Skip to content
Project Gutenberg

Le comte de Monte-Cristo, Tome I

Dumas, Alexandre & Maquet, Auguste

2006frGutenberg #17989Original source

1% complete · approximately 3 minutes per page at 250 wpm

LE COMTE DE MONTE-CRISTO

Alexandre Dumas

Tome I (1845-1846)




Table des matières


Alexandre Dumas
I  Marseille.--L'arrivée.
II  Le père et le fils.
III  Les Catalans.
IV  Complot.
V  Le repas des fiançailles.
VI  Le substitut du procureur du roi.
VII  L'interrogatoire.
VIII  Le château d'If.
IX  Le soir des fiançailles.
X  Le petit cabinet des Tuileries.
XI  L'Ogre de Corse.
XII  Le père et le fils.
XIII  Les Cent-Jours.
XIV  Le prisonnier furieux et le prisonnier fou.
XV  Le numéro 34 et le numéro 27.
XVI  Un savant italien.
XVII  La chambre de l'abbé.
XVIII  Le trésor.
XIX  Le troisième accès.
XX  Le cimetière du château d'If.
XXI  L'île de Tiboulen.
XXII  Les contrebandiers.
XXIII  L'île de Monte-Cristo.
XXIV  Éblouissement.
XXV  L'inconnu.
XXVI  L'auberge du pont du Gard.
XXVII  Le récit.
XXVIII  Les registres des prisons.
XXIX  La maison Morrel.
XXX  Le cinq septembre.
XXXI  Italie.--Simbad le marin.




I

Marseille.--L'arrivée.


Le 24 février 1815, la vigie de Notre-Dame de la Garde signala le
trois-mâts le _Pharaon_, venant de Smyrne, Trieste et Naples.

Comme d'habitude, un pilote côtier partit aussitôt du port, rasa le
château d'If, et alla aborder le navire entre le cap de Morgion et l'île
de Rion.

Aussitôt, comme d'habitude encore, la plate-forme du fort Saint-Jean
s'était couverte de curieux; car c'est toujours une grande affaire à
Marseille que l'arrivée d'un bâtiment, surtout quand ce bâtiment, comme
le _Pharaon_, a été construit, gréé, arrimé sur les chantiers de la
vieille Phocée, et appartient à un armateur de la ville.

Cependant ce bâtiment s'avançait; il avait heureusement franchi le
détroit que quelque secousse volcanique a creusé entre l'île de
Calasareigne et l'île de Jaros; il avait doublé Pomègue, et il
s'avançait sous ses trois huniers, son grand foc et sa brigantine, mais
si lentement et d'une allure si triste, que les curieux, avec cet
instinct qui pressent un malheur, se demandaient quel accident pouvait
être arrivé à bord. Néanmoins les experts en navigation reconnaissaient
que si un accident était arrivé, ce ne pouvait être au bâtiment
lui-même; car il s'avançait dans toutes les conditions d'un navire
parfaitement gouverné: son ancre était en mouillage, ses haubans de
beaupré décrochés; et près du pilote, qui s'apprêtait à diriger le
_Pharaon_ par l'étroite entrée du port de Marseille, était un jeune
homme au geste rapide et à l'oeil actif, qui surveillait chaque
mouvement du navire et répétait chaque ordre du pilote.

La vague inquiétude qui planait sur la foule avait particulièrement
atteint un des spectateurs de l'esplanade de Saint-Jean, de sorte qu'il
ne put attendre l'entrée du bâtiment dans le port; il sauta dans une
petite barque et ordonna de ramer au-devant du _Pharaon_, qu'il
atteignit en face de l'anse de la Réserve.

En voyant venir cet homme, le jeune marin quitta son poste à côté du
pilote, et vint, le chapeau à la main, s'appuyer à la muraille du
bâtiment.

C'était un jeune homme de dix-huit à vingt ans, grand, svelte, avec de
beaux yeux noirs et des cheveux d'ébène; il y avait dans toute sa
personne cet air calme et de résolution particulier aux hommes habitués
depuis leur enfance à lutter avec le danger.

«Ah! c'est vous, Dantès! cria l'homme à la barque; qu'est-il donc
arrivé, et pourquoi cet air de tristesse répandu sur tout votre bord?

--Un grand malheur, monsieur Morrel! répondit le jeune homme, un grand
malheur, pour moi surtout: à la hauteur de Civita-Vecchia, nous avons
perdu ce brave capitaine Leclère.

--Et le chargement? demanda vivement l'armateur.

--Il est arrivé à bon port, monsieur Morrel, et je crois que vous serez
content sous ce rapport; mais ce pauvre capitaine Leclère....

--Que lui est-il donc arrivé? demanda l'armateur d'un air visiblement
soulagé; que lui est-il donc arrivé, à ce brave capitaine?

--Il est mort.

--Tombé à la mer?

--Non, monsieur; mort d'une fièvre cérébrale, au milieu d'horribles
souffrances.»

Puis, se retournant vers ses hommes:

«Holà hé! dit-il, chacun à son poste pour le mouillage!»

L'équipage obéit. Au même instant, les huit ou dix matelots qui le
composaient s'élancèrent les uns sur les écoutes, les autres sur les
bras, les autres aux drisses, les autres aux hallebas des focs, enfin
les autres aux cargues des voiles.

Le jeune marin jeta un coup d'oeil nonchalant sur ce commencement de
manoeuvre, et, voyant que ses ordres allaient s'exécuter, il revint à
son interlocuteur.

«Et comment ce malheur est-il donc arrivé? continua l'armateur,
reprenant la conversation où le jeune marin l'avait quittée.

--Mon Dieu, monsieur, de la façon la plus imprévue: après une longue
conversation avec le commandant du port, le capitaine Leclère quitta
Naples fort agité; au bout de vingt-quatre heures, la fièvre le prit;
trois jours après, il était mort....

«Nous lui avons fait les funérailles ordinaires, et il repose, décemment
enveloppé dans un hamac, avec un boulet de trente-six aux pieds et un à
la tête, à la hauteur de l'île d'El Giglio. 

1% complete · approximately 3 minutes per page at 250 wpm