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Project Gutenberg

Roméo et Juliette Tragédie

Shakespeare, William

2006frGutenberg #18143Original source

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by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica))






 Note du transcripteur.
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    Ce document est tiré de:


    OEUVRES COMPLÈTES DE
    SHAKSPEARE

    TRADUCTION DE
    M. GUIZOT

    NOUVELLE ÉDITION ENTIÈREMENT REVUE
    AVEC UNE ÉTUDE SUR SHAKSPEARE
    DES NOTICES SUR CHAQUE PIÈCE ET DES NOTES

    Volume 3
    Timon d'Athènes
    Le Jour des Rois.--Les deux gentilshommes de Vérone.
    Roméo et Juliette.--Le Songe d'une nuit d'été.
    Tout est bien qui finit bien.

    PARIS
    A LA LIBRAIRIE ACADÉMIQUE
    DIDIER ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS
    35, QUAI DES AUGUSTINS
    1864
    =====================================================


                          ROMÉO ET JULIETTE

                              TRAGÉDIE




                    NOTICE SUR ROMÉO ET JULIETTE


Deux grandes familles de Vérone, les Montecchi et les Capelletti
(les _Montaigu_ et les _Capulet_), vivaient depuis longtemps dans une
inimitié qui avait souvent donné lieu, dans les rues, à des combats
sanglants. Alberto della Scala, second capitaine perpétuel de Vérone,
avait inutilement travaillé à les réconcilier; mais du moins était-il
parvenu à les contenir de telle sorte que lorsqu'ils se rencontraient,
dit l'historien de Vérone, Girolamo della Corte, «les plus jeunes
cédaient le pas aux plus âgés, ils se saluaient et se rendaient le
salut.»

En 1303, sous Bartolommeo della Scala, élu capitaine perpétuel après
la mort de son père Alberto, Antonio Cappelletto, chef de sa faction,
donna, dans le carnaval, une grande fête, à laquelle il invita une
partie de la noblesse de Vérone. Roméo Montecchio, âgé de vingt à vingt
et un ans, et l'un des plus beaux et des plus aimables jeunes gens de
la ville; s'y rendit masqué avec quelques-uns de ses amis. Au bout de
quelque temps, ayant ôté son masque, il s'assit dans un coin d'où il
pouvait voir et être vu. On s'étonna beaucoup de la hardiesse avec
laquelle il venait ainsi au milieu de ses ennemis. Cependant, comme il
était jeune et de manières agréables, ceux-ci, dit l'historien, «n'y
firent pas autant d'attention qu'ils en auraient fait peut-être s'il eût
été plus âgé.» Ses yeux et ceux de Juliette Cappelletto se rencontrèrent
bientôt, et, frappés également d'admiration, ils ne cessèrent plus de se
regarder. La fête s'étant terminée par une danse appelée chez nous, dit
Girolamo, «la danse du chapeau» (_dal cappello_), une dame vint prendre
Roméo, qui, se trouvant ainsi introduit dans la danse, après avoir fait
quelques tours avec sa danseuse, la quitta pour aller prendre Juliette,
qui dansait avec un autre. Aussitôt qu'elle l'eût senti lui toucher la
main, elle lui dit: «Bénie soit votre venue!» Et lui, lui serrant la
main, répondit: «Quelles bénédictions en recevez-vous, madame?» Et elle
reprit en souriant: «Ne vous étonnez pas, seigneur, si je bénis votre
venue; M. Mercutio était là depuis longtemps à me glacer, et par votre
politesse vous êtes venu me réchauffer.» (Ce jeune homme, qui s'appelait
Mercutio, dit le louche, et que l'agrément de son esprit faisait aimer
de tout le monde, avait toujours eu les mains plus froides que la
glace.) A ces mots, Roméo répondit: «Je suis grandement heureux de vous
rendre service en quoi que ce soit.» Comme la danse finissait, Juliette
ne put dire que ces mots: «Hélas! je suis plus à vous qu'à moi-même.»

Roméo s'étant rendu plusieurs fois dans une petite rue, sur laquelle
donnaient les fenêtres de Juliette, un soir elle le reconnut à «son
éternuement ou à quelque autre signe,» et elle ouvrit la fenêtre. Ils
se saluèrent «très-poliment (_cortesissimamente_),» et, après s'être
longtemps entretenus de leurs amours, ils convinrent qu'il fallait
qu'ils se mariassent, quoi qu'il en pût arriver; et que cela devait se
faire par l'entremise du frère Lonardo, franciscain, «théologien, grand
philosophe, distillateur admirable, savant dans l'art de la magie,» et
confesseur de presque toute la ville. Roméo l'alla trouver, et le frère,
songeant au crédit qu'il acquerrait, non-seulement auprès du capitaine
perpétuel, mais dans toute la ville, s'il parvenait à réconcilier les
deux familles, se prêta aux désirs des deux jeunes gens. A l'époque de
la Quadragésime, où la confession était d'obligation, Juliette se rendit
avec sa mère dans l'église de Saint-François, dans la citadelle, et
étant entrée la première dans le confessionnal, de l'autre côté duquel
se trouvait Roméo, également venu à l'église avec son père, ils reçurent
la bénédiction nuptiale par la fenêtre du confessionnal, que le frère
avait eu soin d'ouvrir; puis, par les soins d'une très adroite vieille
de la maison de Juliette, ils passèrent la nuit ensemble dans son
jardin.

Cependant, après les fêtes de Pâques, une troupe nombreuse de Capelletti
rencontra, à peu de distance des portes de Vérone, quelques Montecchi,
et les attaqua, animée par Tébaldo, cousin germain de Juliette, qui,
voyant que Roméo faisait tous ses efforts pour arrêter le combat,
s'attacha à lui, et, le forçant à se défendre, en reçut un coup d'épée
dans la gorge, dont il tomba mort sur-le-champ. 

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