conte de Montfort qui li demanda: «Comment
         va la besongne? que dist nostre adversaire?»--«Qu’il
         dist? respondi messires Jehans Chandos.
         Il vous mande par le signeur de Biaumanoir, qui
         tantost se part de ci, qu’il se voet combatre, comment
     15  qu’il soit, et demorra dus de Bretagne,
         ou il mourra en le painne.» Et tèle response fist
         adonc messires Jehans Chandos pour encoragier,
         plus encores qu’il ne fust, son dit signeur le conte
         de Montfort. Et fu la fins de la parolle monsigneur
     20  Jehan Chandos qu’il dist: «Or regardés que vous en
         volés faire, se vous vos volés combatre ou non.»--«Par
         monsigneur saint Jorge, dist messires Jehans
         de Montfort, oïl; et Diex voeille aidier le droit:
         faites avant passer nos banières et nos arciers.» Et
     25  il si fisent.

         Or vous dirai dou signeur de Biaumanoir qui
         dist à monsigneur Charle de Blois: «Sire, sire, par
         monsigneur saint Yve, je ay oy la plus grosse parolle
         de monsigneur Jehan Chandos, que je oïsse,
     30  grant temps a; car il dist que li contes de Montfort
         demorra dus de Bretagne et vous moustera aujourd’ui
         que vous n’i avés nul droit.» De ceste parolle
   [162] mua couleur messires Charles de Blois, et respondi:
         «Dou droit soit hui en Dieu qui le scet, et ossi font
         li baron de Bretagne.» Adonc fist il avant passer
         banières et gens d’armes, ou nom de Dieu et de
      5  saint Yve.


         § 537. Un petit devant heure de prime, se approcièrent
         les batailles, de quoi ce fu très belle cose à
         regarder, si com je l’oy dire chiaus qui y furent et qui
         veu les avoient, car li François estoient ossi serré et
     10  ossi joint que on ne peuist mies jetter une pomme
         que elle ne cheist sus un bachinet ou sus une lance.
         Et portoit cescuns homs d’armes son glave droit devant
         lui, retaillé à le mesure de cinq piés, et une hace
         forte, dure et bien acerée, à courtes mances, à son
     15  costé ou sus son col. Et s’en venoient ensi tout bellement
         le pas, cescuns sires en son arroi et entre ses
         gens, et sa banière ou son pennon devant lui, avisés
         de ce qu’il devoit faire. Et d’autre part ossi, li Englès
         estoient très faiticement et très bien ordonné.

     20  Si se assamblèrent premierement la bataille monsigneur
         Bertran de Claiekin et li Breton de son lés, à le
         bataille monsigneur Robert Canolle et monsigneur
         Gautier Huet. Et misent li signeur de Bretagne, cil
         qui estoient d’un lés et de l’autre, les banières des
     25  deux signeurs qui s’appelloient dus, l’un contre l’autre,
         et les aultres batailles se assamblèrent ensi par
         grant ordenance l’un contre l’autre. Là eut de premiers
         encontres grans bouteis et esteceis de lances et
         fort estour et dur. Bien est verités que li arcier traiirent
     30  de commencement; mès leurs très ne greva
         noient as François, car il estoient trop bien armet et
   [163] fort, et ossi bien paveschiet contre le tret. Si jettèrent
         cil arcier leurs ars jus, qui estoient fort compagnon,
         able et legier, et se boutèrent entre les gens d’armes
         de leur costé, [et puis s’en vinrent à ces Franchois qui
      5  portoient ces haces. Si se aherdirent à iaulx de grant
         volenté[436]], et tollirent de commencement as pluiseurs
         leurs haces, de quoi il se combatirent depuis bien et
         faiticement. Là eut fait tamaintes grans apertises
         d’armes, mainte luitte, mainte prise et mainte rescousse;
     10  et sachiés qui estoit cheus à terre, c’estoit
         fort dou relever, se il n’estoit trop bien secourus.

             [436] Ms. B 4, fº 257.--Ms. B 1, t. II, fº 198 vº (lacune).

         La bataille monsigneur Charle de Blois s’adreça droitement
         à le bataille monsigneur Jehan de Montfort,
         qui estoit forte et espesse. En se compagnie et en se
     15  bataille estoient li viscontes de Rohem, li sires de
         Lyon, messires Charles de Dignant, li sires de Kintin,
         li sires d’Ansenis et li sires de Rocefort, et cescuns
         sires se banière devant lui. Là eut, je vous di,
         dure bataille, et grosse et bien combatue, et furent
     20  cil de Montfort de commencement durement rebouté.
         Mès messires Hues de Cavrelée, qui estoit sus èle et
         qui avoit une belle bataille et de bonnes gens, venoit
         à cel endroit où il veoit ses gens branler, ouvrir ou
         desclore, et les reboutoit et mettoit sus par force
     25  d’armes. Et ceste ordenance leur valli trop grandement;
         car sitos qu’il avoit les foulés remis sus, et il
         veoit une aultre bataille ouvrir ou branler, il se
         traioit celle part et les reconfortoit par tèle manière
         comme il est dit devant.


   [164] § 538. D’autre part, se combatoient messires Oliviers
         de Cliçon, messires Eustasses d’Aubrecicourt,
         messires Richars Burlé, messires Jehans Boursiers,
         messires Mahieus de Gournay et pluiseur aultre bon
      5  chevalier et escuier, à le bataille dou conte d’Auçoirre
         et dou conte de Joni, qui estoit moult grande
         et moult grosse et moult bien estoffée de bonnes
         gens d’armes. Là eut fait ossi mainte belle apertise
         d’armes, mainte prise et mainte rescousse. Là se
     10  combatoient François et Bretons, d’un lés, moult vaillamment
         et très hardiement des haces qu’il portoient
         et qu’il tenoient.

         Là fu messires Charles de Blois durement bons
         chevaliers et qui vaillamment et hardiement se combati
     15  et assambla à ses ennemis de grant volenté.
         Et ossi y fu bons chevaliers ses aversaires li contes
         de Montfort: cescuns y entendoit ensi que pour li.
         Là estoit li dessus dis messires Jehans Chandos, qui
         y faisoit trop grant fuison d’armes; car il fu à son
     20  temps fors chevaliers et hardis durement et ressongniés
         de ses ennemis, et en bataille sages et avisés et
         plains de grant ordenance. Si consilloit le conte de
         Montfort ce qu’il pooit et le adreçoit à entendre, à
         reconforter ses gens et li disoit: «Faites ensi et ensi,
     25  et traiiés vous de ceste part et d’autre.» Li jones
         contes de Montfort le creoit et ouvroit volentiers
         par son conseil.

         D’autre part, messires Bertrans de Claiekin, li sires
         de Tournemine, li sires d’Avaugor, li sires de Rais,
     30  li sires de Rieus, li sires de Lohiac, li sires de Gargoulé,
         li sires de Malatrait, li sires dou Pont et li
         sires de Prie et tamaint bon chevalier et escuier de
   [165] Bretagne et de Normendie, qui là estoient dou costé
         monsigneur Charlon de Blois, se combatoient moult
         vaillamment, et y fisent mainte belle apertise d’armes,
         et tant se combatirent que toutes ces batailles
      5  se recueillièrent ensamble, excepté li arrière garde
         des Englès, dont messires Hues de Cavrelée estoit
         chiés et souverains. Ceste bataille se tenoit toutdis
         sus èle, et ne s’ensonnioit d’autre cose fors de radrecier
         et mettre en conroy les leurs qui branloient
     10  ou qui se desconfisoient.

         Entre les autres chevaliers englès et bretons, messires
         Oliviers de Cliçon y fu bien veus et avisés qu’il
         y fist merveilles d’armes de son corps, et tenoit une
         hace dont il ouvroit et rompoit ces presses, et ne
     15  l’osoit nuls approcier. Et se embati, tèle fois fu, si
         avant qu’il fu en grant peril, et y eut moult à faire de
         son corps en le bataille dou conte d’Auçoirre et dou
         conte de Joni. Et trouva durement fort encontre sur
         lui, tant que d’un cop d’une hace il fu ferus en travers,
     20  qui li abati le visière de son bacinet, et li entra
         li pointe de le hace en l’ueil, et l’en eut depuis
         crevet; mais pour ce ne demora mies que il ne fust
         encores très bons chevaliers. Là se recouvroient batailles
         et banières, qui une heure estoient tout au
     25  bas, et tantost par bien combatre se remettoient sus,
         tant d’un lés comme de l’autre.

         Entre les aultres chevaliers, fu messires Jehans Chandos
         très bons chevaliers, et vaillamment s’i combati,
         et tenoit une hace dont il donnoit les horions si grans
     30  que nulz ne l’osoit approcier; car il estoit grans chevaliers
         et fors et bien fourmés de tous membres. Si
         s’en vint combatre à le bataille le conte d’Auçoirre et
   [166] des François, et là eut fait mainte belle apertise d’armes.
         Et par force de bien combatre il rompirent et
         reboutèrent ceste bataille bien avant, et le misent à
         tel meschief que briefment elle fu desconfite, et toutes
      5  les banières et li pennon de ceste bataille jettés par
         terre, rompus et deschirés, et li signeur mis et contourné
         en grant meschief; car il n’estoient aidié ne
         conforté de nul costé, mais estoient leurs gens tous
         ensonniiés d’yaus deffendre et entendre au combatre.

     10  Au voir dire, quant une desconfiture vient, li desconfi
         se desconfisent et esbahissent de trop peu, et
         sus un cheu, il en chiet trois, et sus trois, dix, et sus
         dix, trente, et pour dix, se il s’enfuient, il s’enfuient
         cent. Ensi fu de ceste bataille d’Auroy. Là crioient et
     15  escrioient cil signeur et leurs gens qui estoient dalés
         yaus, leurs ensengnes et leurs cris: de quoi li aucun
         estoient oy et reconforté, et li aucun non, qui estoient
         en trop grant presse ou trop en sus de leurs
         gens. Toutesfois li contes d’Auçoirre, par force d’armes,
     20  fu durement navrés et pris desous le pennon
         de monsigneur Jehan Chandos et fianciés prisons, et
         li contes de Joni ossi, et occis li sires de [T]rie, uns
         grans banerès de Normendie, et pluiseur bon chevalier
         et escuier de Normendie.


     25  § 539. Encores se combatoient les aultres batailles
         moult vaillamment, et se tenoient li Breton en bon
         couvenant. Et toutesfois, à parler loyaument d’armes,
         il ne tinrent mies si bien leur pas ne leur arroi, ensi
         qu’il apparu, que fisent li Englès et li Breton dou
     30  costé le conte de Montfort, et trop grandement leur
         valli ce jour celle bataille sus èle de monsigneur Hue
   [167] de Cavrelée. Quant li Englès et li Breton de Montfort
         veirent ouvrir et branler les François, si se confortèrent
         entre yaus moult grandement, et eurent
         tantost li pluiseur leur chevaus appareilliés; si montèrent
      5  et commencièrent à cacier fort et vistement.

         Adonc se parti messires Jehans Chandos et une
         grant route des siens, et s’en vinrent adrecier sus
         le bataille monsigneur Bertran de Claiekin, où on
         faisoit merveilles d’armes, mais elle estoit ja ouverte,
     10  et pluiseur chevalier et escuier mis en grant meschief.
         Et encores le furent il plus, quant une grosse
         route d’Englès et messires Jehans Chandos y sourvinrent.
         Là eut donné tamaint pesant horion de ces
         haces, et fendu et effondré tamaint bachinet, et maint
     15  homme navré et mort. Et ne peurent, au voir dire,
         messires Bertrans ne li sien porter ce fais. Si fu là
         pris li dis messires Bertrans de Claiekin d’un escuier
         englès desous le pennon à monsigneur Jehan Chandos.
         En celle presse, prist et fiança pour prisonnier li
     20  dis messires Jehans Chandos un baron de Bretagne
         qui s’appelloit le signeur de Rays, hardi chevalier
         durement.

         Apriès ceste grosse bataille des Bretons rompue,
         la ditte bataille fu ensi que desconfite. Et perdirent
     25  li aultre tout leur arroy, et se misent en fuite,
         cescuns au mieulz qu’il peut, pour lui sauver,
         excepté aucun bon chevalier et escuier de Bretagne,
         qui ne voloient mies laissier leur signeur monsigneur
         Charlon de Blois, mès avoient plus chier à morir que
     30  reprocie lor fust fuite. Si se recueillièrent et ralliièrent
         autour de lui et se combatirent desous se banière
         depuis moult vaillamment et très asprement, et
   [168] là eut fait tamainte grant apertise d’armes. Et se tinrent
         messires Charles de Blois et chil qui dalés lui
         estoient, une espasse de temps, en yaus deffendant
         et combatant; mès finablement il ne se peurent tant
      5  tenir qu’il ne fuissent ouvert et desroutet par force
         d’armes, car la plus grant partie des Englès conversoient
         celle part.

         Là fu la banière à monsigneur Charle de Blois
         conquise et jettée par terre, et cils ochis qui le
     10  portoit. Là fu occis en bon couvenant li dis messires
         Charles de Blois, le viaire sus ses ennemis, et uns
         siens filz bastars qui s’appelloit messires Jehans de
         Blois, et pluiseur aultre chevalier et escuier de Bretagne.
         Et me samble que il avoit ensi esté ordené
     15  et pourparlé en l’ost des Englès, au matin, que,
         se on venoit au dessus de le bataille et que messires
         Charles de Blois fust trouvés en le place, on ne le devoit
         prendre à nulle raençon, mès occire. Et ensi, en
         cas samblable, li François et li Breton avoient ordonné
     20  de monsigneur Jehan de Montfort, car en ce
         jour il voloient avoir fin de guerre. Là eut, quant
         ce vint à le cache et à le fuite, grant mortalité, grant
         occision et grant desconfiture, et tamaint bon chevalier
         et escuier pris et mis en grant meschief.

     25  Là fu toute la fleur de la bonne chevalerie de Bretagne
         pour le temps et pour le journée morte ou prise,
         car moult petit de gens d’onneur escapèrent, qui ne
         fuissent mort ou pris. Et par especial des banerès de
         Bretagne y demorèrent mort messires Charles de Dignant,
     30  li sires de Lyon, li sires d’Ansenis, li sires
         d’Avaugor, li sires de Lohiac, li sires de Gargoulé, li
         sires de Malatrait, li sires dou Pont et pluiseur aultre
   [169] chevalier et escuier que je ne puis mies tous nommer;
         et pris li viscontes de Rohem, messires Guis de
         Lyon, li sires de Rocefort, li sires de Rays, li sires de
         Rieus, li sires de Tournemine, messires Henris de
      5  Malatrait, messires Oliviers de Mauni, li sires de Riville,
         li sires de Friauville, li sires d’Ainneval et pluiseur
         aultre de Normendie, et pluiseur bon chevalier
         et escuier de France avoecques le conte d’Auçoirre
         et le conte de Joni.

     10  Briefment à parler, ceste desconfiture fu moult
         grande et moult grosse, et grant fuison de bonnes
         gens y eut mors, tant sus les camps comme en le
         cache, car elle dura huit liewes dou pays, d’Auroy
         jusques moult priès de Rennes. Si avinrent là en
     15  dedens tamaintes aventures, qui toutes ne vinrent
         mies à congnissance. Et y eut aussi maint homme
         mort et pris et recreu sus les camps, ensi que li aucun
         escheoient en bonnes mains, et qu’il trouvoient
         leurs mestres courtois. Ceste bataille fu assés priès
     20  d’Auroy en Bretagne, l’an de grasce Nostre Signeur
         mil trois cens soissante quatre, le neuvime jour dou
         mois de octembre.


         § 540. Apriès la grande desconfiture, si com vous
         avés oy, et la place toute delivrée, li chief des signeurs,
     25  Englès et Breton d’un lés, retournèrent et
         n’entendirent plus au cachier, mès en laissièrent couvenir
         leurs gens. Si se traisent d’un lés li contes de
         Montfort, messires Jehans Chandos, messires Robers
         Canolles, messires Eustasses d’Aubrecicourt, messires
     30  Mahieus de Gournay, messires Jehans Boursiers,
         messires Gautiers Hués, messires Hues de Cavrelée,
   [170] messires Richars Burlé, messires Richars Tanton et
         pluiseur aultre. Et s’en vinrent ombriier dou lonch
         d’une haie, et se commencièrent à desarmer, car il
         veirent bien que la journée estoit pour yaus. Si misent
      5  li aucun leurs banières et leurs pennons à celle haie,
         et les armes de Bretagne tout hault sus un buisson,
         pour ralloiier leurs gens. Adonc se traisent messires
         Jehans Chandos, messires Robers Canolles, messires
         Hues de Cavrelée et aucun chevalier devers monsigneur
     10  Jehan de Montfort, et li disent tout en riant:
         «Sires, loés Dieu et si faites bonne chière, car vous
         avés hui conquis l’iretage de Bretagne.» Il les enclina
         moult doucement, et puis parla que tout l’oïrent:
         «Messire Jehan Chandos, ceste bonne aventure m’est
     15  hui avenue par le grant sens et proèce de vous, et
         se le sçai je de verité, ossi le scèvent tout chil qui
         chi sont: si vous pri, buvés à mon hanap.» Adonc
         li tendi un flascon [plain[437]] de vin où il avoit beu, pour
         lui rafreschir, et dist encores en lui donnant: «Avoecques
     20  Dieu, je vous en doi savoir plus de gré que à
         tout le monde.» En ces parolles revint li sires de
         Cliçon, tous escaufés et enflamés, et avoit moult longement
         poursievis ses ennemis: à painnes s’en estoit
         il peus partir, et ramenoient ses gens grant fuison de
     25  prisonniers. Si se retraist tantost par devers le conte
         de Montfort et les chevaliers qui là estoient, et descendi
         de son coursier; si s’en vint esventer et rafreschir
         dalés yaus.

             [437] Ms. B 4, fº 258 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 201 (lacune).

         Entrues que li contes de Montfort et li chevalier
     30  estoient en cel estat, revinrent doi chevalier et doi
   [171] hiraut qui avoient chercié les mors, pour savoir que
         messires Charles de Blois estoit devenus, car il n’estoient
         point certain se il estoit mors ou non. Si
         disent ensi tout en hault: «Monsigneur, faites bonne
      5  chière, car nous avons veu vostre adversaire, messire
         Charle de Blois, mort.» A ces parolles se leva li
         contes de Montfort, et dist qu’il le voloit aler veoir
         et que il avoit desir de le veoir otant bien mort que
         vif. Si s’en alèrent avoecques lui li chevalier qui là
     10  estoient. Quant il furent venu jusques au liu où il gisoit,
         tournés d’une part et acouvers d’une targe, il le fist
         descouvrir, et puis le regarda moult piteusement, et
         pensa une espasse, et puis dist: «Ha! monsigneur
         Charle, monsigneur Charle, biaus cousins, com par
     15  vostre oppinion maintenir sont advenu en Bretagne
         maint grant meschief! Se Diex m’ayt, il me desplaist
         quant je vous trueve ensi, se estre peuist aultrement.»
         Et lors commença à larmiier. Adonc le tira arrière
         messires Jehans Chandos et li dist: «Sire, sire,
     20  partons de ci et regracions Dieu de le belle aventure
         que vous avés, car sans le mort de cesti ne poiés
         vous venir à l’iretage de Bretagne.» Adonc ordonna
         li contes que messires Charles de Blois fust portés à
         Ghingant, et il le fu incontinent, et là ensepelis
     25  moult reveramment, liquels corps de li saintefia par
         le grasce de Dieu, et le appelle on saint Charle, et
         le approuva et canonnisa papes Urbains Ves, qui regnoit
         pour le temps, car il faisoit et fait encor en
         Bretagne tous les jours maint grant et biel miracle.


     30  § 541. Apriès ceste ordenance, et que li mort furent
         desvesti et que leurs gens furent retourné de le
   [172] cache, il se retraisent devers leurs logeis dont au
         matin il s’estoient parti. Si se desarmèrent et puis se
         aisièrent de ce qu’il eurent, il avoient assés de quoi,
         et entendirent à leurs prisonniers. Et fisent remuer
      5  et apparillier les navrés et les blechiés, et leurs gens
         meismes qui estoient navret et blechiet fisent il
         rappareillier et remettre à point.

         Quant ce vint le lundi au matin, li contes de
         Montfort fist à savoir, sus le pays, à chiaus de la cité
     10  de Rennes et des villes environ, qu’il donnoit et
         acordoit triewes trois jours pour recueillier les mors
         dessus les camps et ensepelir et mettre tous en sainte
         terre: laquèle ordenance on tint à moult bonne. Si
         se tint li contes de Montfort par devant le chastiel
     15  d’Auroy à siège et dist que point ne s’en partiroit si
         l’aroit à sa volenté.

         Ces nouvelles s’espardirent en pluiseurs lieus et en
         pluiseurs pays, comment messires Jehans de Montfort,
         par le conseil et confort des Englès, avoit obtenu
     20  le place contre monsigneur Charle de Blois, et
         lui mort et desconfi, et mort et pris toute la fleur de
         Bretagne qui faisoient partie contre lui. Si en avoit
         messires Jehans Chandos grandement le grasce et le
         renommée. Et disoient toutes manières de gens, chevaliers
     25  et escuiers, qui à le besongne avoient esté,
         que par lui et par son sens et sa grant proèce avoient
         li Englès et li Breton obtenu [la place[438]].

             [438] Ms. A 8, fº 260.--Mss. B (lacune).

         De ces nouvelles furent tout li amit et li confortant
         à monsigneur Charle de Blois couroucié, ce fu
     30  bien raisons, et par especial li rois de France, car
   [173] ceste desconfiture li touchoit grandement, pour tant
         que pluiseur bon chevalier de son royaume avoient
         là esté mort et pris, messires Bertrans de Claiekin
         que moult amoit, li contes d’Auçoirre, li contes de
      5  Joni et tout li baron de Bretagne, sans nullui excepter.
         Si envoia li dis rois Charles de France son frère
         monsigneur Loeis, duc d’Angho, sus les marces de
         Bretagne, pour reconforter le pays qui estoit moult
         desolés pour l’amour de leur signeur monsigneur
     10  Charle de Blois que perdu avoient, et pour reconforter
         ossi madame de Bretagne, femme au dit monsigneur
         Charle de Blois, qui estoit si desolée et desconfortée
         de la mort de son mari que riens n’i falloit.

         A ce estoit li dis dus d’Ango bien tenus dou faire,
     15  quoique volentiers le fesist, car il avoit à espeuse la
         fille dou dit monsigneur Charle et de la ditte dame.
         Si prommetoit de grant volenté as bonnes villes,
         chités et chastiaus de Bretagne et au demorant dou
         pays, conseil, confort et ayde, en tous cas. En quoi
     20  la dame, que il clamoit mère, et li pays eurent une
         espasse de temps grant fiance jusques adonc que li
         rois de France et ses consaulz, pour tous perilz oster
         et eschiewer, y misent attemprance, si com vous orés
         recorder assés temprement.

     25  Si vinrent ossi ces nouvelles au dit roy d’Engleterre,
         car li contes de Montfort l’en escrisi, au cinquime
         jour que la bataille avoit esté devant Auroi,
         en le ville de Douvres. Et en aporta lettres de creance
         uns varlés poursievans armes qui avoit esté à le bataille,
     30  et lequel li rois d’Engleterre fist tantost hiraut,
         par lequel hiraut et aucuns chevaliers d’un lés et de
         l’autre qui furent à le bataille je fui enfourmés. Et
   [174] la cause pour quoi li rois d’Engleterre estoit adonc
         à Douvres, je le vous dirai.


         § 542. Il est bien voirs que uns mariages entre
         monsigneur Aymon, conte de Cantbruge, fil au dit
      5  roy d’Engleterre, et la fille dou conte Loeis de Flandres,
         avoit esté trettiiés et pourparlés trois ans en
         devant. Auquel mariage li contes de Flandres estoit
         nouvellement assentis et acordés, mès que papes
         Urbains Ves les vosist dispenser, car il estoient moult
     10  proçain de linage. Et en avoient esté li dus de Lancastre
         et messires Aymenions ses frères et grant fuison
         de barons et de chevaliers, en Flandres, devers le
         dit conte Loeis qui les avoit recheus moult honourablement.
         Et par plus grant conjonction de pais
     15  et d’amour, li dis contes de Flandres estoit venus
         avoecques eulz à Calais et passa le mer et vint à
         Douvres, où li dis rois et une partie de son conseil
         l’avoit recheu. Et encores estoient il là, quant li dessus
         dis varlés et messages en ce cas aporta les nouvelles
     20  de la besongne d’Auroy, ensi comme elle avoit
         alé.

         De laquèle avenue li rois d’Engleterre et tout li
         baron qui là estoient furent moult resjoy, et ossi fu
         li contes de Flandres, pour l’amour et honneur et
     25  avancement de son cousin germain le conte de Montfort.
         Et donna li dis rois au dit varlet, qu’il fist hiraut,
         si com dessus est dit, le nom de Windesore et moult
         grant pourfit. Si furent li rois d’Engleterre, li contes
         de Flandres et li signeur dessus nommé environ
     30  trois jours à Douvres, en festes et en esbatemens. Et
         quant il eurent revelé et jeué et fait ce pour quoi il
   [175] estoient là assamblé, li dis contes de Flandres prist
         congiet au roy d’Engleterre et se parti. Si me samble
         que li dus de Lancastre et messires Aymons rapassèrent
         le mer à Calais avoecques le dit conte de Flandres
      5  et li tinrent toutdis compagnie jusques à tant
         qu’il fu revenus à Bruges. Nous nos soufferons à parler
         de ceste matère et parlerons dou conte de Montfort
         et dirons comment il persevera en Bretagne.


         § 543. Li contes de Montfort, si com ci dessus est
     10  dit, tint et mist le siège devant Auroy, et dist qu’il
         ne s’en partiroit si l’aroit à se volenté. Cil dou
         chastiel n’estoient bien aise, car il avoient perdu
         leur chapitainne Henri de le Sauternèle, qui estoit
         demorés à le besongne, et toute le fleur de leurs
     15  compagnons. Et ne se trouvoient laiens que un bien
         petit de gens, et se ne leur apparoit nulz secours de
         nul costé: si eurent conseil de yaus rendre et le
         forterèce, salve leurs corps et leurs biens. Si trettiièrent
         devers le dit conte de Montfort et son conseil
     20  sus l’estat dessus dit. Li dis contes, qui avoit en
         pluiseurs lieus à entendre et point ne savoit encores
         comment li pays se vorroit maintenir, les prist à
         merci et laissa paisieulement partir chiaus qui partir
         vorrent, et prist le saisine et possession de le forterèce
     25  et y mist gens de par lui.

         Et puis chevauça oultre, et toute son host qui tous
         les jours croissoit, car gens d’armes et arcier li venoient
         d’Engleterre à effort; et ossi se tournoient
         pluiseur chevalier et escuier de Bretagne devers lui,
     30  et par especial cil Breton bretonnant. Si s’en vinrent
         devant le bonne ville de Jugon, qui se cloy contre lui
   [176] et se tint trois jours, et le fist li dis contes de Montfort
         assallir par deux assaus, et en y eut moult de
         blechiés dedens et dehors. Cil de Jugon, qui se
         veoient assalli et point de recouvrier ens ou pays ne
      5  savoient, n’eurent mies conseil d’yaus tenir trop longement
         ne de faire herriier, et recogneurent le comte
         de Montfort à signeur, et li ouvrirent leurs portes, et
         li jurèrent foy et loyauté à tenir et à garder à tousjours
         mès. Si remua li dis contes tous officiiers en
     10  le ville et mist nouviaus.

         Et puis chemina devers le [bonne[439]] ville de Dignant.
         Là mist il grant siège, et qui dura bien avant
         en l’ivier; car la ville estoit bien garnie de grans
         pourveances et de bonnes gens d’armes. Et ossi li
     15  dus d’Ango leur mandoit que il se tenissent ensi
         que bonnes gens devoient faire, car il les conforteroit.
         Ceste oppinion les fist tenir et endurer tamaint
         grant assaut. Quant il veirent que leurs pourveances
         amenrissoient et que nulz secours ne leur
     20  apparoit, il trettièrent de le pais devers le conte de
         Montfort, liquelz y entendi volentiers et ne desiroit
         aultre cose, mès que il le volsissent recognoistre à
         signeur, ensi qu’il fisent. Et entra en la ditte ville de
         Dignant à grant solennité, et li fisent tout feaulté et
     25  hommage.

             [439] Ms. B 4, fº 260.--Ms. B 1, t. II, fº 203 (lacune).

         Puis chevauça oultre et s’en vint à toutes ses
         hoos devant le bonne cité de Camper Correntin: si
         le assega de tous poins, et y fist amener et achariier
         les grans engiens de Vennes et de Dignant, et dist et
     30  prommist qu’il ne s’en partiroit si l’aroit. Et vous di
   [177] ensi que li Englès et li Breton de Montfort, messires
         Jehans Chandos et li aultre, qui avoient en le bataille
         d’Auroi pris grant fuison de bons prisonniers, chevaliers
         et escuiers, n’en rançonnoient nesun ne ne
      5  mettoient à finance, pour tant qu’il ne voloient mies
         qu’il se recueillassent ensamble et en fuissent de rechief
         combatu; mais les envoioient en Poito et en
         Saintonge, à Bourdiaus ou en le Rocelle, tenir prison,
         et entrues conqueroient li dit Breton et Englès d’un
     10  costé le pays de Bretagne.


         § 544. Entrues que li contes de Montfort seoit
         devant le cité de Camper Correntin, et moult le abstraint
         par assaus d’engiens qui nuit et jour y jettoient,
         couroient ses gens tout le pays d’environ, et
     15  ne laissoient riens à prendre, se il n’estoit trop chaut
         ou trop pesant. De ces avenues estoit li rois de France
         bien enfourmés. Si eut sur ce pluiseurs consaulz,
         pourpos et imaginations par pluiseurs fois à savoir
         comment il poroit user des besongnes de Bretagne,
     25  car elles estoient en moult dur parti, et se n’i pooit
         bonnement remediier, se il n’esmouvoit son royaume
         et fesist de rechief guerre as Englès, pour le fait de
         Bretagne, ce que on ne li consilloit mies à faire.
         Et li fu dit en grant especialité et deliberation de
     25  conseil: «Très chiers sires, vous avés soustenu le
         oppinion monsigneur Charle de Blois vostre cousin,
         et ossi fist vostre signeur de père et li rois Phelippes
         vostres taions qui li donna en mariage l’iretière [et la
         duché[440]] de Bretagne, par lequel fait moult de grans
   [178] maulz sont avenu en Bretagne et ens ès pays voisins.
         Or est tant alé que messires Charles de Blois, vostres
         cousins, en l’iretage gardant et deffendant, est mors;
         et n’est nulz de son costet qui ceste guerre ne le
      5  droit de son calenge reliève, car ja sont en Engleterre
         prisonnier, à qui moult il en touche et apertient,
         si doi ainné fil, Jehans et Guis. Et si veons et oons
         recorder tous les jours que messires Jehans de Montfort
         prent et conquiert cités, villes et chastiaus, et
     10  les attribue dou tout à lui, ensi comme son lige hiretage.
         Par ensi, poriés vous perdre vos drois et le
         hommage de Bretagne qui est une moult grosse et
         notable cose en vostre royaume et que vous devés
         bien doubter à perdre; car, se li contes de Montfort
     15  le relevoit de vostre frère le roy d’Engleterre,
         ensi que fist jadis ses pères, vous ne le porriés ravoir
         sans grant guerre et hayne entre vous et le
         roy d’Engleterre, où bonne pais est maintenant, que
         nous ne vous consillons pas à brisier. Si vous consillons,
     20  et nous samble, tout consideré et imaginé,
         chiers sires, que ce seroit bon que de envoiier certains
         moiiens et sages trettieurs devers monsigneur
         Jehan de Montfort, pour savoir comment il se voelt
         maintenir, et de entamer matère de pais entre lui et
     25  le pays et la ditte dame qui s’en est appellée duçoise;
         et sur ce que cil trettieur trouveront en lui et en son
         conseil, vous arés avis. Au fort, mieulz vaurroit que
         il demorast dus de Bretagne, afin que il le volsist
         recognoistre de vous et vous en fesist toutes droitures,
     30  ensi que uns sires feaulz doit faire à son signeur,
         que la cose fust en plus grant peril ne
         variement.»

             [440] Ms. B 4, fº 260.--Ms. B 1, t. II, fº 203 vº (lacune).

   [179] A ces parolles entendi li dis rois de France volentiers,
         et furent adonc avisé et ordonné en France
         messires Jehans de Craan, archevesques de Rains, et
         li sires de Craan ses cousins, et messires Bouchicaus,
      5  mareschaus de France, d’aler en ce voiage devant
         Camper Correntin [parler et trettier au conte de Montfort
         et à son conseil, sur l’estat que vous avés oy. Si
         se partirent ces trois seigneurs dessus nommés du
         roy de France, quant il furent avisé et informé de ce
     10  que il devoient faire et dire, et exploitièrent tant par
         leurs journées qu’il vinrent au siège des Bretons et des
         Englès devant Camper Corentin[441]], et se nommèrent
         messagier au roy de France. Li contes de Montfort,
         messires Jehans Chandos et cil de son conseil les
     15  reçurent liement. Si remoustrèrent chil signeur bien
         et sagement ce pour quoi il estoient là envoiiet. A
         ce premier trettié respondi li contes de Montfort
         que il s’en consilleroit, et y assigna journée. Ce terme
         pendant, vinrent cil troi signeur de France sejourner
     20  en le cité de Rennes.

             [441] Ms. B 4, fº 260 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 204 (lacune).

         Si envoya li contes de Montfort en Engleterre le
         signeur Latimier, pour remoustrer au roy ces trettiés
         et quel cose à faire il l’en consilleroit. Li rois
         d’Engleterre, quant il en fu enfourmés, respondi tantos
     25  que il consilloit bien le conte de Montfort à faire
         pais, mais que la ducé de Bretagne li demorast, et
         ossi que il recompensast la ditte dame, qui duçoise
         s’en estoit appellée, d’aucune cose, pour tenir son
         estat bien et honnestement, et li assignast sa rente
     30  et revenue en certain lieu où elle le peuist avoir sans
   [180] dangier. Li sires Latimiers raporta arrière, par escript,
         tout le conseil et la response dou roy d’Engleterre
         au conte de Montfort, qui se tenoit devant
         Camper Correntin.

      5  Depuis ces lettres et ces responses veues et oyes,
         messires Jehans de Montfort et ses consaulz envoiièrent
         devers les messages dou roy de France, qui se
         tenoient à Rennes. Cil vinrent en l’ost. Là leur fu la
         response faite bien et courtoisement, et leur fu dit
     10  que ja messires Jehans de Montfort ne se partiroit
         dou calenge de Bretagne, pour cose qui avenist, se il
         ne demoroit dus, ensi qu’il s’en tenoit et appelloit;
         mais là où li rois de France li feroit ouvrir paisieulement
         cités, villes et chastiaus, et rendre fiés et
     15  hommages et toutes droitures, ensi que li duch de
         Bretagne anciennement l’avoient tenu, il le recognisteroit
         volentiers à signeur naturel et l’en feroit hommages
         et tous services, present et oant les pers de
         France, et encores, par cause de proïsmeté et de
     20  ayde, il aideroit et conforteroit de aucune recompensation
         sa cousine, la femme à monsigneur Charlon
         de Blois, et aideroit à delivrer ossi moult volentiers
         ses cousins qui estoient prisonnier en Engleterre,
         Jehan et Gui.

     25  Ces responses plaisirent bien à ces signeurs de
         France qui là avoient estet envoiiet[442]; si prisent
         jour et terme de le accepter ou non: on lor acorda
         legierement. Tantost il envoiièrent devers le duch
         d’Ango, qui estoit retrais à Angiers, et auquel li rois
     30  avoit remis toutes les ordenances dou faire ou dou
   [181] laiier. Quant li dus d’Ango vei les trettiés, il se
         consilia sus une grant espasse: lui bien consiliiet,
         finablement il les accepta, et revinrent arrière doi
         chevalier qui envoiiet avoient esté devers lui, et raportèrent
      5  la response dou dit duc d’Ango, par escript
         et seelé. Si se departirent de le cité de Rennes li
         dessus dit messagier au roy de France, et vinrent
         devant Camper Correntin.

             [442] Ms. B 4, fº 261.--Ms. B 1, t. II, fº 204 vº (lacune).

         Là fu finablement la pais faite et acordée et
     10  seelée de monsigneur Jehan de Montfort. Et demora
         adonc dus de Bretagne, parmi tant que, se il
         n’avoit enfans de sa char par loyauté de mariage, la
         terre apriès son dechiés devoit retourner as enfans
         monsigneur Charle de Blois. Et demorroit la dame,
     15  femme qui fu à monsigneur Charle de Blois, contesse
         de Pentèvre, laquèle terre pooit valoir par an
         environ vingt mil frans, et tant li devoit on faire
         valoir. Et devoit li dis messires Jehans de Montfort
         venir en France, quant mandés y seroit, et faire
     20  hommage au roy de France et recognoistre la ducé
         de lui. De tout ce prist on chartres et instrumens
         [publiques[443]] et lettres grossées et seelées de l’une
         partie et de l’autre. Et par ensi entra li contes de
         Montfort en l’iretage de Bretagne, et en demora dus
     25  un temps, jusques adonc que aultres renouvelemens
         de guerres revinrent, si com vous orés recorder
         avant en l’istore.

             [443] Ms. B 4, fº 261.--Ms. B 1, t. II, fº 204 vº (lacune).


         § 545. Avoech toutes ces coses, parmi l’ordenance
         de le pais, reut li sires de Cliçon toute sa terre
   [182] entierement que li rois Phelippes jadis li avoit tolue et
         ostée, et li rendi li rois Charles de France et encores
         de l’autre assés. Cilz sires de Cliçon depuis s’acointa
         dou roi de France que c’estoit fait en France tout
      5  ce qu’il voloit, et sans lui n’estoit riens fait. Si fu
         tous li pays de Bretagne moult joieus, quant il se
         trouvèrent en pais. Et prist li dis dus les fois et les
         hommages des cités, des villes, des chastiaus et de
         tous les prelas et les gentilz hommes. Assés tost apriès,
     10  se maria cilz dis dus à la fille de madame la princesse
         de Galles que elle avoit eu de monsigneur Thumas
         de Hollandes. Et en furent les noces faites en le
         bonne cité de Nantes moult grandes et moult nobles.

         Encores avint, en cest yvier, que la royne Jehane,
     15  ante dou dit roy de Navare, et la royne Blance, sa suer
         germaine, pourcacièrent et esploitièrent tant que pais
         fu faite et acordée entre le roy de France et le roy
         de Navare, parmi l’ayde et le grant sens de monsigneur
         le captal de Beus, qui y rendi grant cure et
     20  grant diligense, et parmi tant fu il quittes et delivrés
         de sa prison. Et li moustra et fist de fait li rois de
         France grant signe d’amour, et li donna le biel chastiel
         de Nemouses et toutes les appendances de la chastelerie,
         où bien apertiennent troi mil frans par an de
     25  revenue. Et en devint homs li dis captaus au roy de
         France: douquel hommage li dis rois fu moult resjoïs,
         car il amoit grandement le service d’un tel chevalier
         comme li captaus estoit pour ce temps, mès il
         ne le fu mies trop longement.

     30  Car quant il revint en le prinçauté devers le prince
         de Galles, li princes, qui savoit et estoit enfourmés
         de ceste ordenance, l’en blasma durement et dist qu’il
   [183] ne se pooit acquitter loyaument à servir deus signeurs,
         et qu’il estoit trop convoiteus, quant il avoit pris terre
         en France où il n’estoit ne prisiés ne honnourés. Quant
         li captaus se vei en ce parti et si dur recheus et appellés
      5  dou prince de Galles son naturel signeur, il se
         virgonda et dist, en lui escusant, qu’il n’estoit mies
         trop avant loiiés au roy de France et que bien pooit
         deffaire tout ce que fait estoit. Si renvoia par un
         sien chevalier son hommage au roy de France, et renonça
     10  à tout ce que donné li avoit. Et demora depuis
         li dis captaus dalés le prince. Parmi le composition
         et ordenance de le pais qui se fist entre le roy de
         France et le roy de Navare, demorèrent au dit roy
         de France Mantes et Meulent, et li rois li rendi aultres
     15  chastiaus en Normendie.

         En ce temps, se parti de France messires Loeis de
         Navare et passa oultre en Lombardie pour espouser
         la royne de Naples. Mais à son departement il emprunta
         au roy de France, sus aucuns chastiaus que il
     20  tenoit en Normendie, soissante mil florins, liquelz
         messires Loeis, depuis qu’i[l] eut espousé la ditte
         dame, ne vesqui point longement. Diex li pardoinst
         tous ses pechiés, car il fu moult courtois chevaliers!


         § 546. En ce temps, estoient les Compagnes si
     25  grandes en France que on n’en savoit que faire, car
         les guerres du roy de Navare et de Bretagne estoient
         fallies. Si avoient apris cil compagnon, qui poursievoient
         les armes, à pillier et à vivre davantage sus le
         plat pays. Si ne s’en pooient ne ossi ne voloient detenir
     30  ne astenir, et tous leurs recours estoit en
         France. Et appelloient ces Compagnes le royaume
   [184] de France leur cambre. Toutes fois, il n’osoient converser
         en Acquitainnes, la terre dou prince, ne on
         ne les y ewist mies souffers. Et ossi, au voir dire,
         la plus grant partie des chapitainnes estoient gascon
      5  et englès et homme dou roy d’Engleterre ou dou
         prinche. Aucuns Bretons y pooit bien avoir, mais
         c’estoit petit. De quoi moult de gens ou royaume de
         France murmuroient et parloient sus le partie dou
         roy d’Engleterre et dou prince, et disoient couvertement
     10  qu’il ne se acquittoient mies bien envers le
         roy de France, quant il n’aidoient à bouter hors ces
         males gens dou dit royaume. Nequedent, il les avoient
         plus chier ensus de eulz que dalés yaus. Si considerèrent
         li sage homme dou royaume de France que,
     15  se on n’i mettoit remède et conseil, ou que on les
         combatesist ou que on les envoiast hors par grant
         mise d’argent, il destruiroient le noble royaume de
         France et sainte crestienneté.

         A ce donc avoit un roy en Hongherie qui les volsist
     20  bien avoir eus dalés lui, et les euist trop bien ensonniiés
         contre les Turs à qui il guerioit et qui li portoeint
         moult de damages. Si en escripsi devers le pape
         Urbain cinquime, qui estoit pour le temps en Avignon,
         qui volentiers en euist veu le delivrance dou royaume
     25  de France, et ossi devers le roy de France et devers
         le prince de Galles. Si traitta on devers les chapitainnes,
         et leur offri on grant argent et vivres et passage;
         mès onques ne s’i veurent assentir. Et respondirent
         que ja il n’iroient si lonch guerriier, car il fu
     30  là dit entre yaus d’aucuns compagnons qui cognissoient
         le pays de Hongrie que il y avoit telz destrois
         que, se il y estoient embatu, jamais n’en isteroient,
   [185] et les y feroit on morir de male mort. Ceste cose les
         effrea si que il n’i eurent talent d’aler.


         § 547. Quant li papes [Urbains[444]] et li rois de France
         veirent que il ne venroient point à leur entente de
      5  ces maleoites gens qui ne se voloient vuidier ne
         partir dou royaume de France, mès y mouteplioient
         tous les jours, si regardèrent et avisèrent une aultre
         voie.

             [444] Ms. A 8, fº 263.--Mss. B (lacune).

         En ce temps, y avoit un roy en Castille qui s’appelloit
     10  dan Pières, de mervilleuses opinions plains,
         et estoit durement rebelles à tous commandemens
         et ordenances de l’Eglise, et voloit sousmettre tous
         ses voisins crestiiens, especialment le roy d’Arragon
         qui s’appelloit Pierre, liquelz estoit bons et [vrais[445]]
     15  catholikes, et li avoit tolut une grant partie de sa
         terre, et encores se mettoit il en painne dou tollir
         le demorant. Avoech tout ce, cilz rois dans Piètres
         avoit trois frères bastars, enfans dou bon roy Alphons
         son père et d’une dame qui s’appella la Riche Done.
     20  Li ainnés avoit à nom Henris, li secons dan Tille, et
         li tiers Sanses. Cilz rois dans Piètres les haoit durement
         et ne les pooit veoir dalés lui, et volentiers
         par pluiseurs fois les euist mis à fin et decolés, se il
         les euist tenus. Nekedent, il avoient esté moult amé
     25  dou roy leur père. Et avoit très son vivant donné li
         rois Alphons à Henri l’ainnet le conté d’Esturges;
         mès li rois dans Pières li avoit retolut, et tous jours
         guerrioient ensamble. Cilz bastars Henris estoit et
   [186] fu moult hardis et preus chevaliers, et avoit grant
         temps conversé en France et poursievi les guerres et
         servi le roy de France et le amoit durement. Cilz
         rois dans Pières, si com famés couroit, avoit fait
      5  morir la mère de ces enfans moult diversement: de
         quoi il lor en desplaisoit, c’estoit bien raisons. Avoech
         tout ce, ossi [avoit[446]] fait morir et exilliet pluiseurs
         haus barons dou royaume de Castille, et estoit si crueulz
         et si plains d’erreur et de austerité que tout si homme
     10  le cremoient et ressongnoient et le haoient, se
         moustrer li osaissent. Et avoit fait morir une très
         bonne et sainte dame que il avoit eu à femme, madame
         Blance de Bourbon, fille au duch Pière de
         Bourbon et suer germainne à la royne de France et
     15  à la contesse de Savoie. De laquèle mort il desplaisoit
         grandement à son linage, qui est uns des nobles
         dou monde.

             [445] Ms. B 3, fº 275 vº.--Mss. B 1 et B 4 (lacune).

             [446] Ms. B 3, fº 275 vº.--Mss. B 1 et B 4 (lacune).

         Encores couroit fames des gens ce roy dan Piètre
         meismement que il s’estoit amiablement composés
     20  au roy de Grenade et au roy de Bellemarine et au
         roy de Tramesainnes, qui estoient ennemi de Dieu et
         incredule. Et se doubtoient ses gens que il ne fesist
         aucuns griés et molestés à son pays et ne violast les
         eglises, car ja leur tolloit il lor rentes et revenues et
     25  tenoit les prelas de son royaume en prison et les
         constraindoit par manière de tirannisie. Dont les
         plaintes grandes et grosses venoient tous les jours à
         nostre saint père le pape, en suppliant que il y volsist
         pourveir de remède: asquelz complaintes et
     30  priières papes Urbains descendi et envoia tantost ses
   [187] messages en Castille devers ce roy dan Piètre, en lui
         mandant et commandant qu’il venist tantost et sans
         delay, en propre personne, en court de Romme,
         pour lui laver et purgier des villains mesfais dont il
      5  estoit amis. Cilz rois dans Piètres, comme orguilleus
         et presumptueus, ne daigna obeir, mès villena encores
         grandement les messages dou Saint Père, dont
         il enchei grandement en l’indignation de l’Eglise et
         dou chief de l’Eglise nostre Saint Père le pape. Si
     10  persevera toutdis cils rois dans Piètres en son pechié.
         Adonc fu regardé et avisé comment ne par quel
         voie on le poroit batre ne corrigier, et fu dit qu’il
         n’estoit mies dignes de porter nom de roy et de tenir
         royaume. Et fu en plain concitore, en Avignon et en
     15  le cambre dou pape, escumeniiés publikement et reputés
         pour bougre et incredule, et fu adonc avisé et
         regardé que on le constrainderoit par ces Compagnes
         qui se tenoient ou royaume de France. Si furent
         mandé en Avignon li rois d’Arragon, qui durement
     20  haoit ce roi dan Piètre, et Henris li bastars d’Espagne.
         Là fu de nostre Saint Père le pape legitimés
         Henris à obtenir royaume, et maudis et condempnés
         de bouche de pape li rois dan Piètres. Là
         dist li rois d’Arragon que il ouveroit son royaume
     25  et liveroit passage, et aministeroit vivres et pourveances
         pour toutes gens d’armes et leurs poursievans,
         qui en Castille vorroient aler et entrer pour
         confondre ce roy dan Pière et bouter hors de son
         royaume.

     30  De ceste ordenance fu moult resjoïs li rois de
         France, et mist painne et conseil à ce que messires
         Bertrans de Claiekin, que messires Jehans Chandos
   [188] tenoit [prisonnier[447]], fust mis à finance; il le fu
         parmi cent mil frans qu’il paia: si en paiièrent une
         partie li papes, li rois de France et Henris li Bastars.
         Tantos apriès sa delivrance, on traitta devers les
      5  chapitainnes des Compagnes, et leur prommist on grant
         pourfit à faire, mais que il volsissent aler en Castille.
         Il s’i acordèrent legierement parmi grant argent qu’il
         eurent pour departir entre yaus. Et fu adonc cilz
         voiages segnefiiés, en le prinçauté, as chevaliers et as
     10  escuiers dou prince. Et par especial messires Jehans
         Chandos en fu priiés que il volsist estre uns des chiés
         avoech messire Be[r]tran de Claiekin; mès il s’escusa
         et dist que point n’iroit. Pour ce, ne se demora mies
         li voiages à faire; si y alèrent de le prinçauté et des
     15  chevaliers dou prince, messires Eustasses d’Aubrecicourt,
         messires Hues de Cavrelée, messires Gautiers
         Huet, messires Mahieus de Gournay, messires Perducas
         de Labreth et pluiseur aultre. Si se fist tous
         souverains chiés de ceste emprise messires Jehans de
     20  Bourbon, contes de le Marce, pour contrevengier la
         mort de sa cousine germainne la royne d’Espagne, et
         devoit user et ouvrer, ensi qu’il fist, par le conseil
         de monsigneur Bertran de Claeikin; car li dis contes
         de le Marce estoit adonc uns moult jones chevaliers.
     25  En ce voiage se mist ossi, en grant route, li sires de
         Biaugeu qui s’appelloit Antones, et pluiseur aultre
         bon chevalier, telz que messires Ernoulz d’Audrehen,
         mareschaus de [France[448]], messires li Bèghes de
         Vellainnes, messires li Bèghes de Villers, li sires
   [189] d’Antoing en Haynau, messires Alars de Brifueil, messires
         Jehans de Nuefville, messires Gauwains de Bailluel,
         messires [Jehans[449]] de Bergettes, li Alemans de Saint
         Venant et moult d’autres que je ne puis mies tous
      5  nommer. Et se approcièrent toutes ces gens d’armes
         et avancièrent leur voiage, et se misent au chemin,
         et fisent leur assamblée en le Languedok et à Montpellier
         et là environ, et passèrent tout à Nerbonne
         pour aler devers Parpegnant et pour entrer ens ou
     10  royaume d’Arragon. Si pooient ces gens d’armes
         estre environ trente mil. Là estoient tout li chief des
         Compagnes, c’est à savoir messires Robers Briket,
         Jehan Carsuelle, Naudon de Bagherant, Lamit, le
         Petit Meschin, le bourch Camus, le bourch de Lespare,
     15  le bourch de Bretueil, Batillier, Espiote, Aymenion
         d’Ortige, Perrot de Savoie et moult d’autres,
         tout d’un acort et d’une alliance, et en grant volenté
         de bouter hors ce roy dan Piètre dou royaume de
         Castille et mettre [y[450]] le conte d’Esturge son frère le
     20  bastart Henri. Et envoiièrent ces gens d’armes, quant
         il deurent entrer en Arragon pour coulourer et embellir
         leur fait, certains messages de par yaus devers
         le roy dan Piètre, qui ja estoit enfourmés de ces gens
         d’armes qui voloient venir sus lui ens ou royaume
     25  de Castille. Mais il n’en faisoit nul compte; ançois
         assambloit ses gens pour resister contre yaus et combatre
         bien et hardiement à l’entrée de son pays. Et
         li mandèrent que il volsist ouvrir les pas et les destrois
         de son royaume et aministrer vivres et pourveances
   [190] as pelerins de Dieu qui avoient empris, et
         par devotion, d’entrer et aler ens ou royaume de Grenade,
         pour vengier la souffrance Nostre Signeur et
         destruire les incredules et exaucier no foy. Li rois
      5  dan Piètres de ces nouvelles ne fist que rire, et respondi
         qu’il n’en feroit riens ne que il n’obeiroit ja
         à tel truandaille.

             [447] Ms. B 3, fº 276.--Mss. B 1 et B 4 (lacune).

             [448] Ms. B 4, fº 262 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 207 (lacune).

             [449] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

             [450] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

         Quant ces gens d’armes et ces Compagnes seurent
         sa response, si tinrent ce roy dan Piètre à moult orguilleus
     10  et presumptueus, et se hastèrent et avanchièrent
         tantost de lui faire dou pis qu’il peurent.
         Si passèrent tout parmi le royaume d’Arragon et le
         trouvèrent ouvert et appareilliet et partout vivres et
         pourveances à bon marchiet bien et largement; car
     15  li rois d’Arragon avoit grant joie de leur venue, pour
         tant que ces gens d’armes li raquisent et reconquisent
         tantost sus le roy de Castille toute la terre entierement
         que li rois dans Piètres avoit de jadis conquis
         et le tenoit sur lui de force. Et passèrent ces gens
     20  d’armes le grant rivière qui depart Castille et Arragon,
         et entrèrent ou dit royaume d’Espagne. Quant
         il eurent tout reconquis, villes, cités, destrois, chastiaus,
         pors et passages que li rois dans Piètres avoit
         attribués à lui dou royaume d’Arragon, le rendirent
     25  messires Bertrans et ses routes au roy d’Arragon,
         parmi tant que il jura que de ce jour en avant il
         aideroit et conforteroit en toutes manières Henri le
         Bastart contre le roy dan Piètre.

         Ces nouvelles vinrent au dit roy de Castille que
     30  François, Breton, Normant, Englès, Pikart et Bourghegnon
         estoient entré ens son royaume et avoient
         passé le grosse rivière qui depart Castille et Arragon,
   [191] et avoient tout reconquis ce qui estoit par de delà
         l’aigue où tant de painne avoit eu au conquerre. Si
         fu durement courouciés, et dist que la cose ne demorroit
         pas ensi. Si fist un très especial mandement
      5  et commandement par tout son royaume, en disant
         et en segnefiant à tous ceulz asquelz ses lettres et si
         message se adreçoient que il voloit tantost et sans
         delay aler combatre ces gens d’armes qui estoient
         entré en son pays et royaume de Castille. Trop peu
     10  de gens obeirent à ses commandemens; et quant il
         cuida avoir une grant assamblée de ses hommes, il
         n’eut nullui, mès le relenquirent et refusèrent tout li
         baron et li chevalier d’Espagne, et se tournèrent
         devers son frère le bastart Henri, et le couvint fuir:
     15  autrement il euist esté pris à mains, tant estoit il fort
         hays de ses hommes; ne nulz ne demora en ce temps
         dalés lui, fors uns loyaus chevaliers qui s’appelloit
         Ferrans de Chastres. Cilz ne le volt onques relenquir,
         pour cose qui avenist. Et s’en vint li rois dans Piètres
     20  en Seville, la milleur cité d’Espagne. Quant il y fu
         venus, il ne se senti mies trop à segur, mès fist tourser
         et mettre en nef et en grans calant son tresor,
         sa femme et ses enfans, et se parti de Seville, Ferrant
         de Castres avoecques lui. Si arriva li rois dan
     25  Piètres, à privée mesnie et comme uns homs desbaretés
         et desconfis, en Galisse, à un port c’on dist le
         Calongne, où il y a un fort chastiel durement. Si
         se boutèrent là dedens li rois dans Piètres, sa
         femme et deus filles qu’il avoit, jones damoiselles,
     30  Constanses et Ysabiel. Et n’avoit de tous ses hommes
         ne de tout son conseil, fors seulement le dessus
         dit chevalier dan Ferrant de Castres. Or vous
   [192] dirons de Henri le Bastart, son frère, comment il
         persevera.


         § 548. Ensi que j’ai ja dit devant, cilz rois dan
         Piètres estoit si hays de ses hommes par tout le
      5  royaume de Castille, de chief en cor, pour les grandes
         et mervilleuses justices qu’il avoit faites et le occision
         et destruction des nobles de son royaume qu’il avoit
         mis à fin et occis de sa main que, si tretos que conte,
         baron, chevalier et noble dou dit royaume veirent
     10  Henri, son frère le bastart, entrer en Castille à si grant
         poissance, il se traisent tout par devers lui, et le rechurent
         à signeur. Et chevaucièrent partout avoecques
         lui, et fisent ouvrir cités, bours, villes et chastiauz,
         et toutes manières de gens faire hommage. Et
     15  crioient d’une vois li Espagnol une heure: «Vive
         Henris, et muire dans Piètres qui nous a esté si
         crueulz et si hausters!» Ensi menèrent tout parmi
         le royaume de Castille, c’est à savoir messires Gommès
         Garilz, li grans mestres de Calletrave et li mestres
     20  de Saint Jakeme, le dit Bastart, et fisent toutes
         gens obeir à lui, et le couronnèrent à roy en le cité
         d’Esturges. Et li fisent tout prelat, conte, baron et
         chevalier, reverense comme à roy, et li jurèrent
         qu’il le tenroient à tous jours mès, serviroient et
     25  obeiroient pour leur signeur et leur roy, et en cel
         estat, [se besoings estoit[451],] il morroient.

             [451] Ms. B 4, fº 263 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 208 vº
             (lacune).

         Si chevauça li dis Henris de cité en cité et de ville
         en ville, et partout li fist on reverense et recueilloite
         de roy. Si donna li dis rois Henris as chevaliers
   [193] estragniers, qui remis ens ou royaume de Castille l’avoient,
         grans [dons[452]] et riches jeuiaus, tant et si largement
         que tout le recommandoient pour large et
         honnourable signeur. Et [disoient communement
      5  Franchois, Normans et Bretons, que en lui avoit noble
         et vaillant signeur[453]], et qu’il estoit dignes de vivre et
         de tenir terre et regneroit encores poissamment et
         en grant prosperité. Ensi se vei li Bastars d’Espagne
         en le signourie dou royaume de Castille, et fist ses
     10  deus frères, dan Tille et Sanse, cescun conte, et leur
         donna grant revenue et grant pourfit. Si demora rois
         de Castille, de Galisse et de Seville, de Toulette et
         de Luzebonne jusques adonc que li poissance dou
         prince de Galles et d’Aquitainnes l’en mist hors et
     15  remist le roy dan Piètre, son frère, de rechief en le
         possession et signourie des royaumes dessus dis, si
         com vous orés recorder avant en l’istore.

             [452] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

             [453] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).


         § 549. Quant li rois Henris se vei en cel estat et
         ensi au dessus de toutes ses besongnes et que toutes
     20  gens, frans et villains, en Castille obeissoient à lui et
         le tenoient et appelloient leur signeur et leur roy, et
         encor n’estoit apparant de nul contraire que on li
         volsist debatre, si ymagina et jetta son avis, pour son
     25  nom exaucier et pour emploiier ces gens de Compagnes
         voiage sus le roy de Grenade. Si en parla à pluiseurs
         chevaliers qui là estoient et en furent bien d’acort.
         Encores retenoit toutdis dalés lui li dis rois Henris
   [194] les chevaliers dou prince, messires Eustasses d’Aubrecicourt,
         messires Hues de Cavrelée et les autres, et
         [leur[454]] faisoit et moustroit grant samblant d’amour,
         en istance de ce qu’il en voloit estre aidiés et servis
      5  ens ou voiage de Grenade où il esperoit à aler. Assés
         tost apriès son couronnement, se departirent de lui
         et prisent congiet li plus grant partie des chevaliers
         de France, et lor fist grant pourfit au partir. Et
         retournèrent li contes de le Marce, messires Ernoulz
     10  d’Audrehen, li sires de Biaugeu et pluiseur aultre.
         Et encores demorèrent en Castille, dalés le dit roy
         Henri, messires Bertrans de Claiekin, messires Oliviers
         de Mauni et li Breton et ossi les Compagnes,
         jusques adonc que aultres nouvelles lor vinrent. Et
     15  fu messires Bertrans de Claiekin connestables de tout
         le royaume de Castille, par l’acort dou roy Henri
         premierement et de tous les barons dou pays. Or vous
         parlerons dou roy dan Piètre comment il s’estoit
         maintenus.

             [454] Ms. B 4, fº 264.--Ms. B 1, t. II, fº 208 vº (lacune).

     20  Vous avés bien oy recorder comment il s’estoit
         boutés ens ou chastiel de le Calongne sus mer, sa
         femme o lui et ses deus filles et dan Ferrant de Castres
         tant seulement, siques, entrues que li Bastars ses
         frères par le poissance des gens d’armes qu’il avoit
     25  attrais hors de France, conqueroit Castille, et que
         tous li pays se rendoit à lui, si com chi dessus est
         dit, il avoit esté durement effraés, et ne s’estoit mies
         dou tout assegurés ou dit chastiel de le Calongne,
         car il doubtoit trop malement son frère le Bastart, et
     30  bien sentoit que là où on le saroit, on le venroit
   [195] querre de force et assegier. Si n’avoit mies attendu
         ce peril, mès estoit partis de nuit et mis ens une nef,
         sa femme o lui et ses deux filles et dan Ferrant de
         Castres et tout ce qu’il avoit d’or et d’argent et de
      5  jeuiaus. Mès il eurent le vent si contraire que onques
         il ne peurent adonc eslongier le Calongne; et les y
         couvint retourner et rentrer de rechief en le forterèce.
         Adonc demanda conseil li rois dans Piètres à
         dant Ferrant de Castres, son chevalier, comment il se
     10  maintenroit, et en lui complaindant de fortune qui
         li estoit si contraire. «Monsigneur, dist li chevaliers,
         ançois que vous partés de chi, ce seroit bon que
         vous envoiissiés deviers vostre cousin le prince de
         Galles à savoir se il vous vorroit recueillier, et que,
     15  pour Dieu et par pité, il volsist entendre à vous; car
         en aucunes manières il y est tenus pour grans alliances
         que li rois ses pères et li vostres eurent de jadis
         ensamble. Li princes de Galles est bien si nobles et
         si gentilz de sanch et de corage que, quant il sera
     20  enfourmés de vos anois et tribulations, il y prendera
         grant compation. Et se il vous voloit aidier et remettre
         en vostre royaume, il n’est aujourd’ui sires qui le
         peuist faire avant lui, tant est cremus et redoubtés
         par tout le monde et amés de toutes gens d’armes.
     25  Et vous estes encores chi bien et en bonne forterèce
         pour vous tenir un temps, tant que nouvelles vous
         seront retournées d’Aquitainnes.»

         A ce conseil s’acorda legierement li rois dans Piètres,
         et furent lettres escriptes moult piteuses et
     30  moult amiables, et uns chevaliers et doi escuier priiet
         de faire ce voiage. Cil l’emprisent volentiers et se
         boutèrent en un lin en mer et arrivèrent à Baione,
   [196] une cité qui se tient dou roy d’Engleterre. Si demandèrent
         dou prince. On leur dist qu’il estoit à Bourdiaus.
         Il montèrent as chevaus et fisent tant par leur
         esploit qu’il vinrent en le cité de Bourdiaus et descendirent
      5  à hostel, et puis assés tost il se traisent
         par devers l’abbeye de Saint Andrieu où li princes se
         tenoit. Si disent as chevaliers qu’il trouvèrent en le
         place, qu’il estoient Espagnol et messagier au roy
         dan Piètre de Castille.

     10  Ces nouvelles vinrent tantost au prince; si les veult
         veoir et savoir quel cose il demandoient. Cil s’en
         vinrent par devant lui, et se jettèrent en genoulz et
         le saluèrent à leur usage, et recommendèrent le roy
         leur signeur son cousin à lui, et li baillièrent leurs
     15  lettres. Li princes fist lever les dis messages, et prist
         les lettres et les ouvri, et puis les lisi par deus fois à
         grant loisir, et regarda comment piteusement li rois
         dans Piètres avoit escript à lui et li segnefioit ses
         durtés et ses povretés, et comment ses frères li Bastars,
     20  par le poissance des grans alliances qu’il avoit
         faites au pape premierement, au roy de France, au
         roy d’Arragon et as Compagnes, l’avoit bouté hors
         de son hiretage, le royaume de Castille. Se li prioit,
         pour Dieu et par pité, que il i volsist entendre et
     25  pourveir de conseil et de remède: si feroit bien et
         aumosne, et en acquerroit grasce à Dieu et loenge à
         tout le monde; car ce n’est mies drois d’un roy
         crestiien deshireter et ahireter par poissance et tyrannidie
         un bastart. Li princes, qui estoit vaillans chevaliers
     30  et sages durement, cloy les lettres en ses
         mains, et puis dist as messages qui là estoient en
         present: «Vous nous estes li bien venus de par
   [197] nostre cousin le roy de Castille: vous demorrés ci
         dalés nous, et ne vous partirés point sans response.»
         Adonc furent tantost apparilliet li chevalier dou
         prince, qui trop bien savoient quel cose il devoient
      5  faire, et emmenèrent le chevalier espagnol et les
         deus escuiers, et les tinrent tout aise.

         Li princes, qui estoit demorés en sa cambre et
         qui busioit grandement sus ces nouvelles et sus
         les lettres que li rois dans Piètres li avoit envoiies,
     10  manda tantost monsigneur Jehan Chandos
         et monsigneur Thumas de Felleton, les deus plus especiaulz
         de son conseil, car li uns estoit grans seneschaus
         d’Aquitainnes et li aultres connestables. Quant
         il furent venu par devant lui, si leur dist tout en riant:
     15  «Signeur, veci grans nouvelles qui nous viennent
         d’Espagne: li rois dans Pières nos cousins se complaint
         grandement dou bastart Henri son frère, qui
         li tolt de fait son hiretage et l’en a bouté hors et
         escaciet, ensi que vous avés bien oy recorder par ceulz
     20  qui en sont revenu. Si nous prie moult doucement
         sur ce de confort et d’ayde, ensi comme il appert par
         ses lettres.» Adonc de rechief leur lisi li dis princes
         les dittes lettres par deus fois de mot à mot, et li chevalier
         volentiers y entendirent. Quant il lor eut leu,
     25  si dist ensi: «Vous, messire Jehan, et vous, messire
         Thumas, vous estes li plus especial de mon conseil
         et cil où le plus je m’affie et arreste: si vous pri que
         vous m’en voeilliés consillier quel cose en est bonne
         à faire.» Adonc regardèrent li doi chevalier l’un
     30  l’autre, sans riens parler. Et li princes de rechief les
         appella et dist: «Dittes, dittes hardiement ce qu’il
         vous en samble.»

   [198] Là fu li dis princes de Galles consilliés de ces
         deus chevaliers, si com je fui depuis enfourmés,
         que il volsist envoiier, devers ce roy dan Piètre de
         Castille, gens d’armes jusques à le Calongne où il
      5  se tenoit, si com ses lettres et si message disoient,
         et fust amenés avant jusques à Bourdiaus, pour
         savoir plus plainnement quel cose il voloit dire,
         et adonc sus ses parolles il aroient avis et seroit si
         bien consilliés que par raison il li deveroit souffire.
     10  Ceste response plaisi bien au prince. Si en furent
         priiet et ordonné de par le prince, d’aler en ce voiage
         et querre à le Calongne en Galisse le roy dan Piètre
         et son remanant: premierement messires Thumas
         de Felleton souverain et chief de [ceste emprise[455]] et
     15  armée, messires Richars de Pontchardon, messires
         Neelz Lorinch, messires Symons Burlé et messires
         Guillaumes Toursiaus; et devoit avoir en ceste armée
         douze nés cargies d’arciers et de gens d’armes. Si
         fisent cil chevalier dessus nommé leur pourveance
     20  et leur ordenance, tout ensi que pour aler en Galisse,
         et se partirent de Bourdiaus et dou prince, les messagiers
         dou roy dan Piètre en [leur[456]] compagnie, et
         chevaucièrent devers Bayone, et tant fisent qu’il y
         parvinrent. Si sejournèrent là quatre jours, en attendant
     25  vent, et cargant leurs vaissiaus et ordonnant
         leurs besongnes.

             [455] Ms. A 8, fº 266 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 210 (lacune).

             [456] Ms. B 4, fº 265.--Ms. B 1, t. II: «vo.»

         Au cinquime jour, ensi comme il devoient partir,
         li rois dans Piètres de Castille arriva à Bayone, et
         estoit partis de le Calongne en grant cremeur, et
   [199] n’i avoit osé [plus[457]] demorer, son remanant avoecques
         lui, qui n’estoit mie grans, et une partie de
         son tresor, ce qu’il en avoit pout amener. Si furent
         les nouvelles de sa venue moult grandes entre les
      5  Englès. Et se traisent tantost messires Thumas de
         Felleton et li chevalier devers lui, et le recueillièrent
         moult doucement, et li comptèrent et moustrèrent
         comment il estoient apparilliet et esmeu, par le commandement
         de leur signeur le prince, de lui aler
     10  querre jusques à le Calongne ou ailleurs, se il besongnoit.
         De ces nouvelles fu li rois dans Piètres
         moult joieus, et en remerchia grandement monsigneur
         le prince et les chevaliers qui là estoient.

             [457] Ms. B 4.--Ms. B 1, t. II, fº 210 vº (lacune).


         § 550. La venue dou roy dan Piètre qui estoit
     15  arrivés à Bayone segnefiièrent messires Thumas de
         Felleton et li aultre au prince qui en fu tous resjoïs.
         Depuis ne sejournèrent gaires de temps li dessus dit
         chevalier dou prince en le cité de Bayone, et amenèrent
         le roy dan Piètre de Castille par devers le cité
     20  de Bourdiaus, et esploitièrent tant qu’il y vinrent.
         Mais li princes, qui moult desiroit à veoir ce roy dan
         Piètre son cousin, et pour lui plus honnourer et
         mieulz festiier, vuida hors de Bourdiaus, bien acompagniés
         de chevaliers et d’escuiers, et vint contre le
     25  dit roy, et li fist grant reverense. Quant il l’encontra,
         [il[458]] l’onnera de fait et de parolles moult grandement,
         car bien le savoit faire, nulz princes à son
         temps mieulz de lui. Et quant il se furent recueilliet
   [200] et conjoy, ensi comme il apertenoit, il chevaucièrent
         vers Bourdiaus. Et mist li dis princes le roy dan
         Piètre au dessus de lui, ne onques ne le volt faire
         ne consentir aultrement.

             [458] Ms. A 8, fº 267.--Mss. B: «et.»

      5  Là, en chevauçant, remoustroit li rois dans Piètres
         au prince, envers qui moult il se humilioit, ses povretés,
         et comment ses frères li Bastars l’avoit boutet
         et escachiet hors de son royaume de Castille, et se
         complaindoit ossi grandement de le desloyauté de
     10  ses hommes, car tout l’avoient relenqui, excepté
         uns chevaliers qui là estoit, qu’il li ensignoit, qui
         s’appelloit dan Ferrant de Castres. Li princes moult
         sagement et courtoisement le reconfortoit, et li prioit
         que il ne se volsist mies trop esbahir ne desconforter;
     15  car, se il avoit perdu, il estoit bien en le poissance
         de Dieu de lui rendre toute sa perte et plus avant,
         et avoir vengance de ses ennemis.

         Ensi en parlant pluiseurs parolles unes et aultres,
         chevaucièrent il jusques à Bourdiaus, et descendirent
     20  en l’abbeye de Saint Andrieu, l’ostel dou
         prince et de la princesse. Et fu li rois dans Piètres
         menés en une cambre qui estoit ordonnée pour lui.
         Et quant il fu appareilliés, ensi que à lui apertenoit, il
         vint devers la princesse et les dames qui le rechurent
     25  bellement et courtoisement, ensi que bien le savoient
         faire. Je vous poroie ceste matère trop demener de
         leurs festes et leurs conjoïssemens; si m’en passerai
         briefment, et vous compterai comment cils rois
         dans Piètres esploita devers le prince, son cousin,
     30  lequel il trouva grandement courtois et amiable et
         descendant à ses priières et volentés, quoi que aucun
         de son conseil li euissent remoustré et dit, ensi que
   [201] je vous dirai, ançois que cilz rois dans Piètres fust
         venus à Bourdiaus.

         Aucun sage signeur et imaginatif, tant de Gascongne
         comme d’Engleterre, qui estoient dou conseil
      5  le dit prince, et qui loyaument à leur avis le
         devoient et voloient consillier, li avoient dit fiablement,
         quant il en avoit rusé et parlé à yaus, ançois
         que onques l’euist veu: «Monsigneur, vous avés oy
         dire et recorder par pluiseurs fois: Qui trop embrace,
     10  mal estraint. Il est verités que vous estes li uns des
         princes dou monde li plus prisiés, li plus doubtés et
         li plus honnourés, et tenés par de deçà le mer grant
         terre et belle signourie, Dieu merci, bien et en
         pais; ne il n’est nulz rois, tant soit proçains, poissans
     15  ne lontains, qui au temps present vous osast
         couroucier, tant estes vous renommés de bonne chevalerie,
         de grasce et de fortune: si vous deveroit
         par raison souffire ce que vous avés, et non acquerre
         nul anemi. Nous le vous disons pour tant que cilz
     20  rois dans Piètres de Castille, qui maintenant est
         boutés hors de son royaume, est uns homs et a
         estet tousjours moult austères et cruelz et plains de
         mervilleuses semilles; et par li ont esté fait et eslevé
         tamaint mal ens ou royaume de Castille, et tamains
     25  [vaillans[459]] homs decolés et mis à fin sans raison; et par
         lesquelz villains fais, que il a fais et consentis à faire,
         il s’en trueve ores decheus et boutés hors de son
         royaume. Avoech tout ce, il est ennemis à l’Eglise et
         escumeniiés dou Saint Père, et est reputés et a esté
     30  un grant temps comme uns tirans, et sans nul title
   [202] de raison il a tousjours grevé et guerroiiet ses voisins,
         le roy d’Arragon et le roy de Navare, et yaus
         par poissance volu deshireter, et fist, si comme fame
         et renommée keurt parmi son royaume de ses gens
      5  meismes, morir sa moullier, une jone dame vostre
         cousine, fille au duch de Bourbon: pour quoi vous
         y deveriés bien penser et regarder; car tout ce qu’il
         a à souffrir maintenant, ce sont verghes de Dieu, envoiies
         sur lui pour lui castiier et pour donner as
     10  autres rois crestiiens et princes de terres exemple que
         il ne facent mies ensi.»

             [459] Ms. A 8, fº 267 vº.--Mss. B (lacune).

         De telz parolles et samblables avoit esté avisés et
         consilliés li princes en devant ce que li rois dans
         Piètres fust arivés à Bayone; mais à ces parolles et
     15  consaulz il avoit respondu trop vaillamment et dist
         ensi: «Signeur, je croi et tieng certainnement que
         à vostre loyal pooir vous me consilliés. Je vous di
         que je sui tous enfourmés de le vie et l’estat ce roy
         dan Piètre, et sçai bien que sans nombre il a fait
     20  des maulz assés, dont maintenant il s’en trueve derrière;
         et ce qui en present nous muet et encorage
         de lui voloir aidier, la cause est tèle que je le vous
         dirai. Ce n’est pas cose [afferant[460]], deue ne raisonnable,
         d’un bastart tenir royaume et hiretage, et
     25  bouter hors de son royaume et hiretage un sien
         frère, roy et hoir de la terre par loyal mariage; et
         tout roy et enfant de roy ne le doient nullement
         voloir ne consentir, car c’est uns grans prejudisces
         contre l’estat royal. Avoech tout ce, monsigneur mon
     30  père et cilz rois dans Piètres de Castille ont eu de
   [203] grant temps, ce sai je de verité, alliances et confederations
         ensamble, par lesquèles nous sommes tenu
         de lui aidier, ou cas que nous en sommes de li
         meismes priiet et requis.»

             [460] Ms. A 8, fº 267 vº.--Mss. B (lacune).

      5  Ensi li dis princes, meus et encoragiés de voloir
         aidier et conforter ce roy dan Piètre en son grant
         besoing, avoit respondu à chiaus de son conseil,
         quant aparlés et avisés en avoit estet; ne onques
         on ne li pot oster ne brisier son dit pourpos que
     10  toutdis il ne fust en un, et encores plus fermes et
         plus entiers, quant li dis rois dans Piètres de Castille
         fu venus dalés lui en le cité de Bourdiaus. Car li
         dis rois s’umelioit moult envers lui, et li offroit et
         prommetoit grans dons et grans pourfis à faire, et
     15  disoit que il feroit Edowart, son jone fil, roy de Galisse,
         et departiroit à lui et à ses hommes très grant
         avoir qu’il avoit laissiet derrière li ens ou royaume
         de Castille, lequel il n’avoit pout amener avoecques
         lui, et estoit si bien repus et enfermés que nulz ne
     20  le savoit, fors il tant seulement. A ces parolles entendoient
         li chevalier dou prince volentiers, car Englès
         et Gascon de leur nature sont grandement convoiteus.
         Si fu consilliet au prince que il assamblast
         tous les barons de la ducé d’Aquitainne et son especial
     25  conseil, et euist à Bourdiaus un general parlement,
         et là remoustrast li rois dans Piètres à tous
         comment il se voloit maintenir et de quoi il les satefieroit,
         se il estoit ensi que li princes l’empresist à ramener
         en son pays et fesist sa poissance dou remettre.
     30  Dont furent lettres escriptes, et messagier
         emploiié, et signeur mandé de toutes pars: premierement,
         li contes d’Ermignach, li contes de Pieregorth,
   [204] li contes de Comminges, li sires de Labreth,
         li viscontes de Carmaing, li captaus de Beus, li sires
         de Taride, li viscontes de Chastielbon, li sires de
         Lescut, li sires de Rosem, li sires de Lespare, li sires
      5  de Caumont, li sires de Mouchident, li sires de Courton,
         li sires de Pincornet et tout li [autre[461]] baron de
         Gascongne et de Berne. Et en fu priiés li contes de
         Fois, mais il n’i vint mies, ançois s’escusa pour tant
         que il avoit adonc mal en une jambe, si ne pooit
     10  cevauchier; mès il y envoia son conseil.

             [461] Ms. A 8, fº 268.--Mss. B (lacune).


         § 551. A ce parlement qui fu assignés en le bonne
         cité de Bourdiaus, vinrent tout li conte, li visconte,
         li baron et li sage homme d’Aquitainne, tant de
         Poito, de Saintonge, de Roerge, de Quersin, de Limosin,
     15  comme de Gascongne. Quant il furent tout
         venu, il entrèrent en parlement, et parlementèrent
         par trois jours sus l’estat et ordenance de ce roy dan
         Piètre d’Espagne qui estoit [et se tenoit[462]] toutdis presens
         en mi le parlement, dalés le dit prince, son cousin,
     20  qui parloit et langagoit pour lui, en coulourant
         ses besongnes. Finablement, il fu dit et conseilliet au
         prince que il envoiast souffissans messages devers le
         roy son père en Engleterre, pour savoir quel cose il
         en diroit et conseilleroit à faire, ançois que de lui il
     25  empresist ce voiage [à faire[463]]. Et quant on aroit eu la
         response dou dit roy d’Engleterre, li baron se remetteroient
         ensamble et consilleroient si bien le dit
   [205] prince, que par raison il li deveroit souffire. Adonc
         furent nommé et ordonné quatre chevalier dou
         prince, qui devoient aler en Engleterre: li sires de
         le Ware, messires Neel Lorinch, messires Jehans et
      5  messires Helyes de Pumiers. Si se departi adonc cilz
         parlemens ensi, et s’en rala cescuns en son lieu, et
         demora li rois dans Piètres à Bourdiaus dalés le
         prince et le princesse qui moult l’onneroient.

             [462] Ms. A 8.--Mss. B (lacune).

             [463] Ms. B 4, fº 266.--Ms. B 1, t. II, fº 212 (lacune).

         Assés tost se departirent de Bourdiaus li dessus dit
     10  [quatre[464]] chevalier qui estoient ordonné pour aler en
         Engleterre, et entrèrent en deus nefs ordonnées et
         appareillies pour yaus. Et esploitièrent tant par mer,
         à l’ayde de Dieu et dou vent, qu’il arrivèrent à Hantonne,
         et reposèrent là un jour pour yaus rafreschir
     15  et traire hors des vaissiaus leurs chevaus et leurs harnois.
         Et puis montèrent le secont jour et chevaucièrent
         tant par leurs journées qu’il vinrent en le cité
         de Londres; si demandèrent dou roy où il estoit. On
         lor dist qu’il se tenoit à Windesore. Si alèrent celle
     20  part, et furent grandement bien venu et recueillié
         dou roy et de le royne, tant pour l’amour dou prince
         [leur fil[465]] qui là les envoioit, que pour ce que il
         estoient signeur et chevalier de grant recommendation.
         Si moustrèrent cil dit signeur et chevalier leurs lettres
     25  au roy qui les ouvri et fist lire, et en respondi quant
         il y eut un petit pensé et visé, et dist: «Signeur,
         vous vos trairés à Londres, et je manderai aucuns
         barons et sages de mon conseil; si vous en responderons
         et expedierons temprement.» Ceste response
   [206] pleut adonc assés bien à ces chevaliers, et se retraisent
         à l’endemain à Londres. Ne demora [gaires de
         temps[466]] depuis, que li rois d’Engleterre vint à
         Wesmoustier, et là furent à ce jour une partie des plus
      5  grans de son conseil, son fil le duc de Lancastre, le
         conte d’Arondiel, le conte de Saslebrin, li sires de
         Mauni, messires Renaus de Gobehem, li sires de Persi,
         li sires de Nuefville et moult d’autres, et ossi des prelas,
         li evesques de Wincestre, li evesques de Lincolle et li
     10  evesques de Londres. Si consillièrent grandement et
         longement sus les lettres dou prince et le priière que
         il faisoit au roy son père. Finablement, il sambla au
         roy et à son conseil cose deue et raisonnable dou
         prince de Galles emprendre ce voiage de remettre et
     15  mener le roy d’Espagne arrière en son [royaume[467]] et
         hiretage; et le acordèrent tout notorement, et sur ce
         il rescrisirent lettres notables et autentikes, de par
         le roy et le conseil d’Engleterre, au dit prince et à
         tous les barons d’Aquitainnes. Et les raportèrent arrière
     20  chil qui aporté les avoient, et revinrent en le
         cité de Bourdiaus, où il trouvèrent le prince et le
         roy dan Piètre, asquelz il baillièrent aucunes lettres
         que li rois d’Engleterre leur envoioit. Si fu de recief
         uns parlemens nommés et assignés en le cité de
     25  Bourdiaus, et y vinrent tout cil qui mandé y furent.
         Si furent là leutes generalment les lettres dou roy
         d’Engleterre, qui parloient et devisoient plainnement
         comment il voloit que li princes ses fiulz, ou
         nom de Dieu et de saint Jorge, empresist le roy dan
   [207] Piètre son cousin à remettre en son hyretage, dont
         on l’avoit à tort et sans raison fraudeleusement, si com
         apparant estoit, bouté hors. Et faisoient encores les
         lettres dou roy d’Engleterre mention que moult il
      5  estoit tenus par certainnes alliances faites de jadis,
         obligies et acouvenencies entre lui et le roy de Castille
         son cousin, de lui aidier ou cas que li besoins
         touchoit et que priiés et requis en estoit. Et commandoit
         li rois d’Engleterre à tous ses feaulz et prioit
     10  à tous ses amis que li princes de Galles ses filz fust
         aidiés, confortés et consilliés en toutes ses besongnes,
         si comme il seroit d’yaus, se il y estoit
         presens.

             [464] Ms. B 4, fº 266 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 212 vº
             (lacune).

             [465] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

             [466] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

             [467] Ms. A 8, fº 268 vº.--Mss. B (lacune).

         Quant tout li baron d’Aquitainne oïrent lire ces
     15  lettres et veirent le mandement dou roy et le grande
         volenté dou prince lor signeur, si en respondirent
         liement et disent: «Monsigneur, nous obeirons au
         commandement le roy nostre signeur et vostre père,
         c’est bien raisons, et serons tout appareilliet toutes
     20  fois qu’il vous plaira, et vous servirons en ce voiage
         et le roy dan Piètre ossi; mès nous volons savoir
         qui nous paiera et delivera de nos gages, car on ne
         met mies gens d’armes hors de leurs hosteulz, ensi
         que pour aler guerriier en estragne pays, sans estre
     25  paiiet et delivret. Et, se ce fust pour les besongnes
         de nostre chier signeur vostre père ou pour les vostres
         ou pour vostre honneur ou de nostre pays, nous
         n’en parlissions pas si avant que nous faisons.» Adonc
         regarda li princes sus le roy dan Piètre et dist: «Sire
     30  rois, vous oés que nos gens dient, si en respondés:
         à vous en tient à respondre qui les devés et volés
         ensonniier.» Adonc respondi li rois dans Piètres au
   [208] prince et dist: «Mon [chier[468]] cousin, si avant que
         mon or, mon argent et tout mon tresor que j’ai
         amené par de deçà, qui n’est pas si grans de trente
         fois comme cilz de par de delà est, se pora estendre,
      5  je le voeil donner et departir à vos gens.» Dont dist
         li princes: «Vous dittes bien, et dou sourplus j’en
         ferai ma debte devers yaus et delivrance, et vous
         presterai tout ce que il vous besongnera jusques à ce
         temps que nous serons en Castille.»--«Par mon
     10  chief, respondi li rois dans Piètres, si me ferés grant
         grasce et grant courtoisie.»

             [468] Ms. A 8, fº 268 vº.--Mss. B (lacune).

         Encores en ce parlement regardèrent aucun sage,
         li contes d’Ermignach, li sires de Pumiers, messires
         Jehans Chandos, li captaus de Beus et li aultre que
     15  li princes de Galles ne pooit nullement faire ce voiage
         sans l’acort et confort dou roy Charle de Navare; ne
         il ne pooient entrer ne aler en Espagne fors par son
         pays et les destrois de Raincevaus, douquel passage il
         n’estoient mies bien asseguré de l’avoir, car li dis
     20  rois de Navare et li rois Henris avoient de nouviel
         faites grans alliances ensamble. Et là fu longement
         parlementé comment on s’en poroit chevir. Si fu dit
         et consideré des sages que uns parlemens se feroit et
         assigneroit en le cité de Baione de toutes ces parties,
     25  et là en dedens envoieroit li princes souffissans hommes
         et trettieurs par devers le roy de Navare, qui li
         prieroient ou nom dou prince que il volsist estre à
         ce parlement en le cité de Baione. Cilz consaulz fu
         tenus et arrestés, et sur ce se parti li dis parlemens;
     30  et eurent en couvent cescuns de estre à Baione au
   [209] jour que mis et ordonnés y fu. En ce terme, envoia
         li princes monsigneur Jehan Chandos et monsigneur
         Thumas de Felleton devers le roy de Navare qui se
         tenoit en le cité de Pampelune. Cil doy chevalier,
      5  comme sage et bien enlangagiet, esploitièrent si bien
         par devers le roy de Navare que il leur eut en couvent
         et seella pour estre à ce parlement, et sur ce il
         retournèrent devers le prince à qui il recordèrent
         ces nouvelles.


     10  § 552. Au jour que cilz parlemens fu assignés en
         le cité de Baione, vinrent li princes, li rois d’Espagne,
         li contes d’Ermignach, li sires de Labreth et
         tout li baron de Gascongne, de Poito, de Quersin,
         de Saintonge, de Roerge et de Limozin. Et là fu li
     15  rois de Navare personelment, auquel li princes et li
         rois dans Piètres fisent moult d’onneur et de reverense,
         pour tant que il en pensoient mieulz à valoir.
         Là eut, en le cité de Baione, de rechief grans parlemens
         et lons, et durèrent cinq jours. Et eurent li dis
     20  princes et ses consaulz moult de painne et de traveil
         ançois que il peuissent avoir le roy de Navare de leur
         acort, car il n’estoit mies legiers à entamer là où il
         veoit que on avoit besoing de lui. Toutes fois, li grans
         sens dou prince l’amena à ce que il jura, prommist
     25  et seella au roy dan Piètre pais, amour, alliances et
         confederation, et li rois dans Piètres ossi à lui sur
         certainnes compositions qui furent là ordonnées, desquèles
         li princes de Galles fu moiiens, trettiières et
         devisères: c’est à savoir que li rois dans Piètres,
     30  comme rois de toute Castille, donna, seella et acorda
         au roy de Navare et à ses hoirs, pour tenir
   [210] hiretablement, toute la terre dou Groing, ensi comme elle
         s’estent par deça et dela la rivière, et toute la terre
         et la contrée [de Sauveterre[469]], le ville, le chastiel et
         toutes les appendances, et le ville de Saint Jehan dou
      5  piet des Pors et le marce de là environ: lesquèles
         terres, villes et chastiaus et signouries il li avoit tolut
         de jadis et tenu de force. Avoech tout ce, li dis rois
         de Navare devoit avoir six vingt mil frans, pour ouvrir
         son pays et lassier passer paisieulement toutes gens
     10  d’armes et yaus faire aministrer vivres et pourveances,
         leurs deniers paians. De laquèle somme de florins
         li princes fist sa debte envers le roy de Navare. Quant
         li baron [de la prinçauté[470]] d’Aquitainnes seurent
         que parlemens et trettiés se portoient ensi que on
     15  estoit d’acort au roy de Navare, il veurent savoir qui
         les paieroit de leurs gages. Et là li princes, qui grant
         affection avoit en ce voiage, en fist sa debte envers
         yaus, et li rois dans Piètres au prince. Quant toutes
         ces coses furent ordonnées et confremées, et que
     20  cescuns sceut quel cose il devoit faire et avoir, et il
         eurent sejourné en le cité de Baione plus de douze
         jours et jeué et revelé ensamble moult amiablement,
         li rois de Navare prist congiet et se retraist ens ou
         royaume de Navare dont il s’estoit partis, et s’i tint
     25  depuis un temps pour mieulz garder son pays. Et si
         se departirent tout cil signeur li un de l’autre, et se
         retraist cescuns en son lieu. Meismement li princes
         s’en revint à Bourdiaus et li rois dans Piètres demora
         à Baione.

             [469] Ms. B 4, fº 267 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 214 (lacune).

             [470] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

   [211] Si envoia tantost li dis princes ses hiraus en Espagne
         par devers ses chevaliers et aucunes chapitainnes
         des Compagnes, qui estoient Englès et Gascon
         favourable et obeissant à lui, yaus dire et segnefiier
      5  que il se retraisissent tout bellement et presissent
         congiet dou dit bastart Henri, car il avoit mestier
         d’yaus et les emploieroit ailleurs. Quant li hiraut, qui
         ces lettres et ces nouvelles aportèrent en Castille
         devers les chevaliers dou prince furent venu devers
     10  yaus, il veirent et cogneurent tantost que il les
         remandoit: si prisent congiet au dit roy Henry, au
         plus tost qu’il peurent et au plus courtoisement, sans
         yaus descouvrir ne l’intention dou prince. Li rois
         Henris, qui estoit larges, courtois et honnourables,
     15  leur donna [congié[471]] moult doucement, et les remercia
         grandement de leur bon service et leur departi
         au partir de ses biens tant que tout s’en contentèrent.
         Si vuidièrent d’Espagne messires Eustasses
         d’Aubrecicourt, messires Hues de Cavrelée, messires
     20  Gautiers Hués, messires Mahieus dis de Gournay,
         messires Jehans d’Evrues et leurs routes et pluiseur
         aultre chevalier et escuier que je ne puis mies tous
         nommer, de l’ostel dou prince, et revinrent au plus
         tost et plus hasteement qu’il peurent.

             [471] Ms. B 3, fº 281.--Mss. B 1 et 3 (lacune).

     25  Encores estoient toutes les Compagnes et les chapitainnes
         des Compagnes esparses parmi le pays; si
         ne sceurent mies sitost ces nouvelles que li dessus
         nommet chevalier fisent. Toutes fois, quant il les
         seurent, il se recueillièrent ensamble et se misent au
     30  retour, loist à savoir: messires Robers Brikés, Jehans
   [212] Cressuelle, messires Robers Ceni, messires Perducas
         de Labreth, messires Garsis dou Chastiel, Naudon
         de Bagerant, le bourch de Lespare, le bourch Camus,
         le bourch de Bretueil et li aultre. Et ne seut mies
      5  sitost li rois Henris les nouvelles ne le volenté dou
         prince, que il voloit ramener son frère le roy dan
         Piètre en Espagne, que fisent li dessus dit. Et bien
         lor besongna, car, se il l’euist sceu, il ne fuissent
         mies parti si legierement qu’il fisent, car bien estoit
     10  en se poissance d’yaus porter contraire et destourbier.
         Toutes fois, quant il en sceut le certainneté,
         par samblant il n’en fist mies trop grant compte, et
         en parla à monsigneur Bertran de Claiekin qui estoit
         encores dalés lui et dist: «Dan Bertran, regardés
     15  dou prince [de Galles[472]]. On nous a dit qu’il nous vorra
         guerriier et remettre ce Juis, qui s’appelle rois de
         Castille, par force, en nostre royaume. Et vous, qu’en
         dittes?»--«Monsigneur, respondi messires Bertrans,
         il est bien si vaillans chevaliers, puisqu’il l’a
     20  entrepris, il en fera son pooir. Si vous di que vous
         faciés bien garder vos destrois et vos passages de
         tous lés, par quoi nulz ne puist entrer ne issir de
         vostre royaume, fors par vostre congiet, et tenés à
         amour toutes vos gens. Je sçai de verité que vous
     25  arés en France grant aye de chevaliers et d’escuiers
         qui volentiers vos serviront: je m’en retournerai,
         par vostre congiet, par de delà, et vous y acquerrai
         tous les amis que je porai.»--«Par ma foy, dist li
         rois, dans Bertran, vous dittes bien, et dou sourplus
     30  je me ordonnerai par vous et par vostre conseil.»
   [213] Depuis ne demora gaires de temps que messires
         Bertrans de Claiekin se parti dou roy Henri, et
         s’en vint en Arragon où li rois le recueilla liement,
         et fu bien quinze jours dalés lui. Et puis s’en parti
      5  et fist tant par ses journées qu’il vint à Montpellier,
         et là trouva il le duc d’Ango qui le reçut ossi moult
         liement, car moult l’amoit. Quant il eut là esté un
         terme dalés lui, il s’en parti et s’en revint en France
         devers le roy qui le rechut à grant joie.

             [472] Ms. A 8, fº 269 vº.--Mss. B (lacune).


     10  § 553. Quant les certainnes nouvelles s’espardirent
         en Espagne et en Arragon et ossi ou royaume
         de France, que li princes de Galles voloit remettre le
         roy dan Piètre arrière ens ou royaume de Castille,
         si en furent pluiseur gens esmervilliet et en parlèrent
     15  en tamainte manière. Li aucun disoient que li princes
         emprendoit ce voiage par orgueil et presumption, et
         estoit courouciés de l’onneur que messires Bertrans
         de Claiekin avoit eu de conquerre tout le royaume
         de Castille ou nom dou roy Henri et de li faire roy.
     20  Li autre disoient que pités et raisons le mouvoient à
         ce que de voloir aidier le roy dan Piètre à remettre
         en son hiretage; car ce n’estoit mies cose deue ne
         raisonable d’un bastart tenir royaume et porter
         nom de roy. Ensi estoient par le monde pluiseur
     25  chevalier et escuier en diverses opinions. Toutesfois,
         li rois Henris escripsi tantos devers le roy d’Arragon,
         et envoia grans messages, en priant que il ne se vosist
         nullement acorder ne composer par devers le prince
         [d’Acquitaine[473]] ne ses allyés; car il estoit et voloit
   [214] estre ses bons amis. Li rois d’Arragon, qui moult l’amoit à
         avoir à voisin, car il avoit trouvé dou temps passé le
         roy dan Piètre moult cruel et auster, l’en assegura
         et dist que nullement, pour à perdre grant partie
      5  de son royaume, il ne se allieroit ne acorderoit au
         dit prince, ne à ce roy dan Piètre, mais ouveroit
         son pays pour laissier passer toutes manières de
         gens d’armes qui en Espagne vorroient aler, tant de
         France comme d’ailleurs, en son confort, et
     10  empeceroit tous chiaus qui grever et contrariier le
         vorroient.

             [473] Ms. B 4, fº 268.--Ms. B 1, t. II, fº 215 (lacune).

         Cilz rois d’Arragon tint bien tout ce qu’il promist
         à ce roy Henri; car, si tretost comme il sceut
         de verité que li princes de Galles voloit aidier le roy
     15  dan Piètre, et que les Compagnes tendoient à retraire
         celle part et en le prinçauté, il fist clore tous les pas
         d’Arragon et garder bien destroitement, et mist
         gens d’armes et geniteurs sus les montagnes et ès
         destrois de Catellongne, sique nulz ne pooit passer
     20  fors en grant peril. Mais les Compagnes trouvèrent un
         aultre chemin, et eurent trop de maulz et de povretés,
         ançois que il peuissent issir hors des dangiers
         d’Arragon. Toutesfois, il vinrent sus les marces de le
         conté de Fois, et trouvèrent le pays de Fois clos
     25  contre yaus; car li dis contes ne voloit nullement
         que telz gens entrassent en sa terre.

         Ces nouvelles vinrent au prince de Galles, qui pour
         le temps se tenoit à Bourdiaus, et pensoit et imaginoit
         nuit et jour comment à sen honneur il poroit
     30  parfurnir ce voiage, que ces Compagnes ne pooient
         passer ne retourner en Aquitainne, et que li pas et
         destroit d’Arragon et de Catellongne leur estoient
   [215] deveé et clos, et estoient à l’entrée de le conté de
         Fois, et non pas trop à leur aise. Si se doubta li dis
         princes que li rois Henris et li rois d’Arragon par
         constrainte ne menassent telement ces gens d’armes
      5  qui estoient bien douze mil, desquels il esperoit à
         avoir le confort, et ossi par grans dons et prommesses,
         que il ne fuissent contre lui. Si se avisa li
         dis princes que il envoieroit devers yaus monsigneur
         Jehan Chandos pour trettier à yaus et retenir, et ossi
     10  par devers le conte de Fois, que par amours il ne leur
         vosist faire nul contraire, et tout le damage que il
         feroient sus lui ne en sa terre, il leur renderoit au
         double.

         Ce message à faire, pour l’amour de son signeur
     15  le prince, emprist messires Jehans Chandos, et se
         parti de Bourdiaus et chevauça devers le cité de
         Dax en Gascongne, et esploita tant par ses journées
         qu’il vint en le conté de Fois où il trouva le dit
         conte. Si parla à lui si aviseement et si couvignablement
     20  que il eut le conte de Fois d’acort, et le laissa
         passer oultre parmi son pays paisieulement. Si trouva
         les Compagnes en un pays que on dist Bascle. Là
         tretta il à yaus, et esploita si bien que il eurent tout
         en couvent de servir et de aidier le prince en ce
     25  voiage, parmi grant argent qu’il devoient avoir de
         prest. Et tout ce leur jura messires Jehans Chandos
         [qu’il n’y trouveroient point de deffaute. Si se parti
         d’iaulx li dis messires Jehans Chandos][474], et vint de
         recief devers le conte de Fois et li pria doucement
     30  que ces gens, qui estoient au prince, il volsist souffrir
   [216] et laissier passer parmi un des corons de sa
         terre.

             [474] Ms. B 4, fº 268 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 216 (lacune).

         Li contes de Fois, qui voloit estre agreables au prince
         et qui estoit ses homs en aucune manière, pour lui
      5  complaire, li acorda, parmi tant que ces Compagnes
         ne devoient porter nul damage à lui ne à se terre.
         Messires Jehans Chandos li eut en couvent, et envoia
         arrière un sien chevalier et un hiraut devers les Compagnes,
         et tout le trettiet qui estoit entre lui et le
     10  conte de Fois, et puis s’en retourna arrière en le
         prinçauté. Si trouva le dit prince à Bourdiaus, à qui
         il recorda tout son voiage et comment il avoit esploitié.
         Li princes, qui le creoit et amoit, se tint bien
         à contens de son esploit et de ce voiage.


     15  § 554. En ce temps, estoit li princes de Galles en
         la droite fleur de la jonèce, et ne fu onques soelés
         ne lassés, depuis qu’il se commença premierement à
         armer, de guerriier et de tendre à tous haus et nobles
         fais d’armes. Et encores, à ceste emprise dou dit
     20  voiage d’Espagne et de remettre ce roy escachiet par
         force d’armes en son royaume, honneurs et pités l’en
         esmeurent. Si en parloit souvent à monsigneur Jehan
         Chandos et à monsigneur Thumas de Felleton, qui
         estoient li plus especial de son conseil, en demandant
     25  qu’il leur en sambloit.

         Chil doi chevalier li disoient bien: «Monsigneur,
         certes c’est une haute emprise et grande,
         sans comparison plus forte et plus hautainne que
         ceste ne fu de bouter hors le roy dan Piètre de son
     30  pays, car il estoit hays de tous ses hommes, et
         tout le relenquirent, quant il en cuida estre aidiés.
   [217] Or joist et possesse à present cilz rois bastars de
         tout le royaume entierement de Castille et a l’amour
         des nobles et des prelas et de tout le demorant,
         et l’ont fait roy: si le vorront tenir en cel estat,
      5  comment qu’il prende. Si avés bien mestier que
         vous aiiés en vostre compagnie grant fuison de
         bonnes gens d’armes et d’arciers, car vous trouverés
         bien à qui combatre, quant vous venrés en Espagne.
         Si vous loons et consillons que vous rompés la grignour
     10  partie de vo vaisselle d’argent et de vostre
         tresor, dont vous estes bien aisiés maintenant, et en
         faites faire monnoie pour donner et departir largement
         as compagnons, desquelz vous serés servis en
         ce voiage et qui pour l’amour de vous iront, car
     15  pour le roy dan Piètre n’en feroient il riens. Et si
         envoiiés devers le roy vostre père, en priant que vous
         soiiés aidiés de cent mil frans, que li rois de France
         doit envoiier en Engleterre dedens brief terme.
         Prendés finance tout partout là où vous le poés avoir,
     20  car bien vous besongnera, sans taillier vos hommes
         ne vostre pays: si en serés mieulz amés et servis de
         tous.»

         A ce conseil et à pluiseurs aultres bons, que li doi
         dessus dit chevalier li donnèrent, se tint li princes
     25  de Galles; et fist rompre et brisier les deus pars de
         toute se vaisselle d’or et d’argent, et en fist faire et
         forgier monnoie pour donner as compagnons. Avoech
         tout ce, il envoia en Engleterre devers le roy son
         père, pour impetrer ces cent mil frans dont je parloie
     30  maintenant. Li rois d’Engleterre, qui sentoit assés
         les besongnes dou prince son fil, li acorda legierement
         et en escrisi devers le roy de France et l’en
   [218] envoia lettres de quittancez. Si furent li cent mil
         frans en celle saison delivré as gens dou prince et
         departi à toutes manières de gens d’armes.


         § 555. Une fois, estoit en recreation li princes de
      5  Galles en sa cambre, en le cité d’Angouloime, avoech
         pluiseurs chevaliers de Gascongne, de Poito et d’Engleterre;
         et bourdoit à yaus et yaus à lui de ce voiage
         d’Espagne, et fu dou temps que messires Jehans
         Chandos estoit oultre apriès les Compagnes. Si tourna
     10  son chief devers le signeur de Labreth et li dist:
         «Sires de Labreth, à quèle quantité de gens d’armes
         me porés vous servir en ce voiage?» Li sires de
         Labret fu tous apparilliés de respondre, et moult liement
         li dist ensi: «Monsigneur, se je voloie priier
     15  tous mes amis, c’est à entendre mes feaulz, j’en
         aroie bien mil lances, et toute ma terre gardée.»--«Par
         mon chief, sire de Labreth, dist li princes,
         c’est belle cose.» Lors regarda sus le signeur de Felleton
         et sus aucuns chevaliers d’Engleterre, et leur
     20  dist en englès: «Par ma foy, on doit bien amer la
         terre où on a un tel baron qui poet servir son signeur
         à mil lances.» Apriès, il s’en retourna devers
         le signeur de Labreth et dist de grant volenté: «Sires
         de Labreth, je les retieng tous.»--«Che soit, ou
     25  nom de Dieu, monsigneur,» ce respondi li sires de
         Labreth. De ceste retenue deubt depuis estre avenus
         grans maulz, si com vous orés avant en l’ystore.

         Or retournons nous as Compagnes qui s’estoient
         acordé et ahers avoech le prince. Si vous di que il
     30  eurent moult de maulz, ançois que il fuissent revenu
         et rentré en le prinçauté, tant de geniteurs comme
   [219] de chiaus de Katellongne et d’Arragon, et se departirent
         en trois routes. Li une des compagnies et plus
         grande s’en alèrent costiant Fois et Berne; li aultre,
         Castellongne et Hermignach; et la tierce s’avalèrent
      5  entre Arragon et Fois, par l’acort dou conte d’Ermignach,
         dou signeur de Labreth et dou conte de Fois.
         En celle route, avoit le plus grant partie de Gascons.
         Et s’en venoient cil compagnon, qui pooient estre
         environ troi mil, par routes et par Compagnes, en
     10  l’une troi cens, en l’autre quatre cens, devers
         l’arcevesquiet de Thoulouse, et devoient passer entre
         Thoulouse et Montalben.

         A ce donc, avoit un bon chevalier de France à senechal
         à Thoulouse, qui s’appelloit messires Guis
     15  d’Azai. Quant il entendi que ces Compagnes approçoient
         et qu’il chevauçoient en routes et ne pooient
         estre en somme non plus de trois mil combatans qui
         encores estoient foulé, lassé et mal armé, mal monté
         et pis cauchié, si dist qu’il ne voloit mies que telz
     20  gens approçassent Tholouse ne le royaume de France,
         pour yaus recouvrer, et qu’il leur iroit au devant et
         les combateroit, s’il plaisoit à Dieu. Si segnefia tantost
         se intention au conte de Nerbonne et au senescal
         de Carcassonne et à celui de Biaukaire et à tous
     25  les officiiers et chevaliers et escuiers de là environ,
         en yaus mandant et requerant ayde pour aidier à garder
         le frontière contre ces males gens nommés Compagnes.
         Tout cil, qui mandé et priiet furent, obeirent
         et se hastèrent et vinrent, au plus tost qu’il peurent,
     30  en le cité de Toulouse. Et se trouvèrent grans gens,
         bien cinq cens lances, chevaliers et escuiers, et quatre
         mille bidaus, et se misent tout sus les camps par devers
   [220] Montalben, à sept liewes de Thoulouse où ces
         gens se tenoient, li premier qui venu estoient; et,
         tout compté, il ne se trouvoient non plus de deux
         cens lances, mais il attendoient les routes de leurs
      5  compagnons qui devoient passer par là.


         § 556. Quant li contes de Nerbonne et messires
         Guis d’Azai, qui se faisoient souverain et meneur de
         toutes ces gens d’armes, furent parti de le cité de
         Thoulouse, il s’en vinrent logier assés priès de Montalben,
     10  qui adonc se tenoit dou prince, et en estoit
         chapitains à ce jour uns chevaliers englès qui s’appeloit
         messires Jehans Trivés. Si envoiièrent cil signeur
         de France leurs coureurs par devant Montalben,
         pour attraire hors ces Compagnes qui s’i tenoient.

     15  Quant le chapitainne de Montalben entendi que li
         François estoient venu à main armée et à host devant
         sa forterèce, si en fu durement esmervilliés, pour tant
         que la terre estoit dou prince. Si vint as barrières
         de la ditte ville, et fist tant que sus assegurances il
     20  parla as dis coureurs et leur demanda qui là les envoioit
         et pourquoi il s’avançoient de courir sus le
         terre dou prince, qui estoit voisine et devoit estre
         amie avoec le corps dou signeur au royaume et au
         roy de France. Cil respondirent et disent: «Nous ne
     25  sommes mies de nos signeurs, qui chi nous ont envoiiet,
         dou rendre raison si avant cargiet; mès pour
         vous apaisier, se vous volés venir ou envoiier par devers
         nos signeurs, vous en arés bien response.»
         --«Oil, dist la chapitainne de Montalben, je vous pri
     30  que vous vos retraiiés par devers yaus, et leur dittes
         qu’il m’envoient un saufconduit par quoi je puisse
   [221] aler parler à yaus et retourner arrière, ou il m’envoient
         dire plainnement pourquoi ne à quel title il
         me font guerre; car se je cuidoie que ce fust [tout[475]] à
         certes, je le segnefieroie à monsigneur le prince qui
      5  y pourveroit tantost de remède.» Chil respondirent
         qu’il le feroient volentiers. Il retournèrent et recordèrent
         à leurs mestres toutes ces parolles.

             [475] Ms. B 4, fº 270.--Ms. B 1, t. II, fº 217 vº (lacune).

         Li saufconduis [fu[476]] impetrés ou nom dou dit messire
         Jehan Trivet et aportés à Montalben. Adonc se
     10  parti il, lui cinquime tant seulement, et vint ou logeis
         des dessus dis François, et trouva les signeurs qui estoient
         tout appareilliet de lui recevoir et avisé de respondre.
         Il les salua, il li rendirent sen salut, et puis leur
         demanda à quel cause il avoient envoiiet courir à main
     15  armée par devant sa forterèce qui se tenoit de monsigneur
         li prince. Cil respondirent: «Messire Jehan,
         sachiés que, à vous ne à monsigneur le prince, nous
         ne volons nulle ahatie ne point de guerre; mès nous
         volons nos ennemis cachier, où que nous les savons.»
     20  --«Et qui sont vostre ennemi ne où sont il?» ce
         respondi li chevaliers.--«En nom Dieu, dist li
         contes de Nerbonne, il sont dedens Montalben et
         sont robeur et pilleur, qui ont robet et pilliet et pris
         et couru mal deuement sus le royaume de France:
     25  ce ne fait mies à souffrir. Et ossi, messire Jehan, se
         vous estiés bien courtois ne amis à vos voisins, vous
         ne les deveriés mies soustenir, qui pillent et robent
         les bonnes gens sans nul title de guerre, car par telz
         oevres s’esmuevent les haynes entre les signeurs. Si
   [222] les metés hors de vostre forterèce, ou aultrement
         vous n’estes mies amit au roy ne au royaume de
         France.»--«Signeur, dist la capitainne de Montalben,
         il est bien voirs que il a gens d’armes dedens
      5  ma garnison, que monsigneur le prince a mandés, et
         les tient à lui et pour ses gens. Si ne sui mies consilliés
         que d’yaus [faire partir si soubdainement[477]] ne
         faire vuidier; et, se cil vous ont fais aucun desplaisir,
         je ne puis mies veoir qui droit vous en face, car ce
     10  sont gens d’armes: si les couvient vivre ensi qu’il
         ont acoustumé et sus le royaume de France et sus la
         prinçauté.»

             [476] Ms. B 4.--Ms. B 1 (lacune).

             [477] Ms. B 3, fº 283 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 218 (lacune).

         Dont respondirent li contes de Nerbonne et messires
         Guis d’Azai et disent: «Ce sont gens d’armes,
     15  voirement telz et quels, qui ne sèvent vivre fors de
         pillage et de roberie, et qui mal courtoisement ont
         chevauciet sus nos mètes: si le comparront, se nous
         les poons tenir as camps. Car il ont ars, pris et
         pilliet et fait moult de mauls en le senescaudie de
     20  Thoulouse, dont les plaintes en sont venues à nous;
         et, se nous leur souffrions à faire, nous serions
         traitte et parjure envers le roy nostre signeur qui
         ci nous a establi pour garder sa terre. Si lor dittes
         hardiement de par nous ensi, car puisque nous savons
     25  où il logent et herbergent, nous ne retournerons,
         si l’arons amendé, ou il nous coustera encores
         plus.»

         Aultre response n’en peut adonc avoir li capitainne
         de Montalben: si se parti mal contens d’yaus
     30  et dist que, pour leurs manaces, il ne briseroit ja
   [223] sen entente, et retourna en Montalben et recorda
         as compagnons toutes les parolles que vous avés
         oyes.


         § 557. Quant li compagnon entendirent ces nouvelles,
      5  si ne furent mies bien asseguret, car il n’estoient
         pas à jeu parti contre les François: si se tinrent
         sus leur garde dou mieulz qu’il peurent. Or
         avint que, droit au cinquime jour que ces parolles
         eurent esté, messires Perducas de Labreth à tout une
     10  grant route de compagnons deubt passer parmi
         Montalben, car li passages estoit par là pour entrer
         en le prinçauté: si le fist à savoir à chiaus de le ville.
         Quant messires Robers Ceni et li aultre compagnon,
         qui là se tenoient pour enclos, entendirent ces nouvelles,
     15  si en furent moult resjoy, et segnefiièrent tout
         secretement le couvenant des François au dit monsigneur
         Perducas et comment il les avoient là assegiés
         et les maneçoient durement, [et ossi quels gens il
         estoient[478]] et quels chapitainnes il avoient.

             [478] Ms. B 4, fº 270 vº.--Ms. B 1, t. II, fº 218 vº
             (lacune).

     20  Quant messires Perducas de Labreth entendi ce, si
         n’en fu de noient effraés, mès recueilla ses compagnons
         de tous lés et s’en vint bouter par dedens
         Montalben où il fu recheus à grant joie. Quant il fu
         là venus, il eurent parlement ensamble comment il
     25  se poroient maintenir, et eurent d’acort que à l’endemain
         il s’armeroient et monteroient tout à cheval,
         et se metteroient hors de le ville et se adreceroient
         vers les François, et leur prieroient que paisieulement
         il les laissassent passer, et, se il ne voloient
   [224] à ce descendre et que combattre les couvenist, il
         s’enventurroient et se venderoient à leur loyal pooir.
         Tout ensi comme il l’ordonnèrent, il le fisent.

         A l’endemain, il s’armèrent et sonnèrent leurs
      5  trompètes, et montèrent tout à cheval et vuidièrent
         hors de Montalben. Ja estoient armé li François
         pour l’effroi qu’il avoient oy et veu, et tout rengiet
         et mis devant le ville, et ne pooient passer les Compagnes
         fors que parmi yaus. Adonc se misent tout
     10  devant messires Perducas de Labreth et messires Robers
         Ceni et veurent parlementer as François et priier
         que on les laissast passer paisieulement; mès li François
         leur envoiièrent dire que il n’avoient cure de
         leur parlement et qu’il ne passeroient, fors parmi les
     15  pointes de leurs glaves et de leurs espées. Et escriièrent
         tantost leurs cris et disent: «Avant! Avant! A
         ces pilleurs, qui pillent et robent le monde et vivent
         sans raison!»

         Quant les Compagnes veirent que c’estoit à certes
     20  et que combattre les couvenoit ou morir à honte,
         si descendirent tantost jus de leurs chevaus, et se
         rengièrent et ordonnèrent tout à piet moult faiticement,
         et attendirent les François qui vinrent sus yaus
         moult hardiement, et se misent ossi par devant yaus,
     25  tout à piet. Là commencièrent à traire, à lanchier et à
         estechier li un à l’autre grans cops et apers, et en y
         eut pluiseurs abatus des uns et des aultres, de premières
         venues. Là eut grant bataille forte et dure et bien
         combatue, et tamainte apertise d’armes faite, tamaint
     30  chevalier et tamaint escuier reversé et jetté par terre.
         Toutesfois, li François estoient trop plus sans comparison
         que les Compagnes, bien troi contre un:
   [225] si n’en avoient mies la pieur pareçon et reboutèrent
         à ce commenchement les Compagnes, [par bien combatre[479],]
         bien avant jusques dedens les barrières. Là ot
         au rentrer maint homme mis à meschief, et euissent
      5  eu, ce qu’il y avoit de Compagnes, trop fort temps,
         se n’euist esté la chapitainne de la ditte ville qui fist
         armer toutes gens et commanda estroitement que
         cescuns à son loyal pooir aidast les Compagnes qui
         estoient homme au prince.

             [479] Ms. A 8, fº 273.--Mss. B (lacune).

     10  Lors s’armèrent tout cil de le ville et se misent
         en conroy avoec les Compagnes, et se boutèrent
         en l’escarmuce. Et meismement les femmes de le
         ville montèrent en leurs loges et en leurs soliers,
         pourveues de pierres et de cailliaus, et commenchièrent
     15  à jetter sus ces François si fort et si roit
         qu’il estoient tout ensonniet d’iaus targier, pour le
         jet des pierres, et en blecièrent pluiseurs et reculèrent
         par force. Dont se resvigurèrent li compagnon,
         qui furent un grant temps en grant peril, et
     20  envaïrent fierement les François. Et vous di que il
         y eut là fait otant de grans apertises d’armes, de
         prises et de rescousses, que on avoit veu en grant
         temps faire, car les Compagnes n’estoient que un
         petit ens ou regart des François. Si se prendoient
     25  priès de bien faire le besongne, et reboutèrent leurs
         ennemis par force d’armes tous hors de le ville.

         Et avint ensi, entrues que on se combatoit, que une
         route de Compagnes, que li bours de Bretuel et Naudon
         de Bagherant menoient, en laquèle route estoient
     30  bien quatre cens combatans, se boutèrent par derrière
   [226] en le ville, et avoient chevauciet toute le nuit en
         grant haste pour là estre, car on leur avoit donnet à
         sentir que li François avoient assegiet leurs compagnons
         dedens Montalben: si vinrent tout à point à
      5  le bataille. Là eut de rechief grant hustin et dur. Et
         furent li François par ces nouvelles gens fierement
         assalli et combatu, et dura cilz puigneis et cilz estours
         de l’eure de tierce jusques à basse nonne.

         Finablement, li François furent desconfi et mis en
     10  cace, et chil tout ewireus, qui peurent partir, monter
         à cheval et aler leur voie. Là furent pris li contes de
         Nerbonne, messires Guis d’Azai, li vicontes d’Uzès, li
         sires de Montmorillon, li seneschaus de Carcassonne,
         li seneschaus de Biaukaire et plus de cent chevaliers,
     15  que de France, que de Prouvence, que des marces
         de là environ, et tamains bons escuiers et mains
         riches homs de Thoulouse et de Montpellier. Et encore
         en euissent il plus pris, se il euissent cachiet,
         mais il n’estoient c’un peu de gens, et mal monté:
     20  si ne s’osèrent enventurer plus avant, et se tinrent à
         ce qu’il eurent. Ceste escarmuce fu à Montalben, le
         vigile Nostre Dame, en le mi aoust, l’an de grasce
         mil trois cens sissante et sis.


         § 558. Apriès [la desconfiture[480]] et le prise des dessus
     25  dis, messires Perducas de Labreth, messires Robers
         Ceni, messires Jehans Trivés, messires Robers
         d’Aubeterre, li bours de Bretuel, Naudon de Bagherant
         et leurs routes departirent leur butin et tout leur
         gaaing, dont il eurent grant fuison. Et tout cil qui
   [227] prisonnier avoient, il leur demoroient, et en pooient
         faire leur pourfit, rançonner ou quitter, se il voloient,
         dont il leur fisent très bonne compagnie. Et
         les rançonnèrent courtoisement, cescun selonch son
      5  estat et son afaire, et encores plus doucement, pour
         tant que ceste avenue leur estoit fortuneusement venue
         et par biau fait d’armes; et les recrurent tous,
         petit s’en fallirent, et leur donnèrent terme de raporter
         leurs raencons à Bourdiaus ou ailleurs où bon leur
     10  sambla. Si se parti cescuns et revint en son lieu et en
         son pays. Et les Compagnes s’en alèrent devers monsigneur
         le prince qui les rechut liement et les vei
         très volentiers et les envoia logier en une marce que
         on appelle Bascle, entre les montagnes.

             [480] Ms. B 4, fº 271.--Ms. B 1, t. II, fº 219 vº (lacune).

     15  Or vous dirai qu’il avint de ceste besongne, et
         comment li contes de Nerbonne, li seneschaus de
         Thoulouse et li aultre prisonnier, qui avoient esté
         rançonné et recreu sus leurs fois, finèrent et paiièrent.
         En ce temps, regnoit papes Urbains Ves, qui
     20  tant haoit ces manières de gens nommés Compagnes
         que plus ne pooit, et les avoit de grant temps escumeniiés
         et sentenciiés, pour les villains fais qu’il faisoient:
         siques, quant il fu enfourmés de ceste journée
         et comment, en bien faisant à sen entente, li
     25  contes de Nerbonne et li aultre avoient esté ruet jus,
         si en fu durement courouchiés. Et se souffri tant
         qu’il se furent tous mis à finance et revenu en leurs
         maisons. Si lor manda par mos exprès et deffendi
         estroitement que de leurs raencons il ne paiassent
     30  nulles, et les dispensa et absolst de leurs fois.

         Ensi furent quitte chil signeur chevalier et escuier
         qui avoient estet pris à Montalben, et n’osèrent
   [228] brisier le commandement dou pape. Si vint as aucuns
         bien à point et as Compagnes moult mal qui
         s’estoient attendu à avoir argent, et le cuidoient avoir
         pour faire leur besongne, yaus armer, monter et
      5  appareillier, ensi que compagnon de guerre s’abillent,
         quant il ont largement de quoi, et il n’eurent riens.
         Si leur vint à grant contraire ceste ordenance dou
         pape, et se complaindirent par pluiseurs fois à monsigneur
         Jehan Chandos, qui estoit connestables d’Aquitainnes
     10  et regars par droit d’armes sus telz besongnes,
         mais il s’en dissimuloit envers yaus au
         mieulz qu’il pooit, pour tant que il savoit voirement
         que li papes les escumenioit, et que leur fais et estas
         touchoit à pillerie, siques il me samble qu’il n’en
     15  eurent onques depuis aultre cose.


         § 559. Nous parlerons dou prince de Galles et
         approcerons son voiage, et vous compterons comment
         il persevera. Premierement, si com ci dessus est dit,
         il fist tant qu’il eut toutes les Compagnes de son acort
     20  où il avoit douze mil bons combatans, et moult li
         coustèrent au retenir. Et encores, quant il les eut, il
         les soustint à ses frès et à ses gages, ançois que il
         partesissent de le prinçauté, de l’issue d’aoust jusques
         à l’entrée de fevrier. Avoech tout ce, li princes,
     25  d’autre part, retenoit toutes manières de gens d’armes
         là où il les pooit avoir. Dou royaume de France n’en
         avoit il nul, car tout se traioient devers le roy Henri,
         pour l’amour et les alliances qui estoient entre le roy
         leur signeur et le roy Henri. Et encores eut li dis
     30  rois Henris aucunes des Compagnes qui estoient
         Breton, favourable à monsigneur Bertran de Claiekin,
   [229] desquelz Selevestre Bude, Alains de Saint Pol, Guillaume
         dou Bruel et Alains de Lakonet estoient capitainne.

         Si euist bien eu li dis princes de Galles encores
      5  plus de gens d’armes estragniers, Alemans, Flamens
         et Braibençons, se il volsist; mais il en renvoia
         assés, et eut plus chier à prendre ses feaulz de
         le princeté que les estragniers. Ossi il li vint uns
         grans confors d’Engleterre, car quant li rois d’Engleterre
     10  ses pères vei que cils voiages se feroit, il
         donna congiet à son fil monsigneur Jehan, duch de
         Lancastre, de venir veoir son frère le prince de Galles
         à une quantité de gens d’armes, quatre cens hommes
         d’armes et quatre cens arciers. Dont, quant les nouvelles
     15  en vinrent au dit prince que ses frères devoit
         venir, il en eut grant joie et se ordonna sur ce.

         En ce temps, vint devers le dit prince en le cité de
         Bourdiaus messires James, rois de Maiogres. Ensi se
         faisoit il appeller, quoique il n’i euist riens; car li
     20  rois d’Arragon le tenoit sus lui de force, et avoit le
         père ce dit roy de Maiogres fait morir en prison en
         une cité, en Arragon, que on dist Barselone. Pour
         quoi cilz dis rois James, pour contrevengier le mort
         de son père et recouvrer son hiretage, estoit trais
     25  hors de son pays, car il avoit pour ce temps à moullier
         la royne de Naples. Auquel roy de Maiogres li
         princes fist grant feste et le conjoy doucement et le
         reconforta grandement, quant il li eut oy recorder
         toutes les raisons pour quoi il estoit là venus et à
     30  quel cause li rois d’Arragon li faisoit tort et li tenoit
         son hiretage et avoit son père mort. Se li dist li dis
         princes: «Sire rois, je vous proumeth en loyauté
   [230] que nous, revenu d’Espagne, nous n’entenderons à
         aultre cose nulle, si vous arons recouvré vostre hiretage
         de Mayogres, ou par trettiés d’amour ou de force.»
         Ces prommesses plaisirent grandement bien au dit
      5  roy. Si se tint en le cité de Bourdiaus dalés le prince,
         attendans le departement ensi que li aultre. Et li
         faisoit li dis princes, par honneur, le plus grant partie
         de ses delivrances, pour tant qu’il estoit lontains et
         estragniers, et n’avoit mies ses finances à sen aise.

     10  Tous les jours venoient les plaintes au dit prince
         de ces Compagnes qui faisoient tous les maulz dou
         monde as hommes et as femmes, ens ou pays où il
         conversoient. Et veissent volentiers cil des marces,
         où ces gens se tenoient, que li princes avançast son
     15  voiage. Il en estoit en grant volenté, mès on li consilloit
         que il laissast passer le Noel, par quoi il euissent
         l’ivier au dos, car encores n’en saroient il si peu
         prendre que li passages de Raincevaus ne leur fust
         destrois, frois et lontains. A ce conseil s’enclinoit
     20  assés li princes, pour tant que madame la princesse
         sa femme estoit durement enchainte et ossi moult
         tenre et esplorée dou departement son mari. Si euist
         volentiers veu li dis princes que elle se fust acoucie
         ançois son departement. En ce detriement, se faisoient
     25  et ordonnoient grandes pourveances et grosses
         et trop fort besongnoient, car il devoient errer en
         un pays où il en trouveroient tout petit.

         Entrues que cilz sejours se faisoit à Bourdiaus, et
         que tous li pays d’environ estoit plains de gens d’armes,
     30  eurent li princes et ses consauls pluiseurs consultations
         ensamble. Et m’est avis que li sires de
         Labreth fu contremandés de ses mil lances, et li
   [231] escripsi li dis princes par le conseil de ses hommes
         ensi: «Sires de Labreth, comme ensi fu que de
         nostre volenté liberal, en ce dit voiage où nous tendons
         par le grasce de Dieu temprement à proceder,
      5  consideré nos besongnes, les frès et despens que nous
         avons, tant par les estragniers qui se sont bouté en
         nostre service comme par les gens des Compagnes
         desquels li nombres est grans, et ne les volons pas
         laissier derrière pour les perilz qui s’en poroient ensievir,
     10  et couvient que nostre terre soit gardée, car
         tout ne s’en poeent pas venir ne tout demorer, pour
         quoi il est ordonné par nostre especial conseil que
         en cesti voiage vous nous servirés et estes escris à
         deus cens lances: si les voelliés triier et mettre hors
     15  des aultres, et le remanant laissiés leur faire leur
         pourfit. Et Diex soit garde de vous! Escript à Bourdiaus
         le septime jour de decembre.»

         Ces lettres, seelées dou grant seel le prince de
         Galles, furent envoiies au signeur de Labreth qui se
     20  tenoit en son pays et entendoit fort à faire toutes ses
         pourveances et à apparillier ses gens, car on disoit de
         jour en jour que li princes devoit partir. Quant il
         vei ces lettres que li princes li envoioit, il les ouvrit
         et les lisi deus fois pour mieus entendre, car il en fu
     25  de ce qu’il trouva dedens durement esmervilliés et
         ne s’en pooit ravoir, tant fort estoit il courouciés et
         disoit ensi: «Comment! messires li princes, je croi,
         se gabe et trufe de mi, quant il voet que je donne
         congiet maintenant huit cens lances, chevaliers et
     30  escuiers, lesquels à son commandement et ordenance
         j’ai tous retenus. Et leur ay brisiet leurs pourfis à
         faire en pluiseurs manières.»

   [232] Adonc, en son aïr, li sires de Labreth demanda
         tantost un clerch. Il vint. Quant il fu venus, il li
         dist: «Escrips,» et li clers escrisi ensi que li sires
         de Labreth le devisoit: «Chiers sires, je sui trop
      5  grandement esmervilliés de unes lettres que vous
         m’avés envoiies. Et ne sai mies bonnement ne ne
         trueve en mon conseil comment sur ce je vous en
         sace ne doie respondre, car il me tourne à grant prejudisce
         et à blasme et à tous mes hommes, lesquelz
     10  à vostre ordenance et commandement je avoie retenus,
         et sont tout appareilliet de vous servir. Et
         leur ay destournet leur pourfit à faire en pluiseurs
         manières, car li aucun estoient meu et ordonné
         d’aler oultre mer en Prusce, en Constantinoble ou
     15  en Jherusalem, ensi que tout chevalier et escuier, qui
         se desirent à avancier, font. Si leur vient à grant
         merveille et desplaisance de ce qu’il sont bouté derrière.
         Et sont tout esmervilliet, et ossi sui je, en quel
         manière je le puis envers vous avoir desservi. Chiers
     20  sires, plaise vous à savoir que je ne saroie les uns
         sevrer des aultres. Je sui li pires et li menres de tous.
         Et se li aucun y vont, tout iront: ce sace Diex qui
         vous ait en sa sainte garde. Escript, etc.»

         Quant li princes de Galles eut oy ceste response,
     25  si le tint à moult presumptueuse, et ossi fisent aucun
         de son conseil d’Engleterre, chevalier qui là estoient.
         Si crolla li dis princes la teste et dist en englès,
         si com je fui adonc enfourmés, car j’estoie
         lors pour le temps à Bourdiaus: «Li sires de Labreth
     30  est uns grans mestres en mon pays, quant il
         voelt brisier l’ordenance de mon conseil. Par Dieu,
         il n’ira pas ensi qu’il pense. Or demeure, se il voelt,
   [233] car sans lui ne ses mil lances ferons nous bien le
         voiage.»

         Adonc parlèrent aucun chevalier d’Engleterre qui
         là estoient et disent: «Monsigneur, vous cognissiés
      5  encores petitement le ponée des Gascons et comment
         il s’outrecuident. Il nous amirent peu et ont amiré
         dou temps passé. Ne vous souvient il pas com grandement
         il se veurent jadis porter encontre vous en
         ceste cité de Bourdiaus, quant li rois Jehans de France
     10  y fu premierement amenés? Il disoient et maintenoient
         tout notorement que par yaus et leur emprise
         vous aviés fait le voiage et pris le roy de France. Et
         bien fu apparant qu’il voloient ce porter oultre, car
         vous fustes en grant trettiés contre yaus plus de
     15  quatre mois, ançois que il volsissent consentir que li
         dis rois de France alast en Engleterre, et leur couvint
         plainnement satisfaire leur volenté, pour yaus
         tenir à amour.»

         Sus ces parolles se teut li princes, mès pour ce ne
     20  pensa il mies mains. Veci auques le première fondation
         de le hayne qui fu entre le prince de Galles et
         le signeur de Labreth. Et en fu adonc li sires de
         Labreth en grant peril, car li princes estoit durement
         grans et haus de corage et crueulz en son aïr, et
     25  voloit, fust à tort, fust à droit, que tout signeur
         asquelz il pooit commander tenissent de lui. Mès li
         contes d’Ermignach, qui oncles estoit au dit signeur
         de Labreth, fu enfourmés de ces avenues et des grignes
         qui estoient entre le prince, son signeur, et son
     30  neveu le signeur de Labreth. Si vint à Bourdiaus devers
         le prince et monsigneur Jehan Chandos et monsigneur
         Thumas de Felleton par quel conseil li princes
   [234] faisoit et ouvroit tout. Et amoiena si bien ces
         parties que li princes se teut et apaisa. Mès toutes fois
         li sires de Labreth ne fu escrips que à deus cens lances
         dont il n’estoit mies plus liés, ossi n’estoient ses gens;
      5  ne onques depuis ne chierirent tant le prince comme
         il faisoient devant. Si leur couvint porter et passer
         leur anoi au mieulz qu’il peurent, car il n’en eurent
         adonc aultre cose.


FIN DU TEXTE DU TOME SIXIÈME.




VARIANTES.


§ =474=. Li intention.--_Ms. d’Amiens_: Chil doy prelat de Sainte
Eglise, qui estoient dou plus estroit consseil le ducq de Normendie
et qui veoient, avoecq aucuns sages hommes du royaumme de France, que
li dis royaummes estoit durement blechiez et grevés de cief en qor,
et se doubtoient que il ne pewist longement porter si grans fès, car
on ne pooit aller en nulle marce dou royaumme de Franche qu’il n’y
ewist Englès ou Navarois qui constraindoient si les bonnes villes
que nulle marcandise n’y pooit aller ne venir, et ossi le plat pays
que les tières demoroient en ries et les vignes à labourer, par quoy
grant fanmine et grant chiereté de temps y apparoient. Et si y avoient
porté et souffert ceste tribulation ung grant temps, et par especial
depuis le prise le roy Jehan, leur signeur, qui gisoit prisonniers en
Engleterre, et qui vaillamment s’estoit combatus et avoit estet pris
en deffendant son pays. Se le desiroient moult touttes gens à ravoir
et veoir, et les vaillans hommes qui avoient estet pris dallés lui,
dont li royaummes estoit moult afoiblis; et tout ce ne se pooit faire
sans pès. Si estoit adonc li jonnes dus de Normendie conssilliet de
chiaux qu’il amoit et creoit le mieux, qu’il fesist pès au roi englès,
à quel meschief que ce fuist, car tous li royaummes le desiroit. De
quoy li dus, meus en pité, pour soller son coummun peuple et hoster de
tribulation, dou royaumme dont il estoit drois hoirs, avoit envoiiés
deviers le roy d’Engleterre les deus prelas dessus diz, qui à le
premierre voie n’esploitièrent de riens; car li roys d’Engleterre
estoit durement courouchiés pour le mort de son cousin le comte de le
Marche, connestable de son host, qui estoit nouvellement mors sour
leur chemin, et pour unes nouvelles ossi qui lui estoient venues
d’Engleterre, que li Franchois avoient mis sus, en Normendie, une
armée de gens d’armes par mer, liquel avoient arivet et pris terre en
Engleterre à un port que on dist Winneceuesée. Et avoient li Franchois
le ditte ville arse et aucunes maisons d’entours, pour lesquelz coses
li dessus dis roys, à le premierre requeste et priière que li prelat li
fissent, ne respondi riens, et se partirent de li et revinrent à Paris,
sans riens impetrer.

Quant li roys englès eut jeu une nuit à Mont Leheri et toute se host,
il se desloga et chevaucha par deviers Gaillardon. Che jour que li rois
et ses gens chevauchoient vers Gaillardon, chei dou chiel en l’ost le
roy uns effoudres, uns tempestes, ungs orraiges, uns esclistres, uns
vens, ungs gresilz si grans, si mervilleuz et si oribles qu’il sambloit
que li chie[l]s dewist partir, et li tierre ouvrir et tout engloutir.
Et cheoient les pierres si grandes et si grosses que elles tuoient
hommes et cheval, et n’y avoit si hardi qui ne fuist tous esbahis. Et
meysmement li roys se voa et dounna à Nostre Damme de Chartres. Adonc
y eut en l’ost aucuns souffissans hommes qui disoient que c’estoit
une verghe de Dieu envoiiée pour exemple, et que Dieux moustroit par
signe qu’il volloit que on fesist pès. Si se rafrenna son corraige et
fu plus humbles et debonnaire assés que devant, et se loga de haulte
heure sus le rivierre de Gaillardon. A l’endemain, revinrent li prelat
deviers lui, qui tant li prechièrent et remoustrèrent de biaux exemples
et de bonnes parolles, que on li entama le coer, enssi que par force,
à le pès, car trop à envis de premiers y entendoit; mais se volloit
aller cel esté rafreschir en Bretaingne et en Normendie, et laissier
couvenir les fortrèces qui pour lui se tenoient ou royaumme de France,
et tantost apriès le Saint Jehan Baptiste que li bleds et les vignes
meuriroient, revenir devant Paris. Telle estoit li intention dou roy
englès; mès elle li mua et canga, car il fu inspirés adonc de le
grace de Dieu à le priière et parolle que li prelat et li preudomme
li moustrèrent. Et ossi li dus de Lancastre, ses cousins, en qui il
avoit moult grant fiance, et qui avoit estet avoecq lui en gheriant
li plus grans chieus qu’il ewist, y rendoit et rendi grant painne, si
que en travillant et en allant à petittes journées deviers le chité
de Cartres, tousjours en querant le plus cras pays pour mieux trouver
à vivre, et puis par deviers Bonnevaus et par deviers le marche de
Vendosme. Et adonc li dis rois englès se retray, à le priière de
l’abbet de Clugny, par deviers le marce de Cartres, et là sejourna et
demoura par l’espasce de vingt et un jours, traitiant de pès, laquelle
fu faitte et acordée à grant joie, pour le tamps d’adonc, en le
mannière que chi apriès s’enssuit, seloncq le coppie dou prochès que
pluisseurs signeurs eurent. Fºs 122 vº et 123.

P. 1, l. 3: belle, douce.--_Ces mots manquent dans les mss. A 7 à 17._

P. 1, l. 4 et 5: tout cel esté jusques apriès aoust.--_Ms. A 17_: tout
cel yver jusques après Pasques. Fº 274.

P. 1, l. 7: retourroit.--_Mss. A 7 à 17_: retourneroit.

P. 1, l. 12: faisoient.--_Ms. A 17_: menroient.

P. 1, l. 13: Pikardie.--_Le ms. A 17 ajoute_: Poictou.

P. 1, l. 16: leur.--_Le ms. A 17 ajoute_: bonne.

P. 1, l. 16: il.--_Mss. A_: elles. Fº 217 vº.

P. 1, l. 17: estoient.--_Ms. A 8_: estoit.

P. 1, l. 17: si.--_Mss. A_: ses.

P. 2, l. 9: Tieruane.--_Ms. A 8_: Therouenne. Fº 217 vº.

P. 2, l. 16: darrainnement.--_Mss. A_: derrenierement.

P. 2, l. 21: d’Antun.--_Ms. A 8_: d’Octuin.--_Ms. A 17_: d’Antoin. Fº
274 vº.

P. 2, l. 24: doi.--_Ms. A 17_: diz.

P. 2, l. 28: pluiseur.--_Le ms. A 8 ajoute_: autres.

P. 3, l. 5: ne leur pourpos anientir.--_Ms. A 8_: en son propos
anientir.

P. 3, l. 9: requeroit.--_Ms. A 8_: queroit.

P. 3, l. 11: acordoient.--_Ms. A 17_: accordassent.--_Ms. A 15_:
accorderoient.

P. 3, l. 18 et 19: ou de jour.--_Ms. A 17_: et tous les jours.

P. 3, l. 19: et leurs.--_Le ms. A 8 ajoute_: parlemens et.

P. 3, l. 23 et 24: Cil procet et ces parolles.--_Mss. A 15 à 17_: ces
parollez et ces procedz.

P. 3, l. 26: rescrit.--_Ms. A 17_: escrit. Fº 275.

P. 3, l. 28: par quoi.--_Ms. A 17_: pourquoy.

P. 3, l. 30: et justement cancelé.--_Mss. A 15 à 17_: et justement et
parfaictement.

P. 4, l. 2: cheoit.--_Ms. A 17_: escheoit.

P. 4, l. 7: fu trop durs.--_Ms. A 8_: estoit dur. Fº 218.

P. 4, l. 9: comment.--_Mss. A 8, 15 à 17_: combien.

P. 4, l. 10: rois de France.--_Mss. A 7, 8, 15 à 17_: en cel estat. Fº
225.

P. 4, l. 10: ostoiier.--_Mss. A 7, 8_: estoier.

P. 4, l. 44: s’i.--_Mss. A 7, 8_: se.

P. 4, l. 15: remoustroit.--_Ms. A 8_: moustroit.

P. 4, l. 18: fretable.--_Ms. A 17_: frayable.

P. 4, l. 19: alewés.--_Mss. A 8, 15 à 17_: allouez.

P. 4, l. 20: userés.--_Ms. A 17_: useriez.

P. 4, l. 21: venés.--_Ms. A 8_: viengniez.--_Mss. A 15 à 17_: veniez.

P. 4, l. 22: entente.--_Ms. A 8_: entencion.

P. 4, l. 22: entrues.--_Ms. A 7_: entrementres.--_Ms. A 8_:
entre.--_Ms. A 15_: tandis.--_Ms. A 17_: endementres.

P. 4, l. 25: sus.--_Ms. A 8_: en.

P. 4, l. 26: dedens.--_Mss. A 7, 8, 15 à 17_: en.

P. 4, l. 27: soubtieves.--_Ms. A 8_: soutilles.--_Mss. A 15 à 17_:
subtilles.

P. 4, l. 30: parmi.--_Mss. A_: par.

P. 4, l. 30: ouvra.--_Mss. A_: ouvroit.

P. 5, l. 1: entrues.--_Ms. A 7_: entrementres.--_Mss. A 8, 15_:
pendant.--_Ms. A 17_: endementroes.

P. 5, l. 4: uns orages, uns tempès et uns effoudres.--_Ms. A 8_: uns
temps et uns effoudres et uns orages.--_Ms. A 17_: une orage et une
tempeste et une fouldre.--_Ms. A 15_: uns oraiges, un temps et une
fouldre. Fº 238 vº.

P. 5, l. 5: descendi.--_Ms. A 17_: descendirent.

P. 5, l. 7: finer.--_Ms. A 17_: fenir.

P. 5, l. 8: cheoient.--_Mss. A 8, 15 à 17_: cheoit.

P. 5, l. 10: eshidé.--_Mss. A_: esbahis.

P. 5, l. 14: à ce donc.--_Ms. A 8_: adoncques.

P. 5, l. 15: Chartres.--_Ms. B 6_: Anchois se desloga le roy de
Galardon et toutes ses gens, et s’en vint devant la bonne ville de
Chartres, en instanche que pour l’asegier: de laquelle messire Ernoul
d’Audrehem estoit capitaine, avecques grant foison de chevaliers et
d’escuiers du pais de Bieause. Sy se loga le roy d’Engleterre en ung
villaige delés Chartres, qui s’apelloit Bretegny, et toutes ses gens
ens ès villaiges d’entour, où il faisoient logis de feulles et de bos;
car le saison le devoit, car che fu o joly mois de may. Fºs 608 et 609.

P. 5, l. 15: Bretegni.--_Ms. A 8_: Bretingny.

P. 5, l. 17: poins.--_Mss. A 7, 17_: couvens.

P. 5, l. 18: enterinement.--_Mss. A_: entierement.

P. 5, l. 19: poursievir.--_Mss. A 7 et 8_: poursuir.

P. 5, l. 20: clerch.--_Ms. A 17_: gens.

P. 5, l. 23: s’ensieut ensi.--_Ms. A 8_: est telle.


§ =475=. Edowart.--_Ms. d’Amiens_: C’est assavoir que li rois
Edouwars d’Engleterre et si hoir doient ravoir, tenir et possesser
perpetuellement, paisieulement et quittement, sans nul resort et
sans tenir en fief dou roy de France ne d’autrui, tous les pays et
terres qui chi s’enssieuwent, et les senescauchies, c’est assavoir de
Bergorre, d’Agenès, de Kaorsin, de Pieregorch, de Roergue, de Poito,
de le Rocelle, de Saintongue et de Limozin, le comté d’Agoulesme, le
fief de Thouwart, le fief de Belleville, avoecq toutte la ducé de
Gyane si avant que elle s’estendoit anchiennement. Et doit avoir et
tenir ès marches de Pikardie, sans ressort et sans tenir en fief de
nullui, le ville et le castiel de Callais à tout ses appendanches, le
terre de Melch et toutte le comté de Gines, villes et castiaux, ensi
comme s’estent. Et doit avoir encorres toutte le comté de Ponthieu
enthierement, enssi que elle fu jadis dounnée à madamme Ysabiel de
Franche, roynne d’Engleterre, se mère, en mariaige; mès celle devera
il tenir en fief dou roy de Franche, s’il le voelt ravoir, enssi comme
li roys ses pères faisoit. Encoires devera avoir li dis roys Edouwars,
pour ses frès, [cent] mil escus à paiier six fois, cent mil dedens
trois sepmaines apriès le feste Saint Jehan, l’an soissante, et le
remannant dedens trois ans enssuivant, chascun an le tierche part.
Et demourront au roy englès quittement touttes raenchons de pays, de
villes, de maisons et de prisons acordées, soient paiiées ou à paiier.
Et pour tous ces couvens et ces paiemens aemplir et pourssieuwir, enssi
qu’il sont juret et creantet d’une part et d’autre, li dus de Normendie
et li consseil de France doient envoiier bons hostages et souffissans,
des plus nobles et plus gentils del royaumme de Franche, et d’aucunnes
des bonnes chités et ossi des bonnes villes deux bourgois, pour jesir
en le ville de Callais ou en Engleterre, jusques à tant que tout chou
que dit est, sera paiiet et acomplit entirement. Et parmy tant li roys
englès a en couvent de ramener le roy Jehan de Franche à Callais,
dedens le jour de le Saint Jehan Baptiste, et là endroit tenir par
l’espasse de troix sepmainnes sous ses despens, dedens lesquelles troix
sepmainnes doient li Franchois avoir acomplit tous les couvens deseure
devisés, et mis les gens le roy englès en possession paisieulle de
tous les chastiaux et de tous les pays et terre deseure dis, desquelx
ils ou ses gens ne sont point en saisinne. Et, se tout chou n’estoit
plainnement fait et aemplit, enssi que dit est, dedens les trois
sepmainnes apriès le Saint Jehan, li roys Jehan de Franche et tout li
dessus dit hostaige doient demourer tous qois en prison à Callais, par
l’espasse de trois mois apriès enssuiwant, parmy le somme de trente mil
florins que li Franchois doient rendre et paiier au roy des Englès,
pour les frais et les gages de lui, de ses gardes et des sergans qui
garderoient le roy Jehan et les autres hostaiges, par l’espasse des
diz trois mois. Et deveront demourer tousjours li Englès saisis des
castiaux et fortrèches qu’il ont gaegniet ou royaumme de Franche,
jusques à tant que tout chou que dit est, sera fait et acomplit ou bien
asseguret, sauf tant qu’il ne doient point pillier, ne faire guerre ne
tort à nullui. Et avoecq tout chou, li jonnes comtes de Montfort doit
ravoir le comté de Montfort, entierement quitte et liege, et le sienne
part de la duché de Bretaingne, si avant que li doy roy deseure dit
diront par droit qu’il en deveroit avoir, oyes et examinées diligamment
les raisons monseigneur Carlon de Blois, d’une part, et les siennes,
d’autre. Et devera tout chou tenir en fief dou roy de Franche. Et
apriès, quant tout chou sera fait et acomplit, li roys Jehans de
Franche doit estre delivrés et ramennés à Paris, et seize prisonniers
seullement qui furent pris avoecq lui à le bataille de Poitiers, telx
dont entre iaux deux li doy roy se poront acorder. Et affin que on
puist paisieullement et parfettement aemplir tout chou que deviset
est, une trieuwe generaulx fu acordée à durer par tant jusques à le
feste Saint Micquiel, et de le feste Saint Mickiel en ung an apriès
enssuivant. Et doient li Franchois menner et conduire le roy Edouwart à
tout son host, parmy Franche jusques à Callais, paisieulement, et faire
livrer à vivre pour leurs deniers payans, et ouvrir villes, castiaux,
fortrèches et passages pour passer, dormir et reposer parmy, sans avoir
grief ne molesté. Et parmy touttes ces couvenenchez, li roys Edouwars
d’Engleterre et si hoir doient quiter et renonchier à le calenge, as
armes et au nom del royaumme de Franche.

Enssi et sus ceste fourme fu la pès devisée, acordée et confremmée,
mès les cartres ne furent mies si tost escriptez ne grosséez; et quant
elles furent escriptez, li conssaux de Franche y missent ung point,
par mannière de langage, que li Englès au lire n’entendirent mies bien
ne examinèrent, mais le laissièrent legierement passer; c’est chou
qui leur a depuis empechiet leur querelle, car li rois Jehans, li dus
de Normendie, ses aisnés filz, et li autre frère, quant il jurèrent
le pès à tenir et à poursiewir sus l’estat dou ressort, affin que,
pour le temps à venir, il y ewissent droit de callenge et qu’il ne
s’en desnuassent mies dou tout, dissent enssi: «Seloncq le grosse de
le cartre, nous dounnons et reservons toutes les coses dessus dittes,
etc.» Je ne vous en parleray plus tant c’a orres; mès quant il en
appertenra à parler, j’en parlerai, s’il plaist à Dieu, et à point. Fº
123.


§ =476=. Quant ceste lettre.--_Ms. d’Amiens_: Or revenrons à nostre
pourpos. Li dus de Normendie jura à poursuiwir et à mainte[ni]r touttes
ces coses dessus dites et devisées, comme aisnés hoirs del royaumme, en
le presence dou prinche de Galles, dou duch de Lancastre, dou comte de
Warvich, dou comte de Sallebrin, de monsigneur Renart de Gobehen, de
monsigneur Richart de Stanfort, du seigneur de Perssi, de monsigneur
Gautier de Mauni et de monsigneur Rogier de Biaucamp, qui là estoient
comme procureur au roy englès, et ossi fissent pluisseur seigneur dou
royaumme de France. Et d’autre part ossi le jurèrent li dessus [dit]
seigneur d’Engleterre, comme procureur dou roy englès, en le presence
dou ducq de Normendie et des autres seigneurs de Franche.

Quant touttes ces coses furent jurées et acordées, li dus de Normendie
et ses conssaux retourna à Paris. Et li prinches de Galles et li aultre
retournèrent deviers le roy et son host, à qui il recordèrent coumment
il avoient besongniet. Si pleut moult bien au roy tous li affaires. Et
envoya li dis rois englès ces quatre chevaliers, monsigneur Renart de
Gobehen, monsigneur Richard de Stanfort, monsigneur Gautier de Mauni,
monsigneur Rogier de Biaucamp, à Paris, pour jurer le pès au palais
devant tout le peuple. De quoy, quand on seut leur venue, on alla
contre yaux hors de le chité de Paris bien loing, moult reveramment
à grant pourcession, et sonnèrent touttes les cloches de Paris à
leur venue en nom de solempnité et de feste. Et furent ensi amenet
jusques au palais, là où il fissent le sierement, voiant et oiant tous
chiaux qui oïr et veoir les peurent, de par le roy englès et tous ses
enfans. Et puis furent très grandement festiiet et honnouret dou duc
de Normendie et de tous les seigneurs et les nobles de Franche qui là
estoient, et furent menet en le belle cappelle dou palais de Paris.
Si leur furent moustrées les plus belles reliques et les plus digneus
joyaux du monde qui là estoient, et meysmement le sainte couronne dont
Dieux fu courounnés à son saintimme travel. Et en dounna li dus de
Normendie à chacun des chevaliers une des plus grandes espinnes de le
ditte courounne, laquelle cose chacuns chevaliers prisa moult et le
tint au plus noble joyel que on li pewist dounner. Apriès, li dis dus
de Normendie fist dounner à chacun le plus biel courssier que on pewist
veoir ne trouver, et grant plenté d’autres joyaux d’or et d’argent
et de très presieuses pierres. Et puis furent conduit et remennet
noblement et puissamment jusque à lors gens qui les atendoient par
deviers Paloseal. Si chevaucièrent avoecq yaux, à grant compaignie
de gens d’armes, li doy marescal de Franche jusques à l’ost du roy
Edouwart, et de là en avant pour yaux conduire parmy le royaumme
[de Franche] sauvement, et pour yaux faire livrer à vivre et lors
necessitez pour leurs deniers payant, enssi que couvens estoit. Fº 123
vº.

P. 17, l. 16: ceste.--_Mss. A_: celle.

P. 17, l. 16: s’appelle.--_Mss. A_: s’appelloit.

P. 17, l. 17: chartres.--_Ms. A 17_: lettres.

P. 17, l. 18: en celle anée.--_Ms. A 8_: en pluseurs manières. Fº 221.

P. 17, l. 21: quant il.--_Les mss. A ajoutent_: la virent et ilz.

P. 17, l. 23: ensonniiet.--_Ms. A 8_: embesoingniez.

P. 17, l. 23: istance.--_Ms. A 8_: entencion.

P. 18, l. 8: partie.--_Le ms. A 17 ajoute_: de son conseil et. Fº 279
vº.

P. 18, l. 10: couvignablement.--_Mss. A_: convenablement.

P. 18, l. 12: estoit.--_Ms. A 17_: fut.

P. 18, l. 12: moult.--_Mss. A_: durement.

P. 18, l. 19: venu.--_Ms. A 8_: revenuz.

P. 18, l. 20: à toutes ces coses.--_Mss. A_: à toutes les choses dessus
dites.

P. 18, l. 24: plaisirent.--_Mss. A_: pleurent.

P. 18, l. 25: et à son conseil.--_Ces mots manquent dans les mss. A._

P. 18, l. 28: Michiel.--_Les mss. B 4 et A ajoutent_: et de le Saint
Michiel en. Fº 224.

P. 19, l. 4: publikement.--_Ce mot manque dans le ms. A 17._, Fº 280.

P. 19, l. 6: triewe.--_Ms. A 8_: traittié. Fº 221 vº.

P. 19, l. 11: à lui.--_Ms. A 8_: de lui.

P. 19, l. 12: venir.--_Ces mots manquent dans les mss. A._

P. 19, l. 16: Briane.--_Ms. A 17_: Brienne. Fº 280.--_Ms. A 15_: le
sire de Neufville. Fº 242.

P. 19, l. 18: de.--_Mss. A_: du roy.

P. 19, l. 24: en grant.--_Le ms. A 17 ajoute_: ordonnance et.--_Ce ms.
omet_: et à pourcessions.

P. 19, l. 25: widièrent.--_Ms. A 8_: vindrent. Fº 221 vº.--_Ms. A 15_:
issirent.--_Ms. A 17_: se partirent de la ville de Paris.

P. 19, l. 27: ensi.--_Ms. A 17_: dedens Paris.

P. 19, l. 31: venue.--_Ms. A 8_: voulenté.

P. 19, l. 31: à ce donc.--_Ms. A 8_: adonques.

P. 19, l. 32, et p. 20, l. 1: jonchies.--_Mss. A 11 à 14_: pavées d’.

P. 20, l. 2: pooit.--_Ms. A 8_: pot.

P. 20, l. 7: bellement.--_Mss. A 8, 15_: bien.

P. 20, l. 7 et 8: reveramment.--_Ms. A 17_: saigement.

P. 20, l. 17: mené.--_Ms. A 8_: amenez.

P. 20, l. 19: digne.--_Ms. A 8_: riches.

P. 20, l. 29: donner.--_Ms. A 17_: baillier.

P. 20, l. 32: remercièrent.--_Ms. A 8_: mercièrent.

P. 21, l. 2: estoient.--_Ces mots manquent dans les mss. A._

P. 21, l. 4: assés.--_Ms. A 17_: bien.

P. 21, l. 9: vivres.--_Le ms. A 15 ajoute_: en paiant leurs deniers.


§ =477=. Quant il furent.--_Ms. d’Amiens_: Quant il furent parvenu
jusques en l’ost dou roy Edouwart, li chevalier d’Engleterre qui
avoient esté à Paris, li racontèrent tantost le très grande honneur
et feste que on leur avoit fait à Paris, et li moustrèrent les nobles
jewiaux que on leur avoit donnés: de quoy li roys eut grant joie. Si
festia grandement ces seigneurs franchois qui là estoient venu pour
ses gens conduire, ensi que dit est. Si vint à l’endemain li roys
englès en le cité de Cartres, et alla en grant devotion à l’eglise
de Nostre Damme, et aucun des seigneurs d’Engleterre. Et y donna li
roys grans dons et biaux jeuiaux, et ossi fissent li seigneur; puis
s’en partirent et chevauchièrent leur chemin bellement et ordonneement
deviers Normendie et par deviers le Pont de l’Arche, pour passer là
endroit la rivierre de Sainne, si qu’il fissent. Et partout là où il
venoient, il trouvoient les bonnes villes ouvertes pour passer tout
oultre, et tout chou qu’il leur besongnoit à vendre pour marchiet
raisonnable. Si passoient bellement et courtoisement oultre, et se
logoient en villes campestres; car vous devés savoir que, sitost que li
pès fu parfaite et acordée, on le fist nunchier et criier par tout le
royaumme de Franche, les cités et les bonnes villes: par quoy chacun
pooit savoir qu’il devoit faire. Et li roys englès faisoit toudis ses
marescaux chevauchier derierre, pour garder que ses gens ne fesissent
forche, villonnie ne outraige à nullui, ne par nuit, ne par jour. Quant
li Englès furent parvenus jusques au Pont de l’Arce, ilz se logièrent
environ. L’endemain au matin, li roys se parti de ses gens et s’en
alla en petite compaignie par deviers un port de mer que on claimme
Harflues. Là trouva il de ses vaissiaux qui estoient nouvellement venu
d’Engleterre.

Li roys d’Engleterre monta en mer à Harflues, pour revenir arrierre
en Engleterre. Et ses gens passèrent le rivierre de Sainne au Pont à
l’Arche, et cheminèrent bellement et courtoisement parmy le pays, enssi
que dit est, tant qu’il vinrent à Pekegny. Si passèrent là endroit le
rivière de Somme et fissent tant, en cheminant, qu’il parvinrent à le
forte ville de Callaix. Adonc prissent li Franchois congiet d’iaux, qui
les avoient courtoisement conduis; et li Englez s’appareillièrent pour
passer oultre en Engleterre, chacuns enssi que mieux peult. Et ossi
chacuns des gens d’armes estranges s’en ralla en son pays, mès petit en
y avoit.

Et si trestost que li roys Edouwars fu venus à Londres à tel compaignie
qu’il avoit, et qu’il eut estés festiiés et conjoïs de madamme la
roynne d’Engleterre, sa femme, il s’en alla au plus tost qu’il peult,
là où li roys Jehans de Franche gisoit, et l’amena à son pallais à
Wesmoustier, à Londres, où il fu festiiés et honnourés grandement dou
roy d’Engleterre et de madamme le roinne, dou prinche de Gallez, qui
point ne le haioit, dou duc de Lancastre et de tous les seigneurs
enssuiwant d’Engleterre. Et estoit adonc li roys Jehans de Franche
logiés en l’ostel de Savoie, messires Phelippes, ses filz, avoecq lui,
messires Jaquemes de Bourbon, messires Jehans d’Artois, li comtez de
Dammartin, li comtes de Tamkarville, li comtes d’Auçoire et li autre
seigneur de Franche qui furent pris à le besoingne de Poitiers. Là
eult grans festez et grans reviaux entre le roy de France et le roy
d’Engleterre, et festioient de disners et de souppers si grandement
l’un l’autre c’à merveilles. Et durèrent ces festes quinze jours. Et
donnoient li doy roy les plus nobles mengiers à court ouverte que on
se pooit esmervillier où on prendoit chou que on y despendoit, car
chacuns s’efforchoit de sourpasser son compaignon. Quant chou fu passet
et on eult appareilliet le roy de Franche de si nobles atours que à tel
prince appartenoit, li roys englès et si enfans, li dus de Lancastre et
tout li autre grant seigneur le amenèrent jusques à Douvres sus le mer,
à très grant noblèce. Et envoya li roys englès le prinche de Galles
son fil, le duc de Lancastre, le comte de Warvich, monseigneur Regnart
de Gobehen, monseigneur Gautier de Mauny, le seigneur de Perssi et
grant fuisson de seigneurs avoecq le dit roy Jehan jusques à Callais,
enssi que couvenenchiet estoit, et li fissent toutte l’onneur, l’amour
et le compaignie que faire li peurent et si comme à lui appartenoit.
Et attendirent à Calais les seigneurs de Franche assés longement, qui
devoient aporter six fois cent mil florins et entrer en hostaige, ensi
que li pais faite et acordée entr’iaux portoit. Fº 124.

P. 21, l. 13: dignes.--_Ms. A 17_: nobles. Fº 281.

P. 21, l. 13: les dignes jeuiaus.--_Ms. A 8_: les dignitez et les
joyaulx. Fº 222.--_Ms. A 15_: les grans dignitez et joiaulx. Fº 242 vº.

P. 21, l. 19: traisissent.--_Ms. A 8_: retraissent.--_Mss. A 15 à 17_:
se retraissent arrière.

P. 21, l. 21: le Somme.--_Ms. A 8_: la rivière de Somme.

P. 21, l. 21: aller.--_Ce mot manque dans les mss. A._

P. 22, l. 2 et 3: grande offrande.--_Ms. A 8_: grandes offrandes.

P. 22, l. 4 et 5: Si entendi... Harflues.--_Ms. A 2_: et chevauchèrent
tant que le roy et ses enfans vindrent à Harfleu.

P. 22, l. 10: aconvoiiés.--_Mss. A 8, 15 à 17_: convoiez.

P. 22, l. 12: sans damage et sans peril.--_Ces mots manquent dans les
mss. A._

P. 22, l. 15: auques des premiers.--_Ms. A 17_: avecques ses barons.

P. 22, l. 22: disoit.--_Ms. A 8_: diroit.

P. 22, l. 24: à quel.--_Mss. A 15 à 17_: à quelque.

P. 22, l. 25: ne l’euist jamais contredit.--_Ces mots manquent dans les
mss. A._

P. 22, l. 27: Jakemes.--_Ms. A 8_: Jaques. Fº 222 vº.

P. 22, l. 28: durement.--_Ms. A 8_: grandement.

P. 23, l. 3 et 4: approcemens.--_Les mss. B 3, 4 et A ajoutent_:
semblant. Fº 239.

P. 23, l. 9: estoit.--_Mss. A 8, 17_: estoient.--_Ms. A 15_: fut
resjouie de leur venue et de la paix du roy son seigneur. Fº 243.

P. 23, l. 12: le.--_Ms. A 8_: se.--_Mss. A 15 à 17_: les.

P. 23, l. 20: messagiers.--_Ms. A 8_: messages.

P. 23, l. 22: Li paiemens.--_Mss. B 3, 4 et A_: Mais li paiemens.

P. 23, l. 26: dou roy leur père.--_Ms. A 8_: de leur seigneur.

P. 23, l. 27: attendre.--_Mss. A 8, 15 à 17_: entendre.

P. 23, l. 28: entrues.--_Ms. A 8_: pendant ce.

P. 23, l. 28: le dit royaume.--_Ms. A 8_: le royaume de France.

P. 23, l. 30: Melans.--_Ms. A 7_: Melan. Fº 229 vº.--_Mss. A 8, 15 à
17_: Milan.

P. 23, l. 30 et p. 24, l. 1: et de plusieurs cités en Lombardie,
fist.--_Ms. A 17_: et plusieurs citez de Lombardie firent. Fº 281 vº.

P. 24, l. 3: rouva.--_Mss. A 8, 15_: fist requerir.--_Ms. A 17_: fist
savoir. _Le scribe du ms. A 7, n’ayant pu lire ou ne comprenant pas le
mot_ ROUVA, _l’a laissé en blanc_.

P. 24, l. 4: parmi tant.--_Ms. A 8_: parmy ce que.

P. 24, l. 6: s’i.--_Ms. A 17_: lui.

P. 24, l. 8: pourquoi.--_Ms. A 8_: pour ce que.

P. 24, l. 9: ne fu... avant.--_Mss. A 7, 8, 15 à 17_: ne vint mie si
tost avant.

P. 24, l. 10: souffrir.--_Le ms. A 8 ajoute_: et endurer.


§ =478=. Quant li princes.--_Ms. d’Amiens_: Quant chil seigneur
d’Engleterre eurent assés atendu et il virent que chil hostaige
n’estoient point appareilliet, ne li argens deseure dis pourveus, il
prissent congiet au roy de France et s’en rallèrent en Engleterre, et
laissièrent le roy Jehan et monsigneur Phelippe, son fil, en le garde
de quatre moult vaillans chevaliers pour yaux garder, c’est assavoir
le comte de Warvich, monsigneur Regnart de Gobehen, monsigneur Gautier
de Mauny et monsigneur Rogier de Biaucamp et de pluisseurs autres gens
d’armes souffissans, qui leur faisoient tous les sollas que faire
pooient bonnement, et laissoient parler au dit roy, et mengier, soupper
et compaignier en tous solas avoecq lui les seigneurs et les chevaliers
de France, enssi qu’il leur plaisoit et enssi qu’il le venoient veoir
de jour en jour, les ungs apriès les autres. Et menoient chil seigneur
d’Engleterre esbanoiier le dit roy, monseigneur Phelippe, son fil, et
les autres seigneurs de Franche demy lieuwe loing, fuist à piet ou à
cheval, si comme il leur plaisoit, en attendant que li somme de florins
dessus ditte fust paiiée et que li seigneur qui devoient entrer en
hostaige pour le roy, leur seigneur, fuissent venu.

Si estoit tous li dis paiemens des six cens mil florins pourveus et
mis en l’abbeie de Saint Bertin, à Saint Ommer, mès on ne le volloit
mies delivrer jusques à tant que li hostaiges fuissent entrés, ensi que
couvenenchiet estoit, à bonne cause; car, se li somme de florins fust
delivrée et apriès li hostaiges n’y volsissent tout entrer ou on ne se
pewist acorder, li ditte somme fust perdue, li pès fuist brisie, et li
roys Jehans de France fust remennés en Engleterre comme devant. Fº 124.

P. 25, l. 3: dou pays environ.--_Ms. A 17_: d’environ icelles.

P. 25, l. 6: en l’ombre.--_Ms. A 8_: soubz ombre.

P. 25, l. 10: Athegni.--_Ms. A 8_: Athigny. Fº 223.

P. 25, l. 11: il.--_Ms. A 8_: si.

P. 25, l. 15 et 16: si retournoient.--_Ms. A 17_: et s’en retournèrent.
Fº 282.

P. 25, l. 20: florins.--_Mss. A_: frans.

P. 25, l. 21: fu.--_Le ms. A 8 ajoute_: là.

P. 26, l. 1 et 2: comment... user.--_Ces mots manquent dans les mss. A._


§ =479=. Ensi demora.--_Ms. d’Amiens_: Ensi demoura li roys de Franche
à Callais tout cel estet ensuiwant. Et vinrent si troy fil à le chité
d’Amiens: là eut maint parlement de l’un à l’autre. Finablement, il
s’acordèrent à entrer en hostagerie pour le roy leur père, voires
messires Loeys et messires Jehans. Et leur eut en couvent messires
Carles, leurs ainnés frerres, qui celle pais avoit tretie, que il ne
cesseroit jamais deviers le roy leur père si les en aroit delivrés.
Et pour acroistre leur nom et leur seignourie, on fist monsigneur
Loeys, ducq d’Ango et du Mainne, et monsigneur Jehan, duc de Berri et
d’Auvergne. Si s’asamblèrent tout chil seigneur, qui ostagier devoient
estre, en le bonne ville de Saint Omer. Et quant il furent tout venu,
il se traissent moult couvignablement à Callais, et se remoustrèrent,
chacuns par lui, au consseil dou roy d’Engleterre. Si jurèrent tout
prison et hostagerie pour le roy leur signeur. Et li roys Jehans leur
dist que il y entraissent ou nom de Dieu liement et vollentiers, car
il les en deliveroit sans damage et sans fret. Vous devés savoir
que chacuns sirez estoit si enclins à le pais pour tout le coummun
prouffit de crestienneté, et si avoient si grant fianche ou roy Jehan
leur signeur, qui leur disoit et proummetoit qu’il les en deliveroit,
que tout y entrèrent liement. Che fu le nuit de tous les Sains qu’il
passèrent le mer à Callais et arivèrent à Douvres l’an de grasce mil
trois cens soissante. Fº 124 vº.

P. 26, l. 4: octembre.--_Mss. A 8, 15 à 17_: octobre. Fº 223.

P. 26, l. 7: devoient.--_Le ms. A 17 ajoute_: venir et.

P. 26, l. 11 et 12: de l’une... dou conseil.--_Ms. A 17_: d’un costé et
d’autre du costé. Fº 282 vº.

P. 26, l. 15: qui s’appellent chartre.--_Ces mots manquent dans les
mss. A._

P. 26, l. 28: pour tant.--_Mss. A 8, 15 à 17_: pour ce que.

P. 26, l. 30: dient.--_Ms. A 8_: disoient. Fº 223 vº.


§ =481=. P. 33, l. 7: Quant.--_Les §§ 481 et 482 manquent dans le ms. A
17_, fº 283 vº.

P. 33, l. 10: lisi.--_Ms. A 8_: lut. Fº 225.

P. 33, l. 12: çascun.--_Ms. A 8_: tous.

P. 33, l. 18: ordonné.--_Ms. A 8_: accordé.

P. 33, l. 18: Bretegni.--_Ms. A 8_: Bretigny.

P. 33, l. 28: estoit.--_Les mss. A ajoutent_: tout appareillié et. _Ms.
A 7_, fº 231 vº.

P. 33, l. 31: li consauls.--_Ms. A 7_: les consaulz.--_Ms. A 8_: le
conseil.

P. 34, l. 1: requisent.--_Ms. A 8_: requist.

P. 34, l. 3: grossée.--_Les mss. B 3, 4 et les mss. A ajoutent_: et
seellée. Fº 241.

P. 34, l. 9: notablement.--_Ms. A 8_: noblement.

§ 483. P. 47, l. 9: estroit.--_Ce mot manque dans les mss. A._

P. 47, l. 26: grossée.--_Ms. A 17_: grossoyée. Fº 287.

P. 47, l. 28: s’ensieut.--_Mss. A 8, 15_: est telle. Fº 228 vº.--_Les
mss. A 7, 17 ajoutent_: ainsi. Fº 234 vº.


§ =485=. P. 50, l. 27: de l’un.--_Le ms. A 8 ajoute_: roy. Fº 229.

P. 50, l. 28: content.--_Ms. A 8_: contens.--_Ms. A 17_: comptentes. Fº
288.

P. 50, l. 28: voirs.--_Ms. A 8_: verité.

P. 50, l. 31: avoir grant droit.--_Mss. A 7, 8_: droit à avoir très
grant. Fº 235.--_Ms. A 17_: à avoir très grant droit.

P. 51, l. 2: couchier.--_Mss. A 8, 15 à 17_: touchier.

P. 51, l. 3: diffiniement.--_Ms. A 8_: diffinitivement.

P. 51, l. 5: mies.--_Ms. A 8_: point.--_Ms. A 7_: pas.

P. 51, l. 10: quel part.--_Ms. A 8_: quelque part.

P. 51, l. 14: que donc qu’il.--_Ms. A 8_: jusques à ce qu’ilz.

P. 51, l. 16: briefment passer.--_Ms. A 17_: brief partir.

P. 51, l. 19: volsissent.--_Ms. A 8_: eussent voulu.

P. 51, l. 20: là.--_Mss. A 15 à 17_: ja.

P. 51, l. 23: reus.--_Ms. A 17_: receuz.

P. 51, l. 24: plus longement.--_Ms. A 8_: plainement.

P. 51, l. 27: en devant.--_Ms. A 8_: par avant

P. 51, l. 27 et 28: dont nous parlons.--_Ms. A 8_: comme nous parlerons.

P. 51, l. 31: et.--_Ms. A 8_: ou.

P. 52, l. 7: en dedens.--_Ms. A 8_: ce pendant.

P. 52, l. 13: de [père].--_Ms. B 1_: de frère. Fº 245.

P. 52, l. 19: cose.--_Mss. A_: matière.--_Ms. A 7_, Fº 235 vº.


§ =486=. Li rois Jehans.--_Ms. d’Amiens_: Encorres avoecq tout chou,
par le confirmation de le pais, li doy roy s’appelloient frère. Et
dounna li roys de Franche à quatre barons d’Engleterre où il eult le
plus se grasce, à chacun deus mil frans de revenue par an et bien
assignés en France. Et ossi li roys d’Engleterre dounna à quatre
barons de Franche otelle revenue en Engleterre, et bien assignés et
bien paiiés par an. Et eult messires Jehans Cambdos toutte la terre
de Saint Sauveur le Visconte, en Constentin, qui jadis avoit estet à
monsigneur Godeffroi de Harcourt, et li confremma et accorda li roys
Jehans de Franche à le priierre de son frère, le roy d’Engleterre. Les
coses furent adonc si bien couchies et si bien ordounnées, au samblant
et à l’avis de l’une part et de l’autre, que on ne quidoit mie que le
guerre dewist jammès renouveller.

Si tost que chil seigneur de Franche dessus nommé furent entré en
mer pour passer en Engleterre, li roys Jehans, messires Phelippes,
ses filx, messires Jaquemes de Bourbon, li comtes d’Eu, li comtes de
Dammartin et tout li autre comte et baron de France, qui prisonnier
avoient estet en Engleterre avoecq le roy, leur seigneur, s’en
partirent quitte et delivre, sans paiier nulle raenchon, non se
rançonnet ne s’estoient en devant le pais. Fº 124 vº.

P. 52, l. 25: plus grant.--_Le ms. B 3 ajoute_: affirmation et. Fº
245.--_Le ms. B 4 et les mss. A ajoutent_: confirmation et. Fº 231 vº.

P. 52, l. 26: quoique.--_Mss. A_: qui.

P. 52, l. 26: s’appellassent.--_Mss. A 8, 17_: s’appelèrent. Fº 229
vº.--_Mss. A 7, 15_: s’appelloient. Fº 235 vº.

P. 52, l. 29: cescun.--_Mss. A 7, 15 à 17_: à chascun.

P. 53, l. 6: terre.--_Les mss. A ajoutent_: dessus ditte.

P. 53, l. 13: possesser.--_Ms. A 8_: possider. Fº 229 vº.

P. 53, l. 20: consaulz.--_Ms. A 8_: conseilliers.

P. 53, l. 22: alloiant.--_Ms. A 8_: aliant.

P. 53, l. 25: mieulz.--_Ms. A 17_: plus. Fº 289.

P. 53, l. 25 et 26: je euch.--_Mss. A 7, 17_: j’en ay eu.--_Ms. A 8_:
j’ay eu. Fº 230.--_Ms. A 15_: j’ay depuis eu. Fº 251.

P. 53, l. 26: de le cancelerie.--_Ces mots manquent dans le ms. A 8._


§ =487=. P. 53, l. 28: si bien.--_Le ms. A 17 ajoute_: faictes.

P. 54, l. 2: se deuist brisier.--_Ms. A 7_: ne se deust briser. Fº 235
vº.--_Ms. A 8_: seroit tenue sanz briser. Fº 230.

P. 54, l. 6: paisieulement.--_Mss. A_: paisiblement.

P. 54, l. 9: en son.--_Ms. A 7_: ens ou.--_Mss. A 8, 15_: ou.--_Ms. A
17_: dedens le.

P. 54, l. 10 et 11: si enfant.--_Ms. A 15_: ses trois filz.--_Ms. A
17_: les enffans du dit roy.

P. 54, l. 15: vigile.--_Ms. A 8_: veille. Fº 230.

P. 54, l. 18: en istance que pour.--_Ms. A 8_: en entencion de.

P. 54, l. 26: deuement.--_Ms. A 8_: devotement.

P. 54, l. 27: tournèrent.--_Ms. A 8_: retournèrent.


§ =488=. Or est raisons.--_Ms. d’Amiens_: Or vous voeille noummer tous
lez nobles seigneurs de Franche qui furent hostage pour le roy Jehan
de Franche et qui vinrent demourer pour lui à Londres: premierement li
dus d’Ango, li dus de Berri, li dus d’Orliens, li dus de Bourbon, li
comtez d’Allenchon, messires Guis de Blois pour le comte Loeys de Blois
son frère, li comtes de Saint Pol, le comte daufin d’Auvergne, le comte
de Halcourt, le comte de Porsiien, le comte de Brainne, monsigneur
Jehan d’Estampes, monsigneur Engheran signeur de Couchi, le seigneur de
Montmorensi, le signeur de Prayaux, le signeur de Clères, le seigneur
de Fontenielle, monsigneur Jehan de Lini, castelain de Lille, le
signeur de Saint Venant, le signeur d’Englure, le signeur de Trainiel,
le signeur de Malevrier, le signeur de Latour, le signeur de Roye,
le seigneur de Bourbercq, le signeur d’Andresel et les autres barons
dont je nay mies bonnement le memore. Ossi de le bonne cité de Paris,
de Thoulouse, de Roem, de Rains, de Lions sus le Rosne, de Bourges en
Berri, d’Orliiens, d’Amiens, de Tournay, de Chaalons en Campaingne, de
Troies, d’Arras, de Saint Omer, de Lille et de Douai, de chacune de
ces cités et de ces villes, deux bourgois. Si passèrent tout le mer
ensi que je vous di, et s’en vinrent amaser et amanagier en le chité de
Londres, chacuns sires par lui avoecquez ses gens et sen ordounnanche
et tinrent bon estat et grant et noble. Et ossi li roys les tenoit
liement; et quant il venoient deviers lui, il les festioit et veoit
vollentiers et leur demandoit des nouvelles et les laissoit, sus le
recreance de leurs fois, aller et venir, chevauchier et esbatre, voller
et cachier parmy le royaumme d’Engleterre. Fº 124 vº.

P. 55, l. 14: Lini.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Ligny.

P. 55, l. 14: Brainne.--_Mss. A 8, 15_: Brianne.

P. 55, l. 18 à 21: d’Auvergne... d’Andresel.--_Ces trois lignes
manquent dans le ms. A 17_, fº 290.

P. 55, l. 22: Ossi.--_Ms. B 6_: et de dix neuf chités et bonnes villes,
de chascune deus bourgois, et de Paris quatre. Sy jurèrent tout chil
signeur et bourgois solempnellement de aller tenir prison à Londres, en
Engleterre, et là où au roy plairoit, jusques adonc que on les aroit
racheté de vingt quatre cens mille francs. Fº 616.

P. 55, l. 27: Kem.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Caen. Fº 230 vº.

P. 55, l. 28: çascune.--_Les mss. A 7, 15 à 17 ajoutent_: cité.

P. 55, l. 30: amanagier.--_Mss. A 15 à 17_: amenasgier.

P. 55, l. 31: recarga.--_Mss. A 7, 8, 15_: recharga.--_Ms. A 17_:
charcha.

P. 56, l. 1: enjoindi.--_Mss. A_: enjoingni.

P. 56, l. 7: rihote.--_Mss. A_: riote.

P. 56, l. 8 et 9: cachier.--_Mss. A_: chacier.

P. 56, l. 11: ne furent.--_Mss. A_: n’y furent.

P. 56, l. 14: Boulongne.--_Les mss. A 1, 17 ajoutent_: et estoit party
de la ditte ville de Calays.


§ =489=. Li rois.--_Ms. d’Amiens_: Si vint li rois Jehans à grant
compaignie en le bonne ville de Saint Omer, où il fu grandement
festiiés et conjoïs, et li dounna on et presenta des biaux presens,
puis s’en parti et vint à Teruane et puis à Arras. Là vint li dus de
Normendie, ses filx, contre lui, qui le conjoï et requeilli liement, si
comme il estoit tenus dou faire. De touttes les gistes, les visitations
que li roys fist par son royaumme, me voeil je briefment passer; mès
il alla tant de chité en cité, de bonne ville en bonne ville, qu’il fu
li Noëlx ainsçois qu’il revenist à Paris; et quant il y rentra, on ne
vous poroit mies deviser com noblement et puissanment il y fu rechups,
car moult y estoit desirés. Et li donna on des biaux dons et des grans
presens, et le vinrent veoir et viseter li prelat et li seigneur de son
royaumme. Si les recevoit li rois bellement et sagement, ensi que bien
le savoit faire. Fºs 124 vº et 125.

P. 56, l. 21: vint.--_Ms. A 17_: revint. Fº 290 vº.

P. 56, l. 26: le roy.--_Ms. A 17_: lui.

P. 56, l. 27: devisé.--_Ms. A 8_: raconté. Fº 230 vº.

P. 56, l. 27: com.--_Ms. A 8_: comment.

P. 56, l. 28: recueilliés.--_Mss. A_: recueillis, recueilli.

P. 56, l. 28: ce.--_Ms. A 8_: son.

P. 56, l. 30 et 31: biaus... presens.--_Ms. A 17_: beaulx jouaulx et de
grans dons, et fist on de rechief presens.

P. 57, l. 3: recevoit.--_Ms. A 17_: receut moult.

P. 57, l. 3 et 4: et bellement... faire.--_Ces mots manquent dans les
mss. A._


§ =490=. Assés tost.--_Ms. d’Amiens_: Si envoya li dis roys monsigneur
Jakemon de Bourbon, son cousin, en le Langhe d’Ock, pour viseter le
pays et mettre en saisinne et en possession des villes et des castiaux
et des pays les gens le roy d’Engleterre, qui y devoient venir, enssi
que couvens se portoit...

En ce tamps fu advisé et regardé de par le consseil d’Engleterre, que
chils bons chevaliers messires Jehans Cambdos venroit en Acquittaine
prendre le possession des cités, des villes et des pays que li roys
englès y devoit tenir, car il avoit mis grant painne au concquerir,
tant à le bataille de Poitiers comme ailleurs; et si estoit frans
et gentilz de corraige et bien acordables à touttez gens d’onneur,
sages et advisés durement: pour chou y fu il envoiiés. Si passa le
mer messires Jehans Cambdos et vint en Acquittainne en grant arroy,
et prist le possession de toutes les terrez devisées et dittez en le
cartre de le pès. Et quitta li dis rois de France à tous seigneurs,
barons, chevaliers et escuiers, fois, hommaiges et services, et remist
tout en le main dou roy d’Engleterre qui y entra, voirs messires Jehans
Cambdos procureres pour lui, ossi purement, ossi quittement que li
roys Jehans les tenoit: dont moult despleut à chiaux de le Rocelle,
de Saint Jehan, de Poito, de Saintonge, que il les couvenoit y estre
englès. Ossi fist il à chiaux de Pontieu, ouquel pays li roys englès
envoya monsigneur Gerar de Baudresen, qui fu senescaux de Pontieu et le
gouvrenna ung grant tamps. Fº 125.

P. 57, l. 7: prendre.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: la possession et.

P. 57, l. 13: obeir ne yaus rendre.--_Ms. A 17_: obeyr à eulx ne rendre.

P. 57, l. 14: quoique.--_Ms. A 8_: combien que. Fº 231.

P. 57, l. 15: venoit.--_Mss. A 7, 17_: sembloit. Fº 236 vº.

P. 57, l. 15: grant.--_Le ms. A 8 ajoute_: dommage et.

P. 57, l. 17: le conte.--_Ms. A 8_: de la conté.

P. 57, l. 19 et 20: le signeur de Taride.--_Ces mots manquent dans les
mss. A._

P. 58, l. 1: Jakemon.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Jaques.

P. 58, l. 21 et 22: que donc que il fuissent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: que
ce qu’ilz feussent.

P. 58, l. 24: escusances.--_Ms. A 8_: excusacions.

P. 58, l. 27 et 28: enfrainte et brisie.--_Ms. A 17_: en France brisée.

P. 58, l. 28: par lequel coupe.--_Ms. A 17_: laquelle chose.

P. 58, l. 30 et 31: moustrances.--_Ms. B 3_: remoustrances. Fº 246
vº.--_Mss. A 8, 15 à 17_: paroles.--_Le ms. A 7 ajoute_: ne paroles.

P. 58, l. 32: à trop grant dur.--_Ms. B 3_: bien enviz.

P. 58, l. 32: dur.--_Mss. A_: dureté.

P. 58, l. 32: disent.--_Ms. A 8_: disoient.

P. 59, l. 1: aourrons.--_Mss. A 7, 8, 15_: aourerons.--_Ms. A 17_:
adourerons.

P. 59, l. 2: lèvres.--_Ms. A 17_: mains.

P. 59, l. 2 et 3: li coers ne s’en mouvera.--_Mss. A_: les cuers ne
s’en mouveront.

P. 59, l. 23 et 24: onques... de li.--_Ms. B 3_: et mieulx que
chevalier qu’on sceust trouver de son temps.

P. 59, l. 24: mieus de li.--_Ms. A 8_: ne y sceut mieulx estre de lui.
Fº 231 vº.--_Mss. A 15 à 17_: ne fist mieulx de lui. Fº 253.


§ =491=. Entrues.--_Ms. d’Amiens_: Assés tost apriès le revenue dou
roy Jehan, envoyea li roys englès souffissans hommes de par lui
ou royaumme de Franche pour faire wuidier et partir des garnisons
touttes mannierres d’Englès qui les tenoient. Et leur commandèrent
li dit coummis, de par le roy englès, que, sus à perdre le royaumme
d’Engleterre et lez vies, s’on les y tenoit, il se partesissent des
fors et des castiaux et remesissent en le main dou roy de Franche et
de ses gens. Ceste ordonnanche fu moult griefs pour les pluisseurs qui
avoient apris à pillier et à rober, et qui estoient tout amonté et fet
de le guerre, et qui, en devant çou, estoient povre garchon et varlet.
Si leur ressambla que, s’il retournoient, il ne saroient vivre seloncq
l’usaige dont il estoient parti, dont li pluisseur ne veurent mies si
tost obeir, et fissent moult de maux ens ou royaumme de Franche, si
comme vous orés chy apriès. Et chil qui obeissoient, vendoient les
fors qu’il tenoient, as gens dou pays d’environ. Bien est voirs que
li chevalier et bon escuier, gentil homme d’Engleterre, obeirent et
partirent des villes et des fors qu’il tenoient; mais il avoit Alemans,
Flammens, Braibenchons, Haynuiers, Bretons, Bourghignons, mauvais
Franchois, Normans, Pickars et Englès de basse venue, qui s’estoient
amonté de le gherre et qui n’avoient riens à perdre, fors chou qu’il
tenoient. Chil parseverèrent en leur mauvaistié et dissent qu’il les
couvenoit vivre. Si se queillièrent et assamblèrent de diviers lieux,
et gueriièrent le royaumme ossi fort que devant: dont meismement moult
desplaisi au roy d’Engleterre...

En ce tamps estoit li grande Compaigne en Bourgoingne et en Campagne,
que on clammoit les Tart Venus, et avoient gaegniet de force le fort
castel de Genville et si grant tresor que on avoit dedens assamblés
et mis en garde sus le fianche dou fort castiel, que on ne le pooit
numbrer, et fu environ le Noël, l’an mil trois cens soissante. De quoy
li compaignon qui avoient tout celui pays gastet et exilliet, ars et
desrobet, departirent entre eux leur gaaing et leur pillage en grant
reviel, et dissent entr’iaux qu’il ne cesseroient jammès de guerriier,
car, sans ce, il ne saroient vivre. Si entrèrent en Bourgoingne et y
fissent moult de maux, car il avoient de leur acord aucuns chevaliers
et escuiers dou pays qui les menoient et conduisoient. Si se tinrent
ung grant temps environ Digon et Biaune, et robèrent tout celui pays,
car nuls n’alloit au devant; et prirent le bonne ville de Givri en
Biaunois et le robèrent et essillièrent toutte, et se tinrent là ung
grant temps et entours Vregy, pour le cause dou cras pays. Et toudis
acroissoit leurs nombres; car cil qui se partoient des fortrèches et
qui leur mestre donnoient congiet, se traioient tout de ceste part.
Si furent bien dedens le quaresme quinze mil combatans. Si fissent et
eslisirent entr’iaux pluisseurs cappitainnes à qui il obeissoient et se
tenoient dou tout.

Si vous en voeil noummer les aucuns: li plus grans mestres entre
yaux estoit uns chevaliers de Gascoingne, qui s’appelloit messire
Segins de Batefol. Chils avoit de se routte bien deus mil combatans.
Si estoient touttes cappitainnes et meneurs des autres, Talebart et
Talebardon, Guios dou Pin, Espiote, le Petit Meschin, Batillier,
Hannekin Franchois, le bourcq Camus, le bourcq de Bretoeil, le bourcq
de l’Espare, Lamit, Naudon de Bagerant, Hagre l’Escot, Albrest,
Bourduelle, Carsuelle, Briquet, Ammenion de l’Ortighe, Garsiot dou
Castiel et pluisseur autre. Si s’avisèrent ces compaignons, environ le
my quaremme, qu’il se trairoient viers Avignon et venroient veoir le
pappe et les cardinaux. Si le senefièrent enssi li uns à l’autre par
routez et par compagnies, et se devoient tous trouver en Bourgoingne,
entre Lions sus le Rosne et Mascons, sus le rivière dou Sone et en ce
bon cras pays. Fº 125.

P. 59, l. 27 et 28: de trettié et de pais.--_Ms. A 8_: et traittié de
paix. Fº 231 vº.

P. 59, l. 28: commis.--_Le ms. A 15 ajoute_: et ordonnez. Fº 253.--_Le
ms. A 17 ajoute_: et depputez. Fº 291 vº.

P. 60, l. 3: sus à perdre.--_Ms. B 3_: à peine de perdre. Fº 246
vº.--_Ms. A 7_: sus paine à perdre. Fº 237.--_Mss. A 8, 15 à 17_: sur
peine de perdre.

P. 60, l. 12 et 13: d’estragnes nations.--_Ms. A 17_: d’estrangiers.

P. 60, l. 17: des.--_Mss. A_: par les.

P. 60, l. 17: au.--_Ms. A 15_: à.--_Ms. A 17_: et.

P. 60, l. 20: oultre.--_Ms. A 17_: contre.

P. 60, l. 25: à pillier.--_Ms. A 17_: et à pillagier.

P. 60, l. 26 et 27: pourfitable.--_Ms. B 6_: car telz aloit à dix ou à
vingt chevaulx que, se il fust à son ostel, il n’aroit point puissanche
de luy monter. Fº 617.

P. 60, l. 28: cueilloient.--_Mss. A 8, 15 à 17_: recueilloient.

P. 61, l. 4: prisent.--_Le ms. B 6 ajoute_: en chel yvier. Fº 618.

P. 61, l. 5: Genville.--_Ms. A 8_: Joinville.

P. 61, l. 12: Vredun.--_Mss. A_: Verdun.

P. 61, l. 14: vendirent.--_Ms. A 8_: rendirent.

P. 61, l. 17: Bourgongne.--_Ms. B 6_: sy en avoit ossy grant route et
grant flote en Bourgongne, que on nommoit les Tart Venus. Fº 618.

P. 61, l. 24: Givri.--_Ms. A 8_: Gyvré. Fº 232.--_Ms. A 17_: Givrey.

P. 61, l. 26: Vregi.--_Mss. A_: Vergi, Vergy.

P. 61, l. 30: quinze mil.--_Mss. A 2 à 6, 18, 19_: seize mil.--_Ms. B
6_: trente mille. Fº 618.

P. 62, l. 4: Segins.--_Mss. A_: Seghins, Seguins, Seguin.

P, 62, l. 6: Espiote.--_Ms. A 15_: Lespiote.

P. 62, l. 7: Batillier.--_Ms. A 15_: Bataillé, breton. Fº 253 vº.

P. 62, l. 7: Hanekin.--_Mss. A_: Hennequin.

P. 62, l. 9: Lamit.--_Le ms. A 15 ajoute_: Maleteire, Hamée, Lescot,
bretons.

P. 62, l. 10: Bourduelle.--_Ms. A 7_: Borduelle.--_Ms. A 8_:
Berduelle.--_Ms. A 15_: Bourdille.--_Ms. A 17_: Bourdouelle.

P. 62, l. 12: dou Chastiel.--_Le ms. A 15 ajoute_: breton.


§ =492=. Li rois.--_Ms. d’Amiens_: Li roys de Franche entendi ces
nouvelles que cez Compaingnes mouteplioient enssi, qui gastoient et
essilloient son royaumme. Si en fu durement courouchiés, car il li fut
dit et remoustré par grant especialité que ils feroient plus de maux
et de villains fès ou royaumme de Franche, enssi que ja faisoient, que
li guerre des Englès n’ewist fait. Si eult avis et conseil li rois
de France que d’envoiier contre yaux et combattre. Si en escripsi li
roys de France especialment et souverainnement deviers son consseil
monseigneur Jaquemon de Bourbon, qui se tenoit adonc à Montpellier,
et avoit mis nouvellement monseigneur Jehan Camdos en le possession
de toutte la ducé d’Acquittainne, si comme chi dessus est contenu. Et
li mandoit li dis rois qu’il se feeist chiez contre ces Compaignes et
presist tant de gens d’armes de tous costés qu’il fuist fort assés
pour yaux combattre. Quant messires Jaquemes de Bourbon entendi ces
nouvelles, il s’avalla deviers Avignon et puis deviers Lion sus le
Rosne, pour venir au devant contre ces malles gens qui faisoient tous
les maus dou monde là où il converssoient. Et pria et manda li dis
messires Jaquemes tous les seigneurs, barons, chevaliers et escuiers
de là entours. Chacuns y obei vollentiers pour aidier à destruire ces
Compaingnes. Fº 125.

P. 62, l. 21: Compagnes.--_Ms. A 17_: compaignons.

P. 63, l. 9: vers Avignon.--_Mss. A 1 et 2, 4 à 6_: dever la cité
d’Angiers.--_Ms. A 3_: devers la cité d’Agen.

P. 63, l. 14: maies gens.--_Ms. A 17_: gens mauvaiz. Fº 292 vº.

P. 63, l. 27: Forès.--_Ms. A 8_: Foix. Fº 232 vº.

P. 63, l. 30: Renaulz.--_Ms. A 8_: Raoul.

P. 63, l. 31: la conté.--_Ms. A 8_: la contesse.

P. 64, l. 3: bellement.--_Mss. A 8, 15_: liement.--_Ms. A 17_:
doulcement.

P. 64, l. 5 et 6: car... part.--_Ms. A 17_: contre les Compaignes.


§ =493=. Quant ces routes.--_Ms. d’Amiens_: Quant ces Compaignes
entendirent ce, qui se tenoient vers Mascon et vers Chaalons et vers
Tournus et en le terre le seigneur de Biaugeu, que li Franchois
s’asambloient pour yaux combattre, si se traissent les cappitainnes
tous enssamble et eurent avis et consseil comment il se maintenroient.
Si nombrèrent entr’iaux leurs gens et leurs routtes, et regardèrent
qu’il estoient environ seize mil combatans, uns c’autres. Si dissent
enssi entre yaux: «Nous nous meterons as camps et atenderons
l’aventure, et combaterons ces Franchois qui s’asamblent contre nous.
Se fortune donne que nous les poons desconfire, nous serons tout riche
homme et recouvrerons, tant par bons prisonniers que nous prenderons,
que par ce que nous serons si doubté et cremus en ce pays et là où
nous vorrons aller, que nus ne s’osera mettre contre nous; et, se nous
sommes desconffi, nous serons paiiés de nos gages.»

Chilx pourpos fu entre yaux tenus: ils se deslogièrent et montèrent
amont deviers les montaignes pour entrer en le comté de Forès, en ce
bon cras pays, et s’en vinrent deviers Chierleu, qui est de le comté
de Mascons, et assaillirent un jour toutte jour la ditte ville, mais
il ne le peurent gaegnier. Puis passèrent oultre et chevauchièrent
vers Montbrigon en Forès, gastant le pays, ranchonnant gens et villes
à grant fuison et conquerant vivrez à grant plenté; car li pays y
est bons et cras et durement plentiveux. Ad ce donc estoit messires
Jaquemes de Bourbon en le comté de Forès, car il le tenoit en bail et
en gouvernement pour la cause de ses nepveux, enffans dou comte de
Forrès qui estoit nouvellement trespassés, qui avoit eu sa serour à
femme, laquelle damme vivoit encorres.

Si estoit li dis messires Jakemes durement courouchiés sus ces
Compaignes, parce qu’il gastoient et essilloient enssi le pays de sa
soer et de ses nepveux, et fist ung très grant mandement auquel vinrent
li Arceprestres à bien deux cens lanches, li sires de Grantsi, messires
Jehans de Chaalons, messires Robers de Biaugeu, li sires de Villars
et de Roussellon, li sires de Tournon, li viscontes d’Uzès, messires
Ansseaux de Sallins, messires Jehans de Vianne, messire Hughes de
Vianne, messires Jaquemes de Vianne, messires Guillaummes de Toraisse,
messires Jehans de Rie, messires Jehans de Montmartin, li sires de
Montmorillon, li sires de Gonssaut, li sires de Calençon, messires
Henri de Montagut et grant fuison de bons chevaliers et escuiers de
Bourgongne, de Savoie, de le daufinet de Vianne, d’Auviergne et des
marches là environ, tant à le priière et mandement messire Jaqueme
de Bourbon que pour ruer ces Compaingnes jus, qui enssi roboient et
essilloient le pays sans title de nulle gherre, fors que par pillage et
roberie. Fº 125 vº.

P. 64, l. 9: en.--_Ms. A 17_: entour.

P. 64, l. 15: uns c’autres.--_Ms. A 8_: que uns, que autres. Fº 232 vº.

P. 65, l. 6: maulz.--_Ms. A 17_: dommaiges.

P. 65, l. 8: cheminoient.--_Mss. A_: chevauchoient.

P. 65, l. 12: trois.--_Le ms. B 3 ajoute_: petites. Fº 247 vº.

P. 65, l. 12: liewes.--_Les mss. A 7, 15 à 17 ajoutent_: près.


§ =494=. Ces gens.--_Ms. d’Amiens_: Ces gens d’armes assamblés
avoecq monseigneur Jaqueme de Bourbon, qui se tenoient à Lion sus
le Ronne et là entours, entendirent que les Compaingnes aprochoient
[d’iaux] durement et avoient pris le ville et le castiel de Brinay,
à trois lieuwes de Lyons, et encorres des autres fors, et gastoient
et essilloient tout le pays. Si despleurent moult ces nouvelles à
monsigneur Jaquemon de Bourbon et à tous les autres. Si partirent hors
de Lions touttes gens d’armes et se missent as camps et prissent le
chemin par deviers les ennemis, et envoiièrent leurs coureurs devant
pour savoir où il se tenoient. Chil chevauchièrent si avant qu’il
trouvèrent les Compaignes rengies et ordounné[es] sus une montaingne.
Or vous di que mal[i]cieuzement ces Compaingnes avoient ordonné leur
affaire, car il avoient enssi d’iaus repus ou fons d’une montaingne une
grosse bataille, et de toutte le mendre et les pis armés il avoient
fait moustre et visaige. Dont li coureur des Franchois raportèrent
enssi à leurs maistres et seigneurs qu’il avoient veu les Compaignes
rengiez et ordounnées sus un terne, et bien aviset; mès, tout
conssideret, ils n’estoient non plus [o]u de six mil et cinq cens ou
sept mil hommes, et encorres en estoit li droite moitiés moult mal
armés.

Quant messires Jacquemes de Bourbon oy che raport, si dist à
l’Archeprestre: «Archeprestre, vous m’aviés dit qu’il estoient bien
quinze mil combattans, et vous oés tout le contraire.»--«Sire, respondi
li Arceprestres, encorres n’en i quide jou mies mains, et s’il n’y
sont, c’est tout pour nous. Si regardés que vous vollés faire.»--«En
nom Dieu, dit messires Jaquemes de Bourbon, nous les yrons combattre
ou nom de Dieu et de saint Gorge.» Là fist arester sus les camps li
dis messires Jaquemes de Bourbon touttez ses gens et ses bannierres,
en chacune avoit six mil hommes. Et là fist son ainnet fil chevalier,
monsigneur Pierre de Bourbon, et son nepveult le jonne comte de
Forrez et pluisseurs autres jonnes chevaliers. Et estaubli monsigneur
l’Arceprestre en le première bataille, et puis fist chevauchier
bannierrez et pignons areement et ordonneement avant par deviers les
ennemis. Si n’eurent gairez alet quant il les virent et trouvèrent, et
s’enbatirent en un plain où, par desus en le montaingne, li bataille
des Compaingnes estoit, dont je parloie maintenant.

Si trestost que chil seigneur de Franche virent le bataille de ces
malles gens qui estoit rengie et ordounnée sus le tierne d’encoste
yaulx, si n’en fissent que gaber et dissent: «On devoit bien faire si
grande assamblée de gens d’armes pour telx gens; toutte li mendre de
nos bataillez lez deveroit desconffire.» Lors regardèrent comment il
poroient venir jusques à yaux, car grant desir avoient dou combattre.
Il leur couvenoit costoiier celle montaingne et passer par dessous
assés priès des Compaingnes, s’il volloient venir sus ung estault et
ung grant pendant qui ouvroit le chemin de le montaingne. Si prissent
li Franchois che chemin, et par especial li bataille l’Arceprestre et
monsigneur Jehan de Chaalon et monsigneur Robert de Biaugeu.

Enssi qu’il chevauchoient pour venir à leur avantage, les Compaingnes
qui estoient ou terne dessus yaux, [estoient avisées de leur fait]. Il
n’en y avoit nulx, quelx qu’il fust, grans ne petis, armés ou desarmés,
qui ne fuist pourveus de caillues ou kokus, car la terre où il estoient
en estoit toutte plainne. Dont, si trestost qu’il virent venir leurs
ennemis, ils s’eslargirent et coummenchièrent à jetter de ces pierrez
si dur et si roit sus ces gens d’armes, que nulz n’osoit aller avant
s’il ne volloit estre tous confroissiés, et moult de bons chevaliers
et escuiers, par leur jet, missent à grant meschief, car chil cailliel
agut ou cornut effrondroient bachinès ou cappiaux de fier, con fort
qu’il fuissent. Avoec tout chou, en jettant il juppoient, et huioient
si hault et si cler quil sambloit proprement que tout li diauble
d’infier y fuissent.

Adonc vint leur grosse bataille qui bien estoit rengie et ordounnée, et
où toutte li fleur de leurs gens d’armes estoient: messires Segins de
Batefol, Petit Mescin, Naudon de Bagerant, le bourcq Camus, Espiote,
Batillier, le bourcq de l’Espare, Lamit, Guiot dou Pin, le bourch de
Bretuel et pluisseur aultre, tout appert compaignon as armes et fors
et durs guerieurs. Evous vinrent sus costé à le seniestre main sus
ces Franchois, en escriant leur cri et leurs ensengnes, et crioient:
«Aye Dieux, aye as Compaingnes!» Là coummenchièrent il à entrer entre
lez Franchois et à ruer jus de cours de chevaux et de cops de glaivez
et mettre à grant meschief; car, avoecq tout chou, chil qui estoient
en le montaingne, jettoient si ouniement et si vertueusement pierres
et caillaus, que li Franchois ne pooient aller avant ne reculler, mès
estoient si entrepris de tous lés qu’il ne se pooient aidier.

Là fu très bons chevaliers li Arceprestrez, et moult vassaument se
combati, et chil de se route; mès finablement se bataille fu toutte
rompue, se bannierre jettée par terre, et chils qui le portoit, mors,
et plus d’iaux vingt cinq dallés lui. Et fu li Archeprestres abatus
et fianchiez prisons, avoec ce, durement navrés. Là furent pris
messires Jehans de Chaalons, messires Robiers de Biaugeu, li sirez de
Roussellon, messires Gerars de Salière, li viscomtes d’Uzès; et ochis,
li sires de Tournon et li sirez de Montmorillon et pluisseur chevalier
et escuier de Bourgoingne, d’Auvergne et des marches de là environ. Là
fu navrés à mort chilz gentilz chevaliers, dont ce fu pités et grans
dammaigez, messires Jaquemez de Bourbon et fu raportez à Lions, et
messire Pierre de Bourbon, ses aisnés fils, ossi navrez à mort, et
li jonnes comtes de Forès, ses nepveulx, ossi ochis, et tamaint bon
chevalier et escuier de leur route.

Briefment li Franchois furent tout desconfis, et obtinrent les
Compaingnes le journée, et prissent ou ochirent à leur vollenté les
plus grans de l’ost, dont il eurent puis tamainte bonne raenchon, et
moult en adammagièrent le royaumme de France à cel lés, si comme vous
orés chi apriès. Ceste bataille fu assés priès de Brinay, à trois
lieuwez de Lion sus le Rosne, l’an mil trois cens soissante et un, le
douzième jour d’avril. Fº 126.

P. 65, l. 17: se tenoit.--_Ms. B 4 et mss. A_: se tenoient. Fº 234 vº.

P. 65, l. 19: pris.--_Les mss. A ajoutent_: et conquis de force.

P. 65, l. 19: le ville.--_Les mss. B 3, 4 et les mss. A ajoutent_: et
le chastel.

P. 65, l. 23: gouvrenance.--_Mss. A_: gouvernement.

P. 65, l. 26 et 27: et chevaucièrent... ennemis.--_Ces mots manquent
dans les mss. A._

P. 65, l. 28 et 29: pour... trouveroient.--_Mss. A 15 à 17_: pour
savoir et advisier combien vrayement ilz estoient ne que ilz
trouveroyent. _Ms. A 17_, fº 293 vº.

P. 65, l. 28: savoir.--_Les mss. A 7 et 8 ajoutent_: et aviser
vraiement. Fº 238.

P. 65, l. 31: envoiiet.--_Ce mot manque dans les mss. A._

P. 66, l. 2 et 3: les mieus à harnas.--_Ms. A 8_: les mieulx armez et
enharnechiez. Fº 233.

P. 66, l. 4: aviset.--_Ms. A 8_: appensé. Fº 233.

P. 66, l. 4 et 5: euissent bien.--_Mss. A_: eussent bien eus.

P. 66, l. 5: volsissent.--_Ms. A 8_: s’ilz eussent voulu. Fº 233.

P. 66, l. 10: veu.--_Ms. A 8_: veues.

P. 66, l. 11: avisé.--_Ms. A 8_: avisées.

P. 67, l. 7: Viane.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Vienne.

P. 67, l. 7: vicontes.--_Cette bonne leçon ne se trouve que dans le ms.
A 8._

P. 67, l. 9: pour.--_Les mss. A 7, 8, 15 à 17 ajoutent_: leur.

P. 67, l. 14 et 15: plus de quinze cens.--_Ms. A 17_: quinze cens.

P. 67, l. 17: couvenant.--_Ms. A 8_: couvine.

P. 67, l. 20: mil.--_Ms. A 17_: dix mil.

P. 67, l. 22: manière.--_Mss. A_: avantage.

P. 68, l. 1: com.--_Ms. A 8_: tant. Fº 233 vº.

P. 68, l. 4: com.--_Ms. A 8_: tant.

P. 68, l. 8: ses.--_Mss. A_: son.

P. 68, l. 10: que il n’ouvrèrent.--_Ms. A 17_: qui moururent. Fº 294 vº.

P. 68, l. 15: se tenoient.--_Mss. A 1 à 6, 8, 17_: estoient.

P. 68, l. 16: eslongiés.--_Ms. A 8_: esloingniez.

P. 68, l. 24: ressongnast.--_Ms. B 3_: craignist. Fº 248 vº

P. 69, l. 2: escriant.--_Les mss. A ajoutent_: tout.

P. 69, l. 3: reversèrent.--_Ms. A 8_: renversèrent.

P. 69, l. 4: riflic.--_Mss. B 3, A 1 à 6_: rifflis.--_Ms. A 7_:
rifllich. Fº 239.--_Ms. A 8_: riffleis.--_Ms. A 17_: riffles. Fº 295.

P. 69, l. 9 et 10: entrepris.--_Ms. B 3_: pressé.

P. 69, l. 11: prisonnier.--_Mss. B 4 et A_: prison.

P. 69, l. 13 et 14: besongne.--_Le ms. A 6 ajoute_: dont vous oyez
compter. Fº 238 vº.--_Les mss. A 7, 8, 15 ajoutent_: dont vous oez
parler.--_Le ms. A 17 ajoute_: que vous oyez compter.

P. 69, l. 14: eurent.--_Le ms. A 7 ajoute_: là.--_Le ms. A 8 ajoute_:
pour lors.

P. 69, l. 14: pieur.--_Ms. A 17_: pis.

P. 69, l. 18: vicontes.--_Cette bonne leçon est fournie par les mss. A
8, 15; tous les autres manuscrits donnent_: conte.

P. 69, l. 20: dur.--_Mss. A 6, 7, 15 à 17_: paine.--_Ms. A 8_: durté.

P. 68, l. 29 à p. 69, l. 25: Et avoient... Pasques.--_Ms. B 6_: Entre
ches compaignons avoit bien mille lanches de ossy bonnes gens et ossy
bien montés et armés que on peuist estre, qui encores estoient tous
fret et tout nouvieaulx. Quant la prumière bataille de l’Archepestre
fu rompue, et s’en vinrent autour de celle montaigne as cours de
chevaulx ferir sur costé sur ches gens d’armes, et en ruèrent jus des
prumiers venans plus de cinq cens. Là eult grant bataille et forte. Et
trop vaillanment s’i portèrent ches Compaignes, et demora la plache
pour euls, et y prirent plus de mille bons prisonniers. Et furent
pris ly Archeprestre, le sire de Tournon messire Robert, messire Lois
de Bieaugeu, le sire de Calençon, messire Renault de Forès, messire
Gerart de Salière, le sire de Benay, le sire de Roussillon, le sire de
Groulée, messire Jehan de Chalon et pluiseurs aultres, et mors messire
Pierres de Bourbon et le jone conte de Forès, et navrés à mort, dont
che fu pitié et damaige, messire Jaques de Bourbon, et fu raportés à
grant meschief à Lions. Ensy obtinrnet ches Compaignes la plache et
leur demora le journée, qui fu l’an mil trois cens soissante et un, le
dix huitième jour en avril. Fº 622.


§ =495=. Trop furent.--_Ms. d’Amiens_: Apriès ceste bataille de Brinay,
où chil qui y furent pour combattre ces Compaingnes, rechurent si grant
dammaige que tout y furent mort ou pris ou en partie, les Compaignes
menèrent bien le tamps à leur vollenté en celi pays, car nus n’alloit à
l’encontre, mès chevauchoient partout où qu’il voulloient, et gastoient
et ranchonnoient tout le pays. Si s’en vint messires Seghins de Batefol
demourer et sejourner à Anse, une ville sus le Sone, à une lieuwe de
Lions, et le fist fortement remparer et fortefiier. Et tenoit ou dit
fort ou là environ, en petis fors qu’il avoient pris, bien trois mille
combatans qui ranchonnoient tout le pays, le terre le seigneur de
Biaugeu, le comté de Mascons, le comté de Forès, le basse Bourgoingne,
l’arceveskiet de Lions et une partie de l’Auvergne.

Or avint, apriès chou, que ces Compaignes eurent rués jus ces gens
d’armes, si comme vous advés oy, et qu’il eurent departi leur butin et
leur conquest et ranchonnet leurs prisonniers, il s’espardirent et
s’avallèrent deviers le chité d’Auvignon, ardant et essillant le pays
partout là où il passoient, pour yaux faire plus cremir, et prendoient
villes et fors et les assailloient et les ranchonnoient as vivres
et as pourveanches, quant il leur besongnoit, ou à grant somme de
florins, quant il avoient pourveanches assés. Si entendirent que, au
Pont Saint Esperit, à sept lieuwez d’Auvignon, il y avoit grant avoir
et grant tresor dou pays d’environ qui là estoit rassamblés et mis sus
le fianche de le fortrèche. Si regardèrent entre yaux, se il pooient
prendre le Pont Saint Esperit, il leur vauroit trop, car il seroient
mestre et signeur dou Rosne et de ciaux d’Auvignon.

Si estudiièrent tant et jettèrent leur advis que, à chou que j’ay
depuis oy recorder, Batillier, Guiot dou Pin, Lamit, Petit Meschin,
le bourch Cammus, Espiote et le bourc de l’Espare, chevauchièrent et
leur routes une nuit toutte nuit bien quinze lieuwez, et vinrent sus le
point du jour à le ville dou Pont Saint Esperit, et l’esciellèrent et
le prissent et tous ceux et touttes celles qui dedens estoient: dont
che fu grans pités, car il y ochirent tamaint preudomme et violèrent
tamainte damme et dammoiselle. Et y concquisent si grant avoir que
sans nombre et grandes pourveanches pour vivre ung an ou deux, et
pooient courir, s’il leur plaisoit et ensi qu’il faisoient, ung jour
en l’Empire, l’autre en Franche, car li ville dou Pont Saint Esperit
siert à deus royaummes. Si se ravalèrent et rassamblèrent là tout li
compaignon, et couroient tous les jours jusquez as portez d’Auvignon,
de quoy li pappes et tout li cardinal estoient en grant angouisse et
en grant paour. Et avoient ces Compaingnes dou Pont Saint Esperit
fait un cappitainne souverain entre lez autres, c’estoit messires
Seghins de Batefol, et s’escripsoit en ses lettres et se faisoit adonc
coummunement appeler: amis à Dieu et ennemis à tout le monde. Fº 126 rº
et vº.

P. 69, l. 29: fremesist.--_Mss. A 8, 15_: fremist. Fº 234.

P. 70, l. 2: moult.--_Le ms. A 8 ajoute_: esbahis et.

P. 70, l. 2: effraé.--_Mss. A 1 à 6, 17_: esbahis.

P. 70, l. 6: et destourbé de le navrure.--_Ms. A 8_: de la destourbe.

P. 70, l. 8: bellement.--_Ms. A 8_: doucement.

P. 70, l. 9: estoit.--_Ms. A 8_: estoient.

P. 70, l. 10: siècle.--_Le ms. A 6 ajoute_: en l’autre.

P. 70, l. 12: nient.--_Ms. A 6_: mye.--_Mss. A 8, 15 à 17_: guerres.

P. 70, l. 12 et 13: puissedi.--_Mss. A 6, 17_: après.--_Mss. A 8, 15_:
depuis.

P. 70, l. 21: comme en.--_Les mss. A ajoutent_: raençons de.

P. 70, l. 30: part.--_Mss. A 6, 7, 15_: route.--_Mss. A 8, 17_:
compagnie.

P. 71, l. 1: remparer.--_Mss. A 8, 17_: reparer.

P. 71, l. 2: environ celle marce.--_Mss. B 3, 4 et mss. A_: là environ
sus celle marche.

P. 71, l. 4: le Sonne.--_Ms. B 1_: le Loire.

P. 71, l. 6 et 7: Marcelli.--_Ms. A 15_: Marsilly. Fº 256 vº.

P. 71, l. 9 et 10: Bernardet.--_Mss. A_: Bernart.

P. 71, l. 10: Lamit.--_Ms. A 15_: La Mite, Maleterre, breton. Fº 256 vº.

P. 71, l. 11: Lespare.--_Le ms. A 15 ajoute_: Bataillié.

P. 71, l. 15: en ce contour.--_Ms. A 8_: entour.

P. 71, l. 28 et 29: li compagnon.--_Ms. A 8_: les Compaignes.

P. 71, l. 30: vaurroit.--_Ms. A 8_: vaudroit.

P. 72, l. 1 et 2: Batillier... Meschin.--_Ms. A 15_: Bataillié, le
breton, Guiot du Pin, La Mitte, Maleterre, aussi breton, et le Petit
Meschin.

P. 72, l. 14: ens ès.--_Ms. A 8_: aux.

P. 72, l. 18: souverain.--_Le ms. A 15 ajoute_: auquel trestouz
obeissoient.

P. 72, l. 20: monde.--_Les mss. A 20 à 22 ajoutent_: telz noms et
autres semblables qu’ilz trouvoient sur leurs mauvaistiés donnoient ilz
à leurs capitaines.


§ =496=. Encorres avoit.--_Ms. d’Amiens_: Encorres avoit adonc grant
fuisson, en France et en pluisseurs marces, de ces pilleurs englès
et autres qui volloient, ce disoient, vivre, et tenoient encorres
grant fuisson de castiaux et de forterèches qu’il avoient gaegniet,
et desroboient fortement le pays où il converssoient meysmement en
Campaigne et en Brie, et entre Paris et Orliiens, et entre Paris et
Cartres, et en le comté de Blois, en Ango, en Mainne et en Tourainne,
coumment que bonne pais fust faite, et coumment que li roys de Franche
et li roys d’Engleterre s’appellaissent frerre, et que li comte et li
baron et les bonnes gens de l’un pays et de l’autre fuissent tout amit
enssamble. Mais, quant chil pilleur et chil robeur, qui se tenoient en
diviers lieux ou royaumme de Franche, entendirent que leur compaignon
avoient ruet jus monseigneur Jaquemon de Bourbon et bien deus mil
chevaliers et escuiers, et pris tamaint bon et riche prisonnier, de
recief pris et concquis le ville dou Pont Saint Esperit et si grant
avoir dedens que sans nombre, et qu’il penssoient qu’il conquerroient
assés tost Auvignon et toutte Prouvenche, chacuns eut en proupos
d’aller celle part, en convoitise de plus gaegnier. Si laissièrent
li plus les fors qu’il tenoient et les vendoient à bon marchiet, ou
il les rendoient parmy tant qu’il pooient segurement, yaux et le
leur, cevauchier parmy le royaumme de Franche. Enssi s’aroutèrent et
s’asamblèrent et s’acompaignoient, et tout s’avallèrent viers Auvignon,
sus l’esperanche de plus pillier. Fº 126 vº.

P. 72, l. 24: quoique.--_Mss. A 8, 15_: combien que.

P. 72, l. 24: commis.--_Le ms. A 15 ajoute_: depputez. Fº 257.

P. 72, l. 28: pillars.--_Mss. B 3, 4, et mss. A_: pilleurs.

P. 73, l. 4: Avignon.--_Ms. A 15_: la bonne cité d’Avignon.

P. 73, l. 7: en convoitise.--_Ms. A 15_: en convoitant tousjours de
plus mal faire. Fº 257.

P. 73, l. 7: pluiseurs maulz.--_Mss. A_: plus mal.


§ =497=. Quant li papes.--_Ms. d’Amiens_: Quant li pappes Ynocens
VIme et li collèges de Romme se virent enssi vexé et gueriiet par ces
maleoittez gens, si en furent durement esbahi et ordounnèrent une
croiserie sour ces mauvais crestiiens qui destruisoient crestienneté
enssi que les Wandres fissent jadis, et gastoient tous les pays
sans cause et roboient sans deport quant qu’il pooient trouver, et
violloient femmes vielles et jonnes sans pité, et tuoient hommes,
femmes et enfans sans merchy, qui riens ne leur avoient meffait; et
qui plus de villains fès y faisoit, c’estoit li plus preus et li mieux
parés. Si fissent li pappes et li cardinaux sermounner de le croix
partout publiquement, et absolloient de painne et de couppe tous chiaux
qui prendoient le croix et qui s’abandonnoient de corps et de vollenté
pour destruire celle mauvaise gent et leur compaignie.

Et fissent monseigneur Pierre, cardinal d’Arras et d’Ostie,
cappittainne de celle croiserie, qui assés tost se trai hors d’Auvignon
et s’en vint demourer et sejourner à Carpentras, à quatre lieuwes
d’Auvignon, et retenoit touttes mannierrez de gens et de saudoiiers qui
venoient deviers lui et qui volloient sauver leurs anmes et acquerre
les pardons de celle croiserie. Pluisseurs gens allèrent celle part,
chevaliers et escuiers et autres, qui quidoient avoir grans biensfais
dou pappe avoecq les pardons deseure dis, mès on ne leur volloit riens
dounner. Si s’en partoient et s’en alloient li aucun en Lombardie,
li autre retournoient en leur pays, et li autre se mettoient en le
mauvaise compaignie qui toudis acroissoit de jour en jour; et se
departirent en pluisseurs Compaignies et fissent otant de cappitainnes
comme de Compaigniez. Fº 126 vº.

P. 73, l. 13: maleoites.--_Mss. A 1 à 7, 17_: maudites.

P. 73, l. 14: croiserie.--_Mss. A 6, 17_: croisiée, croisée.

P. 73, l. 15: crestienneté.--_Mss. A_: crestienté.

P. 73, l. 16: Wandeles.--_Mss. A 7, 17_: Wandes.--_Mss. A 8, 15_:
Wandres.

P. 73, l. 28: eslisirent.--_Ms. A 7_: eslirent.--_Mss. A 8, 15 à 17_:
esleurent.

P. 73, l. 29: dou Moustier.--_Mss. A 7, 8, 15_: du Monestier.

P. 74, l. 1: quatre.--_Ms. A 6_: six.--_Mss. A 2, 17 à 19, 23 à 29_:
sept.

P. 74, l. 4: acquerre.--_Ms. A 8_: acquerir.

P. 74, l. 9: pays.--_Ms. A 8_: hostelz. Fº 235.

P. 74, l. 13: comme.--_Le ms. A 15 ajoute_: ilz estoient. Fº 257 vº.


§ =498=. Ensi herriièrent.--_Ms. d’Amiens_: Enssi heriièrent il
et gheriièrient le pappe et les cardinaus et les marchez d’entour
Auvignon, et y fissent mout de maux jusques bien avant en l’estet
l’an mil trois cens soissante et un, et que li pappez et li cardinal
s’avisèrent d’un moult gentil chevalier et bon guerieur, le marquis de
Montferrat, qui avoit grant temps tenu gerre contre les seigneurs de
Melans et encorrez faisoit. Si le mandèrent, et il vint en Auvignon. Si
y fu moult festiiés et honnourés dou pappe et de tous les cardinaux. Là
fu traitiet deviers lui que, parmy une grande somme de florins qu’il
devoit avoir, il metteroit hors de le terre dou pappe et de là environ
les Compaignes, et les enmenroit en Lombardie. Si traita li dis marquis
de Montferrat devers les cappitainnez des Compagnes, et les amena ad ce
que, parmy soissante mil florins qu’il eurent pour departir entr’iaux
et ossi grans gaiges que li dis marquis leur dounnoit ou devoit
dounner, il s’acordèrent à chou qu’il yroient en Lombardie, et, avoecq
tout chou, il seroient absols de painne et de couppe. Tout ce fait,
acompli et acordé et les florins pris, il rendirent le ville dou Pont
Saint Esperit et laissièrent le marche d’Auvignon et passèrent oultre
avoecq le dit marquis, dont li roys de Franche et tous li royaummes
furent durement resjoys, quant il se virent quitte de telx gens.

Enssi fu li royaummes plus à pais, ce fu bien raisons, quant ces
Compaignes en furent parties par le pourkach dou Saint Père et des
cardinaus et dou marquis de Montferrat, qui en fist trop bien se
besoingne sus les seigneurs de Melans, et concquist villes et castiaux
et pays sus yaux, et eut pluisseurs rencontres et escarmuchez contre
yaux pour lui. Et le missent ces Compaignes dedens un an ou environ
tout au dessus de sa guerre, et li fissent avoir sen entente des
seigneurs de Melans, qui pour le temps regnoient, messire Galeas et
messire Bernabo. Et quant il li eurent sa guerre achievée, il revinrent
par routtes et par petittes compaignies par dechà les mons. De quoy li
pluisseur, qui avoient assés gaegniet et qui estoient tout soellé de
gueriier, se retraioient en leur pays et en leur marches, et li aucun
se rassambloient comme devant et faisoient guerre.

Dont il avint que messires (Segins[481]) de Batefol prist, embla et
esciella une bonne chité en Auvergne c’on dist Brude, et siet sour le
rivierre d’Allier. Si se tint là dedens plus d’un an, et le fortefia
tellement qu’il ne cremoit nul homme; et couroit tout le pays d’environ
jusques au Puy, jusquez à le Casse Dieu, jusquez à Cleremont, à
Montferrant, à Rion, à le Nonnette, à Blière, à Oudable, à Cillach et
toutte le terre le comte Daufin, qui estoit pour le temps hostagiiers
en Engleterre, et y fist trop durement de grans dammaigez. Et quant il
eut honny et apovri le pays de là environ, il s’en parti par accord
et en mena tout son pillage et son grant tresor, et se retraist en
Gascoingne, dont il estoit. De lui ne sai je plus avant, fors tant
que jou oy depuis compter qu’il morut assés mervilleusement. Dieux li
pardoinst tous ses meffaix! Fº 127.

      [481] _Le manuscrit porte_: «Gobins.» _Mauvaise leçon._

P. 74, l. 14: herrièrent.--_Mss. A 8, 15_: guerrioient.--_Ms. A 17_:
herioient.

P. 74, l. 20: Melans.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Milan, Millan.

P. 74, l. 26: menroit.--_Mss. A 7, 8_: enmenroit. Fº 240.

P. 74, l. 30: ordonna.--_Mss. A_: donna.

P. 75, l. 10: cose.--_Ms. A 8_: paix. Fº 235 vº.

P. 75, l. 14: Pieumont.--_Mss. A 8, 17_: Piemont.

P. 75, l. 18: à sen... pourfit.--_Ms. B 4 et mss. A_: à l’onneur et
prouffit de lui. Fº 237.--_Ms. A 17_: à l’onneur et prouffit d’eulx et
de lui. Fº 297.

P. 75, l. 30: esciella.--_Ms. A 8_: exilla.

P. 76, l. 5: l’Arsis.--_Ms. A 17_: l’Assis.--_Ms. A 8_: Laisis.--_Ms. A
6_: Lasis.--_Mss. B 3, 4_: Darsis.

P. 76, l. 10: grant tresor.--_Ms. B 6_: et avoit bien de finanche chil
messire Seghins trois cens mille frans. Fº 624.

P. 76, l. 11: dont il... issus.--_Mss. A_: dont il s’estoit partis et
issus.

P. 76, l. 14: meffais.--_Le ms. A 15 ajoute_: se il lui plaist. Fº 258.


§ =499=. En ce temps.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps trespassa li dus de
Lancastre.

En ce tamps trespassa li jones dus de Bourgoingne, qui s’apelloit
messires Phelippes, par laquelle mort vaqièrent pluisseur pays, car il
estoit grans sirez durement: premierement, ducs de Bourgoingne, comtes
de Bourgongne, comtes d’Artois et de Boulongne, palatins de Brie et
sirez des foires de Campaingne, et avoit à femme une jone dammoiselle,
fille au comte Loeys de Flandrez, de l’une des filles le duc Jehan de
Braibant. Dont il avint que, par proïsmeté, madamme Margerite, mère au
comte de Flandrez dessus dit, se traist à le comté d’Artois et à le
comté de Bourgoingne, et en fist foy et hoummaige au roy de France.
Ossi messires Jehans de Bouloingue se traist par droite hoirie à le
comté de Bouloingne et en devint homs au roy de Franche.

Avoecq tout ce, li roys Jehans de Franche, par proimetet, retint et
prist le duché de Bourgoingne et tous les drois de Campaingne. Dont il
avint que li roys Charles de Navarre se traist avant par mannierre de
callenge, et dist et proposa que la ducé de Bourgoingne par proïsmeté
li estoit esceuweet devolue, mès ses moustranches ne peurent y estre de
nulle valleur: dont il et si frerre deffiièrent le roy de Franche et
le royaumme, et le coummenchièrent à gueriier fortement et durement,
et missent à Mantes et à Meulent grans garnisons qui guerioient et
travilloient malement le Normendie. Et n’osoit nuls aller entre Paris
et Roem, ne entre Roem et Kem, ne entre Kem et Ewrues, ne entre Ewrues
et Chierebourcq, ne partout sus le marinne. Et d’autre part li rois de
France tenoit contre lui, sus le marce de Normendie et d’Ewrues, grant
fuison de gens d’armes qui deffendoient le pays contre les Navarrois.
Fº 127.

P. 76, l. 19: Mehaut.--_Mss. A_: Mahaut, Mahault.

P. 76, l. 22: Haynau.--_Le ms. A 17 ajoute_: sa femme.--_Ms. A 7_: sa
fame.

P. 76, l. 22: la mainsnée.--_Ms. A 8_: l’autre. Fº 235 vº.

P. 76, l. 26 et 27: et monsigneur... poursievir.--_Ms. A 17_: d’ore en
avant entendrons à poursuivir le traittié.

P. 77, l. 5: vaghièrent.--_Ms. A 8_: escheirent. Fº 236.

P. 77, l. 9: et.--_Ms. A 8_: lequel.

P. 77, l. 10: damoiselle.--_Ms. A 8_: dame.

P. 77, l. 19: proismeté.--_Mss. A 8, 15_: prouchaineté.--_Ms. A 17_:
proximité.

P. 77, l. 20: Campagne.--_Ms. A 8_: Champagne.

P. 77, l. 20 et 21: desplaisi.--_Mss. A_: despleut.

P. 77, l. 24: nulle cose.--_Mss. A_: riens.


§ =500=. En ce temps.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps vint en pourpos et
en devotion au roy Jehan de Franche qu’il yroit en Auvignon veoir le
pappe et les cardinaux, tout jeuant et esbatant et visetant le ducé de
Bourgoingne, qui nouvellement li estoit esceue. Et fist li dis roys
faire ses pourveanches, et se parti de Paris environ le Saint Jehan
l’an mil trois cens soissante deus, et laissa monseigneur Charlle,
son aisnet fil, le ducq de Normendie, regent et gouvrenneur dou
royaumme de Franche. Si enmena li dis rois avoecq lui monseigneur Jehan
d’Artois, comte [d’Eu[482]], son cousin, et que moult amoit, le comte
de Tamkarville, le comte de Dammartin, monsigneur Bouciqau, monsigneur
Ernoul d’Audrehen, monseigneur Tristran de Maignelers, le grant prieur
de Franche et pluisseurs autres. Et chemina li roys à petittes journées
et à grans sejours, de bonne ville en bonne ville, et vint environ le
Nostre Damme en Auvignon, où il fu grandement conjoïs et festiiés dou
pappe et de tout le collège. Si se tenoit li roys et tous ses hostelx
à Villenove dallés Auvignon. Là fu li roys de Franche tout le temps de
l’ivier enssuiwant et le quaremme.

      [482] _Le manuscrit porte_: «de Deu.» _Mauvaise leçon._

Car le Noël, li pappes Ynocens trespassa. Si furent li cardinal en
grant discort de faire un pappe entre yaux et ne l’i peurent trouver
ne acorder; car il en y avoit pluisseur de quoy chacuns tiroit à estre
papes. Par cel discort fu esleus li abbes de Saint Victor de Marselle,
qui estoit moult sains homs et de belle vie, grans clers, et qui moult
avoit travilliet pour l’Eglise en Lombardie et ailleurs. Si eut à nom
cilz papes Urbains li cinqimes, et regna noblement et puissamment tant
qu’il vesqui, et tint l’Eglize en bonne prospérité.

Assés tost apriès se creation, entendi li roys de France que messires
Pierres de Luzegnem, rois de Cippre et de Jherusalem, devoit venir en
Auvignon. Si dist li roys de France qu’il atenderoit sa venue, car
moult grant desir avoit de lui veoir, pour les biens qu’il en avoit oy
recorder et le guerre qu’il avoit faite as Sarrazins; car voirement
avoit li roys de Cippre pris nouvellement le forte chité de Satalie sus
les ennemis de Dieu, et ochis tous ceux et celles qui dedens furent
trouvet. Fº 127.

P. 78, l. 8: regent... de France.--_Mss. A 8, 15_: et le fist son
lieutenant par tout le royaume de France. Fº 236.

P. 78, l. 10: germain.--_Ms. A 8_: bien prouchain.

P. 78, l. 14: Maignelers.--_Ms. A 8_: Maglers.

P. 78, l. 18: [la feste de Noël]. _Cette bonne leçon est fournie par
le ms. A 8_, fº 236, _et par le ms. A 15_, fº 258 vº. _On lit dans les
mss. B et les mss. A 1 à 7, 11 à 14, 17 à 19, 23_: la Saint Michiel.

P. 78, l. 22: pape.--_Le ms. A 8 ajoute_: Urbain.

P. 78, l. 26: le.--_Ms. A 8_: ce.

P. 78, l. 32: se misent et arrestèrent.--_Ms. A 8_: se mist et arresta.

P. 79, l. 5: eslisirent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: esleurent.

P. 79, l. 7: travilliet.--_Mss. A 7, 15 à 17_: traveillié. Fº
241.--_Ms. A 8_: travaillié.

P. 79, l. 9: vint.--_Les mss. A 7, 8 ajoutent_: en Avignon.

P. 79, l. 15: Lusegnon.--_Ms. A 8_: Lusignen.--_Ms. A 17_: Lunon.

P. 79, l. 16: apassé.--_Mss. A_: passé.

P. 79, l, 23: y.--_Mss. A_: dedens.


§ =501=. En ce mesme.--_Ms. d’Amiens_: En ce meysme tamps et en cel
yvier, eult grant parlement en Engleterre sur les ordonnances dou pays
et especialment sur les enfants du dit roy englès, car on regarda que
li princhez de Ghalles tenoit grant estat et noble; et bien le pooit
faire, car il estoit vaillans homs durement, mès il laissoit ce bel et
grant hiretaige d’Aquitaine où tous biens et toutte plenté estoit. Se
lui fu remoustret et dit que il volsist traire celle part, car il y
avoit bien terre en la duché pour tenir si grant estat qu’il vorroit.
Ossi li baron et li seigneur dou pays le volloient avoir dallés yaux,
et bien appertenoit qu’il y fuist et qu’il en ewist les prouffis, car
il avoit rendut graint painne à gaegnier.

Li prinches s’i acorda assés legierement, et fist faire ses
pourveanches et ordounna son arroy pour venir en Gascoingne. Encorres
fu ordounné en Engleterre que messires Lions, frères secons dou prince,
qui s’appelloit et escripsoit comtes de Lunester, de par madamme sa
femme, laquelle avoit grant droit au royaumme d’Irlande, fust dus de
Clarenche noummés en avant. Adonc fu ossi ordonnés et creés messires
Jehans, li tiers des enfans apriès, à estre dus de Lancastre, qui
devant s’appelloit comtes de Richemont; car la ditte duché lui estoit
esceuwe l’année devant par le mort dou duc Henry de Lancastre, qui
fu pères à madamme Blanche, femme au ducq Jehan dessus dit, et ossi
à madamme Mehaut, qui fu comtesse de Haynnau et eult à mari le comte
Guillaumme, filz à le comtesse Margerite et frères à monsigneur le duc
Aubert et à monsigneur le duc Oste.

Et encorres fu adonc proposet entre les sages d’Engleterre et regardé
que, se messires Ainmons, quars filz dou roy d’Engleterre, pooit venir
ad ce grant marriaige de le fille dou comte de Flandres, qui estoit
atendant de très grant hiretaige, ce seroit ungs grans sires et dont
li Englès poroient avoir ung grans confors par dechà le mer, s’il leur
besongnoit. Mais, quoy qu’il le proposaissent, il n’en traitièrent mies
si trestost. Ains regardèrent li roys et ses conssaux couvertement
coumment ne par qui il en poroient faire traitier et atraire le conte
de Flandres à amour. Si laissièrent ceste cose reposer encorres un
petit.

Si entendirent à faire l’obsecque de madamme la royne Ysabiel, mère dou
roy englès, qui estoit nouvellement trespassée. Et fu ensevelie as
Cordeliers, à Londres, et ses obsèques fais moult honnorablement. Et là
furent tout li baron de Franche qui ostagier estoient pour le roy de
Franche, avoecques les seigneurs et les prelas d’Engleterre. Fº 127 vº.

P. 79, l. 30: laioit.--_Ms. A 6_: laissoit. Fº 240 vº.--_Ms. A 7_:
leuoit. Fº 241 vº.--_Mss. A 8, 15_: avoit. Fº 236 vº.--_Ms. A 17_:
aroit. Fº 298 vº.

P. 80, l. 15: le Rocelle.--_Mss. A_: la Rochelle.

P. 80, l. 16: Nous.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: nous.

P. 80, l. 20: Lyonniaus.--_Ms. A 7_: Leonniel.--_Mss. A 8, 15 à 17_:
Leonnel.

P. 80, l. 22: de Dulnestre.--_Mss. A 8, 15_: de Duluestre.--_Ms. A 17_:
de Luestre. Fº 299.

P. 80, l. 32: veve.--_Ms. A 7_: veuve.--_Mss. A 8, 15 à 17_: vesve.

P. 81, l. 12: ains.--_Ms. A 8_: avant. Fº 237.


§ =502=. Sitost que.--_Ms. d’Amiens_: Assés tost apriès, se departi
d’Engleterre li prinches de Galles et de son hostel de Berkamestede, à
vingt lieuwes de Londres, où il s’estoit tenus tout le temps en grant
reviel avoecquez madamme la princhesse sa femme, qu’il avoit par amours
prise à espeuse et à compaigne, de se vollenté, sans le sceu dou roy
son père, laquelle damme avoit estet fille dou comte Ainmon de Kent,
oncle dou roy englès. Et avoit la ditte damme estet mariée en devant
à che bon chevalier monsigneur Thummas de Hollande, de qui elle avoit
des biaus enfans. Si vint madamme la roynne d’Engleterre, environ le
Noël, à Berkamestede prendre congiet à son fil le prinche et à sa fille
le princesse, et fu layens avoecq yaux environ cinq jours, puis s’en
retourna à Windesore et tint là son Noël. Et tantost après les festes,
li princes et li princesse et tous leurs arois vinrent à Hantonne et
entrèrent là ens ès vaissiaux appareillés pour yaux. Si nagièrent tant
et singlèrent avoecq le conffort dou vent qu’il arivèrent à le bonne
ville de le Rocelle, où il furent recheu à grant joie, moult festiiet
et bien honneré; et leur dounna on et presenta grans dons et biaux
jewiaux.

Si tost que messires Jehans Cambdos, qui grant tamps avoit gouvrenné le
duché d’Acquittainne et touttes les terres appertenans et respondans à
celle, sceut la venue dou prinche et de la princesse, qu’il estoient
avenut et arivet à le Rocelle, il en fu durement joieans et se parti de
Niorth, où il se tenoit, et s’en vint à belle compaignie de chevaliers
et d’escuiers deviers monseigneur le prinche. Si se conjoïrent et
festiièrent grandement, quant il se trouvèrent et encontrèrent. Assés
tost apriès, vinrent veoir et conjoïr le prinche li signeur de Poito
et de Saintonge qui estoient ou pays, et par especial chilx bons
chevaliers messires Guichars d’Angle, qui avoit juret et voet, ou kas
que li roys de Franche l’avoit rendu au roy d’Engleterre et quitté de
foy et d’oummaige, qu’il seroit ossi loyaux au roy d’Engleterre qu’il
avoit estet au roy de France; et bien le moustra depuis voirement, si
comme vous orés avant en l’istoire.

Je ne vous puis mies tout dire, ne recorder les festez, les honneurs,
les gistes, les sejours, les alers ne les venirs dou prinche, qu’il
fist et c’on li fist ossi, à ce donc, quant venu fu en Acquittainne,
comme sires et souverains, pour mettre et pour oster senescaux,
bailliux et tous offisciiers à se vollenté, car trop y fauroit de
parolles; mès ad ce commencement, il y fu durement ammés d’uns et
d’autres, et aprist à connoistre les gentilz hommes et le pays. Si
s’esbatoit et jewoit avoecq yaux, et petit acroissoit et montoit son
estat, et le tint dedens l’année si grant, si noble et si puissant
que on se pooit esmervillier où on prendroit ce que on fretioit en
son hostel, tant de par lui que de par madamme la princesse. Et fist
monseigneur Jehan Cambdos connestable et regart souverain apriès lui
de toutte la duché d’Acquittainne, liquelx tenoit ossi grant estat et
bien estoffet. Et avoit li princes, pour son hostel et à se delivrance,
toudis dou mains vingt huit chevaliers et bien troix tans d’escuiers.
D’autre part, la princesse estoit bien acompaignie de dammes et de
dammoiselles.

Si venoient veoir le prinche en Angouloime, où il se tenoit le plus,
li baron et li chevalier de Gascoingne, li comtes d’Ermignach, li
sires de Labreth, li sires de Pummiers, li sires de la Barde, li sires
de Courton, li comtes de Pieregorth, li comtes de Cominignez, li
viscomtes de Quarmaing, li captaux de Beus, li sirez de Muchident et
li autre, dont grant fuison en y avoit qui tout estoient si homme de
foi et d’ommaige parmy le tretiet de le pais. Et il les conjoïssoit et
requeilloit liement et doucement, et faisoit tant à che coummenchement
que tout l’amoient et honnouroient comme leur seigneur, et li disoient
que sans royaumme c’estoit li plus grans du monde, et qui plus pooit
mettre de bonnes gens d’armes enssamble. Or lairons dou prince et
revenrons au roy de Franche. Fºs 127 vº et 128.

P. 81, l. 19: et.--_Mss. A 7, 15 à 17_: de.--_Ms. A 8_: a.

P. 81, l. 23: ilz.--_Mss. A 8, 15_: eulx.

P. 81, l. 24: se.--_Ms. A 17_: le.

P. 81, l. 24: se cognissoient.--_Ms. A 15_: s’entrecognoissoient.

P. 81, l. 26: chevalier.--_Les mss. A 8, 15 ajoutent_: et escuiers.

P. 81, l. 30: dou.--_Ms. A 8_: de.

P. 82, l. 1: tout dis.--_Mss. A 8, 15 à 17_: tousjours.

P. 82, l. 3 et 4: s’acointa.--_Mss. B 3, 4 et mss. A_: s’acquitta.

P. 82, l. 8: fais.--_Le ms. A 8 ajoute_: capitaine. Fº 237.

P. 82, l. 10: Guiçars.--_Ms. A 15_: Guichart. Fº 259 vº.

P. 82, l. 13 et 14: ces seneschaudies.--_Mss. A 8, 15 à 17_: ses
seneschaucées, ses seneschaucies.

P. 82, l. 17: aloit.--_Mss. A_: ala.


§ =503=. Environ le Candeler.--_Ms. d’Amiens_: Environ le Candeler,
l’an de grasce mil trois cens et soissante deus, vint li roys de
Cippre en Auvignon, de laquelle venue li cours fu durement resjoïe,
et allèrent pluisseurs cardinaux contre lui et l’amenèrent au palais
deviers le pappe Urbain, qui liement et doucement le rechupt. Ossi fist
li roys Jehans de Franche, qui là estoit presens. Et quant il eurent
là estet une espasse et pris vin et espisses, li doy roy se partirent
dou pappe, et se retraist chacuns à son hostel. Che tierme pendant, se
fist uns gages de bataille devant le roy de Franche à Villenove, dehors
Auvignon, de monsigneur Ainmenion de Pumiers et de monsigneur Fouque
d’Archiac. Quant il se furent combatu bien et chevalereusement assés
enssamble, li roys de Franche fist tretier de le pès et les acorda. Or
se tinrent chil doy roy dessus noummet tout ce quaresme en Auvignon, et
visetoient souvent le pappe.

Si avint pluisseurs fois en ces visitations que li roys de Chippre
remoustra au pappe, present le roy de Franche et les cardinaux,
coumment, pour sainte chrestienneté, che seroit noble cose et digne,
qui ouveroit le saint voiaige d’outre mer et qui iroit sour les ennemis
de Dieu. Dont sachiés que li roys de Franche y entendoit vollentiers,
et en conssienche s’en sentoit chargiés et tenus pour le cause que li
roys Phelippes, ses pères, emprist et encharga jadis le crois, et voa
à faire le voage, et point ne le fist; car les gherres d’Engleterre
li vinrent si sur le main qu’il lui couvint cesser sa devotion. Or à
maintenant che proposoit li roys Jehans de Franche pais au roys englez,
et li seroit chilx voiaiges bien seans pour acquitter l’ame dou roy son
père et pour aidier à sauver le sienne, et ossi pour delivrer la sainte
chrestienneté de ces mannierres de gens d’armes qui s’appelloient
Compaingnes, qui destruisent, gastent et des robent tout sans droit et
sans raison; et, se chilx voiages estoit ouvers, touttes mannierrez de
gens le sievroient et yroient.

Che bon pourpos garda et reserva li roys de Franche jusquez au jour du
Saint Venredi, que pappes Urbains precha en sa cappelle en Auvignon,
present les deus roys de Franche et de Cippre et le saint collège.
Apriès le predication faite, qui fu moult humle et moult devote de le
souffrance Nostre Signeur, li roys Jehans de Franche emprist le croix
et le voa, et requist au pappe que il li volsist confremer et acorder,
et li pappes li comfremma. Ossi là presentement le prissent messires
Talerans li cardinaulx de Pieregorth, messires Jehans d’Artois, comtes
d’Eu, li comtes de Tankarville, li comtes de Dammartin, li grans
prieux de Franche, messires Ernoulx d’Audrehen, messires Bouchicau et
pluisseur bon chevalier qui là estoient. Dont li roys de Cippre fu
moult liez, et en regracia grandement Nostre Signeur de ce qu’il avoit
si grant conffort que dou roy de France et de ses barons pour aller en
Surrie. Fº 128.

P. 82, l. 21: le Candeler.--_Mss. A_: la Chandeleur.--_Ms. B 4_: le
Chandelier. Fº 238 vº.

P. 82, l. 23: moult.--_Mss. A 7, 8_: durement.

P. 83, l. 2: Fouque.--_On lit dans le ms. B 1_: Huge.

P. 83, l. 5: rihote.--_Mss. A_: riote.

P. 83, l. 8: recueilloit.--_Mss. A_: recevoit.--_Le ms. A 17 ajoute_:
et liement.

P. 83, l. 29: moult.--_Les mss. A 8, 15 ajoutent_: douce et. Fº 237 vº.

P. 84, l. 8: regratia.--_Ms. A 8_: remercia.

P. 84, l. 9: mistère.--_Le ms. A 15 ajoute_: divin. Fº 260.


§ =504=. Tout ensi.--_Ms. d’Amiens_: Tout enssi que vous me poés oïr
recorder, emprissent et enchargièrent, dessus le deseurain vestement,
le vremeille croix li roys Jehans de France et li dessus noummet.
Avoecq tout chou, nos Sains Pères li pappez le comfremma et l’envoica
prechier par universe monde là où Dieux est servis et creus. Si
l’emprissent et enchargièrent pluisseur seigneur, baron, chevalier et
escuier, de grant vollenté.

Tantost apriès Pasques, li roys de Cippre parti d’Auvignon et dist
qu’il volloit aller veoir l’empereur et lez seigneurs de l’Empire, et
puis revenroit par Braibant, par Flandrez et par Haynnau en France. Et
ordonneroient et regarderoient adonc li roy enssamble, à son retour,
quant il se partiroient, et de leurs pourveanches coumment il en
useroient, et auquel lés en mer il monteroient. Si se partirent chil
doy roy auques en un tierme: li roys de France prist le chemin de
Montpellier pour venir en le Langhe d’Ock, et li roys de Cippre le
chemin de l’Empire, liquelx chemina tant par ses journées qu’il vint
en Alemaigne, où il trouva monseigneur Charle de Behaingne, empereur
de Romme, à Convalence, qui le rechupt liement et grandement. Et paya
li dis emperères tous les frès et despens dou roy de Cippre, enssi que
ses empirez estendoit, et li donna encorres grans dons et grans jewiaux
pour lui plus honnourer et festiier. Et quant il se parti de lui, il le
fist conduire et acompaignier par les plus grans de se court.

Si vint li roys de Cippre en Jullers, où li dus le rechupt et festia
liement, et de là en Braibant, où il trouva à Brouxellez monseigneur
Winchelin de Behaingne, duch de Luxembourc et de Braibant et frère à
l’empereour dessus noummet, et madamme la duçoise, sa femme, qui le
rechuprent et festiièrent grandement et honnerablement en disners, en
souppers, en joustez, en festez et en reviaux, car bien le savoient
faire; et li donnèrent au departement grans dons et biaux jewiaux. Puis
s’en parti li rois de Cippre et s’en alla en Flandres veoir le comte
Loeys, qui ossi le festia mout grandement. Et trouva à ce donc le roy
de Dannemarche, qui estoit nouvellement venus à Bruges et apassés le
mer pour lui veoir. Si y eut à Bruges grans festes et grans joustez à
le venue dou roy de Cippre. Che fu environ le Madelainne l’an mil trois
cens soissante trois.

Enssi en celle saison, ala veant et visetant li roys de Cippre les
seigneurs de l’empire dessus noummés. Fº 128.

P. 84, l. 11: leur deseurain vestement.--_Ms. A 8_: leur derrain
vestement. Fº 237 vº.--_Ms. A 17_: leurs souverains vestemens. Fº
300.--_Ms. A 6_: leur souverain vestement.--_Ms. A 15_: leur derrenier
vestement. Fº 260.

P. 84, l. 13: nos.--_Mss. A_: nostre.

P. 84, l. 15: universe.--_Mss. A 8, 15 à 17_: universel.

P. 84, l. 16: istance.--_Mss. A 8, 17_.--_Mss. A 7, 15_: entencion.

P. 84, l. 19: signeurs.--_Mss. A 8, 15 à 17_: barons.

P. 84, l. 20: les.--_Le ms. A 8 ajoute_: haulx. Fº 238.

P. 84, l. 20: des.--_Les mss. A ajoutent_: grans.

P. 84, l. 28: travel.--_Ms. A 8_: travail.

P. 84, l. 29 et 30: avanceroit... coers.--_Ms. A 17_: il auroit plus
tost les cuers.

P. 84, l. 31: hors dou.--_Ms. A 8_: ou.

P. 85, l. 7: cas.--_On lit dans le ms. B 1_: estas.

P. 85, l. 12 et 13: il... esté.--_Ms. A 8_: il de grant temps n’avoit
point esté.

P. 85, l. 13: grant.--_Ms. A 17_: trop grant.

P. 85, l. 15: Il chemina.--_Ms. A 8_: et chemina. Il erra.

P. 85, l. 23: deffretiier.--_Mss. A 8, 15 à 17_: deffrayer.

P. 85, l. 24: li dus.--_Les mss. A ajoutent_: le conjoy et.

P. 85, l. 32: à ce donc.--_Ms. A 8_: lors.

P. 86, l. 13: fesist.--_Les mss. A 8, 15 ajoutent_: et acompleist.


§ =505=. En ce temps.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps avoit li roys
d’Engleterre fait grasce à quatre dus qui estoient hostagier en
Engleterre pour le roy de France, c’est assavoir: le duc d’Ango, le
duc de Berri, le duc d’Orliiens et le ducq de Bourbon. Et se tenoient
chil quatre seigneur à Callais, et pooient chevauchier quel part qu’il
volloient, trois jours hors de Callais, et au quatrimme, dedens soleil
esconssant, retourner. Et l’avoit fait li roys englès en espesse
de chou qu’il fuissent plus prochain dou consseil de Franche, et
qu’il mesissent cure et dilligensce à leur delivranche, enssi qu’il
faisoient, car il envoiièrent pluisseurs fois souflissans messaigez
deviers le roy de Franche et le ducq de Normendie qu’il vosissent
entendre à yaux et on leur tenist les couvens telx c’on leur avoit
proummis, ou il ne se tenroient mies pour prisonniers ne hostagiiers,
mès se deliveroient au plus tost qu’il poroient.

Or estoit adonc li royaummes et li conssaux dou roy et dou ducq de
Normendie durement cargiés et ensonniiés, tant pour le croix que li
rois de Franche avoit encargie, que pour le gerre dou roy de Navarre,
qui guerioit et herioit fortement le royaumme de Franche, et avoit
remandé les Compaingnez en Lombardie pour mieux faire se guerre. Se
n’estoient mies respondu ne delivret li messagier des quatre dus
deseure dis, qui se tenoient à Callais à leur vollenté, dont moult
leur en desplaisoit et plus à leurs seigneurs, quant il ooient conter
le deluement dou consseil le roy et des ordonnanches de Franche, mès
amender ne le pooient. Si leur couvenoit atendre et souffrir que aucune
bonne aventure et grasce dou roy englès leur venist. Fº 128 vº.

P. 86, l. 19: quel part qu’il.--_Mss. A 8, 15_: quelque part qu’ilz. Fº
238 vº.

P. 86, l. 22: en istance de bien.--_Mss. A 8, 15_: en bonne entencion.

P. 86, l. 24: songnassent.--_Le ms. A 8 ajoute_: et entendeissent.

P. 87, l. 2: quoique.--_Mss. A 8, 15_: combien que.

P. 87, l. 4: promoteur.--_Mss. A 8, 17_: prometteurs.

P. 87, l. 4: n’estoient.--_Mss. A 8, 15_: ne povoient estre.

P. 87, l. 7 et 8: s’en presist.--_Ms. A 8_: en peust avenir.--_Ms. A
15_: en deust advenir. Fº 261.

P. 87, l. 10: ensonniiés.--_Mss. A 8, 15_: embesoingniez.

P. 87, l. 11: encargiet.--_Mss. A 8, 15_: prise et enchargiée.

P. 87, l. 13: avoit.--_Les mss. A ajoutent_: adonc.

P. 87, l. 16: entendre.--_Ms. A 17_: mettre remède, c’est assavoir. Fº
301.


§ =506=. Quant li rois.--_Ms. d’Amiens_: Quant li roys de Cippre eut
visetés et veus les seigneurs et le pays dessus noummés, il retourna
en Franche et trouva à Paris le roy Jehan et le duc de Normendie et
grans fuison des seigneurs, barons et chevaliers de France, que li roys
y avoit mandés pour lui mieux festiier et honnourer. Si y eut grans
festes, grans reviaux et grans esbatemens, et ossi grans parlemens et
grans conssaux comment ceste croiserie se poroit parfurnir à l’honneur
dou roy de Franche et de son royaumme. Et li sage homme de Franche
veoient encorres le royaumme durement grevé et pressé de guerres et de
compaignez de pilleurs et de robeurs qui y descendoient et venoient de
tous pays. Si ne sambloit mies bon as pluisseurs que chilx voiaiges se
fesist jusquez à tant que li royaummes fuist en milleur estat ou à tout
le mains on ewist pais au roy de Navarre. Non obstant ce et touttez
guerres, nulx ne pooit abrissier ne oster le devotion dou roy Jehan
qu’il ne fesist le pellerinage, et l’acorda et jura au roy de Cippre à
estre à Marselle dou march qui venoit en ung an, que on compteroit l’an
mil trois cens soissante quatre, et que, sans faulte, il passeroit et
liveroit passage et pourveanches à tous ciaus qui passer vorroient.

Sus cel estat se parti li roys de Cippre dou roy de France, et dist
qu’il avoit bon terme de retraire encorres en son pais et de faire ses
pourveanches. Si volloit aller veoir le roy de Navarre, son cousin,
et mettre pès, s’il pooit, entre lui et le roy de Franche. Si se
parti de Paris et aqueilla son chemin vers Normendie, et fist tant
par ses journées qu’il vint à Chierebourch, où li roys de Navarre se
tenoit et messires Loeys, ses frerres; car messires Phelippes, leurs
frerrez, estoit nouvellement trespassés. Chil seigneur de Navarre
rechurent le roy de Cippre liement et grandement et le festiièrent
moult honnerablement, car bien le pooient et savoient faire. Et quant
li roys de Cippre eut estet, ne say deux jours ou trois, avoecq yaux,
il coumencha à traitiier moult gratieusement et à parler de le pais
entre les roys dessus dis; car, au veoir dire, il estoit sages sirez et
bien enlangagiés. Si l’oy li roys de Navarre parler moult volentiers,
mès oncques à nulle pès ne se vot descendre ne encheir, pour cose
que li roys de Cippre seuist faire ne priier, non s’il n’avoit tout
plainnement se demande, et il n’en estoit mies dou roy de France
cargiés si avant. Si demoura la cause sus cel estat enssi que devant.
Et se parti li rois de Cippre dou roy de Navarre, et dist qu’il s’en
iroit en Engleterre veoir le roy englès et madamme la roynne et leurs
enffans, et ossi lez seigneurs de Franche qui là estoient ostagiier.

Li roys de Cippre prist congiet dou roy de Navarre et de monseigneur
Loeis, son frère, liquel li donnèrent bellement et courtoisement, et
le convoiièrent plus de trois lieuwes, puis s’en retournèrent il en
Chierebourch. Et li rois de Cippre esploita tant par ses journées
qu’il vint au Pont de l’Arche, et là passa le Sainne et puis chevaucha
deviers Pontieu, et vint passer le Somme à Abbeville où li senescaux de
Ponthieu, messires Gerars de Baudresen, estoit de par le roy englès: si
le festia et honnoura dou mieux qu’il peut. Puis s’en parti li roys,
et chevaucha che jour à Saint Esperit de Rue et puis à Moustroeil et
puis à Bouloingne. Là fu il un jour, et l’endemain il vint à Callais.
Si y trouva encorrez le duc d’Orliiens, le ducq de Berri et le duc
de Bourbon, qui le rechurent liement, enssi que seigneur qui sont en
prison et en hostage. Fº 128 vº.

P. 87, l. 23: li rois.--_Les mss. A ajoutent_: Jehans.--_Le ms. A 15
ajoute_: qui nagaires estoit venu d’Avignon et de Languedoc son pais
visiter, si comme j’ay devant dit. Fº 261.

P. 87, l. 27: croiserie.--_Ms. A 17_: croisée. Fº 301 vº.

P. 87, l. 27: poroit.--_Le ms. A 8 ajoute_: perseverer et.

P. 87, l. 31: reubeurs.--_Mss. A_: robeurs.

P. 88, l. 5: nulz.--_Ms. A 8_: on.

P. 88, l. 6: abrisier.--_Mss. A 8, 15 à 17_: brisier.

P. 88, l. 8: dou march.--_Ms. A 8_: du moys de mars.

P. 88, l. 20: Roem.--_Mss. A_: Rouen.

P. 88, l. 32: termine.--_Mss. A_: terme.

P. 89, l. 5: enlangagiés.--_Le ms. A 8 ajoute_: et moult amez. Fº
239.--_Les mss. A 6, 7, 15 à 17 ajoutent_: et moult amez de tous. Fº
242 vº.

P. 89, l. 13: trettiés.-_-Ms. A 17_: traitteurs. Fº 302.

P. 89, l. 28: estat.--_Le ms. A 15 ajoute_: ou quèle condicion. Fº 262.


§ =507=. Cil troi duch.--_Ms. d’Amiens_: Et sejourna li dis roys à
Calais bien quinze jours, atendans bon vent, car li mers estoit adonc
moult tempestée par heurez. Au seizime jour, ses nefs furent cargies.
Si entra en son vaissiel et touttez ses gens ens ès autrez, che fu
environ heure de mienuit et demy, [et demoura] à l’ancre devant Callais
toutte le nuit. A l’endemain, à heure de nonne, il ariva à Douvrez. Si
se reposa et rafreschi là par deus jours, entroes que on descarga tout
bellement ses vaissiaux, et mist hors les chevaux. Puis chevaucha li
roys de Cippre à petittes journées et à sen aise deviers Londres. Quant
il y vint, il y fu durement bien festiiés et conjoïs des seigneurs
de Franche et d’Engleterre qui chevauchièrent contre lui, et fu à
grant solempnité de trompes et de tous autres instrummens amenés et
aconvoiiés à son hostel.

Je ne vous poroie mie compter en un jour les nobles disners, les
souppers, les festiiemens et les conjoïssemens, les dons, les presens,
les jouiaus c’on fist, dounna et presenta, especialment li roys
d’Engleterre et medamme le roinne Phelippe, au jentil roy de Cippre.
Et bien le devoient faire, car il les estoit venus veoir de loing et
à grant fret, et tout pour enhorter et enditer le roy que il volsist
prendre le vremeil crois et aidier à ouvrir ce passaige sus les
mescreans. Mès li roys s’escuza bellement et sagement et dist qu’il
estoit mès trop viés et trop foibles pour aller gueriier si lonch,
et qu’il avoit assés affaire à garder son pays et tenir en pès; mès
il n’escu[s]oit mie jones chevaliers et escuiers de sa terre, s’il y
volloient aller. Si demoura la cose enssi. Pluisseurs parlemens, le
tierme d’un mois que li roys de Cippre fu en Engleterre, eut entre le
roy englès et le roy de Cippre et leurs conssaux sus l’estat de le
croisserie et dou voiaige qui se devoit faire; mès toudis trouvoit il
les Englès auques sus uns pourpos si sagement dis et moustrés, qu’il en
estoit tous comptens.

Quant il vit qu’il n’en aroit autre cose, il prist congiet au roy, à
madamme la roynne et à leurs enffans, qui bellement et doucement li
dounnèrent. Et fist li roys englès, par ses offisciiers, paiier et
deffretiier le roy de Cippre de tout ce que il et ses gens en menus
frès avoient despendut à Londrez; et li dounna une très grosse nef
c’on appelloit Catelinne, qui estoit ou havene de Zandvich, et avoit
cousté au roy englès plus de dix mil florins au faire: dont li roys
de Cippre l’en remercia grandement. On ne sai de ceste nef qu’il en
avint, car, depuis, deux ans apriès le departement dou roy de Cippre,
je le vi à Zandvich. Si croy mieux que li roys de Cippre le laissa pour
l’ensonniement qu’il ewist eut dou mener c’autre cose. J’en demanday,
quand je fui là, pourquoy c’estoit, mès nulx ne m’en savoit le voir à
dire. Fº 129.

P. 89, l. 31: s’acointa.--_Mss. B 3, 4 et mss. A_: s’acquitta.

P. 90, l. 11: d’Engleterre.--_Mss. A_: Edouart.

P. 90, l. 25: enditter.--_Ms. A 8_: enduire. Fº 232 vº.--_Ms. A 15_:
induire.

P. 90, l. 30: en avant.--_Mss. A 8, 15_: d’ores en avant.

P. 91, l. 6: traveillent.--_Mss. A 8, 15_: travaillent.

P. 91, l. 18: se prist.--_Mss. A 8, 15_: se pena.

P. 91, l. 29: edefiier.--_Mss. A 2, 18, 19_: crestienner.

P. 91, l. 31: douze mil.--_Ms. B 6_: dix mille. Fº 629.

P. 91, l. 31: havene.--_Mss. A 6, 8, 15 à 17_: havre.

P. 92, l. 4: deffretia.--_Mss. A 8, 15 à 17_: deffraia, deffrea.

P. 92, l. 8: Zanduic.--_Ms. B 6 ajoute_: et le rendy à madame la royne
d’Engleterre. Fº 629.

P. 92, l. 9: à l’ancre.--_Mss. A 6, 17_: et ancré.


§ =508=. Or se parti.--_Ms. d’Amiens_: Or se parti li roys Pières de
Cippre, d’Engleterre, et rappassa le mer à Bouloingne. Si entendi
que li roys de Franche, li dus de Normendie, li dus d’Ango, messires
Phelippes leurs frères et tous li grans conssaux de Franche devoient
y estre à Amiens. Si tira li roys de Cippre celle part et y trouva le
roy de Franche nouvellement venu et une partie des seigneurs dessus
dis. Si en fu grandement conjoïs et festiiés et leur compta une partie
de son voiaige, et ossi il leur dist qu’il s’en yroit en Poito deviers
le prince de Gallez son cousin, pour mieux acomplir son voiaige. Si fu
là, ne say quans jours avoecq le roy et ses enffans, et puis s’en parti
et prist son chemin deviers Paris, et s’adrecha pour aller en la duché
d’Acquittainne et deviers le prinche qui se tenoit à Niorth. Et devoit
avoir dedens bref terme, en le chité d’Angouloime, une très grosse et
noble feste de jouste de quarante chevaliers de dedens et de quarante
escuiers, que li prinches y devoit tenir à le relevée de madamme la
princesse sa femme qui estoit acouchie d’un biau fil que on appelloit,
enssi que son père, Edouwart, à laquelle feste li roys de Cippre
volloit y estre, s’il plaisoit à Dieu.

Or revenrons au roy de Franche et à ce grant parlement qui fu à
Amiens. Je fui adonc enfourmés, et voirs estoit, que li rois Jehans
avoit proupos et affection de aler en Engleterre veoir le roy englès,
son frère, et madamme la roynne, sa soer, enssi s’appeloient il par
le tretiet de le pès, et ordounnoit touttes ses pourveances et ses
besoingnes à Boulloingne. Se li consseilloient bien li aucun de Franche
qu’il n’y volsist mie aller, et que c’estoit ungs grans perils sus
le veu et proummesse qu’il a fait, et que on le poroit là detenir,
pour le somme de se redemtion qui estoit encorres à parpaiier. Mès li
roys Jehans respondoit qu’il avoit trouvet ou roy d’Engleterre, en
madamme le roynne, en tous leurs enffans et ens ès barons d’Engleterre
tant d’onneur, d’amour, de courtoisie et de loyaulté, qu’il ne s’en
doubtoit en riens et qu’il ne cesseroit jammais, si y aroit esté et
yaux veus, et ossi ses amis qui là estoient ostagiier pour lui. Quant
on vit que chilx pourpos li demouroit, se li fu demandé qui garderoit
Franche jusqu’à son retour, et il ordounna Carlon, son ainsnet fil,
regent et souverain deseure tous. En apriès, monseigneur Loeys, dus
d’Ango et du Mainne, son autre fil, il l’estaubli à aller en Normendie
contre le roy de Navarre, car bien savoit qu’il ne l’ainmoit point. Et
monseigneur Phelippe, comte adonc de Tourainne, il l’ordounna à aller
en Bourgoingne, pour bouter hors les Compaingnes qui y estaient et qui
gastoient et essilloient le pays.

Quant il eut tout fet et ordounné, il prist congiet à ses enffans et
à son consseil, et se parti d’Amiens et s’avalla vers Hedin, le comte
d’Eu avoecq lui, le comte de Tankarville, le comte de Dammartin, le
grant prieur de Franche, monseigneur Bouchighau, monseigneur Tristran
de Magnelers, monseigneur Jehan d’Anville, messire Pierre de Villers:
che sont chiaux qu’il en mena avoecq lui pour aler en Engleterre. Si
vint li roys de Franche à Hedin trois jours devant le feste dou Noël.
Si y sejourna et demoura là, et dist qu’il y tenroit sa feste. Se
vint là à lui li comtes Loeis de Flandres, ses cousins, qui durement
l’ainmoit, et que li roys vit vollentiers, et le rechupt liement, et
tinrent là leur Noël enssamble. Le jour des Innocens, s’en parti li
roys et prist son chemin vers Bouloingne, et li comtez de Flandre vers
Saint Ommer, pour revenir arrierre en son pays. Fº 129.

P. 92, l. 13: ses mainsnés frères.--_Mss. A 8, 15_: ses enfans. Fº
240.--_Ms. A 17_: le mainsné filz du dit roy de France. Fº 303.

P. 92, l. 28: couvent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: couvenant.

P. 92, l. 29 à p. 93, l. 14: Si se parti... voiage.--_Ms. B 6_: Sy se
departy le dit roy de Calais et vint à Boulongne, et puis à Monstreul
et puis à Rue, et passa le Somme à Abeville et entra en Vimmeu et
vint passer la Saine au Pont de l’Arche et s’en alla tout droit en
Constentin et à Chierbourc veoir le roy de Navarre qui le rechut
liement. Et euist adonc le dit roy de Chippre vollentiers accordé le
roy de Navarre au roy de Franche, se il peuist; mais il n’en peult
à chief venir. Sy passa oultre et fist tant par ses journées qu’il
vint en Poito et droit en Angolesme où il trouva le prinche et madame
la princhesse qui nouvellement estoit relevée d’un biel filz qui
s’appelloit Edouart: à laquelle relevée de madame la princhesse eult,
en la chité d’Angolesme, moult grant feste et grans joustes de plus
de deux cens chevaliers, et fut la dite feste moult renforchie pour
l’amour du roy de Chippre. Fºs 629 et 630.

P. 93, l. 4: que... devoit.--_Ms. A 17_: qui debvoient.

P. 93, l. 13: nulle part.--_Ms. A 17_: nullement.

P. 93, l. 13: sus.--_Mss. A 8, 15 à 17_: en.

P. 93, l. 16 et 17: en quel istance.--_Mss. A 8, 15_: pour quelle
cause.--_Ms. A 17_: à quelle instance.

P. 93, l. 23: ce.--_Mss. A 8, 15_: son.

P. 93, l. 26: ou.--_Ms. A 8_: en.

P. 93, l. 32: loyal.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: doulx.

P. 93, l. 32: ami.--_Mss. A 8, 15_: aimables.

P. 94, l. 10: ahireteroit.--_Mss. A 8, 15_: heriteroit.

P. 94, l. 20: en son pays.--_Ms. A 17_: en Flandres. Fº 304.


§ =509=. Tant esploita.--_Ms. d’Amiens_: Quant li roys de Franche fu
venus à Bouloingne, il y sejourna tant qu’il eult vent à vollenté,
et entra en son vaissiel le jour devant le nuit de l’Apparition des
Trois Roys. Si y fu ce jour toutte jour jusques au soir, car il y
faisoit mout quoit et mout cler, et avoit vingt vaissiaux parmy ses
pourveanches. Si ariva à Douvrez, et y fu deus jours, tant c’on eut
descargiet tous ses vaissiaux et que li cheval furent rafresci, puis
s’en parti et vint à Cantorbie. Là fu il ossi deus jours, et dounna
à monseigneur saint Thumas un mout riche jeuiel et de grant pris. Et
là vint ses filz li dus de Berri contre lui, et li dus d’Orliiens
ses frères. Et ossi y envoiea li roys englès, pour lui festiier
et requeillier à l’entrée de son pays, quatre de ses chevaliers:
monseigneur Bietremieu de Bruech, monseigneur Gautier de Mauny,
monseigneur Richart de Pennebruge, monseigneur Alain de Boukesel.

Chil vinrent deviers le roy de Franche à Cantorbie de par le roy
d’Engleterre, et le conjoïrent et bienvegnièrent grandement, et li
dissent que li roys, leurs sires, estoit moult liés de sa venue. De
tout chou le crut li roys de Franche moult bien. Si les fist disner
dallés lui, et apriès disner il montèrent et s’en retournèrent deviers
le roy englès qui se tenoit à Eltem, et madamme le roynne, à sept
lieuwes de Londres, pour là atendre le roy de Franche, liquelx se
partit de Cantorbie et vint à petittes journées celle part. Et quant
il fu venus à Eltem, en l’ostel dou roy englès, il y fu rechups à
grant joie, che puet on mout bien croire, et tout chil qui avoecq lui
estoient, pour l’amour de lui. Là eult grans festes, grans sollas,
grans esbatemens, belles dansses et belles carolles de signeurs, de
dammes et de dammoiselles, et s’efforchoit chacuns de festiier et de
jeuer pour le cause dou roy de Franche.

Quant il eut là estet, je croy deux jours, il s’en parti et vint
à Londrez, où il fu requeilliés mout honnourablement et menés et
aconvoiiés de ses cousins les enfans dou roy englès, jusques à l’ostel
de Savoie qui estoit ordonnés pour lui, qui siet sus le Tamise au
dehors Londres: là le laissièrent il. Et là se tint li roys Jehans et
tout son hostel. Si avoit dallés lui chiaux de son sanch, le ducq de
Berri, son fil, le ducq d’Orliiens, son frère, le comte d’Allenchon,
Robert d’Alençon et Ghui de Blois, ses cousins, qui adonc estoient
jone damoisel, ossi le ducq de Bourbon et le comte de Saint Pol et les
seigneurs qu’il avoit là amenés de Franche. Si tenoit là li dis roys,
et tint là l’ivier grant estat et grant hostel, et estoit souvent
visetés dou roy englès et de ses enffans.

Si donnoient chil roy grans disner et grans convys li un à l’autre, et
jewoient et esbatoient enssamble et parloient et conssilloient de leurs
besoingnez. Et regretoit souvent li roys englès monsigneur Jaquemon
de Bourbon, son cousin, car moult l’avoit amet. Et disoit au roy de
Franche que c’estoit grans dammaiges de lui; car bien affreoit à estre
entre telx seigneurs qu’il estoient, et mieux s’i avoit sceu avoir que
nulx autres. Li roys de Franche li acordoit et disoit que c’estoit
verités, et que moult li avoit despleut la mort et l’aventure de lui.
Enssi passoient li roy le temps, et veoient souvent l’un l’autre, et
donnoient et envoioient li uns à l’autre grans dons, biaux jewiaux et
riches presens, pour nourir entr’iaux plus grant amour. Fº 129 vº.

P. 94, l. 22: l’abbeye.--_Les mss. A 8, 15 ajoutent_: en la ditte
ville. Fº 240 vº.

P. 94, l. 27: Tristrans.--_Mss. A 8, 15_: Tristan.

P. 94, l. 28: Pierres.--_Les mss. A 11 à 14 ajoutent_: et messire Jehan.

P. 94, l. 29: de Ainville.--_Mss. A_: Dainville.

P. 94, l. 31: maronnier.--_Mss. A_: mariniers.

P. 95, l. 2: ens ès.--_Mss. A 8, 15_: dedens les.

P. 95, l. 17 et 18: bienvegnièrent.--_Mss. A 8, 15_: honnourèrent.

P. 96, l. 2: caroles.--_Mss. A 8, 15_: esbatemens.

P. 96, l. 6: affreoit... faisoit.--_Ms. A 8_: afferoit à faire tout ce
qu’il faisoit.

P. 96, l. 8: com.--_Mss. A 8, 15_: comment.

P. 96, l. 10: vuidièrent.--_Mss. A 6, 8, 17_: vindrent, vinrent.

P. 96, l. 13: en.--_Mss. A 15 à 17_: à.

P. 96, l. 16: ostagier.--_Ms. A 17_: hostages.

P. 96, l. 18: si.--_Mss. A 7, 15_: son. Fº 245.--_Mss. A 8, 17_: ses.
Fº 241.

P. 96, l. 32: affreoit.--_Ms. A 15_: lui advenoit. Fº 264.


§ =510=. Nous lairons.--_Ms. d’Amiens_: Entroelx que li roys Jehans
reposoit en Engleterre, si comme vous poés oyr, fist li roys de Cippre
son voiaige et vint en Poito et droit en Angouloime deviers le prinche
de Galles, son cousin, qui le rechupt liement. Ossi fissent tout li
baron et li chevalier de Poito et de Saintonge qui dallés le prinche
estoient, li viscontes de Touwars, li jones sires de Pons, li sires de
Partenay, messires Loeys de Halcourt, messires Ghuichars d’Angle; et
ossi des Englès: messires Jehans Camdos, messires Thummas de Felleton,
messires Noël Lorinch, messires Richars de Pontchardon, messires Simons
de Burlé, messires Bauduins de Fraiville, messires d’Agorisses et li
autre. Si fu li roys de Cippre moult festés et bien honnourés dou
prinche, de le princhesse, des barons et des chevaliers dessus dis,
et se tint illuecques plus d’un mois. Et puis le mena messires Jehans
Camdos jewer et esbattre parmy Poito, parmy Saintonge et en le Rocelle
et tout sus le marinne.

Et quant il eut là estet ung grant temps et qu’il eut remoustré au
prinche et as chevaliers de son hostel et as autres pourquoy il estoit
venus et sour quel estat il avoit empris le croix, et que li signeur li
eurent respondut moult courtoisement que c’estoit ungs voiaiges où tout
gentil homme par raison devoient vollentiers entendre, et que, s’il
plaisoit à Dieu, il ne le feroit mies seux, mès en aroit de chiaux qui
se desirent à avanchier, il prist congiet dou prinche, de madamme la
princesse et de tous les seigneurs. Si s’en revint à petittez journées
et à grans despens arrierre par deviers Franche, atendans qu’il oyst
nouvelles dou roy Jehan qu’il fust rapassés le mer, et qu’il pewist
encorres parler à lui et puis si se retraire viers Lombardie et à
Venisse pour raller en Cippre. Bien entendi sus son chemin que li roys
de Franche estoit acouchiés malades en l’ostel de Savoie en Engleterre,
et empiroit tous les jours, et estoient repasset le mer et revenu en
Franche li comtes de Tankarville et messires Bouchicaus, marescaux de
Franche. Fº 129 vº.

P. 97, l. 6: Touwars.--_Mss. A_: Touars, Thouars.

P. 97, l. 12: Fraiville.--_Mss. A 8, 15_: Frainville.

P. 97, l. 18: fist.--_Les mss. A 8, 15 ajoutent_: grant chière et.

P. 97, l. 25: pourquoi especialment il portoit.--_Ms. B 4 et mss. A_:
sus quel estat il avoit empris à porter... qu’il portoit.

P. 98, l. 12: istance.--_Mss. A 8, 15_: entencion.

P. 98, l. 13: ce que.--_Ms. A 6_: cuidier. Fº 244 vº.

P. 98, l. 13: pour.--_Ms. B 4_: de. Fº 242.

P. 99, l. 19: moustré.--_Le ms. B 6 ajoute_: sy fu le corps du roy
Jehan de Franche enbausmé et mis en ung sarcus et convoiés des signeurs
de Franche jusques à Douvres et là fu mis en ung batiel. Fº 631.

P. 99, l. 23: se tenoit à Paris.--_Mss. A 8, 15_: estoit au Goulet lez
Vernon. Fº 241 vº.

P. 99, l. 26: se.--_Les mss. A 8, 15 ajoutent_: se tenoit et.

P. 99, l. 26: successères.--_Mss. A 8, 15_: heritier.

P. 100, l. 1 et 2: françois.--_Ms. A 17_: pour la couronne de France.

P. 100, l. 2: uns.--_Le ms. A 15 ajoute_: vaillant. Fº 264 vº.

P. 100, l. 3: li.--_Le ms. A 15 ajoute_: grant.

P. 100, l. 6: l’antoient.--_Ms. A 7_: l’avoient. Fº 245 vº.--_Mss. A 8,
15_: le hantoient.--_Ms. A 17_: qui se tenoient entour lui.

P. 100, l. 9 et 10: ewireus.--_Mss. A 6, 15_: eureux. Fº 245.--_Ms. A
8_: envieux. Fº 242.--_Ms. A 17_: entr’eulx.

P. 100, l. 11: le grasce.--_Ms. A 15_: l’amour et grace.

P. 100, l. 12: ooit.--_Le ms. A 15 ajoute_: souvent. Fº 265.

P. 100, l. 19: prendés.--_Mss. A 8, 15_: tenez.

P. 100, l. 29: manière de.--_Ms. A 17_: certaines. Fº 306.


§ =511=. Roleboise.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps seoient devant le
castiel de Rolleboisse li dus d’Ango, messires Bertrans de Claieckin
et li comtes d’Auçoire et grant fuison de bonne gent d’armes, et
constraindoient moult chiaus qui dedens se tenoient. Or avint,
che siège pendant, que monsigneur Bertrans de Claiekin, li comtez
d’Auchoire, messires Boucighaus, qui nouvellement estoit revenus
d’Engleterre, li sires de Biaugeu, qui s’appelloit messires Anthonnes,
et pluisseur aultre chevalier et escuier de Franche fissent sus un jour
deus chevauchies et moult pourfitables pour le royaumme de Franche; car
il prissent le ville de Mantes et le ville de Meulent, qui se tenoient
pour le roy de Navarre, et dedens grant fuison des ennemis au royaumme
de Franche: dont li dus de Normendie, qui se tenoit à Paris, fu moult
resjoys, car ces deux villes sont clefs de Normendie. Fºs 129 vº et 130.

P. 100, l. 31: biaus.--_Mss. A_: bon.

P. 101, l. 7: retenoit.--_Ms. A 8_: recevoir. Fº 242.

P. 101, l. 14 et 15: otant bien... ruoient il jus.--_Mss. A 8, 15_:
autant chier... à ruer jus.

P. 101, l. 17: constraindoient.--_Mss. A 8, 15_: contraingnoient.

P, 101, l. 24: le cité.--_Mss. A 8, 15_: la ville.

P. 101, l. 32: certain lieu.--_Mss. A_: chemin.

P. 102, l. 12: porte.--_Mss. A 8, 15_: ville.

P. 102, l. 24: desroutèrent.--_Ms. A 8_: deffrontèrent. Fº 242 vº.

P. 103, l. 1: mourdreours.--_Mss. A 8, 15_: murtriers.

P. 103, l. 1: pillars.--_Ms. A 17_: larrons.

P. 103, l. 2: encaucent.--_Ms. A 8_: enchacent.--_Mss. A 15 à 17_:
chacent.

P. 103, l. 7: li larron.--_Ms. A 8_: les barons.

P. 103, l. 9 et 10: remanant.--_Mss. A 8, 15_: demourant.

P. 103, l. 10: le.--_Mss. A_: vostre.

P. 103, l. 20: entente.--_Mss. A 8, 15_: entencion.

P. 103, l. 21: comment.--_Mss. A 8, 15_: combien.

P. 103, l. 24: ens.--_Mss. A 8, 15_: dedens.

P. 103, l. 31: apaisier.--_Ms. A 8_: asseurer.--_Ms. A 15_: decevoir.
Fº 266.

P. 104, l. 6 à 9: Dont... assés.--_Mss. A 11 à 14_: Dont entrèrent
Bretons par ces hostelz, et se saisirent de la ville sans riens piller,
mais ilz pristrent des prisonniers desquelz qu’ilz vouldrent qui depuis
furent delivrez sans riens paier, car messire Boucicaut et messire
Bertran ne le vouldrent point souffrir, car depuis le dit messire
Boucicaut fut capitaine et garde de Mante.

P. 104, l. 22 et 23: portes.--_Les mss. A 6 à 8 ajoutent_: tost et
apertement.

P. 104, l. 24: saint Yve.--_Ms. A 17_: Nostre Dame. Fº 307.

P. 104, l. 25: occire.--_Mss. A 8, 15_: tuer.

P. 104, l. 31: joians.--_Mss. A_: joyeux.

P. 105, l. 2: partout.--_Mss. A_: par toutes.

P. 105, l. 3 à 5: Mantes... France.--_Ms. A 15_: la perte qu’il avoit
faicte de Mante et de Meulant. Fº 266.


§ =512=. En celle.--_Ms. d’Amiens_: Quant li roys de Navarre entendi
ces nouvelles qu’il avoit perdu Mantes et Meulent et grant fuison de
ses gens par dedens, si en fu durement courouchiés, et regarda et avisa
coumment il se poroit contrevengier et grever le royaumme de Franche.
Si escripsi et pria moult chierement et amiablement devers che hardi
chevalier monsigneur le captal de Beus, que il volsist venir parler
à lui en Normendie et qu’il amenast chou qu’il poroit avoir de gens
d’armes, et que moult bien les paieroit. Li captaus se pourvei de
compaignons et vint deviers le roy de Navarre, et se mist et otria dou
tout en son service, dont li roys de Navarre fu moult liés. Se le fist
souverain et gouvreneur deseure tous ses chevaliers et escuiers, et lui
delivra touttes ses gens d’armes.

Li dus de Normendie fu emfourmés de ceste armée que li roys de
Navarre mettoit sus, et si entendi d’autre part que li roys, ses
pères, agrevoit durement de se maladie, et que li saige fusisiien
n’y retenoient point de retour. Si ne volloit point li dus, en se
nouveleté, qu’il receuvist blamme ne dammaige contre les Navarois. Si
se pourveoit grandement de gens d’armes à l’autre lés, et avoit mandés
et retenus grant fuison de bons chevaliers et escuiers de Gascoingne,
et si largement les paioit, qu’il le servoient vollentiers; car c’est
bien chou qu’il aimment, large et secq paiement. Si avoit li dis dus
atrait deviers lui et mis en se chevauchie sus les camps, une partie
des gens le seigneur de Labreth, dont li sires de Mouchident estoit
chiés et conduisièrez, et encorres monsigneur Ainmon de Pumiers et
monsigneur le soudich de Lestrade; chil estoient bien six vingt lanches
de Gascons.

Encorres avoit li dus de Normendie remandé son frerre monsigneur
Phelippe en Bourgoingne, et monsigneur Regnaut c’on dist l’Arceprestre,
qui se tenoit en Bourgoingne, car il estoit sires de Castielvillain
de par le damme se femme, qui avoit estet femme du signeur de
Castielvillain, mort à le bataille de Poitiers. Et l’avoit messires
Phelippes, qui bien esperoit à estre dus de Bourgoingne, car li roys
ses pères li avoit proummis, retenu de son conseil, et estoit ses
compères, et li avoit tenut à fons ung biau fil qui eut nom Phelippes
contre lui. Fº 130.

P. 105, l. 11: on.--_Mss. A 8, 15 à 17_: il. Fº 243.

P. 105, l. 16 à 19: li rois... painne.--_Ms. A 15_: le duc de Normandie
ira briefment à Reims pour lui fere couronner du royaume de France; si
lui yrons à rencontre et lui porterons et ferons ennui et dommaige. Fº
266.

P. 105, l. 17 à 19: est mors... painne.--_Mss. A 7, 8_: ira temprement
à Rains; se l’irons à l’encontre et li porterons et ferons anoy. Fº 246
vº.--_Ms. A 6_: se ira couronner à Reims; si lui yrons à l’encontre et
luy porterons et ferons dommaige et ennuy. Fº 246.

P. 105, l. 21: temprement.--_Mss. A 8, 15_: briefment.--_Ms. A 17_:
tantost.

P. 105, l. 23: pooit.--_Les mss. A 8, 15 ajoutent_: trouver et.

P. 105, l. 28: deux cens ou trois cens.--_Ms. A 17_: quatre cens.

P. 105, l. 30: remeriroit.--_Mss. A 8, 15_: reguerredonneroit.

P. 106, l. 1 et 2: apertement.--_Mss. A 6, 7, 15_: hastivement.

P. 106, l. 15 et 16: Bertrans.--_Le ms. A 17 ajoute_: et monseigneur
Olivier de Mauny son nepveu. Fº 307 vº.

P. 106, l. 16: Bretons.--_Les mss. A 11 à 14 ajoutent_: qui estoient
hardiz et courageux.

P. 107, l. 11: A ce donc.--_Mss. A 8, 15 à 17_: A ce temps, en cellui
temps.

P. 107, l. 19: Evous venu.--_Ms. A 15_: Atant va venir. Fº 267.

P. 107, l. 28 et 29: se consievirent.--_Ms. A 8_: se
aconsuivirent.--_Mss. A 15 à 17_: s’aconsuirent. Fº 308.

P. 107, l. 29: ravine.--_Mss. A 15 à 17_: manière.

P. 108, l. 2: tamaint.--_Mss. A_: maint, mains.

P. 108, l. 14: d’Evrues.--_Le ms. A 15 ajoute_: Et, au voir dire, les
Bretons se portèrent vaillamment, car ilz n’estoient que une poignie de
gens au regart des Navarrois qui tousjours croissoient. Fº 267.


§ =513=. Auques en ce temps.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps que ces
semonsces et ces assamblées se faisoient, tant de l’un lés comme de
l’autre, les nouvellez vinrent au duc de Normendie que li roys, ses
pères, estoit trespassés de ce siècle, et l’en escripsoit le verité
messires Jehans, ses frères, dus de Berri.

Quant li dus de Normendie entendi chou, que li roys ses pères estoit
mors, si en fu moult courouchiés: che fu bien raisons. Si le senefia
tantost au duch d’Angho et as pers et as barons de France. Si se
traissent à Paris deviers le duc de Normendie, enssi que drois estoit,
et s’ordonnèrent pour aller contre le corps dou roy, leur seigneur, que
li comtes d’Eu et li comtes de Dammartin et li grans prieux de Franche
ramenoient et raconduisoient. Si fu li corps dou roy Jehan embaummés
et, mis en ung sarku, raportés à Paris. Assés tost apriès, li dus de
Normendie li fist faire son obsèque en l’abbeie de Saint Denis, et fu
portés mout solempnelment parmy le chité de Paris à grant pourcession
et à plus de mil torsses, à viaire descouvert, si troi fil derierre
lui, vesti de noir, et li roy de Cippre ossi. Et fu enssi aportés moult
bellement à le grant abbeie de Saint Denis en Franche. Si en chanta
la messe et fist l’offisce li arcevesques de Sens, ungs moult doulx
prelas, et fu ensepvelis li dis roys Jehans en le ditte abbeie de Saint
Denis, où grant fuison de ses ancisseurs gissoient.

Apriès le obsèque fait et le disner qui fu moult grans et moult nobles,
li signeur et li prelat retournèrent tout à Paris. Si eurent parlement
et consseil enssamble que on se trairoit vers Rains pour courounner le
ducq de Normendie, car c’estoit ses drois, et que on s’en deliveroit.
Si y fist on appareillier moult grans pourveanchez et moult grosses,
et fu li certains jours arestés, que ce devoit estre droit au jour de
le Trinité. Si le segnefia li dus et en escripsi as pluisseurs grans
seigneurs, les uns prioit et les autres mandoit, et par especial
il en pria son bel oncle le ducq de Braibant, liquelx s’ordounna
et appareilla pour estre y en grant arroy et bien accompaigniés de
chevaliers de Braibant et de Luxembourch dont il estoit sirez. Fº 130.

P. 108, l. 18: A ce donc.--_Mss. A 8, 15_: Pour lors. Fº 244.

P. 108, l. 25: arrierés.--_Ms. A 8_: arrestez.--_Ms. A 15_: rompu et
arresté.

P. 108, l. 27: embausumés et mis en un sarcu.--_Ms. A 15_: enbasmé et
mis en un sarcueil.

P. 108, l. 29: Dammartin.--_Le ms. B 6 ajoute_: le conte de
Tancarville. Fº 631.

P. 109, l. 1: vuidièrent.--_Ms. A 8_: vindrent.

P. 109, l. 2: Cipre.--_Le ms. B 6 ajoute_: vestus de noir avoecq les
enfans du roy et les prochains du linage. Fº 631.

P. 109, l. 8: retournèrent.--_Ms. A 8_: vindrent.

P. 109, l. 24: Entrues.--_Mss. A 8, 15_: Pendant.

P. 109, l. 31: qu’il eurent.--_Mss. A_: qui fu.

P. 110, l. 2: l’eglise cathedral de Rains.--_Ms. A 15_: la grant eglise
cathedral de Nostre Dame de Reins. Fº 267 vº.


§ =514=. Quant messires.--_Ms. d’Amiens_: Entroez que ces besoingnes
s’ordounnoient et aprochoient, envoyoit toudis li dus de Normendie gens
d’armes deviers le comte d’Auçoire et monsigneur Bertran de Claiekin,
et bien besongnoit, si comme vous orés chy apriès. Si y furent envoiiet
li Arceprestrez et messires Loeys de Chalon et leur routtes.

Messire Jehans de Ghailli, qui s’appelloit captaus de Beus, qui pour
le temps estoit conduisièrez et souverains de touttes les gens le
roy de Navarre, dont il y avoit bien huit cens lanches, trois cens
archiers et cinq cens autrez hommes aidablez, et tous les jours li
croissoient gens, chevauchoit en Normendie et desiroit moult à trouver
lez Franchois, car on lui avoit dit qu’il estoient sour les camps.
Si estoient de le routte le dit captal uns bons chevaliers englès
et fors guerrières, qui s’appelloit messires Jehans Jeuil, messires
li bascles de Maruel, messires Pierres de Sakenville et pluisseur
autre, pour leurs saudées gaegnier et leurs corps avanchier, et s’en
venoient droitement vers le Pont de l’Arche, car bien penssoient que li
Franchois passeroient là le Sainne, ensi qu’il fissent.

Et advint que, droitement le merquedi de le Pentecouste, si comme li
captaux et se routte chevauchoient au dehors d’un bois, il encontrèrent
le Roy Faucon, un hiraut qui s’estoit au matin partis de l’ost des
Franchois. Si trestost que li captaus de Beus le vit, bien le recongnut
et li fist grant chière, car il estoit hiraus au roy d’Engleterre, et
li demanda tantost dont il venoit et s’il savoit nulles nouvellez des
Franchois: «En nom Dieu, monsigneur, dist il, oil. Je me parti hui
matin d’iaux et de leur routte, et vous quèrent ossi et ont grant desir
de vous trouver.»--«Et quel part sont il? ce dist li captaux; sont il
dechà le Pont de l’Arche?»--«En nom Dieu, sire, dist Faucons, oil. Il
ont passet le Pont de l’Arche et Vrenon, et sont maintenant, je croy,
assés priès de Passci.»

«Et quelx gens sont il, dist li captaux, et quelx cappittainnes?
Ja di le moy, je t’en pri.»--«En nom Dieu, sire, il sont bien mil
et cinq cens combatans et toutte bonne gens d’armes. Si y sont:
messires Bertrans de Claiequin, li comtez d’Auchoire, li viscomtes de
Biaumont, messires Loeys de Chalon, li sirez de Biaugeu, li mestres
des arbalestriers messires Bauduins d’Annekins, messires Loeys de
Haweskierkes, messires Oudars de Renti, messires li Arceprestrez,
messires Engherans d’Uedins. Et si y sont de Gascoingne: les gens le
seigneur de Labreth, li sires de Mouchident, messires Ammenions de
Pumiers, li soudis de Lestrade.»

Quant li captaux oy noummer les Gascons, si fu trop durement
esmervilliés, et dist si comme en lui ariant: «Par le cap saint
Anthonne, Gascons à Gascons s’espourveront.» Or le disoit il pour lui,
car il estoit gascons. Adonc appella il de rechief Faucon et li demanda
s’il ne savoit plus nullez nouvellez, et Faucons li respondi: «Oil,
sire, li dus de Normendie se devoit partir ier ou huy pour aller vers
Rains; car, à dimence qui vient, doit il y estre couronnés.» Adonc dist
li captaux: «Faucon, se Dieux et saint Jorge nous volloient aidier, je
poroie bien estre au devant de son couronnement.»

Adonc parla Faucons pour Prie, un hiraut que li Archeprestres envoyea
là avoecq lui, et li dist: «Sire, assés près de chy m’atent ungs
hiraux franchois que li Arceprestrez envoie deviers vous, liquelx
Arceprestrez, che dist Prie li hiraux, parleroit vollentiers à vous.»
Dont respondi li captaux et dist: «Faucon, dittes au hiraut qu’il n’a
que faire plus avant et qu’il die à l’Arceprestre que je ne voeil nul
parlement à lui.» Adonc li demanda messires Jehans Jeuiel et dist:
«Sire, pourquoy? Espoir es chou pour vo prouffit.»--«Jehan, Jehan,
non est, mès est li Arceprestres si grans bartères, que, s’il venoit
jusquez à nous, en nous comptant gengles et bourdes, il aviserait et
ymagineroit no force et nos gens; si nous porroit tourner à grant
contraire. Si n’ay cure de ses parlemens.»

Adonc retourna Faucons li hiraux deviers Prie, son compaignon, qui
l’atendoit au coron d’une haie, et escuza le captal bien et sagement,
tant que li hiraux en fu tous comptens, et raporta arrierre à
l’Arceprestre chou que Faucons li eut dit de par le captal; mès, dou
couvenant des Navarois, ne quel somme de gens d’armes il estoient,
ne seut il nient recorder à ses mestres, car il n’avoit mies esté
jusqu’yaux. Fº 130 vº.

P. 110, l. 7: cité.--_Mss. A 6, 7_: ville et cité.--_Mss. A 8, 15 à
17_: ville.

P. 110, l. 8: Legiers.--_Mss. A_: Michiel.

P. 110, l. 13: combatre.--_Mss. A_: trouver.

P. 110, l. 18: li sires de Saus.--_Ms. A 17_: monseigneur Jehan de
Saulx. Fº 308.

P. 110, l. 25: d’encontrer.--_Mss. A 8, 15 à 17_: de rencontrer.

P. 111, l. 23: Renti.--_Le ms. B 6 ajoute_: le Bèghes de Velaines. Fº
633.

P. 111, l. 26: Aymenions.--_Ms. A 8_: Aymons.

P. 111, l. 29: rougia tous de felonnie.--_Ms. A 15_: rougit tout de
grant felonnie. Fº 268.

P. 112, l. 9: cap.--_Mss. A 8, 15 à 17_: chief.

P. 112, l. 11: Prie.--_Mss. A 8, 15_: Pierre. Fº 245.--_Ms. A 17_:
Henrri. Fº 309.

P. 112, l. 23: baretères.--_Mss. A 7, 15 à 17_: barateur.

P. 112, l. 24: bourdes.--_Le ms. A 15 ajoute_: dont il est bon ouvrier.
Fº 268 vº.

P. 112, l. 26: contraire.--_Mss. A 8, 15 à 17_: dommage.--_Le ms. A 15
ajoute_: et à moult grant contraire.

P. 112, l. 27: ses.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: grans.

P. 112, l. 28: Prie.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Pierre.

P. 112, l. 28: coron.--_Ms. A 17_: bout.--_Ms. A 15_: coing.


§ =515=. Ensi eurent.--_Ms. d’Amiens_: Enssi eurent li Franchois et li
Navarrois connissance li ung de l’autre par le raport des deus hiraus.
Si eurent avis et consseil li Franchois que ce merqedi, pour ce qu’il
estoit tart, il se logeraient illuecq. Et se logièrent seloncq une
rivierre, ensus un village que on appielle Koceriel, ens uns biaux
plains, et ossi li Navarois se tinrent assés priès de là.

Quant ce vint le joedi au matin, que solaus fu levés et que li jours
estoit appairans d’estre biaux et clers et sieris, li Navarois et li
Englès, tous d’une alianche, chevauchièrent enssi que Franchois; li
hiraus les menoit tout serré et tout rengiet. Si vinrent environ primme
sus les plains de Koceriel, et virent les Franchois devant yaux qui
ordonnoient leurs batailles, et estoient par samblant bien tant et
demy plus qu’il ne fuissent. Si s’arestèrent tout quoy au dehors d’un
bosquetiel qui là estoit, et puis se traissent avant les cappittainnes
et se missent en ordounnance. Premierement, il fissent trois batailles
bien et feticement tout à piet, et envoiièrent les chevaux, leurs males
et les gharchons ens ung bois qui estoit dallés yaux, et establirent
monseigneur Jehan Jeuiel en la premierre, et li ordounnèrent tous
les Englès, hommes d’armez et archiers. La seconde eut li captaux,
et pooient estre en se bataille environ quatre cens combatans, uns
c’autres. La tierche eurent troy autre chevalier: li bascles de Maroel,
messires Pières de Saquenville et messires Bertrans dou Franch, uns
bons chevaliers prouvenchiaux, et estoient ossi environ quatre cens
armures de fier.

Quant il eurent ordonné leur bataille, il ne s’eslongièrent point
trop loing de l’un l’autre, et prissent l’avantaige d’une montagne
qui estoit à le droite main entre le bos et yaux, et se rengièrent
tout de froncq sus celle montagne par devant leurs ennemis, et missent
le pignon dou captal en ung fort buisson espinerech, et ordonnèrent
soissante armures de fier autour pour le garder et deffendre, car tout
se devoient là raloiier et affiier bien entre yaus les cappittainnes,
que de là ne se partiroient nullement, pour cose qui avenist, se
seroient leurs ennemis tous desconfis et mis en cache. Et tout ce
veoient li Franchois coumment il s’ordonnoient, et ossi coumment
il avoient pris le montaingne: se ne les en prisoient mies mains.
Tout enssi ordounné et rengiés se tenoient Navarois et Englès sus le
montaingne que je vous di. Fº 130 vº.

P. 113, l. 3 et 4: se radrecièrent.--_Mss. A_: s’adrecièrent.

P. 113, l. 7: quinze cens.--_Le ms. A 15 ajoute_: combatans.

P. 113, l. 23: une.--_Le ms. A 17 ajoute_: petite.

P. 113, l. 26: uns biaus prés.--_Mss. A 8, 17_: deux beaux prez. Fº 245.

P. 114, l. 4 et 5: heure de prime.--_Ms. A 17_: midi.

P. 114, l. 5: Coceriel.--_Ms. A 8_: Coucherel.--_Mss. A 15 à 17_:
Cocherel.

P. 114, l. 18: li captaus.--_Les mss. A ajoutent_: de Beuch.

P. 114, l. 22: banière.--_Le ms. A 15 ajoute_: devant lui. Fº 269.

P. 115, l. 1: espinerés.--_Mss. A 8, 15 à 17_: espineux.

P. 115, l. 2: armeures de fier.--_Ms. A 15_: hommes d’armes.

P. 115, l. 8: querre.--_Mss. A 8, 15 à 17_: querir.


§ =516=. Tout ensi.--_Ms. d’Amiens_: Endementroes, li Franchois
ordonnèrent ossi leurs batailles, et en fissent trois et une arrierre
garde. La premierre eut messires Bertrans de Claiequin à tous les
Bretons, et fu ordonnés pour assambler à le bataille dou captal.
La seconde eult li comtez d’Auçoire et li viscomtes de Biaumont et
messires Bauduins d’Enekins, et eurent avoecq yaux les Franchois,
les Normans et les Pickars, monsigneur Oudart de Renti, monsigneur
Engherant du Edin, monsigneur Loeis d’Aveskierke et les autres. La
tierce eut li Arceprestres et les Bourghignons avoecq lui, monseigneur
Loeys de Chalon, le seigneur de Biaugeu, monsigneur Jehan de Vianne,
monsigneur Gui de Frelay, monsigneur Huge de Vianne et pluisseurs
autres. Et devoit s’asambler ceste bataille au bascle de Marueil et
à se routte. Et l’autre bataille, qui estoit pour arrierre garde, fu
des Gascons: monsigneur Aimmenion de Pumiers, le soudich de Lestrade,
le signeur de Mucident et pluisseur aultre. Et pour ce quil veoient
le pignon le captaul mis et assis en ung buisson et en faisoient li
Navarois leur estandart, il ordonnèrent leur bataille des Gascons à
adrechier ceste part. Fº 130 vº.

P. 115, l. 11: Entrues.--_Ms. A 6_: Entrementres. Fº 248 vº.--_Mss. A
8, 15 à 17_: Pendant ce.

P. 115, l. 14: Bretons.--_Le ms. A 15 ajoute_: dont je vous en nommeray
aucuns chevaliers et escuiers: premierement monseigneur Olivier
de Mauny et monseigneur Hervé de Mauny, monseigneur Eon de Mauny,
frères, et nepveux du dit monseigneur Bertran, monseigneur Geffroy
Ferron, monseigneur Allain de Saint Paul, monseigneur Robin de Guité,
monseigneur Eustace et monseigneur Allain de la Houssoye, monseigneur
Robert de Saint Pern, monseigneur Jehan le Voier, monseigneur Guillaume
Bodin, Olivier de Quoyquen, Lucas de Maillechat, Gieffroy de Quedillac,
Gieffroy Paien, Guillaume du Hallay, Jehan de Parrigny, Sevestre Budes,
Berthelot d’Angoullevent, Olivier Ferron, Jehan Ferron son frère et
pluseurs autres bons chevaliers et escuiers que je ne puis mie tous
nommer. Fº 269.

P. 115, l. 17 et 18: d’Anekins.--_Mss. A 18, 19_: de Meleun.

P. 115, l. 18 à 21: mestres... Haveskierkes.--_Ces lignes manquent dans
les mss. A 15 à 17._

P. 115, l. 20: d’Uedin.--_Mss. A 7, 18, 19_: de Hedin. Fº 249.

P. 115, l. 26: Hughe.--_Mss. A 15 à 17_: Jehan.

P. 116, l. 1: purainne.--_Ms. A 6_: entière. Fº 248 vº.--_Mss. A 8,
15_: pure. Fº 245 vº.

P. 116, l. 7: lés.--_Mss. A 8, 15 à 17_: costé.

P. 116, l. 8: un.--_Le ms. A 15 ajoute_: hault. Fº 269 vº.


§ =517=. Assés tost.--_Ms. d’Amiens_: Et (ordonnèrent les Gascons)
trente hommes des leurs, fors et appers, montez chacuns sus bons fors
courssiers et delivrés, et aler concquerre ce pignon et combattre au
captaul, et rompre se bataille quant elle seroit entamée, et à riens
entendre fors tant seullement au captaul, et lui prendre par forche et
toursser sur leurs chevaux et porter ent à sauveté; car qui l’aroit
pris, fust li journée pour yaux ou non fust, il aroit bien esploitiet,
et tenroient leurs ennemis pour tous desconffis. Fº 131.

P. 117, l. 3: entrues.--_Ms. A 7_: entrementres.--_Mss. A 6, 15 à 17_:
pendant.

P. 117, l. 7: tourseront.--_Mss. A_: trousseront.

P. 117, l. 8 et 9: où que soit.--_Mss. A 6, 15 à 17_: quelque part.

P. 117, l. 20: rades.--_Mss. A_: roides.

P. 117, l. 24: estre.--_Le ms. A 15 ajoute_: pour faire et acomplir
l’entreprinse que tous ces seigneurs de France et de Gascongne avoient
parlé et ordonné entr’eulx. Fº 269 vº.


§ =518=. Quant cil.--Ms. d’Amiens: Quant li Franchois se furent enssi
ordonné, ainchois que li signeur se trayssent en leurs bataillez où
il estoient estaubli, il regardèrent entre yaux et pourparlèrent
à lequelle bannierre ou pignon il se retrairoient et quel crit il
criroient. Si fu de premiers acordé entre yaux qu’il criroient: «Nostre
Damme! Auchoire!» Mès li comtez, qui là estoit presens, y refuza et
s’escuza et dist que il estoit li ungs des jonnes chevaliers qui là
fust, et la premierre besoingne arestée où il avoit estet, si ne
volloit mies que on lui fesist celle honneur, mes fust baillie à un
autre où elle fuist mieux emploiiée c’à lui. Dont fu regardé d’un
coumun acord c’on crieroit: «Saint Yve! Claiequin!» et pour yaux mieux
recongnoistre: «Nostre Damme! Claiequin!»

Ensi tout rengiet et ordonné et avisé quel cose il devoient faire et
yaux maintenir, se tenoient tout quoy sus les camps et regardoient
leurs ennemis, qui nul samblant ne faisoient dou descendre. Si se
traissent enssamble li chief des routtes environ yaux vingt cinq, et
parlementèrent ung grant temps. Et volloient li aucun, especialment
messires Bertrans de Claiequin, que on les allast combattre. Et li
aucun, mieux avisés, le debatoient et disoient que, se il faisoient
enssi, il feroient ung grant outraige, mès souffresissent encorres
et regardaissent le couvenant de leurs ennemis: «Sachiés, disoient
messires Oudars de Renti et messires Bauduins d’Ennekins, que, se nous
avons grant desir d’iaux combattre, ossi ont il nous: si nous tenons en
nos batailles bellement et quoiement. S’il descendent, bien nous les
combaterons; et s’il ne descendent dedens le soir, nous arons autre
advis.»

Chilx conssaux fu tenus, et se tinrent li Franchois tout quoy, chacuns
sirez desoubs se bannierre ou desoubs se pignon, enssi qu’il estoit
ordounnés. Et tant atendirent qu’il fu haux midi et que li jours
estoit si escauffés que li pluisseur en estoient tout afoibli, car il
n’avoient avoecq yaux nulles pourveanches pour boire ne pour mengier,
se petit non. Et toudis se tenoient li Navarrois et li Englès en leur
fort, sans yaux bougier ne faire samblant de descendre. Quant ce vint
sus l’eure de nonne et que li sollaux tourna dou tout au contraire des
Franchois, et que de trop junner li pluisseur estoient mout foullé,
si se coummenchièrent enssi que tout à descoragier, et dissent li
aucun que li heure passoit pour combattre. Si se fuissent par samblant
volentiers retret, et fu priesque tout conssilliet dou retraire et dou
niens combattre.

Or vous di qu’il y avoit là aucuns gentilz hommes de Normendie qui
cevauchoient de l’un à l’autre, sans get et sans regard, qui ne se
pooient armer, car il estoient prisonnier as Navarois et recreus
sus leurs fois. Si disoient bien as chevaliers franchois: «Signeur,
advisés vous, car, se li journée se depart sans bataille, vostre ennemy
seront demain deus tans qu’il ne sont hui, et toudis mouteplieront en
puissanche; car messires Loeis de Navarre doit venir à plus de mil
combatans.» Si que ces parolles atraioient durement les Franchois à
combattre. Fº 131.

P. 117, l. 25: eurent.--_Les mss. A 6, 17 ajoutent_: tout.

P. 118, l. 6: dou.--_Le ms. A 17 ajoute_: noble.

P. 118, l. 8: bellement.--_Mss. A 8, 15 à 17_: doucement.

P. 118, l. 12: journée.--_Ms. A 15_: besongne. Fº 270.

P. 118, l. 13: de.--_Ms. A 8, 15 à 17_: que.

P. 118, l. 16: le Mestre.--_Ms. A 15_: Baudequin d’Annequins, maistre
des arbalestriers.

P. 118, l. 27: vos compains.--_Mss. A 6, 7, 15 à 17_: vostre compaignon.

P. 119, l. 13: tierne.--_Mss. A_: tertre.

P. 119, l. 21: vin.--_Le ms. A 17 ajoute_: ne baril.

P. 119, l. 23: flaconciaus.--_Ms. A 7_: flaconniaus. Fº 249 vº.--_Mss.
A 8, 15 à 17_: flacons, petiz flacons.

P. 119, l. 28: soutilleté.--_Ms. A 17_: subtilité. Fº 311 vº.

P. 119, l. 29: remontière.--_Mss. A_: remontée.

P. 120, l. 1 et 2: couvenant.--_Mss. A 8, 15 à 17_: couvine.

P. 120, l. 6: requerre.--_Mss. A 8, 15_: requerir.

P. 120, l. 16: frefel.--_Ms. B 3_: desir.--_Ms. B 4_: frestel.--_Ms. A
6_: fresel.

P. 120, l. 20: paisieulement.--_Mss. A_: paisiblement.

P. 120, l. 24: nostre.--_Mss. A_: vos.

P. 120, l. 27: trois cens.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_: quatre
cens.

P. 120, l. 30: ahati.--_Ms. A 17_: hastiz.--_Ms. A 15_: atiz.

P. 121, l. 15: diverses.--_Le ms. A 17 ajoute_: et contraires.


§ =519=. Quant li.--_Ms. d’Amiens_: Quant li chevalier de Franche
virent que li Navarois et li Englès ne partiroient point de leur
fort et qu’il estoit ja haulte nonne, et si ooient les parolles que
li prisonnier franchois leur disoient, si se retraissent à consseil
enssamble, et conssillièrent qu’il feroient passer le pont tous leurs
chevaux et leurs harnas et leurs varlès et les plus foullés par
samblant de leur routte, et puis petit à petit il passeroient et se
logeroient bellement, chascuns sires par lui et entre ses gens, ce soir
sus le rivierre, et l’endemain il aroient nouviel consseil et avis, car
voirement estoient il durement mesaisiet dou chault et de trop junner.
Et se, en yaux retrayant, il avenoit ensi que leur ennemy, qui sont
chaut et hastieu, descendoient de leur montaingne, il retourroient tout
à ung fès sus yaux, et criroient leur cri, et chacuns sires et hommes
d’armes se trairoit à se bataille: il savoient bien quel consseil il
devoient faire. Che consseil donnèrent li Gascon messires Ainmenion [de
Pummiers], messires li soudis [de Lestrade] et li sires de Moucident.
Dont sonnèrent il leur trompettes, et fissent mout grant signe d’iaux
retraire, et fissent passer oultre le pont et le rivierre leurs harnois
et leurs pourveanches, les varlès et tous leurs chevaux, excepté les
trente qui se devoient adrechier au captal. Et quant il furent enssi
que tout passet, gens d’armes coummenchièrent ossi à passer.

Quant messires Jehans Jeuiaux, qui estoit appers chevaliers et
vighereux durement et qui avoit grant desir des Franchois combattre,
perchupt le mannierre et coumment il se retraioient, se dist au captal:
«Sire, sire, descendons appertement; ne veés vous pas coumment li
Franchois s’enfuient?» Dont respondi li captax et dist: «Messires
Jehan, messire Jehan, ne creés ja que si vaillant homme qu’il sont,
s’enfuient ensi: ils ne le font, fors par malisse et pour nous
atraire.» Adonc s’avancha messires Jehans Jeuiaux, qui moult engerans
estoit de combattre, et dist à chiaux de se routte: «Passés avant!
Qui m’aimme, se me sieuwèce!» Dont s’avança en sallant devant touttes
les battailles en descendant dou mont, son glaive en son poing,
en escriant: «Lez les Franchois!» et «Saint Gorge! Giane!» Quant
li captaux en vit le mannierre, si le tint en soy meysmes à grant
desdaing, et dist à sa bataille: «Avant! Avant! messires Jehans Jeuiaux
ne se combatera point sans my.» Dont descendirent il tout coummunement
dou fort où il s’estoient tenu, et se missent au plain.

Quant li Franchois, qui estoient en aguet de ceste ordounnanche, les
virent descendre, si s’arestèrent tout à ung fès et dissent entr’iaux:
«Vesci chou que nous demandions.» Si huièrent et jupèrent apriès leurs
gens qui le pont passoient, et furent tantost remis en bon arroy,
leurs bannièrez et pignons devant yaux, en criant: «Nostre Dame!
Claiekin!» Evous monsigneur Jehan Jeuiel, qui de grant vollenté s’en
venoit tout devant, et se vient ferir, son glaive en son poing, en le
bataille des Bretons et combattre mout vassaument, et ossi il fu moult
bien recheu de monsigneur Bertran de Claiequin et de chiaux de se
routte. D’autre part, li comtes d’Auchoire, li viscomtez de Biaumont,
messires Bauduins d’Ennekins, messires Oudars de Renti et li autre
chevalier et leur bataille s’en viennent adrechier à le bataille des
Bourgignons, li sires de Biaugeu, messires Loeis de Chalons et les
gens de l’Arceprestre s’en vont adrechier à le bataille monsigneur
Pière de Sakenville et monsigneur Joffroy de Roussellon. Et pour chou
que en armes on ne doit mies mentir, mès dire le verité à son loyal
pooir, bien est voirs que li Arceprestres, si trestost qu’il vit c’on
se combateroit et que les batailles s’asambloient, il se parti et ungs
siens escuiers seullement, et issi de se bataille, mès il dist à ses
gens: «Demorés et si vous acquittés à vostre loyal pooir: je me pars,
car je ne me puis combattre.» Dont monta à cheval et rapassa le Pont de
l’Arche, et cil qui se combattoient, le quidoient dallés yaux, pour ce
qu’il veoient se bannierre, et si n’avoit pris congiet à nullui, fors à
ses gens. Fº 131.

P. 121, l. 17: sus.--_Mss. A 8, 15 à 17_: pour.

P. 121, l. 29: l’espoir.--_Mss. A 8, 15 à 17_: pense.

P. 122, l. 25: Jeuiel.--_Ms. B 6_: de Pipes. Fº 631.

P. 123, l. 9 et 10: li captaus.--_Ms. A 8_: le capitaine. Fº 250
vº.--_Mss. A 8, 17_: les capitaines. Fº 247 vº.

P. 123, l. 15: mi.--_Mss. A_: moi.

P. 123, l. 24: assambler.--_Ms. A 8_: assaillir.

P. 123, l. 25: Evous.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Et va venir.

P. 123, l. 28: Bertrans.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: du Guesclin.

P. 123, l. 29: malement.--_Le ms. A 17 ajoute_: Et d’aventure il
encontra monseigneur Olivier de Mauny, nepveu de monseigneur Bertran,
fort chevalier et asseuré durement. Là se combatirent ces deux vaillans
chevaliers ensemble moult longuement, main à main, et tant que le dit
monseigneur Olivier cheit de la presse. Et adonc monseigneur Jehan
Jouel fut sur lui la dague ou poing, pour lui occire, en lui disant:
«Rendez vous tantost, ou vous estes mort.» Adonc respondit le dit
monseigneur Olivier: «A Dieu le veu, monseigneur Jehan, non suis
encore; mais je vueil que vous essaiez vostre fois comment ceste terre
est dure.» Et lors il le prant par le camail et à force de braz il
mist monseigneur Jehan Jouel dessoubz lui, et fut monseigneur Olivier
dessus. Et lors il bleça et navra à mort le dit monseigneur Jehan
Jouel, et le laissa à un sien escuier qui estoit delez lui, qui avoit
nom Guion de Saint Pers, lequel le fiança prinsonnier; mais il mourut
cellui jour des plaies qu’il avoit receues la journée. Fº 313 vº.

P. 124, l. 6: Claiekin.--_Le ms. A 15 ajoute_: monseigneur Olivier de
Mauny son nepveu. Fº 271 vº.

P. 124, l. 8 et 9: li... Anthones.--_Ms. A 17_: monseigneur de Beaugieu
et monseigneur Anthoine de Beaugieu.

P. 124, l. 13: Aymenions.--_Mss. A 8, 17_: Aymons.

P. 124, l. 30: fourfraire.--_Mss. A 8, 15 à 17_: meffaire.

P. 125, l. 5: rivière.--_Le ms. A 17 ajoute_: en plourant moult
tendrement de ce qu’il ne povoit demourer à la bataille. Fº 314.


§ =520=. Au commencement.--_Ms. d’Amiens_: Quant li Navarois et chil de
leur costé virent le couvenant des Franchois, si se reculèrent tout en
combatant un petit, et fissent leurs archiers voie pour traire. Si se
missent en bon aroy chil qui devoient traire, mès li Franchois estoient
si fort armet et si bien pavesciet, que oncques li trais ne les greva
noyent, ne pour chou n’en laissièrent il point à combattre. Si tost
que li trais fu passés, les batailles entrèrent l’une dedens l’autre,
en boutant et en estechant des glaives. Là veoit on les plus apers et
les plus bachelereus coumment il s’avanchoient et rompoient par bien
combattre les routtes, et prendoient et fianchoient prisonniers, ou il
se faissoient prendre par appertisses d’armes, ou navrer, ou ochire.
Là avoit grant cliquetis d’espées, de daghes et de bastons d’armes,
et s’aprochoient et se tenoient main à main, et se combatoient si
vaillamment que nulle gens mieux, et point ne s’espargnoient, et nul
mot ne parloient que leur cris à cief de fois il crioient pour yaux
raloiier.

Or vous diray des trente qui esleu estoient pour yaulx adrechier au
captal et trop bien monté par especial. Il s’en vinrent tout serré
là où li captaux se combatoit moult vassaument, piet avant autre,
tenant une hache en sen poing, dont il donnoit si grans horions que
nulx ne l’osoit aprochier; car il estoit grans chevaliers, fors et
durs malement et resongniés de ses ennemis. Chil trente, qui estoient
moult bien monté sus courssiers fors et puissans, et ossi appert,
fort et dur hommes d’armes et bachelereus durement, ne veurent mies
resongnier le paine ne le peril; mès brochièrent chevaux des esperons
et rompirent par forche toutte le bataille et les gens le captal, et
fissent voie au comte d’Auchoire, au viscomte de Beaumont, à monsigneur
Bauduin d’Auekin, à monsigneur Engherant du Edin, à monsigneur Oudart
de Renti, à monsigneur Loeys de Haveskerke et as bons chevaliers de
leur routtez et escuiers ossi. Là eult très fort bouteis et grans
abateis, et moult de bons hommes d’armes mis à grant mesaise. Avoecq
tout chou, chil trente, qui n’entendoient à autre cose fors toudis
à aller avant et faire leur emprise, s’arestèrent droitement sus le
captal et coummenchièrent à lanchier et à ferir à lui grans horions
de leurs roides espées et des bastons de guerre qu’il portoient, et à
derompre gens et à abattre entour li et mettre à grant meschief; car
chil courssier, qui estoient fort et puissant et tous couvert de fers
et bien brochiet sans espargnier des esperons, confondoient tout devant
et entour yaux.

Et quant li captaux, qui estoit hardis et saiges chevaliers durement,
en vit le manierre et que on entendoit trop parfaitement à lui prendre,
si s’esvertua et fist trop plus d’armes sans comparison que nuls
autres, et se tint ung grant temps que nulx ne l’osoit aprochier, tant
lançoit il les cops grans et perilleux. Mès il n’est force d’omme ne
de lion que, au haster et au continuer, on ne foulast et afoiblesist.
Là fu il si bien combatus des ungs et des autres à tous lés, qu’il ne
savoit auquel entendre. Si fu pris et ahers par forche et tirés de
ces hommes d’armez à cheval hors de le presse, et si menés par force
d’armes qu’il fiancha prison à yaux, et le cargièrent et portèrent et
ravirent hors des bataillez maugret touttes ses gens, et passèrent
oultre le pont et le rivière et le missent à sauveté. Enssi fu pris li
captaux de Beus, si comme je l’oy recorder le Roy Faucon, qui fu toudis
enmy le bataille et qui en vit tout le couvenant et pluisseurs bellez
appertisses d’armes des autres bons chevaliers et escuiers, tant d’un
lés comme de l’autre. Fº 131 vº.

P. 125, l. 19: fourfet.--_Le ms. A 17 ajoute_: grandement.

P. 126, l. 1 et 2: luitier.--_Mss. A 15 à 17_: luite.

P. 126, l. 12: emprise.--_Mss. A 8, 17_: entreprise. Fº 248.

P. 126, l. 14: pas.--_Ms. A 6_: pays. Fº 251.

P. 126, l. 16: li Breton.--_Mss. A 8, 15 à 17_: les Picars.

P. 127, l. 6: grant.--_Le ms. A 8 ajoute_: grant debat et.

P. 127, l. 6: puigneis.--_Mss. A 8, 15 à 17_: hustin.

P. 127, l. 9: foursené.--_Ms. A 8_: forcennez. Fº 248 vº.

P. 127, l. 9: crioient.--_Le ms. A 17 ajoute_: tous à haulte voix. Fº
315.


§ =521=. En ce toueil.--_Ms. d’Amiens_: Pour ataindre le juste matère
et parler de tout vivement, voir est que, entroes que chi trente
homme à cheval et li bataille dou comte d’Auchoire et dou viscomte
de Biaumont, avoecq les Franchois et les Pickars, entendoient au
prendre le captal et à combattre ses gens, messires Ainmenions de
Pumiers, li soudis de Lestrade, li sirez de Mucident et leur bataille
s’adrecièrent droitement au penon du captal qui estoit enclos en
un buisson espinerech, enssi que dessus est dit, et à ciaux qui le
gardoient, qui estoient ossi toutte gens d’eslite. Là eut dur hustin et
bien combatu, car cil gardoient leur pennon, qui estaubli y estoient
sus leur honneur, car il estoit resors et raloieanche d’iaux tous:
si avoient plus chier à morir qu’il leur fust hostés. Si dura moult
longement li bouteis et li estekeis entr’iaux de lanches, de haches,
d’espées, d’espois et de daghes. Endementroes, se combatoient les
autres batailles chascune à sa chascune, et estoient assés loyaument
parti.

Si vous di que, quant les gens dou captal en virent par force porter
et mener leur mestre, enssi que tout fourssené, il le poursiewirent
vistement et corageusement et s’abandonnèrent de grant vollenté, et
requissent leurs ennemis si dur et si fierement qu’il les reculèrent.
Là couvint il maint homme morir, cheir et trebuchier l’un parmy
l’autre; et sachiés, qui estoit cheus, s’il n’avoit bon secours et
hastieu, jammais depuis ne se relevoit, car li presse et li enchaus
y estoit si grans que chascuns estoit tous ensonniiés dou deffendre
et de lui garder. Et par especial les gens dou captal se combatirent
trop vaillamment, et ne demora mies en yaux ne en leur emprise qu’il
ne desconfirent le bataille dou comte d’Auchoire, car il fu rués par
terre et navrés mout durement et se bannierre abatue, quant messires
Bertrans de Claiequin et une grosse routte de Bretons vinrent celle
part, et le rescoussirent par forche d’armes et relevèrent se bannierre
et reculèrent leurs ennemis. Et adonc en celle presse et en cel estekis
fu ochis li viscontes de Biaumont, dont che fu dammaiges, car il estoit
jonnes chevaliers, hardis et appers durement et de grant vollenté.

Or vous diray des Gascons et de chiaux qui estoient adrechiet vers le
pennon le captal. Il fissent tant par forche d’armes qu’il rompirent
le presse et delivrèrent le place de tous chiaux qui le gardoient, et
furent, comme vaillant gent, tout mort ou tout pris; ne oncques ne
daignièrent fuir, mès se vendirent si vaillamment que nule gens mieux.
Touteffoix, li pennons fu conquestés et ostés de là où il estoit,
abatus et deschirés, et li hanste coppée. Mès en celle presse, li sires
de Muchident fu moult navrés, et y eut mors trois de ses escuiers, et
li soudis de Lestrade i eut le brach romput. Non obstant ce, messires
Ainmenions requeilla touttes ses gens apriès le desconfiture de chiaux
qui le pennon avoient gardé, et s’en vinrent en criant: «Nostre Damme!
Claiequin!» sus les gens dou captal, qui trop bien se tenoient et se
combatoient. Là eut de rechief grant hustin et dur et bien combatu.

Li sires de Biaugeu, messires Loeys de Chalon et les gens
l’Arceprestre, avoecq grant fuisson de bons chevaliers et escuiers de
Bourgoingne, se combatoient d’autre part moult vaillamment à monsigneur
le bascle de Maruel et à se route, à monsigneur Pière de Sakenville,
à monsigneur Joffroy de Roussellon, à monsigneur Bertran dou Franch
et à leur routte. Et vous di que là eult fait mainte belle appertisse
d’armes, mainte prise et mainte rescousse; car chascuns, endroit de
lui, se prendroit mout priès de bien faire le besoingne pour sen onneur.

D’autre part, li Pickart et leur routtes se combatoient à monsigneur
Jeuiel et à se bataille, où il y eut fait ossi mainte belle appertisse
d’armes, car chils messires Jehans Jeuiel estoit bons chevaliers,
durs, fors, hardis et appers et bien combatans. Si ne l’avoit on point
d’avantaige contre lui. Là furent très bon chevalier messires Bauduins
d’Enekins, messires Oudars de Renti, messires Engherans du Edins,
messires Renars de Bassentin, messires Jehans de Bergette et pluisseurs
autres chevaliers de Picardie, que je ne say mies tous noummer, et ossi
maint bon escuier. Là fu li bataille de monsigneur Jehan Jeuiel trop
vassaument rencontrée et combatue, et fu par forche d’armes reboutée et
rompue, et li dis chevaliers messires Jehans Jeuiel mallement navrés,
pris et fianchés prissons et tirés hors de le presse, et tout li sien
mort ou pris et mis en cache. Mès trop cousta as Franchois, car il
perdirent des leurs, mors sus le plache, monsigneur Bauduin d’Ennekins,
mestres pour le temps des arbalestriers de Franche, et monseigneur
Loeys de Haveskerkes et des autres chevaliers et escuiers. Si en y eult
des navrés, des blechiés et des bien batus grant fuisson.

Encorres se combatoient moult vaillamment li sires de Biaugeu, messires
Loeys de Chalon et li Bourgignon au bascle de Maruel et as autres
Navarrois, et eut en celle bataille fait moult de belles appertisses
d’armes.

Touttes fois, quant li Pickart eurent romput et mis en cache chiaux de
le bataille monsigneur Jehan Jeuiel, il se radrechièrent celle part en
escriant: «Nostre Damme! Claiequin!» et se boutèrent avoecq leurs gens
sus les dessus dis Navarois et les reculèrent par forche d’armes.

Or se quidièrent retraire chil chevalier de Navarre et de Normendie
deviers le penon dou captal, et riens ne savoient de se prise. Si
commencièrent petit à petit à reculler, en escriant: «Nostre Damme!
Navarre!», et moult bien se combatoient. Mès quant il virent qu’il en
avoient perdu le veue et le ressort et que leurs gens se desroutoient
et fuioient et n’ooient mès crier leur cri, mès: «Nostre Damme!
Claiequin!», et veoient les bannierres des Franchois venteler sour les
camps et tout premierement celle de monsigneur Bertran Claiekin, si se
coummenchièrent à esbahir et à desconfire et à retraire vers le bois
pour venir à leurs chevaux. Mès li plus des garchons qui les gardoient,
quant il virent le desconfiture sus leurs mestres, il se partirent et
sauvèrent et en menèrent plentet de leurs males et de leurs harnas, et
se retraissent deviers une fortrèce que on nomme d’Akegni, qui estoit
navaroise.

Quant li bascles de Maruel vit le desconfiture sus ses gens, il ne
daigna fuir, mès s’aresta et requeilla ce de gens qu’il peult avoir,
chevaliers et escuiers, qui ne le veurent mies laissier. Là se
combatirent moult longement et moult vaillamment, et y fissent, au
voir dire, merveilles d’armes; mès finablement il furent desconfit, et
li bascles de Maruel, chils hardis chevaliers, mors sus le place, et
pris messires Pières de Saquenville, messires Joffrois de Roussellon,
messires Bertrans dou Franc, et tout li autre; petit s’en sauvèrent
qu’il ne fuissent tout mort ou pris. Ceste bataille fu assés priès de
Coceriel en Normendie, le quatorzime jour de may l’an mil trois cens
soissante quatre. Fºs 131 vº et 132.

P. 127, l. 15: toueil.--_Mss. A 8, 15 à 17_: touillis, toulleis.

P. 127, l. 16: sievir.--_Mss. A 8, 15 à 17_: suir.

P. 128, l. 14: besongnoit.--_Mss. A 8, 15 à 17_: estoit besoing.

P. 128, l. 20: ensus.--_Mss. A 8, 15_: arrière. Fº 249.

P. 129, l. 2 et 3: commença.--_Le ms. A 17 ajoute_: mourut ce jour
des coups que monseigneur Olivier de Mauny lui donna, lui estant
prisonnier d’un sien escuier breton dessoubz monseigneur Bertran du
Guesclin. Fº 315 vº.

P. 129, l. 6: se embati si avant.--_Ms. A 8_: se combaty si
vaillanment. Fº 249.--_Ms. A 17_: ala tousjours avant comme vaillant
chevalier que il estoit.

P. 129, l. 11: Loeis.--_Ms. A 15_: Jehan. Fº 273.

P. 129, l. 17 et 18: dures gens mervilleusement.--_Mss. A 15 à 17_:
bonnes gens d’armes durement.

P. 129, l. 22: très le.--_Ms. A 8_: dès le.--_Mss. A 15 à 17_: du.

P. 129, l. 24: Les François.--_Le ms. A 17 ajoute_: et les Bretons.

P. 129, l. 32: bascles.--_Mss. A 15 à 17_: bascon.

P. 130, l. 2: Jeuiel.--_Le ms. A 15 ajoute_: De laquèle mort l’escuier
de Bretaingne qui l’avoit prins fut durement courrocié, car il en eust
eu voluntiers cent mille frans. Et vous di que ce vaillant chevalier,
monseigneur Jehan Jouel, avoit fait mettre et entaillier lettres entour
son bacinet qui disoient ainsi: «Qui Jehan Jouel prandra cent mille
frans aura, et autant lui en demourra pour s’armer que s’amie lui
donrra.» Fº 273.

P. 130, l. 5: aultre.--_Le ms. B 6 ajoute_: Oncques nuls n’en escapa.
Tout furent mors ou pris, et rapassèrent che soir les Franchois l’aige,
et vinrent logier à Pasci et à Vernon, et l’endemain à Roem. Fº 634.

P. 130, l. 8: seizime.--_Mss. A_: vingt quatrième.


§ =522=. Apriès.--_Ms. d’Amiens_: Apriès celle desconfiture et que tout
il mort estoient desvesti et que chacuns entendoit à ses prisonniers,
s’il les avoit, et que là li moitiés des leurs et plus avoient rapasset
l’aighe et rapassoient pour yaux retraire à leurs logeis, car il
estoient durement lasset et foullet de combattre et ossi pour le
calleur qu’il avoit fait ce jour, avint que, sus le vespre, environ
quarante lanches des Navarois vinrent tout à brochant, et riens ne
savoient de le desconfiture, mès quidoient que li leur ewissent le
journée pour yaux. Si venoient esperonnant moult radement, en escriant:
«Nostre Damme! Navarre!»

Quant messires Ainmenion de Pummiers, qui estoit à l’arrière garde,
les perchupt venir, il s’aresta tous quoys, et fist arester ses gens
et mettre son pennon en un buisson et yaux tenir en bon couvenant, les
espées et les haces devant yaux. Evous venus ces Navarois au cours
des esperons, et entrèrent au camp où li bataille avoit estet. Si
perchurent tantost que li leur estoient desconfit, et conneurent le
pennon monsigneur Ainmenion de Pumiers. Si n’eurent mie consseil dou
demourer, mès se traissent au plus tost qu’il peurent, sans lanchier ne
ferir ne riens faire d’armes. Depuis ni eut point d’aparant que nulx
se traisist avant pour combattre, ne [pour] rescoure le captal ne les
autres qui estoient pris. Si rapassèrent li Francois le rivierre, et se
logièrent celle nuit seloncq le rivierre et se aisièrent de chou qu’il
eurent. Ce propre soir, mourut messires Jehans Jeuiel des plaies qu’il
avoit.

Quant ce vint au matin, li signeur de Franche donnèrent par les bons
hommes dou pays des mors à ensevelir. Et puis cevaucièrent par deviers
Vrenon pour venir deviers Roem. S’en menoient leur gaaing et leur
prisonniers, tous joyans, c’estoit bien raisons, car il avoient euv une
moult belle journée pour yaux et moult pourfitable pour le royaumme;
car, se li contraires ewist esté, li captaux de Beus ewist fait un
grant escart en Franche et avoit empris de venir à Rains au devant
dou duc de Normendie, qui y estoit venus pour lui faire courounner
et consacrer, et la duçoise sa femme ossi, fille qui fu à monsigneur
Pière, le duc de Bourgoingne. Fº 132 vº.

P. 130, l. 12: qui les avoit.--_Ms. B 4 et mss. A_: se il les avoit.

P. 130, l. 20: Konces.--_Mss. A_: Conches.

P. 130, l. 28: les grans eslais.--_Ms. A 6_: des esperons. Fº 251
vº.--_Mss. A 8, 15_: les grans galoz. Fº 149 vº.--_Ms. B 3_: les lances
baissées. Fº 262 vº.

P. 131, l. 3: la friente.--_Ms. B 3_: la force.--_Ms. A 8_: l’effroy
des chevaux.--_Mss. A 15 à 17_: la frainte des chevaulx. Fº 273 vº.

P. 131, l. 13: ralloiier.--_Mss. A 8, 15 à 17_: rassembler.

P. 132, l. 13: joiant.--_Mss. A_: joieux.

P. 132, l. 17: escars.--_Ms. B 3_: eschec. Fº 263.--_Ms. B 4_: estat.
Fº 250.--_Mss. A_: essart.


§ =523=. Ces nouvelles.--_Ms. d’Amiens_: Ces nouvelles s’espardirent en
pluisseurs lieux que li captaux de Beus estoit pris et toutte se routte
ruée jus. Si en acquist messire Bertran de Claiequin grant grasce et
grant renommée de touttes mannierrez de gens dou royaumme de Franche,
et ossi tout li chevalier qui avoecq lui avoient esté. Si vinrent les
nouvelles jusques au ducq de Normendie qui estoit à Rains: si en fu
durement joians et en regracia Dieu humblement, quant en se nouvelleté
une si belle aventure d’armez estoit avenue à ses gens. Si en fu de
tant la feste plus noble et plus lie.

Che fu le jour de le Trenité l’an mil trois cens soissante quatre que
li roys Carles, ainnés filx dou roy Jehan de Franche, fu courounnés et
consacrez à roy en le grant eglise de Nostre Damme de Rains, et ossi
madamme la roynne, sa femme, de l’arcevesque reverend père en Dieu
monsigneur Jehan de Craam, arcevesque de Rains. Là furent li roys de
Cippre, li dus d’Ango, li dus de Bourgoingne, frère germain au dessus
dit roy de Franche, et messires Wincelans de Boesme, dus de Luxembourcq
et de Braibant, leur oncles, et grant fuisson de comtes, de barons et
de tous autres chevaliers et de prelas et d’arcevesques et d’evesques.
Si furent les festez et les solempnitez grandes. Et dounna li roys de
Franche grans dons et biaux jewiaux as seigneurs estragniers et là où
il le tenoit à bien emploiiet.

Si furent de tout en tout ces festez et ces solemnités bien poursiewies
et bien achievées. Et demoura li jone roys de Franche et madamme la
roynne, sa femme, cinq jours en le chité de Rains. Si se partirent li
dus de Braibant et aucun signeur qui prissent congiet à lui, et s’en
revinrent viers leurs maisons. Et li jones roys Carles de Franche et
madamme la roynne se retraissent à petittes journées et à grans reviaux
et esbatemens deviers Paris. Et vinrent à Laon, et de Laon à Soissons,
et puis à Compiègne, et puis à Senlis et puis à Saint Denis. Et partout
estoient il recheu liement et honnerablement, et par especial, quant il
entrèrent en le chité de Paris, che fu à très grant solempnité.

Je ne vous puis mies recorder les dons, les presens, les esbatemens
et les reviaux qui furent fais, dounnet et presentet à le nouvelleté
dou roy, mès m’en vorray briefment passer. Voirs est que, à le revenue
dou roy, messires Bertrans de Claiequin vint à Paris, et li sires
de Biaugeu, li comtes d’Auchoire, messires Loeis de Calon, messires
Thieubaux de Chantemelle, messires Oudars de Renti et li chevalier
qui avoient esté à le besoingne de Koceriel. Se le vit li roys Carles
moult volentiers, et les rechupt liement, et festia chascun par li
et par especial monsigneur Bertran de Claiequin et les chevaliers de
Gascoingne, monsigneur Ainmenion de Pumiers et les autres, car li vois
alloit que par yaulx avoit esté li bataille desconfite et li captaux
pris. Fº 132 vº.

P. 133, l. 2: plus liet et plus joiant.--_Mss. A 8, 15_: plus liées et
plus joyeuses. Fº 250.

P. 133, l. 14 et 15: Wedimont.--_Mss. A 8, 15_: Vaudemont.

P. 133, l. 15: d’Alençon.--_Le ms. A 15 ajoute_: arcevesque de Rouen.
Fº 274. Mauvaise leçon.

P. 134, l. 5 et 6: car... couronnement.--_Mss. A 15_: car monseigneur
de Labreth n’avoit point esté à la besongne, mais ses gens y furent,
mais il avoit esté à Reins au couronnement du roy Charles.


§ =524=. A le revenue.--_Ms. d’Amiens_: Assés tost apriès le revenue
dou roy Carle de Franche à Paris, fu ordonnés et denommez, presens les
pers et les barons dou royaumme qui à chou furent appiellet, messires
Phelippez, mainnés frèrez dou roy, dus de Bourgoingne. Et se parti de
Paris à grans gens, et en vint prendre le possession de la ditte duché,
et prist le foy et hoummage des barons, des chevaliers, des chités,
des castiaux et des bonnes villes de Bourgoingne. Si estoient avoecq
lui li sires de Biaugeu, qui s’apelloit messires Anthonnez, messires
Phelippez de Bourgoingne, messires Loeis de Chalon, li Arceprestres,
que li dessus dis dus avoit rappaisiet au roy de Franche, son frerre,
parmy escuzance assés raisonnable qu’il li avoit moustret; car li
Arceprestres avoit dit enssi qu’il ne se pooit armer ne combattre,
tant c’aucun chevalier, qui estoient avoecq le dit captal, fuissent
encorres, pour se prise et pour se raenchon de le bataille de Brinai,
dont il ne s’estoit mies encorres tous acquités. Se li avoit li roys de
Franche pardounné son mautalent, parmy tant que li Arceprestrez avoit
proummis et juret qu’il seroit en avant bons et loyaus au roiaumme de
Franche et n’y feroit ne pensseroit jammès nulle lasqueté.

A che donc estoient encorres les Compaignes en Bourgoingne, Guis
dou Pin, le Petit Meschin, Tieuaubs de Chaufour Jehans de Chaufour,
Tallebart Tallebardon, qui gastoient et essilloient tout le pays. Mès
li dus Phelippez y mist consseil et y pourvei de remède, car il furent
une fois ruet jus au dehors de Digon, et furent tout mort et tout pris,
excepté le Petit Meschin, qui s’enfui et se sauva. Si en fist li dus
de Bourgoingne pendre, noiier et mettre à fin plus de quatre cens.
Assés tost apriès, le remanda li roys de Franche pour chevauchier en
Normendie, en le comté d’Ewrues, contre grant fuisson de Navarois qui
là estoient, qui couroient, ardoient et essilloient toutte le Normendie
environ Roem et en Kaus, au title le roy de Navare.

Vous avés bien oy chy dessus coumment li captaux de Beus fu pris et
amenés par l’ordounnance dou roy à Miaux en Brie, et fu là tenus en
prison environ six sepmainnes. Là en dedens il eut bons moiiens qui
parlèrent au roy pour lui. Et le manda li roys à Paris et li fist mout
courtoise prison, car il le recrut sur sa foy, et le laissoit aller
et venir, jeuer et esbattre partout à se plaisanche. Et meysmement li
roys le mandoit bien souvent au disner et au soupper, et le laissoit
esbattre dallés lui.

Entroes estoient les guerres en Kaus et en Normendie. Et vint li
dus de Bourgoingne à bien six mil combatans devant le fort castiel
de Macherenville, et y mist le siège et y fist livrer tamaint grant
assault. Et avoit fait amener huit grans enghiens de le chité
de Cartres, qui nuit et jour jettoient à le fortrèche et moult
l’empiroient et cuvrioient; mès par dedens avoit très bonne gent
d’armes qui trop bien le gardoient et deffendoient. Avoecques le
ducq de Bourgoingne estoient li comtes d’Auchoire, messires Loeys
d’Auchoire, ses frèrez, messires Bertrans de Claiekin, li sirez de
Biaugeu, messires Loeys de Chalon, li sires de Rainneval, messires
Raoulx de Couchy, li sires de Chantemerle, li sires de Montsaut, li
Bèghes de Velainnes, Robers d’Allenchon, li Bèghes de Villers, li sires
de Chamremi et pluisseur baron et chevalier de Franche, de Bourgoingne
et de Normendie. Fºs 132 vº et 133.

P. 134, l. 8: dou duçainné.--_Ms. A 8_: de la duchié. Fº 250.

P. 134, l. 16: escusances.--_Mss. A 8, 15 à 17_: excusacions.

P. 134, l. 23 et 24: et les... partie.--_Ms. A 15_: et aussi les
chevaliers de France qui vaillamment parloient sur sa partie. Fº 274 vº.

P. 134, l. 28: Digon.--_Ms. A 15_: Dijon.

P. 134, l. 28 à 31: desquelz... chapitainne.--_Ms. A 15_: desquelz
Guiot du Pin et Tallebart Tallebardon estoient meneurs et conduiseurs;
et aussi y estoit et les conduisoit un escuier du pais qui s’appelloit
Jehan de Chaufour. Fº 274 vº.

P. 135, l. 8: son père nulle griefté.--_Ms. A 8_: mourir son père ne
autres griefz.

P. 135, l. 17: entrues.--_Mss. A 8, 15_: pendant.

P. 135, l. 17: prison.--_Le ms. B 6 ajoute_: Et là fu une espasse de
tamps. Et puis ly fist le roy Charles grace, et fu recrut sur sa foy et
amenés à Paris, et là alloit et venoit à se volenté. Et fu en chelle
saison, de par le roy de Franche, envoiiet en Engleterre pour traitier
le delivranche du duc de Berry, que il peuist passer parmy luy. Mais le
roy d’Engleterre n’en volt riens faire en chelle saison, combien que il
amast moult le captal, et respondy au captal que il n’avoit pas esté
pris pour luy. Sy retourna le captaus en Franche, sans riens faire. Fºs
635 et 636.

P. 135, l. 23: six.--_Ms. A 15_: sept.

P. 136, l. 6: Macheranville.--_Mss. A 8, 15_: Marceranville,
Marcerainville.

P. 136, l. 15: Ligne.--_Ms. A 15_: Ligny. Fº 275.

P. 136, l. 17: du Edins.--_Mss. A 3, 7_: de Hedin.

P. 136, l. 25: mil.--_Mss. A 8, 9, 15_: trois mil. Fº 251.

P. 136, l. 31: Joni.--_Ms. A 6_: Joygny. Fº 252 vº.--_Ms. A 15_:
Joingny.

P. 137, l. 12: constraindoient.--_Ms. A 15_: contraingnoient et
malmenoient.


§ =525=. Entrues.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps estoit messires Loeys de
Navarre sus les marches d’Auviergne à tout bien trois mil combatans,
et tous les jours li croissoient gens. Si ardoient et essilloient
et gastoient tout le pais de Bourbonnois environ Saint Poursain et
Saint Pierre le Moustier et Moulins en Auvergne. Si passèrent une
routte de ses gens le rivière d’Aillier au desoubs des montaingnes
d’Auvergne, et puis vinrent passer le Loire au desoubz de Marcelli
les Nonnains. Et chevauchièrent tant, de nuit et par embusces, qu’il
vinrent à un ajournement à le Carité sus Loire, et l’eschiellèrent et
le prissent par un dimence au matin. Et pour ce que la ville estoit
grande et moult wuide entre le fremmeté et les maisons, il ne s’osèrent
aventurer de traire avant jusquez à heure de tierce. Si avoient il
estet percheu d’aucuns de chiaux de le ville qui avoient retret leurs
biens, leurs femmes et leurs enffans ens ès nefs et ens ès batiaux
qui estoient en le rivière de Loire: par chou se sauvèrent chil de le
Carité et s’en vinrent à le chité de Nevers, à sept lieuwes d’iluecq.
Et ne concquissent les Compaingnes et li Navarois, qui estoient par
eschiellement entré en le Charité, nulle cose fors que pourveanches;
mès de chou eurent il à grant fuisson, et fissent de le ditte ville
une bonne garnison et le tinrent contre tous venans l’estet enssuivant,
et grevèrent moult chiaux dou pays environ. Fº 133.

P. 137, l. 24: depuis le.--_Ms. A 15_: le demourant de la. Fº 275 vº.

P. 138, l. 2: Ceni.--_Ms. A 8_: Ceri. Fº 251.

P. 138, l. 3: et Carsuelle.--_Ms. A 15_: et monseigneur Jehan
Cressueile.

P. 138, l. 10: menoit.--_Ms. A 8_: conduisoit.

P. 138, l. 11: quatre cens.--_Mss. A_: trois cens.

P. 138, l. 13: au dehors.--_Ms. B 3_: au dessoubz. Fº 264 vº.--_Ms. B 4
et mss. A_: au dessus. Fº 251.

P. 138, l. 13: Marcelly.--_Ms. B 3_: Marcilly.

P. 138, l. 13: Nonnains.--_Ms. A 7_: Nonniaux. Fº 253 vº.

P. 138, l. 15: amoustrer.--_Mss. B 3, 4, A 6, 8_: moustrer.

P. 138, l, 17: estri.--_Ms. A 17_: delay. Fº 316 vº.

P. 138, l. 20: femmes.--_Le ms. A 15 ajoute_: et enfans.

P. 138, l. 25: gens.--_Le ms. A 15 ajoute_: de la ville.

P. 138, l. 26 et 27: attendesissent.--_Le ms. A 15 ajoute_: illec.

P. 139, l. 13: et Carsuelle.--_Ms. A 15_: et monseigneur Jehan
Cressuelle.


§ =526=. Tant sist.--_Ms. d’Amiens_: Tant fist li dus de Bourgoingne
devant Macherainville, et si les constraindi par assault et par les
enghiens qui y jettoient nuit et jour, que chil qui dedens estoient
se rendirent, sauve leurs corps et leurs biens. Si s’en partirent,
et li dus envoiia prendre le possession par ses marescaux monsigneur
Bouchicau et monsigneur Jehan de Vianne, marescal de Bourgoingne.
Apriès y mist et ordounna li dus à castellain ung bon escuier qui
s’appelloit Phelippos de Chartres. Puis s’en parti li dus et toutte sen
host et s’en vint devant Chamerolles, et l’assega tout environ, et y
fist amenner et achariier les grans enghiens qui avoient estet devant
Marcheranville, qui y jettoient nuit et jour et travilloient mout
chiaux de le fortrèche.

Entroes que li sièges estoit devant Chamerolles, tenoit le siège
messires Jehans de le Rivierre devant le castiel d’Akegny, assés
priès de Passi, en le comté d’Ewrues, et avoit des compaignons dont
il estoit souverains, plus de deux mil combatans. Si avoit par dedens
Navarois et Englès, qui là s’estoient retrais depuis le bataille de
Koceriel. Tant fist messires Jehans de le Rivierre devant Akegni, que
chil de dens se rendirent sauve leurs corps et leurs biens. Enssi
les prist li dis messire Jehans, et puis dounna le castiel à un sien
escuier et mist dedens archiers et compaignons pour le garder. Si s’en
parti et s’en vint o toutte sa gent mettre le siège devant le cité
d’Ewrues. Et encorres estoit li dus de Bourgoingne devant le castiel de
Chamerolles, qui fortement le faisoit asaillir. Et entroes se tenoient
en Constentin, par le doubte des Navarois qu’il ne venissent lever
cez sièges, messires Bertrans de Claiequin, à plus de mil combatans
bretons, pickars et franchois, messires Loeys de Sanssoire, li comtez
de Joni et messirex Ernouls d’Audrehen avoecq li. Fº 133.

P. 139, l. 30: Phelippos.--_Mss. B 3, 4_: Phelippes.--_Ms. A 6_:
Guillaume. Fº 253.--_Ms. A 7_: Grenoullart. Fº 254.--_Ms. A 15_:
Hector. Fº 276.

P. 139, l. 31: quarante.--_Mss. A 8, 11 à 15, 18, 19_: soixante. Fº 251
vº.

P. 140, l. 8: le forterèce.--_Ms. A 8_: la ville.

P. 140, l. 10: Akegni.--_Ms. A 15_: Aquigny.

P. 140, l. 14: Ens ou.--_Ms. A 8_: Dedens le. Fº 252.

P. 140, l. 21: apressé.--_Ms. A 15_: oppressez. Fº 276.

P. 140, l. 28: Hues.--_Ms. A 8_: Hugues.

P. 140, l. 30: Saintpi.--_Mss. A 6, 15_: Sempy. Fº 253.

P. 140, l. 31 et 32: du Edins.--_Mss. A 3, 6, 7, 20 à 23_: Hedin,
Hesdin.

P. 141, l. 3: songnièrent.--_Mss. A 8, 15_: pensèrent.


§ =527=. Entrues.--_Ms. d’Amiens_: Entroes que messires Jehans de le
Rivierre, messires Hughes de Chastellon, messires Oudars de Renti,
messires Engherans du Edins et li chevalier de Franche se tenoient
devant le cité d’Euwrues et moult le constraindroient, apressa li dus
de Bourgoingne si fort chiaux dou fort chastiel de Chamerolle, qu’il
ne peurent plus durer et se rendirent simplement en le vollenté dou
dit duc: autrement il ne peurent finner ne marchander. Si furent li
Englès et li Navarois et li saudoiier estrainge pris prisounniers, et
tout li Franchois qui layens furent trouvet, mis à mort sans merchy.
Et encorres dounna et abandounna li dis dus le castiel de Chamerollez
à chiaux de Chartres et dou pays de Biausse, liquel l’abatirent et
arasèrent toutte à l’ounie terre, pour tant qu’il leur avoit fais trop
de contraires.

Puis se departi li dus et toutte li hos de là, et s’en vint devant
Drue, un castiel seant en Biausse. Si le prist par forche et par
assault et mist à fin le plus grant partie de chiaux de dens, et puis
s’en vinrent devant Preus. Si l’asegièrent et l’environnèrent, et
y livrèrent pluisseurs assaux ainschois que il le pewissent avoir.
Finablement, chil de dens se rendirent, sauve leurs corps, et riens dou
leur n’en portèrent. Et quant li dus eut le saisinne dou dit castiel de
Preus, il le dounna à un chevalier c’on noummoit dou Bos Ruffin, qui
le fist remparer et ordounner bien et à point, et en fist une bonne
garnison pour le tenir et garder bien et à point contre les ennemis.

Depuis le concquès dou castiel de Preux, s’en vint li dus de
Bourgoingne à Chartres pour lui rafreschir et ses gens, et regarder
quel part il se trairoient. Quant il eurent là estet environ cinq
jours, si se traissent devant le castiel de Couvay, qui estoit tous
plains de Navarois et de pillars. Et jura li dis dus de Bourgoingne
qu’il ne s’en partiroit, si l’aroit concquis, et fist lever et drechier
par devant huit grans enghiens qui nuit et jour jettoient à le
fortrèche, et travilloit ciaux de dedens.

En ce tamps que li dus de Bourgoingne faisoit ces sièges et ces
chevauchies en Biausse contre et sus les Navarois et, d’autre part, que
messires Bertrans de Claiequin, à toutte une grande route de Bretons et
de Pickars, se tenoit viers Chierebourch et vers Constentin, en le cité
de Coustansse, par quoy nulle assamblée de Navarrois ne se pewist là
faire, qui empeçassent le dit duc de Bourgoingne à faire ses sièges et
ses cevauchies, que il n’alaissent au devant, estoit messires Loeis de
Navarre en le basse Auvergne et sus les marches de Berri, qui essilloit
et travilloit le pais malement. D’autre part, chil qui estoient en le
Charité sus Loire, couroient, enssi qu’il leur plaisoit, une heure
par delà le Loire, l’autre jour par de dechà, et faisoient moult de
destourbiers au pays. Ensi estoit li royaummes gueriiés de pluisseurs
lés, ne nuls n’osoit aller adonc pour les pilleurs qui se nommoient
Navarois, entre le Charité et Bourghes, ne entre Bourges et Orliiens,
ne entre Orliiens et Blois, ne entre Blois et Thours, ne tout sus celle
marche.

Et vous di que, dedens le comté de Blois, avoit si grant fuison de
pilleurs et de robeurs, qu’il couroient tous les jours jusques as
portes de Blois, quant ungs bons escuiers de Haynnau, qui s’appelloit
Allars de Donscievène, y vint de par le comte Loeys de Blois. Chils
emprist le gouviernement dou pays et le trouva durement empeschiet,
quant il y vint premierement. Si y fist sus les ennemis dou pays
maintes belles chevauchies et maintes appertisses d’armes. Et eut
mainte belle aventure sus yaux et en fist tammaint morir par ses
hardies emprises, et en delivra toutte la ditte comté de Blois. Et fist
tant par ses proèches, que il en chei grandement en le grasce et en
l’amour dou roy de Franche, et y devint chevaliers.

Or nous retrairons au siège de Couvay, que li dus de Bourgoingne
avoit assis. Et tant le constraindi par assaux d’enghien et d’autres
instrummens qu’il desrompi les murs et les tours. Et se coummenchièrent
chil dedens durement à esbahir, et vinrent deviers leur cappittainne
c’on appelloit Jaquefort, et estoit englès. Si le priièrent qu’il
volsist traitier au duc de Bourgoingne que courtoisement les laisast
passer, sauve leurs corps seullement. Chilx en traita as marescaux de
l’ost, monsigneur Boucicau et monsigneur Jehan de Vianne; mès li dus ne
volt point faire, s’il ne se rendoient simplement. Quant chil de Couvay
virent qu’il ne poroient finner au duc de Bourgoingne, si n’en furent
mie plus aise. Toutesfois, il se tinrent depuis ung grant temps.

Or avint que li roys de Franche escripsi deviers son frère le duc de
Bourgoingne, que, ces lettres veuwes, il se delivrast dou plus tost
qu’il pewist, et s’en revenist arière en Franche et en Bourgoingne,
à tout che que il avoit de gens d’armes, car li comtes de Montbliart
estoit entrés en Bourgoingne à plus de douze cens lanches, et li
ardoit et destruisoit son pays. Quant li dus de Bourgoingne entendi
ces nouvelles, si fu mout courouchiez, che fu bien raisons et laissa,
parmy tant c’on le remandoit, chiaux de Couvay finer plus douchement,
et se partirent sauve leurs corps, enssi que premiers avoient tretiet,
et rendirent le fortrèce, mès riens n’en portèrent. Quant li dus en
eut pris le saisinne et le possession, il s’en parti et s’en revint o
toutte son ost à Chartres, et assés tost apriès, à Paris. Et carga ses
gens au comte d’Auchoire, au signeur de Biaugeu et à monsigneur Loeys
de Chalon, et puis s’en vint en Brie deviers le roy, son frère, qui le
rechupt liement, à Vaus la Comtesse où il se tenoit adonc.

Si ne sejourna gairez là li dus, mès s’en parti et s’achemina vers
Troiez, et fist une especiaux priière à touttes gens d’armes,
chevaliers et escuiers, que il volsissent venir et traire deviers
Digon. Si en assambla et eut li dus grant fuisson. Quant li comtes de
Montbliart entendi les nouvellez que li dus de Bourgoingne venoit si
efforciement contre lui, si n’eut mie consseil de l’atendre, et se
retraist à touttes ses gens en Alemaigne, dont il estoit. Et quant li
dus de Bourgoingne le sceult, si chevauça avant et delivra son pays
d’aucuns pilleurs et robeurs qui s’i tenoient, dont messires Jehans
de Caufour estoit chiés. Si y laissa monsigneur Oede de Grantsi à
gouvreneur, et puis si s’en revint en Franche. Fºs 133 vº et 134.

P. 141, l. 17: cuvriiés.--_Mss. A 6, 7_: ennuyez.--_Mss. A 8, 15_:
guerroiez.

P. 141, l. 21: sur aultre.--_Ms. A 8_: l’une sur l’autre.

P. 141, l. 23: Drue[s].--_Ms. A 8_: Druez.--_Ms. A 15_: Dreux. Fº 276
vº.

P. 141, l. 31: corps.--_Mss. A 8, 15_: vies.

P. 142, l. 6: remparer.--_Ms. A 8_: reparer.

P. 142, l. 8: souffissamment.--_Ms. A 8_: à point.--_Ms. A 15_:
seurement.

P. 142, l. 13: Couvai.--_Mss. A 7, 8_: Connay.--_Ms. A 17_: Cougnay. Fº
316.

P. 142, l. 15: pour tant se prendoit.--_Mss. A 8, 15_: pour ce se
penoit. Fº 252 vº.

P. 142, l. 27: cil siège.--_Ms. A 8_: cil sage siège.

P. 143, l. 4: Montbliar.--_Mss. A 8, 15_: Montbeliart.

P. 143, l. 5: par devers.--_Le ms. A 15 ajoute_: Othun et. Fº 277.

P. 143, l. 10: y besongnoit.--_Mss. A 8, 15_: lui estoit mestier.

P. 143, l. 14 et 15: pensieus.--_Mss. A 8, 15_: pensis.--_Ms. A 17_:
melancolieux.

P. 143, l. 30: d’Arcies.--_Mss. A 2, 11 à 14, 17 à 19_:
d’Acières.--_Ms. A 23_: d’Artres.--_Ms. A 15_: d’Orties.

P. 144, l. 4: Sansoirre.--_Ms. A 8_: Sancerre.

P. 144, l. 19: Vregi... Grantsi.--_Ms.P3 Mss. A 8, 15_: Vergy...
Grancée... Grancy.

P. 144, l. 21: Bourgongne.--_Mss. A_: Boulongne.


§ =528=. Entrues.--_Ms. d’Amiens_: Quant li dus de Bourgoingne fu
revenus en Franche avoecq ses gens d’armes, si fu ordounnés de par le
roy qu’il s’en alast par devant le Charité sus Loire et y mesist le
siège; car li Navarrois qui dedens estoient en garnison, faisoient trop
de maux ou pays. Si se traist li dus de Bourgoingne de celle part à
grant fuison de gens d’armes, et mist le siège par devant le Carité sus
Loire. Là estoient avoecq lui li comtes d’Auchoire et Loeis d’Auchoire
qui fu là fès chevaliers, et messires Robiers d’Allenchon qui fu ossi
là fez chevaliers à une escarmuche qui fu devant les baillez, li sires
de Fiennes, connestables de Franche, messires Loeys de Sanssoire,
messires Ernoulx d’Audrehen, marescal de Franche, monseigneur
Bouchicau, le seigneur de Cran, le seigneur de Sulli, le Bèghe de
Villainnez, le castellain de Biauvais, le seigneur de Montagut,
d’Auvergne, et monseigneur Robert Dauffin, le seigneur de Villars et
de Roussellon, le seigneur de Calenchon, le seigneur de Tournon et
grant fuisson d’autres. Là eult par devant le Charité sus Loire grant
siège et bel, et grant fuison de bonne chevalerie. Et y avoit souvent
assaut et escarmuches, car chil de dedens se tenoient et deffendoient
vaillamment.

Encorrez se tenoient messires Jehans de le Rivierre et li sires de
Castellon et li autre chevalier par devant Ewrues, et estoient tenu
tout le temps; et l’avoient souvent fait assaillir, mès petit y avoient
conquis, car la chité estoit durement remforchie. Si les remanda li
roys de Franche qu’il se partesissent d’illuecq et venissent devant le
Carité. Si obeirent au roy, et fu deffais li sièges de devant Ewrues.
Ossi messires Bertrans de Claiekin, qui se tenoit en Constentin à
grant fuison de gens d’armes, se parti d’illuec par l’ordonnance dou
roy de France et s’en vint devant le Carité. Si se logièrent tout chil
seigneur avoecq le duc de Bourgoingne, et y avoit bel host et grant. Si
y assaillirent li Franchois par pluisseurs fois, et y fissent maintes
bellez appertisses d’armes, tant par le rivierre comme par le terre, et
furent là tout l’aoust et le mois de septembre ou priès. Finablement,
chil qui estoient dedens regardèrent que leurs pourveanches estoient
admenries grandement, et n’estoit mies apparant qu’il fuissent comforté
de nul costé, car messires Loeys de Navarre s’estoit retrais. Pour
chou traitièrent il au duc de Bourgoingne que de rendre le Charité,
sauve leurs corps et leurs biens. Li dus ne s’i volloit assentir s’il
ne se rendoient simplement, et segnefia le traitiet au roy de Franche,
assavoir qu’il en volloit dire et faire. Fº 134.

P. 145, l. 3: Moriel.--_Ms. A 15_: Moreau. Fº 277.

P. 145, l. 23: lances.--_Le ms. A 15 ajoute_: tous.

P. 146, l. 10: deux mil.--_Ms. A 15_: trois mil.

P. 146, l. 15: prendre priès.--_Mss. A 8, 15 à 17_: pener. Fº 253 vº.

P. 146, l. 27: ces.--_Le ms. A 17 ajoute_: bons. Fº 317.

P. 146, l. 28: besongne.--_Mss. A 8, 15 à 17_: besoing.--_Ms. A 7_:
besoigne.


§ =529=. On voet.--_Ms. d’Amiens_: Or estoit adonc en Franche et
dallés le roy messires Charles de Blois, qui avoit relevet le ducé de
Bretaingne et fait ent hoummaige au roy, et requeroit et prioit au roy
et à son consseil qu’il fuist aidiez et confortés de gens d’armes à
l’encontre dou jonne comte de Montfort, qui li faisoit grant guerre en
Bretaingne et seoit devant le bon et le bel castiel d’Auroy, à grant
fuisson de gens d’armes, englès et bretons. Et par raison bien estoit
li roys de Franche tenus de lui aidier, ens ou kas qu’il le tenoit
en foy et en hoummaige de lui. Et ossi jadis li roys Phelippes, ses
tayons, et li roys Jehans, ses pères, li avoient toudis aidiet à faire
sa guerre. Dont li roys Carles eut consseil et vollenté que d’aidier
monsigneur Carle de Blois, son cousin, qui bellement l’en prioit et
requeroit, et li dist qu’il se traisist en son pays de Bretaingne et
semonsist et assamblast tous les barons et chevaliers de Bretaingne,
car temprement il li envoieroit grant fuison de gens d’armes pour estre
fors assés contre le comte de Montfort. Si se parti messires Carles de
Blois dou dit roy et s’en vint à Nantes, et fist là son mandement de
tous les barons et les chevaliers de Bretaingne dont il avoit l’amour
et l’acord. Entroes seoit on devant le Carité sus Loire, siques, pour
monseigneur Carlon de Blois aidier et comforter de gens d’armes, li
roys laissa passer che tretiet de le Charité. Et s’en partirent chil
qui dedens estoient, sans dammaige de leurs corps et de leurs biens, et
se deffist li sièges, et s’en revint li dus de Bourgoingne deviers le
roy. Fº 134.

P. 147, l. 1: voet.--_Ms. B 3_: peut. Fº 266 vº.--_Ms. B 4_: veult. Fº
253.--_Mss. A_: vouloit.

P. 147, l. 5: apressés.--_Mss. A 15 à 17_: oppressez. Fº 317.

P. 147, l. 5: rivière.--_Le ms. A 17 ajoute_: en tèle manière.

P. 147, l. 10: dou roy.--_Le ms. A 17 ajoute_: de Navarre.

P. 147, l. 24: Navare.--_Le ms. A 17 ajoute_: point.

P. 147, l. 25: li dus.--_Le ms. A 17 ajoute_: de Bourgongne.


§ =530=. Li rois de France.--_Ms. d’Amiens_: Adonc ordounna li roys [de
Franche] que messires Bertrans de Claiequin s’en alla[st] en Bretaingne
à tout une grant armée de combatans, et aidast monseigneur Carlon de
Blois à lever le siège de devant Auroy et à reconcquerre le pays que li
comtes de Montfort tenoit. Che voiaige emprist li dis messires Bertrans
moult vollentiers, et se traist deviers Bretaingne au plus tost qu’il
peult, à grant fuisson de gens d’armes de Franche, de Normendie et de
Pikardie. Ces nouvelles vinrent en l’ost le comte de Montfort, que
messires Carles de Blois faisoit un grant amas de gens d’armes et en
menoit grant fuison de Franche, que li roys li envoieoit et desquels
messires Bertrans de Claiequin et li comtes d’Auchoire et li comtes de
Joni estoient chief.

Si tost que li comtes de Montfort entendi ces nouvelles, il les senefia
fiablement en la ducé d’Acquitainne, especialment devers monsigneur
Jehan Cambdos, en li priant chierement que à ce grant besoing il le
vosist venir comforter et conssillier, et qu’il apparoit en Bretaingne
uns biaux fais d’armes auquel tout signeur, chevalier et escuier, pour
leur honneur avanchier, devoient vollentiers entendre. Quant messires
Jehans Camdos se vit priiés si affectueusement dou comte de Montfort,
si s’avisa qu’il ne li faudroit mie et que ce seroit bien li acors
et li vollentés dou roy d’Engleterre et dou prinche de Galles, ses
seigneurs, qui ont toudis fait partie pour le dit comte à l’encontre
de monseigneur Carle de Blois et des Franchois. Si se pourvey messire
Jehans Cambdos bien et grandement, et queilla tous les compaignons
qu’il peut avoir, Englès et autres, et vint en Bretaingne devant Auroy
à plus de trois cens combatans. D’autre part, revint messires Ustasses
d’Aubrecicourt, qui en estoit ossi priiés, ad ce qu’il peut avoir de
gens. Et ossi revint messires Gautiers Hués en l’ayde dou comte de
Montfort. Si vinrent pluisseur autre chevalier et escuier englès, qui
tiroient et desiroient leurs corps à avancier et à yaulx combattre as
Franchois; car il estoient povre et avoient tout despendut. Si en vint
plus de cinq cens, sus le fianche de ce que on se combateroit, et se
presentèrent ou service le comte de Montfort, de bonne vollenté, qui
les rechupt liement et vit mout vollentiers. Et ossi li revenoient
tous les jours gens d’Angleterre, où li dis comtes avoit envoiiet ses
messaiges et estendus ses priières. Quant Englès et Breton en l’ayde
dou comte de Montfort furent tout assamblet, il estoient bien seize
cens combatans et sept cens archiers, sans l’autre ribaudaille qui
vont à piet entre les batailles et qui ochient chiaux que les gens
d’armes abatent. Fº 134.

P. 148, l. 19: Normendie.--_Le ms. A 17 ajoute_: contre Anglois et
Navarois. Fº 317 vº.

P. 148, l. 20: et.--_Mss. A 6, 8, 15 à 17_: à. Fº 254.

P. 148, l. 23: moult.--_Ms. A. 8_: grandement.--_Ms. A 15 ajoute_:
grandement.--_Ms. A 17_: tout.

P. 148, l. 24: son.--_Le ms. A 17 ajoute_: vray et.

P. 148, l. 25: Bretons.--_Mss. A_: gens.

P. 148, l. 26: devers.--_Le ms. A 17 ajoute_: la bonne ville de.

P. 148, l. 29: frontière.--_Ms. A 8_: siège. Fº 254.

P. 149, l. 4: venus.--_Le ms. A 17 ajoute_: à son aide.

P. 149, l. 6: li grigneur.--_Mss. A 8, 15 à 17_: la meilleur.

P. 149, l. 7: tout.--_Mss. A 8, 15 à 17_: en.

P. 149, l. 9: pour.--_Ms. A 17_: ordonnèrent.

P. 149, l. 11: Montfort.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: qui se tenoit
devant.

P. 149, l. 11: ne demorèrent lons jours.--_Mss. A 8, 15 à 17_: ne
demoura guerres. Fº 254.

P. 149, l. 13: d’Auçoirre.--_Le ms. B 6 ajoute_: qui pour che tamps
estoit en grant fleur. Fº 637.

P. 149, l. 13: Joni.--_Mss. A 15 à 17_: Joingny.

P. 149, l. 14: Friauville.--_Ms. A 8_: Freauville.--_Ms. A 15_:
Frainville.

P. 149, l. 21: l’ayde.--_Ms. A 17_: le grant aide.

P. 149, l. 22: des.--_Le ms. A 17 ajoute_: grans.

P. 149, l. 29: apparoit.--_Mss. A 6, 8, 15 à 17_: esperoit. Fº 254.

P. 150, l. 6: l’ocquison.--_Ms. A 7_: l’occoison. Fº 256.--_Mss. A 8,
15 à 17_: l’occasion. Fº 254 vº.

P. 150, l. 10 et 11: d’Acquitainnes.--_Le ms. A 17 ajoute_: moult
aimablement.

P. 150, l. 13: otant.--_Ms. A 17_: quatre cens.

P. 150, l. 21 et 22: compagnie.--_Le ms. B 6 ajoute_: Sy i vinrent
messire Robert Canolle en grant compaignie, ossy Hues de Cavrelée,
messire Gautier Hués, messire Mahieu de Gournay, messire Jehan le
Boursier, messire Symon Burlé et pluiseurs aultres, et s’en vinrent
tout au siège devant Auroy, et tous les jours leur croissoient gens. Fº
638.

P. 150, l. 27 à 30: Si estoient... arciers.--_Ms. B 6_: et tant que il
(les partisans de Charles de Blois) estoient bien dix huit cens lanches
de très bonnes gens, et le conte de Montfort en avoit bien onze cens
lanches. Fº 639.

P. 150, l. 28: combatans.--_Mss. A 15 à 17_: lances.


§ =531=. Nous revenrons.--_Ms. d’Amiens_: Or revenrons à monsigneur
Carlon de Blois qui se tenoit en le bonne cité de Nantes, et faisoit
son amas et sen assamblée de chevaliers et d’escuiers de tous lés là
où il les pooit avoir, car bien avoit oy recorder que li comtes de
Montfort estoit durement fors et bien comfortés d’Englès. Si prioit les
barons, les chevaliers et les escuiers de Bretaingne, dont il avoit
euv et recheu les hoummaiges, qu’il li volsissent aidier à deffendre
et garder son hiretaige contre ses ennemis. Si vinrent des barons de
Bretaingne, pour lui servir et à son mandement: li viscomtez de Rohen,
li sirez de Lyon, messires Carles de Dignant, li sires de Rays, li
sires de Rieus, li sires de Tournemine, li sires de Malatrait, li sires
de Rochefort, li sires d’Ansenis, li sires de Gargoulé, li sires de
Lohiac, li sires d’Avaugor et li sires de Qui[n]tin. Tout chil baron de
Bretaigne estoient avoecq monsigneur Carlon de Blois, et le tenoient
à duc et à seigneur de par medamme se femme, et li avoient tout fait
fealté et hoummaige. Encorres y avoit grant fuisson de chevaliers
bachelers et d’escuiers, qui estoient là venu pour servir leur
seigneur et leurs cors advanchier. Si se logièrent tout chil seigneur
à Nantez. Assés tost apriès, vint messires Bertrans de Claiequin, li
comtez d’Auchoire, li comtes de Joni, li sires de Prie et grant fuison
de bons chevaliers et escuiers de Franche. Et estoient plus de mil
combatans, toutte gens d’eslite, lesquelx messires Carles de Blois vit
très vollentiers, et les rechupt liement, et conjoy grandement messire
Bertran de Claiequin et les corps des seigneurs.

Quant les hos et les gens monsigneur Carlon de Blois furent touttes
assamblées, il ne veurent point faire trop lointaing sejour à Nantes
ne illuecq environ; mès prisent congiet à madamme la femme monsigneur
Carlon de Blois, qui leur donna liement et dist à son marit, present
les barons de Bretaigne: «Monsigneur, vous allés deffendre et garder
mon hiretaige et le vostre, car ce qui est mien est vostre, lequel
messires Jehans de Montfort nous empèce et a empechiet ung grant temps
à tort et sans cause, che scet Dieux et li baron de Bretaingne qui chy
sont, coumment j’en sui droiturière hiretière. Si vous pri chierement
que, sus nulle composition ne tretiet d’acort, ne voeilliés descendre
que li corps de la duché ne nous demeure.» Et li chevaliers messires
Carles de Blois li eut en couvent que ossi ne feroit il. Adonc le baisa
il et prist congiet, et le damme moult bellement li donna congiet
et à tous les barons de Bretaingne ossi, l’un après l’autre. Si se
departirent de Nantes et de là environ touttes mannierres de gens,
et prissent le chemin de Rennes. Tant s’esploita li hos monseigneur
Charlon de Blois qu’il vinrent à Rennes, et là se reposèrent et
rafreschirent deus jours. Fº 134 vº.

P. 151, l. 1: revenrons.--_Mss. A 6, 8, 15 à 17_: retournerons.

P. 151, l. 10: son.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: droit.

P. 151, l. 15: Malatrait.--_Mss. A 15 à 17_: Malestroit. Fº 279.

P. 151, l. 16: li sires de Rocefort.--_Ms. A 15_: monseigneur de Loheac.

P. 151, l. 17: Gargoulé.--_Mss. A 15 à 17_: Gargolay.

P. 151, l. 17: dou Pont.--_Ms. A 15_: le seigneur de Viezpont.--_Le ms.
A 17 ajoute_: monseigneur Olivier de Mauny. Fº 318 vº.

P. 151, l. 18: d’aultres.--_Le ms. A 17 ajoute_: bons chevaliers.

P. 151, l. 21: vingt cinq cens lances.--_Ms. B 6_: neuf cens lanches et
cinq cens archiers et mille hommes de piet parmy les pillars. Fº 640.

P. 151, l. 23: lontain.--_Mss. A_: long.

P. 151, l. 30: hiretage.--_Le ms. A 17 ajoute_: de Bretaingne.

P. 152, l. 3 et 4: sus nulle... descendre.--_Ms. A 7_: à nulle...
descendre. Fº 256 vº.--_Mss. A 6, 8_: nulle... faire ne descendre. Fº
254 vº.--_Mss. A 15 à 17_: faire ne condescendre.

P. 152, l. 5: ducé.--_Le ms. A 8 ajoute_: de Bretaingne. Fº 255.

P. 152, l. 6: couvent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: convenant.

P. 152, l. 6 à 14: Adonc se parti... ennemis.--_Ms. B 6_: Che samedy
se partirent de le ville de Dignant en Bretaigne messire Charle de
Blois et sa route, et chevauchèrent vers Auroy et se vinrent logier as
plains camps de haulte nonne à une petitte lieuwe d’Auroy et de leurs
ennemis. Fº 640.

P. 152, l. 11: Rennes.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 22_: Vennes.

P. 152, l. 13: couvenant.--_Mss. A 8, 15 à 18_: couvine.

P. 152, l. 14: ennemis.--_Les mss. A 11 à 14 ajoutent_: et aviser aucun
lieu souffisant pour combatre leurs ennemis, ou cas qu’ilz trouveroient
tant ne quant de leur avantage sur eulx. Et là furent dites et
pourparlées pluseurs paroles et langages, à cause de ce, des chevaliers
et escuiers de France et de Bretaigne qui là estoient venus pour aidier
et conforter messire Charles de Blois qui estoit moult doulz et moult
courtois, et qui par adventure se feust voulentiers condescendu à paix
et eust esté content d’une partie de Bretaigne à peu de plait. Mais,
en nom Dieu, il estoit si boutez de sa femme et des chevaliers de son
cousté, qu’il ne s’en povoit retraire ne dissimuler.


§ =532=. Entre Rennes.--_Ms. d’Amiens_: Entre Rennes et Auroi, où
li sièges des Englès estoit, a huit lieuwes. Les nouvelles en l’ost
englesce vinrent que messire Carles de Blois aprochoit durement et
amenoit droite fleur de gens d’armes, et estoient bien vingt cinq cens
lanches, chevaliers et escuiers, et plus de trois mil d’autres gens
à mannierre de bringans. Si tost que ces nouvelles furent venues en
l’ost, elles s’espardirent partout. Si coummenchièrent chil compaignon
à remettre leurs armures à point et à reparer et ordounner tout leur
harnas, car bien savoient qu’il se combateroient, et li pluisseur ossi
en avoient grant desir. Adonc se traissent à consseil les cappittainnes
de l’host: li comtes de Montfort premierement, messires Jehans Camdos,
par qui tout s’ordonnoit, messires Robers Canolles, messires Oliviers
de Clichon, messires Ustasses d’Aubrecicourt, messires Gautiers Huet
et messires Hues de Cavrelée. Si regardèrent chil chevalier, par le
consseil et avis li uns de l’autre, qu’il se trairoient au matin hors
de leurs logeis et prenderoient tierre et place sour les camps, et
l’aviseroient de tous asens, pour mieux avoir ent le connissanche.
Si fu enssi segnefiiet parmy leur host que chacun fust à l’endemain
appareilliés et mis en aroy, si comme pour combattre. Ceste nuit
passa. L’endemain vint, qui fu par un samedi, que Englès et Bretons
yssirent hors de leurs logeis et s’en vinrent moult faiticement et
moult ordonneement enssus dou castel, et prissent place et terre, et
dissent que là atenderioent il leurs ennemis. Droitement enssi que
environ primme, messires Carles de Blois et toutte sen host vinrent,
qui s’estoient parti le venredi de le cité de Rennes, et avoient celle
nuit jut à troix lieuwes priès d’Auroi. Si estoient les gens monsigneur
Charlon de Blois le mieux ordounné et le plus faiticement que on peuist
veoir ne deviser, et chevauchoient ossi serré que on ne pewist jetter
ung estuef qu’il ne cheist sus pointe de glave ou sur bachinet. Et
venoient en cel estat tout le pas, chacuns sires avoecq ses gens et
desoubz se bannierre. Si trestost qu’il virent les gens le comte de
Montfort, il s’arestèrent tout quoy et regardèrent et advisèrent terre
et place à l’avantage, pour yaux traire. Si se missent de ce costé, le
visaige viers les ennemis et tout à piet, car il veoient ossi leurs
ennemis en tel estat, et ordonnèrent leurs batailles li ung et li
autre, enssi que pour tantost combattre. Fºs 134 vº et 135.

P. 152, l. 15: Rennes.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 22_: Vennes.

P. 152, l. 22: joiant.--_Mss. A_: joyeux.

P. 152, l. 30: conseil.--_Le ms. A 17 ajoute_: les Anglois et Bretons
et aussi le dit conte.

P. 153, l. 1: Cavrelée.--_Mss. A 15 à 17_: Carvalay.

P. 153, l. 2: Hués.--_Ms. A 17_: de Manny.

P. 153, l. 8: avoir ent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: en avoir.

P. 153, l. 14: logeis.--_Mss. A 6, 8, 15 à 17_: boys. Fº 255.

P. 153, l. 15: ensus.--_Mss. A 6, 8, 15 à 17_: arrière.

P. 153, l. 18: que entours.--_Mss. A 15 à 17_: comme à.

P. 153, l. 22: [d’Auroy].--_Ms. B 1_, t. II, fº 195 vº: d’yaus.
_Mauvaise leçon._

P. 153, l. 24: couvenant.--_Mss. A 8, 15 à 17_: couvine.

P. 153, l. 26: estuef.--_Les mss. A ajoutent_: entre eulz. Fº 257.

P. 153, l. 30 et 31: desroyer.--_Mss. A 8, 17_: desreer.

P. 154, l. 4: couvenant.--_Mss. A 8, 15 à 17_: couvine.


§ =533=. Messires.--_Ms. d’Amiens_: Messires Carles de Blois, par
le consseil de monseigneur Bertran de Claiequin, qui estoit là
ungs grans chiés et mout creus et alosés des barons de Bretaingne,
ordounna ses batailles et en fist troix et une arieregarde. Si me
samble que messires Bertrans eult la première, avoecq grant fuison
de bons chevaliers et escuiers de Bretaingne. La seconde eut li
comtes d’Auçoire, li comtes de Joni, avoecq grant fuison de bons
chevaliers et escuiers de Franche. La tierce eut messires Carlez
de Blois, avoecq pluisseurs haux barons de Bretaingne, le viscomte
de Rohem, le seigneur de Lion, monseigneur Carle de Dinant et des
autres qui se tenoient dallés lui. En l’arieregarde estoient li
sires de Rais, li sires d’Avaugor, li sires dou Pont et li sirez de
Tournemine. Si avoit en chacune bataille bien mil combatans. Là alloit
messires Carles de Blois, de bataille en bataille, priier et amonester
chacun moult bellement qu’ils volsissent y estre loyal et preudomme
et bon combatant, et retenoit que c’estoit sus son droit qu’il se
combatoient. Si liement et si doucement les prioit et amonestoit, que
chacuns en estoit tous recomfortés. Et li disoient de grant vollenté:
«Monseigneur, ne vous doutés, car nous demorrons dallés vous.» Or vous
parlerons dou couvenant des Englès et des Bretons de l’autre costet, et
comment il ordonnèrent leurs batailles. Fº 135.

P. 154, l. 8: chiés.--_Ms. A 17_: capitaine.

P. 154, l. 8: alosés.--_Mss. A 6, 8, 15 à 17_: louez.

P. 154, l. 15: grigneur.--_Mss. A 8, 15 à 17_: meilleur.

P. 154, l. 19: Malatrait.--_Le ms. A 15 ajoute_: monseigneur de
Tournemine. Fº 280.

P. 154, l. 20: aultre.--_Le ms. A 17 ajoute_: barons, chevaliers et
escuiers que je ne sçay pas touz nommer.

P. 154, l. 21: Rieus.--_Le ms. A 15 ajoute_: le sire de Quintin, le
sire de Combour, le seigneur de Rochefort et plusieurs autres. Fº 280.

P. 154, l. 27: retenoit.--_Ms. A 17_: prenoit.

P. 154, l. 30: avoient tout en couvent.--_Ms. A 8_: avoient
promis.--_Mss. A 15 à 17_: promistrent.


§ =534=. Messires Jehans.--_Ms. d’Amiens_: Messires Jehans Camdos, qui
estoit cappitainnes et regars et souverains dessus yaux tous, quoyque
li comtez de Montfort en fuist chiés, car li roys englès li avoit enssi
escript et mandet que souverainnement il entendesist à son fil le comte
de Montfort, prisoit durement en coer et à ses gens ossi l’ordounnance
et l’aroy des Franchois, et veoit bien, se combattre les couvenoit,
enssi qu’il esperoit bien que che feroit, qu’il ne l’aroient mies
d’avantaige. Et disoit enssi messires Jehans Camdos que oncques en sa
vie il n’avoit veu gens mieux arés, ne en si couvignable couvenant
que li Franchois estoient. Si se vot ordounner seloncq chou et fist
trois batailles et une arieregarde, et mist en le premierre monseigneur
Robert Canolle, monseigneur Gautier Huet et monseigneur Richart Burlé;
en le seconde, monseigneur Olivier de Clichon, monseigneur Mahieu de
Gournay et monseigneur Ustasse d’Aubrecicourt. La tierce, il ordounna
au comte de Montfort, et demoura dallés lui. Et avoit en chacune
bataille cinq cens hommes d’armes et trois cens archiers.

Quant ce vint sus l’arrierregarde, il appella monseigneur Hue de
Cavrelée et li dist ensi: «Messire Hues, vous ferés l’arrieregarde et
arés cinq cens combatans, et vous tenrés sus elle et recomforterés
nos batailles là où vous les verrés branler: et ne vous partirés ne
bougerez de vostre establissement pour cose qui aviegne, s’il ne
besoingne, fors en l’estat que je vous ai dit.» Quant li chevaliers
entendi messire Jehan Camdos, si fu mout courouchiés et respondi en tel
manière: «Sire, sire, bailliés ceste arrieregarde à ung autre c’à moy,
car je ne m’en quier ja à ensonniier; mès en quelle manierre m’avés
vous desveu que je ne soie ossi bien tailliés de moy combattre tout
devant et des premiers ossi bien c’uns autrez?» Dont respondi messires
Jehans Camdos moult aviseement et dist: «Messire Hue, messire Hue, je
ne vous estaublis mie en l’arrieregarde pour cose que vous ne soiiés
ossi bons chevaliers et ossi seurs que nulx qui soit sour le place.
Et say bien que très vollentiers vous vos combateriés des premiers;
mès je vous y ordounne pour tant que vous estez ungs sages et avisés
chevaliers, et se couvient que li ungs y soit et le face. Si vous pri
chierement que vous le voeilliés faire, et je vous ay en couvent, se
vous le faittez, nous en vaurons mieux et y acquerrons haute honneur.
Et le première priière et requeste, quelle qu’elle soit, je le vous
acorderay.» Encorres s’escuza li chevaliers et dist: «Sire, ordounnés
y ung autre, car je me voeil combattre tout des premiers.» De ceste
responsce fu messires Jehans Camdos moult courouchiés, et le reprist
et dist: «Messire Hue, or regardés et eslisiés. Ou il couvient que
vous y allés et le fachiés, ou il couvient que je y voise et le fache.
Et par ma teste, se je ne quidoie que honneurs et prouffis ne nous en
deuist venir de vous plus que d’un aultre, je ne vous en requerroie
ja.» Quant messire Hue de Cavrelée se vit si constrains et apressés de
monsigneur Jehan Camdos, si ne l’oza courouchier ne plus escondire,
et dist: «Sire, sire, ce soit ou nom de Dieu et de saint Jorge, et je
l’emprench volentiers.» Dont prist messires Hues de Cavrelée ceste
bataille, et se traist tout enssus des autres sus elle et se mist en
bonne ordounnanche. Fº 135.

P. 155, l. 5: quoique.--_Ms. A 17_: non contrestant que Fº 320.

P. 155, l. 9: il.--_Ms. A 17_: le comte de Montfort.

P. 155, l. 11: aucuns.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: bons.

P. 155, l. 13: couvenant.--_Ms. A 15_: couvine.

P. 155, l. 15: hui.--_Ms. A 17_: aujourd’ui.

P. 155, l. 23: entente.--_Mss. A 1 à 6, 8, 15 à 17_: entencion.

P. 155, l. 30: Richart Burlé.--_Ms. A 17_: Thomas Brulé. Fº 320 vº.

P. 156, l. 4: trois cens.--_Ms. A 17_: quatre cens.

P. 156, l. 5: Cavrelée.--_Ms. A 15 à 17_: Carvallay.

P. 156, l. 7: cinq cens.--_Ms. B 6_: trois mille. Fº 644.

P. 156, l. 8: vo.--_Mss. A_: vostre.

P. 156, l. 10: besongne.--_Mss. A 8, 15 à 17_: besoing.

P. 156, l. 10: ouvrent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: euvrent.

P. 156, l. 17 et 18: ensonniier.--_Mss. A 8, 15 à 17_: embesoingnier.

P. 156, l. 18: chiers.--_Mss. A 15 à 17_: beau.

P. 156, l. 19: estat.--_Le ms. A 17 ajoute_: ne en quel lieu ou place.
Fº 321.

P. 156, l. 19: desveu.--_Ms. A 17_: veu deffaillir.

P. 156, l. 25: bons.--_Ms. A 17_: meilleurs.

P. 156, l. 29: li uns.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: de nous deux.

P. 157, l. 8: ces.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: nouvelles.


§ =535=. Enssi.--_Ms. d’Amiens_: Ensi ce samedi au matin, qui fu le
huitime jour dou mois d’octembre l’an mil trois cens soissante quatre,
furent ces batailles ordounnées l’une devant l’autre, en ung biau
plain, assés priès d’Auroy en Bretaingne. Si vous di que c’estoit moult
belle cose à veoir et à comsiderer, car on y veoit bannières, pennons
parés et armoiiés moult ricement de tous costés. Et par especial li
Franchois estoient si faiticement et si souffisamment ordonné, que
c’estoit ungs grans deduis dou regarder.

Or vous di que, entroes qu’il ordonnoient et advisoient leurs batailles
et leurs besoingnes, li sires de Biaumanoir, ungs grans barons et rices
de Bretaingne, aloit de l’un à l’autre, traitant et pourparlant de le
pais, car vollentiers l’i euist veut, s’il pewist, et s’en ensonnioit
en bonne manière. Et le laissoient li Englès et li Breton de Montfort
aller et venir et parlementer à monseigneur Jehan Camdos et au comte
de Montfort, pour tant qu’il estoit prisounniers par deviers yaux et
qu’il ne se pooit armer. Si mist, che samedi, maint pourpos et tamainte
parchon avant, pour venir à pès, mès nulle ne s’en fist. Et tint les
batailles en cel estat jusquez à nonne, et prist une souffrance à durer
tout le jour et toutte le nuit et l’endemain jusques soleil levant
entre les deus hos. Si se retraist chacuns à son logeis bellement
et faiticement, et se aisièrent de ce qu’il eurent. Che samedi au
soir, yssi li cappittainne d’Auroy hors dou castiel et de le ville à
quarante armurez de fer, liquels s’appelloit Henris de Sauternelle,
et estoit ungs bons escuiers et qui loyaument s’estoit acquités
enviers monsigneur Carlon de Blois de garder le forterèce d’Auroy.
Si le rechupt li dis messires Carles moult liement, et li demanda
de l’estat dou castiel: «En nom Dieu, monsigneur, dist li escuiers,
Dieu merchi, si sommez encorrez bien pourveu pour le tenir deus mois,
s’il besoigne.»--«Henry, Henry, respondi messires Carlez, demain, se
il plaist à Dieu, serés vous delivrés dou siège ou par accord ou par
bataille.»--«Sire, ce dist li escuiers, Dieux y ait part, qui vous
doinst victore contre vos ennemis!»

Enssi se passa chilx samedis toutte nuit. Et menèrent li Franchois
grant joie et grant revel, et d’autre part ossi fissent li Englès.
Et requissent li aucun compaignon et priièrent moult especialment à
monsigneur Jehan Camdos qu’il ne volsist mie consentir que nus tretiés
ne nulx acors de pès se fesist, car il avoient tout despendu et aleuwet
et estoient povre: si volloient par le bataille ou tout parperdre ou
recouvrer, et messires Jehans Camdos leur eut en couvent. Fº 135.

P. 157, l. 25: plains.--_Le ms. A 17 ajoute_: les autres, en une grant
lande et longue. Fº 321 vº.

P. 158, l. 4: de l’un.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: host.

P. 158, l. 5: l’i euist veu.--_Ms. A 17_: il eust veu certain acord
entr’eulx.

P. 158, l. 23: Sauternelle.-_-Mss. A 3, 15 à 17_: Hauternelle,
Hanternelle. Fº 256 vº.--_Ms. B 6_: Sautrelle. Fº 640.

P. 158, l. 25: lanches.--_Mss. A 15 à 17_: hommes d’armes.

P. 158, l. 29: li chastelains.--_Mss. A 8, 15 à 17_: li escuiers.

P. 159, l. 18: à ce Henri.--_Ms. A 17_: à son escuier.

P. 159, l. 19: nuitie.--_Mss. A 8, 15 à 17_: nuit.

P. 159, l. 24: tout aleuet et.--_Mss. A 8, 15 à 17_: tout le leur.

P. 159, l. 25: parperdre ou recouvrer.--_Ms. A 17_: tout perdre ou tout
gainnier ou au moins aucune chose recouvrer. Fº 322.

P. 159, l. 25: ou.--_Le ms. A 15 ajoute_: aucune chose.

P. 159, l. 26: en couvent.--_Ms. A 15_: en couvenant.--_Ms. A 17_:
encouvenancié.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: et le leur promist ainsi.


§ =536=. Quant ce vint.--_Ms. d’Amiens_: Quant ce vint le diemenche
au matin, chacuns en sen host s’appareilla, vesti et arma. Si dist
on pluisseurs messes en l’ost le dit monsigneur Carle de Blois, et
s’acumenia qui acumeniier vot, et ossi fissent il en l’ost le comte
de Montfort. Ung petit après soleil levant, se retraist chacuns en se
bataille et en son arroy, enssi qu’il avoient estet le jour devant.
Assés tost apriès, revint li sirez de Biaumanoir, qui portoit lez
tretiez et qui vollentiers les ewist acordés, s’il peuist, et s’en
vint premier à chevauchant deviers monsigneur Jehan Camdos, qui yssi
de se bataille et laissa le comte de Montfort, et vint sus les camps
contre le dit seigneur de Biaumanoir pour li faire une briefve response
et pour son corps garder, car il avoit oy dire et jurer les Englès
que, se il venoit plus avant pour tretier ne porter pès ne acort, il
l’ociroient.

Siques, si tost que messires Jehans Camdos peut venir jusques à lui,
il li dist: «Sire de Biaumanoir, sire de Biaumanoir, je vous avisse
que vous ne venés meshui plus avant; car nos gens dient qu’il voellent
combattre et qu’il vous ochiront, s’il vous puevent enclore entre
yaulx. Et dittes à monsigneur Carle de Blois que messires se voelt
combattre et qu’il ne voelt oyr ne entendre à nul tretiet, s’il n’est
plainement dus de Bretagne.» Quant li sires de Biaumanoir entendi
Camdos enssi parler, si fu mout courouchiez et dist: «Camdos, Camdos,
ce n’est mie li entente de monseigneur qu’il n’ait plus grant desir
de combattre, et touttez ses gens, que vous n’aiiés, et ont toudis
eu. Et che que je m’en sui ensonniiés jusc’à ores, je l’ay fait en
espèce de bien et pour tant que je voy, d’un lez et de l’autre, grant
fuison de bonne chevalerie de ce pais qui ne se poront combattre que
grans meschief n’en viegne; et puisqu’il faut qu’il aviegne, Dieus
voeille aidier le droit, car li ungs des deux chiés demourra hui dus de
Bretaigne.»

Adonc s’en retourna il vistement deviers monsigneur Carlon de Blois, et
Camdos deviers le comte de Montfort, qui li demanda tantost quel cose
li sires de Biaumanoir disoit. Et Camdos respondi tout au contraire,
pour li enflammer et courouchier: «Quel cose? Sire, je le vous diray.
Messires Carlez de Blois vous mande que sans raison on tretie ne
parolle de nulle pès; car il demourra ducs de Bretaingne, et n’y
arés riens: ossi nul droit n’y avés de riens avoir, et tout ce vous
remoustr[er]a il tantost par force d’armes. Or en regardez que vous en
voullés faire, se vous vous voullés combattre.»--«Par me foy, dist li
comtes de Montfort, Camdos, oil. Faittez passer avant nos bannières,
ou nom de Dieu et de saint Gorge.» Depuis n’y eut riens tretiet ne
parlementet entre les deux hos; car li sirez de Biaumanoir revint
tantost deviers monseigneur de Blois, et li dist le responce de Camdos
telle que vous avez oye. Dont messires Carles tendi ses mains vers le
chiel, en regraciant Dieu de le belle gent et de le grande chevalerie
qu’il veoit dallés lui, et puis dist: «Passés avant, bannierrez, ou nom
de Dieu et de monsigneur saint Yve.» Fº 135 vº.

P. 160, l. 1: se acumenia... veult.--_Ms. A 8_: se commenièrent
ceulx qui vouldrent. Fº 257.--_Ms. A 15_: s’accommunièrent ceulx qui
vouldrent. Fº 281 vº.--_Ms. A 17_: se acommissèrent tous ceuls qui
vouldrent.--_Le ms. B 6 ajoute_: et puis burent un cop et s’armèrent.
Et se tirèrent tout sur les camps au devant de leurs ennemis ossy
serreement comme on povoit, les lanches contremont et grandes haches
forgies à Paris et ailleurs pendant à leur costé. Et s’en vinrent ensy
tout à piet en une plache au trait de trois arbalestres près de leurs
ennemis. Fº 641.

P. 160, l. 8: à.--_Mss. A_: en.

P. 160, l. 10: vei.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: venir.

P. 160, l. 21: pri.--_Ms. A 15_: avise.

P. 160, l. 29: le painne.--_Mss. A_: la place.

P. 161, l. 2: s’enfelleni.--_Mss. A 8, 15_: s’enfelonni.--_Ms. A 17_:
s’afelonnit.

P. 161, l. 2: courouciés.--_Le ms. A 17 ajoute_: et tant que, se il
eust esté armé comme monseigneur Chandos estoit, pour certain ilz
eussent commencé la bataille. Fº 322 vº.

P. 161, l. 3: monsigneur.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: Charles de
Blois.

P. 161, l. 15: Bretagne.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: aujour d’uy.

P. 161, l. 16: le painne.--_Mss. A 8, 15 à 17_: la place.

P. 161, l. 25: si fisent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: se passèrent.

P. 161, l. 28: grosse.--_Mss. A 8, 15 à 17_: orguilleuse.

P. 162, l. 2: hui.--_Mss. A 8, 15 à 17_: au jour d’ui.

P. 162, l. 2: font.--_Mss. A 6, 8_: distrent.--_Ms. A 17_: le scèvent
bien. Fº 323.

P. 162, l. 4: banières.--_Ms. A 15_: et pennons et toutes manières de.
Fº 282.


§ =537=. Un petit.--_Ms. d’Amiens_: Ung petit devant l’eure de primme,
s’aprocièrent les batailles. Dont ce fu très belle cose à regarder,
si comme je l’oy dire à chiaux qui y furent et qui veu les avoient,
car li Franchois estoient ossi serré et ossi joint que on ne pewist
mies jetter une pomme que elle ne cheyst sus un bachinet ou sus une
lanche. Et portoit chacuns hommes d’armes son glaive droite devant lui,
retaillie enssi que de cinq piés, et une hace forte et dure et bien
acerée, chacuns sus son col ou sus sen espalle. Et s’en venoient enssi
tout bellement le pas, chacuns sirez en son arroi et entre ses gens, et
se bannierre ou se pennon devant lui, enfourmés de savoir quel cose il
devoit faire. Et, d’autre part, li Englès estoient très bien et très
faiticement ordonné.

Si s’asamblèrent premierement li bataille monseigneur Bertran de
Claiequin et li Breton de son lés, à le bataille monseigneur Robert
Canolle et monseigneur Gautier Huet. Et missent li seigneur de
Bretaingne, cil qui estoient d’un lés et de l’autre, les bannierrez des
deus dus l’un contre l’autre, et les autres batailles s’asamblèrent
enssi l’un contre l’autre. Là eut des premiers encontres grans
bouteis des lanches et fort estour et dur. Bien est voirs que li
arcier trayrent de coummenchement, mès leurs très ne greva noyent
as Franchois, car il estoient trop bien armet et fort et ossi bien
pavesciet contre le tret. Si jettèrent cil archier leurs ars jus,
qui estoient fort compaignon et legier, et se boutèrent entre ces
gens d’armes de leur costé, et puis s’en vinrent à ces Franchois qui
portoient ces haces. Si s’aherdoient à yaux de grant vollenté et
tolloient as pluisseurs leurs haces, de quoy depuis se combatirent. Là
eut fait mainte belle appertise d’armes, mainte luite, mainte prise et
mainte rescousse. Et sachiés qui estoit cëus à terre, il estoit fort
dou relever, se il n’estoit trop bien aidiés.

La bataille monseigneur Charle de Blois s’adrecha droitement à le
bataille le comte de Montfort qui estoit forte et espesse. Dallés
monseigneur Carlon de Blois estoient li sires de Lion, messires Carles
de Dinant, li viscomtez de Rohem, li sirez de Qui[n]tin, li sirez
d’Ansenis et li sires de Rocefort, et chacun sires se bannierre devant
lui. Là eut, je vous di, dure bataille et grosse et bien combatue.
Et furent chil de Montfort de coummenchement durement reboutet; mès
messires Hues de Cavrelée, qui estoit desus èle et qui avoit une belle
bataille et de bonne gent, venoit à cel endroit où il veoit ses gens
branller, ouvrir ou desclore, et les reboutoit et metoit sus par force
d’armes. Et ceste ordounnance leur valli trop grandement; car, si tost
qu’il avoit les foullés remis sus et il veoit une autre bataille ouvrir
ne branler, il se traioit de celle part, et les recomfortoit par telle
mannierre comme il est dit devant. Fºs 135 vº et 136.

P. 162, l. 6: § 537.--_Le ms. A 15 ajoute_: Mais tantost.

P. 162, l. 14: courtes mances.--_Ms. A 8_: petis manches. Fº 257
vº.--_Ms. A 15_: à bien court manche.--_Ms. A 17_: un petit manche.

P. 162, l. 17: lui.--_Le ms. A 17 ajoute_: chascun tout.

P. 162, l. 20: assamblèrent.--_Le ms. A 15 ajoute_: ces batailles. Fº
282.

P. 162, l. 21: Claiekin.--_Le ms. A 17 ajoute_: et de monseigneur
Olivier de Mauni son nepveu. Fº 323.

P. 162, l. 21: de son lés.--_Ms. A 17_: de leur costé.

P. 162, l. 27 et 28: premiers encontres.--_Mss. A 8, 15 à 17_: première
rencontre.

P. 162, l. 29: estour.--_Mss. A 8, 15 à 17_: estrif.

P. 163, l. 5: se aherdirent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: s’adrecèrent.

P. 163, l. 7: haces.--_Le ms. B 6 ajoute_: Et en y eurent plus de cinq
cens, et che parfist le desconfiture, car il ochioient les Franchois et
les Bretons de leurs haches. Fº 647.

P. 163, l. 8: faiticement.--_Mss. A 8, 15 à 17_: hardiement.

P. 163, l. 10 et 11: c’estoit fort dou.--_Ms. A 15_: il ne se povoit.


§ =538=. D’autre part.--_Ms. d’Amiens_: D’autre part, se combatoient
messires Olivier de Clichon, messires Ustasses d’Aubrecicourt, messires
Richars Burlé, messires Jehans Bourssiers, messire Mahieux de Gournay,
à le bataille le comte d’Auchoire et dou comte de Joni, qui estoit
moult grande et moult grosse et bien estoffée de bonne gens. Là eut
fait ossi mainte belle appertise d’armes et mainte prise et mainte
rescousse. Là se combatoient Franchois et Bretons, d’un lés, mout
vaillamment et mout hardiement, des haces qu’il portaient et qu’il
tenoient.

Là fu messires Carles de Blois durement bons chevaliers, et qui
vaillamment et hardiement se combati et assambla à ses ennemis, et
ossi fist ses adversaires le comte de Montfort: chacuns y entendoit
enssi que pour lui. Là estoit messires Jehans Camdos, qui y faisoit
merveilles d’armes de son corps, car il estoit fors chevaliers et
hardis durement; si conssilloit et comfortoit le comte de Montfort en
touttes manierrez, et le faisoit passer avant et arester, quant il
veoit que tamps estoit.

D’autre part, messires Bertrans de Claiekin, li sires de Tournemine,
li sirez d’Avaugor, li sires de Rays, li sires de Lohiac, li sires
d’Ansenis et li autre bon chevalier de Bretaingne se combatoient mout
vaillamment et y fissent maintes belles apertises d’armes. Et tant
se combatirent que touttes ces batailles se requeillirent enssamble,
excepté li arrieregarde des Englès, dont messires Hues de Cavrelée
estoit souverains. Ceste bataille se tenoit toutdis sus costière, et ne
servoit d’autre cose fors de redrechier et mettre en conroy les leurs
qui branloient ou qui se desconfissoient.

Entre les autres chevaliers bretons et englès, messires Oliviers de
Clichon fu bien veus et avisés qu’il y fist merveillez d’armes de son
corps, et tenoit une hache, mès il rompoit ces presses, et ne l’osoit
nus aprochier. Et s’enbati telle fois si avant qu’il fu en grant peril,
et eut mout affaire de sen corps en le bataille dou comte d’Auchoire
et dou comte de Joni, et trouva durement fort encontre sus lui, tant
que dou cop d’une hace il fu navrés desous et parmy le visierre de
sen bachinet au travers de l’oeil, et l’eut crevet, mès depuis fu il
rescous et remis entre ses gens en bon couvenant; et, durement aïrés
et enflammés, il se combati et y fist de le main pluisseurs belles
appertises d’armes. Là se recouvroient bataillez et bannières, qui une
heure estoient tout au bas, et tantost par bien combattre recouvroient
et estoient remis sus.

Entre les autres chevaliers, fu messires Jehans Camdos très bons
chevaliers, et vaillamment se combati, et tenoit une hace dont il
donnoit les horions si grans que nulx ne l’osoit aprochier, car il
estoit grans chevaliers et fors et bien fourmés de tous membres: si
s’en vint combattre à le bataille le comte d’Auchoire et des Franchois.
Et là eut fait maintes belles appertises d’armes. Et, par force de bien
combattre, il rompirent et reboutèrent ceste bataille bien avant et le
missent à tel meschief que briefment elle fu desconfite et touttez les
bannierrez et les pennons de ceste bataille jettés par terre, rompus
et deschirés, et li seigneur mis et contourné en grant meschief; car
il n’estoient aidiet ne comfortet de nul costé, mès estoient leurs
gens tous ensonniiés d’iaux deffendre et combattre. Là crioient chil
seigneur et leurs gens qui estoient dallés yaux, leurs ensaignes et
leurs cris, dont li aucun estoient oy et reconforté, et li autre, non,
enssi que telz besoingnes aviennent et que li cas le requiert.

Touttes fois, li comtes d’Auchoire, par force d’armes, fu durement
navrés et pris desoubs le pennon monseigneur Jehan Camdos et fianciés
prison, et li comtez de Joni ossi, et mors li sires de Prie, uns grans
bannerès de Normendie, et pluisseurs bons chevaliers de Franche et de
Normendie. Fº 136.

P. 164, l. 6: Joni.--_Mss. A 15 à 17_: Joingny.

P. 164, l. 20 et 21: ressongnies.--_Mss. A 8, 15 à 17_: redoubtez. Fº
258.

P. 164, l. 30 et 31: Gargoulé.--_Mss. A 15 à 17_: Gargolay. Fº 324.

P. 164, l. 31: Malatrait.--_Mss. A 15 à 17_: Malestroit.

P. 164, l. 31: dou Pont.--_Mss. A 15 à 17_: de Viez Pont.

P. 165, l. 8: s’ensonnioit.--_Mss. A 8, 15 à 17_: s’embesongnoit.

P. 165, l. 9: conroy.--_Mss. A 15 à 17_: arroy.

P. 165, l. 19 et 20: en travers.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: du
visaige.

P. 166, l. 18: en sus.--_Mss. A 15 à 17_: arrière.

P. 166, l. 21: prisons.--_Mss. A 8, 15 à 17_: prisonnier.

P. 166, l. 22: [T]rie.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_: Prier.--_Mss.
A 8, 9_: Pie.--_Mss. B et A 7, 15 à 17_: Prie.


§ =539=. Encores.--_Ms. d’Amiens_: Encorres se combatoient les autres
batailles moult vaillamment, et se tenoient li baron en bon couvenant.
Et touttesfois, à parler loiaument d’armes, il ne tinrent mies si bien
leur pas ne leur arroy, enssi qu’il apparut, que fissent li Englès et
li Breton dou costé le comte de Montfort; et trop leur valli celle
bataille sus elle de messire Hue de Cavrelée. Quant li Englès et li
Breton de Montfort virent ouvrir et branler les Franchois, si se
confortèrent entre yaux moult grandement. Et demandèrent li pluiseur
leurs chevaux que leur garchon tenoient enssus d’iaux. Tantost il
furent monté, pourveu de haces et d’espées de Bourdiaux et en grant
vollenté de envaïr, d’ochir et de mehaignier leurs ennemis.

Et se parti adonc messires Jehans Camdos à toutte une grosse routte
des siens, et s’en vint adrechier sus le bataille monsigneur Bertran
de Claiequin, où on faisoit merveillez d’armes, mès elle estoit ja
ouverte et pluisseur chevalier et escuier mis en grant meschief. Et
encorres furent il plus, quant messires Jehans Camdos et une grosse
routte d’Englès s’i embatirent. Là eut donnet tamaint pesant horion
de ces haces, maint bachinet fendu et maint homme mort. Touttesfois,
messires Bertrans ne li sien ne peurent porter che fès. Si fu là pris
messires Bertrans d’un escuier englès desoubs le pennon monsigneur
Jehan Camdos et qui estoit de ses gens et de son hostel. Et entendi
ensi que messires Jehans Camdos prist et fiancha de sa main un baron
de Bretaingne que on appelloit le seigneur de Rays, hardi chevalier
durement.

Apriès ceste grosse bataille des Bretons rompue, li bataille fu enssi
que desconfite, et perdirent li autre tout leur arroy et se missent en
fuite, qui mieux mieux chacuns, exceté li vaillant chevalier et escuier
de Bretaingne, qui ne volloient mies laissier leur signeur, monsigneur
Carlon de Blois, mès avoient plus chier à morir que reprochiet leur
fust fuitte. Si se combatirent, chacuns desoubz se bannierre et se
pennon, depuis moult vaillamment et très asprement, et se rekeillirent
en pluisseurs lieux et par tropiaux chil bon chevalier et escuier
de Bretaingne, qui estoient avoecq monseigneur Carlon de Blois, et
qui, par force d’armes, volloient recouvrer le meschief qu’il leur
apparroit; mès il ne peurent.

Là fu messires Carles de Blois et chil qui dallés lui estoient, enclos
d’une grosse routte d’Englès qui tout se tiroient de celle part pour
aidier le bannierre monsigneur Carle à desrompre et desconfire. Si
i eut fait mainte belle appertise d’armes, et mout vaillamment se
combatirent messires Carles de Blois et chil qui dallés lui estoient.
Et ne l’eurent mies li Englès d’avantaige, mès il estoient trop mieus
parti à ce donc que li Franchois ne fuissent. Là fu ochis, en bon
couvenant et le viaire sus ses ennemis, messire Carlles de Blois, et
dallés lui et sus son corps ungs siens filx bastars qui s’appelloit
messires Jehans de Blois, et pluisseurs autres chevaliers et escuiers
qui ne volloient mies laissier leur mestre et leur seigneur, mès
avoient plus chier à morir.

Depuis que les bannierres monseigneur Carle de Blois furent atierées,
n’y eut riens retenu, mès furent les desconfitures moult grandes de
tous costés sus les Franchois et les Bretons. Et se missent tous li
Englès à cheval, et coummenchièrent à cachier et à encauchier leurs
ennemis. Là eult, quant à le cache et à le fuitte, grant mortalité,
grant ocision et grant desconfiture, et tamaint bon chevalier et
escuier pris et mis en grant mescief. Là fu toutte li fleur de le bonne
chevalerie de Bretaigne, pour le temps et pour le journée, morte ou
prise; car peu de chevaliers ne d’escuiers d’onneur escapèrent, qu’il
ne fuissent mort ou pris.

Et par especial des banerès de Bretaingne y furent mort messires Carles
de Dignant, li sires de Lion, li sires d’Ansenis, li sirez d’Avaugor,
li sires de Lohiach, li sires de Gargoulé, li sires de Malatrait et
li sires dou Pont; et pris: li viscomtes de Rohem, li sires de Lion,
li sires de Rochefort, li sires de Rays, li sires de Rieus, li sires
de Tournemine, messires Henris de Malatrait, messires Oliviers de
Mauni et pluisseur autre bon chevalier et escuier de Bretaingne et
grant signeur; et ossi dou royaumme de France, maint bon chevalier
et escuier: li comtes d’Auchoire premierement, li comtes de Joni et
tamaint autre qui y estoient venu desous le comfort monsigneur Bertran
de Claiequin, qui y fu pris ossi.

Briefment à parler, ceste desconfiture fu moult grande et mout grosse,
et grant fuisson de bonnes gens y eut mors, tant sus les camps comme
en le cache, car elle dura huit grans lieuwes et tout le jour jusques
à le nuit. Si poés bien croire que là en dedens y avinrent pluisseur
mescief, et y eut maint chevalier et maint escuier mort et pris. Ceste
bataille, qui fu assés priès d’Auroi en Bretaingne, fu l’an de grasce
Nostre Seigneur mil trois cens soissante quatre, par un dimenche en
octembre, le jour Saint Denis et Saint Gislain. Fº 136 vº.

P. 166, l. 27: couvenant.--_Mss. A 8, 15 à 17_: couvine. Fº 258 vº.

P. 166, l. 29: li Englès et li Breton.--_Ms. A 17_: les Bretons et
Anglois. Fº 324 vº.

P. 167, l. 1: li Englès et li Breton.--_Ms. A 17_: les Bretons et
Anglois.

P. 167, l. 7: des siens.--_Mss. A 8, 15 à 17_: de ses gens.

P. 167, l. 8: Claiekin.--_Le ms. A 17 ajoute_: et de monseigneur
Olivier de Mauni son nepveu. Fº 325.

P. 167, l. 13: tamaint.--_Mss. A 8, 15 à 17_: maint.

P. 167, l. 18: desous.--_Le ms. A 17 ajoute_: la bannière ou.

P. 167, l. 20: un.--_Le ms. A 15 ajoute_: grant. Fº 283 vº.

P. 167, l. 22: durement.--_Le ms. A 15 ajoute_: et qui moult longuement
se combatit à monseigneur Jehan Chandos.

P. 167, l. 24: que.--_Ms. A 17_: comme du tout.

P. 167, l. 30: fuite.--_Le ms. A 15 ajoute_: vilaine.--_Le ms. A 17_:
vilaine ne honteuse.

P. 167, l. 32: très asprement.--_Ms. A 17_: appertement.

P. 168, l. 13: Blois.--_Les mss. A 11 à 14 ajoutent_: qui tua celui qui
tué avoit monseigneur Charle de Blois.

P. 168, l. 21: fin.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: de bataille et.

P. 168, l. 31: Gargoulé.--_Mss. A 15 à 17_: Cargolay.--_Ms. A 7_:
Guergorlay.

P. 168, l. 32: dou Pont.--_Ms. A 15_: de Vielpont.

P. 169, l. 4: Tournemine.--_Le ms. A 2 ajoute_: le conte de
Tonnoirre.--_Mss. A 1, 3 à 6, 8_: le conte de Tonnoirre.

P. 169, l. 5: Mauni.--_Le ms. A 15 ajoute_: fort chevalier et hardi
durement.

P. 169, l. 5 et 6: Riville.--_Ms. A 17_: Regneville.

P. 169, l. 6: Friauville.--_Ms. A 8_: Frauville. Fº 259.--_Mss. A 15 à
17_: Frianville.

P. 169, l. 6: d’Ainneval.--_Mss. A 1 à 8_: Rainneval.--_Mss. A 15 à
17_: Rayneval.

P. 169, l. 9: le.--_Le ms. A 15 ajoute_: vaillant.

P. 169, l. 12 et 13: en le cache.--_Ms. A 8_: sur la place. Fº 259 vº.

P. 169, l. 13: huit.--_Le ms. A 8 ajoute_: grosses.

P. 169, l. 14: Rennes.--_Mss. A 11 à 14_: Vannes.

P. 169, l. 13 à 22: cache... octembre.--_Ms. B 6_: Et dura la chache
huit lieues jusques ens ès portes de la chité de Rennes, car ly Englès
montèrent à cheval qui les poursievirent jusques au vespre. Et là eult
messire Jehan Candos, par l’aide de ses gens, pour trois cens mille
frans de bons prisonniers; car il eult messire Bertran de Claykin, le
conte d’Auchoire, le conte de Joni et plus de quarante chevaliers.
Ceste belle aventure avint au conte Jehan de Montfort en Bretaigne,
assés priès du castiel d’Auroy, en l’an de grace mil trois cens
soissante quatre, le lundy devant le Saint Mikiel. Fº 648.

P. 169, l. 20: d’Auroy.--_Ms. A 17_: du noble chasteau d’Aurroy que le
vaillant roy Artur fist jadis faire et fonder. Fº 325.


§ =540=. Apriès.--_Ms. d’Amiens_: Apriès le grant desconfiture, si
comme vous avés oy, et le place toutte delivrée, li chief des seigneurs
englès et bretons d’un lés retournèrent et n’entendirent plus au
cachier, mès en laissièrent couvenir leurs gens. Si se traissent d’un
lés li comtes de Montfort, messires Jehans Camdos, messires Robers
Canolles, messires Ustasses d’Aubrecicourt, messires Mahieux de
Gournay, messires Gautiers Hués, messires Hues de Cavrelée, messires
Jehans Bourssier et li autre chevalier. Et s’en vinrent ombriier
desoubs une longhe haye, un petit enssus de là où li bataille avoit
estet, et missent touttes leurs bannierres et pennons en celle
haie, pour leurs gens requeillier et radrechier. Et coummenchièrent
leur menestrel à corner et à piper, et li signeur se desarmèrent
et esventèrent ung petit, car moult avoient chaut pour le traveil
de combattre et de cachier. Et burent li aucun qui avoient vin en
bouteilles et en flascons. Entroes qu’il estoient en cel estat, li
sires de Clichon revint, se bannierre devant lui, qui le plus avoit
poursieuwois ses ennemis. A painnes s’en estoit il pous partir, tant
avoit estet aïrés et enflammés sus yaulx. Et ramenèrent ses gens grant
fuison de prisonniers et par especial son oncle le viscomte de Rohem.
Si se traist erramment li dis messires Oliviers de Clichon deviers
le comte de Montfort, qu’il tenoit pour seigneur et pour chief, et
descendi à piet avoecq les autres.

A ce donc ne savoient il riens encorres que messires Carles de Blois
fust mors; mes il avoient envoiiet leurs hiraux par le campaingne
regarder as ungs et as autres, et pour triier les seigneurs hors des
autres et savoir liquel y estoient mort. Si fu là raporté au comte de
Montfort, et dist ensi li chevaliers qui l’en raporta les nouvelles:
«Monseigneur, loés Dieu et regraciés de le belle journée que vous avés,
car messires Carles de Blois, vostres adverssaires, est demourés mors
sur les camps.» Et quant li comtes de Montfort l’entendi, si dist qu’il
volloit venir de ceste part et [le] veoir ossi bien mort que vif. Si
vint là où messires Carles gisoit, et vinrent avoecq lui pluisseur des
seigneurs et chevaliers qui là estoient. Si le trouvèrent environnet
de grant fuisson de mors, chevaliers et escuiers, et une hace desoubs
lui, dont il s’estoit combatus, et ossi de ses ennemis englès et
bretons mors aucuns. Se le fist li comtes de Montfort retourner le
viaire dessus, car il gisoit en dens. Et quant il le vit ou viaire, si
fu tous penssieux et prist à larmiier et dist: «Ha! monseigneur Carle,
monseigneur Carle, biaus cousins, com par vostre opinion maintenir sont
grant meschief avenu en Bretaigne! Se Dieux m’aït, il me desplaist
que je vous treuve enssi, se estre pewist autrement.» Adonc le tira
arière messires Jehans Camdos et li dist: «Sire, sire, partons de
chy et regraciiés Dieu de le belle aventure que vous avés; car, sans
le mort de cesti, ne poyés vous venir à l’iretaige de Bretaingne.»
Adonc ordounna là li comtes de Montfort que il fust tantost mis en un
sarqu et aportés à Rennes, et il fu fait presentement si comme il le
coumanda. Fºs 136 vº et 137.

P. 170, l. 1: Tanton.--_Mss. A 1 à 6, 15, 18, 19_: Tancon.

P. 170, l. 2: aultre.--_Le ms. A 17 ajoute_: seigneurs et chevaliers.
Fº 326.

P. 170, l. 2: ombriier.--_Ms. A 17_: umbraier.

P. 170, l. 2 et 3: dou lonch d’une.--_Ms. A 6_: delez une. Fº 258
vº.--_Mss. A 8, 15 à 17_: devant une.

P. 170, l. 12: l’iretage.--_Ms. A 15_: le bel hiretaige.--_Ms. A 17_:
le noble heritaige.

P. 170, l. 20: plus de gré.--_Mss. A_: plus grant gré.

P. 170, l. 21: En.--_Ms. A 15_: A.--_Ms. A 17_: Entre.

P. 170, l. 22: enflamés.--_Le ms. A 17 ajoute_: d’ire et de mautalent.

P. 170, l. 24: partir.--_Le ms. B 6 ajoute_: et voelt on dire que en
chest jour de se propre main il en ochist et abaty plus de soixante. Fº
649.

P. 170, l. 25: se retraist.--_Mss. A 7, 8, 15 à 17_: se traisent.

P. 171, l. 1: chercié.--_Mss. A 8, 15 à 17_: cerchié.

P. 171, l. 11: d’une.--_Ms. A 8_: à. Fº 260.

P. 171, l. 20: regracions.--_Ms. B 4 et mss. A_: regraciés.

P. 171, l. 21: avés.--_Le ms. A 15 ajoute_: qu’il vous a hui
donnée--_Le ms. A 17 ajoute_: aujourd’ui eue.

P. 171, l. 21: poiés.--_Mss. A_: poviez.

P. 171, l. 28: en.--_Mss. A_: ou pays de.

P. 171, l. 29: maint grant et biel.--_Ms. A 8_: pluseurs.--_Ms. A 15_:
pluseurs beaus.--_Ms. A 17_: moult de beaus.

P. 171, l. 29: miracle.--_Le ms. B 6 ajoute_: et cante on de luy ensy
que d’un martir, car il morut vaillanment en defendant et gardant son
hiretaige. Fºs 649 et 650.


§ =541=. Apriès.--_Ms. d’Amiens_: Apriès ceste ordounnanche et que tout
li mort furent desvesti et que leurs gens furent repairiet de le cache,
il se traissent vers leurs logis dont au matin il s’estoient parti. Si
se desarmèrent et aisièrent de chou qu’il eurent, il avoient assés de
quoy, et entendirent à leurs prisonniers et fissent appareillier les
navrés et les blechiez; et les leurs meysmement qui estoient navret
et blechiet, fissent il remettre à point. Quant ce vint le lundi au
matin, li comtes de Montfort fist assavoir sus le pays et à chiaux de
Rennes et des villes environ, qu’il leur dounnoit trieuwez troix jours,
pour ensepvelir les mors et venir querre les corps des gentilz hommes:
laquelle ordounnanche on le tint à belle et à bonne, et se tint par
devant Auroy et dist que point ne s’en partiroit, se l’aroit.

Ces nouvellez s’espardirent en pluisseurs lieux et en pluisseurs pays,
coumment li comtez de Montfort, par le consseil et confort des Englès,
avoit obtenu le place contre monseigneur Carlon de Blois, et li mort et
desconfi, et mort et pris toutte le fleur de Bretaingne. Si en avoient
messires Jehans Camdos et messires Oliviers de Clichon grant huée. Et
disoit li coumune renoumée que par leur fait, avoecques le reconfort de
l’arrieregarde monseigneur Hue de Cavrelée, avoit estet la besoingne
achievée. De ces nouvellez furent tout li amit et li comfortant
monseigneur Carlon de Blois courouchiet, che fu bien raisons, et tout
cil de par le comte de Montfort, resjoy...

Bien est voirs que li roys Carles de Franche fu mout courouchiés de
le desconfiture qui fu devant Auroy et bien y eut cause, car ses
royaummes en fu grandement afoiblis, et par especial il regreta
grandement le mort de monseigneur Carlon de Blois, son cousin, le prise
de monseigneur Bertran de Claiequin, le mort et le prise des bons
chevaliers qui là avoient estet. Si envoiea tantost li roys le duc
d’Ango, son frère, deviers les marches de Bretaingne, pour recomforter
et conssillier le pays, qui moult estoit desolés et esbahis, et par
especial celle qui s’appelloit duçoise et hiretière de Bretaingne; car
elle veoit son marit monseigneur Carle de Blois mort et ses deus fils
emprisonnés en Engleterre, Jehan et Ghui. Si vint li dus d’Ango, qui
avoit sa fille à femme, par deviers lui, et le recomforta et consseilla
che qu’il peult, et li proummist qu’il se feroit cause et chiés de le
guerre contre le comte de Montfort. Encorres avoit la damme un petit
fil qui estoit appellés Henris, c’estoit tous ses recomfors; mès quant
la damme examinoit bien touttes ses besoingnes, elle se veoit bien en
dur parti. Si ploroit et regretoit ses amis, et bien avoit cause, enssi
comme vous orés chy apriès. Fº 137 rº et vº.

P. 171, l. 31: que.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: tous.

P. 172, l. 3: eurent.--_Mss. A 15 à 17_: avoient.

P. 172, l. 14: le.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: fort.

P. 172, l. 15: d’Auroy.--_Le ms. A 15 ajoute_: que le roy Artur fist
jadis faire et fonder. Fº 285.

P. 172, l. 19: par le... Englès.--_Les mss. A ajoutent ces mots qui
manquent dans le ms. B 1._

P. 172, l. 22: fleur.--_Les mss. A 1 à 6, 8, 15 à 17 ajoutent_: de la
chevalerie.

P. 172, l. 27: li Breton.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: et les
Anglois.

P. 172, l. 30: li rois.--_Le ms. A 17 ajoute_: Charles. Fº 327.

P. 173, l. 2: chevalier.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: et escuiers.

P. 173, l. 28: Douvres.--_Le ms. B 6 ajoute_: et vinrent si à point que
le roy d’Engleterre et ses trois filz, le duc de Clarenche, le duc de
Lenclastre, le conte de Canterbruge, estoient à Douves pour festier
le conte Loys de Flandres qui là estoit arivés pour le cause de ung
mariage aidier à parfaire, qui estoit commenchiet entre monsigneur
Aimmon, conte de Cantbruge, et le fille du conte de Flandres. Fº 651.

P. 173, l. 30: hiraut.--_Les mss. B 3, 4 et les mss. A ajoutent_: et li
donna le nom de Windesore et moult grant pourfit.

P. 173, l. 32: je fui.--_Le ms. A 17 ajoute_: depuis moult suffisanment
informé.


§ =542=. Il est bien voirs.--_Ms. d’Amiens_: Si escripsi li comtes
de Montfort ceste avenue en pluisseurs lieux et par especial au roy
Edouwart d’Engleterre, qu’il tenoit et appelloit père, car il avoit euv
sa fille en mariaige. Si vinrent ces nouvelles au dit roy au cinqime
jour de le bataille à Douvres. Et emporta lettres de creanche ungs
varlès poursiewans armes, qui avoit estet à le bataille et que li roys
englès fist tantost hiraut, et li dounna le nom de Windesore, et moult
grant prouffit: par lequel hiraut noummet Windesore je fui enfourmés
de ceste bataille et de l’ordounnanche, si comme vous avés oy chy
dessus recorder, car j’estoie à Douvres au jour qu’il y vint et que les
nouvellez y furent premierement sceuwes. Et le cause pourquoy li roys
englès estoit adonc là et grant fuison des seigneurs d’Engleterre, je
le vous diray.

En ce tamps que chilx hiraux Windesore ariva là à Douvres, estoit là
venus li roys d’Engleterre, avoecq lui li dus de Lancastre et messires
Aimmons, comtes de Cambruge, si doi fil, et grant fuison de seigneurs
d’Engleterre, telz que le comte d’Arondel, le comte de Salebrin, le
comte de Herfort, le jone comte de Pennebrucq, le jone comte de le
Marce, monseigneur Gautier de Mauny, le seigneur Despenssier, le
seigneur de le Ware, monseigneur Ricart de Pennebruge, monseigneur
Alain de Boukesele, monseigneur Richart Sturi, le seigneur de Ferières,
monseigneur Thummas de Grantson et pluisseurs autres seigneurs, barons
et chevaliers, pour festiier le comte Loeys de Flandres, je vous diray
cause pourquoy.

A che donc assés nouvellement avoit estet tretiez li mariaiges de
monseigneur Ainmon, comte de Cantbruge, filz au roy d’Engleterre, et de
madamme Marie, fille au comte Loeys de Flandres, qui estoit veve dou
jone duc de Bourgoingne, si comme chy dessus est registré. Si estoient
là assamblé cil seigneur pour ordounner mariaige et assigner ce que
chacuns devoit avoir. Li roys d’Engleterre donnoit à son fil le comté
de Pontieu, le comté de Ghines, le terre de Melch et de Oye, et telz
drois qu’il entendoit à avoir en le comté de Haynnau, de Hollande et de
Zellandez, qu’il ne faisoit mies adonc petis, de par madamme la roynne
Phelippe, sa femme, qui fille avoit estet au comte de Haynnau, enssi
que vous savés. Si furent là chil seigneur d’Engleterre et de Flandres
en grans reviaux et en grans esbatemens l’espasse de quatre jours,
et y eut grans disners et biaux et bien ordounnés. Et leur vinrent
ces nouvelles certaines de Bretaingne, dont ils furent mout resjoy,
especialment li roys englès et li comtes de Flandres, li roys englès
pour ce qu’il avoit toudis fait chief et partie de ceste gerre avoecq
le comte de Montfort, liquelx comtes avoit eu sa fille espousée, et li
comtes de Flandrez, pour tant que il est cousins germains au comte de
Montfort.

Apriès ces festes et ces reviaux qui furent à Douvres, prist li comtes
Loeis de Flandres congiet au roy et as barons d’Engleterre, et rapassa
le mer et vint à Calais. Si le raconvoiièrent li dus de Lancastre et
li comtes de Cantbruges et les en mena li comtes de Flandres avoecq
lui en Flandres pour jewer et esbattre, et furent à Yppre, à Brughes
et à Ghand, et partout si bien venu et si bien recheu. Endementroes
ordounna li roys englès grans messaiges pour envoiier deviers le pappe
Urbain [cinqime[483]] pour dispensser che mariaige, car il estoient
moult prochain de linaige; car autrement sans dispenssations n’avoit
li comtes de Flandres acordé sa fille au roy d’Engleterre. Or nous
soufferons nous à parler de ceste matère, et revenrons au comte de
Montfort et dirons coumment il persevera.

      [483] _Le manuscrit d’Amiens porte_: «VIe». _Mauvaise leçon._

P. 174, l. 7: devant.--_Le ms. A 17 ajoute_: de la ditte bataille
d’Aurroy.

P. 174, l. 17: conseil.--_Le ms. A 17 ajoute_: qui illecques se
tenoient, lesquelz le reçurent moult grandement et moult honorablement,
ainsi qu’il appartenoit à un tel prince et si grant seigneur. Fº 327 vº.

P. 174, l. 18: l’avoit.--_Mss. B 3, A 1 à 6, 8 à 14, 18 à 23_:
l’avoient.

P. 174, l. 20: besongne.--_Ms. A 17_: grant bataille.

P. 174, l. 26 à 28: Et donna... pourfit.--_Ces lignes manquent dans
les mss. B 3, B 4 et dans les mss. A._

P. 174, l. 30: trois.--_Ms. A 17_: quatre ou cinq.

P. 175, l. 3: Aymons.--_Le ms. A 17 ajoute_: son frère.

P. 175, l. 6: Bruges.--_Le ms. B 6 ajoute_: et à Gand et en pluiseurs
bonnes villes et s’y tinrent bien ung mois, et puis s’en retournèrent
en Engleterre. Fº 652.


§ =543=. Li contes.--_Ms. d’Amiens_: Apriès le bataille et le grant
desconfiture qui fu devant Auroy, où toutte li fleur de Bretaingne fu
morte et prise, li comtes de Montfort se tint à son siège, et dist
qu’il ne s’en partiroit jusques à tant qu’il l’aroit. Et envoiea dire
à chiaux dou castiel que, se il se volloient rendre bellement à lui et
recepvoir à seigneur, il leur pardonroit son mautalent et les lairoit
joïr et possesser de tout chou qu’il avoient en le fortrèche. Chil
d’Auroy se conssillièrent et regardèrent coumment leurs sirez estoit
mors, et tout li baron de Bretaingne de leur costé, mort et pris,
meysmement pris leur capittainne, Henris de le Sauternelle, et grant
fuisson de bons compaignons qui le fortrèce avoient aidiet à deffendre
et à garder en avant. Si ne veoient nul apparant de comfort de nul
costé, siques, tout examinet et consideré le bien et le mal, il se
rendirent et rechurent le comte de Montfort à seigneur et à souverain.
Et entra li dis comtes en le ville et ou castiel d’Auroy à grant
solempnité, et li fissent tout feaulté et houmage.

Quant il eut pris le possession dou castiel et de toutte le terre, il
eut consseil qu’il se trairoit devant le bonne ville de Jugon à touttes
ses hos, et pria affectueusement à monseigneur Jehan Cambdos qu’il
volsist demourer avoecq lui; car de son consseil et de sen ayde avoit
il grant mestier. Messires Jehans Camdos li otria, et ossi fissent tout
li Englès pour l’amour de lui. Si s’en vinrent li comtes de Montfort et
touttes ses hos devant Jugon et l’environnèrent tout autour, et dissent
qu’il ne s’en partiroit, si l’aroient. Et ordonnèrent li seigneur
d’Engleterre qu’il ne ranchonneroient nuls de leurs prisonniers jusques
à tant que leur guerre seroit achievée. Si furent envoiiet messires
Bertran de Claiequin, li comtes d’Auchoire, li comtes de Joni, li sirez
de Rays, li sires de Rieus, li sirez de Tournemine et bien soissante
chevaliers tous prisounniers, à monseigneur Jehan Camdos et à ses gens,
en Poito, et espars en pluisseurs lieux, les ungs à Plasac, les autres
à Niort, les autres à Pons ou à Saintes ou à Lusegnon ou en le Rocelle
ou à Saint Jehan l’Angelier. Enssi fissent tout li autre de leurs
prisonniers, mes il leur faisoient courtoise prison et les recreoient
sus leurs fois bellement sans tenir enfremés, ne loiier en fers ne en
buies, et toudis se tenoit li sièges devant Jugon.

Quant chil de Jugon virent le puissanche et l’effort dou comte de
Montfort et que nul ayde ne leur apparoit, si n’eurent mies consseil
d’iaux longement tenir, mès se rendirent, et tinrent le dit comte à
seigneur et li fissent feaulté et hoummaige. Si entra li dis comtez
en le [ville de Jugon] et souverains: enssi se faisoit il noummer et
escripre. Et remua tous offisciiers et y mist gens à sen ordounnanche,
et puis se parti de Jugon. Quant il s’i furent rafresci environ cinq
jours, il s’en vinrent devant le bonne ville de Dignant. Là mist il
grant siège et qui dura bien avant en l’ivier, car la ville est forte
et estoit adonc bien garnie. Et ossi li dus d’Ango leur mandoit qu’il
les recomforteroit sans faulte. Ceste esperanche les fist tenir moult
longement et endurer et souffrir tamaint assault. Finablement, quant
il virent qu’il n’aroient point de secours et que leurs pourveanches
amenrissoient, il se composèrent et acordèrent as tretiés dou comte de
Montfort. Et se rendirent par composition que, se dedens deux mois en
avant, plus fors de lui apparoit en Bretaigne, qui le boutast huers par
forche d’armes ou autrement, de le partie monseigneur Carlon de Blois à
qui il avoient fait feaulté et houmaige, il estoient quitte et absols
de leur tretiet; autrement, les deux mois acomplis, il le tenoient à
duch et à seigneur.

Li comtes de Montfort leur acorda vollentiers, et envoiea douze
hommes de le ville de Dignant, tous des plus riches, qui furent
cran et hostaiges pour aemplir ces couvens, en le cité de Vennes,
et puis chevaucha avant et vint droit devant le ville et le cité de
Campercorrentin. Et i ariva toutte sen host où il avoit plus de quinze
mil hommes, et tous les jours li croissoient gens qui li venoient
d’Engleterre et d’autres pays, qui queroient et demandoient les armes,
et il ne les savoient bonnement où avoir fors en Bretaingne. Enssi
asega li comtes de Montfort le chité de Campercorrentin, qui est moult
belle et mout forte. Et y avoit adonc très bonne gens et qui bien
s’aquitèrent de le garder, car li sièges y fu mout longement, et petit
y fissent de leur prouffit, tant qu’il y sissent, en assallant et en
escarmuchant chiaux de dedens. Fºs 137 vº et 138.

P. 175, l. 10: Auroy.--_Ms. A 17_: le fort chasteau d’Auroy que le
vaillant roy Artur fit faire et fonder jadis. Fº 328.

P. 175, l. 13: de le Sauternèle.--_Mss. A 6, 8, 15 à 17_: de Sautemelle.

P. 175, l. 14: et toute le fleur.--_Ms. B 6_: et plus de quarante. Fº
650.

P. 175, l. 24: le.--_Le ms. A 17 ajoute_: belle.

P. 175, l. 30: vinrent.--_Mss. A_: vint.

P. 176, l. 1: trois.--_Ms. A 15_: quatre. Fº 286.

P. 176, l. 6: herriier.--_Mss. A 15 à 17_: harier.

P. 176, l. 11: chemina.--_Mss. A_: chevaucha.

P. 176, l. 11 et 12: Dignant.--_Mss. A 15 à 17_: Dinan.

P. 176, l. 14 à 16: li dus... faire.--_Ms. A 17_: le duc Charles de
Blois si leur avoit moult bien dit que ilz se tenissent ainsi comme
bonnes gens devoient faire.

P. 176, l. 16 et 17: conforteroit.--_Ms. A 17 ajoute_: tantost.

P. 176, l. 17: fist.--_Le ms. A 17 ajoute_: longuement.

P. 177, l. 4: nesun.--_Mss. A_: nul.

P. 177, l. 10: le pays de Bretagne.--_Ms. A 15_: le bon pais de
Bretaingne.--_Ms. A 17_: tout le demourant du bon pais de Bretaingne.


§ =544=. Entrues.--_Ms. d’Amiens_: Or avint enssi, entroes que on seoit
devant Campercorrentin, que li roys de Franche avoit eus pluisseurs
conssaux, pourpos et ymaginations depuis le bataille d’Auroy et le mort
son cousin monseigneur Carle de Blois, je vous diray sus quel estat. Li
conssaux dou roy de Franche regardoient que li comtez de Montfort avoit
mort et desconffit celi qui se tenoit et escripsoit dus de Bretaingne,
et que tous li pays avoit ossi ou li plus et tenoit à seigneur, et
avoecq lui tous les barons, chevaliers et escuiers de Bretaingne, et
estoit maintenant durement fors ens ou pays, car il avoit l’acord et
l’ayde des Englès qui lui faisoient sa guerre, et prendoit villes,
chités et castiaux en Bretaingne, et estoit bien tailliés dou prendre,
car nulx n’aloit au devant: lesquelles villes, chités et castiaux
vorroit tenir par concquès et mettre hors du demainne, ressort et
hoummaige de Franche. Dont, pour ce peril escieuwer, il fu regardé
et avisé en Franche et remoustré au roy Carle finablement qu’il
n’avoit que faire de gueriier contre le comte de Montfort pour la
duché de Bretaingne, ne de perdre le serviche et l’oummaige d’un si
grant pays comme Bretaingne est; car telle estoit li entention dou
comte de Montfort que, se il le conqueroit par forche, il le voroit
tenir à tousjours mès sans houmage et sans resort. Ossi il avoit et
tenoit bonne pais au roy d’Engleterre: si ne pooit y estre que haynne,
mautalens et dissentions ne s’esmeuissent entre leurs gens, ens en cas
que chacuns voroit faire partie pour son amy, enssi que devant avoit
esté; et, se fortune avoit comforté et eslevet le comte de Montfort, on
li souffresist.

Si furent tretiet de pès mis avant, et regardé quelx gens s’en
ensonnieroient. Or m’est advis que li arcevesques de Rains, li sires
de Craan et messires Boucicaux, marescaux de Franche, en furent
cargiet de par le roy et le consseil de Franche. Et vinrent chil
seigneur en Bretaingne deviers le comte de Montfort, monseigneur
Jehan Camdos et les autres de son consseil, qui se tenoient à siège
devant Campercorrentin, et li remoustrèrent bellement et sagement sus
quel estat li roys de France les envoyeoit là et coumment c’estoit li
vollentés dou roy de Franche que li comtes de Montfort demourast dus
de Bretaingne à perpetuelité, parmi tant qu’il le tenist en foy et en
hoummage dou dit roy, enssi que li autre duc en avant l’ont tenu de
le courounne de Franche. Avoecq tout ce, messires Oliviers de Clichon
devoit ravoir toutte se terre entierement, et tout chil qui de l’acort
le comte de Montfort avoient esté, et leur estoient pardounné tout
mautalent. Chilx tretiés se coummencha à entamer, mès il ne fu mies si
tost conclus, quoyque li comtez de Montfort y entendesist vollentiers;
car il avoit si grans alianches au roy englès, qu’il n’en vot riens
faire sans son acord, et lui segnefia tout l’estat dou tretiet, et li
envoiea par deux de ses chevaliers où il avoit moult grant fianche.
Quant li roys d’Engleterre l’entendi, se s’i acorda assés legierement
et le loa bien au comte de Montfort qu’il le fesist. Se retournèrent li
chevalier qui envoieyet avoient estet en Engleterre, et dissent à leur
seigneur tout ce que li roys englès en avoit respondut.

Si fu assés tost apriès li pais acordée et confremmée devant
Campercorrentin. Et entra li comtes de Montfort en le ditte chité comme
dus, et fu en avant tenus et noummés dus de Bretaingne, et rechupt
les fois et les hoummaiges des gentils hommes de Bretaingne, barons,
chevaliers et escuiers, et de toutte la ducé entirement. Et s’en
parti la femme monseigneur Carle de Blois et vint à Paris, et eut, par
l’ordounnanche de le pès environ vingt mil florins bien assignés par
an en Bretaingne, une comté et terre c’on dist de Pentèvre. Et dubt,
avoecques tout chou, li comtes de Montfort mettre grant painne à le
delivrance de ses cousins, les enfans monseigneur Carle de Blois, qui
estoient prisonnier en Engleterre. Et, se li comtes de Montfort, noumés
dus de Bretaingne, moroit sans avoir hoir de loial mariaige, la duché
devoit retourner as hoirs monseigneur Carlon de Blois. Enssi vint li
comtes Jehans de Montfort à l’iretaige de Bretaingne pour quoy il avoit
tant gueriiet, et li comtes ses pères et madamme sa mère et messires
[Oliviers] de Clichon ossi. Et tout li autre chevalier et escuier ossi
qui avoient estet de son acord, tout leur fu rendu et restitué, et
encorres grans nombre d’argens pour leur arrierages. Fº 138.

P. 177, l. 12 et 13: abstraint.--_Ms. A 8_: estraindi. Fº 251
vº.--_Mss. A 15 à 17_: contraingnit, contraingnoit.

P. 177, l. 28: taions.--_Mss. A 8, 15 à 17_: ayeul.

P. 178, l. 22: moiiens.--_Mss. A_: messages.

P. 181, l. 1: laiier.--_Mss. A 8, 15 à 17_: laissier.

P. 181, l. 16: de.--_Le ms. A 17 ajoute_: la noble conté de.

P. 181, l. 17: frans.--_Ms. B 6_: florins. Fº 656.


§ =545=. Avoech.--_Ms. d’Amiens_: Assés tost apriès, se maria li dus de
Bretaingne à l’ainnée fille madamme la princesse de Galles, que elle
avoit eue de monseigneur Thummas de Hollandes.

Si se coummenchièrent li baron, li chevalier et li escuier, qui avoient
estet pris à le bataille d’Auroy, à ranchounner et a yaulx delivrer
petit à petit; mès messires Bertrans de Claiequin ne le fu mies si
trestost, car on lui demandoit plus de cent mille frans. Toutteffois,
quant il se mist à finanche, messires Jehans Camdos en eult cent mille
tous appareilliés.

Encorres avint, en cel yvier que li paix de Bretaingne fu ordonné[e]
et confremmée, de quoy tous li pays looit Dieu à jointes mains, car il
avoient eu et porté le guerre le tierme de vingt trois ans continuelx,
que li roynne Jehanne, ante au roy de Navare, et li roynne Blanche,
soer au dit roy, et li captaus de Beus, qui estoit prisounniers à
Paris, enssi que vous savés, avoecq aucuns bons seigneurs de Franche,
s’ensonniièrent de le pais entre le roy de Franche et le roy de
Navare. Si fu tant pourparlée et demenée que elle se fist. Et fu li
captaus de Beus quittes de se prison, et demourèrent au roy de Franche
Mantes et Meulent. Si eut li rois de Navarre, par le composition de
le pais, soissante mil francs, et messires Loeys de Navarre, quarante
mil, pour aucuns castiaux qu’il avoit en Normendie, qu’il vendi et
rendi au roy de Franche. Et se parti assés tost apriès pour aller ent
à Naples et pour espouser le fille à le roynne de Napples. Si se mist
li dis messires Loeis de Navare hors dou royaumme de Franche en grant
aroy, mès il mourut sus le voiaige. Dieux en ait l’ame, car il fu moult
gentil et courtois chevaliers. Fº 138.

P. 182, l. 23: Nemouses.--_Mss. A_: Nemox, Nemoux.

P. 183, l. 6: virgonda.--_Ms. A 8_: vergoingna. Fº 262 vº.

P. 183, l. 9: chevalier.--_Mss. A 8, 15 à 17_: escuier.

P. 183, l. 14: li rois.--_Le ms. A 17 ajoute_: de France.

P. 183, l. 14 et 15: aultres chastiaus en Normendie.--_Ms. B 6_:
aultres hiretaiges et le baronnie de Montpellier qui depuis luy fu
retollue. Fº 657.

P. 183, l. 19: France.--_Le ms. A 17 ajoute_: son cousin.

P. 183, l. 20: florins.--_Mss. A_: frans.

P. 183, l. 22: dame.--_Mss. A_: royne.

P. 183, l. 23: pechiés.--_Mss. A_: deffautes.

P. 183, l. 23: car.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: il fut moult
vaillant homme d’armes à son temps et. _Ms. A 17_, fº 331.

P. 183, l. 23: moult.--_Le ms. A 15 ajoute_: vaillant et.

P. 183, l. 16 à 23: En ce temps... chevaliers.--_Ms. B 6_: En che
tamps, fu fait le mariaige du jonne sire de Couchy [avecques madame
Ysabel, fille au roy Edouart], et fu quite de sa foy et de se prison
et s’en alla en chelle année en Pruse, et l’esté après il retourna en
Engleterre et espousa ens ou castiel de Windesore la dessus dite damme.
Sy vous dy que as noches il y eult grant feste et grant solempnité. Fº
657.


§ =546=. En ce temps.--_Ms. d’Amiens_: En ce temps estoient les
Compaignies si grandes en Franche que on ne savoit que faire; car
les guerres dou roy de Navarre et de Bretaingne estoient fallies.
Si avoient apris chil compaignon qui poursieuwoient les armes, à
pillier et à vivre d’avantaige sus le plat pays, et ne s’en pooient
ne volloient detenir ne astenir. Et tous leurs retours estoient en
Franche, car il n’osoient demorer en la duché d’Acquittainne, la terre
dou prinche, ne on ne leur euist mies souffert.

Et ossi li plus grant partie des cappitainnes estoient gascon et
englès, homme tenant dou roy d’Engleterre et dou prinche. De quoy li
roys de Franche et tous li royaummes se contentoit mal. Et si ne le
pooient autrement amender, car ces Compaignes estoient si fort et si
esrami de mal faire, que on ne savoit auquel entendre, pour yaux bouter
hors dou royaumme de Franche. Fº 138 vº.

P. 184, l. 12: Nequedent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Neantmoins.

P. 184, l. 13: ensus.--_Mss. A 8, 15 à 17_: arrière.

P. 184, l. 19: un.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: vaillant.

P. 184, l. 20 et 21: ensonniiés.--_Mss. A 8, 15 à 17_: embesoigniez.

P. 184, l. 28: assentir.--_Mss. A 8, 15 à 17_: consentir.


§ =547=. Quant li papes.--_Ms. d’Amiens_: Si regardèrent li papes et
li cardinal qu’il y avoit ung roy en Espaigne qui s’appeloit damps
Pierres, plains de mervilleuses oppinions, et estoit durement rebelles
as coummandemens et ordounnanches de l’Eglise et volloit sousmettre
tous ses voisins crestiens, especialement le roy d’Arragon, qui estoit
bons et catoliques, et li avoit tolut grant partie de se terre. Avoecq
tout chou, chils roys dans Pierres d’Espaingne avoit trois frerres
bastars dou bon roy Alphons, qui fu si vaillans homs, dont li uns
avoit nom Henris; li secons, dan Tilles; et li tiers, Sanssez. Chils
roys Pierres les hayoit durement et ne les pooit veoir dallés lui, mès
vollentiers par pluiseurs fois les ewist mis à fin et decollés, se il
les ewist tenus. Si estoient il moult grant gentilhomme de par leur
mère, mieux de par leur père. Et avoit mis chilx roys Pierres leur mère
à mort diviersement et sans cause: dont moult desplaisoit as enffans et
à pluisseurs haus barons et chevaliers de leur linage et dou royaumme
de Castille. Et estoit si crueux et si plains d’oreur et d’austereté,
que tout si homme le cremoient et resongnoient et le hayoient, se
moustrer il l’osassent. Et avoit, si comme famme couroit, fait morir
une très bonne damme qu’il avoit eue à femme, fille au duc Pierre de
Bourbon qui demoura à Poitiers, et sereur à le roynne de Franche et as
autrez: celles de Savoie, de Halcourt et de Labreth, dont moult il
depslaisoit à tous le linage de le damme, qui est uns des plus nobles
dou monde.

Encorres couroit famme sus ce roy d’Espaingne, de ses gens meysmes,
que il s’estoit amiablement composés au roy de Grenade et au roy de
Bellemarine, qui estoient ennemy de Dieu et incredule. Et se doubtoient
ses gens que il ne fesist aucuns griefs et molestés en son pays et ne
violast les eglises, car ja retolloit et prendoit les biens de l’Eglise
et constraindoit les prelas et les varlès de Dieu par mannierre de
tirandise. Dont, quant li papes et li collèges de Romme oïrent ces
complaintes et furent enssi enfourmé sour lui, si ne le veurent mies
conssentir, que trop grant meschief n’en avenist. Si fu, à le requeste
de ses frerres et des nobles de son pays, amonesté qu’il venist en
court de Romme, pour lui laver de ses pechiés et excuzer de ses oribles
fais dont il estoit amis. Mès il, comme orgilleus et presumsieux,
n’y daigna ne vot venir, mès persevera toudis en son peciés. Si fu
publicquement excumeniiés en court de Romme comme incredules, et mist
li Sains Pères tout le royaumme d’Espagne en le main de Henry, frère
bastart à ce roy Pière, et le legitima à tenir royaumme et hiretaige,
et li proummist grandement à lui aidier. Ossi fist li roys de Franche,
qui moult amoit che Henri; car il l’avoit toudis vollentiers servi
loyaument en ses guerres, par terre et par mer.

Si fu en ce tamps mandés li roys Pières d’Arragon en Avignon, et li
fu remoustret en quel vollenté on estoit de confondre et exilier che
roy dan Pière d’Espaigne, qu’il rebutoient pour bougre et mauvais
crestiien. Li roys d’Arragon y entendi vollentiers, car il le haioit
durement, et offri à ouvrir son pays et tous les destrois d’Arragon
pour entrer en Espaingne sans dangier. Ceste offre rechuprent en grant
gré li Eglise et Henris li Bastars d’Espaingne. Si fu adonc regardé
et advisé, pour mettre hors les Compaignes dou royaumme de Franche,
que on y aideroit à delivrer monseigneur Bertran de Claiequin. Chils
avoit bien tous les Bretons de son acord et les menroit là où il
voroit. Et li comtes Jehans de le Marche, filz jadis à ce gentil
chevalier monseigneur Jaquemon de Bourbon, se feroit ungs grans chiés
en ce voiaige, pour contrevengier le mort de se cousine germainne la
roynne d’Espaingne, que li roys Pières, si comme fammes couroit, avoit
estainte et fait morir. Et ossi messires Anthonnes, sirez de Biaugeu,
uns moult appers chevaliers et assés grans sires, s’en feroit chiés
avoecques les deux dessus dis. Adonc fu traitie li redemption de
monseigneur Bertran de Claiequin, et fu ranchounnés à cent mil frans.
Et en paiièrent li pappes et li collèges, li roys de Franche et Henris
li Bastars qui s’appelloit adonc comtes d’Esturges, chacun se part. Si
fu ossi chilx voiaiges segnefiiés à monseigneur Jehan Camdos, et en
fu grandement priiés qu’il en volsist y estre l’un des chiés; mès il
s’escuza et n’y vot mies adonc aller.

Si en furent priiet et mandet aucun bon chevalier dou prinche, dont
li aucun y alèrent et li autre s’escusèrent. Toutteffois, messires
Ustasses d’Aubrecicourt, messires Hues [de] Cavrelée, messires
Gautiers Huet, messires Robers Ceni et messires Perducas de Labret s’i
acordèrent à aller. Et furent adonc mandet touttes les capitainnes des
Compaignes, c’est assavoir: Briqet, Carsuelle, Naudon de Bagerant,
Aimmenon de l’Ortige, Ouri l’Alemant, Batillier, Espiote, le bourch
Kamus, le bourc de Bretuel, le bourc de Lespare et pluisseurs autres
qui vinrent en Auvignon. Et furent si bien prechiet et tant priiet
qu’il s’acordèrent à aller en ce voiaige et amener avoecq yaux touttes
leurs routtez, où il avoit plus de trente mil hommes, parmy grant
argent qu’il eurent et que Henris ossi leur proummist, se il pooit
venir à sen entente et qu’il fust roys de Castille. Adonc, quant tout
fu acordé, ces cappittainnes, pour encoulourer et enbellir leur guerre,
envoiièrent de par yaulx tous certains messaiges deviers le roy dan
Pière d’Espaingne, que il volsist ouvrir les pas de son royaumme et
aministrer vivrez et pourveancez as pelerins de Dieu qui avoient empris
et par devotion d’entrer et aller en Grenade sur les incredullez. Quant
li roys dams Pières oy les nouvelles, si n’en fist que rire et respondi
qu’il n’en feroit riens.

Dont s’esmurent cil seigneur, ces gens d’armes et touttes ces
Compaignes environ le Toussains l’an mil trois cens soissante cinq.
Et se dubrent tout trouver à Montpellier, à Besiers et à Nerbonne
et sus le pays de Franche là environ qui leur estoit ouvers et
appareilliés. Et passèrent petit à petit le royaumme de Franche et
parmy Parpegnant, qui est la première chité dou royaumme d’Aragon, et
partout trouvoient il vivres à grant fuison. Si en avoient pour leurs
deniers grant marchié; mès les routtes de Compaignes ne se pooient
tenir de toudis pillier et rober, car il n’avoient point apris à paiier
leurs menus frès par les hostelx où il logoient. Si fissent mout de
maux partout où il converssoient. Tant esploitièrent cil seigneur de
Franche: premierement messires Jehans de le Marche, fils qui fu à
monseigneur Jaque de Bourbon, messires Bertrans de Claiequin, li sires
de Biaugeu, messires Ernoulx d’Audrehen, li Bèghes de Vellainnes,
messires Jehans de Noefville, li Bèghes de Villers, li Alemans de Saint
Venant, messires Gauvains de Bailloel, messires Jehans de Bergettes et
pluisseur autre bon chevalier et escuier de Franche, de Bourgoingne,
d’Artois et de Picardie; et de le prinçauté: messires Ustasses
d’Aubrecicourt, messires Mahieux de Gournay, messires Hues de Cavrelée,
messires Jehans de Brues, messires Robers Ceni et tout cil qui
conduisoient les Compaignes, qui passèrent tout le royaume d’Arragon
et les pors outre Arragon et le grosse aige qui depart Castille et
Arragon, et reconquisent toutte le terre que li roys dans Pières de
Castille avoit de jadis concquis sus le royaumme d’Aragon.

Quant li roys d’Espaingne entendi ces nouvelles, que Franchois, Englès,
Gascon et Breton estoient entré en son pays si efforceement que
riens ne duroit devant yaux, si en fu durement courouchiez, et dist
qu’il y meteroit remède et en chaceroit hors tous chiaux qui entré y
estoient. Si fist ung moult grant mandement par tout son royaumme;
mès il estoit si hays des frans et des villains que trop peu de gens
y obeirent. Encorres plus avant, quant il dubt chevauchier contre ses
ennemis, il trouva que tout le relenquirent et se traissent deviers le
bastart son frère Henri, et le couvint partir et fuir à virgongne, ou
il ewist estet pris à mains, et s’en vint à Seville, le milleur chité
de toutte Espaingne. Quant il y fu venus, il ne se senti mies trop
asseur, mès fist toursser et mettre en nefs et en kalans tout son grant
tresor qu’il avoit de lonch tamps là assamblé, et mist ens ès nefs
sa femme et ses enfans, et se parti à privée mesnée, tous desbaretez
et descomfortés, avoecques lui un grant baron d’Espaigne qui oncques
ne se vot desloyauter enviers lui, que on appelloit dan Ferrant de
Castres, sage chevalier et hardi durement. Si ariva enssi li roys dans
Pières, à privée mesnée et comme ungs hommes desconfis et desbaretés,
en Galisse, à ung port c’on dist le Caloigne, où il y a fort castiel
durement. Si se bouta laiens à sauveté, son tresor, sa femme et ses
enffans et dan Ferrant de Castres tant seullement avoecques lui. Or
vous dirons de Henry son frère, qui entrés estoit en Espaigne à tout
grant puissanche, coumment il persevera. Fºs 138 vº et 139.

P. 185, l. 6: mouteplioient.--_Mss. A_: multiplioient.

P. 185, l. 9: un.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: mauvais.

P. 185, l. 10: opinions.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: faulses et
mauvèses.

P. 185, l. 12: sousmettre.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: et subjuguer.

P. 185, l. 14: estoit.--_Le ms. A 17 ajoute_: moult vaillant prince et.

P. 185, l. 17: cilz.--_Le ms. A 17 ajoute_: mauvais.

P. 185, l. 21: Sanses.--_Le ms. A 17 ajoute_: ou Sanson.

P. 185, l. 25: dou.--_Le ms. A 17 ajoute_: vaillant.

P. 185, l. 25: très.--_Mss. A 8, 15 à 17_: dès.

P. 186, l. 4: fames.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: et commune
renommée.

P. 186, l. 9: de austerité.--_Mss. A 8, 15 à 17_: d’auctorité. Ms. A
17, fº 332 vº.

P. 186, l. 10: cremoient.--_Mss. A 8, 15_: doubtoient. Fº 263 vº.--_Ms.
A 17_: craingnoient.

P. 186, l. 21: Tramesainnes.--_Ms. A 8_: Tresmesaines.

P. 186, l. 25: prelas.--_Les mss. A ajoutent_: de sainte eglise.--_Le
ms. B 6 ajoute_: car il tenoit que evesques, que prelas, que abbés,
plus de six vingt prisonniers. Fº 658.

P. 187, l. 5: amis.--_Mss. A 8, 15_: encoulpez.--_Ms. A 17_: à court
encoulpez.

P. 187, l. 14: concitore.--_Mss. A_: consistoire.

P. 187, l. 23: de bouche de.--_Mss. A 15 à 17_: debouté du.

P. 188, l. 3: li Bastars.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: de Castelle.

P. 188, l. 4: delivrance.--_Ms. B 6 ajoute_: il s’en ala en Avignon,
et là ly fu remoustré quelle cose il avoit à faire: se s’y acorda
legierement et vollentiers. Fº 660.

P. 188, l. 14: si y alèrent... dou prince.--_Ms. B 6_: encore revinrent
à ches gens d’armes grant confort de la terre du prinche, plus de trois
cens lanches. Fº 663.

P. 188, l. 17: Huet.--_Le ms. B 6 ajoute_: messire Hues de Hastinghes,
messire Gaillars Vighier et Gaillart de le Mote, messire Robert Cheni,
messire Robert Brickés et Jehan Carsuelle, Bernart de le Salle, David
Hollegrave et moult d’autres bonnes gens. Sy se trouvèrent en la chité
de Nerbonne et là environ. Sy passèrent oultre devers Parpignant, le
première chité à che costé du roialme d’Aragon. Fº 663.

P. 188, l. 20: le Marce.--_Le ms. A 15 ajoute_: avoit adonc assez
pou veu et.--_Le ms. B 6 ajoute_: aisnés filz de jadis de monsigneur
Jacques de Bourbon. Fº 661.

P. 188, l. 29: Villers.--_Mss. A_: Villiers.

P. 189, l. 5: nommer.--_Le ms. B 6 ajoute_: Tous les Bretons estoient
avecques messire Bertran de Claikin. Là estoient messire Olivier de
Mauny, messire Jehans de Malatrait, Pierres d’Ansenis, Guillames du
Bruel, Aliet de Thalay et Thiebaut du Pont. Fº 661.

P. 189, l. 12 à 16: messires Robers Briquet... Perrot de Savoie.--_Le
ms. B 6 ajoute_: messire Perducas de Labreth, Richars Tanton,... le
sire d’Aubeterre, Guiot dou Pin et Perrot de Bray.

P. 189, l. 13: Carsuelle.--_Mss. A 15 à 17_: Cressuelle.

P. 189, l. 13: Lamit.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: Maleterre,
breton. Fº 289 vº.--_Le ms. A 17 ajoute_: de Saint Melair. Fº 333 vº.

P. 189, l. 15: Batillier.--_Mss. A 15 à 17_: Bataillié, breton.

P. 189, l. 15: Espiote.--_Mss. A 15 à 17_: Lespiote.

P. 190, l. 10 et 11: et se hastèrent... peurent.--_Ms. B 6_: sy se
commenchèrent à esmouvoir environ Noel et à prendre le chemin devers
Parpignant et Arragon. Fº 662.

P. 190, l. 19: de force.--_Ms. B 6_: Tant esploitèrent ches gens
d’armes, qui bien estoient quarante mille, que il passèrent à Vallenche
le Grant.

P. 190, l. 30 et 31: Bourghegnon.--_Le ms. B 6 ajoute_: Thiois,
Flament, Gascon et gens de toutes nations. Fº 664.

P. 191, l. 14: Henri.--_Le ms. B 6 ajoute_: et l’avoient couronné roy
en le chité de Burges. Fº 665.

P. 191, l. 20: la milleur cité.--_Ms. B 6_: la darenière et le plus
lontaigne [ville] de son royalme. Fº 664.

P. 191, l. 22: calans.--_Mss. A 8, 15 à 17_: coffres. Fº 265.

P. 191, l. 22: tresor.--_Le ms. B 6 ajoute_: mais il en perdy plus
trois fois qu’il n’en peuist rassambler, car il avoit son grant tresor
en pluiseurs villes et castiaulx parmi le royalme de Castille. Fº 664.

P. 191, l. 25: homs.--_Mss. A 15 à 17_: chevalier.

P. 191, l. 27: durement.--_Le ms. B 6 ajoute_: Et entrues concquist
le roy Henry à pau de fait tout le royalme de Castille et le royalme
d’Espaigne, de Lion, de Toullette, de Corduan et de Seville, et
devinrent tous si homme et ly jurèrent foy et obeisanche à tousjours
mais. Fº 665.

P. 192, l. 1: comment.--_Le ms. A 15 ajoute_: comment il se maintint et
comment il persevera après. Fº 290.


§ =548=. Ensi que.--_Ms. d’Amiens_: Enssi que j’ay dit devant, chilx
roys dans Pières estoit si hays par tout le royaume de Castille que, si
tost que li comte, li baron et li chevalier virent Henri, son frère,
là venir à tout si grant puissanche, tout se traissent par deviers
lui et le rechuprent à seigneur, et chevaucièrent par tout avoecq
lui, et fissent ouvrir chités, villes, bours et castiaux et touttes
mannierres de gens faire hoummaiges et criier: «Vive Henri, et muire
dans Pières qui nous a esté si cruels et si pervers!» Et amenèrent li
seigneur d’Espaingne le dit bastart Henry, c’est assavoir: messires
Gomès Garille, li grans maistrez de Caletrave et li maistrez de
Saint Jaqueme, à Asturghes, et le couronnèrent à roy et li fissent
tout feaulté et hoummaige, et le tinrent à seigneur, et li jurèrent,
present les chevaliers de Franche et d’Engleterre, que jammais il ne li
fauroient, ne pour à morir ne le relenquiroient. Fº 139.

P. 192, l. 5: en cor.--_Mss. A 8, 15 à 17_: en chief.

P. 192, l. 17: hausters.--_Ms. A 8_: mal. Fº 265.--_Ms. A 15_: et nous
a fait tant de maulx.--_Ms. A 17_: très mauvais.

P. 192, l. 26: morroient.--_Le ms. A 17 ajoute_: et vivroient avecques
lui.

P. 193, l. 5: Bretons.--_Le ms. A 17 ajoute_: Picars et Bourgongnons.
Fº 335.


§ =549=. Quant li rois.--_Ms. d’Amiens_: Si se tinrent en Asturges
environ quinze jours. Et puis chevaucièrent viers Burs, qui s’ouvri
tantost contre le roy Henri, et puis s’en allèrent viers Seville. Mais
il s’adrecièrent parmy le royaumme de Portingal, conquerant villes,
chités et castiaux, ne nus ne se tenoit contre yaux, car il estoient
plus de soissante mil hommes, tous armés et bien montés. Et avoient
bien entention ces gens, mès que il ewissent soubmis le royaume de
Castille en le vollenté dou roy Henri, que de passer oultre et aller
ou royaumme de Grenade et de Bellemarine, et moult s’en doubtoient li
Sarrazin et li royaummes de Tramesainnes.

Entroes que li roys Henris chevauchoit parmy Castille et concqueroit
tout le pays par le puissanche des bonnes gens d’armes qu’il avoit
amenés, dont messires Jehans de Bourbon, comtez de le Marche,
messires Bertrans de Claiequin, li sires de Biaugeu, messires Ernouls
d’Audrehen, li sires de Cavrelée, messires Ustasses d’Aubrecicourt
estoient chief avoecq chiaux des Compaignes, li rois dans Pierres qui
se tenoit à le Caloigne sus mer ou royaumme de Galisse, tous esbahis et
desconfortés, s’avisa, par l’enort de son chevalier Ferrant de Castres,
qu’il envoieroit lettrez et messages deviers son cousin le prinche de
Galles, qui se tenoit en le duché d’Acquitainne, en lui segnefiant et
priant que, pour Dieu, par aumone et par pité et ossi par linage, il le
volsist aidier et conforter contre son frère le bastart et les mauvais
traïteurs de son royaumme d’Espaingne qui l’avoient deshiretet. Ces
lettrez furent mout humblement et piteusement escriptes et envoiiées
deviers le prinche de Galles, qui se tenoit à Bourdiaux. Quant li
prinches vit les messages qui li presentèrent en jenoulx les lettres
de par son cousin le roy d’Espaingne, il les fist lever et les rechupt
mout doucement, et puis ouvri les lettres et les lisi, de chief en cor,
pour mieux entendre, par trois fois.

Quant il eut ces lettres bien leuwes et entendues, il appella
monseigneur Jehan Camdos et monseigneur Thumas de Felleton. Chil
estoient compaignon et de son consseil li plus secret. Si leur lisi
de rechief les lettres et leur en demanda consseil. Adonc chil doi
chevalier, qui mout estoient sage et vaillant homme, regardèrent l’un
l’autre sans mot dire, et li prinches les rappella et pria qu’il
l’en volsissent conssillier. Lors respondi messires Jehans Candos
et dist: «Monseigneur, qui trop embrache mal estraint. Il est bien
voirs que vous estes li uns des prinches du monde li plus prisiés, li
plus doubtez et li plus honnourés, et tenés par dechà le mer grant
seignourie et noble hiretaige, Dieu merchi, bien et en pais; ne il
n’est nuls roys, tant soit puissans, qui vous osast courouchier, tant
estes vous renommés de bonne chevalerie, de grace et de fortunne: si
vous deveroit par raison souffire ce que vous avés et non acquerre nul
ennemy. Il est bien voirs que chils roys dans Pières de Castille, qui
maintenant est boutés hors de son royaumme, a esté tousjours ungs rois
crueux et hausters et plains de mervilleuses senvelles, et par lui ont
estet fait et eslevé tamaint mal en son royaumme, et tamains gentilz
hommes decollés et mors sans raison, pourquoy il s’en troeuve ores
decheus. Avoecq tout ce, il est ennemis à l’Eglise et excumeniiés dou
Saint Père, et est reputés comme ungs tirans. Si vous pri, monseigneur,
voeilliés le laissier couvenir et hostés ent vostre argu, et emploiiés
le ailleurs, car en cesti ne voi ge pas de raisonnable emprise pour
vous: autrement je ne vous saroie consillier.»

Quant li prinches de Galles eut oy monseigneur Jehan Camdos enssi
parler, si crolla le chief et dist: «Camdos, Camdos, j’ay bien veu
le tamps, fust à tort, fust à droit, que vous m’ewissiés autrement
conssilliet.» Adonc se retourna il deviers monseigneur Thummas de
Felleton et li demanda: «Messire Thummas, et vous, qu’en dittes?»
Adonc fu messires Thummas de Felleton, qui estoit grans senescaux
d’Acquittainne, tous honteux, et ne vot mies desdire Camdos, ne ossi
courouchier le prinche oultre se vollenté; si respondi bien et à point
et dist: «Monseigneur, vos coers est si grans et si nobles, qu’il ne
tent fors à toutte honneur et à haute parfection. Et ceste emprise dont
vous nos mouvés maintenant, est si grande et si noble que, se nous tant
seullement le vous conssillons et acordions à faire, espoir ne seroit
ce mei li acors dou roy d’Engleterre, vostre père, ne de son consseil,
ne li acors ne li conssaux des barons et des chevaliers d’Acquittainne.
Si voeilliés ces coses mettre en souffranche et mander le comte
d’Ermignach, le seigneur de Labreth, le seigneur de Pummiers, le
seigneur de Lespare, cesti de Courton, cesti de la Barde, le comte de
Pierregorch et les barons de Gascoingne, qui sont vo feable chevalier,
par lesquelx il appertient assés que ceste cose soit demenée, et
seloncq ce qu’il vous consseilleront, vous ouverés.»--«En nom Dieu,
respondi li prinches, enssi sera fait.» Si fu ordonné de par le prinche
d’escripre et de mander tous les barons et les saiges [hommes] de la
duché d’Acquitainne, et de y estre à Bourdiaux dedens un jour qui y fu
mis, et furent tenu li messagier dou roy d’Espaigne tout aise, et leur
fu respondu qu’il ne pooient avoir responsce.

A che consseil, qui fu assignés en le bonne chité de Bourdiaux,
vinrent tout li comte, li viscomte, li baron et li sage chevalier
d’Acquittainne, tant de Poito, de Saintonge comme de Gascoingne. Là
eult grant consseil et grant parlement. Et là remoustra li prinches,
qui fu moult sages chevaliers et bien enlangagiés, coumment li rois
d’Espaigne li prioit et requeroit, pour Dieu et par pité, qu’il le
volsist conforter contre son frère le bastart, qui l’avoit deshireté.
Or dist li prinches de Galles là plus avant, en coulourant les
besoingnes dou roy dan Pière, car il dist enssi: «Biau seigneur, il est
bien voirs que tout roy et enfant de roy doient legierement descendre à
tels priières, ou kas qu’il en sont priiés et requis; car c’est contre
droit et raison d’un bastart courounner et tenir terre et royaumme, et
que nuls sirez ne s’i devoit assentir, et qui le fait ou a fait, il
erre maisement. Et est tout vray, dist li prinches, que monseigneur mon
père et li roys dans Pières ont certainnes aloieanches et confirmations
enssamble, pour quoy nous y sommes mout tenu à adrechier et ce roy
deshireté conssillier. Si vous pri que vous en voeilliés dire vostre
entente, car nous avons bonne vollenté de lui aidier, se nous le veons
ne trouvons en vous.»

Adonc respondi li comtes d’Ermignach, qui estoit li plus grans de
toutte Gascoingne et dist: «Monseigneur, nous ne voulions mie ne poons,
se il plaist à Dieu, vostre bon pourpos brisier ne estaindre; et moult
honnourablement vous nous moustrés et parlés de cesti voiaige. Si
consseille, mès que ce soit li acors et li conssaux des barons qui
sont chy, que vous envoiiés querre le roy dant Pière par aucuns de
vos chevaliers, à le Caloigne là où il se tient, et, lui venu deviers
vous, si nous remandés: nous orons et verons quel cose il volra dire,
ossi toutte vostre bonne vollenté et la besoingne enssi que elle se
porte. Maintenant, voeilliés le escripre et cargier à deux ou trois
chevaliers de vostre consseil, qui s’en voissent en Engleterre et qui
le remoustrent au roy vostre père et à son consseil. Si sarons qu’il
en voront respondre; car, monseigneur, qui voelt emprendre un si grant
fait que d’un roy couronnet deshireter, et [un roy] hay et escachiet
de ses hommes remettre par force en son pays, et en si grant royaumme
comme celi d’Espaigne, et bouter hors celi qui en tient le possession
par l’acort et consentement de tout le pays et de ses voisins le roy
d’Aragon et le roy de Navarre, il ne se puet trop bien fonder ne
enfourmer, ne avoir bon consseil, ne examiner touttes besoingnes, ne
quel fin elles puevent prendre.»

Li conssaux le comte d’Ermihnach fu vollentiers oys et creus, et dist
chacuns plainnement: «Il parolle bien.» Meismement li prinches dist
qu’il le feroit enssi. Là furent ordonné liquel yroient en Galisse
pour querre le roy dan Pière. Si y furent noummet messires Thumas de
Feleton, messires Richars de Pontcardon, messires Noel Lorink, messires
Simons de Burlé et messires Guillaummes Toursiaus, et devoient estre
douze nefs cargies de gens d’armes et d’archiers. Et chil qui yroient
en Engleterre, che furent: li sires de le Ware, messires Jehans de
Pumiers et li sires de Muchident. Si se ordonna et appareilla chacuns
au plus tost qu’il peut, et vinrent li Englès qui devoient aller en
Espaingne, à Bayone, et ordonnèrent leurs vaissiaux et leurs gens et
les cargièrent de touttes pourveanches, et li autre s’en alèrent en
Engleterre.

Endementroes que ces ordounnanches, chil voiaige et chil parlement se
faisoient, concquist li roys Henris toutte Castile; et n’y demoura
bourcq, chité, ville, castiel ne maison, qui ne fuist obeissans à lui,
et tout li comte, li baron et li chevalier de Portingal, de Corduan,
de Seville, de Galisse et de Castille. Et n’osa li roys dans Pières
plus demourer à le Caloingne, mès carga ses vaissiaux de son tresor et
de ses enffans, et s’en vint sus l’aventure de Dieu à Baïone, et ariva
au port de Bayone droitement quant cil, qui le devoient aler querre,
devoient partir. Si furent mout resjoy de se venue et le requeillièrent
mout liement, et le segnefiièrent tantost au prinche. Fºs 139 vº et 140.

P. 194, l. 4: en istance.--_Mss. A 8, 15 à 17_: en entencion.

P. 194, l. 12 et 13: messires Oliviers de Mauni.--_Ms. A 15_: et son
nepveu monseigneur Olivier de Mauny. Fº 291.

P. 194, l. 17: pays.--_Le ms. A 17 ajoute_: par grant assentement et
comme le plus digne et suffisant de tous ceuls qui là estoient. Fº 335
vº.

P. 194, l. 21: ens ou.--_Mss. A 8, 15 à 17_: dedens le.

P. 194, l. 23: seulement.--_Le ms. A 17 ajoute_: qui onques, pour nulle
fortune qui lui advenist, ne le voult onques laissier.

P. 195, l. 23: cremus.--_Mss. A 8, 15 à 17_: crains.

P. 196, l. 1 et 2: demandèrent.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_:
nouvelles.

P. 196, l. 6: Saint Andrieu.--_Ms. A 17_: Saint André.

P. 197, l. 6: aise.--_Le ms. A 11 ajoute_: et furent de vins et de
viandes moult grandement servis.

P. 197, l. 8: busioit.--_Ms. A 8, 15 à 17_: pensoit.

P. 198, l. 4: le Calongne.--_Mss. A 8, 15 à 17_: la Colongne, la
Coulongne.

P. 198, l. 29: cremeur.--_Mss. A 8, 15 à 17_: doubte.

P. 199, l. 10 et 11: se il besongnoit.--_Mss. A 8, 15 à 17_: se mestier
estoit.


§ =550=. La venue.--_Ms. d’Amiens_: Quant li prinches sceut que li roys
dans Pières estoit descendus à Bayonne, si en fu moult resjoys, et
monta tantost à ceval à belle compaignie des siens, car il tenoit grant
estat et noble et fuison de chevaliers de son hostel. Si s’en vint en
le bonne chité de Baïonne, et trouva le roy dan Pière qu’il desiroit
mout à veoir, et monseigneur Ferrant de Castres. Si y eut entre yaux
grans recongnissanches et grans aprocemens d’amours. Et honnouroit li
prinches, qui moult bien le savoit faire, mout grandement le roy dant
Pière. Et li roys dans Pières s’umelioit ossi très benignement deviers
lui, et li remoustroit moult piteusement ses besoingnes et en quel
dangier il estoit encheus. Li prinches le recomfortoit bellement et
sagement, et li proumetoit comfort et ayde contre ses malvoeillans:
«Sire et biaux cousins, disoit li roys d’Espaigne, je say bien que vous
estes li sire ou monde par qui je puis avoir le plus grant comfort. Et
se vous me remetés en mon hiretaige, je vous proumeth que je vous en
donray si bonne part que vous en serés tous comptens, et feray vostre
fil Edouwart, roy de Galisce, et departiray mon grant tresor, que j’ay
encorres par de delà, si avant à tous vos hommes, que je demourray
leurs amis.» Fº 140.

P. 199, l. 23: vuida hors.--_Mss. A 15 à 17_: issit hors, issit. Fº 267.

P. 200, l. 10: relenqui.--_Le ms. B 6 ajoute_: et par especial d’un
traitre de Castille qui tout avoit pourcachiet, qui s’apelloit Gomès
Garils. Fº 669.

P. 201, l. 7: rusé.--_Mss. A_: bourde.

P. 201, l. 9: trop.--_Ms. A 17_: tout. Fº 338 vº.

P. 201, l. 10: mal.--_Ms. A 15_: pou. Fº 292 vº.

P. 201, l. 22: austères.--_Mss. A 8, 15 à 17_: hautains.

P. 201, l. 23: mervilleuses.--_Ms. A 17_: mauvaises.

P. 202, l. 20 et 21: derrière.--_Mss. A 8, 15 à 17_: deceus.

P. 203, l. 10: en un.--_Ms. A 15_: en une oppinion. Fº 293.--_Ms. A
17_: en un propos.

P. 203, l. 19: repus.--_Mss. A 8, 15 à 17_: cachiez.

P. 203, l. 19: enfermés.--_Ms. A 15_: mucié.

P. 204, l. 10: conseil.--_Le ms. A 15 ajoute_: qui l’excusa bien et
saigement envers le prince.


§ =551=. A ce parlement.--_Ms. d’Amiens_: Enssi furent il à Baïonne
tant que li prinches oy nouvelles dou roy d’Engleterre, son père, et
que li chevalier revinrent, que là envoiiés y avoit. Si estoit bien
li acors dou roy d’Engleterre et de tous les Englès que li prinches,
ou nom de Dieu, empresist ce voiaige et remesist le roy d’Espaigne en
son royaumme. Et li mandoient encorres li roys englès et ses conssaux
qu’il n’espargnast mies or ne argent ne gens d’armes, pour bien et
honnourablement parfurnir son voiaige, car il l’en liveroient assés.
De ces nouvelles fu li prinches de Galles, qui estoit adonc en le
fleur de se jonèce, durement liés, et ossi furent tout li chevallier
d’Engleterre qui estoient dallés li, messires Jehans Camdos, messires
Thumas de Felleton, messires Richars de Pontchardon et tout li autres.
Fº 140.

P. 204, l. 14: Quersin.--_Mss. A 15 à 17_: Caoursin.

P. 205, l. 9: Assés tost.--_Mss. A 8, 17_: Adonques.

P. 205, l. 16: montèrent.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: à cheval.

P. 205, l. 18: demandèrent.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: nouvelles.

P. 205, l. 28: sages.--_Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent_: hommes.

P. 206, l. 3: vint à.--_Le ms. A 17 ajoute_: à Londres et se loga à.

P. 206, l. 6: li sires.--_Ms. A 17_: monseigneur Gautier.

P. 206, l. 7: li sires.--_Ms. A 17_: monseigneur Thomas.

P. 206, l. 8: li sires.--_Ms. A 17_: monseigneur Jehan.

P. 206, l. 14: emprendre.--_Mss. A 8, 15 à 17_: entreprendre.

P. 206, l. 20: aporté les avoient.--_Mss. A 15 à 17_: les autres
portées avoient.

P. 208, l. 21 à 30 et p. 209, l. 1 à 9: Et là... ces nouvelles.--_Ms. A
17_: Si furent ordenez à aler devers lui, de par le prince, monseigneur
Jehan Chandos et monseigneur Thomas de Felleton, comme saiges et bien
enlangaigiez, pour sçavoir son entencion, et se il leur voulroit
ouvrir les pas et destroiz et donner passaige parmi son pais. Si
exploictièrent tant par leurs journées qu’ilz vindrent à Pampelune
où ilz trouvèrent le roy de Navarre qui les reçut moult liement par
semblant et festoia grandement. Si firent tantost leur messaige, de par
leur seigneur le prince, qu’il leur ot en couvenant et par son seellé
qu’il leur livreroit passaige et habandonneroit vivres, parmi iceulx
payant raisonnablement; mais il devait avoir six vins mille frans, pour
les maulx et dommaiges que le roy dam Piètre lui avoit pieça faiz en
son pais et osté par force pluseurs villes, chasteaulx appartenens à
son royaume. Et sur ce retournèrent les diz chevaliers devers le prince
auquel ilz comptèrent toutes ces nouvelles. Fº 341.


§ =552=. A ce parlement.--_Ms. d’Amiens_: Tantost apriès le revenue
des chevaliers qui envoiiet avoient estet en Engleterre, fu ordounnés
et assignés ungs grans parlemens à Bayonne, de tous les barons
et chevaliers de Poito, de Saintonge, de Roerghe, de Quersin, de
Pieregorth, de Limozin et de le terre dou prinche. Si y fu pryés
li roys de Navarre dou prinche, qu’il y volsist y estre, par
l’infourmation de monseigneur Jehan Camdos qui li dist et consseilla
qu’il le mandast, car nullement il ne pooit faire ce voiaige sans
l’acort dou roy de Navarre: liquelx roys y vint en bon arroy et amena
une partie de son conseil avoecq lui. Là furent li comtes d’Ermignach,
li sires de Labreth, ses nepveux, li comtes de Pieregorth, li comtes de
Commignes, li viscontes de Quarmaing, li sires de la Barde, li sires
de Pumiers, li sires de Courton, li captaux de Beus, li viscomtez de
Rochuwart, li sires de Lespare, messires Loeys de Halcourt, messires
Ghuichars d’Angle, li sirez de Pons, li sires de Partenay et tout li
baron d’Acquittainne.

Là eut à Bayonne grans parlemens et lons, et durèrent huit jours tous
entiers. Finablement, il fu ordounné et acordé au roy dant Pière que li
prinches de Galles feroit se puissance de lui remettre en son royaumme.
Et furent là à che parlement escript tout li baron et li chevalier de
Gascoingne, de Poito et de Saintonge, à quelle cantité de gens d’armes,
de lanches et de brigans il le serviroient. Et s’obliga li prinches
enviers tous de telz sommes d’argent que leurs gages pooient valloir
et monter. Et li roys dans Pières de Castille se robliga et jura par
se foy de paiier et acquitter ent le prinche, et dou premier paiement
paiier ent aucune cose et prester ent si avant que li siens poroit
estendre, et le demorant rendre et paiier de deniers appareilliez si
tost que on l’aroit remis en Espaigne.

Et fu sceu et marchandé au roy de Navarre pour quelle quantité de
florins il ouveroit le passage parmy son pays et laisseroit passer
paisiulement touttes mannierres de gens d’armes pour entrer en
Espaingne, et leur feroit aministrer vivres et pourveanches pour vivre,
leurs deniers payans. Si me samble qu’il dubt avoir pour ceste grasce
qu’il feroit au prinche et au roy dan Pière, six vingt mil frans
franchois, et devoit tenir à tousjours mès pour son bon hiretaige et
paisieullement toutte le terre de Raincevaus et de Saint Jehan dou Piet
des Pors, qui marcist à Espaingne et à Galisse, et que li roys dans
Pières li avoit tolue de jadis. Tout chil couvent et ces ordounnanches
furent escriptes, jurées et seellées, et se parti chacuns à l’entente
de lui pourveir et apparillier pour mouvoir, quant li prinches les
semonroit, et s’en ralla chacuns sires en son pays.

Si envoiea tantost li prinches ses hiraux en Espaigne pour mander ses
chevaliers qui là estoient avoecq le roy Henri, monseigneur Ustasse
d’Aubrechicourt, monseigneur Hue de Cavrelée, monseigneur Mahieu
de Gournay, monseigneur Gautier Huet, monseigneur Jehan d’Ewrues,
monseigneur Robert Cheni et les autres, qu’il revenissent, et qu’il
avoit grand besoing d’iaux, et se partesissent bellement et sagement de
che roy bastart.

Avoecques tout chou, li prinches s’en revint à Bourdiaux et y amena le
roy dant Pière avoecq lui, et là fu il recheu moult honnourablement et
bien festiiés. Che fu environ le Saint Jehan Baptiste, l’an de grâce
Nostre Seigneur mil trois cens soissante six. Et quant li roys dans
Pières eut estet plus de quinze jours dallés monseigneur le prinche et
madamme le princesse, il prist congiet d’iaux et se parti de Bourdiaux,
et s’en revint à Bayone. Là se tint il tout le tamps, entendans à ses
besoingnes, mès il ooit souvent nouvelles dou prinche, et li prinches
de lui. Fº 140 vº.

P. 210, l. 8: six mil.--_Ms. B 6_: six vingt mille frans, lesquelz on
li devoit envoier à Panpelune, dedens le terme que le prinche volloit
partir de Bourdiaux pour aller en che voiage. Fº 672.

P. 210, l. 18 et p. 211, l. 13: Quant toutes... prince.--_Ms. A 17_:
Quant le prince eut toutes ses choses confermées et ordonnées à
Baïonne où lors il estoit et le roy dam Piètre avecques lui, et que
chascun sceut qu’il devoit faire et avoir, il donna congiet à tous
ces seigneurs qui là estoient et retourna chascun en son lieu. Et
meismement monseigneur le prince s’en revint à Bourdeaulx, et le roy
dam Piètre demoura à Bayonne.

Tantost après ce, les Compaingnes qui estoient en Castelle ouïrent les
heraulx du prince et comment il les mandoit, si ne vouldrent point
longuement illec sejourner. Et prindrent tantost congié au roy Henrri,
au plus courtoisement qu’ilz porent, sanz eulx descouvrir l’entencion
du prince. Fº 341 vº.

P. 210, l. 21: douze.--_Ms. A 15_: quatorze. Fº 295.

P. 211, l. 21: d’Evrues.--_Mss. A 8, 15 à 17_: d’Evreux.

P. 212, l. 2: dou Chastiel.--_Ms. A 15_: du Chasteau.

P. 212, l. 16: ce.--_Le ms. A 15 ajoute_: mauvais.

P. 212, l. 20: pooir.--_Le ms. A 15 ajoute_: car sur tous les princes
qui vivent aujourd’ui est il hardi chevalier et entreprenant.


§ =553=. Quant les certainnes.--_Ms. d’Amiens_: Quant les nouvelles
certainnes vinrent en Espaingne que li prinches de Galles volloit
aidier le roy dant Pière et ramenner en son pays, si en furent touttes
mannierres de gens bien esmervilliet. Nonpourquant, par samblant, li
roys Henris n’en fist nul compte; car il se sentoit fors assés de
misse et de gens, parmy chiaux qu’il prieroit et manderoit en Franche
et en Arragon, pour resister contre le prinche. Quant li chevalier
du prinche, qui remandet estoient, oïrent ces nouvelles, et qui là
sejournoient pour atendre le passaige qui se devoit faire en Grenade et
sus le royaumme de Bellemarine, dont li apparans et li coummenchemens
estoit si grans et si biaux c’à merveilles, et que, passet avoit trente
ans, on ne le vit si bien appareilliet ne si bien estoffet de touttes
coses, si en furent mout courouchiet. Nonpourquant, il n’osèrent ne
veurent mies demourer oultre le vollenté de leur seigneur le prinche;
mès prissent congiet au roy Henry, et s’escusèrent si bellement que
li roys Henris en fu tous contens, et leur dounna congiet moult
vollentiers et liement et grant fuison de biaux jeuiaux deseure tous
leurs paiemens. Et fist tant que moult amiablement se partirent de li,
et li jurèrent et proummissent, au partir, que contre tous seigneurs et
hommes il le serviroient, excepté le roy d’Engleterre et ses enfans.
Et li roys Henris dist à tous grans merchis. Si se partirent li dessus
noummet chevalier et leurs gens, et s’en revinrent, au mieux qu’il
peurent, en le prinçauté.

Devant ces nouvelles que li prinches volsist aidier le roy dan Pière,
estoient ja une partie des Compaignes yssues d’Espaigne, et leur avoit
li roys Henris dounnet congiet et paiiet les cappittainnes bien et
largement. Et ossi estoient revenus en Franche messires Jehans de
Bourbon, comtes de le Marche, et li sires de Biaugeu, mès messires
Bertrans de Claiequin et li marescaux d’Audrehen et messires Jehans de
Noefville, li Bèghes de Vellaines et pluisseurs aultres chevaliers de
Franche, estoient demouret dallés lui, et n’en volloient mies partir
jusques à tant qu’il aroient veu une partie de l’emprise dou prinche;
car petit prisoient leur concquest, se il ne le pooient deffendre et
garder contre le prinche. Fºs 140 vº et 141.

P. 213, l. 10 et 11: s’espardirent.--_Mss. A 8, 15 à 17_: s’espandirent.

P. 213, l. 3 à 9: où li rois... grant joie.--_Ms. B 6_: où le roy li
fist grant chière, et de là à Toulouse où le duc d’Ango se tenoit,
qui ossi li fist bonne chière et le rechut moult amiablement, car
moult l’amoit. Et s’en vint avecques luy par compaignie en Avignon
veoir le pappe et le colliège. Et puis vint il en Franche où le roy
le rechut à grant joie. Et là enforma messire Bertran tous chevaliers
et escuiers, qui demandoient les armes et qui desiroient à avanchier
leur honneur, que il se volsissent traire vers Castille pour mouvoir et
partir quant il se partiroit, et il aroient honneur et grant proufit.
Et pluiseurs chevaliers et escuiers, à le infourmacion de monseigneur
Bertran, descendirent et ordonnèrent leur besoigne et se partirent de
leur hostel et se mirent au chemin devers Espaigne, et ly pluiseur ossy
atendirent le dit messire Bertran. Fº 682.

P. 213, l. 14: esmervilliet.--_Ms. A 17_: moult esbahiz. Fº 342.

P. 213, l. 16: emprendoit.--_Mss. A 8, 15 à 17_: entreprenoit.

P. 213, l. 26: d’Arragon.--_Le ms. A 17 ajoute_: son compère et grant
ami.

P. 214, l. 3: auster.--_Ms. A 8_: hautain. Fº 270.--_Ms. A 15_:
orgueilleus.

P. 214, l. 3 et p. 215, l. 7: assegura,... contre lui.--_Ce passage
manque dans le ms. A 17._

P. 214, l. 18: geniteurs.--_Mss. A 11 à 14_: guetteurs.--_Ms. A 15_:
genneteurs. Fº 296.

P. 215, l. 12: leur renderoit.--_Ms. A 7_: li responderoit. Fº 269 vº.

P. 215, l. 19 et 20: couvignablement.--_Mss. A_: couvenablement.

P. 216, l. 1: corons.--_Mss. A 8, 15_: bous. Fº 270 vº.


§ =554=. En ce temps.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps, estoit li prinches
de Galles en le droite fleur de se jonèche et ne fu oncques soelés ne
lassés, depuis qu’il se coummencha premierement à armer, de gueriier ne
de tendre et emprendre tous fais honnourablez d’armes. Et encorres, à
ceste emprise dou voiaige d’Espaingne et de remettre che roy escachiet
par force d’armes en son royaumme, honneurs et pités l’en esmurent.
Et bien li remoustroit et disoit messires Jehans Camdos en requoys,
qui estoit li chevaliers dou monde que li prinches amoit et creoit le
plus, et bien le devoit faire, car il avoit grandement aidiet à faire
le prinche telx qu’il estoit, que chilx voiaiges d’Espaingne estoit
une outrageuse emprise et se metoit en aventure de perdre son pays par
deux conditions: li une si estoit que, se il estoit desconffis dou
roy Henry, enssi que les fortunnes sont mervilleuses, il avoit tant
d’ennemis de tous costés que ses pays en seroit tous perdus; au mieux
venir, il desconfesist le roy Henri et remesist che roy Pière en son
royaumme, si se trouveroit il si endebtés enviers touttes mannierres
de gens et especiaument ces Compaignes, lesquelx on ne paie mies à sen
aise, qu’il li poroient, à son retour, faire une très grande guerre et
moult adammagier sen pays. Non obstant ce, li prinches, qui conchevoit
bien toutes ces raisons, ne s’en volloit mies refroidier. Et ossi ne
li conssilloit mies messires Jehans Camdos, puisqu’il l’avoit empris,
mès li conssilloit à rompre les deux pars de se vaissiellemenche d’or
et d’argent et de tous ses jeuiaux de che metal, et faire ent forgier
florins et deniers et paiier largement les compaignons: si en seroit
mieux servis et plus vollentiers. Che consseil tint li prinches, et
fist ensi, qui mout l’avancha; car il tint, plus de sept mois, douze
mil hommes à ses gaiges, ainschois qu’il entrast en Espaigne, si comme
vous orés chy apriès. Se li couvenoit grant or et grant argent, pour
tel peuple deffretiier. En ce temps, estoit connestables de toutte la
duché d’Acquittainne et avoit esté ungs grans temps devant, messires
Jehans Camdos, et grans senescaux de tout ce pays messires Thummas
de Felleton, et marescal messires Guichars d’Angle, chils gentilx
chevaliers, et messires Estievenes de Cousenton. Fº 141.

P. 216, l. 16: soelés.--_Ms. A 7_: saoulé. Fº 270.--_Mss. A 8, 15 à
17_: saoulz. Fº 270 vº.

P. 216, l. 21 et 22: l’en esmeurent.--_Ms. A 8_: l’esmouvoient.

P. 217, l. 5: prende.--_Mss. A 8, 15_: soit. Fº 271.

P. 218, l. 3: d’armes.--_Les §§ 555 à 559 manquent dans le ms. A 17_,
fº 343.


§ =555=. Une fois.--_Ms. d’Amiens_: Une fois, estoit à Bourdiaux en
recreation li prinches de Galles, avoecq pluisseurs chevaliers de
Gascoingne, de Poito et de Saintonge et ossi dou royaumme d’Engleterre,
car il n’en estoit oncques si sevreth qu’il n’en ewist plus de quarante
dallés lui. Si tourna son chief dessus le seigneur de Labreth et li
dist: «Sire de Labreth, à quelle cantité de gens d’armes me porés vous
bien servir en ce voiaige d’Espaingne?» Li sires de Labreth fu tous
appareilliés de respondre et li dist: «Monseigneur, se je volloie
priier tous mes feables et mes amis, j’en fineroie bien jusques à mil
lanches, et toutte ma terre gardée.»--«Par mon chief, dist li prinches,
sire de Labret, c’est moult belle cose, et je doy bien aimer le terre
où j’ay un tel baron qui me puet à un besoing servir à mil lanches, et
je les retiengs tous,» dist li prinches.--«Che soit, ou nom de Dieu! ce
respondi li sires de Labreth, qui s’enclina vers lui, et tout vostre
soient.» De ceste retenue dubt depuis estre avenus grans maux, si comme
vous orés avant en l’istoire.

Or retourons nous as Compaignes qui se partirent d’Espaigne par fous
et par tropiaux, quant il seurent que li prinches les remandoit et
qu’il volloit gueriier. Si vous di qu’il eurent mout de maux et moult
d’encontres, tant en Espaigne, en Arragon qu’en Kateloingne, par
gens que on nomme geniteurs, qui fuient plus tost par ces montagnes
sus cevaux, que on appelle genès, que on ne feroit en Franche ou en
Picardie, à plainne terre, sus bons ronchins. Et gettent et lanchent
chil geniteur, en fuiant et en cachant, dardes et gavrelos, dont
ils sont trop bien ouvrier. Touttesfois, en painne, en perils et en
pluisseurs mesaises qu’il eurent, il rappassèrent les montaignes
d’Arragon et de Kateloingne. Et se missent en trois parties: les unes
s’en allèrent en costiant Fois et Berne; les autres, Kateloigne et
Hermignach; et li tierche, Arragon; et descendirent deviers Toulouse
pour mieux trouver à vivre. De celle routte estoient cappittainne
messires Robers Cheni, Carsuele et Briqés.

A ce donc avoit un bon cevalier à Toulouse, qui en estoit senescaux de
par le roy de Franche, et de tous le pays toulouzain, et s’apelloit
messire Gui d’Auzai. Quant il entendi que ces Compaignes aprochoient,
et qu’il n’i avoit que une routte, espoir de trois mil combatans, et
qui encorres estoient foullet et lasset, mal vesti, mal armet, mal
montet et pis kauchiet, si dist qu’il ne volloit mies que telx gens
aproçaissent Toulouse ne le royaumme de Franche, pour yaux recouvrer,
et que il les combateroit, s’il plaisoit à Dieu. Et segnefia sen
entente à monseigneur Ammery, comte de Nerbonne, au senescal de
Karkassonne, au senescal de Biauquaire, au tresorier de Nimes et à
tous les chevaliers et escuiers de là environ, en yaux priant que il
volsissent venir aidier à deffendre le royaumme de Franche contre ces
Compaingnes qui aprochoient, ainchois qu’il moutepliassent plus ne
courussent sus leur pays. Seigneur, chevalier et escuier furent adonc
tout appareilliet de traire avant, car autrement c’ewist esté contre
leur honneur, et se queillièrent et amassèrent à Thoulouse, et bien
furent cinq cens lanches, chevaliers et escuiers, et quatre mil bidaus.
Et se missent tantost as camps par deviers Montalben, à sept lieuwes de
Bourdiaux, où ces gens se tenoient, et n’estoient non plus de deux cens
lanches, mès de l’autre pietaille avoient il assés. Fº 141.

P. 218, l. 21: a.--_Ms. A 8_: treuve. Fº 271.

P. 218, l. 27: maulz.--_Mss. A 8, 15_: meschief.

P. 218, l. 28: retournons.--_Mss. A 8, 15_: retournerons.

P. 218, l. 28 à p. 219, l. 12: Or retournons... Montalben.--_Ms. B 6_:
Quant le plus des capitaines des Compaignies, qui estoient Englès et
Gascon, entendirent que le prinche volloit aidier le roy dan Piètre
et faire ung voiaige en Espaigne pour luy remettre en possession du
royalme de Castille, sy prirent congiet le plus courtoisement qu’il
porent au roy Henry qui moult envis leur donna; mais messire Bertran de
Claikin, qui estoit connestable de Castille, luy consilia que il les
laissast en aller en nom de Dieu, car ja faisoient il moult de mauls en
Castille. Sy eurent congiet et se departirent les Englès et les Gascons
et les Allemans, et se mirent ensamble les Franchois et les Bretons et
demorèrent avec le roy Henry. Sy vous dy que ches gens de Compaigne,
qui se departirent du roy Henry pour raler devers le prinche de Gallez,
eurent moult dur tamps entre Aragon et Castelongne et en Gorre, car
le roy d’Arragon par geniteurs et par villains as destrois passaiges
leur fist faire pluiseurs contraires. Touttez fois, il retournèrent et
se trouvèrent tout en Bigore: là atendirent ilz l’un l’autre en une
chité du prinche qui s’apelle Baniers. Et là fu envoiet parler à yauls
messire Jehan Candos, de par le prinche, qui fist à yauls certains
traitiés et acors, et se mirent tous en l’obeissanche du prinche. Sy se
deurent ces Compaignes partir et retraire en la terre de Bourdelois,
assés tost après che que messire Jehan Candos fu revenus à Bourdiaus.
Ces Compaignes estoient environ quatre mille combatans, tous gens
d’eslite. Fºs 674 et 675.

P. 218, l. 29: ahers.--_Mss. A 6, 7_: aliées. Fº 269.

P. 219, l. 4: s’avalèrent.--_Ms. A 6_: s’en ala.--_Ms. A 8_: s’avala.
Fº 271 vº.

P. 219, l. 23: au conte de Nerbonne.--_Ms. A 8_: à monseigneur Aymery,
conte de Nerbonne.

P. 219, l. 31 et 32: cinq cens lances et quatre mil bidaus.--_Ms. B 6_:
bien douze mille combatans. Fº 675.

P. 219, l. 32: bidaus.--_Ms. A 15_: petaulx nommez bidaus. Fº 297 vº.

P. 220, l. 3: trouvoient.--_Mss. A 8, 15_: trouvèrent. Fº 271 vº.


§ =556=. Quant li contes.--_Ms. d’Amiens_: Quant li comtes de Nerbonne
et messires Guis d’Azay, qui se faisoit souverain et meneur de
touttes ces gens d’armes, furent parti de Toulouze, il s’en vinrent
logier assés priès de Montalben, qui adonc se tenoit dou prinche; et
estoit adonc cappittaine, de par le prinche, ungs chevaliers englès
qui s’appelloit messires Jehans Trivés. Si envoiièrent chil seigneur
de Franche leurs coureurs devant Montalben, pour atraire hors ces
Compaignes qui s’i tenoient. Quant li cappitainne de Montalbain
entendi que li Franchois estoient venu à main armée et à ost devant
se fortrèche, si en fu durement esmervilliet, pour tant que la terre
estoit dou prinche. Si vint as barrières dou castiel et fist tant
que, sus trieuwes, il parla à ces coureurs et leur demanda qui là les
envoioit, et pourquoy il s’avanchoient de courir sus le terre dou
prinche, qui estoit amie et voisinne avoecq le corps dou seigneur au
royaume et au roy de Franche. Chil respondirent et dissent: «Nous ne
sommes mies cargiet si avant de vous respondre; mès, pour vous soeler,
se vous vollés venir ou envoiier deviers nos seigneurs, vous en arés
bien responsce.»--«Oil, dist li cappitainnes de Montalben, je vous pri
que vous vos retriés deviers yaux, et leur dittes qu’il m’envoient dire
plus plainnement pourquoy, sans nous deffiier, il nous guerient, et
quel cose nous leur avons fourfait, ou vous m’empetrés un sauf conduit
tant que j’aie estet deviers yaux et parlé à yaux.» Et chil dissent:
«Vollentiers.» Il retournèrent. Li sauf conduis fu acordés et aportés.

Li chevaliers vint parler au comte de Nerbonne et à monseigneur Gui
d’Azai, et leur demanda pourquoi ne à quel title il le queroient. Chil
respondirent que à lui ne à le terre dou prinche ne volloient il, fors
pais et amour: «Mès nous vollons nos ennemis cachier, où que nous
les savons.»--«Et quel sont vos ennemis ne où sont il?» respondi li
chevaliers.--«En nom Dieu, dist li comtes de Nerbonne, il sont dedens
Montalben, et se sont pilleur et robeur qui ont pilliet et robet sus le
royaumme de France. Ce ne fait mie à souffrir, ne ossi tels gens vous
ne les deveriés mies soustenir, qui pillent et robent les bonnes gens,
sans nul title de guerre. Si les metés hors de vostre fortrèche, ou
autrement vous n’estes mies amis au royaumme de France.»--«Seigneur,
dist li cappittainne de Montalben, il est bien voirs qu’il y a laiens
gens d’armes, que monseigneur le prinche a mandés et tient à lui pour
ses gens; si n’est mies en me puissanche que d’iaux faire partir ne
wuidier. Et, se cil vous ont fait aucun desplaisir, je ne puis mie
veoir bonnement qui droit vous en fache; car ce sont gens d’armes: se
les couvient vivre où qu’il le prengent.» Dont respondi li comtes de
Nerbonne et messires Guis d’Azay: «Ce sont gens d’armes voirement telx
et quelx, qui ne sèvent vivre fors de pillage et de roberie, et qui mal
courtoisement ont chevauchiet sus nos mettes, tant que les plaintes
en sont venues jusques à nous. Si desplaist au roy de Franche que tel
pilleur et robeur keurent et ont courut en son pays; et puisque nous
savons où il se logent et herbegent, jammais ne retourons arrière, si
l’aront amendé.» Quant li cappittainnes de Montalben vit qu’il n’en
aroit autre responce, il prist congiet et se parti d’iaux, et s’en
revint arrière en le ville et dist bien as Compaignez qu’il fuissent
tout pourveu et avisé, car il ne pooit veoir nullement que li Franchois
ne les asaillissent et combatesissent hasteement. Fº 141.

P. 220, l. 12: Jehans Trivés.--_Ms. B 6_: Thumas de Wellefare, vaillant
homme. Fº 676.

P. 221, l. 7: mestres.--_Mss. A_: seigneurs.

P. 222, l. 11 et 12: la prinçauté.--_Ms. A 8_: le prince. Fº 272.--_Ms.
A 15_: la terre du prince. Fº 298.

P. 222, l. 19: le senescaudie.--_Mss. A 8, 15_: la seneschaucie.

P. 222, l. 22: traitte.--_Mss. A 8, 15_: traitres.

P. 222, l. 26: l’arons.--_Ms. A 8_: l’auront.

P. 223, l. 1: sen entente.--_Mss. A 8, 15_: son entencion.


§ =557=. Quant li compagnon.--_Ms. d’Amiens_: Quant li compaignon
entendirent che langage, si ne furent mies bien asseuret, car il
n’estoient mies bien à jeu parti contre les Franchois. Si se tinrent
sus leur garde dou mieux qu’il peurent. Or avint que, droit au cinqime
jour que ces parolles eurent esté, messires Perducas de Labreth, à
toutte une grant routte de compaignons, dubt passer par Montalben, car
li passaiges estoit par là pour entrer en la prinçauté. Si le fist
asavoir à chiaux de le ville. Quant messires Robers Ceni et li autre
compaignon qui là se tenoient pour enclos, entendirent ces nouvelles,
si en furent mout recomforté, et mandèrent tout secretement à
monseigneur Perducas de Labreth le couvenant des Franchois, et coumment
il les avoient assegiés et les manechoient durement, et quelx gens il
estoient, et quelx capitainnes ilz avoient.

Quant messires Perdukas de Labret entendi chou, si n’en fu de noient
effraés, mès requeilla ses compaignons de tous lés et s’en vint bouter
par dedens Montalben, où il fu rechups à grant joie; et encorres
l’enfourmèrent il plus plainnement dou fait, si comme vous avés oy
chy dessus. Lors eurent il d’acort que l’endemain il s’armeroient
tout à cheval, et se metteroient hors de la ville et s’adrecheroient
vers l’ost des Franchois, et leur prieroient que paisieulement les
laisseroient passer; et, s’il ne voulloient chou faire et que combattre
les couvenist, il saventu[re]roient et venderoient chierement. Tout
enssi qu’il ordonnèrent, il fissent. A l’endemain, il s’armèrent et
sonnèrent leurs trompettes, et montèrent tout à cheval et wuidièrent
hors de Montalben. Ja estoient armé li Franchois pour l’effroy qu’il
avoient veu et oy, et tous rengiés et mis devant le ville, et ne
pooient passer les Compaignes fors parmy yaux. Adonc se missent tout
devant messires Perducas de Labreth et messires Robers Cheni, et
veurent parlementer as Franchois et priier que on les laissast passer
paisieulement; mès il respondirent qu’il n’avoient cure de leurs
parlemens, et qu’il ne passeroient fors parmy les pointez de leurs
glaives et de leurs espées, et escriièrent tantost leurs cris, et
dissent: «Avant! Avant à ces pilleurs qui pillent et robent le monde et
vivent sans raison!»

Quant les Compaignes virent que c’estoit à certes, et que combattre
les couvenoit ou mourir à honte, si descendirent tantost jus de leurs
chevaux, et se rengièrent et ordonnèrent tout à piet moult faiticement,
et atendirent les Franchois, qui vinrent sus yaux moult hardiement, et
se missent ossi devant yaux tout à piet. Là commencièrent à traire, à
lanchier et à estechier li ung à l’autre grans cops et appers, et en
y eut pluisseurs abatus des uns et des autres, de premières venues.
Là eut grant bataille, forte et dure et bien combatue, et tamaintes
appertises d’armes faittes, tamaint chevalier et tamaint escuier
reverssé et jetté par terre. Touttesfois, li Franchois estoient trop
plus que les Compaignes, bien troy contre ung: si n’en avoient mie
le pieur parchon. Et reboutèrent à ce coummenchement les Compaignes
bien avant jusques dedens le fort de Montalben, où, au rentrer dedens,
eut maint homme mis à meschief. Et ewissent eu là les Compaignes, ce
c’adonc en y avoit, trop fort temps; mès messires Jehans Trivés, qui
cappitainnes estoit de le ville, fist armer touttes mannierres de
gens, et coummanda sus le hart que chacuns, à son loyal pooir, aidast
les compaignons et qu’il estoient homme au prinche. Dont s’armèrent
tout chil de le ville, et missent en conroy avoecques les Compaignes,
et se boutèrent en l’escarmuche. Et meysmement les femmes de le ville
montèrent en leurs logez et en leurs solliers, pourveuwes de pièrez et
de caillaux, et coummenchièrent à jetter sus ces Franchois si fort et
si royt, qu’il estoient tout ensonniiet d’iaux targier pour le get dez
pièrez, et en blechièrent pluisseurs et reculèrent par forche. Dont se
resvigurèrent li compaignon qui furent ung grant temps en grant peril,
et envaïrent fierement les François. Si vous di qu’il y eut là fait
otant de belles appertises d’armes, de prisses et de rescousses, que on
n’avoit veu en grant temps, car les Compaignes n’estoient c’un petit.
Si se prendoient si priès de bien faire que c’estoit merveillez, et
reboutèrent leurs ennemis, par force d’armes, tous hors de le ville.

Et avint, entroes que on se combatoit, que une routte de Compaingnes,
que li bours de Breteul et Naudon de Bagerant menoient, où il avoit
bien quatre cens combatans, se boutèrent par derière en le ville; et
avoient cevauchiet toutte le nuit en grant haste pour là estre, car
on leur avoit donnet à sentir que li Franchois avoient assegiet leurs
compaignons dedens Montalben. Si vinrent tout à point à le bataille.
Là eut de rechief grant hustin et dur, et furent li Franchois, par
ces nouvelles gens, fierement assailli et combatu. Si dura chils
puigneis et chils estours, de l’eure de tierce jusques à basse nonne.
Finalement, li Franchois furent desconfi et mis en cache, et chil
tout euwireux, qui peurent partir, monter à cheval et aller leur
voie. Là furent pris li comtes de Nerbonne, messires Guis d’Azay, li
sires de Montmorillon, messire Renaus des Huttez, messires Guillaumes
Brandins, messires Jehans Rollans, li senescaus de Carcasonne, li
senescaux de Biauquaire et plus de cent chevaliers, que de Franche,
que de Prouvenche, que des marches là environ, et mains bons escuiers
et mains riches bourgois de Toulouse, de Montpellier, de Nerbonne et
de Carcasonne. Et encorres en ewissent il plus pris, se il ewissent
cachiet, mès il n’estoient q’un peu de gens ens ou regart dez
Franchois, et tout mal monté et foiblement. Si ne s’osèrent aventurer
plus avant, mès se tinrent à chou qu’il eurent. Celle bataille de
Montalben fu le vegille Nostre Damme, en le moiienné d’aoust, l’an de
grasce mil trois cens soissante six. Fº 141.

P. 223, l. 4: li compagnon.--_Ms. A 8_: les Compaignes. Fº 272 vº.

P. 223, l. 5: asseguret.--_Mss. A_: asseurez.

P. 223, l. 10: parmi.--_Ms. A 8_: par.

P. 223, l. 25: eurent.--_Mss. A 6, 8, 15_: furent.

P. 224, l. 8 et 9: les Compagnes.--_Ms. A 8_: ces compaignons.

P. 224, l. 19: les Compagnes.--_Ms. A 8_: ces compaignons.

P. 224, l. 26: estechier.--_Mss. A 8, 15_: chacier.

P. 225, l. 11: conroy.--_Mss. A 8, 15_: arroy. Fº 273.

P. 225, l. 13: loges.--_Mss. A 8, 15_: logis.

P. 225, l. 15: roit.--_Mss. A 8, 15_: roidement.

P. 225, l. 16: ensonniet.--_Mss. A 8, 15_: embesoingniez.

P. 225, l. 18: se resvigurèrent.--_Mss. A 6, 8, 15_: se rasseurèrent.
Fº 260 vº.

P. 225, l. 24 et 25: Si se prendoient priès.--_Mss. A 6, 8, 15_: Sy se
penoit chascun.

P. 226, l. 3: sentir.--_Mss. A_: entendre.

P. 226, l. 4: dedens.--_Mss. A 6, 8, 15_: de.

P. 226, l. 7: cilz puigneis et cilz estours.--_Ms. A 6_: ces batailles.
Fº 261.--_Mss. A 8, 15_: celle bataille.

P. 226, l. 10: ewireus.--_Mss. A 6, 8, 15_: eureux.

P. 226, l. 11 à 14: li contes... Biaukaire.--_Ms. B 6_: le visconte de
Narbonne, le visconte de Thalar, le visconte de Villaine, le visconte
d’Uzez, messire Guy d’Azay et plus de cent et cinquante chevaliers
furent prins. Fº 677.

P. 226, l. 22: en le mi aoust.--_Mss. A 6, 8_: en aoust.


§ =558=. Apriès la desconfiture.--_Ms. d’Amiens_: Apriès le
desconfiture et le prise des dessus dis, messires Perducas de Labret,
messires Robers Ceni, messires Jehans Trivés, messires Robers
d’Aubetière, li bours de Bretuel, Naudon de Bagerant et leur routtes
departirent leur butin et tout leur gaaing, dont il eurent grant
fuison. Et tout chil qui prisonnier avoient, il leur demouroit et en
pooient faire leur prouffit, ranchonner ou quitter, si les volloient,
dont il leur fissent très bonne compagnie, et les ranchonnèrent
courtoisement, chacun seloncq son estat et son affaire, et encorres
plus doucement par tant que ceste avenue leur estoit venu soudainement
par biau fait d’armez. Et les recrurent tous, petit s’en falli, et leur
donnèrent terme de raporter leur raenchon à Bourdiaux et ailleurs,
où bon leur sambla. Et se parti chacuns et revint en son pays, et
les Compaignes s’en allèrent deviers monseigneur le prinche, qui les
rechupt liement et les vit vollentiers, et les envoyea logier en ung
pays c’on apelle Bascle, entre lez montaignes.

Or vous diray qu’il avint de leurs prisonniers qu’il avoient ranchonnés
et recrus. Li pappes Urbains fu emfourmés de le besoingne et coumment
li comtes de Nerbonne, li senescaux de Toulouse, chilx de Biauquaire
et de Carcasonne, et li bon chevalier et escuier et les gens d’armes
de ces senescaudies avoient estet ruet jus par les Compaignes, que li
pappes tenoit en sentensce et excumeniiés et pour mauvais crestiiens,
car il destruisoient sainte crestieneté sans raison. Si deffendi à tous
chiaux qui pris avoient esté et qui raenchon devoient, sus à estre
excumeniiés, remforchiet et ragrevet et sans pardon, que de leurs
compositions il n’en payassent riens, et les dispenssa de leurs fois
et de leurs sieremens. Enssi furent quittes cil seigneur, chevalier
et escuier, qui avoient estet pris à Montalben, et n’osèrent brisier
le coummandement dou pappe. Si vint as pluisseurs bien à point, et
as Compaignes moult mal, qui s’estoient atendu à avoir argent et le
quidoient avoir pour faire leurs besoingnes, yaux armer, monter et
appareillier enssi que compaignon de gherre. Se leur vint moult à
contraire ceste ordounnanche dou pappe, et s’en complaindirent par
pluisseurs foix à monseigneur Jehan Camdos, qui estoit connestablez
d’Acquittainne et regars dessus touttez les gens d’armes, et li
priièrent qu’il leur en volsist faire avoir raison; mès il s’en
excuzoit bellement deviers yaux, et disoit que ses seignouries n’estoit
mies si avant que d’arguer ne constraindre le chief de l’Eglise, le
Saint Père qui est Dieu en terre. Enssi furent li compaignon trompet de
leurs prisounniers, mès bien leur proumetoient, se jammès resceoient en
leurs dangiers, qu’il leur feroient paiier double raenchon de deniers
appareilliés, encorres, se pour tant il pooient finner. Fºs 141 et 142.

P. 227, l. 6: avenue.--_Ms. A 7_: aventure. Fº 272.

P. 227, l. 8: petit s’en fallirent.--_Ms. A 6_: partie s’en ralèrent.
Fº 261.--_Les mss. A 6, 8, 15 ajoutent_: sur leurs foys.

P. 228, l. 14: touchoit.--_Mss. A 6, 8, 15_: tournoient Fº 271 vº.

P. 228, l. 14: pillerie.--_Le ms. A 15 ajoute_: et à villenie. Fº 300.

P. 228, l. 15: aultre cose.--_Le ms. B 6 ajoute_: Sy s’en vinrent
logier et rafreschir sur le rivière de Dourdonne et se tinrent là ung
grant tamps, du mois d’auoust jusques à l’entrée de jenvier. Fº 678.


§ =559=. Nous parlerons.--_Ms. d’Amiens_: Moult fist li prinches de
Galles grant appareil et grosses pourveanches pour aller en ce voiaige,
car il savoit bien et entendoit assés que li roys Henris se pourveoit
grandement de l’autre lés.

Or vint en celle saison à Bourdiaux, par deviers le prinche, James, li
roys de Mayogres: enssi se faisoit il nommer, mès riens n’y tenoit,
quoyqu’il en ewist estet filx dou roy, car li roys d’Aragon tenoit
et avoit tenu de loncq tamps le royaumme de Mayogres, et avoit jadis
par force conquis le pays et pris le père de ce roy et fait morir,
et son fil tenut en prison. Si en estoit escappés et allés à Naples,
et [avoit] espousé la roynne de Naples. Dont, quant il oy dire que
li prinches s’esmouvoit pour aller en Espaigne sus le roy Henry, qui
estoit d’acort au roy d’Arragon, son ennemy, si s’avisa qu’il se
trairoit deviers lui et li remousteroit ses besoingnes, et à quel tort
li roys d’Arragon li avoit ochis son père et tenoit son royaumme. Et
sentoit le prinche si grant, si noble et si puissant, que par lui
recouveroit il sen hiretaige, siques, quant il fu venus à Bourdiaux,
li prinches li fist grant chière et le rechut bellement et liement,
et li proummist qu’il feroit son plain pooir de reconcquerre le
royaumme de Mayogrez sus le roy d’Arragon, tantost apriès le voiaige
d’Espaingne. Et le retint li princhez dallés lui à une grant somme de
gens, et li asigna certainne revenue sus ses coffres pour aidier à
paiier ses menus frès, et li fist très bonne compaignie en tous estas.
Fº 142 vº.

P. 229, l. 1: Selevestre.--_Mss. A 8, 15_: Sevestre. Fº 273 vº.

P. 229, l. 2: dou Bruel.--_Ms. A 15_: de Bueil. Fº 300.

P. 229, l. 2: Lakonet.--_Ms. A 15_: Lacouet et monseigneur Eustace de
la Houssoie.

P. 229, l. 8 à 16: Ossi il... sur ce.--_Ms. B 6_: En che tamps que
li parlement sont en Engleterre par usaige, et toudis à le Saint
Miquiel, envoia le prinche de Galles lettres au roy son père et à
son consail que jusques à quatre cens lanches et mil archiers on luy
fesist envoiier, pour renforchier son armée. Le roy d’Engleterre et son
consail le firent très vollentiers, car ilz sentoient que il estoit
vaillans et bien fortuné chevalier. Sy ordonna que le frère du prinche
yroit, nommé Jehan de Lenclastre, et en prist la cherge des gens
d’armes et des archiers, et dist que il volloit aller en che voiage
aveeques son frère le prinche. De che ly seurent le roy et la roynne
et les barons d’Engleterre moult grant gré, et se ordonna et fist ses
pourveanches pour monter au havre de Hantonne et ariver en Bretaigne.
Fº 681.

P. 229, l. 13: une.--_Le ms. A 8 ajoute_: grant. Fº 274.

P. 229, l. 21: ce dit.--_Ms. A 8_: du dit.

P. 229, l. 25 et 26: moullier.--_Mss. A_: femme. _Ms. A 7_, fº 272 vº.

P. 229, l. 31: avoit son père mort.--_Mss. A 8, 15_: avoit fait morir
son père.

P. 230, l. 4: plaisirent.--_Mss. A 6, 8, 15_: pleurent.

P. 230, l. 5: en le cité de Bourdiaus.--_Ms. B 6_: en l’eglise des
Augustins dehors les murs de Bourdiauls. Fº 680.

P. 230, l. 30: pluiseurs.--_Le ms. A 8 ajoute_: consaulx et.

P. 231, l. 4: Dieu.--_Les mss. A 8, 15 ajoutent_: entreprendre et.

P. 231, l. 11: poeent.--_Mss. B 4, A 15_: pevent. Fº 272.--_Ms. A 7_:
povoient. Fº 273.--_Mss. A 6, 8_: pourroient.

P. 231, l. 15: faire.--_Les mss. A 6, 8, 15 ajoutent_: leur exploit et.

P. 232, l. 1: aïr.--_Mss. A 6, 8, 15_: courroux.

P. 232, l. 4: le.--_Mss. B 3, 4 et mss. A_: lui, li.

P. 232, l. 13: manières.--_Mss. A_: estas.

P. 232, l. 22: ce sace.--_Mss. A 6, 8, 15_: ce scay je.

P. 233, l. 5: le ponée.--_Mss. A 1 à 7_: la pensée.--_Ms. B 3_: la
manière. Fº 286.--_Ms. B 4_: l’estat. Fº 272 vº.--_Ms. A 15_: les
posnées. Fº 301.

P. 233, l. 6: amirent... ont amiré.--_Ms. B 4 et mss. A_: aiment, ont
aimé.--_Ms. B 3_: prisent... ont prisé.

P. 233, l. 28 et 29: grignes.--_Ms. B 3_: haynes. Fº 286.

P. 234, l. 5: ne chierirent.--_Mss. A 1 à 6, 8, 11 à 29_: n’amèrent.

P. 234, l. 8: cose.--_Le ms. A 15 ajoute_: pour lors. Fº 301 vº.


FIN DES VARIANTES DU TOME SIXIÈME.




TABLE.


  CHAPITRE LXXXIV.

  1360. Traité de Brétigny.--_Sommaire_, p. I à XVIII.--_Texte_, p. 1
    à 59.--_Variantes_, p. 237 à 256.

  CHAPITRE LXXXV.

  1360 et 1361. Formation de la Grande Compagnie.--1360, 28
    décembre. Prise du Pont-Saint-Esprit.--1362, 6 avril. Bataille
    de Brignais.--_Sommaire_, p. XVIII à XXXV.--_Texte_, p. 59 à
    76.--_Variantes_, p. 256 à 271.

  CHAPITRE LXXXVI.

  1361. Mort du duc de Lancastre.--Mort du duc de Bourgogne et
    partage de sa succession.--1362. Mort du pape Innocent VI et
    élection d’Urbain V.--Voyage et séjour du roi Jean à la cour
    d’Avignon.--Création de la principauté d’Aquitaine en faveur
    du prince de Galles et arrivée d’Édouard dans sa nouvelle
    principauté.--_Sommaire_, p. XXXVI à XLI.--_Texte_, p. 76 à
    82.--_Variantes_, p. 271 à 277.

  CHAPITRE LXXXVII.

  1363. Arrivée et séjour de Pierre Ier, roi de Chypre, à
    Avignon.--Projet de croisade.--Traité conclu entre Édouard III et
    les quatre otages des Fleurs de Lis.--Voyages du roi de Chypre à
    Paris, en Normandie et en Angleterre.--1364. Retour de Jean II
    à Londres.--Voyage de Pierre Ier en Aquitaine.--Mort du roi de
    France à Londres et avénement de Charles V.--_Sommaire_, p. XLI à
    XLIX.--_Texte_, p. 82 à 99.--_Variantes_, p. 277 à 290.

  CHAPITRE LXXXVIII.

  1364. Prise de Mantes et de Meulan (7 et 11 avril).--Bataille de
    Cocherel (16 mai).--Couronnement de Charles V (19 mai).--Campagne
    du duc de Bourgogne en Beauce (juin).--Siége et reddition de
    la Charité.--_Sommaire_, p. XLIX à LXVII.--_Texte_, p. 100 à
    148.--_Variantes_, p. 290 à 322.

  CHAPITRE LXXXIX.

  1364, 29 septembre. Bataille d’Auray.--1365, 12 avril. Traité de
    Guérande.--_Sommaire_, p. LXVII à LXXVIII.--_Texte_, p. 148 à
    183.--_Variantes_, p. 322 à 353.

  CHAPITRE XC.

  1365, octobre-1366, mai. Expédition de du Guesclin et des
    Compagnies en Espagne.--1366, 5 avril. Don Pèdre est détrôné et
    don Henri, comte de Trastamare, est proclamé roi de Castille.--14
    août. Victoire remportée par les Compagnies anglo-gasconnes
    près de Montauban.--23 septembre. Traité d’alliance entre le
    prince d’Aquitaine et de Galles, don Pèdre et le roi de Navarre;
    préparatifs militaires du prince de Galles et démêlés avec le
    sire d’Albret.--_Sommaire_, p. LXXIX à XCVI.--_Texte_, p. 183 à
    234.--_Variantes_, p. 353 à 382.


FIN DE LA TABLE DU TOME SIXIÈME.


Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.