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LE TOUR DU MONDE
IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE
Rue de Fleurus, 9, à Paris
LE TOUR DU MONDE
NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES
PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE M. ÉDOUARD CHARTON
ET ILLUSTRÉ PAR NOS PLUS CÉLÈBRES ARTISTES
1860
DEUXIÈME SEMESTRE
LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie
PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77
LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND
LEIPZIG, 15, POST-STRASSE
1860
TABLE DES MATIÈRES.
UN MOIS EN SICILE (1843.--Inédit.), par M. Félix BOURQUELOT.
Arrivée en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments
de Palerme. -- La cathédrale de Monreale. -- De Palerme à
Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de
Ségeste. -- Trapani. -- La sépulture du couvent des capucins. --
Le mont Éryx. -- De Trapani à Girgenti. -- La Lettica. --
Castelvetrano. -- Ruines de Sélinonte. -- Sciacca. -- Girgenti
(Agrigente). -- De Girgenti à Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.
-- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlèvement de
Proserpine. -- De Castrogiovanni à Syracuse. -- Calatagirone. --
Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse à Catane. -- Lentini. --
Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --
Retour à Naples. 1
VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),
dessins inédits de M. Jules LAURENS.
Arrivée à Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le
Tchéhar-Bâgh. -- Le collége de la Mère du roi. -- La mosquée du
roi. -- Les quarante colonnes. -- Présentations. -- Le pont du
Zend-è-Roub. -- Un dîner à Ispahan. -- La danse et la comédie. --
Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan à Kaschan. -- Kaschan. --
Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses
scorpions. -- Une légende. -- Les bazars. -- Le collége. -- De
Kaschan à la plaine de Téhéran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --
Le pont du Barbier. -- Le désert de Khavèr. -- Houzé-Sultan. --
La plaine de Téhéran. -- Téhéran. -- Notre entrée dans la ville.
-- Notre habitation. 16
Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions à
Téhéran. -- Température. -- Longévité. -- Les nomades. -- Deux
pèlerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le
laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.
-- Les fiançailles. -- Le divorce. -- La journée d'une Persane.
-- La journée d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de
politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les
chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:
drames historiques. -- Épilogue. -- Le Démavend. -- L'enfant qui
cherche un trésor. 34
VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE
(1858-1859); dessins inédits de M. A. de BÉRARD.
L'île Saint-Thomas. -- La Jamaïque: Kingston; Spanish-Town; les
_réserves_; la végétation. -- Les planteurs et les nègres. --
Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des négresses. --
Avenir des mulâtres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.
-- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une
sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --
Sainte-Marthe. -- Carthagène. -- Le chemin de fer de Panama. --
Costa Rica: San José; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --
Greytown. 49
VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le
Télémark et l'évêché de Bergen.) (1858.--Inédit.)
LE TÉLÉMARK. -- Christiania. -- Départ pour le Télémark. -- Mode
de voyager. -- Paysage. -- La vallée et la ville de Drammen. --
De Drammen à Kongsberg. -- Le cheval norvégien. -- Kongsberg et
ses gisements métallifères. -- Les montagnes du Télémark. --
Leurs habitants. -- Hospitalité des _gaards_ et des _sæters_. --
Une sorcière. -- Les lacs Tinn et Mjös. -- Le Westfjord. -- La
chute du Rjukan. -- Légende de la belle Marie. -- Dal. -- Le
livre des étrangers. -- L'église d'Hitterdal. -- L'ivresse en
Norvége. -- Le châtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et
Bandak. -- Le ravin des Corbeaux. 65
--_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intérieure. --
Retour à Christiania par Skien. 82
L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN. -- La presqu'île de Bergen. -- Lærdal. -- Le
Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vöringfoss. -- Le
Hardangerfjord. -- De Vikoër à Sammanger et à Bergen. 85
VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE
(1860.--Texte et dessins inédits.)--Lettre au Directeur du _Tour
du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).
D'ALEXANDRIE À SOUAKIN. -- L'Égypte. -- Le désert. -- Le simoun.
-- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qosséir. --
Djambo. -- Djeddah. 97
VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Inédit.)
Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosquées. --
L'Albanais Rabottas. -- Préparatifs de départ. -- Vasilika. --
Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.
Gédéon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --
Kariès et la république de l'Athos. -- Le voïvode turc. -- Le
peintre Anthimès et le pappas Manuel. -- M. de Sévastiannoff. 103
Ermites indépendants. -- Le monastère de Koutloumousis. -- Les
bibliothèques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les
peintres modernes. -- Le monastère d'Iveron. -- Les carêmes. --
Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un
Vroukolakas. -- Les bibliothèques. -- Les mulets. -- Philotheos.
-- Les moines et la guerre de l'Indépendance. -- Karacallos. --
L'union des deux Églises. -- Les pénitences et les fautes. 114
La légende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --
Théodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'Église
grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxès. -- Les monastères
bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La légende du peintre. --
Beauté du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --
Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xénophon. -- La
pêche aux éponges. -- Retour à Kariès. -- Xiropotamos, le couvent
du Fleuve Sec. -- Départ de Daphné. -- Marino le chanteur. 130
VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos
et les attoles ou îles de coraux.--(1838).
L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables
cratères. -- Aspect bizarre de la végétation. -- L'île Chatam. --
Colonie de l'île Charles. -- L'île James. -- Lac salé dans un
cratère. -- Histoire naturelle de ce groupe d'îles. --
Mammifères; souris indigène. -- Ornithologie; familiarité des
oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;
tortues de terre; leurs habitudes. 139
Encore les tortues de terre; lézard aquatique se nourrissant de
plantes marines; lézard terrestre herbivore, se creusant un
terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel où ils
remplacent les mammifères. -- Différences entre les espèces qui
habitent les diverses îles. -- Aspect général américain. 146
LES ATTOLES OU ÎLES DE CORAUX. -- Île Keeling. -- Aspect
merveilleux. -- Flore exiguë. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.
-- Insectes. -- Sources à flux et reflux. -- Chasse aux tortues.
-- Champs de coraux morts. -- Pierres transportées par les
racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --
Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --
Profondeur à laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces
parsemés d'îles de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --
Barrières. -- Franges de récifs. -- Changement des franges en
barrières et des barrières en attoles. 151
BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet. 159
VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI
(1830-1839).
Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le
paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pêche. -- Si les
poissons morts sont bons à manger. -- La sorcière Agrippine. --
Mon premier voyage. -- Killæm et ses environs. -- Malheurs. --
Les Yakoutes. -- La chasse et la pêche. -- Yakoutsk. -- Mon
premier emploi. -- J'avance. -- Dernières recommandations de ma
mère. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudskoï. -- Mes bagages. --
Campement. -- Le froid. -- La rivière Outchour. -- L'Aldan. --
Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'Ægnæ. -- Un Tongouse
qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --
Ascension du Diougdjour. -- Stratagème pour prendre un oiseau. --
La ville d'Oudskoï. -- La pêche à l'embouchure du fleuve Ut. --
Navigation pénible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --
Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour à Oudskoï et à
Yakoutsk. 161
Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois pétrifié. -- Le Sountar. --
Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.
-- Population. -- Caractères. -- Aptitudes. -- Les femmes
yakoutes. 177
DE SYDNEY À ADÉLAÏDE (Australie du Sud), notes extraites d'une
correspondance particulière (1860).
Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste
des anciens maîtres du sol. -- Navigation sur le Murray. --
Frontières de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le
Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adélaïde.
-- Culture et mines. 182
VOYAGES ET DÉCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur
BARTH (1849-1855).
Henry Barth. -- But de l'expédition de Richardson. -- Départ. --
Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le désert. -- Le palais des démons. --
Barth s'égare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --
Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --
Frontières de l'Asben. -- Extorsions. -- Déluge à une latitude où
il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du désert. -- Sombre vallée
de Taghist. -- Riante vallée d'Auderas. -- Agadez. -- Sa
décadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir
despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la
girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchéna;
Barth est prisonnier. -- Pénurie d'argent. -- Kano. -- Son
aspect, son industrie, sa population. -- De Kano à Kouka. -- Mort
de Richardson. -- Arrivée à Kouka. -- Difficultés croissantes. --
L'énergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux
courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description
de la ville, son marché, ses habitants. -- Le Dendal. --
Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad. 193
Départ. -- Aspect désolé du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le
mont Délabéda. -- Forgeron en plein vent. -- Dévastation. --
Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --
Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive
force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bénoué. --
Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Ouélad-Sliman.
-- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Ngégimi
ou Ingégimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --
Razzia. -- Nouvelle expédition. -- Troisième départ de Kouka. --
Le chef de la police. -- Aspect de l'armée. -- Dikoua. -- Marche
de l'armée. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beauté du
pays. -- Chasse à l'homme. -- Erreur des Européens sur le centre
de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --
Entrée dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traversée du
Chari. -- À travers champs. -- Défense d'aller plus loin. --
Hospitalité de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrêté. -- On lui met
les fers aux pieds. -- Délivré par Sadik. -- Maséna. -- Un
savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --
Cortége du sultan. -- Dépêches de Londres. 209
De Katchéna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs
remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route périlleuse.
-- Activité des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche
forcée de trente heures. -- L'émir Aliyou. -- Vourno. --
Situation du pays. -- Cortége nuptial. -- Sokoto. -- Caprice
d'une boîte à musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier
d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Désolation et fécondité.
-- Zogirma. -- La vallée de Foga. -- Le Niger. -- La ville de
Say. -- Région mystérieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --
Fin du rhamadan à Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau
partout. -- Barth déguisé en schérif. -- Horreur des chiens. --
Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --
Prières pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites
importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou
Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --
Irritation croissante. -- Sus au chrétien! -- Les Foullanes
veulent assiéger la ville. -- Départ. -- Un preux chez les
Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs désespérantes. -- Gogo.
-- Gando. -- Kano. -- Retour. 226
VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE
(1850-1852.--Inédit).
Arrivée à San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Départ
pour les placers. -- Le claim. -- Première déception. -- La
solitude. -- Mineur et chasseur. -- Départ pour l'intérieur. --
L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivité. --
Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.
-- Délivrance. 242
VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le
capitaine Henri YULE, du corps du génie bengalais (1855).
Départ de Rangoun. -- Frontières anglaises et birmanes. -- Aspect
du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magwé. -- Musique,
concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur
exploitation. -- Un monastère et ses habitants. -- La ville de
Pagán. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrivée à
Amarapoura. 258
Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'éléphant blanc. --
Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du
roi. -- Présents offerts et reçus. -- Le prince héritier
présomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --
Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les
dames birmanes. 273
Comment on dompte les éléphants en Birmanie. -- Excursions autour
d'Amarapoura. -- Géologie de la vallée de l'Irawady. -- Les
poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et
autres peuples indigènes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les
Birmans et chez les Karens. -- Fêtes birmanes. -- Audience de
congé. -- Refus de signer un traité. -- Lettre royale. -- Départ
d'Amarapoura et retour à Rangoun. -- Coup d'oeil rétrospectif sur
la Birmanie. 280
VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine
BURTON (1857-1859).
But de l'expédition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --
Aspect de la côte. -- Un village. -- Les Béloutchis. -- Ouamrima.
-- Fertilité du sol. -- Dégoût inspiré par le pantalon. -- Vallée
de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de
l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidité. -- Zoungoméro. --
Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Métis
arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --
Ânes de selle et de bât. -- Chaîne de l'Ousagara. --
Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --
Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisième
rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --
L'Ougogi. -- Épines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosité des
indigènes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrasée. --
Coup d'oeil sur la vallée d'Ougogo. -- Aridité. -- Kraals. --
Absence de combustible. -- Géologie. -- Climat. -- Printemps. --
Indigènes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Forêt
dangereuse. 305
Arrivée à Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --
Établissements des Arabes. -- Leur manière de vivre. -- Le Tembé.
-- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --
Une journée de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --
Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Séjour à Kazeh. -- Avidité des
Béloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.
-- Jolies fumeuses. -- Le Mséné. -- Orgies. -- Kajjanjéri. --
Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beauté de la
Terre de la Lune. -- Soirée de printemps. -- Orage. -- Faune. --
Cynocéphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --
Ouanyamouézi. -- Toilette. -- Naissances. -- Éducation. --
Funérailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --
Ordalie. -- Région insalubre et féconde. -- Aspect du Tanganyika.
-- Ravissements. -- Kaouélé. 321
Tatouage. -- Cosmétiques. -- Manière originale de priser. --
Caractère des Ouajiji; leur cérémonial. -- Autres riverains du
lac. -- Ouatata, vie nomade, conquêtes, manière de se battre,
hospitalité. -- Installation à Kaouélé. -- Visite de Kannéna. --
Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de
pêcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Côte inhospitalière.
-- L'île d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des
Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempête. -- Retour. 337
FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.
Andrea DEBONO (1855) 348
VOYAGE À L'ÎLE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).
Départ de New-York. -- Une nuit en mer. -- Première vue de Cuba.
-- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.
-- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'hôtel Le
Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier
pauvre à la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms à la
Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intérieur de
l'île. -- La végétation. -- Les champs de canne à sucre. -- Une
plantation. -- Le café. -- La vie dans une plantation de sucre.
-- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour à la Havane. -- La
population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystères de
l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat. 353
EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).
Le pic de Belledon. -- Le Dauphiné. -- Les Goulets. 369
Les gorges d'Omblèze. -- Die. -- La vallée de Roumeyer. -- La
forêt de Saou. -- Le col de la Cochette. 385
EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Élisée RECLUS (1850-1860).
La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de
Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Bérarde. -- Le col
de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village
des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des
habitants. 402
LISTE DES GRAVURES. 417
LISTE DES CARTES. 422
ERRATA. 427
[Illustration: Habitants de la Havane.--Dessin de Pottin.]
VOYAGE À L'ÎLE DE CUBA,
PAR M. RICHARD DANA[1].
1859
[Note 1: _To Cuba and back._--By Richard Henry Dana.
Londres, 1859.--M. Richard Dana est un auteur américain qui a
conquis aux États-Unis une immense popularité par un petit
livre intitulé: _Deux ans devant le mât_, où se trouve
dépeinte l'existence d'un simple matelot. M. Dana avait voulu
mener lui-même cette vie d'aventure, et ce sont ses propres
souvenirs qu'il consigne dans ce curieux volume que tout le
monde a lu en Amérique et en Angleterre. Son livre actuel sur
Cuba est le deuxième ouvrage sorti de sa plume; nous en
présentons une sorte de résumé, où de longs extraits
littéraux sont reliés par quelques parties abrégées.]
Départ de New-York. -- Une nuit en mer. -- Première vue de Cuba.
-- Le Morro.
Le samedi, 12 février 1859, je quitte New-York sur le paquebot-poste
américain _Cahawba_; nous passons devant les hauteurs de Neversink. La
nuit descend sur la mer, triste, froide et neigeuse; nos signaux, l'un
rouge, l'autre blanc, le troisième vert, brillent dans les
brouillards; la chaudière jette sa rouge lueur, gaie ou terrible,
suivant l'humeur du spectateur; les longues lames lèvent ou abaissent
la poupe et la proue et balancent le navire à droite et à gauche; les
cloches commencent à sonner sur leur ton étrange les demi-heures;
l'humidité et la nuit chassent tout le monde sous le pont: notre
première nuit de mer a commencé.
Le lendemain, nous ne faisons aucune rencontre, nous voyons seulement
le steamer _Columbia_, en route pour Charleston, qui disparaît bientôt
derrière l'horizon. Nous passons le cap Hatteras; il fait nuit et le
phare de Hatteras lance sa brillante aigrette de lumière jusqu'à
trente milles de distance sur cette mer, où tant de marins ont trouvé
leur tombeau. Nous approchons bientôt du Gulf-Stream. On jette un seau
à la mer pour en tirer de l'eau, elle marque 42° Fahrenheit; quinze
minutes après on le jette de nouveau, et elle marque déjà 72°. Nous
sommes dans le Gulf-Stream[2]. Dès le lendemain, nous l'avions déjà
franchi; deux fois encore nous le traversons pour arriver en face du
cap de la Floride.
[Note 2: «Les eaux de l'Océan se réchauffent
naturellement dans le golfe du Mexique et la mer des
Antilles; elles donnent ainsi naissance à un torrent d'eau
chaude qui, sous le nom de _Gulf-Stream_, va se précipiter
sur les récifs de l'archipel de Bahama, coule le long de la
côte de Floride, et conserve une direction parallèle à la
côte d'Amérique, en ne s'éloignant que fort peu, jusqu'à la
hauteur du cap Hatteras. Là, rencontrant le courant d'eau
froide venu du nord et le grand banc de Terre-Neuve, il
s'élargit, gagne en surface, s'élève vers le nord, puis sa
bande ainsi plus étendue va rejoindre les Açores, d'où elle
se courbe vers le sud, revenant à la côte d'Afrique et
recommençant le même circuit.» (Alfred MAURY, _la Terre et
l'Homme_. Hachette. 1857.)]
Rien ne peut peindre la beauté des nuits en mer dans ces latitudes
méridionales, ces clairs de lune, la mer sereine, ces brillantes
étoiles, les légers nuages emportés par les vents alizés, la douceur
de l'air et ces sensations qui s'emparent sous les tropiques de celui
qui vient de quitter la neige et les glaces de la Nouvelle-Angleterre.
Il y a dans la clarté du ciel bleu et chaud des tropiques, quelque
chose qui enlève l'étranger au sentiment de la réalité. D'où viennent
ces navires, qui sortent de la mer à l'horizon? où vont-ils quand ils
s'y enfoncent de nouveau, à l'autre bout du ciel? Ces taches bleues
qu'on aperçoit, sont-ce bien des îles à l'ancre au fond des mers, avec
des hommes, des enfants, des chevaux, des machines, des écoles, des
journaux, ou flottent-elles et sont-elles seulement visitées par les
habitants de l'air?
Le 17 février, nous apercevons pour la première fois les hauteurs de
Cuba; la première qui se montre, est le Pain de Matanzas; nous voici à
soixante milles de la Havane. Nous ne pouvons y arriver avant la nuit,
et aucun navire ne peut passer devant le _Morro_ après le coucher du
soleil. Nous apercevons la côte septentrionale de Cuba, ce ne sont pas
des bancs de sables, des plaines unies comme le long de nos États du
sud; le pays ondulé descend vers la mer et s'étage dans le lointain en
lignes de plus en plus élevées. «Voilà le Morro!»
Voilà bien, en effet, le Morro, un majestueux rocher qui s'élève
perpendiculairement de la mer, avec ses murs, ses parapets et ses
tours sur le sommet, ses bannières et ses signaux flottants et le
phare élevé qui le domine. La colline n'est pas très-haute, mais
domine entièrement la mer. Tout près est la cité, étendue le long de
la côte, avec ses maisons qui descendent jusqu'aux récifs de l'Océan.
Où est le port? où sont les quais? les voilà. Nous arrivons devant
l'entrée, profonde et étroite, qui sépare le Morro de la Punta; et par
l'entrée nous voyons le port étendu devant nous avec ses innombrables
mâts. Mais la nuit descend, le canon qui donne le signal du coucher du
soleil s'est fait entendre, nous entendons mourir les dernières
fanfares des trompettes dans les fortifications, et le phare commence
à jeter sa lueur sur la mer silencieuse, des lumières étincellent dans
la cité; il est trop tard pour pénétrer dans le port. Lentement et
comme à regret, le vaisseau tourne sa proue vers la mer, la machine
souffle lourdement, nous sommes balancés sur la mer. La Croix du Sud
est au-dessus de l'horizon; et toute la nuit deux flots de lumière
découpent leurs lignes sur la mer, l'une d'or, venant du phare;
l'autre d'argent, de la lune. Quel enchantement! qui peut regretter le
délai qui nous retient où nous sommes, et le voisinage d'un quai
vulgaire de débarquement?
Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante. -- La place
d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'hôtel Le Grand. --
Bains dans les rochers.
Au lever du soleil, nous faisons notre entrée; de tous côtés on entend
les trompettes et tambours, du Morro, de la Punta, de la longue
Cabaña, de la Casa Blanca. Quel monde de vaisseaux! les mâts sont
serrés en véritable forêt, le long de la ville, la proue tournée vers
les maisons, comme des chevaux à la mangeoire; pendant que d'autres
vaisseaux à l'ancre remplissent presque entièrement tous les passages
vers les baies qui s'étendent plus loin. Voilà le pavillon à raies
rouges et jaunes de l'Espagne; le pavillon tricolore de la grande
nation; les croix de Saint-Georges de la Grande-Bretagne; les étoiles
et les raies de la grande république, quelques pavillons de la
Hollande, du Portugal, des États du nord de l'Italie, du Brésil et des
républiques de l'Amérique centrale. Nous avançons prudemment à
l'ancre, et venons prendre place dans la baie de Régla; l'officier de
santé inspecte le navire, on examine les passeports; et peu de temps
après, me voilà installé dans une _volante_, conduit par un postillon
nègre, dans les rues étroites de cette surprenante cité.
Les rues sont si serrées et les maisons bâties si près les unes des
autres, qu'on croit être plutôt entre deux murs que dans une rue. Il
semble impossible que deux voitures puissent passer de front; elles le
font pourtant, mais il y a constamment des embarras de voitures. Dans
certains endroits, des voiles sont tendues sur la rue entière, de
maison en maison, et l'on passe sous une longue tente. Quel étrange
véhicule que la volante! une paire de longs et minces timons; à un
bout, une paire d'immenses roues, à l'autre, un cheval avec sa queue
tressée, relevée et attachée à la selle; une chaise ouverte appuyée
sur les timons, à un tiers de la distance des roues au cheval; sur le
cheval, un nègre avec de grandes bottes de postillon, de longs éperons
et une brillante jaquette: voilà la volante. C'est un véhicule commode
pour celui qui s'y trouve, mais il doit être sensiblement pénible pour
le cheval. Nous rencontrons en passant des volantes de maître,
distinguées par de riches ornements d'argent et la livrée des
postillons; quelques-unes ont deux chevaux; l'argent, la livrée, et
les longs timons, qui se balancent, une étrangeté générale, leur
donnent quelque chose de plaisant. Dans la plupart, on voit un
monsieur à demi couché, le cigare à la bouche; dans d'autres, un flot
gonflé, de mousseline bleue ou rose, étendu des deux côtés jusqu'aux
timons, et derrière, quelque indice d'une tête vivante.
Voici la place d'Armes avec son jardin plein de riches fleurs devant
le palais du gouverneur. À un des coins est la chapelle élevée sur
l'endroit où, sous les auspices de Christophe Colomb, la messe fut
pour la première fois célébrée dans l'île. Nous arrivons au _Paseo de
Isabel Segunda_, grande avenue qui s'étend de la ville à la baie, avec
deux promenades parallèles pour les voitures et deux autres pour les
piétons, toutes bordées d'arbres en pleine floraison. Nous voici
arrivés au théâtre de Tacon, et la volante s'arrête devant une ligne
de grandes maisons dont la hauteur contraste avec les autres maisons
de la ville, qui sont uniformément à un étage. Nous sommes à l'hôtel
Le Grand.
Le Grand est un Français; son hôtel est un restaurant avec des
chambres pour les voyageurs. Le restaurant est excellentes, les
chambres sont médiocres. Les lits n'ont point de matelas: on dort sur
une toile tendue, sous un filet à mosquites. Il faut fermer les
fenêtres la nuit, parce que le changement de température qui précède
l'aube pourrait être dangereux. On vous prévient aussi qu'il ne faut
pas marcher pieds nus sur le parquet, à cause d'un petit insecte nommé
_nigua_ qui pénètre dans la chair, y fait ses oeufs, et occasionne des
tourments souvent insupportables.
[Illustration: CARTE DE L'ÎLE DE CUBA par A. Vuillemin.
Gravé chez Erhard R. Bonaparte 42.]
Après dîner, je me promène le long du _Paseo de Isabel Segunda_, pour
voir la promenade qui commence à cinq heures environ et finit à la
nuit tombante. La voiture la plus ordinaire est la volante, mais il y
a des équipages dans le style anglais, avec des domestiques en livrée.
J'ai un faible pour la volante à deux chevaux. Le postillon, les longs
timons qui oscillent, l'argent prodigué dans les harnachements,
donnent à l'ensemble un style qui éclipse le respectable équipage
anglais. Les dames se promènent en grande toilette, décolletées, sans
chapeau. Les domestiques, sur les voitures, sont tous nègres. On se
promène le long du _Paseo de Isabel_, à travers le champ de Mars, et
puis sur le _Paseo de Tacon_, qui mène jusqu'à la campagne, en ligne
droite.
À huit heures je m'arrête sur la place d'Armes, un grand carré qui
s'étend devant la maison du gouverneur, pour entendre la musique
militaire de la retraite. La lune est claire et s'avance au milieu du
champ étoilé et étincelant du ciel; l'air est pur et embaumé; la
musique lance ses accords sous les palmiers et les mangos; les
promenades sont encombrées de monde, et l'on se presse autour des
voitures pour saluer les dames. Peu de dames se promènent à pied sur
la place; ce sont sans doute des étrangères. L'étiquette ne permet pas
aux dames de marcher en public à la Havane.
Je rentre lentement, pour voir la ville de nuit. Le soir est l'heure
brillante des boutiques. On fait ses achats quand le gaz est allumé.
Les volantes et les voitures vont en tous sens, s'arrêtent à la porte
des magasins. Les gardiens se tiennent au coin des rues, chacun tenant
une longue pique et une lanterne. Les cafés sont ouverts. C'est aussi
l'heure des visites.
Une étrange habitude est observée dans toutes les maisons. Dans la
chambre principale sont placées deux rangées de chaises, face à face,
trois ou quatre de chaque côté, et toujours à angle droit avec le mur
qui fait face sur la rue. En passant, on aperçoit ces rangées de
chaises. La famille et les visiteurs y prennent place méthodiquement.
Comme les fenêtres sont ouvertes, profondes et très-larges, sans
glaces, avec des barreaux très-espacés, on peut inspecter tout cet
arrangement intérieur dans tous les salons havanais, étudier la
toilette des dames, et savoir qui elles reçoivent.
On se lève de bonne heure pour jouir des meilleures heures de la
journée. On m'avait appris qu'il y a des bains creusés dans le roc,
près de la Punta. Je pars pour m'y rendre à six heures, et me promène
sous les arbres vers le Presidio; Quel est ce son retentissant? Est-ce
la cavalerie qui marcherait à pied, les sabres traînants? Non; c'est
une foule de malheureux qui se forment en ligne devant le Presidio. Ce
sont des forçats! chacun a une bande de fer rivée autour de la
cheville, une autre autour de la ceinture, et une chaîne s'attache par
les deux bouts à ces deux bandes. Ils ont ainsi le libre usage de
leurs bras et même de tout le corps, la chaîne est seulement un poids
et une marque dont ils ne peuvent se débarrasser. On la garde nuit et
jour, en travaillant, en mangeant, en dormant. Dans certains cas, deux
condamnés sont enchaînés ensemble.
[Illustration: Coolies chinois, à Cuba.--Dessin de Pelcoq d'après une
photographie.]
J'arrive aux _Baños de Mar_. Ce sont des compartiments dont chacun a
environ douze pieds carrés et six ou huit pieds de profondeur, et
coupés dans la falaise avec des escaliers de pierre; chaque
compartiment a deux ouvertures par où les flots entrent et sortent
librement. Cet arrangement est nécessaire, parce que les requins sont
si abondants, que le bain en pleine mer est fort périlleux. La beauté
du rocher, le va-et-vient de l'eau donnent beaucoup d'agrément à ces
bains, et l'eau, qui est celle du Gulf-Stream, a une température de
72° Fahrenheit. Les bains sont voûtés au sommet et fermés en partie du
côté de la terre, mais ouverts du côté de la mer, pour laisser la vue
libre; et pendant qu'on se baigne, on voit les lourds navires
flotter sur le Gulf-Stream, ce grand chemin de la mer Équinoxiale.
L'eau dans les bains se tient à une profondeur de trois à cinq pieds,
et ils sont assez grands pour qu'on puisse un peu y nager. Le fond est
en sable et en coquilles. Ces bains ont été construits aux frais de
l'État et sont libres. Quelques-uns sont réservés aux femmes, et
d'autres _per la gente de color_.
[Illustration: Vue générale de la Havane, capitale de Cuba.--Dessin de
Lancelot.]
Coolies chinois. -- Quartier pauvre à la Havane. -- La promenade
de Tacon.
Je ne fus pas longtemps à la Havane sans remarquer dans les rues et
les maisons des hommes de complexion indienne, avec de grossiers
cheveux noirs. Je demandai si c'étaient des natifs indiens ou des
hommes de sang mêlé. Non; ce sont des coolies. Leurs cheveux portés
longs et leur costume ne m'avaient point révélé les Chinois; pourtant
leurs formes et l'expression de leurs yeux auraient dû me l'indiquer.
Ce sont les victimes de ce nouveau commerce dont nous entendons tant
parler. On m'informe qu'il y en a deux cent mille à Cuba, et qu'ils y
ont été importés dans l'espace de sept ans. J'ai rencontré les
nouveaux et derniers venus en costume chinois, la tête rasée; mais la
plupart portent ensuite des pantalons, des jaquettes et des chapeaux
de paille, et laissent pousser leurs cheveux.
Je me rendis, peu de jours après mon arrivée, au _Jesus del Monte_,
pour présenter une lettre d'introduction à l'évêque. Le chemin, en
passant par la _Calzada de Jesus del Monte_, traverse une partie
misérable, je dirais volontiers la plus misérable de la Havane, par
des lignes sans fin de bouges à un étage en bois et en pisé, à peine
habitables pour des nègres, et entremêlés d'une quantité de cabarets.
Chevaux, mulets, ânes, poules, enfants, grandes personnes, tout le
monde entre par la même porte; et par derrière on découvre d'horribles
amas d'ordures. L'aspect des hommes, les chevaux attachés aux portes,
les mules avec leurs paniers de fruits et de feuilles qui descendent
jusqu'à terre, tout me parle de Gil Blas et de ce que j'ai lu sur la
vie en Espagne. Les petits négrillons s'en vont tout nus, aussi peu
soucieux de vêtements que des petits chiens. Mais c'est ce qu'on voit
dans la ville entière. Ce matin, dans la grande salle de l'hôtel Le
Grand, je voyais une dame, tout habillée de blanc et en grande
toilette, tenir par la main un petit négrillon nu de deux à trois ans,
blotti dans les plis de sa robe.
Nous commençons à nous élever sur les hauteurs de _Jesus del Monte_.
Les maisons ont meilleure apparence: elles ont toujours un seul étage,
mais sont hautes et en pierre, avec des pavés de marbre et des toits
en tuiles, des cours pleines de gazon et d'arbres; et par les grilles
des grandes fenêtres, hautes et larges, on voit un mobilier élégant,
une double rangée de fauteuils, et des dames bien mises faisant jouer
l'éventail.
Arrivé au sommet, on jouit d'une vue admirable. Voilà la Havane, ville
et faubourg; le _Morro_, avec ses batteries et son phare; la ligne de
fortifications qu'on nomme la _Cabaña_ et _Casa Blanca_; le château
d'_Ataves_, tout auprès, un parfait cône tronqué, fortifié au sommet;
le château _del Principe_, plus lointain et plus élevé, et autour de
tout cela «le désert gris et mélancolique du vieil Océan.» Non, non!
il est toujours jeune! l'Océan bleu, brillant; il donne la joie au
coeur, il inspire! Ai-je jamais contemplé une vue aussi grandiose? La
vue de Québec, du pied des cataractes de Montmorency, peut rivaliser
avec celle-ci, mais ne la dépasse pas. Pour moi, je préfère la Havane,
car rien, pas même le Saint-Laurent, si large qu'il soit, ne peut
remplacer cette mer, l'horizon sans bornes, la vue des voiles qui
brillent dans la distance, les larges contours du port, et ces longs
bras qui l'embrassent.
Je reviens par le _Paseo de Tacon_, que je parcours dans toute sa
longueur; cette promenade, bien plantée, n'a pas moins de trois milles
d'étendue; elle s'étend depuis le champ de Mars, qui est hors des
murs, à un grand jardin où il y a une fontaine et une statue, et qui
est tout rempli des arbres et des fleurs les plus admirables. Aucune
ville en Amérique ne possède une aussi belle avenue. Comme beaucoup
d'autres choses à la Havane, elle porte le nom du général Tacon, dont
l'énergie a tant fait pour la belle colonie espagnole.
Les surnoms à la Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar.
-- L'intérieur de l'île. -- La végétation.
Les Cubains ont un goût prononcé pour les noms bien ronflants. Chaque
boutique, jusqu'à la plus humble, a son nom particulier. On leur donne
les noms du soleil, de la lune, des dieux, des déesses, des demi-dieux
et des héros; des fruits, des fleurs, des pierres précieuses; des noms
favoris de femmes, avec des additions pleines de fantaisie; et enfin
les noms de toutes les perfections possibles, de tous les plaisirs des
sens et de l'esprit. Les prisons et les hôpitaux ont tous leurs noms
plus ou moins patriotiques; les douze canons du Morro ont ceux des
apôtres. Chaque ville a le nom d'un apôtre ou d'un saint, ou de
quelque objet sacré. Le nom complet de la Havane, en l'honneur de
Christophe Colomb, est _San Cristobal de la Habana_; celui de Matanzas
est _San Carlos Alcazar de Matanzas_. Il est singulier que l'île
elle-même ait défié toutes les tentatives faites pour en changer le
nom. Elle avait été solennellement baptisée de celui de _Juana_,
d'après la fille de Ferdinand et d'Isabelle; puis de _Ferdinand_,
d'après ce monarque lui-même; puis de _Santiago d'Ave Maria_, mais on
est toujours revenu au nom indien de Cuba. Pour satisfaire les goûts
hyperboliques de la race qui l'a conquise, on se contente de dire,
dans les cérémonies et les grandes occasions, _la siempre fidelisima
isla de Cuba_.
Comme il n'y a pas de plantations à voir à la Havane, je pris le parti
d'aller à Matanzas; tout autour de cette ville, les travaux sont en
pleine activité dans cette saison. Un bateau à vapeur quitte la Havane
tous les soirs à dix heures, et arrive à Matanzas avant le jour; la
distance par mer est de cinquante à soixante milles.
Le steamer part ponctuellement à dix heures et sort du port. Les eaux
noires sont illuminées par la lumière phosphorescente. Le câble qui
retient les vaisseaux à l'ancre se dessine comme un filet d'argent.
Chaque bateau, qui glisse silencieusement de vaisseau à vaisseau, de
rivage à rivage, laisse un sillon d'argent derrière son gouvernail, et
soulève à l'avant un flot argenté, pendant que les rames soulèvent de
l'argent liquide qui s'écoule et retombe dans la profondeur opaque de
l'eau. Une fois sorti du port, je m'endors et ne me réveille qu'à
trois heures du matin dans la baie de Matanzas.
Nous mettons à l'ancre à un mille environ de la jetée; de petits
bateaux viennent nous chercher et nous conduisent à la ville. Matanzas
diffère de la Havane par le genre de constructions, les voitures, les
coutumes, la largeur des rues, et a moins l'air d'une ville des
tropiques. Elle a environ vingt-cinq mille habitants, et est située au
point où deux petites rivières, le Yumuri et le San Juan, qu'on
traverse par de beaux ponts de pierre, se jettent dans la mer. La
ville se trouve ainsi divisée en trois parties. Les vaisseaux restent
à l'ancre à deux ou trois milles de la cité; celle-ci est sur un
terrain uni et brûlant, mais les collines environnantes sont
pittoresques et fertiles. À l'ouest de la ville s'élève une chaîne qui
borde la mer, et qu'on nomme le _Cumbre_; on va y admirer de
très-beaux points de vue.
Dans ma première promenade, je rencontrai une troupe de coolies
portant, sous un soleil ardent, des pierres pour bâtir une maison,
sous les yeux d'un surveillant assis à l'ombre. Ils sont nus jusqu'à
la ceinture, avec des pantalons de coton courts qui s'arrêtent au
genou. Quelques uns de ces hommes sont fortement, un ou deux même
puissamment constitués; mais beaucoup paraissent très-frêles. On
m'informe, ce que j'avais déjà entendu dire à la Havane, que
l'importateur de coolies reçoit deux mille francs par tête de
l'acheteur, et que celui-ci doit donner aux coolies vingt francs de
gages par mois, qu'ils peuvent réclamer tous les mois, si cela leur
convient; ils sont tenus au service pour huit ans, et, pendant cette
période, assujettis aux travaux ordinaires qu'on demande aux esclaves.
Ils sont, dit-on, plus intelligents et peuvent faire un travail plus
varié que les noirs. Il ne serait pas bon de fouetter un coolie. Ils
ont, sur la dignité de leur personne, des opinions qui ne leur
permettent pas de se soumettre à la dégradation d'un châtiment
corporel. Si un coolie est fouetté, il faut que quelqu'un meure, ou le
coolie lui-même, car ils sont terriblement enclins au suicide, ou
celui qui a ordonné la punition, ou quelque autre personne, ce qui
revient à peu près au même dans leurs étranges principes de châtiment
indirect. Néanmoins, la valeur de la main-d'oeuvre à Cuba est telle,
qu'un habitant est prêt à donner deux mille francs en argent comptant,
pour la chance de pouvoir imposer huit ans de travail à vingt francs
par mois à un homme qui parle une langue étrangère, qui adore d'autres
dieux, qui considère le suicide comme une vertu, et qui est gouverné
par des lois morales tout autres que celles de son maître, sans
compter que sa valeur est encore diminuée par les chances de mort
naturelle, de maladie, d'accidents, de fuite, de punition, imposée par
les lois du pays, qu'il peut d'autant plus facilement violer qu'il ne
les connaît ni ne les comprend.
La _Plaza_ est, dans le style ordinaire, un jardin clos avec des
murailles; devant s'élève le palais du gouvernement. C'est ici, dans
ce lieu si beau et en plein soleil de midi, que tomba, il y a quatorze
ans, sous le feu des soldats espagnols, le patriote et poëte, l'un des
rares poëtes populaires de Cuba, Gabriel de la Concepcion Valdez.
Accusé d'être à la tête d'un mouvement organisé pour délivrer les
esclaves, qui jeta la terreur à Cuba en 1844, il fut condamné à mort
et fusillé. Son nom et son histoire sont populaires à Cuba. Il était
surtout connu sous le nom de Placido, sous lequel il écrivait. C'était
un homme de talent et un brave, mais c'était un mulâtre!
Je pars en chemin de fer pour Limossar; en quittant Matanzas, nous
nous élevons sur un plan incliné; la baie et la cité s'étendent
au-dessous de nous. La baie est profonde sur le bord occidental, sous
les hauteurs du Cumbre, et c'est là que les vaisseaux se tiennent à
l'ancre; ailleurs, elle est peu profonde, et l'eau y est d'un vert
clair. Des bateaux à rames et à voile font le trajet entre les navires
et les quais.
Je vais maintenant voir pour la première fois l'intérieur de Cuba. On
ne saurait avoir un jour plus favorable. L'air est transparent et
n'est pas excessivement chaud. Des nuages doux flottent à demi-hauteur
dans un ciel serein; le soleil est brillant, et la luxuriante flore
d'un été perpétuel couvre tout le pays. Partout s'élèvent ces étranges
palmiers! je ne puis m'y habituer. Beaucoup d'autres arbres
ressemblent aux nôtres, et l'on croirait qu'ils peuvent venir dans
notre pays. Mais le palmier royal a l'air tropical par excellence: il
ne peut croître hors d'une étroite ceinture qui court autour du globe.
Son tronc, long, mince, si droit et si uni, emmaillotté depuis le pied
dans le bandage serré d'une toile grise, montre un cou d'un vert
foncé, et au-dessus une crête et un plumage de feuilles de la même
couleur. Il ne donne pas d'ombre, et ne porte pas de fruits estimés de
l'homme. Il n'a aucune beauté particulière pour faire pardonner son
inutilité. Pourtant il a quelque chose de plus que la beauté, il
exerce sur le regard une fascination étrange, et on sent, quand on l'a
vu, qu'on ne peut plus l'oublier.
Quels sont ces bouquets qui semblent du maïs tendant à prendre les
proportions d'un arbuste? La tige paraît devenue tronc, la délicate
pellicule externe une écorce, et les grains de maïs se transforment en
melons? Ce sont les bananiers et les plantains, comme le montrent,
quand on approche, leurs grappes de fruits verts et jaunes. Et là-bas,
cet arbre penché, avec ses longues feuilles qui tombent à terre, et
des fruits verts comme des melons? J'interromps mon voisin qui fume
son dixième cigarrito, pour lui en demander le nom. C'est le cocoa! Ce
melon vert deviendra la dure noix que nous cassons avec un marteau.
Les champs de canne à sucre. -- Une plantation. -- Le café. --La
vie dans une plantation de sucre.
Nous arrivons bientôt à des champs de canne à sucre, qui de loin
ressemblent à des champs de blé gigantesque. Ils s'élèvent à huit ou
dix pieds de hauteur et sont très-fourrés. Une armée pourrait s'y
cacher. Le sol porte toutes les traces d'une intense fertilité.
Là-bas, au bout d'une avenue de palmiers, dans un nid d'arbres
ombreux, est un groupe de bâtiments blancs entourés d'une mer de
champs de cannes à sucre, avec une haute cheminée qui vomit des filets
de fumée noire. C'est une plantation de sucre, le premier _ingenio_
que j'aperçoive. Des chars traînés par des boeufs, chargés de cannes,
traversent lentement les champs; et autour des maisons, dans les
champs, dans toutes les attitudes du travail, on voit les nègres,
hommes, femmes, enfants, les uns coupant les cannes, les autres
chargeant les chars; c'est une scène d'activité industrielle sous le
soleil d'un jour accablant et plein de langueur.
[Illustration: Avenue de palmiers devant une habitation de
Cuba.--Dessin de E. de Bérard.]
Les groupes de maisons blanches à un étage deviennent plus fréquents,
quelquefois ils sont très-rapprochés les uns des autres; tous ont le
même caractère, ils ne diffèrent que par la végétation qui les
entoure. Les uns ont de larges avenues de palmiers, de mangos, ou
d'orangers, et sont entourés de jardins, abrités sous des bouquets
d'arbres; d'autres brillent sous le soleil ardent, sur une plaine unie
de cannes; à peine une petite oasis de verdure s'élève aux alentours.
[Illustration: Cathédrale de Havane.--Dessin de Navlet.]
Je commence à sentir que je suis bien dans Cuba; dans la riche,
tropicale Cuba, qui fait du sucre et est cultivée par des esclaves: la
vie cubaine doit être étudiée dans les plantations. J'arrive à la
station, où je dois m'arrêter pour aller à la plantation de Señor
C.... On me montre à une petite distance, sous de grands arbres, une
maison où l'on arrive entre des orangers. Tout autour de moi, je ne
vois qu'une riche verdure, sur un sol doucement ondulé; ça et là, une
haute colline à l'horizon, et d'un côté une chaîne lointaine de
basses montagnes. On n'entend d'autre son que le chant des oiseaux;
des fleurs sauvages, de toute forme et de toute odeur, couvrent le sol
et les buissons. Voici la fameuse terre rouge si renommée pour sa
fertilité. Il semblerait que l'avenue a été couverte de briques
pulvérisées, et la poussière elle-même a une couleur rouge. Voici la
haute maison à un seul étage, avec ses longues, hautes piazzas. Ici la
haute muraille, peinte de blanc, qui enceint un grand carré, ne
s'ouvre que par une porte, et donne à l'habitation l'air d'un fort;
là-bas sont les cases des noirs; plus loin la fabrique de sucre, la
cheminée qui fume, et les chars avec leurs boeufs. Par la porte, je
puis apercevoir deux messieurs à table, et deux négresses, dont l'une
sert, et l'autre est occupée à chasser les mouches. Le nègre qui
m'accompagne et porte mon bagage, met la main à son chapeau, et attend
qu'on lui donne la permission d'entrer sur la piazza; car dans les
plantations les nègres ne peuvent approcher la porte de la maison sans
en avoir reçu la permission. Ma lettre d'introduction lue, on me
reçoit avec la plus cordiale hospitalité.
La plantation où je suis se nommait le Labyrinthe «El Labarinto;»
pendant trente ans elle a été un _cafetal_ (plantation à café)
très-prospère. Les causes qui ont amené la chute des cafetals à Cuba
ont agi ici comme ailleurs; et on a créé maintenant une plantation de
cannes à sucre à la place, sous le nom nouveau de _la Ariadne_.
La conversion des plantations à café en plantations à sucre, du
_cafetal_ en _ingenio_, a très-sérieusement affecté les conditions
sociales et économiques de l'île de Cuba. Le café doit venir à
l'ombre; en conséquence, un cafetal était une plantation d'arbres;
l'économie et le goût à la fois avaient amené les planteurs, qui
presque tous étaient des réfugiés de Saint-Domingue, à choisir des
arbres fruitiers, avec des arbres dont le bois était recherché, aussi
bien que ceux qui étaient remarquables par leur beauté. Sous ce
manteau d'arbres croissait le caféier, plante toujours verte, et
presque toujours en fleurs, avec des baies de teintes changeantes, qui
deux fois l'année, donnent les grains de café. Pour exploiter la
plantation, il fallait y percer, à des intervalles assez nombreux, des
avenues assez larges pour les voitures. La plantation était par
conséquent découpée comme un jardin, avec des avenues, des sentiers,
sous l'ombre des arbres les plus admirables; l'espace qui séparait les
avenues était un immense verger, à l'ombre duquel s'élevait, jusqu'à
cinq ou six pieds de hauteur, la plante à café. Le travail consistait
à soigner la plante, à recueillir le café, et les fruits; on cultivait
en outre des légumes, on élevait des moutons, des chevaux et des
boeufs. C'était de l'horticulture, sur la plus vaste échelle possible.
Il fallait beaucoup de temps pour créer le jardin, les Cubains disent
volontiers «le paradis d'un cafetal;» une fois achevé, c'était un
séjour délicieux et aimé. On n'avait besoin d'aucune aide mécanique,
on se passait de la vapeur, de la science; il suffisait de connaître
les sols, la culture de quelques plantes et de quelques arbres.
Il a fallu vingt ans et plus pour démontrer aux Cubains, que le
Brésil, les Antilles, qui sont à une latitude plus méridionale que
Cuba, et les États de l'Amérique centrale, peuvent produire le café
avec plus d'avantage. Les ouragans successifs et terribles de 1843 et
1845, qui détruisirent et ravagèrent tant de cafetals, joints au
système colonial de la métropole, qui n'accordait aucune protection
efficace à Cuba, ont mis fin à l'ère des plantations à café. Ces
motifs n'ont sans doute fait que hâter une résolution nécessaire. Les
mêmes causes qui produisaient l'infériorité de Cuba, au point de vue
de la production du café, lui ont assuré une supériorité marquée pour
la production du sucre. Les plantations détruites ont été consacrées à
la culture de la canne; et graduellement, d'abord dans les parties
occidentales et septentrionales, puis chaque jour plus avant du côté
de l'est et du sud sur l'île entière, les ravissants cafetals ont été
abattus, les arbres coupés, la charrue a passé sur les avenues et les
sentiers, et le pays dénudé n'est plus qu'une mer de cannes.
La vie dans une plantation de cannes à sucre.
La canne à sucre ne s'accommode point de l'ombre. Pour en rendre la
culture profitable, il faut la cultiver aussi en grand que possible.
Avoir des arbres fruitiers, serait une mauvaise économie pour le
planteur. La plupart des fruits, surtout l'orange, qui s'exporte le
plus, arrivent à maturité au milieu de la saison sucrière, et tous les
bras sont alors requis. La canne ne mûrit qu'une fois l'année. Tout le
travail doit être accompli pendant la période où elle commence à être
assez mûre pour être portée au moulin et le moment où la chaleur et
les pluies commencent à la gâter. Dans la Louisiane cette période ne
dépasse pas huit semaines. À Cuba, elle est de quatre mois pleins.
Cette différence donne à Cuba un grand avantage. Pourtant ces quatre
mois sont encore trop courts; et pendant ce temps la cheminée fume et
les fourneaux sont allumés jour et nuit.
Une plantation de sucre n'est ni un jardin, ni un verger. Ce n'est
plus le séjour aimé dont s'enorgueillissait la famille du planteur.
Aussi les plantations souffrent-elles des maux de l'absentéisme, et
les propriétaires habitent aujourd'hui les environs de la Havane, de
Matanzas, ou même New-York. L'esclavage a perdu par là ce qu'il avait
encore de patriarcal. Le maître n'est plus le chef de la famille à la
fois juge, médecin, prêtre, père, comme nous le représentent
quelquefois les avocats de l'esclavage. Des surveillants, des
administrateurs sont aujourd'hui placés entre lui et les esclaves. Les
sentiments que fait naître une existence commune, les souvenirs de
l'enfance, de longues et intimes relations, un amour partagé pour la
maison, la terre, les animaux domestiques, les oiseaux;--les
sympathies qui s'éveillent par les naissances, les maladies, par la
mort même, les devoirs religieux accomplis en commun;--tout ce qui
pouvait améliorer les rapports sociaux, tout cela disparaît de plus en
plus.
Je découvre que l'ingénieur qui a le soin de la machine à vapeur de
la sucrerie est un Américain: il appartient à une classe de
machinistes que la culture du sucre amène tous les ans à Cuba. Ils
quittent les États-Unis en automne, s'engagent pour la saison, mettent
les appareils en bon état, restent quatre ou cinq mois occupés, puis
s'en reviennent au printemps dans leurs pays. Ce sont des gens fort
habiles, et capables de faire toutes les réparations nécessaires: ils
sont très-bien payés, mais sont constamment occupés pendant quatre
mois, sans aucune distraction ni récréation. Celui avec qui je fais
connaissance connaît très-bien Cuba, où il est déjà venu plusieurs
fois: il m'apprend que dans toutes les plantations, pendant la saison
sucrière, les noirs n'ont que quatre heures de sommeil sur les
vingt-quatre heures, une heure pour dîner, une demi-heure pour
déjeuner. La nuit est divisée en trois périodes de trois heures, les
noirs ont, par tiers, leur tour de sommeil.
Les employés les plus importants dans une plantation sont le _mayoral_
ou _mayordomo_. Le premier a la surveillance générale des noirs et
doit établir parmi eux une stricte discipline. Le majordome est
l'homme d'affaires de la plantation. Sous les ordres du mayoral sont
un certain nombre de _contra-mayorales_, qui correspondent à ce qu'on
nomme les _drivers_ dans les plantations des États-Unis. L'un d'eux
accompagne toujours un groupe de nègres à l'ouvrage, dans les champs
ou ailleurs, les surveille, les dirige, et les fait travailler. Ils
portent constamment sous le bras un fouet court, le signe de leur
office. Ce sont presque toujours des nègres, et généralement les noirs
ne montrent pas plus d'humanité dans ces fonctions que les blancs de
bas étage.
[Illustration: La Volante, voiture de la Havane.--Dessin de Victor
Adam.]
Chaque soir, le majordome distribue des provisions aux noirs, sous la
surveillance de l'administrateur. Les feux s'allument ensuite dans les
cases, et on y prépare le repas du soir. J'allai les visiter avant que
le quartier nègre ne fût fermé. Une haute muraille entoure une cour
carrée où sont les cases. Il n'y a qu'une porte d'entrée, qui se ferme
à la nuit; quitter le quartier après la fermeture serait un délit
très-grave. Les huttes sont simples, mais assez bien disposées. Dans
quelques-unes est allumé un feu autour duquel, même dans cette saison
chaude, les nègres aiment à se grouper. Cette visite laissa une
étrange impression dans mon esprit. Rentré dans ma chambre à coucher,
dans le silence de la nuit, je m'endormis en songeant que j'étais, à
Cuba, l'hôte d'un planteur, au milieu de tous les effets de cet
étrange système où un homme s'arroge tous les droits sur d'autres,
amenés à travers l'Océan. J'entendais encore le chant des nègres
chargeant les chars dans les champs de cannes et leurs modulations
barbares: _Na-nu, A-ya--Na-ne, A-ya_.
Une fois je me réveillai au milieu de la nuit, et de loin j'entendis
le bruit des travailleurs occupés dans les champs, sous la clarté des
étoiles.
Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour à la Havane.
Revenu à Matanzas, je vais visiter la montagne du Cumbre. Je pars à
cheval avec un noir pour guide; nous nous élevons peu à peu au-dessus
de la ville. La baie, les maisons, le port, sont à nos pieds; le _Pan_
s'élève, dans la distance, à la hauteur de mille mètres. L'Océan est
devant nous, et derrière la paisible vallée de l'Yumuri; je reviens
par cette pittoresque vallée, sans avoir le temps de visiter aucune
des cavernes à stalactites qui y sont très-nombreuses et
très-profondes.
Pour retourner à la Havane, je ne pris pas la route de mer, mais le
chemin de fer qui unit ces deux villes. Bien que la distance à vol
d'oiseau soit seulement de soixante milles, la ligne a environ cent
milles à cause des nombreux détours qu'elle fait pour atteindre les
plus importantes plantations. Le voyage est plus long, mais il gagne
aussi en intérêt. Je ne puis me lasser de cette scène étrange, et je
contemple avec un intérêt qui ne se refroidit pas, les stations avec
leurs groupes de noirs, de marchands de fruits, les amas de sucre et
de mélasse qui y sont accumulés; les ingenios brillant sous les rayons
du soleil, avec leurs cheminées élevées; les champs interminables de
cannes; les boeufs lents qui traînent les chars; les intervalles de
sol non défriché; les jungles ornées de fleurs sauvages; les bouquets
de cocos aux branches pendantes et pleureuses; les palmiers; les
orangers roides, avec leurs pommes d'or, çà et là les restes d'un
cafetal, avec des cafiers sauvages et non coupés, sous des bosquets
luxuriants de bananiers. L'oeil peut-il jamais se fatiguer de ce
spectacle?
Un peu plus tard, dans l'après-midi, le caractère de la vue commence à
changer. Les ingenios et les champs de cannes deviennent moins
fréquents, puis disparaissent entièrement, et les maisons ont plutôt
l'air de villas que de fabriques. Sur les routes on voit des files de
mulets et de chevaux chargés de paniers de fruits, ou balayant le sol
avec le fourrage vert dont ils sont chargés; tout cela se dirige vers
la Havane. Bientôt on voit le château d'Alavar et le Principe, puis le
port et la mer, la forêt de mâts, la longue ligne des fortifications,
les maisons bleues, blanches et jaunes; il me semble que je suis
revenu chez moi après une très-longue absence; je n'ai pourtant été
que pendant quelques jours sur les plantations, mais les impressions
que j'y ai reçues ont été si nouvelles et si étranges!
[Illustration: Vue de Matanzas.--Dessin de Lancelot d'après F.
Mialhe.]
La population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystères de
l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat.
Il faut présenter maintenant les résultats les plus importants de mes
observations sur l'état actuel de l'île de Cuba. Les renseignements
que j'ai reçus ont été quelquefois contradictoires, mais par cela même
il est plus aisé de les contrôler les uns par les autres.
Il y a trois classes de personnes à Cuba, sans compter les esclaves:
ce sont les Cubains, les Espagnols et les étrangers des autres
nations. Par Cubains, j'entends les créoles ou les personnes nées à
Cuba. Par Espagnols, les Péninsulaires ou natifs de la vieille
Espagne. La troisième classe comprend les Américains, les Anglais, les
Français, les Allemands. Cette dernière classe est nombreuse, possède
beaucoup de richesses, et se compose de marchands, de banquiers et de
commerçants. Les Espagnols composent l'armée et la marine, remplissent
toutes les fonctions publiques: la justice, l'administration,
l'éducation, le fisc, les postes, la police, le haut clergé leur
appartiennent, et on y compte en outre une nombreuse et riche classe
de marchands, de banquiers, de boutiquiers et d'ouvriers.
[Illustration: Paysage dans l'île de Cuba: Loma (côte) de
Canuela.--Dessin de Paul Huet d'après F. Mialhe.]
Le nombre des esclaves n'est pas connu avec exactitude. Le recensement
de 1857 le fixe à trois cent soixante-quinze mille; mais on ne peut se
fier à ce chiffre. Comme les esclaves sont taxés pour l'impôt, le
gouvernement a beaucoup de peine à obtenir une statistique exacte.
Presque tout le monde, à Cuba, s'accorde à dire qu'il y a au moins
cinq cent mille esclaves; quelques-uns élèvent le chiffre jusqu'à sept
cent mille. Je suis moi-même disposé à croire que celui de six cent
mille se rapproche le plus de la vérité.
Les noirs libres, d'après le recensement de 1857, sont au nombre de
cent vingt-cinq mille; mais ce chiffre est trop faible. La population
blanche comprend sept cent mille âmes. Il y a à peu près un noir libre
pour trois esclaves; et leur nombre total est un peu supérieur à celui
des blancs.
Le fait qu'il y a un noir libre sur quatre indique suffisamment que
les lois qui sont faites en Espagne favorisent l'émancipation. Elles
favorisent aussi le noir émancipé. L'étranger qui visite la Havane
verra un régiment de mille volontaires noirs, paradant avec les
troupes de ligne et les volontaires blancs; quand on songe que le port
des armes est considéré comme un honneur et un privilége, et n'est pas
permis aux blancs créoles, excepté à un très-petit nombre qui sont en
faveur, la signification d'un tel fait ne peut échapper à personne.
Tout esclave a le droit de se présenter devant un magistrat, de se
faire estimer, et, en payant la somme fixée, de recevoir des papiers
qui établissent sa liberté. L'évaluation est faite par trois
assesseurs; le maître de l'esclave en nomme un, le magistrat les deux
autres. L'esclave n'est pas obligé de payer toute la somme à la fois,
mais il peut payer par petites sommes qui ne doivent pas être
au-dessous de vingt-cinq francs. Il y a une autre prescription qui, au
premier abord, ne paraît pas très-importante, mais qui est, je suis
incliné à le croire, la protection pratiquement la plus efficace et la
meilleure garantie donnée aux noirs contre leurs possesseurs: c'est le
droit de vente forcée. Un esclave peut, après s'être fait estimer,
forcer son maître à le transférer à quiconque voudra payer la somme
déterminée. Pour exercer ce droit, il n'a pas besoin de rendre compte
de ses griefs; il suffit qu'il exprime le désir du transfert et que
quelqu'un soit disposé à l'acheter. Cette loi de transfert est
appliquée très-fréquemment et est un frein perpétuel imposé aux
maîtres d'esclaves.
D'après une autre loi, les noirs sont baptisés et enterrés suivant les
rites chrétiens. Mais on n'applique pas les articles qui commandent de
leur donner une instruction religieuse, et de les conduire aux
offices. Dans la plupart des districts ruraux, les nègres ne voient
jamais un prêtre ni une église.
L'Église célèbre rarement les mariages des noirs; comme dans le dogme
catholique le mariage est un sacrement qui noue un lien indissoluble,
le maître l'évite pour ne pas être gêné dans les ventes et les
hypothèques; en conséquence, les mariages sont ordinairement faits par
le maître lui-même, et naturellement ils n'ont aucune valeur légale;
aussi ce lien n'est-il que bien peu respecté.
Il est, au reste, très-difficile pour un étranger de se rendre un
compte exact de la situation relative des noirs et des blancs. Si
quelqu'un, venu du Nord, s'attend à trouver ici des chaînes, à voir le
sang couler; si, muni de lettres pour les planteurs les plus riches,
il se mêle à leur existence, écoute leurs anecdotes à table en
déjeunant et en dînant avec des dames, il n'entendra parler d'aucune
cruauté, d'aucune violence; il sera peut-être assez naïf pour croire
qu'il a vu ce qui s'appelle l'esclavage. Il ne sait pas que cette
large plantation, avec ses cheminées qui fument, et que son hôte ne
visite pas, a passé aux créanciers du dernier propriétaire, qui a fait
faillite, et qu'elle est aujourd'hui sous la charge d'un homme
d'affaires qui doit en tirer le plus qu'il pourra dans le moindre
temps possible, et vendre les esclaves comme il pourra. Il ne sait pas
que cette autre plantation, qui appartient à un jeune débauché qui
passe la moitié de son temps à la Havane, est un séjour de licence et
de cruauté. Il ignore peut-être que ces grands chiens enchaînés à la
maison qu'il visite, sont des bouledogues cubains, dressés à la chasse
aux nègres. Il ne sait pas que les aboiements qu'il a entendus une
nuit étaient le signal d'une poursuite où tous les blancs du voisinage
ont pris part, et que la semaine dernière, tous les propriétaires du
canton ont été obligés de s'ériger en comité de surveillance et de
police. Il ne sait pas que cet homme de mauvaise mine qui est venu
hier, et que les dames ont reçu froidement, avec une aversion mal
déguisée, était un chasseur de nègres de profession. Il n'a jamais vu
la _Sierra del Cristal_, la chaîne qui s'étend dans la partie
orientale de Cuba, habitée par des fugitifs, et où les blancs osent à
peine s'aventurer. Dans les villes, il ne va pas visiter hors des murs
les endroits où les blancs de bas étage fouettent pour quelques réaux
les domestiques noirs, hommes ou femmes, qui ont encouru une punition.
Disons quelque chose des ressources matérielles de la belle colonie
espagnole. Cuba contient certainement plus de bons ports que toute la
côte américaine aux latitudes supérieures à celles de Norfolk. Le sol
y est très-riche, et il n'y a point de grandes plaines de sable, ni le
long de la mer, ni dans l'intérieur. Les rochers de coraux forment le
rivage, et l'herbe et les arbres descendent jusqu'au bord même des
falaises. La surface du pays est diversifiée par des montagnes et des
collines, et est très-bien boisée et suffisamment irriguée. L'île a
des mines de cuivre et de fer; elle produit aussi du charbon
bitumineux qu'on peut employer dans les manufactures, du marbre, des
bois durs en abondance, tels que l'acajou, le cèdre, l'ébène, le
_lignum vitae_, le bois de fer. Les Cubains se vantent de n'avoir dans
leur île ni bêtes féroces ni reptiles venimeux. En fait d'animaux
dangereux ils n'ont que le scorpion, la tarentule et le nigua; mais la
morsure du scorpion et de la tarentule, bien que très-douloureuse, ne
cause pas la mort. Le nigua est très-désagréable; si on le laisse
longtemps sous la peau, il ne peut plus être extirpé et rend une
opération nécessaire.
Quant au climat, je n'ai aucun doute que dans l'intérieur, surtout sur
les terres rouges, il ne soit agréable et sain, été comme hiver; mais
sur le bord des rivières, dans le pays bas en terres noires, dans les
savanes, la fièvre intermittente règne ainsi que la fièvre aiguë. Les
cités sont désolées par la fièvre jaune, et dans les dernières années
le choléra les a aussi visitées. Dans les villes, l'année, au point de
vue de la salubrité, peut être divisée en trois parties: pendant les
quatre mois d'hiver, les villes sont saines; pendant les quatre mois
d'été, elles sont malsaines; les quatre autres mois d'automne et de
printemps ont un caractère intermédiaire. Il y a toujours quelques cas
de fièvre jaune pendant l'hiver, mais on y fait peu d'attention et ils
ne résultent que d'une imprudence excessive. On estime que vingt-cinq
soldats sur cent meurent de cette maladie pendant les premières années
de leur acclimatation; pendant l'année du choléra, il en est mort
soixante sur cent. La température moyenne de l'île est de 70°
Fahrenheit l'hiver, et 83° l'été. L'île est visitée quelquefois par de
violentes tempêtes, mais elles n'y sont pas aussi fréquentes que dans
les Antilles. Il y a de forts orages l'été, et de grandes sécheresses
l'hiver, bien qu'ordinairement la rosée suffise à entretenir
l'humidité nécessaire à la végétation dans l'intervalle des saisons de
pluie.
Le steamer qui doit m'emmener, _le Cahawba_, vient d'arriver. Quand
une fois le départ est décidé, on trouve un caractère plus étrange et
plus pittoresque à la ville que l'on va quitter; je regardais pour la
dernière fois les enseignes familières, les noms des rues, l'_Obria
pia_, _Lamparilla_, _Mercaderes_, _San Ignacio_, _Obispo_, et les
jolis et fantastiques noms des boutiques. Il me semblait que les rues
étroites avaient bien leur avantage, puisqu'on s'y trouve mieux à
l'ombre, et qu'on peut les tendre avec des draperies d'un côté à
l'autre, bien qu'on y rende ainsi l'air étouffant. Aucune ville n'a de
plus belles avenues que celles de l'Isabel et de Tacon; et je ne
reverrai plus les palmiers dans les pays du Nord. Voici la Dominica;
quel charmant endroit le soir, après la _retreta_, pour prendre le
café ou le thé près de la fontaine, dans la grande cour; c'est le seul
lieu public, avec les théâtres, où l'on voie les dames hors de leurs
volantes. Il faut quitter tout cela.
Tout le long du quai, où sont rangés les navires et où se fait tout le
travail des chargements et des déchargements, est une longue et haute
galerie, où l'on est abrité contre les rayons du soleil. Avant qu'elle
fût construite, on dit que l'on a vu des ouvriers tomber morts, sur le
quai, sous les coups du soleil.
Je trouve à bord du _Cahawba_ ma cargaison d'oranges d'Iglesia, mes
confitures de la Dominica et mes cigares de Cabaña; tous les passagers
sont réunis; le pont est couvert de montagnes d'oranges; l'ancre est
levée, le steamer sort du port avec le pavillon étoile flottant. Le
ciel est rougi à l'occident par le soleil couchant; les tambours et
les trompettes résonnent dans les fortifications, pendant que nous
passons devant la Casa Blanca, la Cabaña, la Punta et le Morro. Le
ciel s'assombrit, le vaisseau monte et descend sur la vague, la
lanterne du Morro jette son rayon sur les eaux, et les rives de Cuba
s'évanouissent dans la profondeur de l'horizon.
Après le thé, tout le monde est sur le pont. La nuit est claire, mais
je n'ai jamais vu autre chose que des jours et des nuits claires sur
mer et sur terre, depuis que j'ai passé le Gulf-Stream, en allant à
Cuba. La Croix du Sud est visible à l'horizon, et l'étoile du Nord se
montre au-dessus de l'horizon, du côté du septentrion. L'air de Cuba,
sur la montagne ou la plaine, l'air d'aucun pays ne peut être comparé
à celui de l'Océan, à cet air vigoureux et salin! Comme on le boit
avec avidité! Que j'aime aussi ce puissant mouvement qui me berce et
ferme peu à peu mes yeux! La nécessité seule du sommeil peut cependant
me déterminer à goûter quelque repos dans la splendeur de ces nuits
équinoxiales.
Nous arrivons le troisième jour, par un temps frais, devant la côte de
la Caroline du Nord; mais, comme nous restons dans le Gulf-Stream,
nous ne voyons pas la terre. Nous voilà sur la grande route du
commerce de toute la partie centrale de l'Amérique, et cependant
combien peu nous voyons de navires; pas un seul pendant trois jours.
Le lendemain, nous sortons du Gulf-Stream; le temps est plus froid; un
jour après, nous voyons la lumière de Barnegat, à quatre heures du
matin, puis les hauteurs de Neversink; la longue côte de New-Jersey
est étendue devant nous; le port de New-York n'est plus qu'à quatre ou
cinq heures. Sur la plage sableuse de Long-Island sont les débris du
_Black-Warrior_, récemment naufragé, l'ancien second de notre
_Cahawba_. Bien loin à l'horizon, du côté de l'orient, et à peine
discernable, est l'_Europa_, en route pour Liverpool. Bien loin de la
côte, jusqu'à vingt ou trente milles du port, la mer est tachée de
petits bateaux qui font leur pêche pour le marché de New-York; et des
bateaux remorqueurs guettent, en lançant un peu de vapeur, bien loin
dans la pleine mer, les vaisseaux qui arrivent. Un pilote vient nous
chercher et nous amène dans le port.
Aucun port n'a une aussi belle entrée que celui de New-York: on a
devant soi l'île de Staten, les hauteurs de Brooklyn, la vue lointaine
des îles de la rivière Hudson, les faubourgs populeux qui s'étendent
dans toutes les directions, la large baie, les clochers élevés et les
hautes maisons de la ville, et la forêt entrelacée des mâts des
navires.
Il n'y a pas encore de neige sur la campagne et sur le sommet des
maisons, mais les arbres dépouillés de feuilles, le gazon desséché,
les lourds paletots et les fourrures forment un contraste saisissant
avec les chapeaux de paille, les habits de toile blanche, les
persiennes abaissées et les moissons jaunies par le soleil que je
voyais il y a cinq jours seulement.
Nous entrons dans notre dock avec le calme et la précision qui
marquent tous les mouvements du _Cahawba_. Une troupe de cochers de
New-York est réunie sur le quai; ils ont l'air de gens qui ont volé
leurs voitures et leurs chevaux, et qui voudraient voler notre bagage.
Pas d'agents de la police en vue. Tout le monde prédit une bataille.
Pendant quelques minutes il n'y a d'autre inconvénient que celui de
cris violents qui réclament des voyageurs et du bagage; mais bientôt
les cochers se pressent sur le pont, on leur donne l'ordre de reculer;
l'équipage tâche de les repousser, puis on échange des injures et
bientôt des coups. L'un des assiégeants, renversé par un coup violent,
tombe évanoui et est porté à terre par ses camarades, sur le quai,
puis ils reviennent et continuent leurs menaces contre l'équipage. Les
officiers du navire sont accoutumés à tout cela, et sont déterminés à
se protéger eux et leur équipage, à leurs risques et périls.
[Illustration: Paysage dans l'île de Cuba (Loma de la Givora).--Dessin
de Paul Huet d'après F. Mialhe.]
Pendant la traversée, nous avions vanté patriotiquement notre pays à
plusieurs passagers cubains; et toutes les comparaisons, jusqu'à
présent, avaient été favorables à notre patrie; mais ici nous n'avions
décidément pas l'avantage. Les étrangers s'inquiétaient beaucoup plus
que nous. Nous savions qu'il ne s'agissait que d'une rixe pour obtenir
une charge, et que tout cela finirait par quelques coups, peut-être
par une malle ou deux perdues. Les étrangers voyaient là une
insurrection des basses classes. Une vieille dame surtout, qui avait
une immense quantité de bagages, était dans un état de trépidation
extraordinaire, et n'osait confier ni elle-même ni ses malles aux
chances d'un conflit.
Mais c'est l'esprit de notre peuple de se jeter dans des difficultés
pour se donner le plaisir d'en sortir. L'affaire est bientôt calmée;
la foule s'éclaircit à mesure que les passagers choisissent leur
voiture et quittent le bateau; une heure ou deux après avoir touché le
quai, le pont est silencieux, la machine vomit ses dernières bouffées
de fumée; le capitaine et le lieutenant ont reçu les poignées de main
et les adieux de tout le monde; et la société réunie pendant cinq
jours pour ne plus jamais se revoir sur mer ou sur terre, se disperse
dans les rues de la grande cité, les uns pour aller vers les collines
neigeuses de la Nouvelle-Angleterre, les autres pour se répandre dans
le vaste monde du _fart west_.
Traduit par M. A. LAUGEL.
GRAVURES.
Dessinateurs.
Chapelle de Sainte-Rosalie (près Palerme) Rouargue 1
Types et costumes siciliens Rouargue 4
Ruines à Girgenti (Agrigente) Rouargue 5
Vue de Syracuse Rouargue 8
Taormine et l'Etna Rouargue 9
La Marine à Messine Rouargue 12
Rocher de Scylla Rouargue 13
Stromboli Rouargue 16
Pigeonnier près d'Ispahan Jules Laurens 17
Pont d'Allah-Verdi-Khan sur le Zend-è-Roud,
à Ispahan Jules Laurens 21
Collége de la Mère du roi, à Ispahan Jules Laurens 24
Une peinture indienne dans le palais des
Quarante-Colonnes, à Ispahan Jules Laurens 25
Entrée de Kaschan Jules Laurens 28
Une caravane persane au repos Jules Laurens 29
Types persans Jules Laurens 32
Faubourg de Téhéran Jules Laurens 33
La porte de Schah-Abdoulazim Jules Laurens 36
Dans une cour, à Téhéran Jules Laurens 37
Types et portraits persans Jules Laurens 40
Groupe de Persans Jules Laurens 41
Dans l'Enderoun (appartement intérieur
-- Costumes d'intérieur et de sortie) Jules Laurens 44
Choix d'armes, d'instruments et objets divers
persans Jules Laurens 45
Le Démavend Jules Laurens 48
Vue de l'île Saint-Thomas de Bérard 49
Saint-Pierre, à la Martinique de Bérard 52
Cataracte de Weinachts (Guyane anglaise) de Bérard 53
Une sucrerie à la Guadeloupe de Bérard 56
La Pointe-à-Pître, à la Guadeloupe de Bérard 57
Le port d'Espagne, à la Trinidad de Bérard 60
La baie de Panama de Bérard 61
Vue des Bermudes de Bérard 64
Costumes norvégiens d'Hitterdal Pelcoq 65
La vallée de Bolkesjö Doré 68
Costumes du Télémark Pelcoq 69
La vallée de Vestfjordal Doré 72
Intérieur d'auberge à Bolkesjö Lancelot 73
Église d'Hitterdal Wormser 75
Le Rjukandfoss Doré 76
Un chalet à Bamble Lancelot 77
Vue du lac Bandak Doré 80
Le lac Flatdal Doré 81
Fjord de Gudvangen Doré 84
Église de Bakke Doré 85
Route de Stalheim Doré 88
Le Vöringfoss Doré 89
Vallée de l'Heimdal Doré 92
Femme du Sogn Pelcoq 93
Une noce en Norvége Pelcoq 96
Le marché aux grains (Suez) Karl Girardet 97
Port de Suez Karl Girardet 100
Cimetière européen à Suez Karl Girardet 100
Qosséir Karl Girardet 101
Djeddah Karl Girardet 101
Port de Souakin Karl Girardet 101
Mosquée de Salonique Karl Girardet 104
Femmes albanaises, près d'un arabas,
à Vasilika Villevieille 105
Un Juif de Salonique Bida 108
Une Juive de Salonique Bida 109
Sceau du monastère de Kariès 111
Vue générale de mont Athos Villevieille 112
Le Conseil des Épistates au mont Athos Boulanger 113
Saint Georges (fresque de Panselinos dans le
Catholicon de Kariès) Pelcoq 116
Monastère d'Iveron Karl Girardet 117
L'higoumène d'Iveron Pelcoq 120
La Phiale ou le Baptistère du couvent de Lavra Lancelot 121
Croix sculptée en bois dans le trésor de Kariès Thérond 124
Coffret dans le trésor de Kariès Thérond 125
Peinture de la trapeza de Lavra: les trois patriarches Thérond 128
La confession Bida 129
Bas-relief du couvent de Vatopédi A. Proust 130
Albanais, soldat de la garde des Épistates Villevieille 132
Vue du couvent d'Esphigmenou Karl Girardet 133
Intérieur de la cour principale du couvent slave
de Kiliandari Lancelot 136
La récolte des noisettes au mont Athos Villevieille 137
L'île Chatam, dans l'archipel Galapagos E. de Bérard 140
Baie de la Poste, dans l'île Floriana
(archipel Galapagos) E. de Bérard 140
L'île Charles, dans l'archipel Galapagos E. de Bérard 141
Aiguade de l'île Charles (archipel Galapagos) E. de Bérard 144
Oiseaux et reptile (archipel Galapagos) Rouyer 145
Côtes de l'île Albermale, dans l'archipel
Galapagos E. de Bérard 148
Oeno, dans l'archipel Pomotou (îles à coraux) E. de Bérard 149
Village de Vanou, dans l'île de Vanikoro
(îles à coraux) E. de Bérard 149
Baie de Manevai, dans l'île de Vanikoro
(îles à coraux) E. de Bérard 152
Récifs et piton de l'île de Borabora
(îles à coraux) E. de Bérard 153
Rade et pic de l'île de Borabora (îles à coraux) E. de Bérard 156
Île de Whitsunday, dans l'archipel Pomotou
(îles à coraux) E. de Bérard 157
Brun-Rollet Fath 160
Traîneau yakoute Victor Adam 161
Une sorcière tongouse Victor Adam 164
Port d'Okhotsk Victor Adam 165
Bazar de Nertchinsk Victor Adam 168
Colonie ou village yakoute Victor Adam 169
Voyageur russe en Sibérie Victor Adam 172
Argali (mouton sauvage) Victor Adam 173
Campement de Tongouses Victor Adam 176
Chamans yakoutes Victor Adam 177
Femme yakoute Victor Adam 180
Poteaux des frontières du pays des Yakoutes et
de la Chine Victor Adam 181
Types indigènes (Australie du Sud) G. Fath 184
Sépultures australiennes dans les bois Lancelot 185
Sépulture australienne au désert Doré 189
Restes d'un voyageur retrouvés par ses compagnons
dans les déserts du lac Torrens Doré 192
Oasis d'Éderi (Fezzan) Rouargue 193
Mourzouk (capitale du Fezzan) Rouargue 196
Gorge d'Agueri Lancelot 197
Vallée d'Auderaz Rouargue 200
Vue d'Agadez Lancelot 201
Vue de Kano (entrepôt du Soudan central) Lancelot 204
Dendal ou boulevard de Kouka (capitale du Bornou) Lancelot 205
Vue du lac Tchad Rouargue 208
Village marghi Rouargue 209
Halte dans une forêt du Marghi Rouargue 212
Village mosgou Rouargue 213
Chef mosgovien Rouargue 216
Intérieur d'une habitation mosgovienne Rouargue 217
Chef kanembou Rouargue 220
Entrée du sultan de Baghirmi dans Maséna
(sa capitale) Rouargue 221
Une razzia à Barea (Mosgou) Rouargue 224
Vue du marché de Sokoto Hadamard 225
Bac sur le Niger, à Say Rouargue 228
Vue des monts Homboris Lancelot 229
Village sonray Lancelot 232
Vue de Kabra (port de Tembouctou) Rouargue 233
Camp touareg Lancelot 236
Arrivée à Tembouctou Lancelot 237
Vue générale de Tembouctou Lancelot 240
Portrait en pied du baron de Wogan en costume
de voyage J. Pelcoq 241
Grass-Valley J. Pelcoq 244
Un claim ou atelier de mineur J. Pelcoq 245
Forêt de _taxodium giganteum_ ou pins géants Lancelot 248
Un cañon ou passage de la Sierra-Wah Lancelot 249
La case du jugement J. Pelcoq 252
Le poteau de la guerre J. Pelcoq 253
Types d'Indiennes du Rio-Colorado J. Pelcoq 256
Grande pagode de Rangoun Français 257
Bateau à voile sur l'Irawady Cliché anglais 258
Canot de parade Cliché anglais 259
Bateau de commerce Cliché anglais 259
Birmans dans une forêt J. Pelcoq 261
Pattshaing ou tambour-harmonica Cliché anglais 262
Pattshaing à baguettes Cliché anglais 262
Harpe birmane Cliché anglais 263
Harmonica birman Cliché anglais 263
Pagode à Pagán Cliché anglais 264
Représentation théâtrale dans le royaume d'Ava Hadamard 265
Dagobah ou pagode en forme de cloche Cliché anglais 266
Intérieur d'une pagode Cliché anglais 267
Maison de l'ambassade à Amarapoura Cliché anglais 268
Vallée des puits de bitume Karl Girardet 269
Types de grands seigneurs et hauts fonctionnaires
birmans Morin 272
Le palais du roi et l'éléphant blanc Navlet 273
Sculptures comiques dans le monastère royal à
Amarapoura Lancelot 276
Vue du Maha-Toolut-Boungyo (monastère royal à
Amarapoura) Lancelot 277
Détails intérieurs du Maha-comiye-peima à Amarapoura Navlet 281
Une porte à Amarapoura Cliché anglais 284
Canon birman Cliché anglais 284
Danse des éléphants Cliché anglais 284
Canal d'irrigation dans le royaume d'Ava Cliché anglais 285
Jeunes dames birmanes Morin 288
Le temple du Dragon Lancelot 289
Rives de l'Irawady (près des mines de rubis) Cliché anglais 292
Petite pagode à Mengoun Cliché anglais 292
Grand temple de Mengoun (depuis le tremblement
de terre de 1839) Karl Girardet 293
Vallée de l'Irawady au confluent du Myit-Nge Paul Huet 297
Temple ruiné à Pagán Lancelot 300
Salces ou volcans de boue à Membo Cliché anglais 301
Cônes volcaniques dans la plaine de Membo Cliché anglais 301
Paysans birmans en voyage Cliché anglais 302
Statue gigantesque de Bouddha à Amarapoura Lancelot 304
Zanzibar vue de la mer E. de Bérard 305
Portrait de feu l'iman de Zanzibar E. de Bérard 308
Pont de la ville de Zanzibar E. de Bérard 309
Un village de la Mrima Lavieille 312
Jihoué la Mkoa ou la roche ronde Cliché anglais 313
La fontaine qui bout (source thermale dans le
Khoutou) Cliché anglais 313
Sycomore africain Cliché anglais 314
L'Ougogo Cliché anglais 315
Burton et ses compagnons en marche Lavieille 316
Chaîne côtière de l'Afrique occidentale Lavieille 317
Passe dans l'Ousagara Lavieille 320
Paysage dans l'Ounyamouézi Lavieille 321
Noirs de l'Ousumboua G. Boulanger 324
Huttes à Mséné Lavieille 325
Nègres porteurs G. Boulanger 328
Noir de l'Ouganda G. Boulanger 329
Habitation de Snay ben Amir à Kazeh Lavieille 332
Jeunes dames à Kazeh G. Boulanger 333
Coiffures des indigènes de l'Ounyanyembé Cliché anglais 334
Coiffures des indigènes de l'Oujiji Cliché anglais 335
Maison des étrangers à Kaouélé Lavieille 336
Navigation sur le lac Tanganyika Lavieille 337
Le capitaine Burton sur le lac Tanganyika Lavieille 339
Habitation au bord du lac Tanganyika Lavieille 340
Le bassin du Maroro Lavieille 341
Instruments et ustensiles des Ouajiji Cliché anglais 342
Riverains du Tanganyika (côté ouest) Cliché anglais 343
Riverains du Tanganyika (côté sud) Cliché anglais 343
Le bassin du Kisanga Lavieille 344
Végétation de l'Ougogi Lavieille 345
Passe de l'Ouzagara Cliché anglais 346
Rocher de l'Éléphant près du cap Gardafui Cliché anglais 347
Dernier établissement égyptien dans le Fazogl Lancelot 348
Contrée des Shelouks sur le Saubat Lancelot 349
Bélénia (village bari sur le fleuve Blanc) Lancelot 352
Habitants de la Havane Potin 353
Coolies chinois à Cuba Pelcoq 356
Vue générale de la Havane (capitale de Cuba) Lancelot 357
Avenue de palmiers devant une habitation de Cuba E. de Bérard 360
Cathédrale de la Havane Navlet 361
La volante (voiture de la Havane) Victor Adam 363
Vue de Matanzas Lancelot 364
Paysage dans l'île de Cuba: Loma (coteau)
de Candela Paul Huet 365
Paysage dans l'île de Cuba (Loma de la Givora) Paul Huet 368
Grenoble et les Alpes dauphinoises Karl Girardet 369
Les Grands Goulets Karl Girardet 372
Pont-en-Royans Doré 373
Sainte-Croix et les ruines du château de Quint Karl Girardet 376
Die et la vallée de Roumeyer (vue prise des
hauteurs de Saint-Justin) Français 377
Le Mont-Aiguille (vu de Clelles) Daubigny 380
Pontaix Karl Girardet 381
Roumeyer et le mont Glandaz Français 384
Entrée de la vallée de Roumeyer Karl Girardet 385
La vallée de Léoncel Karl Girardet 388
La vallée de la Véoure et de la plaine du Rhône
(vue prise des hauteurs de la Vacherie) Karl Girardet 389
Beaufort Français 392
La forêt de Saou Sabatier 394
Poët-Cellard Karl Girardet 395
Bourdeaux Karl Girardet 396
Le Velan et Plan-de-Baix (vue des sources
du Ruïdoux) Karl Girardet 397
Cascade de la Druïse Karl Girardet 398
La gorge de Trente-Pas Karl Girardet 400
Le mont Viso Sabatier 401
Le pont du Diable Sabatier 405
Le lac de l'Échauda Sabatier 408
Le Pelvoux Sabatier 409
Le mont Aurouze Français 412
Les montagnes du Devoluy Karl Girardet 413
Ruines de la Chartreuse de Durbon Karl Girardet 416
CARTES ET PLANS.
Carte de la Sicile, par M. A. Vuillemin. 3
Carte de la Perse, par M. A. Vuillemin. 19
Carte des grandes et petites Antilles, par M. A. Vuillemin. 51
Carte du haut Télémark (Norvége méridionale), d'après
M. Paul Riant. 67
Carte de la presqu'île de Bergen, d'après M. Paul Riant. 83
Carte de la Chalcidique, par M. A. Vuillemin. 115
Partie du gouvernement d'Yakoutsk, par Piadischeff. 167
Carte de l'Australie, par M. A. Vuillemin. 187
Carte des voyages du docteur Henri Barth en Afrique (partie
orientale) d'après M. de Lanoye. 195
Voyage du docteur Barth (Itinéraire de Sokoto à Tembouctou),
par M. A. Vuillemin. 234
Carte du cours inférieur de l'Irawady comprenant les possessions
britanniques et la partie sud du royaume d'Ava, d'après le
capitaine H. Yule. 260
Plan d'Amarapoura et de sa banlieue, d'après les relevés du
major Grant Allan. 280
Carte du cours supérieur de l'Irawady et partie nord du royaume
d'Ava, d'après le cap. Yule. 296
Carte du voyage de Burton et Speke aux grands lacs de l'Afrique
orientale (Itinéraire de Zanzibar à Kazeh). 307
Carte du voyage de Burton et Speke aux grands lacs de l'Afrique
orientale (2e partie). 338
Carte de l'île de Cuba, par M. A. Vuillemin. 355
Carte du Dauphiné (partie occidentale: Isère et Drôme),
par M. A. Vuillemin. 371
Carte du Dauphiné (partie orientale: Isère et Hautes-Alpes),
par M. A. Vuillemin. 404
ERRATA.
I. Sous le titre _Voyage d'un naturaliste_, pages 139 et 146, on
a imprimé: (1858.--INÉDIT).--Cette date et cette qualification ne
peuvent s'appliquer qu'à la traduction.
La note qui commence la page 139 donne la date du voyage (1838)
et avertit les lecteurs que le texte a été publié en anglais.
II. Dans un certain nombre d'exemplaires, le voyage du capitaine
Burton AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, 1re partie,
46e livraison, le mot ORIENTALE se trouve remplacé par celui
d'OCCIDENTALE.
III. On a omis, sous les titres de _Juif_ et _Juive de
Salonique_, dessins de Bida, pages 108 et 109, la mention
suivante: d'après M. A. Proust.
IV. On a également omis de donner, à la page 146, la description
des oiseaux et du reptile de l'archipel des Galapagos représentés
sur la page 145. Nous réparons cette omission:
1º _Tanagra Darwinii_, variété du genre des
_Tanagras_ très-nombreux en Amérique. Ces oiseaux ne diffèrent de
nos moineaux, dont ils ont à peu près les habitudes, que par la
brillante diversité des couleurs et par les échancrures de la
mandibule supérieure de leur bec.
2º _Cactornis assimilis:_ Darwin le nomme _Tisseim des
Galapagos_, où l'on peut le voir souvent grimper autour des
fleurs du grand cactus. Il appartient particulièrement à l'île
Saint-Charles. Des treize espèces du genre _pinson_, que le
naturaliste trouva dans cet archipel, chacune semble affectée à
une île en particulier.
3º _Pyrocephalus nanus_, très-joli petit oiseau du
sous-genre _muscicapa_, gobe-mouches, tyrans ou moucherolles. Le
mâle de cette variété a une tête de feu. Il hante à la fois les
bois humides des plus hautes parties des îles _Galapagos_ et les
districts arides et rocailleux.
4º _Sylvicola aureola._ Ce charmant oiseau, d'un jaune
d'or, appartient aux îles Galapagos.
5º Le _Leiocephalus grayii_ est l'une des nombreuses
nouveautés rapportées par les navigateurs du _Beagle_. Dans le
pays on le nomme _holotropis_, et moins curieux peut-être que
l'_amblyrhinchus_, il est cependant remarquable en ce que c'est
un des plus beaux sauriens, sinon le plus beau saurien qui
existe.
Le saurien _amblyrhinchus cristatus_, que nous reproduisons ici,
est décrit dans le texte, page 147.
[Illustration: _Amblyrhinchus cristatus_, iguane des îles Galapagos.]
* * * * *
IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE
Rue de Fleurus, 9, à Paris.
* * * * *Project Gutenberg
Le Tour du Monde; Cuba Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860
Various